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mardi 16 novembre 2010

Vanité, quand tu nous tiens

Allez, un peu de vanité ne peut pas faire de tort (mais juste un peu, alors) : Olivier m'a fait une petite critique de lecture de La résilience dans l'antiterrorisme, , ce qui, je l'avoue, me fait plaisir.

Au-delà du contentement de l'auteur (soyons honnête), il y a aussi le fait que l'ouvrage, qui était destiné à faire débat en une matière tout de même bien peu explorée malgré la centralité qu'il a gagné dans le dernier LBDSN, a suscité assez peu de réactions. Certes, quelques académiques m'ont indiqué avoir apprécié, voire bien aimé. Mais, par ailleurs, j'ai eu assez peu de retours... Etonnant.

Faut-il y voir une certaine gêne à l'égard d'un concept qui a "fait le buzz" mais sans guère avoir été défriché préalablement (les articles portant dessus se comptent sur les doigts d'une main, en France, ces cinq dernières années) ?

samedi 30 octobre 2010

Tragédie grecque, analyse et... résilience



Le point de vue de Paul Virilio sur, en l'occurence ce qui m'apparait comme la question de l'assimilitation/relativisation de la crise, centrale dans les processus de résilience politique et sociétales.

mardi 2 mars 2010

Parution de "La résilience dans l'antiterrorisme. Le dernier bouclier"



J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de La résilience dans l'anti-terrorisme. Le dernier bouclier, aux éditions L'Esprit du Livre. C'est la première fois que le concept de résilience, aux sens sociologique et stratégique, est appliqué dans un ouvrage en français.

Il s'agit ici, en l'occurrence, de dresser la carte des modes de fonctionnement du concept, de ce qu'il recouvre, mais également de voir quelles sont ses interprétations, ses applications et ses limites, en France comme en Belgique (vous pouvez consulter la table des matières ici).

Ceux qui me connaissent peuvent redouter une grosse brique. Et bien non, pour une fois, je me suis limité à 132 pages, en alternant théorie et pratique (comme toujours, me direz-vous). Et pour le coup, l'ouvrage, que vous pouvez commander ici, a un prix modique (16 Eur).

mercredi 20 janvier 2010

Un djihadiste belge au Pakistan

Un reportage de la chaîne privée RTL-TVI diffusé avant-hier soir a montré un djihadiste converti belge qui s'est prêté au jeu de l'interview. Sur le fond, la rhétorique est classique - avec une pointe de légitimation de son combat par la question du voile à l'école - et l'opération de communication aura été excellente pour lui et son groupe.

Si c'est l'occasion Simon Petermann et pour moi d'intervenir sur la même chaîne aujourd'hui à 12h40 (je tâcherai de mettre le lien), comment considérer l'opportunité accordée à la journaliste ?

- Premièrement, il s'agit de communiquer à bon compte. Comme le type l'indique lui-même, Youtube et le Web 2.0. permettent de recruter, d'orienter voire de former (ce qui renforce les questionnements sur un "djihad 2.0"). Mais, ajouterait-on, rien de tel qu'un journal télévisé pour toucher des centaines de milliers de gens en même temps ;

- Deuxièmement, les toucher pas tant pour les inciter à rejoindre le djihad (quoique...) que pour influencer leur perception de l'adversaire, en le faisant passer pour totalement déterminé. Et ce, alors même que la Belgique est extrêmement vulnérable au "zéro mort" et qu'un round de discussions vient de s'achever entre les Etats-Unis et Bruxelles sur l'envoi de renforts en Afghanistan ;

- Troisièmement, renforcer la culture de la peur dans laquelle nous sommes immergés : j'y reviens de façon plus complète dans mon ouvrage sur la résilience (il ne faut pas trop demander à un blog, non plus !) mais la Belgique a un sérieux problème avec le concept même d'intégration et l'insistance sur la question de l'école n'est pas innocente. Il s'agit, dans cette optique, de renforcer la méfiance et la suspicion, susciter la peur sans même que des attentats ne soient commis. Le summum de l'économie des forces ;

On ajoutera que l'emploi de la télé n'est pas innocent. Gino Verleye a bossé là-dessus et j'y reviens dans "résilience" mais, fondamentalement, certains médias, lorsqu'ils sont mal employés sont plus susceptibles d'inspirer la peur - et la TV est en tête de peloton. En fait, dans certains cas, l'afflux d'information produit les effets inverses recherchés en "résilience construite" : l'angoisse plus que la réduction préemptive des effets de surprise. Seule compensation à ce phénomène d'inversion, la nécessité de remise en perspective et l'éducation des téléspectateurs à la prise en compte de ce type d'information. En Belgique, nous n'y sommes toujours pas.

Un responsable de l'Organe de Coordination et de l'analyse de la Menace indiquait hier ne pas bien comprendre pourquoi un djihadiste communiquait maintenant. Et bien, c'est très simple : parce qu'en l'occurrence, pour le djihadiste en question, ça ne mange pas de pain et ça crée des effets.

Dernière petite remarque, le parquet à beau déclarer qu'une enquête sur le type en question a été ouverte, nos institutions ne semblent toujours pas avoir compris qu'un terroriste n'agit pas dans une rationalité d'ordre criminelle mais bien d'ordre stratégique. Dans un tel cadre, toutes les options sont ouvertes et inviter une journaliste à prendre le thé, c'est du pain béni. Djihadiste 1 - Belgique 0.

jeudi 26 novembre 2009

Résilience : la Commission passe à l'action... et moi avec

La Commission européenne tient depuis hier son troisième forum sur la protection civile, consacré cette année à la résilience. L'interprétation qu'elle en fait est fondamentalement restrictive - Commission oblige, pas question de toucher aux prérogratives des Etats et la première des applications de la théorie touche au terrorisme. Au surplus, on ne peut limiter le concept de résilience aux seuls systèmes de protection civile.

