La masse de travail étant ce qu'elle est pour l'heure, je n'avais peu eu l'occasion de revenir plus avant sur la question de la nouvelle base française aux Emirats, sur laquelle RMC puis Radio Mediterranée International avaient eu l'occasion de m'interviewer, en début de semaine. Voici, grosso modo, quelques commentaires sur la question.
C’est le 26 mai que le président Sarkozy a officiellement inauguré la base française d’Abu Dhabi, connue sous le nom d’Implantation Militaire Française aux Emirats Arabes Unis (IMFEAU). Accompagné par le ministre des affaires étrangères, celui de la défense et le CEMA, le président a rappelé l’importance géopolitique de la région.
Concrètement, « la base » est répartie sur trois sites : une base navale à Mina Zayed, une base aérienne (où 3 appareils sont stationnés depuis septembre 2008) à Al Dhafra et une base destinée aux forces terrestres (comprenant un centre d’entraînement aux opérations désertiques) à Zayed. Au total 500 hommes devraient être positionnés en permanence à Abu Dhabi. Au-delà du fait, la base recouvre plusieurs enjeux majeurs :
- L’enjeu géostratégique d’abord. La base permet, évidemment, de verrouiller l’Iran – situé à 225 km – mais, surtout, le détroit d’Ormuz, que le Shah d’Iran qualifiait justement de « veine jugulaire de l’Occident » dans un contexte où l’Europe est, comparativement aux Etats-Unis, plus dépendante du pétrole du Golfe. Elle constitue, en outre, l’extrémité ouest de la zone d’intérêt stratégique prioritaire que la France définissait dans le dernier Livre blanc et qui s’étend de l’Atlantique à l’océan Indien en passant par la Méditerranée ;
- L’enjeu militaire. Avec l’IMFEAU, c’est la zone de l’océan Indien à proprement parler tend dès lors à renforcer son poids relatif. Or, cette zone (y compris le Golfe) est également celle où la majeure partie des croisières du Charles de Gaulle a été menée. La base des Emirats représente ainsi un facteur de persistance régionale – voire de compensation au deuxième porte-avions. A ce stade, si elle n’a évidemment pas les caractéristiques d’un porte-avions (fixe et non mobile, donc plus vulnérable) et que la compensation est symbolique, elle apporte aussi d’autres avantages que le porte-avions : elle peut accueillir bien plus que 30 appareils de combat (qui pourraient, à terme, être bien plus intégrés au dispositif réseaucentrique émirien) et permet de mettre en œuvre… des forces terrestres ;
- L’enjeu d’influence. Là où elle est installée, la France collabore activement et quasi-quotidiennement avec les forces locales, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis, où la coopération avec les forces du cru est plus formelle et donc moins souple. La base s’insère ainsi dans un dispositif d’influence plus large, comprenant l’extension quatariote de St Cyr, les extensions dans le Gole arabo-persique de la Sorbonne ou du Louvre ou encore, de façon plus diffuse, les acquis de la présidence Chirac en matière de politique arabe ;
- L’enjeu commercial, sur lesquels les médias se sont beaucoup focalisés mais qui ne constitue qu’une extension de l’enjeu d’influence. La base est destinée à devenir la vitrine des forces françaises dans un Moyen Orient où l’Iran fait peur et où les vannes budgétaires de défense sont à nouveau ouvertes. Or, la France est loin d’avoir les parts de marché dans la région qu’elle a pu avoir précédemment. En fait, les conditions ont changé : on n’achète plus de matériel sur base de leurs performances mais bien sur base de l’influence politique du vendeur. Comment, sinon, expliquer le succès du F-35 alors même qu’aucun exemplaire n’a encore volé là où la communication de Dassault est axée sur un Rafale « combat proven » ? Comment expliquer autrement que par l’influence que les Emirats achètent des C-17 et des C-130J en quelques mois – et sans avoir l’argent nécessaire – là où Paris est engagé depuis plusieurs années dans les négociations portant sur les Rafale ? En cherchant à se porter garante de la sécurité de la région, la France acquiert ainsi de l’influence qui, en retour, doit ouvrir les portes de la signature des contrats ;
- Enfin, l’enjeu politique n’est pas mince et il est double. Premièrement, la France ouvre, pour la première fois depuis 50 ans, une base militaire à l’étranger – un élément que n’ont pas manqué de souligner les médias américains. Ce qui tombe plutôt bien car Paris est, avec Washington, la seule capitale à entretenir de grandes bases à l’étranger (le dispositif britannique n’étant plus que l’ombre de ce qu’il était encore dans les années 1970). Le message politique aux Etats-Unis – mais peut être aussi auix Européens en général et aux Britanniques en particulier – consiste, dès lors, à montrer que la puissance française n’est pas morte. Ce qui, deuxièmement, a un véritable impact en matière de politique intérieure française. On se souvient que les réactions des militaires à la parution du dernier LBDSN avaient été plutôt froides. La base, de ce point de vue, est également une façon de faire bomber le torse à l’armée, lui rappelant que la France conserve des ambitions globales, en dépit d’une réforme douloureuse…
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vendredi 29 mai 2009
jeudi 5 février 2009
PSYOPS à Gaza (en en Israël) - un exemple concret
Israël a, historiquement, toujours fait un large usage des opérations psychologiques. Les dernières opérations dans Gaza n'ont pas échappé à la règle : tracts, coups de fils (à vocation Psyops mais aussi de renseignement), "mini-frappes cinétiques" sur les immeubles pour inciter leurs occupants à partir, chaîne "Tsahal" sur Youtube, diffusion d'images de frappes de précision pour contrer la trhétorique du Hamas ont été autant de moyens utilisés. Ce sont autant de thématiques qu'aborderont les prochains DSI et DSI-T.
Rien de bien nouveau, cependant, là-dedans : les Psyops ont une dynamique spécifique qui tend à la complexification des moyens de diffusion des messages. Mais si ces derniers peuvent être destinés à l'adversaire du moment, ils peuvent également l'être vers la propre population de l'Etat qui a engagé les opérations. De facto, Israël est un Etat dont la cohésion est fragile : la question des "arabes israéliens", celle de la part prise par les orthodoxes, la question des impacts - majeurs - sur une économie dont plus de 30 % du PIB passe à la défense sont autant d'enjeux.
Rappeler pourquoi l'on se bat - et quelles sont les motivations ayant conduit à la décision de l'engagement - redevient dès lors nécessaire, en particulier lorsque vous êtes accusé d'avoir commis des crimes de guerre et que la communauté internationale crée une pression intense.
J'ai reçu aujourd'hui un mail contenant une lettre publiée dans le quotidien Maariv et, d'après le journal, a été écrite par un réserviste. Personnellement et a priori, je trouve qu'elle est tellement travaillée du point de vue Psyops que soit le réserviste en question est membre d'une telle unité, soit qu'elle a été préparée par une unités Psyops. Je pense qu'il est intéressant de la lire en gardant à l'esprit ce qui vient de précéder. La plume comme instrument de la manoeuvre psychologique (à usage interne comme externe) reste un facteur puissant :
"Je suis le soldat qui a dormi chez vous"
Par Yishai G ( réserviste)
Reproduit avec la permission de Maariv, initialement publié le 25 janvier 2009
Bonjour,
Alors que le monde regarde Gaza en ruines, vous retournez dans votre maison qui tient encore debout. Cependant, je suis certain que vous savez que quelqu'un y est venu en votre absence.
Ce quelqu'un c'est moi.
J'ai passé de longues heures à imaginer quelle serait votre réaction lorsque vous retourneriez chez vous. Ce que vous ressentiriez lorsque vous comprendriez que les soldats de Tsahal ont dormi sur vos matelas et ont utilisé vos couvertures pour se tenir au chaud.
