Je ne me suis pas trop étendu sur la tragique perte de nos 10 soldats, simplement parce que, que certains aient été tués ou non à l'arme blanche, égorgés ou d'un coup dans les reins, n'a que peu d'intérêt. Les familles n'ont pas à supporter ce genre de palabres, elles souffrent déjà assez comme ça.
Par contre, on a entendu, ça et là, pas mal de pistes de réponses pour éviter que ce genre de choses ne se produisent encore. Je n'avais pas encore pris position mais quelques réflexions me viennent à l'esprit :
- l'adaptation tactique est plus rapide que l'adaptation technique. On peut donc réduire le nombre et la probabilité de subit des embuscades mais escompter éliminer le risque est, au mieux, naïf. L'adversaire n'est pas une masse amorphe qui serait terrifiée par le fait que nous ayons des drones... il adaptera simplement son comportement et il continuera d'accepter ses propres pertes ;
- sur les drones, justemment. Un DRAC doit être piloté en LOS et exige un assemblage imposant une sortie du VAB (en raison de l'envergure de l'engin). Autrement dit, le risque d'embuscade n'est pas véritablement annulé. L'engin n'a pas été conçu pour pouvoir être lancé et piloté depuis un VAB en marche. Pire, il vol relativement bas et, même s'il est (très) silencieux, son repérage par l'adversaire annule toute surprise. Son autonomie (1h30) est en outre relativement faible pour un suivi permanent de patrouilles qui peuvent durer nettement plus longtemps ;
- selon moi, il vaut bien mieux travailler avec un drone MALE : il est persistant, vole à plus haute altitude et permet, par sa discrétion, de conserver la surprise. Son pilotage peut passer par satelliteet éviter les pièges du LOS en environnement montagneux. Que ses capteurs optiques soient moins efficients que ceux du DRAC n'y change rien : le but du jeu tant que les Talibans n'adoptent pas d'uniforme, c'est de détecter des humains et de faire la différence entre des hommes et des enfants.
Seul problème, qui montre que c'est toujours la stratégie et pas la technologie qui conduit le monde militaire, nous n'avons que 3 MALE. Son successeur ne serait pas commandé à plus de 15 exemplaires. Simplement parce que l'on a rapidement considéré que le MALE est un système relevant du niveau opérationnel ou stratégique et pas du plan tactique.
Ce qui, en outre, à évincé la nécessité, dans les fiches-programme, qu'il soit armé. Or, ce genre d'adaptation (qui n'a franchement pas été coûteuse dans le cas du Predator) apparaît comme l'un des succès techniques les plus éclatants de ces 15 dernières années. En COIN, l'adversaire est toujours à considérer comme un TST (time sensitive target) : pourquoi attendre l'arrivée des appareils classiques ou de nos gaillards susceptibles d'y laisser des leurs sur le terrain alors qu'on pourrait "cueillir" l'adversaire d'emblée ?
mercredi 10 septembre 2008
Echange de vues
A lire, cet intéressant échange de vues entre François Heisbourg et Louis Gautier, dans les pages des Echos, à lire ici. Néanmoins, je dois confesser mon étonnement en regard de la façon dont les auteurs appréhendent la notion de résilience : culture de la peur pour l'un (alors qu'il s'agit justemment de l'éviter par l'information) ; solution à une série de problèmes dont les pandémies pour l'autre (alors qu'elles relèvent d'action de santé publique).
La résilience, de ce point de vue, est une composante parmis d'autres d'un dispositif de sécurité. Elle ne remplace en rien la manoeuvre de crise, elle est seulement le terreau sur lequel la manoeuvre prendra place. Il est évident qu'il est plus facile à la Croix-Rouge ou à des unités médicales - pour reprendre l'exemple pandémique - de se déployer sans avoir à batailler contre des citoyens venant les harceler pour avoir des informations.
La résilience sociologique (je ne parle pas ici des travaux sur la résilience indivisuelle de Cyrulnik - l'individu n'est pas la société et les résiliences politiques et sociétales sont incroyablement plus complexes) a pourtant fait l'objet de nombreuses études, y compris, de façon indirecte dans les années 1960, lorsque Soviétiques et Américains travaillaient aux stratégies de contre-coercition et de contre-dissuasion. De ce point de vue, elle n'a rien d'un "buzzword à la mode" : elle n'est telle que parce que nous considérons qu'elle est neuve.
Elle prend certes un nouveau sens dans le cadre du développement des stratégies contre-terroristes - elle charrie d'ailleurs avec elle des éléments de dissuasion anti-terroriste (un gros sujet de discussion lors du séminaire de 2005 à Canterbury) - et elle a encore beaucoup à révéler. Si, du moins, on ne l'appréhende pas de façon ultra-restrictive...
La résilience, de ce point de vue, est une composante parmis d'autres d'un dispositif de sécurité. Elle ne remplace en rien la manoeuvre de crise, elle est seulement le terreau sur lequel la manoeuvre prendra place. Il est évident qu'il est plus facile à la Croix-Rouge ou à des unités médicales - pour reprendre l'exemple pandémique - de se déployer sans avoir à batailler contre des citoyens venant les harceler pour avoir des informations.
La résilience sociologique (je ne parle pas ici des travaux sur la résilience indivisuelle de Cyrulnik - l'individu n'est pas la société et les résiliences politiques et sociétales sont incroyablement plus complexes) a pourtant fait l'objet de nombreuses études, y compris, de façon indirecte dans les années 1960, lorsque Soviétiques et Américains travaillaient aux stratégies de contre-coercition et de contre-dissuasion. De ce point de vue, elle n'a rien d'un "buzzword à la mode" : elle n'est telle que parce que nous considérons qu'elle est neuve.
Elle prend certes un nouveau sens dans le cadre du développement des stratégies contre-terroristes - elle charrie d'ailleurs avec elle des éléments de dissuasion anti-terroriste (un gros sujet de discussion lors du séminaire de 2005 à Canterbury) - et elle a encore beaucoup à révéler. Si, du moins, on ne l'appréhende pas de façon ultra-restrictive...
mardi 9 septembre 2008
DSI-T 13 est en kiosque
Y'a sondage !
A la rédaction de DSI, nous essayons de contenter tout le monde, que vous soyez plus attiré par les actualités stratégiques (veilles), les évolutions des armées étrangères, la (géo)stratégie, les forces françaises ou la technologie.
Dresser un tableau plus ou moins complet - un complet serait une illusion de 500 pages mensuelles à 37 Euros - de l'actualité stratégique n'est pas évident. Avec 120 000 lecteurs, c'est un beau challenge ! D'où ce petit sondage : quelle est votre fréquence de lecture de DSI ?
Dresser un tableau plus ou moins complet - un complet serait une illusion de 500 pages mensuelles à 37 Euros - de l'actualité stratégique n'est pas évident. Avec 120 000 lecteurs, c'est un beau challenge ! D'où ce petit sondage : quelle est votre fréquence de lecture de DSI ?
lundi 8 septembre 2008
Retours aux classiques de la géostratégie
La Russie semble sur le point de renforcer considérablement ses liens militaires avec le Vénézuela, dépassant de loin les ventes d'armes déjà effectuées ou encore en cours de négociation. On a ainsi appris que Moscou envisageait de baser des appareils de patrouille maritime à long rayon d'action au Venezuela mais aussi que la marine russe devrait effectuer une croisière vers le pays au mois de novembre, comprenant notamment un croiseur nucléaire de classe Ushakov.
L'ensemble témoigne d'une géostratégie complexe de la part de Moscou. Si Cuba avait refusé que soient basé dans l'île des bombardiers russes - après que Moscou eut pris ombrage de la signature de l'accord américano-polonais sur les ABM et qu'un général russe ait évoqué cette possibilité - le Venezuela constitue une bonne base arrière pour Moscou :
- Elle est ainsi en mesure de parasiter le travail des marines de l'OTAN opérant dans le cadre de missions anti-narcotiques dans la zone, notamment depuis les Antilles néerlandaises et ainsi de manifester visiblement sa présence ;
- Elle dispose d'un bon prétexte à la modernisation de bases aériennes qui pourraient servir dans le cadre de manoeuvres de crise ultérieures. Les Il-38 May et Tu-142 Bear nécessitent en effet de longues pistes... tout comme les bombardiers Tu-95 et Tu-160. Moscou élargit donc son enveloppe d'options stratégiques dans la région et peut jouer sur la crainte d'un positionnement à long terme dans une zone que les Américains, avec la recréation de la 4ème Flotte, entendent dominer ;
- L'installation pérenne d'appareils de patrouille maritime peut "couvrir" le Venezuela pendant la période de montée en puissance de ses forces sous-marines, cherchant ainsi à dissuader les Etats-Unis d'une frappe préemptive - que Caracas estime réelle - contre les capacités venezuéliennes ;
- Ultimement, Moscou poursuit sont travail d'encerclement stratégique d'une Europe qui reste l'enjeu majeur de ses ambitions actuelles. Une nouvelle croisière du groupe aéronaval du Kuzntesov jusqu'à Tartous (Syrie) et la mer Noire était ainsi envisagée. A une échelle plus globale, on notera également que le nouveau White paper japonais a été présenté hier et s'inquiète de l'augmentation rapide du nombre d'exercices menés par les forces aériennes et navales russes (y compris de SNA) à proximité de ses eaux territoriales et de son espace aérien.
L'ensemble témoigne d'une géostratégie complexe de la part de Moscou. Si Cuba avait refusé que soient basé dans l'île des bombardiers russes - après que Moscou eut pris ombrage de la signature de l'accord américano-polonais sur les ABM et qu'un général russe ait évoqué cette possibilité - le Venezuela constitue une bonne base arrière pour Moscou :
- Elle est ainsi en mesure de parasiter le travail des marines de l'OTAN opérant dans le cadre de missions anti-narcotiques dans la zone, notamment depuis les Antilles néerlandaises et ainsi de manifester visiblement sa présence ;
- Elle dispose d'un bon prétexte à la modernisation de bases aériennes qui pourraient servir dans le cadre de manoeuvres de crise ultérieures. Les Il-38 May et Tu-142 Bear nécessitent en effet de longues pistes... tout comme les bombardiers Tu-95 et Tu-160. Moscou élargit donc son enveloppe d'options stratégiques dans la région et peut jouer sur la crainte d'un positionnement à long terme dans une zone que les Américains, avec la recréation de la 4ème Flotte, entendent dominer ;
- L'installation pérenne d'appareils de patrouille maritime peut "couvrir" le Venezuela pendant la période de montée en puissance de ses forces sous-marines, cherchant ainsi à dissuader les Etats-Unis d'une frappe préemptive - que Caracas estime réelle - contre les capacités venezuéliennes ;
- Ultimement, Moscou poursuit sont travail d'encerclement stratégique d'une Europe qui reste l'enjeu majeur de ses ambitions actuelles. Une nouvelle croisière du groupe aéronaval du Kuzntesov jusqu'à Tartous (Syrie) et la mer Noire était ainsi envisagée. A une échelle plus globale, on notera également que le nouveau White paper japonais a été présenté hier et s'inquiète de l'augmentation rapide du nombre d'exercices menés par les forces aériennes et navales russes (y compris de SNA) à proximité de ses eaux territoriales et de son espace aérien.
Libellés :
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OTAN savoir...,
Russie,
Stratégie
Nouveaux retards pour l'A400M
L'A400M n'effectuerait pas son premier vol avant fin décembre, voire début janvier, au lieu de l'automne comme prévu jusque-là, selon nos confrètes de Air & Cosmos. En cause, le banc de test volant, toujours immobilisé au sol. Le C-130 de la compagnie Marshall Aerospace sur lequel a été monté un moteur du futur avion de transport militaire connaît en effet des problèmes de vibrations et d'échauffement. A toute chose malheur est bon, le moteur de l'A400M, premier turbopropulseur conçu en Europe depuis très longtemps, a rattrapé son retard en engrangeant les heures d'essais au sol.
La première livraison de l'avion, qui a été commandé à 192 exemplaires, a été reportée au deuxième semestre de 2010, avec au moins six mois de retard. Ce qui ne va pas sans poser de sérieux soucis aux armées européennes, dont le déficit en aéromobilité est l'un des handicaps majeurs.
La première livraison de l'avion, qui a été commandé à 192 exemplaires, a été reportée au deuxième semestre de 2010, avec au moins six mois de retard. Ce qui ne va pas sans poser de sérieux soucis aux armées européennes, dont le déficit en aéromobilité est l'un des handicaps majeurs.
vendredi 5 septembre 2008
"La bureaucratie aura raison des armées"
Si Paris-Match a sans doute fait plus que personne pour décrédibiliser la liberté de la presse, Jean Guisnel vient par contre de rendre à cette dernière ses lettres de noblesse. Le problème tourne autour du VBHM et des bâtons dans les roues mis à son acquisition. A lire ici.Gros malaise
François Duran a un gros malaise, que je partage entièrement. La forme est celle d'un "coup de gueule" mais le fond mérite d'être lu. Il nous rappelle ainsi que tout engagement d'une force ne doit pas se faire "à moitié" mais aussi que la vulnérabilité provient souvent de notre propre incapacité à la discerner.
Je parle ici du reportage effectué par Paris-Match et dont les télévisions belges et françaises se sont gargarisées, assénant à un public non-préparé - ce qui revient à programmer du porno en prime-time - au nom d'une liberté de l'information qui semble malheureusement perdre ses fondements. Où était donc la critique ?
Je parle ici du reportage effectué par Paris-Match et dont les télévisions belges et françaises se sont gargarisées, assénant à un public non-préparé - ce qui revient à programmer du porno en prime-time - au nom d'une liberté de l'information qui semble malheureusement perdre ses fondements. Où était donc la critique ?
jeudi 4 septembre 2008
Maintenance des VBCI : 53 millions/an
La DGA a notifié le 29 août 2008 à Nexter le marché de soutien logistique du futur parc des VBCI. Le contrat, qui court de mi-2009 à 2015, s’élève à 320 M€ TTC. Le marché contient de nombreuses dispositions innovantes :
- engagement sur un taux de disponibilité atteignant 95 % sur les théâtres extérieurs ;
- rémunération variable en fonction de l’utilisation des véhicules ;
- livraison des pièces de rechange directement dans les ateliers de maintenance métropolitains de l’armée de Terre, limitant le volume des stocks militaires ;
- dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle politique d’emploi et de gestion des parcs (PEGP), prise en charge sur place par Nexter de la totalité de la maintenance des VBCI affectés dans les camps d’entraînement de l’armée de Terre.
- engagement sur un taux de disponibilité atteignant 95 % sur les théâtres extérieurs ;
- rémunération variable en fonction de l’utilisation des véhicules ;
- livraison des pièces de rechange directement dans les ateliers de maintenance métropolitains de l’armée de Terre, limitant le volume des stocks militaires ;
- dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle politique d’emploi et de gestion des parcs (PEGP), prise en charge sur place par Nexter de la totalité de la maintenance des VBCI affectés dans les camps d’entraînement de l’armée de Terre.
Voilier français piraté : la Marine prête à la contre-attaque
Les moyens militaires français présents dans le golfe d'Aden, notamment une frégate de la Marine nationale, et à Djibouti, sont "prêts" à une éventuelle "mission" après la capture par des pirates au large de la Somalie d'un voilier avec deux Français à bord.
Ces différents moyens militaires sont "prêts à remplir les missions qui leur seront confiées", a poursuivi le porte-parole de l'EMA, selon qui le "plan pirate mer n'a pas été déclenché". Il a par ailleurs souligné que "l'on n'est pas du tout actuellement dans (la) configuration" de l'intervention menée en avril pour la libération du Ponant.
Ces différents moyens militaires sont "prêts à remplir les missions qui leur seront confiées", a poursuivi le porte-parole de l'EMA, selon qui le "plan pirate mer n'a pas été déclenché". Il a par ailleurs souligné que "l'on n'est pas du tout actuellement dans (la) configuration" de l'intervention menée en avril pour la libération du Ponant.
Le grand jeu continue : l'OTAN va reconstruire les forces géorgiennes
Le secrétaire général de l'OTAN va effectuer une visite à Tbilissi, les 15 et 16 septembre, afin d'y rencontrer le président géorgien. Il a d'ores et déjà été indiqué que la visite serait le prélude d'une reconstruction des forces géorgiennes. Elles ont très durement touchées par la guerre :
- la 4ème brigade, la plus puissante, a été virtuellement anéantie, de même que la marine et la force aérienne ;
- seule la 1ere brigade, seule considérée comme réellement formée aux standards OTAN et rapatriée d'urgence d'Irak par des appareils US, peut véritablement constituer le noyau d'une remontée en puissance (un dossier complet sur la guerre et ses leçons sera disponible dans le prochain DSI).
On ne connaît pas encore les "chantiers" auxquels l'OTAN va s'atteler. Un projet de patrouille d'AWACS, apparement envisagé, a été écarté. L'Allemagne, la France, les Etats-Unis et Israël avaient participé à la formation des forces géorgiennes. En tout état de cause, Bruxelles n'a manifestement pas l'intention de laisser tomber ainsi son pivot géopolitique préféré du Caucase...
- la 4ème brigade, la plus puissante, a été virtuellement anéantie, de même que la marine et la force aérienne ;
- seule la 1ere brigade, seule considérée comme réellement formée aux standards OTAN et rapatriée d'urgence d'Irak par des appareils US, peut véritablement constituer le noyau d'une remontée en puissance (un dossier complet sur la guerre et ses leçons sera disponible dans le prochain DSI).
On ne connaît pas encore les "chantiers" auxquels l'OTAN va s'atteler. Un projet de patrouille d'AWACS, apparement envisagé, a été écarté. L'Allemagne, la France, les Etats-Unis et Israël avaient participé à la formation des forces géorgiennes. En tout état de cause, Bruxelles n'a manifestement pas l'intention de laisser tomber ainsi son pivot géopolitique préféré du Caucase...
"on ne peut pas jouer avec la vie des hommes"
La mort d'un casque bleu belge, Stefaan Vanpeteghem, alors qu'il effectuait une mission de déminage est tragique - c'est notre 4ème perte au cours de cette mission. Respect et honneur donc à lui et à sa famille.