Petit hasard du calendrier, j'ai reçu avant-hier l'accord des éditions L'Esprit du Livre pour la parution, je pense en janvier, de mon petit dernier, précisément sur le sujet de la résilience. Je place ici sa table des matières :

TABLE DES MATIÈRES 4

GLOSSAIRE DES ABRÉVIATIONS 7

TABLEAUX, GRAPHIQUES ET ENCADRÉS 9

INTRODUCTION 10

CHAPITRE 1. LES SOCIÉTÉS DU RISQUE FACE AU TERRORISME 15

1. Le terrorisme comme mode de guerre 16
1.1. Disproportion entre effets physiques et psychologiques 17
1.2. Moyens et mécanismes 22
2. Disruption et sociétés techniciennes 25
2.1. Le terroriste comme agent sociétal 26
2.2. La disruption en stratégie 30
2.3. Les modalités de la disruption 33

CHAPITRE 2. LA RÉSILIENCE DANS LA DÉFENSE ANTITERRORISTE 44

1. Les formes de la lutte antiterroriste 45
1.1. Les logiques stratégiques de l’antiterrorisme 46
1.2. Trouver le juste équilibre 50
2. La résilience dans l’architecture antiterroriste 53
2.1. Le rôle de la politique 55
2.2. La résilience spontanée comme composante des systèmes de secours et comme facteur stratégique 59
3. Les limites de la résilience virtuelle 63
3.1. Le rôle de la surprise comme facteur de relativité de la résilience 65
3.2. Le cas français 70

CHAPITRE 3. LA CONDUITE DE LA RÉSILIENCE : FACTEURS ET ACTEURS 75

1. Les formes de la résilience 76
1.1. Variabilité et interdépendance des formes de résilience 78
1.2. La variable « confiance » 81
1.3. Silence, I kill you ! La résilience au quotidien 85
2. La politique de la résilience 91
2.1. Culture et politique de la peur 92
2.2. Populations et culture de la peur 99

CHAPITRE 4. DÉVELOPPER LES RÉSILIENCES 107

1. Les médias dans la construction de la résilience 108
1.1. La prise en compte des évolutions médiatiques 109
1.2. Résilience, information et rationalités stratégiques 114
1.3. Le cas français 120
2. L’enseignement dans la construction de la résilience 123
2.1. L’enseignement comme facteur de défense stratégique 124
2.2. Quel enseignement pour quelle résilience ? 126

CONCLUSION : RÉSILIENCE ET MORAL 130

BIBLIOGRAPHIE 136

1. Ouvrages et monographies 136
2. Articles 141

INDEX 146

mardi 3 novembre 2009

La résilience, applicable aux armées ?

A plusieurs reprises, j'ai discuté avec pas mal de gens du concept de résilience et l'une des questions revenant fréquemment tenait à son applications aux armées.

De fait, le concept a surtout émergé dans l'optique de la protection des sociétés civiles, en particulier afec à des vagues de lonewolves. Je viens de retomber sur un petit texte que j'avais gribouillé au fond d'un Thalys sur la question :

Si l'on peut considérer que la résilience s'applique à tout groupe humain et donc aux armées, l'on peut aussi considérer que les armées se doivent d'être, naturellement, résilientes. Pour toute force, l'attrition implique naturellement, lorsqu'elle est subie, de poursuivre le combat tout en encaissant une réduction des effectifs, des munitions et du moral. Et ce, jusqu'à un point signifiant la mise hors de combat.

L'attrition est l'une des composantes naturelles de l'art de la guerre ; elle découle de l'altérité dans le duel et souligne la relation de "partenaire-adversaire" des belligérants. Y affecter une valeur de résilience alors que cette dernière a été conçue pour faire face à l'implication des sociiétés civiles épargnées par les conditions contemporaines de la guerre (et donc, en somme, pour lui faire accepter l'attrition imposée par le terrorisme) est naturellement problématique.

Dans cette optique, parler de résilience dans les armées :

- c'est oublier qu'elles sont naturellement soumises à l'attrition ;
- c'est, pourquoi pas, refuser l'altérité dans le duel.

Ces deux aspects sont liés. Ils impliquent une volonté de sortie de l'art de la guerre occidental du "fracas du monde" - j'y vois même une des conséquences délétères d'une RMA cherchant à "imposer les règles du jeu" à un adversaire, les disqualifiant d'asymétriques s'ils se mettent à tricher (sauf qu'à la guerre, la triche est la règle, quoiqu'en disent nos camarades juristes). Au premier chef, la résilience vise d'abord des sociétés qui ne sont plus soumises aux lois de l'attrition. Le concept même de taux d'échanges et celui de pertes y sont devenus inadmissibles.

On comprend pourtant cette mobilisation de l'attrition : depuis les années 1970, elle est plus imposée par les forces occidentales que subie par elles. Or, les nouvelles conditions de l'art de la guerre nous font redécouvrir des pertes que nous avions rêvé, par la RMA, d'éliminer. La mobilisation du concept de résilience dans le cadre militaire est peut être donc, plus qu'une réponse conceptuelle, le symptôme d'un retour à un aspect de l'attrition qui, par la force des choses, nous était devenu moins familier.

jeudi 27 août 2009

Aux sources du terrorisme

Hélène L’HEUILLET, Aux sources du terrorisme. De la petite guerre aux attentats-suicides, Fayard, Paris, 2009, 346 p.