Je savais que cela vous contrarierait et vous attristerait et que vous éprouveriez une cinglante humiliation cette violation des parties les plus intimes de votre vie par ceux que vous définissez comme vos ennemis. Je suis persuadé que vous me détestez avec une haine violente et que vous n'éprouvez même pas le plus infime désir d'entendre ce que j'ai à dire. Cependant, il est important pour moi de dire ce qui suit dans l'espoir qu'il y ait une chance infime que vous m'entendiez.
J'ai passé plusieurs jours dans votre maison. Votre présence et celle de votre famille se ressentait dans chaque coin. J'ai vu les portraits de votre famille sur le mur, et cela m’a fais penser à la mienne. J'ai vu les bouteilles de parfum de votre femme sur la table de chevet, et cela m’a fait penser à ma femme. J'ai vu les jouets de vos enfants et les livres scolaires en anglais. J'ai vu votre ordinateur personnel et comment vous avez installé le modem et le téléphone sans fil près de l'écran, comme je le fais chez moi.
Je voulais que vous sachiez que malgré l'immense désordre que vous avez trouvé dans votre maison et qui a été causé alors que nous cherchions des explosifs et des tunnels (qui ont en effet été trouvés dans d'autres maisons), nous faisions de notre mieux pour traiter vos effets personnels avec respect. Lorsque j'ai déplacé la table d'ordinateur, j'ai débranché les câbles et je les ai soigneusement posés par terre, comme je l'aurais fait avec mon propre ordinateur. J'ai même dépoussiéré l'ordinateur avec un morceau de tissu. J'ai essayé de remettre en place les vêtements qui sont tombés lorsque nous avons déplacé l'armoire, même si ça n'est pas comme vous l'auriez fait, mais au moins de sorte à ce que rien ne soit perdu.
Je sais que la destruction, les trous de balles dans vos murs et la destruction de ces maisons à proximité de la vôtre rendent mes descriptions assez ridicules. Mais, j'ai besoin que vous me compreniez et j'espère que vous canaliserez votre colère et vos critiques comme il se doit.
J'ai décidé de vous écrire parce que je suis resté chez vous.
Je peux présumer que vous êtes intelligent et instruit et qu'il y a dans votre maison des étudiants à l'université. Vos enfants apprennent l'anglais et vous êtes connecté à Internet. Vous n'êtes pas aveugle ; vous savez ce qu'il se passe autour de vous.
C'est pourquoi, je suis sûr que vous savez que les roquettes Qassam ont été lancées depuis votre quartier sur les métropoles et les villes d'Israël.
Comment pouvez vous regarder ces tirs hebdomadaires sans vous imaginer qu'un jour nous dirions "Assez" ?! Vous êtes vous déjà imaginé que c'était une erreur de lancer des roquettes sur des civils innocents qui essayaient de mener une vie normale, tout comme vous ? Combien de temps pensiez-vous que nous allions rester les bras croisés sans réagir ?
Je peux vous entendre dire "ce n'est pas moi, c'est le Hamas". Mon intuition me dit que vous n'êtes pas son plus fervent admirateur. Si vous regardiez de plus près la triste réalité dans laquelle vit votre peuple, sans vous leurrer ou trouver des excuses sur "l'occupation", vous devez certainement tirer la conclusion que c'est le Hamas votre véritable ennemi.
La réalité est si simple, même un enfant de sept ans peut la comprendre : Israël s'est retiré de la Bande de Gaza, a retiré ses bases militaires et ses citoyens de Gush Katif. Nous continuons, néanmoins, à vous fournir de l'électricité, de l'eau, et des marchandises (et ça je le sais très bien puisque durant mon devoir de réserve, j'ai gardé les passages frontaliers plus d'une fois, et j'ai vu des centaines de camions remplis de marchandises entrer dans un Gaza sans blocus tous les jours).
Malgré tout cela, pour des raisons qui sont incompréhensibles et par manque de toute logique, le Hamas a tiré des missiles sur des villes israéliennes. Pendant trois ans, nous avons serré les dents et nous nous sommes retenus.
A la fin, nous n'en pouvions plus et nous sommes entrés dans la Bande de Gaza, dans votre quartier, afin d'éliminer ceux qui voulaient nous tuer. Une réalité qui est pénible mais très facile à expliquer.
Dès que vous serez d'accord avec moi sur le fait que le Hamas est votre ennemi et que c'est à cause de lui que votre peuple est misérable, vous comprendrez aussi que le changement vient de l'intérieur. Je suis tout à fait conscient que ce que je dis est plus facile à écrire qu'à faire, mais je ne vois pas d'autre moyen. Vous, qui êtes connecté au monde et êtes inquiet pour l'éducation de vos enfants, vous devez mener, avec vos amis, une insurrection civile contre le Hamas.
Je vous conjure que si les citoyens de Gaza étaient occupés à paver des routes, construire des écoles, ouvrir des usines et des établissements culturels au lieu de s'apitoyer sur leur sort, de faire de la contrebande d'armes et de nourrir une haine contre vos voisins israéliens, vos maisons n'auraient pas été en ruines aujourd'hui. Si vos leaders n'étaient pas corrompus et motivés par la haine, vos maisons n'auraient pas été endommagées. Si quelqu'un s'était levé et avait crié que cela n'avait aucun sens de tirer des missiles sur des civils innocents, moi, soldat, je ne me serais pas retrouvé dans votre cuisine.
Vous n'avez pas d'argent, dites-vous ? Vous en avez bien plus que vous ne pouvez l'imaginer. Même avant la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, à l'époque de Yasser Arafat, les millions, si ce n'est des milliards de dollars, qui ont été donnés par la communauté internationale aux Palestiniens, ont été utilisés pour acheter des armes ou ont été directement déposés sur le compte en banque de vos leaders. Les Etats du Golfe, les Emirats – vos frères, votre chair et votre sang, comptent parmi les plus riches nations au monde.
S'il y avait ne serait-ce qu'un infime sentiment de solidarité entre les pays arabes, si ces nations étaient un tant soit peu intéressées par la reconstruction du peuple palestinien – votre situation aurait été bien différente. Vous devez connaître Singapour. La masse de terre qui n'est pas bien plus grande que la Bande de Gaza et qui est considérée comme le deuxième pays le plus peuplé au monde. Malgré cela, Singapour est un pays prospère et bien dirigé. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour vous ?
Mon ami, j'aurais voulu vous appeler par votre nom, mais je ne le ferai pas publiquement. Je voudrais que vous sachiez que je suis à 100 % en paix avec ce que mon pays a fait, ce que mon armée a fait et ce que j'ai fait. Cependant, je comprends votre chagrin. Je suis désolé pour la destruction que vous voyez dans votre quartier en ce moment. Personnellement, j'ai fait tout mon possible pour minimiser les dégâts dans votre maison.
A mon avis, nous avons bien plus en commun que vous ne pouvez l'imaginer. Je suis un civil, pas un soldat, et dans ma vie privée, je n'ai rien à voir avec l'armée. Cependant, je suis obligé de quitter ma maison, mettre un uniforme et protéger ma famille chaque fois que nous sommes attaqués.
Je n'éprouve aucun désir à être dans votre maison, à porter à nouveau mon uniforme et je serais plus qu'heureux de m'asseoir avec vous comme invité dans votre jolie terrasse, en buvant du thé sucré avec la sauge qui pousse dans votre jardin.
La seule personne qui pourrait faire de ce rêve une réalité, c'est vous.
Prendre vos responsabilités, celle de votre famille, de votre peuple, et commencer à prendre le contrôle de votre destinée. Comment ? Je ne sais pas. Peut être qu'il y a quelque chose à apprendre du peuple juif qui s'est relevé de la tragédie humaine la plus destructrice du XXe siècle. Et au lieu de sombrer dans l'apitoiement, a construit un pays florissant et prospère. C'est possible et c'est à portée de vos mains.