Mais je dois confesser mon étonnement (écoeurement est moins politiquement correct mais plus exact) à voir la réaction de certains parlementaires qui instrumentalisent sa mort dans le cadre de la polémique sur l'engagement de soldats belges en Afghanistan, que ce soit via Guardian Falcon (l'envoi de 4 F-16) ou la future mission de formation de troupes de l'ANA. Certes, il y a polémique et c'est bien : on discute beaucoup trop peu de défense en Belgique et nos hommes politiques n'y sont pas préparés, la défense étant traditionnellement déconsidérée.
Mais de là à comparer deux missions différentes et à s'appuyer sur la mort d'un homme engagé dans une mission que tous les partis politiques avaient appuyé - dans un contexte où l'on avait engagé les forces au Liban pour éviter qu'elles le soient en Afghanistan - pour renforcer ses arguments politiques (on ne parle pas ici de politique de défense, plutôt de "politique politicienne") et il y a comme un problème.
Hasard des choses, De Morgen publie ce matin une op-ed de ma plume sur la question de l'engagement en Afghanistan où j'indique que la préparation ne doit pas uniquement être d'ordre matérielle mais aussi d'ordre moral. Pas au plan militaire - je n'ai pas trop de souçis là-dessus - mais bien au plan politique.
Mais je dois confesser mon étonnement (écoeurement est moins politiquement correct mais plus exact) à voir la réaction de certains parlementaires qui instrumentalisent sa mort dans le cadre de la polémique sur l'engagement de soldats belges en Afghanistan, que ce soit via Guardian Falcon (l'envoi de 4 F-16) ou la future mission de formation de troupes de l'ANA. Certes, il y a polémique et c'est bien : on discute beaucoup trop peu de défense en Belgique et nos hommes politiques n'y sont pas préparés, la défense étant traditionnellement déconsidérée.
Mais de là à comparer deux missions différentes et à s'appuyer sur la mort d'un homme engagé dans une mission que tous les partis politiques avaient appuyé - dans un contexte où l'on avait engagé les forces au Liban pour éviter qu'elles le soient en Afghanistan - pour renforcer ses arguments politiques (on ne parle pas ici de politique de défense, plutôt de "politique politicienne") et il y a comme un problème.
Hasard des choses, De Morgen publie ce matin une op-ed de ma plume sur la question de l'engagement en Afghanistan où j'indique que la préparation ne doit pas uniquement être d'ordre matérielle mais aussi d'ordre moral. Pas au plan militaire - je n'ai pas trop de souçis là-dessus - mais bien au plan politique.
mercredi 3 septembre 2008
Y'a colloque : aux agendas !
Le Club Participation & Progrès organise le 29 septembre, à l'EHESS et de 0900 à 1800, un colloque sur le thème "La politique industrielle d'armement et de défense de la 5ème République : évolution, bilan, perspectives". L'entrée est gratuite mais il faut s'inscrire. Renseignements et contacts ici !
mardi 2 septembre 2008
L'ancien patron de la DRM tire la sonette d'alarme
Le général Masson, qui vient de quitter le commandement de la Direction du Renseignement Militaire au profit du général Pugat, a accordé une interview à nos confrères de Sécurité Globale dont les grands traits ont été résumés par Jean Guisnel.
L'interview confirme un certain nombre d'appréhensions et de nuances face à la rhétorique officielle de la priorité mise sur le renseignement, dont nous faisaient part des opérationnels de la DRM dans le cadre de la préparation de l'article sur cette thématique que la rédaction a réalisé pour le dernier numéro de DSI, actuellement en vente. Réductions capacitaires en termes de capacité d'analyse et réductions budgétaires étaient notamment en cause.
L'interview confirme un certain nombre d'appréhensions et de nuances face à la rhétorique officielle de la priorité mise sur le renseignement, dont nous faisaient part des opérationnels de la DRM dans le cadre de la préparation de l'article sur cette thématique que la rédaction a réalisé pour le dernier numéro de DSI, actuellement en vente. Réductions capacitaires en termes de capacité d'analyse et réductions budgétaires étaient notamment en cause.
Le dernier Typhoon reprend la mer
Selon les presses russe et norvégienne, la modernisation du Dmitri Donskoi, le dernier sous-marin nucléaire lanceur d’engins de la classe Typhoon encore opérationnel (sur les 6 construits), a repris la mer fin août. Le bâtiment a connu une remise à niveau d’une durée de 10 ans (!) aux chantiers navals Sevmash.
Le statut exact du navire n’est pas connu mais il semble qu’après avoir mené les dernier tests de qualification du SS-N-30 Bulava (version "navalisée" du SS-27 Topol-M), en septembre-octobre de cette année, il soit pleinement réintégré à la VMF (marine).
Le statut exact du navire n’est pas connu mais il semble qu’après avoir mené les dernier tests de qualification du SS-N-30 Bulava (version "navalisée" du SS-27 Topol-M), en septembre-octobre de cette année, il soit pleinement réintégré à la VMF (marine).
lundi 1 septembre 2008
DSI-T 13 : le sommaire
En kiosque le 10 septembre
Editorial
Les élémentaires
Focus
Sonars de coque des frégates ASM. Les subtilités de la détection
Par Véronique Sartini
Entretien
Quelques réflexions tirées de Flottes de combat 2008
Avec Bernard Prézelin
Tendances
Entretien
Israël dans son environnement
Avec le général Ephraïm Lapid
Tendances
La future reconnaissance satellitaire française
Par Jean-Louis Promé
Marine et aéronavales
Analyse
Les UUV font surface
Par Philippe Langloit
Actualité
Porte-avions : les déboires indiens
Par Joseph Henrotin
Focus
Un œil sur la mer
Par Jean-Jacques Mercier
Focus
SM-6 : l’art de la déclinaison
Par Jean-Jacques Mercier
Actualité
Dozorny/Gorshkov. Une nouvelle frégate pour la Russie
Par Philippe Langloit
Analyse
L’E-2C dans l’aéronautique navale française
Par Jean-Louis Promé
Analyse
Flotte sous-marine japonaise : la plus dynamique du monde ?
Par Joseph Henrotin
Carte
Les sous-marins dans le monde
Focus
Type 214 : le dernier sous-marin allemand ?
Par Joseph Henrotin et Jean-Jacques Mercier
Focus
Les Floreal sont de toute saison
Par Jean-Jacques Mercier
Focus
Le MICA VL en protection de la flotte
Par Jean-Louis Promé
Actualité
Harpoon : du Block II au Block III
Par Philippe Langloit
Actualité
Le Brahmos passe en hypersonique
Par Philippe Langloit
Analyse
Chine : vers une montée en puissance des capacités amphibies ?
Par Joseph Henrotin
Prospective
BAMS : vers la surveillance persistante ?
Par Joseph Henrotin
Aéroterrestre
Focus
A-67, une surprise dans le COIN
Par Joseph Henrotin
Focus
GBU-39/40 SDB : une petite révolution dans les opérations de frappe
Par Philippe Langloit
Reportage
Farnborough 2008 : quand l’aéronautique engage son virage historique
Par Antoine Philippe
Focus
L’A400m effectue son roll-out
Par Jean-Jacques Mercier
Point de vue
Livre Blanc et adaptation
Par le général de division Vincent Desportes
Tableau
Panzerfaust ! La gamme Dynamit Nobel
Par Jean-Jacques Mercier
Analyse
Le Pulsed Energy Projectile et le futur des armes antipersonnels
Par Georges-Henri Bricet des Vallons
Tableau
Les missiles antichars au Moyen-Orient
Par Philippe Langloit
Actualité
L’Armoured Multirol Carrier de Renault Truck Defense. Un concept ouvert
Par Stéphane Ferrard
Analyse
Le combat blindé dans l’espace de bataille numérisé. Enjeux et bénéfices de la maîtrise de l’information
Par Valéry Rousset
Terrorisme et libertés publique au sommaire de "Questions à la Une"
Votre serviteur devrait effectuer quelques apparitions dans le numéro de rentrée du magazine "Questions à la Une", ce 3 septembre, dont un des reportages est consacré à la question de la relation entre terrorisme et libertés publiques. L'occasion, bien évidemment, de revenir sur les applications de la résilience en la matière mais aussi de voir la Grand Place de Bruxelles de Nuit, version soirée de juillet ! A voir sur La Une à partir de 20h20.
vendredi 29 août 2008
Finalement, mettez-m'en 3 !
Dans un spectaculaire revirement de situation, l’US Navy pourrait finalement s’orienter vers la construction de 3 destroyers DDG-1000 mais aussi et simultanément vers la construction de 8 destroyers DDG-51 largement modifiés. Cette évolution intervient alors que des rapports faisaient état de la volonté de l’US Navy d’annuler purement et simplement le programme Zumwalt, dont deux navires sont pour l’heure financés.
Par contre, des technologies développées dans ce cadre pourraient être utilisées au profit des nouveaux bâtiments de la classe Burke. Les premiers rapports font état de navires du Flight IIA qui pourraient être dotés des canons AGS de 155 mm en lieu et place de celui de 127 mm sur la plage avant.
Cependant, de tels projets pourraient être contrecarrés par la masse des nouveaux équipements, qui nécessiteraient l’enlèvement… des puits de lancements verticaux installés à l’avant du bâtiment. Ce faisant, les nouveaux Burke ne pourraient plus embarquer que 120 obus, contre 600 pour un Zumwalt. Dans le même temps, la Navy compte bien que ses nouveaux Burke soient moins chers.
Elle compte ainsi sur l’automatisation des navires afin de soulager ses dépenses de fonctionnement, estimées annuellement à 25 millions de dollars pour un Burke, dont 13 sont alloués à l’équipage de 300 personnes.
Par contre, des technologies développées dans ce cadre pourraient être utilisées au profit des nouveaux bâtiments de la classe Burke. Les premiers rapports font état de navires du Flight IIA qui pourraient être dotés des canons AGS de 155 mm en lieu et place de celui de 127 mm sur la plage avant.
Cependant, de tels projets pourraient être contrecarrés par la masse des nouveaux équipements, qui nécessiteraient l’enlèvement… des puits de lancements verticaux installés à l’avant du bâtiment. Ce faisant, les nouveaux Burke ne pourraient plus embarquer que 120 obus, contre 600 pour un Zumwalt. Dans le même temps, la Navy compte bien que ses nouveaux Burke soient moins chers.
Elle compte ainsi sur l’automatisation des navires afin de soulager ses dépenses de fonctionnement, estimées annuellement à 25 millions de dollars pour un Burke, dont 13 sont alloués à l’équipage de 300 personnes.
Libellés :
Armement,
Etats-Unis,
Money,
News en vrac
DSI n°40 : le sommaire
Editorial
Agenda
Veille contre-terroriste
Contrats du mois
Veille stratégique : les 192 événements qui ont fait l’actualité stratégique des mois de juillet et août
SITREP : Guerre en Géorgie
La chronique de Carl von C. : « Cau(ca)se toujours ! »
Points de vue
« La protection est aussi une affaire de chefs »
Entretien avec le général Elrick Irastorza, Chef d’état-major de l’armée de Terre
« Je serai très attentif à la cadence de production du Rafale »
Entretien avec le général Stéphane Abrial, Chef d’état-major de l’armée de l’Air
« Notre administration doit être plus performante »
Entretien avec l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine
« La loi sur la gendarmerie garantira son essence militaire »
Entretien avec le général d'armée Roland Gilles, Directeur Général de la Gendarmerie Nationale
Commentaires
Livre blanc sur la Défense, une espérance déçue ?
Par la rédaction
Carte militaire : la France bouleversée ?
Par Philippe Langloit,, chargé de recherche au CAPRI
Renseignement, la priorité sectorielle n°1 du Livre blanc
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes
Qu’est-ce que la sécurité ?
Par Carl von C., chroniqueur
Le Livre blanc vu d’ailleurs
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit
La pensée stratégique française de défense, quelle influence ?
Par Olivier Zajec, Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique
Technologie & Armement
Les mutations de la DGA : vers plus d’efficacité ?
Questions à l’ingénieur général Laurent Giovachini, adjoint opérations du Délégué général pour l’armement
Livre blanc : quels impacts sur la flotte ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
L’armée de l’Air de 2025 : quelles capacités ?
Par Philippe Langloit et Jean-Jacques Mercier
Des blindés médians, « à toutes les sauces »
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense
Fiches techniques
LHD/BPC classe Mistral/Le développement des capacités amphibies françaises
Dassault Aviation Mirage 2000D/Le Mirage III, avion de légende
GIAT Industries (Nexter) AUF-1/2/Le retour de l’artillerie
Critiques de lectures
Espions et terroristes de Jean-Jacques Cécile
L’obsession des frontières de Michel Foucher
La technologie militaire en question. Le cas américain de Joseph Henrotin
Strategic Studies Quarterly, Vol.2, n°2, summer 2008
Enjeux de la propulsion solide de missiles balistiques de Bruno Gruselle
mercredi 27 août 2008
Carburants : l'US Air Force toujours en avance
C'est passé relativement inaperçu mais l'USAF vient de faire voler un F-15 à Mach 2,2. Rien de plus normal sauf que le carburant utilisé était à 50% synthétique, utilisant notamment du gaz naturel. Selon les pilotes, il n'y aurait aucune différence entre ces carburants et un chargement uniquement composé de JP-8. L'USAF poursuit ainsi avec succès son ambitieux programme de réduction de sa dépendance au kérozène.
Ma question sera sans doute idiote. Mais la recherche en ces domaines et en ces temps de contraction budgétaire me semble être digne non seulement de faire faire des économies sur les budgets "opération" mais aussi de maintenir l'entraînement de nos personnels à un haut niveau (la hausse des coûts de carburant a entrainé des annulations d'entraînements) tout en permettant de s'affranchir, au moins partiellement, d'une dépendance énergétique qui peut coûter très cher, politiquement.
Aussi, ne serait-ce pas plus utile de se concentrer sur ce qui pourrait se concevoir comme le sang de nos armées, plutôt que sur des percées dans le domaine des radars trans-horizon ou celui des antimissiles de défense de territoire ? Certes, sans radars, vous êtes en danger. Mais sans carburant, vous êtes en danger et vous ne pouvez plus bouger. A bien choisir...
Ma question sera sans doute idiote. Mais la recherche en ces domaines et en ces temps de contraction budgétaire me semble être digne non seulement de faire faire des économies sur les budgets "opération" mais aussi de maintenir l'entraînement de nos personnels à un haut niveau (la hausse des coûts de carburant a entrainé des annulations d'entraînements) tout en permettant de s'affranchir, au moins partiellement, d'une dépendance énergétique qui peut coûter très cher, politiquement.
Aussi, ne serait-ce pas plus utile de se concentrer sur ce qui pourrait se concevoir comme le sang de nos armées, plutôt que sur des percées dans le domaine des radars trans-horizon ou celui des antimissiles de défense de territoire ? Certes, sans radars, vous êtes en danger. Mais sans carburant, vous êtes en danger et vous ne pouvez plus bouger. A bien choisir...
mardi 26 août 2008
Les Cahiers du RMES sont en ligne
Les Cahiers du RMES nouveau et leurs 214 pages sont publiés. Comme d'habitude, ils sont librement et gratuitement accessibles en ligne (cliquez ici). En voici le sommaire :
Heated Terror: Exploration of the Possible Impacts of Climate Change on The Causes and The Targets of terrorism
Par Thomas Renard
A l'heure du nouveau Livre Blanc et de la présidence française de l'UE, la France doit-elle réintégrer l'OTAN?
Par Pierre Pascallon
Les Etats-Unis et le nouvel ordre mondial émergent
Par Tanguy Struye de Swielande
Adaptation et contre-adaptation au défi du caractère évolutif de la guerre. Un aperçu des débats français
Par Joseph Henrotin
L'objet évanescent d'une théorie improbable: le terrorisme et les sciences sociales
Par Ami-Jacques Rapin
Heated Terror: Exploration of the Possible Impacts of Climate Change on The Causes and The Targets of terrorism
Par Thomas Renard
A l'heure du nouveau Livre Blanc et de la présidence française de l'UE, la France doit-elle réintégrer l'OTAN?
Par Pierre Pascallon
Les Etats-Unis et le nouvel ordre mondial émergent
Par Tanguy Struye de Swielande
Adaptation et contre-adaptation au défi du caractère évolutif de la guerre. Un aperçu des débats français
Par Joseph Henrotin
L'objet évanescent d'une théorie improbable: le terrorisme et les sciences sociales
Par Ami-Jacques Rapin
Et on remet le couvert
D'ici à deux mois, c'est pas moins de 474 pages que la rédaction va vous concocter : les DSI d'octobre et novembre (n°41 et 42) ; le DSI-T de novembre-décembre ; le DSI hors-série n°4, consacré à Euronaval et les trois Show Dailies pour le salon. Just keep on going : heureusement, un "petit nouveau" - qui ne l'est pas tant que cela et qui n'est certainement pas des moindres - devrait nous rejoindre prochainement.
D'ici là, les DSI's Angels mettent la dernière main au prochain et premier DSI-T, qui ne devrait pas vous décevoir. L'équipe en est assez fière - il faut dire que reconfigurer tout un magazine en moins de 2 mois, vacances comprises, et d'être légèrement en avance sur le planning est une véritable gageure ! - et on espère qu'il recevra le meilleur accueil. En l'occurrence, il devrait être dans les kiosques le 10 septembre.
lundi 25 août 2008
Résilience : une mécanique complexe
C'en est presque le post rêvé pour quelqu'un comme moi, plongé en plein bouclage et qui n'a pas énormément de temps - me permettant ainsi de répondre à la question de Thomas (le rire participe-t-il de la résilience se demandait-il en nous présentant l'hilarante vidéo d'Achmed, le terroriste mort) et d'Olivier (la résilience ne se forge-t-elle pas d'abord dans la "pratique" ?).