Si les stratégistes en ont déjà beaucoup dit sur le terrorisme, les philosophes sont restés relativement discrets sur le sujet. Et en particulier ces philosophes que nous pourrions qualifier d’opérationnels, qui évitent de s’engoncer dans des logiques verbeuses (où l’attention portée à la rhétorique se fait au dépend du sens général du propos), leur préférant le décryptage et l’analyse.
Hélène L’Heuillet appartient justement à cette catégorie des analystes. Elle produit un ouvrage riche, dense et explicite proposant de remonter aux sources du terrorisme. Il ne s’agit pas ici de décrire les menaces ou d’évaluer leur probabilité d’occurrence mais bien de disséquer un phénomène qui n’est ni neuf ni si fragmenté qu’il n’existerait pas, comme le pensait D. Bigo.
L’auteure, à cet égard, révèle (et démontre) qu’il existe plus qu’une unicité du terrorisme mais bien une véritable filiation, des lignes de continuité dans ce qui peut être posé en soi comme une stratégie. L’œil du philosophe apporte, ici, plus qu’on ne pourrait le croire : croiser sa lecture avec les enseignements de S. Naveh montre que le terrorisme constitue un mode d’action de niveau opérationnel-stratégique.
H. L’Heuillet fait référence à Freud (classiquement) avant de questionner (notre liste n’est pas exhaustive) Clausewitz, Schopenhauer, Nietzche, le nihilisme ou encore la démocratie. C’est érudit, c’est solidement argumenté et l’auteure d’aboutir à une conclusion non seulement brillante mais qui ouvre également des portes conceptuelles extrêmement porteuses (à notre sens) : « l’idée que le terrorisme serait « l’arme des faibles » est déjà non-démocratique et commet l’erreur de transposer dans la réalité ce qui n’est que rhétorique politique » (p. 321). Bien écrit et clair – quoique requérant la connaissance des bases élémentaires de la philosophie – il constitue un éclairage précieux.

vendredi 24 juillet 2009

Antiterrorisme en Belgique : bonnes questions, mauvaise réponse

Le Soir d'hier a fait paraître des extraits du rapport du Comité R (de suivi et de contrôle des services de renseignement) à propos de l’alerte antiterroriste de décembre 2007-janvier 2008. Deux grandes catégories de critiques sont adressées aux services :

Le manque de coordination entre les services et le fait que l’OCAM (Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace) et le Procureur fédéral n’aient pas joué leur rôle. Résultat, selon le rapport, des « différences parfois inexplicables en ce qui concerne les destinataires des évaluations de l'OCAM ». Pire encore : la police, le SGRS (renseignement militaire), le ministre de l’Intérieur et le centre de crise n’ont pas été informés correctement. La Sûreté de l’Etat n’aurait quant à elle pas transmit toutes ses informations. Côté coordination, on a fait mieux.

Conséquence annexe dudit cafouillage, la communication vers la population a été d’un brouillon extrême : les niveaux d’alerte n’étaient pas commentés ni argumentés, la menace elle-même est restée vague – en somme, de quoi faire perdre leur crédibilité aux institutions en charge de la sécurité. Allez ensuite faire comprendre pourquoi vous annulez feu d’artifices et nocturnes des marchés de noël

Je n’ai pas encore lu le rapport mais il me semble poser là de bien bonnes questions. Ce n’est pas la première fois que le rôle de l’OCAM est remis en question, malgré un renforcement de ses moyens : manifestement, le problème est méthodologique.

Mais la réponse aux questions pourrait bien être encore pire : le président de la commission sénatoriale du suivi du Comité R, Armand De Decker a précisé que « le projet déjà voté au Sénat afin de permettre à la Sûreté d'organiser elle aussi des écoutes téléphoniques va rééquilibrer les choses » (La Libre d'aujourd'hui) et dès lors « éviter ce que l'on a appelé des cafouillages entre le monde judiciaire et les services de renseignement qui dépendent eux du gouvernement ».

La méthode interpelle : on crée des hiérarchies parallèles au lieu de mettre à plat le système (ce que devait faire la création de l’OCAM). Surtout, si ces écoutes sont attendues depuis longtemps, elles ne répondent pas au problème de la communication : nouveau capteur ou pas, rien n’indique que les informations recueillies aboutiront effectivement dans les bonnes mains – soit le cœur du problème.

On ne répond pas, également, à la question de la communication de crise (toutefois abordée il y a peu de temps par le ministre de l'Intérieur avec un peu plus de pertinence que ça n'a pu être le cas). Décidément, nous sommes bien incapables d'apprendre des leçons...

mercredi 22 juillet 2009

Comment une pomme devient un instrument de résilience

Un petit trait de résilience à la belge dans ce monde anxiogène : au cours du défilé militaire du 21 juillet, la Reine Fabiola, veuve du Roi Baudoin, était menacée depuis quelques temps, via des lettres anonymes, d’être abattue à l’arbalète.

« Tante Fabi », comme on la surnomme affectueusement, exhibe ici une pomme (copyright 7sur7.be), en référence à Guillaume Tell. Derrière l’humour, la « manœuvre de résilience » est parfaite : d’un côté, l’acceptation de la menace (d’où un dispositif de sécurité renforcé couplé à une communication adéquate), de l’autre, la remise en perspective, voire la relativisation.

Pour simplifier et sortir de la théorie, on pourrait résumer ça par "quand tu veux, gamin. Non seulement je n'ai pas peur mais au surplus tu va comprendre pourquoi nos armes sont si réputées".