Je suis disposé à être là et vous prêter mon épaule pour vous soutenir et vous aider.
Mais, vous seul pouvez faire bouger les roues de l'histoire.
Cordialement,
Yishai (réserviste)
Rien de bien nouveau, cependant, là-dedans : les Psyops ont une dynamique spécifique qui tend à la complexification des moyens de diffusion des messages. Mais si ces derniers peuvent être destinés à l'adversaire du moment, ils peuvent également l'être vers la propre population de l'Etat qui a engagé les opérations. De facto, Israël est un Etat dont la cohésion est fragile : la question des "arabes israéliens", celle de la part prise par les orthodoxes, la question des impacts - majeurs - sur une économie dont plus de 30 % du PIB passe à la défense sont autant d'enjeux.
Rappeler pourquoi l'on se bat - et quelles sont les motivations ayant conduit à la décision de l'engagement - redevient dès lors nécessaire, en particulier lorsque vous êtes accusé d'avoir commis des crimes de guerre et que la communauté internationale crée une pression intense.
J'ai reçu aujourd'hui un mail contenant une lettre publiée dans le quotidien Maariv et, d'après le journal, a été écrite par un réserviste. Personnellement et a priori, je trouve qu'elle est tellement travaillée du point de vue Psyops que soit le réserviste en question est membre d'une telle unité, soit qu'elle a été préparée par une unités Psyops. Je pense qu'il est intéressant de la lire en gardant à l'esprit ce qui vient de précéder. La plume comme instrument de la manoeuvre psychologique (à usage interne comme externe) reste un facteur puissant :
"Je suis le soldat qui a dormi chez vous"
Par Yishai G ( réserviste)
Reproduit avec la permission de Maariv, initialement publié le 25 janvier 2009
Bonjour,
Alors que le monde regarde Gaza en ruines, vous retournez dans votre maison qui tient encore debout. Cependant, je suis certain que vous savez que quelqu'un y est venu en votre absence.
Ce quelqu'un c'est moi.
J'ai passé de longues heures à imaginer quelle serait votre réaction lorsque vous retourneriez chez vous. Ce que vous ressentiriez lorsque vous comprendriez que les soldats de Tsahal ont dormi sur vos matelas et ont utilisé vos couvertures pour se tenir au chaud.
Je savais que cela vous contrarierait et vous attristerait et que vous éprouveriez une cinglante humiliation cette violation des parties les plus intimes de votre vie par ceux que vous définissez comme vos ennemis. Je suis persuadé que vous me détestez avec une haine violente et que vous n'éprouvez même pas le plus infime désir d'entendre ce que j'ai à dire. Cependant, il est important pour moi de dire ce qui suit dans l'espoir qu'il y ait une chance infime que vous m'entendiez.
J'ai passé plusieurs jours dans votre maison. Votre présence et celle de votre famille se ressentait dans chaque coin. J'ai vu les portraits de votre famille sur le mur, et cela m’a fais penser à la mienne. J'ai vu les bouteilles de parfum de votre femme sur la table de chevet, et cela m’a fait penser à ma femme. J'ai vu les jouets de vos enfants et les livres scolaires en anglais. J'ai vu votre ordinateur personnel et comment vous avez installé le modem et le téléphone sans fil près de l'écran, comme je le fais chez moi.
Je voulais que vous sachiez que malgré l'immense désordre que vous avez trouvé dans votre maison et qui a été causé alors que nous cherchions des explosifs et des tunnels (qui ont en effet été trouvés dans d'autres maisons), nous faisions de notre mieux pour traiter vos effets personnels avec respect. Lorsque j'ai déplacé la table d'ordinateur, j'ai débranché les câbles et je les ai soigneusement posés par terre, comme je l'aurais fait avec mon propre ordinateur. J'ai même dépoussiéré l'ordinateur avec un morceau de tissu. J'ai essayé de remettre en place les vêtements qui sont tombés lorsque nous avons déplacé l'armoire, même si ça n'est pas comme vous l'auriez fait, mais au moins de sorte à ce que rien ne soit perdu.
Je sais que la destruction, les trous de balles dans vos murs et la destruction de ces maisons à proximité de la vôtre rendent mes descriptions assez ridicules. Mais, j'ai besoin que vous me compreniez et j'espère que vous canaliserez votre colère et vos critiques comme il se doit.
J'ai décidé de vous écrire parce que je suis resté chez vous.
Je peux présumer que vous êtes intelligent et instruit et qu'il y a dans votre maison des étudiants à l'université. Vos enfants apprennent l'anglais et vous êtes connecté à Internet. Vous n'êtes pas aveugle ; vous savez ce qu'il se passe autour de vous.
C'est pourquoi, je suis sûr que vous savez que les roquettes Qassam ont été lancées depuis votre quartier sur les métropoles et les villes d'Israël.
Comment pouvez vous regarder ces tirs hebdomadaires sans vous imaginer qu'un jour nous dirions "Assez" ?! Vous êtes vous déjà imaginé que c'était une erreur de lancer des roquettes sur des civils innocents qui essayaient de mener une vie normale, tout comme vous ? Combien de temps pensiez-vous que nous allions rester les bras croisés sans réagir ?
Je peux vous entendre dire "ce n'est pas moi, c'est le Hamas". Mon intuition me dit que vous n'êtes pas son plus fervent admirateur. Si vous regardiez de plus près la triste réalité dans laquelle vit votre peuple, sans vous leurrer ou trouver des excuses sur "l'occupation", vous devez certainement tirer la conclusion que c'est le Hamas votre véritable ennemi.
La réalité est si simple, même un enfant de sept ans peut la comprendre : Israël s'est retiré de la Bande de Gaza, a retiré ses bases militaires et ses citoyens de Gush Katif. Nous continuons, néanmoins, à vous fournir de l'électricité, de l'eau, et des marchandises (et ça je le sais très bien puisque durant mon devoir de réserve, j'ai gardé les passages frontaliers plus d'une fois, et j'ai vu des centaines de camions remplis de marchandises entrer dans un Gaza sans blocus tous les jours).
Malgré tout cela, pour des raisons qui sont incompréhensibles et par manque de toute logique, le Hamas a tiré des missiles sur des villes israéliennes. Pendant trois ans, nous avons serré les dents et nous nous sommes retenus.
A la fin, nous n'en pouvions plus et nous sommes entrés dans la Bande de Gaza, dans votre quartier, afin d'éliminer ceux qui voulaient nous tuer. Une réalité qui est pénible mais très facile à expliquer.
Dès que vous serez d'accord avec moi sur le fait que le Hamas est votre ennemi et que c'est à cause de lui que votre peuple est misérable, vous comprendrez aussi que le changement vient de l'intérieur. Je suis tout à fait conscient que ce que je dis est plus facile à écrire qu'à faire, mais je ne vois pas d'autre moyen. Vous, qui êtes connecté au monde et êtes inquiet pour l'éducation de vos enfants, vous devez mener, avec vos amis, une insurrection civile contre le Hamas.
Je vous conjure que si les citoyens de Gaza étaient occupés à paver des routes, construire des écoles, ouvrir des usines et des établissements culturels au lieu de s'apitoyer sur leur sort, de faire de la contrebande d'armes et de nourrir une haine contre vos voisins israéliens, vos maisons n'auraient pas été en ruines aujourd'hui. Si vos leaders n'étaient pas corrompus et motivés par la haine, vos maisons n'auraient pas été endommagées. Si quelqu'un s'était levé et avait crié que cela n'avait aucun sens de tirer des missiles sur des civils innocents, moi, soldat, je ne me serais pas retrouvé dans votre cuisine.