Les réponses à ces questions sont complexes, précisément parce qu'elles nous engagent à bâtir une défense au plan psychologique, au coeur même, finalement, de la stratégie en tant qu'art de la dialectique des volontés opposées. Aussi, le recours à l'histoire nous éclaire-t-il, une fois de plus. En fait, il y a effectivement moyen d'augmenter la probabilité de voir une résilience émerger. Celle-ci est en effet "virtuelle" : on ne peut la mesurer que par approches successives (quoique les travaux de G. Verleye à Gent soient rès intéressants) et seule la réalisation effective d'une attaque permettra de véritablement la mesurer.
Ce qui tend à démontrer que la seule multiplication des attaques ne renforce pas nécessairement la résilience. C'est bien généralement l'effet de surprise qui est en jeux. Il démultiplie la perception d'un choc. Exemple typique, les raids allemands sur Londres en 1917 avaient causé un grand émoi malgré la faiblesse des dégâts causés. En fait, toutes les représentations britanniques d'une Grande-Bretagne invulnérable du fait de son statut d'île s'effondraient. Mais, dans les années qui suivirent, cette nouvelle donne a été prise en compte.
Résultat, les débats stratégiques envisageaient la guerre sous un angle parfaitement apocalyptique, laissant entrevoir des raids massifs d'aviation utilisant des armes chimiques. A cette époque, la presse faisait souvent état de ces débats. Quasiment tous les père de famille (Britanniques mais aussi Belges) avaient alors reçu des petits manuels de formation. Aussi, les Britannique seront presque soulagés de voir des attaques allemandes conventionnelles durant le Blitz. La résilience découlera, là, d'une réelle exposition au feu mais également d'une préparation préalable, le Britanniques ayant parfaitement assimilé les représentations du combat.
Or, pour en revenir à notre époque, ces représentations ne sont plus du tout assimilées. Non seulement notre rapport à la mort à changé - charriant avec lui l'émergence d'une politique compassionnelle - mais l'information stratégique est déficitaire. Pour faire simple, personne n'ose parler des mauvaises nouvelles. D'où aussi, un peu, le succès d'Achmed mais qui me semble à double trenchant. Certes il dégonfle la baudruche de nos peurs (bon point) mais il pourrait aussi avoir des effets dévastateurs sur une population non informée qui aurait définitivement fait une croix sur la menace... et serait d'autant plus surprise lors de sa réalisation.
C'est évidemment schématique. Mais cela signifie que pou utiliser Achmed dans une stratégie contre-terroriste, il faut une information préalable. Idem dans le cas européen, actuellement. L'on ne meurt plus que pour ce qui est perçu comme en vallant la peine (pour un type de la Drôme, en 1812, quel est l'intérêt de mourir pour Alger ? Mais il mourrait quand même et l'opinion ne s'en émeuvait guère).
Pour un pays qui ne connaît plus de terrorisme de façon mensuelle (comme l'Espagne, qui a bien résisté aux attaques de Madrid), l'information est donc la clé du problème comme celle d'une formation de la résilience. Sans elle, il y a fort à craindre que la seule expérience ne soit insuffisante : nos mémoires sont décidément trop courtes pour celà...
Les réponses à ces questions sont complexes, précisément parce qu'elles nous engagent à bâtir une défense au plan psychologique, au coeur même, finalement, de la stratégie en tant qu'art de la dialectique des volontés opposées. Aussi, le recours à l'histoire nous éclaire-t-il, une fois de plus. En fait, il y a effectivement moyen d'augmenter la probabilité de voir une résilience émerger. Celle-ci est en effet "virtuelle" : on ne peut la mesurer que par approches successives (quoique les travaux de G. Verleye à Gent soient rès intéressants) et seule la réalisation effective d'une attaque permettra de véritablement la mesurer.
Ce qui tend à démontrer que la seule multiplication des attaques ne renforce pas nécessairement la résilience. C'est bien généralement l'effet de surprise qui est en jeux. Il démultiplie la perception d'un choc. Exemple typique, les raids allemands sur Londres en 1917 avaient causé un grand émoi malgré la faiblesse des dégâts causés. En fait, toutes les représentations britanniques d'une Grande-Bretagne invulnérable du fait de son statut d'île s'effondraient. Mais, dans les années qui suivirent, cette nouvelle donne a été prise en compte.
Résultat, les débats stratégiques envisageaient la guerre sous un angle parfaitement apocalyptique, laissant entrevoir des raids massifs d'aviation utilisant des armes chimiques. A cette époque, la presse faisait souvent état de ces débats. Quasiment tous les père de famille (Britanniques mais aussi Belges) avaient alors reçu des petits manuels de formation. Aussi, les Britannique seront presque soulagés de voir des attaques allemandes conventionnelles durant le Blitz. La résilience découlera, là, d'une réelle exposition au feu mais également d'une préparation préalable, le Britanniques ayant parfaitement assimilé les représentations du combat.
Or, pour en revenir à notre époque, ces représentations ne sont plus du tout assimilées. Non seulement notre rapport à la mort à changé - charriant avec lui l'émergence d'une politique compassionnelle - mais l'information stratégique est déficitaire. Pour faire simple, personne n'ose parler des mauvaises nouvelles. D'où aussi, un peu, le succès d'Achmed mais qui me semble à double trenchant. Certes il dégonfle la baudruche de nos peurs (bon point) mais il pourrait aussi avoir des effets dévastateurs sur une population non informée qui aurait définitivement fait une croix sur la menace... et serait d'autant plus surprise lors de sa réalisation.
C'est évidemment schématique. Mais cela signifie que pou utiliser Achmed dans une stratégie contre-terroriste, il faut une information préalable. Idem dans le cas européen, actuellement. L'on ne meurt plus que pour ce qui est perçu comme en vallant la peine (pour un type de la Drôme, en 1812, quel est l'intérêt de mourir pour Alger ? Mais il mourrait quand même et l'opinion ne s'en émeuvait guère).
Pour un pays qui ne connaît plus de terrorisme de façon mensuelle (comme l'Espagne, qui a bien résisté aux attaques de Madrid), l'information est donc la clé du problème comme celle d'une formation de la résilience. Sans elle, il y a fort à craindre que la seule expérience ne soit insuffisante : nos mémoires sont décidément trop courtes pour celà...
vendredi 22 août 2008
Le Grand Charles flotte à nouveau
L'étape est symbolique pour les industriels comme pour les marins : le Charles de Gaulle est sorti de son bassin pour rejoindre le quai Vauban, où se dérouleront les prochaines étapes de son IPER. De facto, les étapes les plus délicates - en particulier, le changement de 32 éléments combusibles des réacteurs nucléaires - sont considérées non seulement comme passées mais également comme réussis dans les temps.
C'est fin novembre que le porte-avions sera remis à la Marine nationale pour qu'une campagne de qualification soit menée selon les standards OTAN (comme depuis de longues années), permettant tant d'entraîner l'équipage que de vérifier le bon fonctionnement des systèmes du navire. Le bâtiment sera à nouveau considéré comme disponible "au printemps 2009". Ce qui peut aussi bien s'interpréter, remarquent les opérationnels, comme mars ou... mi-juin. D'ici là, pas question d'un départ "en urgence", dans l'hypothèse d'une crise, par exemple.
De nombreuses modifications ont été opérées. En plus des travaux portant sur les réacteurs - le changement des coeurs nécessitant une expertise différente de celle utilisée pour le déchargement/chargement des sous-marins - le bâtiment aura également été repeint (nécesitant 40 tonnes de peinture) et des modifications apportées aussi bien au système de combat qu'aux soutes à munitions, complètement revues. Les canaux des catapultes ont été ouverts et l'ensemble des systèmes vérifiés, de fond en comble. La liste n'est pas exhaustive : en tout et pour tout, 80 000 tâches sont planifiées pour l'IPER, représentant 2 530 000 heures de travail.
L'ensemble aura été planifié pendant 3 ans. Le bâtiment accueillera ainsi le banc d'essais Mermoz II (soutien du Rafale F3) et des soutes à munitions redessinées et permettant d'emporter l'ASMP-A comme le missile de croisière SCALP-EG. Les transmissions ont été revues de fond en comble : 80 km de câbles ont été installés, de même que de nouvelles baies de télécommunication par satellite, permettant de travailler avec le système Syracuse III. En plus de modiciations logicielles au système de combat, un nouveau centre de renseignement a été installé. Il permettra de pleinement bénéficier des données recueillies par les nacelles Reco NG. Les systèmes radar ont également été entretenus, voire démontés.
La visite du navire montre le vaste chantier ainsi entrepris : câbles et buses souples de ventilation encombrent les coursives. L'équipage dans son ensemble - 1 200 personnes - a été mis à contribution, permettant ainsi d'économiser, selon des responsables, de l'ordre de 50 % du coût de la main d'oeuvre nécessaire à l'IPER. Cette dernière est quant à elle estimée à 300 millions d'euros. A bord, l'ambiance est à la fierté : la tâche est complexe mais elle a été menée à bien dans les temps.
C'est fin novembre que le porte-avions sera remis à la Marine nationale pour qu'une campagne de qualification soit menée selon les standards OTAN (comme depuis de longues années), permettant tant d'entraîner l'équipage que de vérifier le bon fonctionnement des systèmes du navire. Le bâtiment sera à nouveau considéré comme disponible "au printemps 2009". Ce qui peut aussi bien s'interpréter, remarquent les opérationnels, comme mars ou... mi-juin. D'ici là, pas question d'un départ "en urgence", dans l'hypothèse d'une crise, par exemple.
De nombreuses modifications ont été opérées. En plus des travaux portant sur les réacteurs - le changement des coeurs nécessitant une expertise différente de celle utilisée pour le déchargement/chargement des sous-marins - le bâtiment aura également été repeint (nécesitant 40 tonnes de peinture) et des modifications apportées aussi bien au système de combat qu'aux soutes à munitions, complètement revues. Les canaux des catapultes ont été ouverts et l'ensemble des systèmes vérifiés, de fond en comble. La liste n'est pas exhaustive : en tout et pour tout, 80 000 tâches sont planifiées pour l'IPER, représentant 2 530 000 heures de travail.
L'ensemble aura été planifié pendant 3 ans. Le bâtiment accueillera ainsi le banc d'essais Mermoz II (soutien du Rafale F3) et des soutes à munitions redessinées et permettant d'emporter l'ASMP-A comme le missile de croisière SCALP-EG. Les transmissions ont été revues de fond en comble : 80 km de câbles ont été installés, de même que de nouvelles baies de télécommunication par satellite, permettant de travailler avec le système Syracuse III. En plus de modiciations logicielles au système de combat, un nouveau centre de renseignement a été installé. Il permettra de pleinement bénéficier des données recueillies par les nacelles Reco NG. Les systèmes radar ont également été entretenus, voire démontés.
La visite du navire montre le vaste chantier ainsi entrepris : câbles et buses souples de ventilation encombrent les coursives. L'équipage dans son ensemble - 1 200 personnes - a été mis à contribution, permettant ainsi d'économiser, selon des responsables, de l'ordre de 50 % du coût de la main d'oeuvre nécessaire à l'IPER. Cette dernière est quant à elle estimée à 300 millions d'euros. A bord, l'ambiance est à la fierté : la tâche est complexe mais elle a été menée à bien dans les temps.
La tactique viendra après : aux questions des enseignements retirés de la frappe du Hezbollah sur le Hanit et des opérations navales pendant la guerre d'Ossétie, les opérationnels nous indiquent qu'il y a un temps pour tout. Mais que la réflexion ne s'arrête jamais. De fait, la marine tient à ses bijoux - on la comprend. Ainsi, la sélection des commandants est particulièrement rigoureuse : un "pool" des candidats les plus sérieux est constitué avant que l'un d'entre eux soit choisi. L'extrême crème de la crème.
C'était aussi pour nous l'occasion de rencontrer de nombreux responsables, de même que le très sympathique commandant du bâtiment. Nous avons notamment discuté futur de l'aéronautique navale, propulsion nucléaire d'un évntuel PA2 et autoprotection. Découvrez leurs interviews dans nos prochains numéros de DSI, DSI-T et nos dailies Euronaval !
C'était aussi pour nous l'occasion de rencontrer de nombreux responsables, de même que le très sympathique commandant du bâtiment. Nous avons notamment discuté futur de l'aéronautique navale, propulsion nucléaire d'un évntuel PA2 et autoprotection. Découvrez leurs interviews dans nos prochains numéros de DSI, DSI-T et nos dailies Euronaval !
jeudi 21 août 2008
Ethique et armes
Un ami me demande ce que signifie encore l'éthique aujourd'hui, dans le milieu militaire. J'ai répondu à sa question mais n'ai pu m'empêcher de terminer par les articles 6 et, peut être plus encore de l'article 7 du code de la Légion étrangère, qui me semblent tellement justes:
- La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu'au bout et si besoin, en opérations, au péril de ta vie.
- Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.
Je me souviens de les avoir cité aussi, en 6ème (terminale), à mon professeur de français, et de l'avoir vue songeuse. Elle m'a appris beaucoup (elle avait été l'une de celle, dans un recoin du secrétariat de l'école technique, à m'engager à faire l'Université) et ce jour là, elle m'a appris plus encore : méditer sur les mots, c'est aimer le monde...
- La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu'au bout et si besoin, en opérations, au péril de ta vie.
- Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.
Je me souviens de les avoir cité aussi, en 6ème (terminale), à mon professeur de français, et de l'avoir vue songeuse. Elle m'a appris beaucoup (elle avait été l'une de celle, dans un recoin du secrétariat de l'école technique, à m'engager à faire l'Université) et ce jour là, elle m'a appris plus encore : méditer sur les mots, c'est aimer le monde...
Gagner la bataille de la légitimité intérieure
L'un des éléments sans doute les plus prégnants des débats ayant suivi la mort des 10 soldats français réside dans le manque de compréhension de la population à l'égard de la mission qui leur était confiée. De facto, la pauvreté de l'information généraliste en matière stratégique a conduit à une forme de suivisme à l'égard de communiqués de l'OTAN, qui répondaient à un agenda politique propre. A savoir, mettre en avant les missions de reconstruction - mission oh combien consensuelle - pour tenter de rassembler le maximum de troupes d'un maximum d'Etats.
Or, depuis 2001-2002, la situation a considérablement évolué. L'adversaire s'est regroupé, a gagné en légitimité, a connu une montée en puissance en termes d'effectifs comme de puissance de feu et s'est lancé dans des opérations de plus en plus complexes. Rien de bien neuf là-dedans. Mais, alors que le remarquable travail effectué notamment par le CDEF a bien mis en évidence la nécessité de gagner en légitimité par rapport aux populations locales, sans doute n'avons nous pas, au plan politique cette fois, compris la nécessité de gagner également en légitimité auprès de nos populations. C'était, au demeurant, une dimension mise en évidence par Vincent Desportes dans La guerre probable.
De fait, la théorie stratégique enseigne que la vulnérabilité au "zéro mort" est plus importante lorsque les intérêts nationaux sont perçus comme moins importants. Depuis le 11 septembre, les Américains auparavant très vulnérables au moindre mort ne le sont plus guère : l'intérêt national est parfaitement compris. Mais il le reste mal dans le cas européen (j'insiste, tant des débats similaires à ceux actuellement en cours en France le sont aussi ailleurs). La phrase du LBDSN selon laquelle il faut se préparer à subir des pertes, si elle est de bon sens, apparaît donc comme finalement assez vaine, ne montrant guère comment s'y préparer. La résilience est l'une des pistes à mettre en oeuvre (JDM nous le rappelle à bon escient - peut-être a-t-il lu mon article sur le sujet dans le DSI 37) mais son coeur est la politique d'information - libre, sans manipulations d'aucune sorte et assumant les éventuels débats.
Mais l'acception qui est donnée par le LBDSN à la résilience est par trop restrictive. Elle ne prend notamment en compte les aspects liés à l'information ni à la formation (cf. DSI 39). Or, il est ici question de l'incapacité des politiques, des journalistes ou des chercheurs à mettre en évidence la nécessité de s'engager dans ce qui n'est pas une "guerre contre le terrorisme" (ce terme nous aura décidément causé beaucoup de tort) mais bien une opération de stabilisation d'une zone géopolitique sensible pour une foultitude de raisons qu'il conviendrait enfin d'expliquer correctement. De ce point de vue, on est en droit de se demander si nous n'avons pas perdu la bataille de la légitimité intérieure. Autant de points sur lesquels j'aurais l'occasion de revenir cet après-midi sur France-Info.
Or, depuis 2001-2002, la situation a considérablement évolué. L'adversaire s'est regroupé, a gagné en légitimité, a connu une montée en puissance en termes d'effectifs comme de puissance de feu et s'est lancé dans des opérations de plus en plus complexes. Rien de bien neuf là-dedans. Mais, alors que le remarquable travail effectué notamment par le CDEF a bien mis en évidence la nécessité de gagner en légitimité par rapport aux populations locales, sans doute n'avons nous pas, au plan politique cette fois, compris la nécessité de gagner également en légitimité auprès de nos populations. C'était, au demeurant, une dimension mise en évidence par Vincent Desportes dans La guerre probable.
De fait, la théorie stratégique enseigne que la vulnérabilité au "zéro mort" est plus importante lorsque les intérêts nationaux sont perçus comme moins importants. Depuis le 11 septembre, les Américains auparavant très vulnérables au moindre mort ne le sont plus guère : l'intérêt national est parfaitement compris. Mais il le reste mal dans le cas européen (j'insiste, tant des débats similaires à ceux actuellement en cours en France le sont aussi ailleurs). La phrase du LBDSN selon laquelle il faut se préparer à subir des pertes, si elle est de bon sens, apparaît donc comme finalement assez vaine, ne montrant guère comment s'y préparer. La résilience est l'une des pistes à mettre en oeuvre (JDM nous le rappelle à bon escient - peut-être a-t-il lu mon article sur le sujet dans le DSI 37) mais son coeur est la politique d'information - libre, sans manipulations d'aucune sorte et assumant les éventuels débats.