Je reviendrai prochainement sur la question : il est temps qu’elle soit explorée à fond et en français dans autre chose qu’un article de quelques pages. Mais, d’ores et déjà, cette pomme est un exemple idéal.

lundi 18 mai 2009

La citation du jour

En conclusion de Aux sources du terrorisme d'Hélène L'Heuillet (Fayard 2009) : "l’idée que « le terrorisme » serait « l’arme des faibles » est déjà non-démocratique et commet l’erreur de transposer dans la réalité ce qui n’est que rhétorique politique".

L'ouvrage, fruit des travaux d'une maître de conférence en philosophie qui est également psychanalyste, est a conseiller, en particulier dans l'exploration qu'elle fait de la relation à la peur. Excellente déconstruction des mécanismes de puissance inhérents à un terrorisme qu'elle considère per se comme un mode de guerre.

Si la critique de son ouvrage paraîtra dans le DSI de juin, on peut franchement considérer que ces travaux (d'ailleurs assez marqués par ceux de stratégistes comme R. Pape ou F. Géré) sont d'une grande utilité.

lundi 22 septembre 2008

Back to resilience

Amaï - comme on dit ici - le débat sur la résilience revient ! François Duran se pose la question de la nécessité ou non de l'information dans la résilience et, plus largement si la seule multiplication des coups n'est pas seule nécessaire. Non, François, tu ne te fourvoie pas. L'information reste nécessaire lorsque l'on intègre la résilience dans une stratégie contre-terroriste.

En fait, Olivier part du principe que les coups sont répétitifs, ce qu'ils pouvaient être durant le Blitz sur la Grande-Bretagne, par exemple (l'exemple est par ailleurs biaisé : l'information sur les raids aériens, avant comme pendant la guerre ne manquait pas). Prenons maintenant le cas espagnol de 2004 : l'Espagne est habituée au terrorisme de l'ETA puis fait face à une frappe bien plus forte que ce à quoi elle est habituée. Vu la période électorale et le risque d'amalgame entre l'attentat et la présence espagnole en Irak, le gouvernement tente une manoeuvre informationnelle et ment, faisant portant la responsabilité sur l'ETA .

Or, il apparaît vite qu'il s'agit d'AQ. Réaction immédiate de la population : un vote-sanction qui amènera le PSOE au pouvoir et le retrait d'Irak. Si la population n'a pas "craqué" (résilience sociétale opérationnelle - mais que faire d'autres dans ces cas-là ?) la résilience politique a été déficiente, AQ parvenant à son objectif et modifiant le comportement de son adversaire.

La question, me direz-vous, est de savoir si le gouvernement Aznar aurait pu survivre sans tentative de manipulation. La réponse est : "peut-être". Ou, à tout le moins, "avec plus de probabilité qu'en cas de mensonge". C'est un classique de la théorie des PSYOPS : ne mentez jamais. Que cela se sache - et là, c'était très probable - et votre manoeuvre tombe à l'eau. Si Aznar avait correctement communiqué en donnant du sens à son engagement irakien, il aurait pu sauver les meubles et faire en sorte que les attentats ne parasitent pas les décisions souveraines des Espagnols au moment de voter.

En fait, l'information n'a pas qu'une valeur préparatoire, devant minimiser l'effet de surprise. D'ailleurs, en terrorisme, c'est cet effet qui compte, pas la récurrence et le seul fait d'encaisser à répétition les coups, qui renverraient plutôt à une résilience face à une insurrection. La résilience par la communication fait aussi sens. Elle replace le politique au coeur du message apporté à un engagement.

Que le gouvernement ait mieux communiqué (et ait créé du sens) en regard de l'embuscade d'Uzbin et nous n'aurions sans doute pas eu de très mauvais débats sur la "stratégie" à adopter. La population comme la presse auraient considérés les morts comme une bien triste perte. Mais aussi comme une perte qui aura été "utile", ou, à tout le moins, qui aura eu un sens. Rien n'est pire, lorsque des vies sont en danger - et alors que nos sociétés n'auront jamais été aussi obsédées par l'idée d'échapper à la mort - que d'avoir affaire à des morts qui n'ont pas de sens.

Balle au politique et retour donc - du moins de mon point de vue - à une résilience "maximaliste" où le sens, par l'intermédiaire de la communication, permet la préparation face à des événements, au sens physique, par définition aléatoires...

lundi 25 août 2008

Résilience : une mécanique complexe

C'en est presque le post rêvé pour quelqu'un comme moi, plongé en plein bouclage et qui n'a pas énormément de temps - me permettant ainsi de répondre à la question de Thomas (le rire participe-t-il de la résilience se demandait-il en nous présentant l'hilarante vidéo d'Achmed, le terroriste mort) et d'Olivier (la résilience ne se forge-t-elle pas d'abord dans la "pratique" ?).

Les réponses à ces questions sont complexes, précisément parce qu'elles nous engagent à bâtir une défense au plan psychologique, au coeur même, finalement, de la stratégie en tant qu'art de la dialectique des volontés opposées. Aussi, le recours à l'histoire nous éclaire-t-il, une fois de plus. En fait, il y a effectivement moyen d'augmenter la probabilité de voir une résilience émerger. Celle-ci est en effet "virtuelle" : on ne peut la mesurer que par approches successives (quoique les travaux de G. Verleye à Gent soient rès intéressants) et seule la réalisation effective d'une attaque permettra de véritablement la mesurer.

Ce qui tend à démontrer que la seule multiplication des attaques ne renforce pas nécessairement la résilience. C'est bien généralement l'effet de surprise qui est en jeux. Il démultiplie la perception d'un choc. Exemple typique, les raids allemands sur Londres en 1917 avaient causé un grand émoi malgré la faiblesse des dégâts causés. En fait, toutes les représentations britanniques d'une Grande-Bretagne invulnérable du fait de son statut d'île s'effondraient. Mais, dans les années qui suivirent, cette nouvelle donne a été prise en compte.