Vous n'avez pas d'argent, dites-vous ? Vous en avez bien plus que vous ne pouvez l'imaginer. Même avant la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, à l'époque de Yasser Arafat, les millions, si ce n'est des milliards de dollars, qui ont été donnés par la communauté internationale aux Palestiniens, ont été utilisés pour acheter des armes ou ont été directement déposés sur le compte en banque de vos leaders. Les Etats du Golfe, les Emirats – vos frères, votre chair et votre sang, comptent parmi les plus riches nations au monde.
S'il y avait ne serait-ce qu'un infime sentiment de solidarité entre les pays arabes, si ces nations étaient un tant soit peu intéressées par la reconstruction du peuple palestinien – votre situation aurait été bien différente. Vous devez connaître Singapour. La masse de terre qui n'est pas bien plus grande que la Bande de Gaza et qui est considérée comme le deuxième pays le plus peuplé au monde. Malgré cela, Singapour est un pays prospère et bien dirigé. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour vous ?
Mon ami, j'aurais voulu vous appeler par votre nom, mais je ne le ferai pas publiquement. Je voudrais que vous sachiez que je suis à 100 % en paix avec ce que mon pays a fait, ce que mon armée a fait et ce que j'ai fait. Cependant, je comprends votre chagrin. Je suis désolé pour la destruction que vous voyez dans votre quartier en ce moment. Personnellement, j'ai fait tout mon possible pour minimiser les dégâts dans votre maison.
A mon avis, nous avons bien plus en commun que vous ne pouvez l'imaginer. Je suis un civil, pas un soldat, et dans ma vie privée, je n'ai rien à voir avec l'armée. Cependant, je suis obligé de quitter ma maison, mettre un uniforme et protéger ma famille chaque fois que nous sommes attaqués.
Je n'éprouve aucun désir à être dans votre maison, à porter à nouveau mon uniforme et je serais plus qu'heureux de m'asseoir avec vous comme invité dans votre jolie terrasse, en buvant du thé sucré avec la sauge qui pousse dans votre jardin.
La seule personne qui pourrait faire de ce rêve une réalité, c'est vous.
Prendre vos responsabilités, celle de votre famille, de votre peuple, et commencer à prendre le contrôle de votre destinée. Comment ? Je ne sais pas. Peut être qu'il y a quelque chose à apprendre du peuple juif qui s'est relevé de la tragédie humaine la plus destructrice du XXe siècle. Et au lieu de sombrer dans l'apitoiement, a construit un pays florissant et prospère. C'est possible et c'est à portée de vos mains.
Je suis disposé à être là et vous prêter mon épaule pour vous soutenir et vous aider.
Mais, vous seul pouvez faire bouger les roues de l'histoire.
Cordialement,
Yishai (réserviste)
mercredi 21 janvier 2009
De nouveaux F-16 pour la Jordanie ?
Des négociations seraient en cours entre la défense belge et la Jordanie poura l'achat par cette dernière de 9 appareils, pour un montant de 7 millions d'euros. La force aérienne jordanienne avait déjà, en 2007, acheté 14 F-16 portés au standard MLU.
Précision : 7 millions serait le montant... total.
Précision : 7 millions serait le montant... total.
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mercredi 17 décembre 2008
Le Liban achète 10 Mig-29
Selon le quotidien francophone L'Orient-Le Jour (Beyrouth), le gouvernement libanais a indiqué avoir décidé d'acheter 10 chasseurs Mig-29 à Moscou, qui a accepté le principe de la livraison. L'article n'indique pas si les appareils seront neufs ou d'occasion.
C'est la première fois que le Liban achète du matériel russe alors que, dans le même temps, l'acquisition signe la renaissance de l'aviation de combat libanaise, souhaitée depuis les opérations menées dans le camp de Nahr-el Bared, en 2007. Ses derniers appareils à réaction étaient des Hunter, plus spécifiquement adaptés à l'attaque au sol.
On remarquera cependant que le Fulcrum est plus adapté aux missions de supériorité aérienne et qu'il est en service aussi bien en Syrie (le quotidien cite le chiffre, évidemment erroné, de 500 appareils) qu'en Iran. On peut, à cet égard, se demander quelle a été l'influence réelle du Hezbollah sur une prise de décision qui, pour le coup et en toute hypothèse, cadre particulièrement bien à la logique doctrinale de techno-guérilla qu'il à mis en place.
C'est la première fois que le Liban achète du matériel russe alors que, dans le même temps, l'acquisition signe la renaissance de l'aviation de combat libanaise, souhaitée depuis les opérations menées dans le camp de Nahr-el Bared, en 2007. Ses derniers appareils à réaction étaient des Hunter, plus spécifiquement adaptés à l'attaque au sol.
On remarquera cependant que le Fulcrum est plus adapté aux missions de supériorité aérienne et qu'il est en service aussi bien en Syrie (le quotidien cite le chiffre, évidemment erroné, de 500 appareils) qu'en Iran. On peut, à cet égard, se demander quelle a été l'influence réelle du Hezbollah sur une prise de décision qui, pour le coup et en toute hypothèse, cadre particulièrement bien à la logique doctrinale de techno-guérilla qu'il à mis en place.
mardi 16 septembre 2008
King David débarque à Centcom
Soit l'occasion d'une petite interview à lire dans Le Temps à paraître demain. D'où aussi une petite discussion avec la journaliste : "King" Petraeus sera-t-il en mesure de faire face ? A priori, notre maître es-adaptation contre-insurrectionnelle ne va pas s'amuser. Il ne s'agit plus uniquement de faire de la contre-insurrection - et, apparement, il cogite à la situation agfhane depuis quelques temps - mais aussi de jouer dans le domaine politique.
Il faut d'abord gérer les "caprices" et autres desideratas politiques des membres de l'OTAN. Il faut ensuite gérer la problématique pakistanaise, non seulement en plus essors mais également de plus en plus explosive. Il faut enfin gérer tout un théâtre d'opérations, le plus complexe qui soit. Avec de sympathiques zones à gérer, telles que le Yemen, la Somalie ou encore l'Iran. Sans compter l'Irak.
Bref, c'est à lire demain. D'ici là, le "Strato-thon" aura encore évolué : pour l'heure, 161 sur 444. Quand on vous dit qu'on avance !
Il faut d'abord gérer les "caprices" et autres desideratas politiques des membres de l'OTAN. Il faut ensuite gérer la problématique pakistanaise, non seulement en plus essors mais également de plus en plus explosive. Il faut enfin gérer tout un théâtre d'opérations, le plus complexe qui soit. Avec de sympathiques zones à gérer, telles que le Yemen, la Somalie ou encore l'Iran. Sans compter l'Irak.
Bref, c'est à lire demain. D'ici là, le "Strato-thon" aura encore évolué : pour l'heure, 161 sur 444. Quand on vous dit qu'on avance !
jeudi 11 septembre 2008
Les Emirats ouvrent un sacré parapluie
Les négociations sur la vente d'un système de défense antimissiles THAAD (Theater High Altitude Area Defense) avec les EAU étaient certes en cours depuis plusieurs mois mais l'on a appris aujourd'hui que le Congrès US s'était vu présenté une notification de la DSCA, ultime étape avant une vente-monstre, en trois segments, qui pourrait représenter jusque 8,2 milliards de dollars.
Le premier segment porte sur 3 batteries de tir THAAD représentant 9 lanceurs, 4 radars, des systèmes de maintenance et de transport, de même que 147 missiles, le tout pour une valeur de 6,95 milliards. Opérationnel depuis peu dans l'US Army (qui compte mettre en place deux bataillons du système), le THAAD est le segment "Upper Tier" de la défense antimissiles américaines. Il peut ainsi intercepter des engins adverses à des altitudes allant jusque 150 km. Le système émirien sera vraissemblablement connecté au système ABM américain.