Mais l'acception qui est donnée par le LBDSN à la résilience est par trop restrictive. Elle ne prend notamment en compte les aspects liés à l'information ni à la formation (cf. DSI 39). Or, il est ici question de l'incapacité des politiques, des journalistes ou des chercheurs à mettre en évidence la nécessité de s'engager dans ce qui n'est pas une "guerre contre le terrorisme" (ce terme nous aura décidément causé beaucoup de tort) mais bien une opération de stabilisation d'une zone géopolitique sensible pour une foultitude de raisons qu'il conviendrait enfin d'expliquer correctement. De ce point de vue, on est en droit de se demander si nous n'avons pas perdu la bataille de la légitimité intérieure. Autant de points sur lesquels j'aurais l'occasion de revenir cet après-midi sur France-Info.
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On the road again
Vous l'aurez constaté, je vous ai donné peu de nouvelles ces derniers temps, charge de travail oblige. Pourtant, l'engagement qui a vu 10 soldats se faire tuer m'a fait assez intensément cogiter hier soir. Derrière le respect pour les morts, la polémique qui qui s'épanouit actuellement me pose problème à plusieurs égards. J'y reviendrai, je pense, dans le courant de la journée. Pour les lecteurs mexicains parmi vous, je suis aujourd'hui, sur cette question, dans le quotidien Reforma.
En attendant, DSI est bien parti chez l'imprimeur - le numéro ne devrait pas vous décevoir - et nous mettons la dernière main au premier DSI-T... qui portera le numéro 13 ! Succédant à T&A, les abonnés à ce dernier le recevront, bien entendu, automatiquement. Je pense, également, qu'il ne devrait pas vous décevoir. Dans l'optique d'Euronaval (où il sera également distribué), il sera forcément un peu plus naval.
A ce sujet, le Charles de Gaulle est remis à l'eau demain, à Toulon. L'occasion pour l'équipe de se lever tôt pour être à 6 heures à la base navale. Photos et reportage dès demain sur ce blog !
En attendant, DSI est bien parti chez l'imprimeur - le numéro ne devrait pas vous décevoir - et nous mettons la dernière main au premier DSI-T... qui portera le numéro 13 ! Succédant à T&A, les abonnés à ce dernier le recevront, bien entendu, automatiquement. Je pense, également, qu'il ne devrait pas vous décevoir. Dans l'optique d'Euronaval (où il sera également distribué), il sera forcément un peu plus naval.
A ce sujet, le Charles de Gaulle est remis à l'eau demain, à Toulon. L'occasion pour l'équipe de se lever tôt pour être à 6 heures à la base navale. Photos et reportage dès demain sur ce blog !
mardi 19 août 2008
DSI 40 : petit avant-goût
Un peu de lecture
Je ne m'en étais pas aperçu mais le dernier Penser les Ailes Françaises publie un de mes articles, assez long, "Israël et l'approche synergistique en stratégie aérienne, de la guerre du Kippour à Paix en Galilée". A lire ici.
Afghanistan : un engagement contre les Talibans aurait fait 10 morts français
Selon Le Point et l'AFP, des combats très durs ayant duré 3 heures ont eu lieu à Saroubi, à 50 km de Kaboul, entre des forces françaises appartenant notamment au 8ème RPIMa et des talibans.
Ils auraient fait 10 morts et 10 blessés graves dans les rangs français, information que ne confirme pas encore le ministère de la défense. Un C-135 en configuration MORPHEE (module hôpital volant) serait sur le point de partir de la base d'Istres.
Quatorze soldats français sont déjà morts en Afghanistan depuis 2001, au combat, au cours d'attentats ou lors d'accidents.
Addendum : le Morphée devrait avoir quitté Istres. Jean Guisnel donne plus de renseignements sur les conditions de l'engagement ici.
Ils auraient fait 10 morts et 10 blessés graves dans les rangs français, information que ne confirme pas encore le ministère de la défense. Un C-135 en configuration MORPHEE (module hôpital volant) serait sur le point de partir de la base d'Istres.
Quatorze soldats français sont déjà morts en Afghanistan depuis 2001, au combat, au cours d'attentats ou lors d'accidents.
Addendum : le Morphée devrait avoir quitté Istres. Jean Guisnel donne plus de renseignements sur les conditions de l'engagement ici.
"The A" is blogging
Grand admirateur de Depeche Mode et de U2 devant l'éternel Alain "The A" De Neve est aussi et surtout un chercheur (IRSD et doctorant UCL) qui a un solide paquet d'articles et de livres derrière lui.
C'est lui qui avait patiemment contacté ce qui allait devenir la joyeuse bande du RMES à cette époque héroïque de 2003 où travailler sur les études stratégiques vous vallait, au mieux, un regard condescendant (ça ne nous rajeunit pas !).
Et bien, ça y est, il s'est mis à bloguer : ses réflexions (dont celles sur la Géorgie - sachant qu'il a pas mal travaillé sur l'évolution de l'OSCE) sont à lire ici.
C'est lui qui avait patiemment contacté ce qui allait devenir la joyeuse bande du RMES à cette époque héroïque de 2003 où travailler sur les études stratégiques vous vallait, au mieux, un regard condescendant (ça ne nous rajeunit pas !).
Et bien, ça y est, il s'est mis à bloguer : ses réflexions (dont celles sur la Géorgie - sachant qu'il a pas mal travaillé sur l'évolution de l'OSCE) sont à lire ici.
lundi 18 août 2008
JTFEX : les chiffres
Le JTFEX (Joint Tactical Force Expeditionary Exercice) qui s'est déroulé du 28 juin au 1er août 2008 en Virginie (Etats-Unis) a vue, pour la première fois, l"intégration de l’aéronautique navale française au sein d’un groupe aérien américain pendant plusieurs jours.
Cet exercice, avait, du coté français, deux principaux objectifs : maintenir les qualifications des pilotes de la Marine nationale pendant la période d’indisponibilité du porte-avions Charles de Gaulle et élever le niveau d’interopérabilité technique des deux marines.
6 Rafale Marine F2 de la flottille 12F de Landivisiau et 2 Hawkeye de la flottille 4F de Lann-Bihoué, ont participé à cet exercice, qui s'est déroulé comme suit :
- période d’entrainement et de qualification à partir de la base aéronavale de Norfolk pendant 2 semaines : vols avec les flottilles américaines, appontages simulés sur piste de jour et de nuit, puis réels à bord.
- embarquement sur le porte-avions américain Theodore Roosevelt de 5 Rafale (du 17 au 23 juillet) : missions de combats aériens, vols tactiques à plusieurs avions sous opposition, contrôle de chasse et de « close air support » (appui aérien de troupes au sol).
Bilan chiffré :
- 150 appontages réalisés, dont un tiers de nuit.
- Une centaine de missions d’assauts, de «sweep» (combat aérien), d’appui aérien
(Rafale), de contrôle tactique, de théâtres ou encore de guidage d’interception
(Hawkeye).
- Rafale : 480 heures de vol. Tous les objectifs d’entrainements tactiques et
d’appontage ont été atteints.
- Hawkeye : 135 heures de vol.
Cet exercice, avait, du coté français, deux principaux objectifs : maintenir les qualifications des pilotes de la Marine nationale pendant la période d’indisponibilité du porte-avions Charles de Gaulle et élever le niveau d’interopérabilité technique des deux marines.
6 Rafale Marine F2 de la flottille 12F de Landivisiau et 2 Hawkeye de la flottille 4F de Lann-Bihoué, ont participé à cet exercice, qui s'est déroulé comme suit :
- période d’entrainement et de qualification à partir de la base aéronavale de Norfolk pendant 2 semaines : vols avec les flottilles américaines, appontages simulés sur piste de jour et de nuit, puis réels à bord.
- embarquement sur le porte-avions américain Theodore Roosevelt de 5 Rafale (du 17 au 23 juillet) : missions de combats aériens, vols tactiques à plusieurs avions sous opposition, contrôle de chasse et de « close air support » (appui aérien de troupes au sol).
Bilan chiffré :
- 150 appontages réalisés, dont un tiers de nuit.
- Une centaine de missions d’assauts, de «sweep» (combat aérien), d’appui aérien
(Rafale), de contrôle tactique, de théâtres ou encore de guidage d’interception
(Hawkeye).
- Rafale : 480 heures de vol. Tous les objectifs d’entrainements tactiques et
d’appontage ont été atteints.
- Hawkeye : 135 heures de vol.
jeudi 14 août 2008
Géorgie : les enjeux
Tanguy Struye et Alain De Neve ont fait paraître ce matin une op-ed dans La Libre Belgique sur le conflit géorgien : à lire ici. Notons l'importance qui y est donnée à l'influence stratégique en mer noire.
Beau mouvement
La guerre est décidément la continuation de la politique par d'autres moyens. Dans le cas géorgien, alors que la situation n'est toujours pas claire, les Etats-Unis ont opéré un mouvement qui me semble absolument remarquable, au travers de la dernière déclaration de G.W. Bush.
En indiquant que les forces US allaient envoyer une aide humanitaire en Géorgie (sachant qu'il avait vigoureusement condamné la réponse russe sans mettre en évidence le rôle géorgien), il veut contraindre la Russie à l'arrêt des opérations.
L'équation est simple : des C-17 dans les airs et des militaires US au sol, c'est faire courrir le risque de pertes collétarales américaines et de solides complications militaro-diplomatiques en perspective. Le tout, en n'évoquant nullement la perspective d'un engagement US en Géorgie. Au final, le meilleur soutien imaginable dans l'équation stratégique actuelle.
En indiquant que les forces US allaient envoyer une aide humanitaire en Géorgie (sachant qu'il avait vigoureusement condamné la réponse russe sans mettre en évidence le rôle géorgien), il veut contraindre la Russie à l'arrêt des opérations.
L'équation est simple : des C-17 dans les airs et des militaires US au sol, c'est faire courrir le risque de pertes collétarales américaines et de solides complications militaro-diplomatiques en perspective. Le tout, en n'évoquant nullement la perspective d'un engagement US en Géorgie. Au final, le meilleur soutien imaginable dans l'équation stratégique actuelle.
mercredi 13 août 2008
Le chiffre du jour
85 milliards de dollars. C'est le coût de l'emploi de contractors en Irak, de 2003 à 2007, selon un rapport du Congressionnal Budget Office américain :
- From 2003 through 2007, and converting the funding into 2008 dollars, U.S. agencies awarded $85 billion in contracts for work to be principally performed in the Iraq theater, accounting for almost 20 percent of funding for operations in Iraq. Including funding for 2008 itself, the U.S. has likely awarded $100 billion or more for contractors in the Iraq theater.
- More than 70 percent of those obligations were for contracts performed in Iraq itself.
- Most contract obligations were for logistics support, construction, petroleum products, or food.
- Although personnel counts are rough approximations, CBO estimates that at least 190,000 contractor personnel, including subcontractors, work on U.S.-funded contracts in the Iraq theater. About 20 percent are U.S. citizens.
- The United States has used contractors during previous military operations, although not to the current extent. According to rough historical data, the ratio of about one contractor employee for every member of the U.S. armed forces in the Iraq theater is at least 2.5 times higher than the ratio during any other major U.S. conflict, although it is roughly comparable with the ratio during operations in the Balkans in the 1990s.
L'ensemble du rapport est à lire ici.
- From 2003 through 2007, and converting the funding into 2008 dollars, U.S. agencies awarded $85 billion in contracts for work to be principally performed in the Iraq theater, accounting for almost 20 percent of funding for operations in Iraq. Including funding for 2008 itself, the U.S. has likely awarded $100 billion or more for contractors in the Iraq theater.
- More than 70 percent of those obligations were for contracts performed in Iraq itself.
- Most contract obligations were for logistics support, construction, petroleum products, or food.
- Although personnel counts are rough approximations, CBO estimates that at least 190,000 contractor personnel, including subcontractors, work on U.S.-funded contracts in the Iraq theater. About 20 percent are U.S. citizens.
- The United States has used contractors during previous military operations, although not to the current extent. According to rough historical data, the ratio of about one contractor employee for every member of the U.S. armed forces in the Iraq theater is at least 2.5 times higher than the ratio during any other major U.S. conflict, although it is roughly comparable with the ratio during operations in the Balkans in the 1990s.
L'ensemble du rapport est à lire ici.
Roll-out du P-8 MMA
Ce n'est pas si fréquent de voir des appareils militaires effectuer leur roll-out et, malgré l'aspect civil de celui en photo (copyright, Boeing), il est bel et bien militaire. Le P-8 Poseidon doit remplacer les P-3C Orion de patrouille maritime de l'US Navy (108 exemplaires seraient commandés) et devrait être acheté par l'Australie. Aux dernières nouvelles l'Inde est également intéressée.Si le programme a fait peu de vagues, avançant assez rapidement, c'est aussi que les réelles difficultés vont commencer. Il a fallu intégrer une soute à armement et des pylônes d'emport de charge ailaires à l'architecture du Boeing 737-800 et il faudra encore intégrer son système de missions. Intégration des systèmes et tests vont donc se poursuivre. Rendez-vous en 2013 pour l'Initial Operationnal Capability.
mardi 12 août 2008
Si, si, DSI est bien en Géorgie
Mon patron est actuellement à Tbilissi (à couvert et en bonne santé). Il en a profité pour donner quelques interviews sur la situation à l'heure actuelle. A voir notamment ici.
lundi 11 août 2008
Géorgie : une guerre pour rien...
La tentative de « rétablissement de l’ordre constitutionnel » menée à partir dans la nuit du 7 au 8 août par la Géorgie au sein de la province séparatiste d’Ossétie du Sud (elle a déclaré son indépendance, non reconnue par la communauté internationale, en 1992) sera sans doute considérée à l’avenir comme un exemple typique d’aventurisme militaire. Au termes de tensions récurrentes ayant dernièrement vu la destruction d’au moins deux drones géorgiens, Tbilissi a mené un blitzkrieg en direction de la capitale ossète, Tskhinvali. Moscou, qui maintenait des troupes (officiellement qualifiées de « maintien de la paix » et assez lourdement équipées) dans la république séparatiste depuis 1992 et le traité de paix de Dagomys, contre-attaquera cependant rapidement, de sorte que les troupes géorgiennes seront contraintes au retrait, dès le 10 août. Dans le même temps, un nouveau front était ouvert, cette fois en Abkhazie, autre république pro-russe à l’indépendance auto-proclamée. Les opérations confirment plusieurs tendances.
Premièrement, la préparation relativement importante des forces géorgiennes comme russes. Alors que les premiers tirs sont entendus dans l’après-midi du 7 août – après l’annulation d’une réunion bipartite entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie – l’invasion de l’Ossétie commence le 8 août à 1h30, après un cessez-le-feu qui aura duré de 19h à 22h. La capitale ossète est atteinte par les premiers éléments géorgiens vers 7h du matin, le 8 août. Les forces de Tbilissi ont mené une campagne classique, fondée sur l’utilisation combinée de chars et d’artillerie. Elles disposaient également d’un appui ISR au moyen de drones. Comparativement, les troupes russes réagiront assez rapidement, menant dès la matinée du 8 août des raids sur la frontière géorgienne, utilisant des Su-24. Elles utiliseront également des systèmes antichars. elles interviendront, aussi, en soutien des forces abkhazes, particulièrement dans la vallée de Kodori.
Deuxièmement, l’aviation sera particulièrement mobilisée par la Russie, dans le cadre d’une stratégie duale, visant à la fois les positions géorgiennes en Ossétie, en coordination avec l’artillerie (il semble, à cet égard, que les leçons de leurs calamiteux engagements en Tchétchénie aient été retenues). A ce volet tactique s’adjoint un volet stratégique, les forces russes menant des raids sur les villes géorgiennes, visant des casernes et des bases aériennes (de même que l’aéroport de Tbilissi et son radar) mais faisant au passage de nombreuses victimes collatérales. Il n’est pas certain que ces dernières n’aient pas été voulues. Les évolutions de la doctrine russe, ces dernières années, laissent toujours place à la pression psychologique induite par des frappes touchant les populations civiles. Ainsi, le 11 août, les villes de Poti, Tbilissi et Gori (dont 80 % des habitants ont fui la ville) sont la cible de raids massifs de la part de l’aviation russe, plusieurs raids étant montés. La Russie, en tout état de cause, s’est assurée de la domination du ciel.
Troisièmement, le blocus naval reste une modalité de combat. La Russie a assez rapidement dépêché au moins un navire sur les côtes géorgiennes, cherchant à interdire le ravitaillement de la république par la voie maritime. Ce faisant, il semble qu’une vedette géorgienne ait été coulée. Quatrièmement, l’opération relève de la cinématique classique des conflits réguliers : la contre-attaque russe s’accompagne de l’aménagement de corridors humanitaires par les Géorgiens, destinés à l’évacuation des populations civiles. Les Russes cherchent également à maximiser la pression sur la Géorgie en ouvrant un second front – cherchant par là même à définitivement ancrer dans leurs sphère d’influence l’Abkhazie – tout en manoeuvrant sur le terrain psychologique, légitimant leurs opérations par des frappes qui auraient été menées par les Géorgiens contre des casernes abritant des soldats russes.
Cinquièmement, le conflit démontre l’importance de l’estimation des conséquences stratégiques dans la décision de lancer une action militaire. Se sentant, à tort, soutenu par les Occidentaux, il semble que le président géorgien ait clairement sous-estimé la réaction russe. Cette dernière passera aussi par le bombardement de casernes où se trouvent stationnés des instructeurs américains – envoyant ainsi et au passage à Washington un message clair, sans aucun doute entendu depuis longtemps, le soutien occidental n’étant guère que rhétorique. Dès lors, la puissance de feu supérieure des forces russes leur a permis de reprendre rapidement le contrôle de la capitale ossète, les Géorgiens n’ayant guère pu sécuriser leurs positions, malgré des investissements ayant connu une forte croissance ces dernières années. Le président géorgien n’a alors guère eu l’option, dès le 9 août, que de demander à plusieurs reprises un cessez-le-feu. A partir de ce moment, les options russes sont plus qu’ouvertes : ayant bousculé un dispositif géorgien incapable de se ressaisir, la Russie peut aussi bien jouer la carte du statu quo ante, celle de l’intégration à la Fédération de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie voire encore… rien moins que la prise de la Géorgie.