Résultat, les débats stratégiques envisageaient la guerre sous un angle parfaitement apocalyptique, laissant entrevoir des raids massifs d'aviation utilisant des armes chimiques. A cette époque, la presse faisait souvent état de ces débats. Quasiment tous les père de famille (Britanniques mais aussi Belges) avaient alors reçu des petits manuels de formation. Aussi, les Britannique seront presque soulagés de voir des attaques allemandes conventionnelles durant le Blitz. La résilience découlera, là, d'une réelle exposition au feu mais également d'une préparation préalable, le Britanniques ayant parfaitement assimilé les représentations du combat.

Or, pour en revenir à notre époque, ces représentations ne sont plus du tout assimilées. Non seulement notre rapport à la mort à changé - charriant avec lui l'émergence d'une politique compassionnelle - mais l'information stratégique est déficitaire. Pour faire simple, personne n'ose parler des mauvaises nouvelles. D'où aussi, un peu, le succès d'Achmed mais qui me semble à double trenchant. Certes il dégonfle la baudruche de nos peurs (bon point) mais il pourrait aussi avoir des effets dévastateurs sur une population non informée qui aurait définitivement fait une croix sur la menace... et serait d'autant plus surprise lors de sa réalisation.

C'est évidemment schématique. Mais cela signifie que pou utiliser Achmed dans une stratégie contre-terroriste, il faut une information préalable. Idem dans le cas européen, actuellement. L'on ne meurt plus que pour ce qui est perçu comme en vallant la peine (pour un type de la Drôme, en 1812, quel est l'intérêt de mourir pour Alger ? Mais il mourrait quand même et l'opinion ne s'en émeuvait guère).

Pour un pays qui ne connaît plus de terrorisme de façon mensuelle (comme l'Espagne, qui a bien résisté aux attaques de Madrid), l'information est donc la clé du problème comme celle d'une formation de la résilience. Sans elle, il y a fort à craindre que la seule expérience ne soit insuffisante : nos mémoires sont décidément trop courtes pour celà...

dimanche 13 juillet 2008

CDG et matérialité

Je profite du débat lancé par Olivier Kempf (zut, tu as raison, je suis à la bourre sur mes mails mais je ne t'oublie pas !) et François Duran sur la notion de centre de gravité pour faire un peu d'"incruste". J'avais eu envie de m'immiscer éhontément dans la cette très pertinente problématique il y a quelques jours mais... time is flying...

J'avais eu envie, surtout, de répondre au premier post de François, sur l'emploi du CDG par le général Yakovleff (la 7ème BB va faire des étincelles !). En fait, sa conception du CDG est l'un des rares points de son excellent ouvrage sur lequel je ne suis pas d'accord. En fait, je pense qu'il reste marqué par une vision trop tactique, presque jominienne du CDG. Au point que je m'étais dit à l'époque, qu'on pouvait le confondre avec le "point décisif", lui-même composante du CDG et effectivement plus jominien.

En fait, dans la conception clausewitzienne, il ne peut exister qu'un seul CDG, la source du pouvoir, de l'ascendant de l'adversaire. Or, ce pouvoir peut être matérialisé (les canons bosno-serbes autour de Sarajevo en 95, pour suivre le raisonnement de l'OTAN à l'époque, avant Deliberate Force) ou non. Je pense qu'en réalité, il n'est que rarement matérialisé. Pour reprendre Sarajevo 95', l'artillerie adverse était en réalité le point le plus décisif des points décisifs - je pense que le "vrai" CDG était la "pureté ethnique" défendue par Pale et, surtout, son acceptation/interprétation par des combattants fortement mobilisés d'un point de vue idéologique.

Certes, cette pureté était assimilable à un objectif de la guerre (un zweck, quoi). Mais c'est surtout la motivation induite chez les assiégeurs qui constituait ce CDG. A côté de celà, le nombre de combattant bosno-serbes, leur artillerie, leurs approvisionnements étaient autant de points décisifs (dûment attaqués par l'aviation et l'artillerie de l'OTAN ensuite). En ce sens, la possible valeur immatérielle d'un CDG le rend naturellement compatible à des opérations irrégulières. Mao, lorsqu'il entreprend sa Longue Marche, est le CDG chinois : il est à la fois commandant et "émetteur idéologique" : il fixe l'idéologie, les objectifs, la méthode et jusqu'à la tactique. Un vrai Head and shoulders, "tout en un", stratégique.

En fait, derrière ma réflexion se cache aussi une "remise à sa place" du CDG : je me demande dans quelle mesure il permet effectivement de conduire la guerre : savoir ce qui fait la force de l'adversaire est évidemment utile - c'est même l'une des première choses à considérer - mais de là découlent ensuite une série d'options. L'EFR et la génération d'un "effet majeur" (soit, grosso modo, le dominant effect de la théorie des EBO) devant permettre de l'atteindre est finalement relativement découplée du CDG. Plutôt, il va viser des points matériels ou, à tout le moins, plus tangibles.

Prenons un exemple : mon adversaire est une sorte de nébuleuse djihadiste comportant à la fois des chefs reconnus et leur soutien budgéto-logistique et une multitude de petits groupes s'en réclamant. Elle était initialement basée dans une zone géographique régie par un Etat en "stan" mais où l'Etat n'a jamais eu beaucoup prise. Le CDG de mon adversaire est sa doctrine, en l'occurrence : elle agrège des mécontements divers et variés et propose une lutte à mort dans le long terme en offrant ultimement à ses combattants le paradis.