Le deuxième segment porte sur la vente de 33 missiles Patriot PAC-3 supplémentaires pour les batteries commandées en décembre 2007 (9 batteries et plus de 500 missiles pour plus de 9 milliards de dollars), de même que des systèmes de communication tactique.
Enfin, le dernier segment porte sur 78 systèmes de défense aérienne tactique Avenger (missiles Stinger installés sur Humvees dotés d'une tourelle spécifique), 780 missiles Stinger, divers systèmes de soutien et de communication et 16 radars, le tout pour 737 millions de dollars.
Le premier segment porte sur 3 batteries de tir THAAD représentant 9 lanceurs, 4 radars, des systèmes de maintenance et de transport, de même que 147 missiles, le tout pour une valeur de 6,95 milliards. Opérationnel depuis peu dans l'US Army (qui compte mettre en place deux bataillons du système), le THAAD est le segment "Upper Tier" de la défense antimissiles américaines. Il peut ainsi intercepter des engins adverses à des altitudes allant jusque 150 km. Le système émirien sera vraissemblablement connecté au système ABM américain.
Le deuxième segment porte sur la vente de 33 missiles Patriot PAC-3 supplémentaires pour les batteries commandées en décembre 2007 (9 batteries et plus de 500 missiles pour plus de 9 milliards de dollars), de même que des systèmes de communication tactique.
Enfin, le dernier segment porte sur 78 systèmes de défense aérienne tactique Avenger (missiles Stinger installés sur Humvees dotés d'une tourelle spécifique), 780 missiles Stinger, divers systèmes de soutien et de communication et 16 radars, le tout pour 737 millions de dollars.
mardi 19 août 2008
Un peu de lecture
Je ne m'en étais pas aperçu mais le dernier Penser les Ailes Françaises publie un de mes articles, assez long, "Israël et l'approche synergistique en stratégie aérienne, de la guerre du Kippour à Paix en Galilée". A lire ici.
mardi 5 août 2008
Histoire de murs
François Duran nous invite à réfléchir aux "nouveaux murs". Ce qui me permet d'apporter, sans mauvais jeu de mot, deux petites pierres à la réflexion. La première est une interview du général Ephraïm Lapid - un ancien du renseignement militaire israélien et ancien porte-parole de Tsahal - portant notamment sur les effets stratégiques du "mur/barrière" positionné en Cisjordanie. Lorsque vous la lisez, gardez à l'esprit les récents attentats au bulldozer : vous comprendrez toute la problématique de la circulation économique entre les Territoires et Israël soulevée par le général. A lire dans le prochain DSI-T.
La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.
La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.
lundi 4 août 2008
L'armée irakienne remonte en puissance
Dans la perspective d'une reprise en main de l'ensemble des opérations de contre-insurrection qui semble poindre - mais aussi de sécurisation de l'Etat irakien face à ses voisins - Bagdad vient de passer une série de commandes majeures, via le système des Foreign Military Sales - aux Etats-Unis.
Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.
Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.
mardi 22 juillet 2008
Le C-17 marque des points... et le Type 214 avec
Cette fois, c'est officiel, le Qatar et Boeing ont signé un accord portant sur la vente de 2 C-17, pour 400 millions de dollars. Le premier appareil devrait être livré durant l'été 2009. Pour faire bonne figure, l'émirat a également commandé 18 hélicoptères AW-139 pour 260 millions d'euros. Les Etats-Unis, La Grande-Bretagne, l'Australie, le Canada et l'OTAN sont déjà clients du Globemaster III.
On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.
On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.
jeudi 10 juillet 2008
Tonton Mahmoud s'amuse...
...Et constate qu'il a encore un vieux stock de Shahab-3B à liquider. L'occasion pour moi de revenir sur le grand jeu sémiotique qui se joue actuellement dans le Golfe, entre les manoeuvres Grand Prophète III (où l'IRNA, l'agence de presse locale, a été peu locace sur les aspects navals, alors qu'elle relayait systématiquement tout ce qui se passait dans le Golfe les années précédentes) et les déploiements israéliens. A voir sur La Une (journal télévisé) à 19h30.
Beaucoup trop de choses à dire en 50 secondes !
Beaucoup trop de choses à dire en 50 secondes !
mardi 3 juin 2008
L'Irak va-t-il acheter des Gazelles ?
Si certains commentateurs se posaient la question du pourquoi de la récente visite du ministre français des affaires étrangères en Irak, un début de réponse pourrait bien être trouvé auprès du ministère de la défense de Bagdad.
Son porte-parole a en effet indiqué que l'Irak entendait renouer des liens militaires avec la France par l'achat de matériels et, plus particulièrement, des hélicoptères. Selon lui, une délégation à haut niveau devrait prochainement se rendre en France pour rencontrer des industriels.
Et un quotidien irakien d'indiquer que l'Irak pourrait acheter 50 Gazelles - d'occasion, dès lors que la machine n'est plus fabriquée. Du temps de la guerre Iran-Irak, l'appareil avait été largement utilisé par Bagdad. Notons que le DSI de juin présente un topo de la situation actuelle de la force aérienne irakienne.
Son porte-parole a en effet indiqué que l'Irak entendait renouer des liens militaires avec la France par l'achat de matériels et, plus particulièrement, des hélicoptères. Selon lui, une délégation à haut niveau devrait prochainement se rendre en France pour rencontrer des industriels.
Et un quotidien irakien d'indiquer que l'Irak pourrait acheter 50 Gazelles - d'occasion, dès lors que la machine n'est plus fabriquée. Du temps de la guerre Iran-Irak, l'appareil avait été largement utilisé par Bagdad. Notons que le DSI de juin présente un topo de la situation actuelle de la force aérienne irakienne.
lundi 28 avril 2008
120 Leclerc à vendre ?
Selon Le Point, la France mettrait en vente d'occasion 120 de ses Leclerc. But de la manoeuvre, évidemment, renflouer les caisses de la défense et contribuer à arrondir la maintenant fameuse bosse budgétaire en matière d'équipements... mais aussi de maintenance. Les Leclerc consommeraient ainsi du quart au tiers de ce que coûte annuellement les MCO.
Alors, si l'hypothèse - finalement assez probable - se confirme, pour quels acheteurs ?
- Le Point évoque l'Arabie saoudite avec raison. La France doit y reprendre pied après le typhon russe dont nous vous parlions dans ces pages. Mais la manoeuvre aurait été refusée par Riad ;
- Mais la Lybie ou le Maroc pourraient également être intéressés.
Le fait est, cependant, que le marché est déjà saturé des offres allemandes ou hollandaises, la France disposant toutefois d'une réelle expértise dans l'acclimatation de ses chars au désert. La France compte officiellement, à l'heure actuelle, 350 Leclerc opérationnels. En réalité, la moitié, soit 175 exemplaires, sont en "parc de gestion" (MCO et mise sous cocon).
Alors, si l'hypothèse - finalement assez probable - se confirme, pour quels acheteurs ?
- Le Point évoque l'Arabie saoudite avec raison. La France doit y reprendre pied après le typhon russe dont nous vous parlions dans ces pages. Mais la manoeuvre aurait été refusée par Riad ;
- Mais la Lybie ou le Maroc pourraient également être intéressés.
Le fait est, cependant, que le marché est déjà saturé des offres allemandes ou hollandaises, la France disposant toutefois d'une réelle expértise dans l'acclimatation de ses chars au désert. La France compte officiellement, à l'heure actuelle, 350 Leclerc opérationnels. En réalité, la moitié, soit 175 exemplaires, sont en "parc de gestion" (MCO et mise sous cocon).