Sixièmement, cette micro-guerre bouscule largement les équilibres géopolitiques. Ainsi, comme le remarque O. Kempf, l’axe Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou, dont on avait fait grand cas ces dernières années (notamment au regard de la construction de l’oléoduc BTC, sans doute coupé à plusieurs endroits du fait des récentes opérations), semble s’effondrer. Dans le même temps, l’axe Moscou-Erevan-Téhéran ne fait que se renforcer : le Caucase, si l’on peut s’exprimer ainsi, redevient russe. Ensuite, Moscou tient sans doute aussi sa revanche sur le Kosovo : partisane de la théorie de l’intégrité des frontières, Moscou a subi l’intervention de 1999 puis l’indépendance de 2008 de l’ancienne province serbe comme un affront. Mais à accepter que des provinces fassent définitivement sécession – et en récupérant l’Ossétie du Sud comme l’Abkhazie – la Russie ouvre aussi une porte dangereuse pour elle. La guerre de Tchétchénie, menée au nom de l’intégrité des frontières, aura été une guerre pour rien… et certains indépendantistes pourraient être tentés par l’aventure autonomiste.
Premièrement, la préparation relativement importante des forces géorgiennes comme russes. Alors que les premiers tirs sont entendus dans l’après-midi du 7 août – après l’annulation d’une réunion bipartite entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie – l’invasion de l’Ossétie commence le 8 août à 1h30, après un cessez-le-feu qui aura duré de 19h à 22h. La capitale ossète est atteinte par les premiers éléments géorgiens vers 7h du matin, le 8 août. Les forces de Tbilissi ont mené une campagne classique, fondée sur l’utilisation combinée de chars et d’artillerie. Elles disposaient également d’un appui ISR au moyen de drones. Comparativement, les troupes russes réagiront assez rapidement, menant dès la matinée du 8 août des raids sur la frontière géorgienne, utilisant des Su-24. Elles utiliseront également des systèmes antichars. elles interviendront, aussi, en soutien des forces abkhazes, particulièrement dans la vallée de Kodori.
Deuxièmement, l’aviation sera particulièrement mobilisée par la Russie, dans le cadre d’une stratégie duale, visant à la fois les positions géorgiennes en Ossétie, en coordination avec l’artillerie (il semble, à cet égard, que les leçons de leurs calamiteux engagements en Tchétchénie aient été retenues). A ce volet tactique s’adjoint un volet stratégique, les forces russes menant des raids sur les villes géorgiennes, visant des casernes et des bases aériennes (de même que l’aéroport de Tbilissi et son radar) mais faisant au passage de nombreuses victimes collatérales. Il n’est pas certain que ces dernières n’aient pas été voulues. Les évolutions de la doctrine russe, ces dernières années, laissent toujours place à la pression psychologique induite par des frappes touchant les populations civiles. Ainsi, le 11 août, les villes de Poti, Tbilissi et Gori (dont 80 % des habitants ont fui la ville) sont la cible de raids massifs de la part de l’aviation russe, plusieurs raids étant montés. La Russie, en tout état de cause, s’est assurée de la domination du ciel.
Troisièmement, le blocus naval reste une modalité de combat. La Russie a assez rapidement dépêché au moins un navire sur les côtes géorgiennes, cherchant à interdire le ravitaillement de la république par la voie maritime. Ce faisant, il semble qu’une vedette géorgienne ait été coulée. Quatrièmement, l’opération relève de la cinématique classique des conflits réguliers : la contre-attaque russe s’accompagne de l’aménagement de corridors humanitaires par les Géorgiens, destinés à l’évacuation des populations civiles. Les Russes cherchent également à maximiser la pression sur la Géorgie en ouvrant un second front – cherchant par là même à définitivement ancrer dans leurs sphère d’influence l’Abkhazie – tout en manoeuvrant sur le terrain psychologique, légitimant leurs opérations par des frappes qui auraient été menées par les Géorgiens contre des casernes abritant des soldats russes.
Cinquièmement, le conflit démontre l’importance de l’estimation des conséquences stratégiques dans la décision de lancer une action militaire. Se sentant, à tort, soutenu par les Occidentaux, il semble que le président géorgien ait clairement sous-estimé la réaction russe. Cette dernière passera aussi par le bombardement de casernes où se trouvent stationnés des instructeurs américains – envoyant ainsi et au passage à Washington un message clair, sans aucun doute entendu depuis longtemps, le soutien occidental n’étant guère que rhétorique. Dès lors, la puissance de feu supérieure des forces russes leur a permis de reprendre rapidement le contrôle de la capitale ossète, les Géorgiens n’ayant guère pu sécuriser leurs positions, malgré des investissements ayant connu une forte croissance ces dernières années. Le président géorgien n’a alors guère eu l’option, dès le 9 août, que de demander à plusieurs reprises un cessez-le-feu. A partir de ce moment, les options russes sont plus qu’ouvertes : ayant bousculé un dispositif géorgien incapable de se ressaisir, la Russie peut aussi bien jouer la carte du statu quo ante, celle de l’intégration à la Fédération de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie voire encore… rien moins que la prise de la Géorgie.
Sixièmement, cette micro-guerre bouscule largement les équilibres géopolitiques. Ainsi, comme le remarque O. Kempf, l’axe Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou, dont on avait fait grand cas ces dernières années (notamment au regard de la construction de l’oléoduc BTC, sans doute coupé à plusieurs endroits du fait des récentes opérations), semble s’effondrer. Dans le même temps, l’axe Moscou-Erevan-Téhéran ne fait que se renforcer : le Caucase, si l’on peut s’exprimer ainsi, redevient russe. Ensuite, Moscou tient sans doute aussi sa revanche sur le Kosovo : partisane de la théorie de l’intégrité des frontières, Moscou a subi l’intervention de 1999 puis l’indépendance de 2008 de l’ancienne province serbe comme un affront. Mais à accepter que des provinces fassent définitivement sécession – et en récupérant l’Ossétie du Sud comme l’Abkhazie – la Russie ouvre aussi une porte dangereuse pour elle. La guerre de Tchétchénie, menée au nom de l’intégrité des frontières, aura été une guerre pour rien… et certains indépendantistes pourraient être tentés par l’aventure autonomiste.
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mardi 5 août 2008
Service minimum de l'AdA pour le prochain Red Flag
L'armée de l'Air dépêchera 4 Rafale et 2 C-130 durant le prochain Red Flag - nous disposons de quelqu'un sur place qui ne manquera pas de nous offrir un RETEX de l'exercice pour DSI - tandis que la Corée du Sud (F-15K) et l'Inde (8 su-30MKI et 2 Il-78 Midas, forces spéciales de l'IAF) dépêcheront égalementdes délégations.
Mais, selon certains observateurs, l'AdA va jouer le "service minimum". D'une part, en regard du nombre : les Indiens seront deux fois plus nombreux que les Français alors que la France a pu alligner une petite dizaine de Mirage 2000D dans l'exercice durant les années 1990. Le coût de l'opération serait en cause. D'autre part, les Rafale ne seraient déployés que pour des missions de défense aérienne. Pas de CAS, de BAI ou de SEAD, donc.
Ce qui laisse tout de même entrevoir quelques possibilités de belles passes d'armes entre les Rafies et les Su-30 et/ou les F-15K. On vous tient au courant !
Mais, selon certains observateurs, l'AdA va jouer le "service minimum". D'une part, en regard du nombre : les Indiens seront deux fois plus nombreux que les Français alors que la France a pu alligner une petite dizaine de Mirage 2000D dans l'exercice durant les années 1990. Le coût de l'opération serait en cause. D'autre part, les Rafale ne seraient déployés que pour des missions de défense aérienne. Pas de CAS, de BAI ou de SEAD, donc.
Ce qui laisse tout de même entrevoir quelques possibilités de belles passes d'armes entre les Rafies et les Su-30 et/ou les F-15K. On vous tient au courant !
Histoire de murs
François Duran nous invite à réfléchir aux "nouveaux murs". Ce qui me permet d'apporter, sans mauvais jeu de mot, deux petites pierres à la réflexion. La première est une interview du général Ephraïm Lapid - un ancien du renseignement militaire israélien et ancien porte-parole de Tsahal - portant notamment sur les effets stratégiques du "mur/barrière" positionné en Cisjordanie. Lorsque vous la lisez, gardez à l'esprit les récents attentats au bulldozer : vous comprendrez toute la problématique de la circulation économique entre les Territoires et Israël soulevée par le général. A lire dans le prochain DSI-T.
La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.
La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.
Finalement, une bibliothèque, ça aide...
La bibliothèque est finalement remise en place, les ouvrages dépoussiérés et alignés, les Billy montées, le téléphone et internet sont opérationnels, tout fonctionne, je suis donc prêt à reprendre le collier. Et, finalement, dépoussiérer les bouquins vous renvoie immanquablement à la littérature de la guerre froide, vous savez, celle que vous ne consultez plus depuis une bonne quinzaine d'années.
A bien y regarder, elle n'a pas complètement perdu de sa pertinence, en particulier à l'aune de l'activisme russe qui, loin d'être une passade comme certains l'avançaient, tend à s'accroître avec le temps. Ainsi les Danois ont-ils effectué des interceptions, pas très loin de Bornholm, de Su-24 Fencer en entraînement antinavires semble-t-il. De fait, les Russes ne s'engagent plus seulement dans ce type de mission avec des bombardiers lourds mais également avec des interdicteurs que l'on n'avait plus vu depuis 20 ans.
Dans le même temps, Ruslan Pukhov, que nous avions eu l'occasion d'accueillir dans nos pages il y a quelques temps, indiquait à RIA Novosti que les achats vénézuéliens allaient également comprendre des SA-16, des Il-76 de transport et des chars T-90. En plus de fusils de précision Dragunov, d'AK-74, de sous-marins Kilo, de Su-30MK et d'autres systèmes SAM, bien entendu. Il y a quelques jours, la Russie a également annoncé que le déploiement en Pologne et en Tchéquie de défenses ABM provoquerait une utilisation de Cuba comme base de ravitaillement pour ses bombardiers. Un général américain n'avait pas manqué de se rappeller ses leçons d'histoire du 20ème siècle, en particulier le chapitre sur la crise de Cuba.
La Russie a également signifié qu'elle allait moderniser substanciellement la base navale syrienne de Tartous et l'utiliser comme mouillage. Quel est le rapport, me direz-vous ? Et bien, tout ceci ressemble furieusement à un embryon (n'exagérons pas, tout de même) de stratégie d'encerclement de l'OTAN. Certains, aux Pays-Bas, ne manquent pas de rappeler qu'Aruba, Curaçao et Bonaire (Antilles néerlandaises) sont presque à portée visuelle du Vénézuela, les deux premières îles abritant des Forward Operating Locations américaines utilisées dans les NARCOPS.
Dans le même temps, l'OTAN a réactivé ses patrouilles aériennes au départ de l'Islande et Washington a réactivé sa 4ème Flotte. De là à ce que Caracas soit utilisé comme point d'appui russe, il n'y a qu'un pas. Et la France dans tout celà ? Pour elle qui entend réintégrer pleinement l'OTAN, il pourrait bien y avoir, à terme, une contradiction entre sa volonté et la politique qu'elle mène à l'égard de la Syrie, voire des contacts entretenus avec H. Chavez. A suivre, donc...
A bien y regarder, elle n'a pas complètement perdu de sa pertinence, en particulier à l'aune de l'activisme russe qui, loin d'être une passade comme certains l'avançaient, tend à s'accroître avec le temps. Ainsi les Danois ont-ils effectué des interceptions, pas très loin de Bornholm, de Su-24 Fencer en entraînement antinavires semble-t-il. De fait, les Russes ne s'engagent plus seulement dans ce type de mission avec des bombardiers lourds mais également avec des interdicteurs que l'on n'avait plus vu depuis 20 ans.
Dans le même temps, Ruslan Pukhov, que nous avions eu l'occasion d'accueillir dans nos pages il y a quelques temps, indiquait à RIA Novosti que les achats vénézuéliens allaient également comprendre des SA-16, des Il-76 de transport et des chars T-90. En plus de fusils de précision Dragunov, d'AK-74, de sous-marins Kilo, de Su-30MK et d'autres systèmes SAM, bien entendu. Il y a quelques jours, la Russie a également annoncé que le déploiement en Pologne et en Tchéquie de défenses ABM provoquerait une utilisation de Cuba comme base de ravitaillement pour ses bombardiers. Un général américain n'avait pas manqué de se rappeller ses leçons d'histoire du 20ème siècle, en particulier le chapitre sur la crise de Cuba.
La Russie a également signifié qu'elle allait moderniser substanciellement la base navale syrienne de Tartous et l'utiliser comme mouillage. Quel est le rapport, me direz-vous ? Et bien, tout ceci ressemble furieusement à un embryon (n'exagérons pas, tout de même) de stratégie d'encerclement de l'OTAN. Certains, aux Pays-Bas, ne manquent pas de rappeler qu'Aruba, Curaçao et Bonaire (Antilles néerlandaises) sont presque à portée visuelle du Vénézuela, les deux premières îles abritant des Forward Operating Locations américaines utilisées dans les NARCOPS.
Dans le même temps, l'OTAN a réactivé ses patrouilles aériennes au départ de l'Islande et Washington a réactivé sa 4ème Flotte. De là à ce que Caracas soit utilisé comme point d'appui russe, il n'y a qu'un pas. Et la France dans tout celà ? Pour elle qui entend réintégrer pleinement l'OTAN, il pourrait bien y avoir, à terme, une contradiction entre sa volonté et la politique qu'elle mène à l'égard de la Syrie, voire des contacts entretenus avec H. Chavez. A suivre, donc...
lundi 4 août 2008
L'armée irakienne remonte en puissance
Dans la perspective d'une reprise en main de l'ensemble des opérations de contre-insurrection qui semble poindre - mais aussi de sécurisation de l'Etat irakien face à ses voisins - Bagdad vient de passer une série de commandes majeures, via le système des Foreign Military Sales - aux Etats-Unis.
Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.
Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.
jeudi 24 juillet 2008
Les vacances arrivent
Si, si, votre serviteur prend (un peu) de congés. Comme demain sera une journée chargée au bureau et que mes premiers jours de vacances seront synonymes de déménagement, j'en profite pour prendre congé de vous, du moins jusqu'au 1er août.
D'ici là, j'en profite pour faire un petit effet d'annonce (et vous laisser un peu de lecture) : mon prochain ouvrage, issu en bonne partie de ma thèse, sortira en septembre chez Economica. Pas d'intégrale sur le web évidemment mais la table des matières, consultable en ligne.
Bonne lecture et à d'ici quelques jours !
D'ici là, j'en profite pour faire un petit effet d'annonce (et vous laisser un peu de lecture) : mon prochain ouvrage, issu en bonne partie de ma thèse, sortira en septembre chez Economica. Pas d'intégrale sur le web évidemment mais la table des matières, consultable en ligne.
Bonne lecture et à d'ici quelques jours !
Carte militaire
La présentation de la tèrs attenduie nouvelle carte militaire a été effectuée ce matin. JDM en dresse les grandes lignes. Quant au document dans son intégralité, il peut être consulté ici.
Le DDG-1000 annulé ?
Selon Reuters, l'US Navy aurait transmis au Congrès une demande d'annulation portant sur le programme DDG-1000 - aucune confirmation n'a encore été donnée pour l'heure. La classe Zumwalt - que nous avions analysée dans Technologie & Armement - était sous le feu des critiques de la marine US qui, jusqu'il y a un mois, recommandait de ne s'en tenir qu'à deux exemplaires sur les 7 qu'elle escomptait initialement.
Ce sont précisément ces 2 exemplaires qui seraient annulés, malgré un investissement en R&D de plus de 10 milliards de dollars. Complexe, le navire avait été critiqué pour ses dérives financières et les risques techniques induits. D'une conception de bâtiment destiné à des opérations littorales, très automatisé, semi-submersible et apte à devenir un véritable arsenal flottant, le destroyer était devenu un monstre de 14 000 tonnes à peine capable d'embarquer 80 lanceurs verticaux et destiné aux opérations en haute mer.
Ce travers doctrinal - le retour systématique à la haute mer malgré les demandes en terme de combat littoral - avait en son temps été critiqué, notamment par l'amiral Cebrowski. En tout état de cause, la Navy privilégiait depuis une bonne année le renforcement de sa flotte de destroyers de classe Burke, devenus son "pion élémentaire" en matière de combat en surface.
Notons également que l'annulation de la classe DDG-1000 pourrait avoir des conséquences sur les CG-X, futurs croiseurs destinés au remplacement des CG-49 Ticonderoga, qui devaient être dérivés des nouveaux destroyers. J'ai eu l'occasion d'analyser plus en profondeur les dérives techniciennes visibles dans le cas du Zumwalt dans mon prochain ouvrage, à paraître d'ici fin septembre.
Ce sont précisément ces 2 exemplaires qui seraient annulés, malgré un investissement en R&D de plus de 10 milliards de dollars. Complexe, le navire avait été critiqué pour ses dérives financières et les risques techniques induits. D'une conception de bâtiment destiné à des opérations littorales, très automatisé, semi-submersible et apte à devenir un véritable arsenal flottant, le destroyer était devenu un monstre de 14 000 tonnes à peine capable d'embarquer 80 lanceurs verticaux et destiné aux opérations en haute mer.
Ce travers doctrinal - le retour systématique à la haute mer malgré les demandes en terme de combat littoral - avait en son temps été critiqué, notamment par l'amiral Cebrowski. En tout état de cause, la Navy privilégiait depuis une bonne année le renforcement de sa flotte de destroyers de classe Burke, devenus son "pion élémentaire" en matière de combat en surface.