Que faire ? Mener une campagne d'influence visant à "déconstruire" l'idéologie et la doctrine adverse est une solution mais qui , n'opèrera que dans le long terme : la contre-conviction n'est pas chose aisée. Or, ce temps peut être exploité pour l'adversaire et mener des opérations qui renforçeront sa légitimité auprès de populations susceptibles de fournir des combattants potentiels et donc, de le renforcer.

Autre option, "faire la chasse" et engager des troupes amies contre les points décisifs adverses, par exemple, des regroupements de gens que nous appelerions les "talibans" ou encore l'engagement de services de renseignement contre des cellules djihadistes en Europe. Là, des résultats seront accumulés dans le court terme mais n'éroderont pas nécessairement le CDG adverse.

Conclusion : il faut mener des options de court terme et de long terme et un CDG dématérialisé est plus complexe à combattre (surtout pour nos "sociétés impatientes") et implique de s'attaquer aux points décisifs, ne serait-ce que par la charge dissuadante que peuvent avoir nos actions sur l'adversaire. En tout état de cause, et là, je relance la balle du débat, tout CDG dématérialisé dépendra beaucoup plus des populations susceptibles de jouer un rôle quelconque dans les opérations que dans les matériels en tant que tels.

Ce qui nous renvoie droit à... Rupert Smith et Vincent Desportes. Les populations peuvent ne pas être qu'enjeu et cible, elles peuvent aussi être source (directe ou indirecte), réceptacle ou "activateurs" d'un CDG.

jeudi 10 juillet 2008

Sur la nature du Djihad en Europe (3)

Thomas Renard poursuit le débat sur la nature du Djihad en Europe (il serait d'ailleurs plus exact de parler de son caractère ou de sa structure, soit de la forme qu'il prend - sa nature renvoyant me semble-t-il aux élémentaires de l'art de la guerre et cette dernière n'a fondamentalement pas changé de nature depuis, au choix, Assubanipal ou l'arme nucléaire).

Je pense effectivement qu'il y a coexistence de formes d'action de la part d'AQ et que cette dernière exploite à bon escient l'émergence du leaderless jihad voire des lonewolves. Cela renvoie parfaitement au principe (dans l'art militaire soviétique) de la corrélation des forces et, plus largement, au déploiement d'une stratégie intégrale articulant l'ensemble des dimensions de l'action, depuis le soutien (financier, etc.) jusqu'aux opérations d'influence ("récupération" politique du conflit israélo-palestinien, sites webs, etc.) en passant, bien entendu, par l'action.

De ce point de vue, j'ai effectivement été un peu limitatif en me bornant au seul aspect doctrinal. Ce qui est important, ici, c'est la combinatoire potentiellement infinie des actions. En combat conventionnel, les actions sont soit cumulatives, soit paralèles (cf. l'amiral Wylie). Elles renvoient à un ordonancement préçis afin d'obtenir un effet escompté (là, je rejoins le débat d'Olivier et de François sur la nature du centre de gravité en conflit irrégulier/asymétrique - attendez-moi, j'arrive !).

Or, le propre d'AQ est de rechercher des effets durables en situation d'infériorité "matérielle" (hommes, équipements) face à l'ennemi (nous). Pour ce faire, il va exploiter le temps long mais aussi surfer sur les effets induits d'une stratégie que nous pourrions qualifier de déstructurée sur la forme mais de structurée sur le fond. La théorie classique du terrorisme s'adapte ici parfaitement : faire jouer l'effet de surprise à fond en "insécurisant" des sociétés vulnérables par leur ancrage technicien (j'aurai plus à dire bientôt, en fonction notamment de mon nouvel ouvrage). L'objectif ne doit pas être atteint dans le temps court - conception chronostratégique très occidentale - mais jouera nécessairement dans le temps long : on ne fait pas s'effondrer nos sociétés ainsi : elles ont leur propre résilience.

Pour un Naji, indiquer qu'il ne faut pas attendre un "feu vert" d'AQ renvoie à l'exploitation maximale de ces effets tout en maximisant la sécurité des leaders d'AQ (renvoi au principe de sûreté). En fait, à ce stade se pose une autre question : celle de la frontière entre "terrorisme" et "insurrection", impliquant en l'occurrence des opérations ultra-distribuées, paradoxalement occidentalisées (i.e. exploitant les tendances individualistes des lonewolves potentiels). La question, ici, n'est pas celle de l'efficacité des actions au sens conventionnel du terme, soit atteindre la cible et la détruire.

Plutôt, l'efficacité des "méso-opérations" est effectivement et tu as tout à fait raison, dans la génération de psychose (pour renforcer les appareils sécuritaires et délégitimer les régimes politiques occidentaux aux yeux de leurs propres citoyens ?) et, plus important encore pour la réussite des "hyper-opérations" dans la dispersion des moyens des services occidentaux. Si les "méso-opérations" rapportent des effets induits en termes de destruction, c'est en outre "ça de pris". En gros et pour caricaturer, Naji nous fait une "clé de bras" stratégique : quel que soit le mouvement que nous faisons, nous sommes bloqués.

La seule option va demander (comme pour se sortir d'une clé de bras) un gros effort : face à un leaderless Jihad "optimal", le renforcement perpétuel de nos services n'est pas vraiment une option. Leur culture même limite la collaboration entre eux (qui est nécessaire : un "méga-service ne donnerait qu'un son de cloche sur des matières nécessitant de la nuance) et leur lourdeur risque de les faire s'effondrer sur eux-mêmes. Le renforcement des dispositifs légaux (lois "anti-terroristes") est politiquement attractif mais n'est qu'un leurre : ce n'est pas la loi qui empêche les actes d'êtres commis.