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lundi 28 janvier 2008
Une base qui ressemble à un porte-avions
C’est à la suite de la visite du président français que sera annoncée la création d’une base militaire permanente dans les Emirats Arabes unis, plus précisément à Abu Dhabi. Elle compterait un personnel variant de 400 à 500 personnes provenant de toutes les armées. Si cette évolution spectaculaire – la France ne disposait d’aucune base permanente dans le Golfe – a étonné, elle est aussi la prolongation naturelle d’un accord de défense mutuelle conclue en 1995 avec les Emirats.
Ces derniers estiment que la contribution française est de nature à calmer les tensions dans la région en rééquilibrant une distribution de puissance actuellement à l’avantage des Etats-Unis. D’autres analystes ont indiqué que la nouvelle base jouait plutôt en faveur des Etats-Unis, les relations de Washington et de Paris n’ayant jamais été aussi proches.
Mais, au-delà de cette réflexion géopolitique, d’autres raisons expliquent aussi la décision de la France. Certes, cette base contribuera sans nul doute au dispositif de promotion des exportations de matériels de défense. Mais il se pourrait également que la nouvelle base française soit aussi le pilier d’évolutions majeures dans la politique de défense française.
Certains estiment ainsi qu’elle permettra d’éventuellement évacuer la base de Djibouti. Plus probablement (dès lors que le verrouillage du détroit de Bab-el-Mandeb est important), la base est positionnée comme véritable un porte-avions géographique. Elle serait ainsi capable de monter en puissance « à la demande », au moyen d’appareils de l’aéronavale ou de l’armée de l’Air, éventuellement dans une configuration proche des Air Expeditionnary Forces (AEF) américaines (et offrant un mixte de ravitailleurs en vol, de moyen de soutien et de combat).
Force est, en effet, de constater que les déploiements de porte-avions français dans le Golfe ont été nombreux ces 20 dernières années, de sorte que la base pourrait bien constituer un substitut au second porte-avions, dont la commande est toujours attendue.
Ces derniers estiment que la contribution française est de nature à calmer les tensions dans la région en rééquilibrant une distribution de puissance actuellement à l’avantage des Etats-Unis. D’autres analystes ont indiqué que la nouvelle base jouait plutôt en faveur des Etats-Unis, les relations de Washington et de Paris n’ayant jamais été aussi proches.
Mais, au-delà de cette réflexion géopolitique, d’autres raisons expliquent aussi la décision de la France. Certes, cette base contribuera sans nul doute au dispositif de promotion des exportations de matériels de défense. Mais il se pourrait également que la nouvelle base française soit aussi le pilier d’évolutions majeures dans la politique de défense française.
Certains estiment ainsi qu’elle permettra d’éventuellement évacuer la base de Djibouti. Plus probablement (dès lors que le verrouillage du détroit de Bab-el-Mandeb est important), la base est positionnée comme véritable un porte-avions géographique. Elle serait ainsi capable de monter en puissance « à la demande », au moyen d’appareils de l’aéronavale ou de l’armée de l’Air, éventuellement dans une configuration proche des Air Expeditionnary Forces (AEF) américaines (et offrant un mixte de ravitailleurs en vol, de moyen de soutien et de combat).
Force est, en effet, de constater que les déploiements de porte-avions français dans le Golfe ont été nombreux ces 20 dernières années, de sorte que la base pourrait bien constituer un substitut au second porte-avions, dont la commande est toujours attendue.
mardi 1 janvier 2008
Confirmation de la vente de chars belges pour le Liban
Comme nous l'annoncions précédemment ici, la Belgique a officiellement conclu la vente de 71 blindés à destination du Liban :
- 43 Leopard 1A5BE
- 16 AIFV/25 mm
- 12 M-113
La transaction a finalement été conclue pour 3,5 millions d'euros.
- 43 Leopard 1A5BE
- 16 AIFV/25 mm
- 12 M-113
La transaction a finalement été conclue pour 3,5 millions d'euros.
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lundi 3 décembre 2007
La Belgique réarme le Liban
Dans la foulée des opérations menées à Nahr el Bared contre le Fatah al Islam, l’armée libanaise s’est engagée dans un processus de réarmement en bonne et due forme.
Elle a ainsi accepté la proposition belge de vente de 40 chars Leopard-1A5BE et de 32 véhicules de combat d’infanterie YPR-765, pour un montant symbolique de 10 millions de dollars.
La transaction est toutefois suspendue à la formation d’un nouveau gouvernement fédéral en Belgique.
Elle a ainsi accepté la proposition belge de vente de 40 chars Leopard-1A5BE et de 32 véhicules de combat d’infanterie YPR-765, pour un montant symbolique de 10 millions de dollars.
La transaction est toutefois suspendue à la formation d’un nouveau gouvernement fédéral en Belgique.
vendredi 23 novembre 2007
Le résultat du raid israélien
Ces deux photos sont récemment apparues sur le net et représenteraient le site syrien attaqué par la Heyl Ha'Havir en septembre, et monreraient, à droite, l'étendue des dommages.
En tout état de cause, si nos confrères d'Aviation Week indiquent qu'il s'agirait d'un réacteur nucléaire, la seule présence du bâtiment ne confirme pas cette hypothèse : on ne voir ainsi aucun bâtiment des auxiliaires.
En tout état de cause, si nos confrères d'Aviation Week indiquent qu'il s'agirait d'un réacteur nucléaire, la seule présence du bâtiment ne confirme pas cette hypothèse : on ne voir ainsi aucun bâtiment des auxiliaires.
mardi 20 novembre 2007
Interview : statut du programme nucléaire iranien
Il y a quelques temps de cela, Pierre Babey était venu faire un tour à la rédaction, histoire de venir parler un peu du programme iranien et de ses répercussions internationales. Le sujet est passé hier au Soir 3 de Marie Drucker (visionnage en ligne possible) avec, en prime, l'interview de François Géré... et une vue de la rédaction ;o)
samedi 17 novembre 2007
En défense de Smith : La guerre au milieu des populations, paradigme structurant des engagement de basse comme de haute intensité ?
Comment appréhender la structure des conflits à venir dans le contexte si particulier de la rédaction du futur Livre blanc ? Si les positions semblent tranchées (nous renvoyons le lecteur, sur ce sujet, au DSI de novembre) les deux grandes catégories de positionnement renvoient sont fondées sur un biais temporel. Les tenants d’une structure de forces (en ce compris dans ses conséquences doctrinales) orientée sur les opérations de basse intensité et de stabilisation – telles que celles engagées en Côte d’Ivoire – envisagent la configuration contemporaine des conflits. Comparativement, les tenants d’une structure de force orientée sur les opérations de haute intensité, en fondant leur analyse sur la résurgence possible d’un adversaire technologiquement avancé, envisagent des opérations se tenant dans un futur plus ou moins proche.
Reste, cependant, que ce débat paraît par trop tranché et ne pourrait constituer que les deux faces d’une même pièce, de sorte que la récente contribution de Rupert Smith sur L’utilité de la force possède, selon nous, des vertus insoupçonnées. Premièrement, sur l’environnement physique des conflits, à la fois actuels et, dans la mesure de la fiabilité de la prospective, futurs. Smith, en mettant l’accent sur les populations, rejoint là les tenants aussi bien de la basse que de la haute intensité. Qu’ils soient ou non technologiques et qu’ils impliquent ou non des missions de stabilisation et/ou de combat, les conflits de demain seront résolument urbains et littoraux : 80% de la population mondiale vit à moins de 200 km des côtes.