Notons également que l'annulation de la classe DDG-1000 pourrait avoir des conséquences sur les CG-X, futurs croiseurs destinés au remplacement des CG-49 Ticonderoga, qui devaient être dérivés des nouveaux destroyers. J'ai eu l'occasion d'analyser plus en profondeur les dérives techniciennes visibles dans le cas du Zumwalt dans mon prochain ouvrage, à paraître d'ici fin septembre.
mardi 22 juillet 2008
Le C-17 marque des points... et le Type 214 avec
Cette fois, c'est officiel, le Qatar et Boeing ont signé un accord portant sur la vente de 2 C-17, pour 400 millions de dollars. Le premier appareil devrait être livré durant l'été 2009. Pour faire bonne figure, l'émirat a également commandé 18 hélicoptères AW-139 pour 260 millions d'euros. Les Etats-Unis, La Grande-Bretagne, l'Australie, le Canada et l'OTAN sont déjà clients du Globemaster III.
On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.
On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.
L'Afghanistan est-il perdu ?
La dernière interview de Gérard Chaliand, indiquant que "La victoire de l'OTAN en Afghanistan est impossible" fait pas mal de bruit et prête, en tous cas, à réfléchir. Sur le fond, son analyse est simple et limpide :
- nous n'avons pas suffisament investi le théâtre des opérations de 2002 à 2004-5 ;
- le dispositif pashtoune a eu le temps de se reconfigurer et de forger de nouveaux argumentaires légitimant - passant d'une vision néo-djihadiste à une vision de guerre de libération nationale ;
- ce nouveau dispositif ne peut emporter la victoire mais l'OTAN non plus ;
- il faut donc négocier.
Il y a donc de quoi réfléchir, sur plusieurs points. Premièrement, sur la perception que nous avons eu des opérations : on a trop souvent fait s'opposer, chez les membres de l'OTAN, "reconstruction" et "sécurisation" ou, en d'autres termes (disons en des termes plus politiques), "combat" et "humanitaire". C'est évidemment une ineptie : l'un ne peut aller sans l'autre, il existe une interpénétration absolue entre ces deux dimensions en contre-insurrection. Or, l'OTAN et ses Etats-membres n'ont pas su/pu/voulu voir à quel type d'opération nous avions affaire. La réponse était mauvaise dès le départ.
Deuxièmement, la notion de victoire reste décidément un référent obligé. Or, la victoire (entendue comme décisivie, nette, claire et tranchée) n'a aujourd'hui plus grand sens dans les conflits contemporains. Et tant qu'elle en aura encore un, la défaite l'aura également, délégitimant toute forme d'intervention militaire un tant soit peu "dure".
Troisièmement, la reconfiguration du dispositif pashtoune vers une base idéologique fondée sur la libération de l'oppresseur peut offrir des options politiques intéressantes - elle peut même induire à terme une certaine forme de coopération. Si, toutefois, nous comprenons et ils comprenent que nos objectifs respectifs devront être reconfigurés : respect de l'autonomie locale dans leur cas, refus du retour des djihadistes/d'AQ dans le nôtre. Comme le dit François, le timing sera particulièrement important et l'imposition d'un tel agenda est évidement lié aux classiques de la realpolitik - à savoir se mettre en position de force avant de négocier.
Quatrièmement, sur l'importance de l'Afghanistan. Nous ne pouvons nous retirer du pays, nous y sommes coincés (je n'aime pas le terme "piégés" car nous disposons d'une liberté de manoeuvre qui n'est pas si négligeable) par la géopolitique. "Arrière-cuisine" stratégique du Pakistan, l'Afghanistan pourrait bien être la porte d'entrée de la chute finale d'Islamabad - et de ses armes nucléaires - aux mains des barbus. Quitter la zone, de ce point de vue, serait une très mauvaise idée. Et ce, sans compter un "retour de flamme" d'AQ sur l'Afghanistan lui-même. C'est une idée que j'avais eu l'occasion de développer plus avant dans une série d'interviews pour le 24 Heures suisse et je pense que cette analyse reste valide.
Cinquièmement, G. Chaliand aborde également la notion de centre de gravité et isole le nôtre dans notre aversion pour les pertes. Cependant, elle semble beaucoup moins prégnante aux Etats-Unis qu'en Europe (et encore l'est-elle moins en France qu'en Belgique, par exemple). Est-ce véritablement un CDG ? Une faiblesse, certainement. Mais un CDG ? On peut être amené à se poser la question de savoir si, en l'absence d'une ligne européenne claire et congruente à la nature des opérations, le CDG ne devient pas naturellement nos sources de faiblesses. J'avais plutôt eu tendance à voire "le zéro/moindre mort" comme un trait culturel, quelque chose qui se situerait en dehors de la mécanique de la stratégie théorique. Mais ce basculement entre "faiblesse des objectifs" et "faiblesses comme CDG" me pose question. Ce basculement me semble a priori - mais ça demande plus de réflexion - intimement lié aux catégories d'argumentaires légitimant les opérations. Sans doute pas tant au plan des populations civiles européennes d'ailleurs qu'au plan politique lui-même.
En conclusion, nous sommes condamnés à devoir effectuer une "stabilisation musclée" de l'Afghanistan. Refuser de le faire, c'est nier à la fois les fondements de la stratégie mais aussi ceux de la politique, en s'exposant à avoir fait beaucoup d'efforts - nonobstant leur insuffisance patente - pour rien, voire pour pire.
- nous n'avons pas suffisament investi le théâtre des opérations de 2002 à 2004-5 ;
- le dispositif pashtoune a eu le temps de se reconfigurer et de forger de nouveaux argumentaires légitimant - passant d'une vision néo-djihadiste à une vision de guerre de libération nationale ;
- ce nouveau dispositif ne peut emporter la victoire mais l'OTAN non plus ;
- il faut donc négocier.
Il y a donc de quoi réfléchir, sur plusieurs points. Premièrement, sur la perception que nous avons eu des opérations : on a trop souvent fait s'opposer, chez les membres de l'OTAN, "reconstruction" et "sécurisation" ou, en d'autres termes (disons en des termes plus politiques), "combat" et "humanitaire". C'est évidemment une ineptie : l'un ne peut aller sans l'autre, il existe une interpénétration absolue entre ces deux dimensions en contre-insurrection. Or, l'OTAN et ses Etats-membres n'ont pas su/pu/voulu voir à quel type d'opération nous avions affaire. La réponse était mauvaise dès le départ.
Deuxièmement, la notion de victoire reste décidément un référent obligé. Or, la victoire (entendue comme décisivie, nette, claire et tranchée) n'a aujourd'hui plus grand sens dans les conflits contemporains. Et tant qu'elle en aura encore un, la défaite l'aura également, délégitimant toute forme d'intervention militaire un tant soit peu "dure".
Troisièmement, la reconfiguration du dispositif pashtoune vers une base idéologique fondée sur la libération de l'oppresseur peut offrir des options politiques intéressantes - elle peut même induire à terme une certaine forme de coopération. Si, toutefois, nous comprenons et ils comprenent que nos objectifs respectifs devront être reconfigurés : respect de l'autonomie locale dans leur cas, refus du retour des djihadistes/d'AQ dans le nôtre. Comme le dit François, le timing sera particulièrement important et l'imposition d'un tel agenda est évidement lié aux classiques de la realpolitik - à savoir se mettre en position de force avant de négocier.
Quatrièmement, sur l'importance de l'Afghanistan. Nous ne pouvons nous retirer du pays, nous y sommes coincés (je n'aime pas le terme "piégés" car nous disposons d'une liberté de manoeuvre qui n'est pas si négligeable) par la géopolitique. "Arrière-cuisine" stratégique du Pakistan, l'Afghanistan pourrait bien être la porte d'entrée de la chute finale d'Islamabad - et de ses armes nucléaires - aux mains des barbus. Quitter la zone, de ce point de vue, serait une très mauvaise idée. Et ce, sans compter un "retour de flamme" d'AQ sur l'Afghanistan lui-même. C'est une idée que j'avais eu l'occasion de développer plus avant dans une série d'interviews pour le 24 Heures suisse et je pense que cette analyse reste valide.
Cinquièmement, G. Chaliand aborde également la notion de centre de gravité et isole le nôtre dans notre aversion pour les pertes. Cependant, elle semble beaucoup moins prégnante aux Etats-Unis qu'en Europe (et encore l'est-elle moins en France qu'en Belgique, par exemple). Est-ce véritablement un CDG ? Une faiblesse, certainement. Mais un CDG ? On peut être amené à se poser la question de savoir si, en l'absence d'une ligne européenne claire et congruente à la nature des opérations, le CDG ne devient pas naturellement nos sources de faiblesses. J'avais plutôt eu tendance à voire "le zéro/moindre mort" comme un trait culturel, quelque chose qui se situerait en dehors de la mécanique de la stratégie théorique. Mais ce basculement entre "faiblesse des objectifs" et "faiblesses comme CDG" me pose question. Ce basculement me semble a priori - mais ça demande plus de réflexion - intimement lié aux catégories d'argumentaires légitimant les opérations. Sans doute pas tant au plan des populations civiles européennes d'ailleurs qu'au plan politique lui-même.
En conclusion, nous sommes condamnés à devoir effectuer une "stabilisation musclée" de l'Afghanistan. Refuser de le faire, c'est nier à la fois les fondements de la stratégie mais aussi ceux de la politique, en s'exposant à avoir fait beaucoup d'efforts - nonobstant leur insuffisance patente - pour rien, voire pour pire.
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lundi 21 juillet 2008
Ouf !
Aucun véhicule n'est tombé en panne devant la tribune royale (je me souviens, dans mon enfance d'un M-109 resté coincé juste devant) et le défilé "nouvelle génération" s'est bien déroulé. Une bande de robocops a déboulé en plein sur la place des palais pour faire une démo de maintien de l'ordre qui a solidement secoué le présentateur TV : "uh... ce n'est pas un peu violent ?". De fait, c'était un peu comme si un Leclerc déboulait en plein milieu d'un épisode des Télétubbies et passait en mode hunter-killer sur les lapins. Rigolo, quoi.
Petit rappel aussi de la polémique sur les 90mm et ambiance à la fête. Joyeux anniversaire à tous mes compatriotes, nous étions un jour de fête nationale. Mais, tout de même (dirait Carl) : pas un chenillé (parce qu'il paraît qu'un véhicule à roue est plus mobile), l'artillerie représentée par 2 canons de 105 mm, pas un missile antichar à l'horizon et un défilé civil plus long que le militaire. Chapeau à la FAé (c'est tellement mieux que composante aérienne) qui nous a envoyé 16 F-16 et 1 NH90.
Mais pour le reste, c'est un peu comme si la moitié de l'armée était resté coincé dans les bouchons du carrefour Léonard (pour les connaisseurs) et avait décidé que c'était le bon moment pour se faire une pause one-one... Une ambiance bizarre aussi. On fait la fête essentiellement parce qu'on aime la faire - on peut se demander si elle a encore une signification profonde. En Flandre, manifestement, l'indifférence règne et un vice-premier ministre francophone indiquait d'un air docte que c'est une "fête intéressante". Cool, moi aussi, j'aime l'anthropologie.
Bon alleï, bonne fiesse a tout en saquî (mon wallon est un peu rouillé), goeïe nationaal dag iedereen (zut, mon anversois aussi) et que les pintjes coulent dans vos gosiers comme il pleut sur la Belgique (ah, ça, ça va toujours !).
Petit rappel aussi de la polémique sur les 90mm et ambiance à la fête. Joyeux anniversaire à tous mes compatriotes, nous étions un jour de fête nationale. Mais, tout de même (dirait Carl) : pas un chenillé (parce qu'il paraît qu'un véhicule à roue est plus mobile), l'artillerie représentée par 2 canons de 105 mm, pas un missile antichar à l'horizon et un défilé civil plus long que le militaire. Chapeau à la FAé (c'est tellement mieux que composante aérienne) qui nous a envoyé 16 F-16 et 1 NH90.
Mais pour le reste, c'est un peu comme si la moitié de l'armée était resté coincé dans les bouchons du carrefour Léonard (pour les connaisseurs) et avait décidé que c'était le bon moment pour se faire une pause one-one... Une ambiance bizarre aussi. On fait la fête essentiellement parce qu'on aime la faire - on peut se demander si elle a encore une signification profonde. En Flandre, manifestement, l'indifférence règne et un vice-premier ministre francophone indiquait d'un air docte que c'est une "fête intéressante". Cool, moi aussi, j'aime l'anthropologie.
Bon alleï, bonne fiesse a tout en saquî (mon wallon est un peu rouillé), goeïe nationaal dag iedereen (zut, mon anversois aussi) et que les pintjes coulent dans vos gosiers comme il pleut sur la Belgique (ah, ça, ça va toujours !).
dimanche 20 juillet 2008
une bibliothèque, c'est lourd...
Et je ne parle pas des meubles (une rafale d'indémodables "Billy" de chez Ikea devant débarquer prochainement) mais bien des ouvrages. Je vais profiter de mes congés, à partir de vendredi prochain, pour déménager.
Résultat, 17 caisses grand format de bouquins, depuis une présentation des oeuvres de Teilhard de Chardin chez Marabout d'une vingtaine de grammes jusqu'aux Flottes de combat 2008 (comptez 2kg).
Soit, à vue de nez et en me conformant aux prescriptions des déménageurs en termes de charge unitaire, environ 500 kg de lectures... sans compter une collection complète d'au moins 5 titres de magazines. Comment ça, j'ai une carrure de sandwich SNCF ?
Résultat, 17 caisses grand format de bouquins, depuis une présentation des oeuvres de Teilhard de Chardin chez Marabout d'une vingtaine de grammes jusqu'aux Flottes de combat 2008 (comptez 2kg).
Soit, à vue de nez et en me conformant aux prescriptions des déménageurs en termes de charge unitaire, environ 500 kg de lectures... sans compter une collection complète d'au moins 5 titres de magazines. Comment ça, j'ai une carrure de sandwich SNCF ?
vendredi 18 juillet 2008
Heyl Ha'Yam : 4 LCS sur un plateau
Tous les feux des Foreign Military Sales sont au vert : la marine israélienne va effectivement recevoir 4 corvettes LCS-1 de Lockheed Martin, pour un montant de 1,9 milliards de dollars. Le plus intéressant réside dans la configuration, moins modulaire que pour l'USN, du bâtiment - qui en fait une véritable frégate :
- 2x8 lanceurs verticaux Mk41 ;
- lanceurs Harpoon ;
- 1 CIWS Phalanx ;
- 2 tubes lance-torpilles ;
- Link-16
Eventuellement un radar SPY-1F - la même version de l'Aegis que celle qui est installée sur les Nansen norvégiennes. Ce qui laisse au demeurant deviner des modifications assez lourdes sur un bâtiment qui n'en est pas à ses premiers problèmes...
En somme, une solide configuration pour le combat naval. Qui pourrait bien intéresser de très près l'Arabie saoudite, également intéressée par le LCS.
- 2x8 lanceurs verticaux Mk41 ;
- lanceurs Harpoon ;
- 1 CIWS Phalanx ;
- 2 tubes lance-torpilles ;
- Link-16
Eventuellement un radar SPY-1F - la même version de l'Aegis que celle qui est installée sur les Nansen norvégiennes. Ce qui laisse au demeurant deviner des modifications assez lourdes sur un bâtiment qui n'en est pas à ses premiers problèmes...
En somme, une solide configuration pour le combat naval. Qui pourrait bien intéresser de très près l'Arabie saoudite, également intéressée par le LCS.
jeudi 17 juillet 2008
Réchauffement irano-américain
Le dossier iranien se réchauffe peu à peu, pour certains commentateurs, on se dirige même vers une sortie de crise. L'affaire est néanmoins complexe et pas mal d'hypothèses peuvent être dégagées. C'est l"occasion d'une petite interview à écouter sur Radio Méditerranée International dans le courant de la journée.
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Précision sur l'arsenal nucléaire chinois
La dernière édition du Bulletin of the Atomic Scientists compte notamment un article de la FAS sur l'état de l'arsenal nucléaire chinois, indiquant que Pékin dispose d'environ 176 charges nucléaires. A lire ici.
mercredi 16 juillet 2008
Fonction "anticipation-connaissance" : à bien y réfléchir...
Bien entendu, nous reviendrons dans le prochain DSI sur le LBDSN mais aussi sur les priorités qu'il induit, notamment en matière d'anticipation-connaissance - en bref, le renseignement entendu au sens large. D'ici là, quelques éléments de réflexion, à la relecture du LBDSN :
- Sur la forme d'abord : le renseignement et l'anticipation sont, par nature, consubstanciels à toute activité stratégique, ce qui implique naturellement de se projeter dans le temps - le passé mais aussi le futur. Et ce, pour la prévention, la dissuasion, la protection ou encore l'action/projection : on ne conduit pas les armées sans envisager leurs actions et les contraintes qu'elles pourraient subir, de son fait propre ou de celui de l'adversaire. De ce point de vue, en faire une "fonction" en tant que telle marque la priorité qui lui est donnée. Mais, par certains aspects, n'est-elle pas quelque peu incongrue, marquant, en fait, un oubli de la stratégie et de ses élémentaires ?
- Sur le fond : le LBDSN induit des aménagements d'ordre organisationnels bienvenus. Mais va-t'on ou non vers une expérience similaire à celle du Joint Intelligence Comittee (JIC) britannique, permettant de donner au niveau politique une image claire du "qui fait quoi et où en est-on" ? Un spécialiste délégué auprès du Président représente certes un embryon de "communauté d'alerte" (annoncer les mauvaises nouvelles est un art dont le manque de maîtrise aura coûté la vie à Sorge, une invasion à l'URSS et quelques millions de morts). Mais jusqu'où va-t-il jouer ce rôle ? ;
- Sur le fond encore, DST et DGSE apparaissent comme les grandes gagnantes du LBDSN. Comparativement, pour la DRM, militaire, aucun nouveau projet n'émerge - elle "gagne" surtout parce qu'elle ne perd pas. En fait, le LBDSN valide des programmes lancés antérieurement (comme MUSIS) mais cache aussi ce qui semble être une réduction des personnels de la DRM.
Certes, il faut voir de quels personnels il s'agit mais le signal lancé est tout de même perturbant. De ce point de vue, l'emphase sur le maintien des espérances en matière matérielle cache également que l'augmentation du débit des informations ne représente rien sans analystes capables de les décrypter et de transformer les informations en renseignement.