Non, plutôt, la seule solution réside dans le développement, de notre côté d'une combinatoire stratégique équivalente à celle de l'adversaire. Outre la reconnaissance du problème - en Belgique, au plan politique, elle a mis des années, exploitées à bon escient par l'adversaire - elle implique la mise en place d'un véritable tissu de sécurisation et, par dessous tout, l'acceptation du fait que nous pouvons encaisser des pertes - civiles naturellement. Il faut nous réorganiser d'urgence (on ne va pas faire la liste des problèmes). Un plan anti-radicalisation ou une loi sur les armes, de ces points de vues ne sont que des pièces de puzzle, sans plus. Il nous manque juste 60 % des autres pièces et des secteurs entiers sont laissés en friche. Ne parlons que de la réforme des services incendie, par exemple...

samedi 5 juillet 2008

Sur la nature du Djihad en Europe (2)

Une belle journée ensoleillée en perspective et un café matinal, de quoi attaquer la question du rôle joué par la pauvreté, l'éducation ou encore le développement dans les processus de recrutement ou de développement du djihadisme - toujours pour faire suite à la proposition de T. Renard et à mon post d'hier.

Dans mon post initial portant sur le rapport du NYPD, j'avais été quelque peu succinct sur le rôle joué par ces facteurs, me bornant à dénoncer la part trop grande qu'ils ont prise en tant que facteurs causaux dans un discours belge où les grilles de lecture marxistes peuvent encore opérer en arrière-plan. Je m'étais alors placé dans une perspective spécifique, ethnocentrée et donc naturellement moins correcte qu'un autre type d'approche. Voilà pour le contexte.

Plus concrètement, je suis d'accord avec Thomas, nous sommes là dans le registre du background. Mais je pense aussi qu'il convient de raffiner le concept même de pauvreté. Une étude que j'avais citée dans DSI et qui découlait d'un sondage de large ampleur conduit dans plusieurs aires géographiques montrait que les éléments "radicaux"(pour l'étude : considérant le 11/9 justifié) étaient en moyenne moins pauvre que les éléments "modérés" et envisageaient leur avenir sous un jour meilleur que les "modérés". On tend alors aux mêmes conclusions que les analyses biographiques de Sageman : le terroriste n'est pas un "petit pauvre peu éduqué" et Ben Laden lui-même ne fait pas exception.

Par contre, il existe une myriade d'acteurs opérant en soutien et qui, effectivement, prendront appui sur la pauvreté ou encore des problématiques d'intégration pour légitimer leur propre action, notamment en matière de financement. Moins spectaculaire, mais tout aussi utile. Reste, cependant, que l'émergence du méso-terrorisme ou des lonewolves pose aussi la question de la nécessité (en quantité et qualité) de ces soutiens. Le principe, après tout, est d'éviter les trop gros réseaux, trop visibles et donc trop vulnérables. En termes de principes de la guerre (version FM 3.0), la simplicité et la manoeuvre prévallent ici sur la concentration des effets et la masse.

A priori, ce que l'on sait des "méso-terroristes" est qu'ils ne sont pas nécessairement pauvres, mal éduqués ou mal intégrés : le moteur de leur engagement n'est pas non plus un idéalisme romatique et altruiste qui renouvellerait sur fond religieux la lutte des classes. Leur engagement est tout simplement politique. C'est là que les choses se corsent : de quelle politique parle-t-on ? Je pense que, pour certains, la recherche d'anomie est en soi une politique : pour les connaisseurs, une sorte de "Fight Club" prenant des habits religieux. Ce qui n'est pas antinomique dans un monde à la fois en recherche de spritualité et... qui a tué Dieu depuis longtemps.

Pour d'autre, le modèle promu par un khalifat peut se révéler attractif au point de justifier le combat et le sacrifice. Plus classique mais toujours efficace. La multiplication des actes méso-terroristes conduirait ainsi, dans l'absolu, à une insurrection distribuée, sans leaders et donc incapable de générer des objectifs dans la guerre (partant du principe que l'objectif de la guerre est partagé. Difficile de vaincre dans ces conditions mais, assurément, une belle épine dans le pied de nos "sociétés de la certitude" où un peu de dyoxine dans le poulet suffit à provoquer un choc économique dans le secteur alimentaire.

En tout état de cause, le combat se place au plan des valeurs (ou de leur absence - rien n'est plus "ordonnant" que la Charia). Stratégiquement s'attaquer à des questions de pauvreté et d'éducation (évidemment, il faut s'y attaquer mais pour d'autres raisons) pourrait dès lors divertir des ressources (en renseignement ou en budget) déjà bien maigres. Ca pourrait causer des vulnérabilités. Laissons donc la Coopération au développement s'en occuper comme elle l'a toujours fait. Concentrons-nous sur l'essentiel.

Ca mérite bien un utre café...

vendredi 4 juillet 2008

Sur la nature du Djihad en Europe

Je profite du troisième café du matin pour répondre tardivement à l'invitation de Thomas Renard, pour une petit débat sur la question du leaderless jihad/méso-terrorisme ou encore sur l'opposition Hoffman/Sageman sur la structuration du terrorisme djihadiste.

En fait, je pense que ce dernier point est important, l'opposition entre les deux me semblant moins radicale qu'elle n'y paraît (mais comme souvent, l'auteur d'une théorie l'interprétera d'une façon très orthodoxe, idéale-typique et tendant à refuser les amendements qui pourraient lui être apportées).