Deuxièmement, il serait de très loin abusif de considérer que les conflits de basse intensité serait a-technologiques et mené par des va-nu-pieds : rien n’est plus faux. L’expérience libanaise de 2006 montre à quel point les nouvelles technologies – antichars, certes, mais aussi d’écoute électronique et de gestion médiatique, car c’est là que s’est joué le succès du Hezbollah – peuvent être utilisées par un adversaire asymétrique. En écho, des cadres du Hamas sont formés en Iran aux mêmes combinaisons techno-doctrinales que le Hezbollah. En Somalie, les Tribunaux islamiques disposent de missiles SAM-18. En Colombie, les narcos utilisent des sous-marins pour transporter de la drogue aux Etats-Unis. Pour contrer l’utilisation de petits appareils dans ces fonctions, la marine mexicaine a acheté rien moins que des Su-27 Flanker. Au Sri Lanka, le LTTE a été le premier groupe de guérilla a mettre en œuvre une stratégie aérienne « active » en utilisant des appareils de tourisme pour bombarder une base aérienne.
Au final, il en résulte que dévaloriser les engagements de basse intensité au motif qu’ils ne correspondraient pas à nos rationalités est non seulement dangereux mais aussi stratégiquement faux : par nature, la stratégie vise à soumettre la volonté adverse. Le reste n’est qu’une question de moyens. Smith, à cet égard, à raison de souligner les acquis de ce qu’il appelle la « guerre industrielle ». Ce qu’il note à cet égard et avec d’autres, c’est que le paradigme de la « bataille décisive », tel que décrit par V.D. Hanson comme paradigme structurant de l’art de la guerre occidental, est en perte de vitesse. Et il a raison : à l’échelle historique, les batailles réellement décisives sont non seulement très rares mais, même dans leur version édulcorée (une suite d’engagements de haute intensité généralement menées en campagne et aboutissant à une victoire sans appel), n’ont plus eu lieu depuis les guerres israélo-arabes.
Troisièmement, sur la valeur de Clausewitz. Lorsque les Etats-Unis sont revenus à la vision la plus pure qui soit de cet art occidental de la guerre – par le biais des Rapid Decisive Operations – ils ont, trop confiant en leur supériorité technologique, certes pulvérisé ce qui restait de l’armée irakienne. Mais ils n’ont pas compris la logique profondément clausewitzienne des conflits (par tradition, les Etats-Unis sont jominiens – les Marines faisant exception) et en particulier les lois d’action réciproques : tout conflit est une suite d’adaptations permanentes. L’adversaire s’est reconfiguré, a muté et a combattu des Américains qui ont tardé à se contre-adapter. Le résultat de cette logique exclusivement orientée sur la haute intensité se passe de commentaires et si la situation irakienne semble évoluer – certes, timidement – à l’heure actuelle c’est précisément par ce que David Petraeus est sorti de la rationalité propre à la haute intensité.
La valeur de Clausewitz dans les conflits contemporains et à venir est inestimable. Je renvoie le lecteur au dernier chapitre (« Vers un néo-clausewitzianisme ? ») d’Au risque du chaos, chapitre co-écrit avec Alain De Neve et Christophe Wasinski, je tiens ici à en donner l’un des arguments. Si Clausewitz été vertement critiqué par Van Creveld ou encore Keegan, c’est essentiellement parce qu’il aurait mis l’Etat au centre de sa réflexion. Je ne suis pas d’accord avec ces analyses : la « formule » clausewitzienne indique que la « guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Or, limiter la politique à une seule de ses formes – l’Etat – est non seulement abusif mais également tend à nier la diversité des formes politiques (al Qaïda est une forme politique, le LTTE aussi, le Hezbollah avec) comme d’arts de la guerre découlant de ces formes. Et j’ajouterai encore que Clausewitz n’est pas uniquement le penseur de l’engagement décisif : ses cours sur la « petite guerre » (Cf. l’article de Sandrine Picaud dans le DSI n°16) comme certains passages de Vom Kriege démontrent amplement son intérêt pour la question.
J’ajouterai enfin que les populations sont effectivement devenues – en Irak, au Liban (Cf. l’analyse de Reuven Benkler dans le DSI de juin) – des acteurs du conflit. Tout dépend de leur niveau de mobilisation/d’engagement/de résistance aux processus de mobilisation - ce qui nous renvoie directement à la "trinité" clausewitzienne. Et Smith a cent fois raison de souligner, à l’instar de Clausewitz, qu’une population civile est un réservoir de combattants et que faire en sorte de se l’allier est une garantie contre une dégénérescence des conflits – dégénérescence au cœur de la problématique des conflits contemporains. Les penseurs de la « guerre de 4ème génération », des Marines, l’ont amplement compris comme Max Boot (The Savage Wars of Peace). Certes, Smith ne fait pas du Clausewitz, du Coutau-Bégarie ou du Desportes. Ce n’est pas un théoricien capable de formaliser un raisonnement « blindé » du point de vue des arguments. Mais il partage quelque chose avec les théoriciens : l’intuition. A l’origine de toute raisonnement cartésien, il existe une intuition fondatrice et Smith, parce qu’il a vécu Desert Storm aussi bien que la Bosnie ou l’Irlande du Nord nous apporte un point de vue précieux.
Il nous apporte surtout, pour en conclure, l’intuition que l’on ne peut aller trop loin dans la distinction des scénarios : à l’échelle historique, ce sont les systèmes militaires (ou économiques, d’ailleurs) trop lents à l’adaptation et/ou incapables de penser en dehors des cadres préétablis qui ont été vaincus. Cloisonner de façon trop nette ou trop dogmatique les possibles de l’asymétrie ou de la symétrie, c’est se priver de cette faculté d’adaptation.
Voilà pourquoi, face au retour du paradigme de la bataille décisive - symétrique, technologique potentiellement trop linéaire -, je préfère celui de la "guerre au milieu des populations" - asymétrique mais potentiellement symétrique, comptant sur les "sidewises technologies" comme les technologies et plus encore sur le cerveau humain, conflit chaotique, éminnement politique et non linéaire. Cette dernière me semble plus adapté à nos futurs, qu'ils soient ou non fait de haute ou de basse intensité et Smith me semble offrir une optique qui réconcilie ces deniers futurs plutôt qu'il n'opterait pour l'un ou l'autre.
Reste, cependant, que ce débat paraît par trop tranché et ne pourrait constituer que les deux faces d’une même pièce, de sorte que la récente contribution de Rupert Smith sur L’utilité de la force possède, selon nous, des vertus insoupçonnées. Premièrement, sur l’environnement physique des conflits, à la fois actuels et, dans la mesure de la fiabilité de la prospective, futurs. Smith, en mettant l’accent sur les populations, rejoint là les tenants aussi bien de la basse que de la haute intensité. Qu’ils soient ou non technologiques et qu’ils impliquent ou non des missions de stabilisation et/ou de combat, les conflits de demain seront résolument urbains et littoraux : 80% de la population mondiale vit à moins de 200 km des côtes.
Deuxièmement, il serait de très loin abusif de considérer que les conflits de basse intensité serait a-technologiques et mené par des va-nu-pieds : rien n’est plus faux. L’expérience libanaise de 2006 montre à quel point les nouvelles technologies – antichars, certes, mais aussi d’écoute électronique et de gestion médiatique, car c’est là que s’est joué le succès du Hezbollah – peuvent être utilisées par un adversaire asymétrique. En écho, des cadres du Hamas sont formés en Iran aux mêmes combinaisons techno-doctrinales que le Hezbollah. En Somalie, les Tribunaux islamiques disposent de missiles SAM-18. En Colombie, les narcos utilisent des sous-marins pour transporter de la drogue aux Etats-Unis. Pour contrer l’utilisation de petits appareils dans ces fonctions, la marine mexicaine a acheté rien moins que des Su-27 Flanker. Au Sri Lanka, le LTTE a été le premier groupe de guérilla a mettre en œuvre une stratégie aérienne « active » en utilisant des appareils de tourisme pour bombarder une base aérienne.