Or, comme me le confiait un expert tout à l'heure, un bon linguiste chinois, c'est... 10 ans de formation : le double de la durée de vie des Helios II... Histoire de rappeler que le renseignement ne représente pas un facteur uniquement dépendant du matériel. Vous pouvez avoir 2 000 missiles de croisière et 25 planificateurs, spécialistes de la stratégie aérienne. Si vous avez 2 satellites, il vous faut bien plus d'analystes. Et les satellites ne sont que l'un des moyens de recueil du renseignement...
- Sur la forme d'abord : le renseignement et l'anticipation sont, par nature, consubstanciels à toute activité stratégique, ce qui implique naturellement de se projeter dans le temps - le passé mais aussi le futur. Et ce, pour la prévention, la dissuasion, la protection ou encore l'action/projection : on ne conduit pas les armées sans envisager leurs actions et les contraintes qu'elles pourraient subir, de son fait propre ou de celui de l'adversaire. De ce point de vue, en faire une "fonction" en tant que telle marque la priorité qui lui est donnée. Mais, par certains aspects, n'est-elle pas quelque peu incongrue, marquant, en fait, un oubli de la stratégie et de ses élémentaires ?
- Sur le fond : le LBDSN induit des aménagements d'ordre organisationnels bienvenus. Mais va-t'on ou non vers une expérience similaire à celle du Joint Intelligence Comittee (JIC) britannique, permettant de donner au niveau politique une image claire du "qui fait quoi et où en est-on" ? Un spécialiste délégué auprès du Président représente certes un embryon de "communauté d'alerte" (annoncer les mauvaises nouvelles est un art dont le manque de maîtrise aura coûté la vie à Sorge, une invasion à l'URSS et quelques millions de morts). Mais jusqu'où va-t-il jouer ce rôle ? ;
- Sur le fond encore, DST et DGSE apparaissent comme les grandes gagnantes du LBDSN. Comparativement, pour la DRM, militaire, aucun nouveau projet n'émerge - elle "gagne" surtout parce qu'elle ne perd pas. En fait, le LBDSN valide des programmes lancés antérieurement (comme MUSIS) mais cache aussi ce qui semble être une réduction des personnels de la DRM.
Certes, il faut voir de quels personnels il s'agit mais le signal lancé est tout de même perturbant. De ce point de vue, l'emphase sur le maintien des espérances en matière matérielle cache également que l'augmentation du débit des informations ne représente rien sans analystes capables de les décrypter et de transformer les informations en renseignement.
Or, comme me le confiait un expert tout à l'heure, un bon linguiste chinois, c'est... 10 ans de formation : le double de la durée de vie des Helios II... Histoire de rappeler que le renseignement ne représente pas un facteur uniquement dépendant du matériel. Vous pouvez avoir 2 000 missiles de croisière et 25 planificateurs, spécialistes de la stratégie aérienne. Si vous avez 2 satellites, il vous faut bien plus d'analystes. Et les satellites ne sont que l'un des moyens de recueil du renseignement...
Farnborough avec DSI-T
Comme vous le savez, le salon de Farnborough se tient tous les deux ans, en alternance avec le Bourget. BAE vient notamment d'y présenter sa conception du drone MALE d'attaque, un démonstrateur qui pourrait bien augurer de développements ultérieurs.
Tout ceci pour vous dire qu'un de nos correspondants est sur place et que les temps forts du salon seront à retrouver dans le DSIT n°13, de septembre-octobre, parmi quelques autres articles pour le moins solides.
Tout ceci pour vous dire qu'un de nos correspondants est sur place et que les temps forts du salon seront à retrouver dans le DSIT n°13, de septembre-octobre, parmi quelques autres articles pour le moins solides.
mardi 15 juillet 2008
Bon, plus de gouvernement... divaguons alors !
Comme vous le savez certainement, le premier ministre belge a démissionné, au terme de l'échec des négociations communautaires. Bon, nous voilà à nouveau sans gouvernement, de quoi laisser pas mal d'options sur la table. Si, personnellement, je pense que nous allons vers un confédéralisme poussé, imaginons un peu un rattachement à la France ou encore l'ancrage de ce qui resterait de la Belgique - soit Bruxelles et la Wallonie - à la France.
Dans les deux cas de figure, Paris aurait la haute main sur la défense. Petit calcul : si chaque "Belge néo-Français" (grosso-modo, 4 millions d'habitants) payait ce qu'un Français paie pour la défense (ce qui ne serait que justice)... les "néo-Français" paieraient annuellement 2,372 milliards d'Euros. Soit un peu moins que ce que ne paient 10 millions de Belges pour leur défense.
Bon, et bien... on l'a presque, le 2ème PA !
Dans les deux cas de figure, Paris aurait la haute main sur la défense. Petit calcul : si chaque "Belge néo-Français" (grosso-modo, 4 millions d'habitants) payait ce qu'un Français paie pour la défense (ce qui ne serait que justice)... les "néo-Français" paieraient annuellement 2,372 milliards d'Euros. Soit un peu moins que ce que ne paient 10 millions de Belges pour leur défense.
Bon, et bien... on l'a presque, le 2ème PA !
lundi 14 juillet 2008
dimanche 13 juillet 2008
CDG et matérialité
Je profite du débat lancé par Olivier Kempf (zut, tu as raison, je suis à la bourre sur mes mails mais je ne t'oublie pas !) et François Duran sur la notion de centre de gravité pour faire un peu d'"incruste". J'avais eu envie de m'immiscer éhontément dans la cette très pertinente problématique il y a quelques jours mais... time is flying...
J'avais eu envie, surtout, de répondre au premier post de François, sur l'emploi du CDG par le général Yakovleff (la 7ème BB va faire des étincelles !). En fait, sa conception du CDG est l'un des rares points de son excellent ouvrage sur lequel je ne suis pas d'accord. En fait, je pense qu'il reste marqué par une vision trop tactique, presque jominienne du CDG. Au point que je m'étais dit à l'époque, qu'on pouvait le confondre avec le "point décisif", lui-même composante du CDG et effectivement plus jominien.
En fait, dans la conception clausewitzienne, il ne peut exister qu'un seul CDG, la source du pouvoir, de l'ascendant de l'adversaire. Or, ce pouvoir peut être matérialisé (les canons bosno-serbes autour de Sarajevo en 95, pour suivre le raisonnement de l'OTAN à l'époque, avant Deliberate Force) ou non. Je pense qu'en réalité, il n'est que rarement matérialisé. Pour reprendre Sarajevo 95', l'artillerie adverse était en réalité le point le plus décisif des points décisifs - je pense que le "vrai" CDG était la "pureté ethnique" défendue par Pale et, surtout, son acceptation/interprétation par des combattants fortement mobilisés d'un point de vue idéologique.
Certes, cette pureté était assimilable à un objectif de la guerre (un zweck, quoi). Mais c'est surtout la motivation induite chez les assiégeurs qui constituait ce CDG. A côté de celà, le nombre de combattant bosno-serbes, leur artillerie, leurs approvisionnements étaient autant de points décisifs (dûment attaqués par l'aviation et l'artillerie de l'OTAN ensuite). En ce sens, la possible valeur immatérielle d'un CDG le rend naturellement compatible à des opérations irrégulières. Mao, lorsqu'il entreprend sa Longue Marche, est le CDG chinois : il est à la fois commandant et "émetteur idéologique" : il fixe l'idéologie, les objectifs, la méthode et jusqu'à la tactique. Un vrai Head and shoulders, "tout en un", stratégique.
En fait, derrière ma réflexion se cache aussi une "remise à sa place" du CDG : je me demande dans quelle mesure il permet effectivement de conduire la guerre : savoir ce qui fait la force de l'adversaire est évidemment utile - c'est même l'une des première choses à considérer - mais de là découlent ensuite une série d'options. L'EFR et la génération d'un "effet majeur" (soit, grosso modo, le dominant effect de la théorie des EBO) devant permettre de l'atteindre est finalement relativement découplée du CDG. Plutôt, il va viser des points matériels ou, à tout le moins, plus tangibles.
Prenons un exemple : mon adversaire est une sorte de nébuleuse djihadiste comportant à la fois des chefs reconnus et leur soutien budgéto-logistique et une multitude de petits groupes s'en réclamant. Elle était initialement basée dans une zone géographique régie par un Etat en "stan" mais où l'Etat n'a jamais eu beaucoup prise. Le CDG de mon adversaire est sa doctrine, en l'occurrence : elle agrège des mécontements divers et variés et propose une lutte à mort dans le long terme en offrant ultimement à ses combattants le paradis.
Que faire ? Mener une campagne d'influence visant à "déconstruire" l'idéologie et la doctrine adverse est une solution mais qui , n'opèrera que dans le long terme : la contre-conviction n'est pas chose aisée. Or, ce temps peut être exploité pour l'adversaire et mener des opérations qui renforçeront sa légitimité auprès de populations susceptibles de fournir des combattants potentiels et donc, de le renforcer.
Autre option, "faire la chasse" et engager des troupes amies contre les points décisifs adverses, par exemple, des regroupements de gens que nous appelerions les "talibans" ou encore l'engagement de services de renseignement contre des cellules djihadistes en Europe. Là, des résultats seront accumulés dans le court terme mais n'éroderont pas nécessairement le CDG adverse.
Conclusion : il faut mener des options de court terme et de long terme et un CDG dématérialisé est plus complexe à combattre (surtout pour nos "sociétés impatientes") et implique de s'attaquer aux points décisifs, ne serait-ce que par la charge dissuadante que peuvent avoir nos actions sur l'adversaire. En tout état de cause, et là, je relance la balle du débat, tout CDG dématérialisé dépendra beaucoup plus des populations susceptibles de jouer un rôle quelconque dans les opérations que dans les matériels en tant que tels.
Ce qui nous renvoie droit à... Rupert Smith et Vincent Desportes. Les populations peuvent ne pas être qu'enjeu et cible, elles peuvent aussi être source (directe ou indirecte), réceptacle ou "activateurs" d'un CDG.
J'avais eu envie, surtout, de répondre au premier post de François, sur l'emploi du CDG par le général Yakovleff (la 7ème BB va faire des étincelles !). En fait, sa conception du CDG est l'un des rares points de son excellent ouvrage sur lequel je ne suis pas d'accord. En fait, je pense qu'il reste marqué par une vision trop tactique, presque jominienne du CDG. Au point que je m'étais dit à l'époque, qu'on pouvait le confondre avec le "point décisif", lui-même composante du CDG et effectivement plus jominien.
En fait, dans la conception clausewitzienne, il ne peut exister qu'un seul CDG, la source du pouvoir, de l'ascendant de l'adversaire. Or, ce pouvoir peut être matérialisé (les canons bosno-serbes autour de Sarajevo en 95, pour suivre le raisonnement de l'OTAN à l'époque, avant Deliberate Force) ou non. Je pense qu'en réalité, il n'est que rarement matérialisé. Pour reprendre Sarajevo 95', l'artillerie adverse était en réalité le point le plus décisif des points décisifs - je pense que le "vrai" CDG était la "pureté ethnique" défendue par Pale et, surtout, son acceptation/interprétation par des combattants fortement mobilisés d'un point de vue idéologique.
Certes, cette pureté était assimilable à un objectif de la guerre (un zweck, quoi). Mais c'est surtout la motivation induite chez les assiégeurs qui constituait ce CDG. A côté de celà, le nombre de combattant bosno-serbes, leur artillerie, leurs approvisionnements étaient autant de points décisifs (dûment attaqués par l'aviation et l'artillerie de l'OTAN ensuite). En ce sens, la possible valeur immatérielle d'un CDG le rend naturellement compatible à des opérations irrégulières. Mao, lorsqu'il entreprend sa Longue Marche, est le CDG chinois : il est à la fois commandant et "émetteur idéologique" : il fixe l'idéologie, les objectifs, la méthode et jusqu'à la tactique. Un vrai Head and shoulders, "tout en un", stratégique.
En fait, derrière ma réflexion se cache aussi une "remise à sa place" du CDG : je me demande dans quelle mesure il permet effectivement de conduire la guerre : savoir ce qui fait la force de l'adversaire est évidemment utile - c'est même l'une des première choses à considérer - mais de là découlent ensuite une série d'options. L'EFR et la génération d'un "effet majeur" (soit, grosso modo, le dominant effect de la théorie des EBO) devant permettre de l'atteindre est finalement relativement découplée du CDG. Plutôt, il va viser des points matériels ou, à tout le moins, plus tangibles.
Prenons un exemple : mon adversaire est une sorte de nébuleuse djihadiste comportant à la fois des chefs reconnus et leur soutien budgéto-logistique et une multitude de petits groupes s'en réclamant. Elle était initialement basée dans une zone géographique régie par un Etat en "stan" mais où l'Etat n'a jamais eu beaucoup prise. Le CDG de mon adversaire est sa doctrine, en l'occurrence : elle agrège des mécontements divers et variés et propose une lutte à mort dans le long terme en offrant ultimement à ses combattants le paradis.
Que faire ? Mener une campagne d'influence visant à "déconstruire" l'idéologie et la doctrine adverse est une solution mais qui , n'opèrera que dans le long terme : la contre-conviction n'est pas chose aisée. Or, ce temps peut être exploité pour l'adversaire et mener des opérations qui renforçeront sa légitimité auprès de populations susceptibles de fournir des combattants potentiels et donc, de le renforcer.
Autre option, "faire la chasse" et engager des troupes amies contre les points décisifs adverses, par exemple, des regroupements de gens que nous appelerions les "talibans" ou encore l'engagement de services de renseignement contre des cellules djihadistes en Europe. Là, des résultats seront accumulés dans le court terme mais n'éroderont pas nécessairement le CDG adverse.
Conclusion : il faut mener des options de court terme et de long terme et un CDG dématérialisé est plus complexe à combattre (surtout pour nos "sociétés impatientes") et implique de s'attaquer aux points décisifs, ne serait-ce que par la charge dissuadante que peuvent avoir nos actions sur l'adversaire. En tout état de cause, et là, je relance la balle du débat, tout CDG dématérialisé dépendra beaucoup plus des populations susceptibles de jouer un rôle quelconque dans les opérations que dans les matériels en tant que tels.
Ce qui nous renvoie droit à... Rupert Smith et Vincent Desportes. Les populations peuvent ne pas être qu'enjeu et cible, elles peuvent aussi être source (directe ou indirecte), réceptacle ou "activateurs" d'un CDG.
jeudi 10 juillet 2008
C'est pas nous, ne tirez pas !
Pour répondre à une interrogation récurrente (et justifiée), les DSI et T&A arrivent bel et bien. En fait, le DSI a été livré aux NMPP (notre distributeur pour les kiosques en France et dans quelques autres pays) le 4 juillet et devrait déjà être dans les kiosques.
Mais, manifestement, la CGT du Livre a mené quelques actions de grève, retardant la distribution aux kiosquiers. Désolé donc pour ce très involontaire retard !
Mais, manifestement, la CGT du Livre a mené quelques actions de grève, retardant la distribution aux kiosquiers. Désolé donc pour ce très involontaire retard !
Il arrive...
Je ne sais pas pour vous, mais à la rédaction, nous estimons que juillet n'est pas le mois idéal pour les vacances. Et, de fait, chose promise, chose due. Technologie & Armement devient DSI Technologies. La rédaction lui a déjà trouvé son petit surnom, "Dzzit" (vous savez, lorsque le courant passe ?).Comparativement à T&A, il aura le même format, le même prix et le même nombre de pages. Alors, qu'y gagnez-vous ? Simple : nous avons évacué la version anglaise (si les Américains lisent le DSI en français qu'ils achètent en kiosque au Pentagone ou à LA, pourquoi ne feraient-ils pas de même avec DSIT ?). Votre avantage : plus de textes, plus de photos, plus de cartes, plus de graphique, plus de thématiques.
La ligne se resserre aussi sur des thématiques plus techniques, en tâchant de coller plus que ce n'était le cas à l'actualité technologique. Ou plutôt aux actualités technologiques - d'où le "technologies" au pluriel - simplement parce que les Français, les Allemands ou les Américains ne sont pas les seuls à faire dans la technologie.
Ca ne nous empêchera nullement de suivre les salons ou les exercices sur le terrain. C'est un tournant éditorial que vous aviez apprécié, d'après nos études, et bien entendu, nous continuerons. "Dzzit" a d'ailleurs été conçu pour pouvoir intégrer ce genre de choses beaucoup plus facilement que par le passé.
Vous pouvez avoir un aperçu de ce changement de ligne éditoriale dans le numéro de juillet-août de T&A : des articles plus conçis et plus techniques, avec une séquence "B-A.BA", sur la guerre biologique en l'occurrence. En somme, nous n'avons gardé que le meilleur - à commencer par un oeil critique sur les questions technologiques - et avons amélioré ce que vous désiriez qui le soit.
Pour ce qui est du DSIT de septembre-octobre, le sommaire est, comme il se doit, secret-défense. Mais si vous voulez connaître les secrets du sonar 4110 et savoir pourquoi le terme "anneau de résurgence" est aussi important pour les ASM, c'est chez nous qu'il faut passer ;o)
Tonton Mahmoud s'amuse...
...Et constate qu'il a encore un vieux stock de Shahab-3B à liquider. L'occasion pour moi de revenir sur le grand jeu sémiotique qui se joue actuellement dans le Golfe, entre les manoeuvres Grand Prophète III (où l'IRNA, l'agence de presse locale, a été peu locace sur les aspects navals, alors qu'elle relayait systématiquement tout ce qui se passait dans le Golfe les années précédentes) et les déploiements israéliens. A voir sur La Une (journal télévisé) à 19h30.
Beaucoup trop de choses à dire en 50 secondes !
Beaucoup trop de choses à dire en 50 secondes !
Sur la nature du Djihad en Europe (3)
Thomas Renard poursuit le débat sur la nature du Djihad en Europe (il serait d'ailleurs plus exact de parler de son caractère ou de sa structure, soit de la forme qu'il prend - sa nature renvoyant me semble-t-il aux élémentaires de l'art de la guerre et cette dernière n'a fondamentalement pas changé de nature depuis, au choix, Assubanipal ou l'arme nucléaire).