A l'époque, j'avais mis en évidence le méso-terrorisme (en opposition au macro/hyperterrorisme des attentats de NY, Londres ou Madrid) pour tenter d'appréhender les tentatives qui avaient visé, à l'été 2006, des trains en Allemagne. Mal équipés (des bonbonnes de gaz trafiquées et déposés dans deux trains, si je me souviens bien), les terroristes n'avaient finalement pas réussi. Mais, dans mon esprit, il s'agissait d'une seconde forme de modus operandi dihadiste pouvant résulter des phénomènes d'auto-radicalisation et concomittente à la forme plus "classique" de l'hyper-attentat.

Il pouvait également s'agir d'une mutation plus profonde des tactiques djihadistes - qui restait alors à confirmer, nous manquions alors de recul -, reflet d'une adaptation d'AQ à un envirronement stratégique qui devenait de plus en plus défavorable. Deux ans après, nous avons un peu plus de recul et il me semble que la théorie des réseaux peut expliquer l'apparente opposition entre Hoffman et Sageman. Aussi, je pense que ce que l'on appelle traditionnellement AQ continue d'exercer un leadership doctrinal, favorisant une "labelisation" de groupuscules structurellement situés hors d'AQ ou d'individus auto-radicalisés.

Cette labelisation est d'ailleurs nécessaire au groupe comme à sa doctrine : les leaders traditionnels d'AQ semblent avoir une connaissance des élémentaires de la stratégie et l'adaptation à leur terrain d'action (Irak, Maghreb, Europe, etc.) nécessite une adaptation de la "doctrine officielle" (terme très imparfait mais prenons-le pour son pouvoir illustratif) au théâtre visé. Au demeurant, cette labelisation est congruente à une vision où l'Islam nécessite des interprétations : si "les portes de l'Itjtihad" ont été fermées, le raisonnement par analogie reste prégnant dans nombre d'écoles juridiques.

En fait, l'analogie qui me vient à l'esprit est celle de la transmission de la chaleur : là où Hoffman là voit par conduction, Sageman peut la voir par irradiation. Or, les deux ne sont pas incompatibles : un chauffage par irradiation implique un contact minimal, entre molécules d'air plutôt que par le contact de deux pièces de métal, par exemple. Dans le cas d'AQ, ce chauffage par irradiation est doctrinal : il nécessite à son tour une interprétation par les acteurs et le développement de tactiques qui seront contraintes par le manque de moyens. Ce dernier, au demeurant, est une force et non une faiblesse, comme on l'a trop souvent entendu... le résultat d'une société trop obsédée par la technique que pour faire la part des choses ?

Sur le rôle du contexte économique, je ne manque pas de revenir... Mais après la douche !

dimanche 29 juin 2008

Entre Fight Club et Ben Laden, une nouvelle génération arrive...

A lire, cet article du Monde portant sur l'émergence d'une nouvelle génération de djihadiste semblant suivre les lignes de ce que j'avais appelé, il y a deux ans (je pense, à vérifier) le risque méso-terroriste. Adieu les liens lourds, adieu les réseaux vulnérables, la radicalisation devient un phénomène individuel ou de petits groupes.

Autant de raisons de croire que les Lonewolfs décrits par T. Renard pourraient devenir une réelle menace, plus souple, plus fluide, plus discrète, sans doute moins létale pour nos sociétés mais nécessitant de prendre en compte la possibilité de nous voir attaquer. Avec, en contrepoint, l'impérieuse nécessité de développer non des dispositifs paranoïdes (au risque de nous faire perdre le peu de valeurs qu'il nous reste) mais bien des actions visant à renforcer la résilience de nos sociétés.

Cause principale : l'anomie, toujours l'anomie. Notre incapacité à intégrer, notre incapacité à offrir des modèles politiques et à "faire rêver", notre incapacité à disposer de valeurs stables permettant un réel vivre-ensemble (étonnement, très à la mode mais souvent mal compris...). Et pas (j'insiste pour certains commentateurs belges, notamment, tant la doxa officielle s'était enferrée dans une contradiction politiquement instrumentalisée mais largement démentie par la littérature), une question de richesse, de pauvreté ou d'éducation...

mercredi 25 juin 2008

Terrorisme en Belgique : un point avec La Libre

La Libre à mis en ligne l'interview réalisée hier par Roland Planchar. A lire ici.

jeudi 15 mai 2008

La sécurité nous terrorise-t-elle ?

J'avais eu l'occasion de participer à l'enregistrement de l'émission "Opinion publique" consacrée à la question de la sécurité dans son rapport à l'espace public.

L'occasion de revenir sur la thématique du rapport de l'homme à la technologie mais aussi sur celle de la résilience. Qui semble avoir reçu un accueil tèrs favorable, d'ailleurs, de l'OCAM ou du bourgmestre (maire) de Liège.

L'émission sera diffusée ce soir, sur La Une, à 22h. Pour ceux disposant du satellite, ils peuvent la capter via RTBF Sat (voir les dates de diffusion).

Conférence : la résilience au Parlement Européen

Terror as a Global Problem. What are the counter-terror measures taken by the EU/ Israel?
How can we be better prepared to a terror attack?

J'aurai le plaisir de donner une conférence sur le sujet avec le général (Ret.) Efraim Lapid, membre du directoire de l'Intelligence and Terrorism Information Centre" (ITIC), ancien porte-parole de l'IDF et ancien expert en renseignement de Tsahal.

Dans le cadre de la journée "Victims of Terror – Rehabilitation and Resilience. The life after Terror attacks. Ways to deal with the pain, human and property lose. 11 Juin 2008, PE,
Room A5E-3, 15.00 – 18.00.

Les personnes intéressées peuvent s'inscrire chez Yann Gall : (yann.gall(arobase)enf-eu.com) avant le 6 juin en communiquant leur nom et prénom ; leur date de naissance ; leur n° de carte d’identité ou de passeport ; leur ville et pays de résidence.