Au final, il en résulte que dévaloriser les engagements de basse intensité au motif qu’ils ne correspondraient pas à nos rationalités est non seulement dangereux mais aussi stratégiquement faux : par nature, la stratégie vise à soumettre la volonté adverse. Le reste n’est qu’une question de moyens. Smith, à cet égard, à raison de souligner les acquis de ce qu’il appelle la « guerre industrielle ». Ce qu’il note à cet égard et avec d’autres, c’est que le paradigme de la « bataille décisive », tel que décrit par V.D. Hanson comme paradigme structurant de l’art de la guerre occidental, est en perte de vitesse. Et il a raison : à l’échelle historique, les batailles réellement décisives sont non seulement très rares mais, même dans leur version édulcorée (une suite d’engagements de haute intensité généralement menées en campagne et aboutissant à une victoire sans appel), n’ont plus eu lieu depuis les guerres israélo-arabes.
Troisièmement, sur la valeur de Clausewitz. Lorsque les Etats-Unis sont revenus à la vision la plus pure qui soit de cet art occidental de la guerre – par le biais des Rapid Decisive Operations – ils ont, trop confiant en leur supériorité technologique, certes pulvérisé ce qui restait de l’armée irakienne. Mais ils n’ont pas compris la logique profondément clausewitzienne des conflits (par tradition, les Etats-Unis sont jominiens – les Marines faisant exception) et en particulier les lois d’action réciproques : tout conflit est une suite d’adaptations permanentes. L’adversaire s’est reconfiguré, a muté et a combattu des Américains qui ont tardé à se contre-adapter. Le résultat de cette logique exclusivement orientée sur la haute intensité se passe de commentaires et si la situation irakienne semble évoluer – certes, timidement – à l’heure actuelle c’est précisément par ce que David Petraeus est sorti de la rationalité propre à la haute intensité.
La valeur de Clausewitz dans les conflits contemporains et à venir est inestimable. Je renvoie le lecteur au dernier chapitre (« Vers un néo-clausewitzianisme ? ») d’Au risque du chaos, chapitre co-écrit avec Alain De Neve et Christophe Wasinski, je tiens ici à en donner l’un des arguments. Si Clausewitz été vertement critiqué par Van Creveld ou encore Keegan, c’est essentiellement parce qu’il aurait mis l’Etat au centre de sa réflexion. Je ne suis pas d’accord avec ces analyses : la « formule » clausewitzienne indique que la « guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Or, limiter la politique à une seule de ses formes – l’Etat – est non seulement abusif mais également tend à nier la diversité des formes politiques (al Qaïda est une forme politique, le LTTE aussi, le Hezbollah avec) comme d’arts de la guerre découlant de ces formes. Et j’ajouterai encore que Clausewitz n’est pas uniquement le penseur de l’engagement décisif : ses cours sur la « petite guerre » (Cf. l’article de Sandrine Picaud dans le DSI n°16) comme certains passages de Vom Kriege démontrent amplement son intérêt pour la question.
J’ajouterai enfin que les populations sont effectivement devenues – en Irak, au Liban (Cf. l’analyse de Reuven Benkler dans le DSI de juin) – des acteurs du conflit. Tout dépend de leur niveau de mobilisation/d’engagement/de résistance aux processus de mobilisation - ce qui nous renvoie directement à la "trinité" clausewitzienne. Et Smith a cent fois raison de souligner, à l’instar de Clausewitz, qu’une population civile est un réservoir de combattants et que faire en sorte de se l’allier est une garantie contre une dégénérescence des conflits – dégénérescence au cœur de la problématique des conflits contemporains. Les penseurs de la « guerre de 4ème génération », des Marines, l’ont amplement compris comme Max Boot (The Savage Wars of Peace). Certes, Smith ne fait pas du Clausewitz, du Coutau-Bégarie ou du Desportes. Ce n’est pas un théoricien capable de formaliser un raisonnement « blindé » du point de vue des arguments. Mais il partage quelque chose avec les théoriciens : l’intuition. A l’origine de toute raisonnement cartésien, il existe une intuition fondatrice et Smith, parce qu’il a vécu Desert Storm aussi bien que la Bosnie ou l’Irlande du Nord nous apporte un point de vue précieux.
Il nous apporte surtout, pour en conclure, l’intuition que l’on ne peut aller trop loin dans la distinction des scénarios : à l’échelle historique, ce sont les systèmes militaires (ou économiques, d’ailleurs) trop lents à l’adaptation et/ou incapables de penser en dehors des cadres préétablis qui ont été vaincus. Cloisonner de façon trop nette ou trop dogmatique les possibles de l’asymétrie ou de la symétrie, c’est se priver de cette faculté d’adaptation.
Voilà pourquoi, face au retour du paradigme de la bataille décisive - symétrique, technologique potentiellement trop linéaire -, je préfère celui de la "guerre au milieu des populations" - asymétrique mais potentiellement symétrique, comptant sur les "sidewises technologies" comme les technologies et plus encore sur le cerveau humain, conflit chaotique, éminnement politique et non linéaire. Cette dernière me semble plus adapté à nos futurs, qu'ils soient ou non fait de haute ou de basse intensité et Smith me semble offrir une optique qui réconcilie ces deniers futurs plutôt qu'il n'opterait pour l'un ou l'autre.
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mardi 30 octobre 2007
L'Arabie saoudite change radicalement de politique d'approvisionnement
C'est avec une certaine surprise que l'on a appris aujourd'hui le changement radical opéré par l'Arabie saoudite dans sa politique d'équipements militaires. Alors qu'Eurocopter, MBDA et Airbus Military négociaient un très gros contrat, le royaume s'est finalement tourné vers la Russie, en achetant 150 Mi-35 Hind et Mi-17 Hip pour 2,2 milliards de dollars.
Evalué à 8,8 milliards d'euros, le contrat négocié par les Européens comprenait de 2 à 3 A-330 MRTT de ravitaillement en vol, 64 NH-90 (10 NFH et 54 TTH), 12 Tigre, 20 AS-532A2 de recherche et sauvetage au combat, 32 Fennec, 4 AS-565 Panther (Cf. notre brève "contrat du siècle pour EADS ?" dans DSI 18, septembre 2006). Des négociations semblaient également être menées dans l'optique de la vente de missiles Aster 30 et de chars Leclerc.
A cet égard, l'Arabie saoudite s'orienterait vers des SAM russes de même que vers le T-90. Ce revirement serait le fait du roi lui-même qui a repris en main la politique d'armement. Or, la vente semblait avoir été négociée par l'Elysée au terme du dernier mandat de J. Chirac, entre-temps remplacé par N. Sarkozy sans, apparement, que la transition sur ce dossier n'ait correctement été opérée. Par ailleurs, des observateurs indiquent aussi que la politique sarkozyste en regard du Moyen Orient pourrait avoir également influé la décision saoudienne.
Evalué à 8,8 milliards d'euros, le contrat négocié par les Européens comprenait de 2 à 3 A-330 MRTT de ravitaillement en vol, 64 NH-90 (10 NFH et 54 TTH), 12 Tigre, 20 AS-532A2 de recherche et sauvetage au combat, 32 Fennec, 4 AS-565 Panther (Cf. notre brève "contrat du siècle pour EADS ?" dans DSI 18, septembre 2006). Des négociations semblaient également être menées dans l'optique de la vente de missiles Aster 30 et de chars Leclerc.
A cet égard, l'Arabie saoudite s'orienterait vers des SAM russes de même que vers le T-90. Ce revirement serait le fait du roi lui-même qui a repris en main la politique d'armement. Or, la vente semblait avoir été négociée par l'Elysée au terme du dernier mandat de J. Chirac, entre-temps remplacé par N. Sarkozy sans, apparement, que la transition sur ce dossier n'ait correctement été opérée. Par ailleurs, des observateurs indiquent aussi que la politique sarkozyste en regard du Moyen Orient pourrait avoir également influé la décision saoudienne.
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