Je pense effectivement qu'il y a coexistence de formes d'action de la part d'AQ et que cette dernière exploite à bon escient l'émergence du leaderless jihad voire des lonewolves. Cela renvoie parfaitement au principe (dans l'art militaire soviétique) de la corrélation des forces et, plus largement, au déploiement d'une stratégie intégrale articulant l'ensemble des dimensions de l'action, depuis le soutien (financier, etc.) jusqu'aux opérations d'influence ("récupération" politique du conflit israélo-palestinien, sites webs, etc.) en passant, bien entendu, par l'action.
De ce point de vue, j'ai effectivement été un peu limitatif en me bornant au seul aspect doctrinal. Ce qui est important, ici, c'est la combinatoire potentiellement infinie des actions. En combat conventionnel, les actions sont soit cumulatives, soit paralèles (cf. l'amiral Wylie). Elles renvoient à un ordonancement préçis afin d'obtenir un effet escompté (là, je rejoins le débat d'Olivier et de François sur la nature du centre de gravité en conflit irrégulier/asymétrique - attendez-moi, j'arrive !).
Or, le propre d'AQ est de rechercher des effets durables en situation d'infériorité "matérielle" (hommes, équipements) face à l'ennemi (nous). Pour ce faire, il va exploiter le temps long mais aussi surfer sur les effets induits d'une stratégie que nous pourrions qualifier de déstructurée sur la forme mais de structurée sur le fond. La théorie classique du terrorisme s'adapte ici parfaitement : faire jouer l'effet de surprise à fond en "insécurisant" des sociétés vulnérables par leur ancrage technicien (j'aurai plus à dire bientôt, en fonction notamment de mon nouvel ouvrage). L'objectif ne doit pas être atteint dans le temps court - conception chronostratégique très occidentale - mais jouera nécessairement dans le temps long : on ne fait pas s'effondrer nos sociétés ainsi : elles ont leur propre résilience.
Pour un Naji, indiquer qu'il ne faut pas attendre un "feu vert" d'AQ renvoie à l'exploitation maximale de ces effets tout en maximisant la sécurité des leaders d'AQ (renvoi au principe de sûreté). En fait, à ce stade se pose une autre question : celle de la frontière entre "terrorisme" et "insurrection", impliquant en l'occurrence des opérations ultra-distribuées, paradoxalement occidentalisées (i.e. exploitant les tendances individualistes des lonewolves potentiels). La question, ici, n'est pas celle de l'efficacité des actions au sens conventionnel du terme, soit atteindre la cible et la détruire.
Plutôt, l'efficacité des "méso-opérations" est effectivement et tu as tout à fait raison, dans la génération de psychose (pour renforcer les appareils sécuritaires et délégitimer les régimes politiques occidentaux aux yeux de leurs propres citoyens ?) et, plus important encore pour la réussite des "hyper-opérations" dans la dispersion des moyens des services occidentaux. Si les "méso-opérations" rapportent des effets induits en termes de destruction, c'est en outre "ça de pris". En gros et pour caricaturer, Naji nous fait une "clé de bras" stratégique : quel que soit le mouvement que nous faisons, nous sommes bloqués.
La seule option va demander (comme pour se sortir d'une clé de bras) un gros effort : face à un leaderless Jihad "optimal", le renforcement perpétuel de nos services n'est pas vraiment une option. Leur culture même limite la collaboration entre eux (qui est nécessaire : un "méga-service ne donnerait qu'un son de cloche sur des matières nécessitant de la nuance) et leur lourdeur risque de les faire s'effondrer sur eux-mêmes. Le renforcement des dispositifs légaux (lois "anti-terroristes") est politiquement attractif mais n'est qu'un leurre : ce n'est pas la loi qui empêche les actes d'êtres commis.
Non, plutôt, la seule solution réside dans le développement, de notre côté d'une combinatoire stratégique équivalente à celle de l'adversaire. Outre la reconnaissance du problème - en Belgique, au plan politique, elle a mis des années, exploitées à bon escient par l'adversaire - elle implique la mise en place d'un véritable tissu de sécurisation et, par dessous tout, l'acceptation du fait que nous pouvons encaisser des pertes - civiles naturellement. Il faut nous réorganiser d'urgence (on ne va pas faire la liste des problèmes). Un plan anti-radicalisation ou une loi sur les armes, de ces points de vues ne sont que des pièces de puzzle, sans plus. Il nous manque juste 60 % des autres pièces et des secteurs entiers sont laissés en friche. Ne parlons que de la réforme des services incendie, par exemple...
Je pense effectivement qu'il y a coexistence de formes d'action de la part d'AQ et que cette dernière exploite à bon escient l'émergence du leaderless jihad voire des lonewolves. Cela renvoie parfaitement au principe (dans l'art militaire soviétique) de la corrélation des forces et, plus largement, au déploiement d'une stratégie intégrale articulant l'ensemble des dimensions de l'action, depuis le soutien (financier, etc.) jusqu'aux opérations d'influence ("récupération" politique du conflit israélo-palestinien, sites webs, etc.) en passant, bien entendu, par l'action.
De ce point de vue, j'ai effectivement été un peu limitatif en me bornant au seul aspect doctrinal. Ce qui est important, ici, c'est la combinatoire potentiellement infinie des actions. En combat conventionnel, les actions sont soit cumulatives, soit paralèles (cf. l'amiral Wylie). Elles renvoient à un ordonancement préçis afin d'obtenir un effet escompté (là, je rejoins le débat d'Olivier et de François sur la nature du centre de gravité en conflit irrégulier/asymétrique - attendez-moi, j'arrive !).
Or, le propre d'AQ est de rechercher des effets durables en situation d'infériorité "matérielle" (hommes, équipements) face à l'ennemi (nous). Pour ce faire, il va exploiter le temps long mais aussi surfer sur les effets induits d'une stratégie que nous pourrions qualifier de déstructurée sur la forme mais de structurée sur le fond. La théorie classique du terrorisme s'adapte ici parfaitement : faire jouer l'effet de surprise à fond en "insécurisant" des sociétés vulnérables par leur ancrage technicien (j'aurai plus à dire bientôt, en fonction notamment de mon nouvel ouvrage). L'objectif ne doit pas être atteint dans le temps court - conception chronostratégique très occidentale - mais jouera nécessairement dans le temps long : on ne fait pas s'effondrer nos sociétés ainsi : elles ont leur propre résilience.
Pour un Naji, indiquer qu'il ne faut pas attendre un "feu vert" d'AQ renvoie à l'exploitation maximale de ces effets tout en maximisant la sécurité des leaders d'AQ (renvoi au principe de sûreté). En fait, à ce stade se pose une autre question : celle de la frontière entre "terrorisme" et "insurrection", impliquant en l'occurrence des opérations ultra-distribuées, paradoxalement occidentalisées (i.e. exploitant les tendances individualistes des lonewolves potentiels). La question, ici, n'est pas celle de l'efficacité des actions au sens conventionnel du terme, soit atteindre la cible et la détruire.
Plutôt, l'efficacité des "méso-opérations" est effectivement et tu as tout à fait raison, dans la génération de psychose (pour renforcer les appareils sécuritaires et délégitimer les régimes politiques occidentaux aux yeux de leurs propres citoyens ?) et, plus important encore pour la réussite des "hyper-opérations" dans la dispersion des moyens des services occidentaux. Si les "méso-opérations" rapportent des effets induits en termes de destruction, c'est en outre "ça de pris". En gros et pour caricaturer, Naji nous fait une "clé de bras" stratégique : quel que soit le mouvement que nous faisons, nous sommes bloqués.
La seule option va demander (comme pour se sortir d'une clé de bras) un gros effort : face à un leaderless Jihad "optimal", le renforcement perpétuel de nos services n'est pas vraiment une option. Leur culture même limite la collaboration entre eux (qui est nécessaire : un "méga-service ne donnerait qu'un son de cloche sur des matières nécessitant de la nuance) et leur lourdeur risque de les faire s'effondrer sur eux-mêmes. Le renforcement des dispositifs légaux (lois "anti-terroristes") est politiquement attractif mais n'est qu'un leurre : ce n'est pas la loi qui empêche les actes d'êtres commis.
Non, plutôt, la seule solution réside dans le développement, de notre côté d'une combinatoire stratégique équivalente à celle de l'adversaire. Outre la reconnaissance du problème - en Belgique, au plan politique, elle a mis des années, exploitées à bon escient par l'adversaire - elle implique la mise en place d'un véritable tissu de sécurisation et, par dessous tout, l'acceptation du fait que nous pouvons encaisser des pertes - civiles naturellement. Il faut nous réorganiser d'urgence (on ne va pas faire la liste des problèmes). Un plan anti-radicalisation ou une loi sur les armes, de ces points de vues ne sont que des pièces de puzzle, sans plus. Il nous manque juste 60 % des autres pièces et des secteurs entiers sont laissés en friche. Ne parlons que de la réforme des services incendie, par exemple...
mardi 8 juillet 2008
Carl von C., toujours en forme
Carl ne résiste pas à l'idée de voir la diffusion de sa dernière chronique - et je lui dois bien ce petit plaisir. Et comme il était inquiet à l'idée de lui aussi se voir poursuivi par la DPSD - sa dernière phrase est sans équivoque - je l'ai rassuré : en France comme en Belgique, le droit de la presse est tel que, sauf mort d'homme, elle a le droit de ne pas divulguer ses sources. Mon cher Carl, vous êtes donc protégé. Et puis, entre-nous, je n'imagine pas un instant que l'on puisse fouiller (à distance ou pas) dans l'ordinateur d'un journaliste dont l'un des auteurs a dit si peu de choses : vous imaginez le scandale ?
Sabotage(s) !
Tous les ans à la même époque, c’est la même chose : de jolis formulaires débarquent dans nos boîtes aux lettres pour nous faire larmoyer sur le niveau des impôts. Cette année, en prime, nous sommes gâtés : nous avons un Livre Blanc pour nous permettre de larmoyer encore plus. Selon le mot d’un de mes amis, nous aurions donc inventé, après les frégates furtives, la puissance furtive. On pressent d’ici la longue cohorte des regrets et des déposes de couronnes à nos armées chéries, dépiautées au champ d’honneur de la politique, victimes sans doute d’arbitrages effectués au profit de la chasse au poulet à la dioxine et de l’admiration béate pour un concept de sécurité globale qui l’est tellement qu’elle dissout toute nécessité de défense. Certains y verront un sabotage. Honnêtement, je ne suis pas loin de le penser aussi, en particulier à l’heure où le SIPRI nous (ré-)apprend que les dépenses de défense ont augmenté de 7% en 2007 et qu’en 10 ans, elles ont progressé de 45%. Les armées sont des machines complexes, les grains de sable leur posent autant problème que les réductions budgétaires et les réformes où la stratégie est faite pour répondre aux moyens plutôt que l’inverse. En clair, dans la course à la puissance, il faudra qu’on passe la postcombustion du mode « système D » (qui a dit qu’on a déjà cannibalisé les injecteurs ?).
Mais, Carl vous le dit mes amis, ce premier sabotage en cache un second. Celui des conservateurs. Les mêmes qui vociféraient il y a un an contre toute réflexion envisageant un futur sans « modèle 2015 » alors qu’il était évident que les finances ne le permettraient pas. Et que l’Elysée, préférant décidément les poulets sains aux kakis mûrs (les fruits, c’est pourtant si important), n’avait aucune intention de faire supporter le poids de la Gendarmerie à l’Intérieur. Je pense aussi à ceux qui ont hurlé au loup lorsque certains indiquaient que la technologie finirait par faire s’effondrer la défense française sous le poids de ses propres commandes. Et puis, il faut avouer les choses comme elles sont : la multitude de « guerre des boutons » (entre les armées et en leur sein) a anesthésié la réflexion plus qu’elle ne l’a nourrie. Dans une certaine mesure, ces guerres inutiles ont même limité le peu de liberté d’expression que les militaires avaient. Lorsqu’on a ce qui s’apparente à un bled afghan sous le feu à trois bureaux du sien, ça n’incite pas à dégainer la bonne idée que l’on tenait en réserve.
Pourtant, des bonnes idées, il va nous en falloir. Il est temps de signer la paix des braves boutons, de resserrer les rangs et de faire fumer les cafetières. Il ne nous manquerait plus qu’avoir à subir le plus terrible des sabotages, celui des bras croisés annonçant la débandade et le ravalement définitif de la France à la non-puissance, celui du règne des grincheux que les coups portés auraient échaudés (pauvres petits). Il est temps aussi de remettre en question nos tabous. Il nous faut réapprendre que le Grand Charles, après s’être par deux fois retourné dans sa tombe ces dernier temps, avait lui-même osé faire sauter en son temps une série de tabous… et pas à la clé Allen. Votre vieux Carl, après avoir déjeuné quelque fois avec lui à la cantine de notre cher paradis où les nuages sont de cordite, n’a pas toujours été d’accord avec lui. Mais je crois qu’on peut lui reconnaître les deux premières qualités d’un soldat : il savait autant se mettre en péril devant les idées préconçues que devant l’ennemi. Et ça, mes amis, en ces temps de budgets grignotés (quoiqu’on puisse en dire), ça n’a pas de prix. Carl.
PS : Vive Surcouf !
***
Sabotage(s) !
Tous les ans à la même époque, c’est la même chose : de jolis formulaires débarquent dans nos boîtes aux lettres pour nous faire larmoyer sur le niveau des impôts. Cette année, en prime, nous sommes gâtés : nous avons un Livre Blanc pour nous permettre de larmoyer encore plus. Selon le mot d’un de mes amis, nous aurions donc inventé, après les frégates furtives, la puissance furtive. On pressent d’ici la longue cohorte des regrets et des déposes de couronnes à nos armées chéries, dépiautées au champ d’honneur de la politique, victimes sans doute d’arbitrages effectués au profit de la chasse au poulet à la dioxine et de l’admiration béate pour un concept de sécurité globale qui l’est tellement qu’elle dissout toute nécessité de défense. Certains y verront un sabotage. Honnêtement, je ne suis pas loin de le penser aussi, en particulier à l’heure où le SIPRI nous (ré-)apprend que les dépenses de défense ont augmenté de 7% en 2007 et qu’en 10 ans, elles ont progressé de 45%. Les armées sont des machines complexes, les grains de sable leur posent autant problème que les réductions budgétaires et les réformes où la stratégie est faite pour répondre aux moyens plutôt que l’inverse. En clair, dans la course à la puissance, il faudra qu’on passe la postcombustion du mode « système D » (qui a dit qu’on a déjà cannibalisé les injecteurs ?).
Mais, Carl vous le dit mes amis, ce premier sabotage en cache un second. Celui des conservateurs. Les mêmes qui vociféraient il y a un an contre toute réflexion envisageant un futur sans « modèle 2015 » alors qu’il était évident que les finances ne le permettraient pas. Et que l’Elysée, préférant décidément les poulets sains aux kakis mûrs (les fruits, c’est pourtant si important), n’avait aucune intention de faire supporter le poids de la Gendarmerie à l’Intérieur. Je pense aussi à ceux qui ont hurlé au loup lorsque certains indiquaient que la technologie finirait par faire s’effondrer la défense française sous le poids de ses propres commandes. Et puis, il faut avouer les choses comme elles sont : la multitude de « guerre des boutons » (entre les armées et en leur sein) a anesthésié la réflexion plus qu’elle ne l’a nourrie. Dans une certaine mesure, ces guerres inutiles ont même limité le peu de liberté d’expression que les militaires avaient. Lorsqu’on a ce qui s’apparente à un bled afghan sous le feu à trois bureaux du sien, ça n’incite pas à dégainer la bonne idée que l’on tenait en réserve.
Pourtant, des bonnes idées, il va nous en falloir. Il est temps de signer la paix des braves boutons, de resserrer les rangs et de faire fumer les cafetières. Il ne nous manquerait plus qu’avoir à subir le plus terrible des sabotages, celui des bras croisés annonçant la débandade et le ravalement définitif de la France à la non-puissance, celui du règne des grincheux que les coups portés auraient échaudés (pauvres petits). Il est temps aussi de remettre en question nos tabous. Il nous faut réapprendre que le Grand Charles, après s’être par deux fois retourné dans sa tombe ces dernier temps, avait lui-même osé faire sauter en son temps une série de tabous… et pas à la clé Allen. Votre vieux Carl, après avoir déjeuné quelque fois avec lui à la cantine de notre cher paradis où les nuages sont de cordite, n’a pas toujours été d’accord avec lui. Mais je crois qu’on peut lui reconnaître les deux premières qualités d’un soldat : il savait autant se mettre en péril devant les idées préconçues que devant l’ennemi. Et ça, mes amis, en ces temps de budgets grignotés (quoiqu’on puisse en dire), ça n’a pas de prix. Carl.
PS : Vive Surcouf !
Je ne résiste pas...
A mettre en exergue une phrase issue du commentaire de Welf, sur mon précédent post :
"C’est fou ce que la Banque Fukuyama a distribué de chèques dividendes de la paix en bois. Ce brave homme avait du investir dans les subprimes de l’Histoire…"
Très savoureux, excellent !
"C’est fou ce que la Banque Fukuyama a distribué de chèques dividendes de la paix en bois. Ce brave homme avait du investir dans les subprimes de l’Histoire…"
Très savoureux, excellent !
Blub-blub : la Royal Navy serait-elle en train de couler ?
Au maximum de sa puissance, la RN disposait de plus de bâtiments que les 7 marines la suivant en ordre de puissance réunies.
Aujourd'hui, elle ne dipose plus que de 6 destroyers, 14 frégates et 6 SNA immédiatement opérationnels. Le reliquat est en carénage ou... est bloqué au port, faute de crédits pour le carburant ou d'équipages.
Estimation de Whitehall pour remettre tout cela en ordre : entre 6 et 18 mois.
Aujourd'hui, elle ne dipose plus que de 6 destroyers, 14 frégates et 6 SNA immédiatement opérationnels. Le reliquat est en carénage ou... est bloqué au port, faute de crédits pour le carburant ou d'équipages.
Estimation de Whitehall pour remettre tout cela en ordre : entre 6 et 18 mois.
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