lundi 28 janvier 2008

Une base qui ressemble à un porte-avions

C’est à la suite de la visite du président français que sera annoncée la création d’une base militaire permanente dans les Emirats Arabes unis, plus précisément à Abu Dhabi. Elle compterait un personnel variant de 400 à 500 personnes provenant de toutes les armées. Si cette évolution spectaculaire – la France ne disposait d’aucune base permanente dans le Golfe – a étonné, elle est aussi la prolongation naturelle d’un accord de défense mutuelle conclue en 1995 avec les Emirats.

Ces derniers estiment que la contribution française est de nature à calmer les tensions dans la région en rééquilibrant une distribution de puissance actuellement à l’avantage des Etats-Unis. D’autres analystes ont indiqué que la nouvelle base jouait plutôt en faveur des Etats-Unis, les relations de Washington et de Paris n’ayant jamais été aussi proches.

Mais, au-delà de cette réflexion géopolitique, d’autres raisons expliquent aussi la décision de la France. Certes, cette base contribuera sans nul doute au dispositif de promotion des exportations de matériels de défense. Mais il se pourrait également que la nouvelle base française soit aussi le pilier d’évolutions majeures dans la politique de défense française.

Certains estiment ainsi qu’elle permettra d’éventuellement évacuer la base de Djibouti. Plus probablement (dès lors que le verrouillage du détroit de Bab-el-Mandeb est important), la base est positionnée comme véritable un porte-avions géographique. Elle serait ainsi capable de monter en puissance « à la demande », au moyen d’appareils de l’aéronavale ou de l’armée de l’Air, éventuellement dans une configuration proche des Air Expeditionnary Forces (AEF) américaines (et offrant un mixte de ravitailleurs en vol, de moyen de soutien et de combat).

Force est, en effet, de constater que les déploiements de porte-avions français dans le Golfe ont été nombreux ces 20 dernières années, de sorte que la base pourrait bien constituer un substitut au second porte-avions, dont la commande est toujours attendue.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Cette base ne remplace en aucun cas un porte-avion.Tout déploiement ou emploi des forces sera soumis à l'autorisation de l'émirat.D'autre part elle peut etre neutralisée en quelques minutes par des missiles ballistiques Iraniens dotés désormais de charges cluster.
Meme un renforcement de cette base en cas de crise poserait problème car il nécessiterait une autorisation de survol des voisins (du genre de l'autorisation que la France a refusée au USA lors du raid sur la Lybie).

De toute manière, c'est a peine une base mais une escale.
Une vraie base dans la région nécessiterait une infrastructure considerable avec des installations étendues et également souterraines et une protection de premier ordre.
Voire une cale sèche protégée dans le cas d'une base navale.

C'est simplement pour afficher notre partenariat et impliquer la France dans la défense de l'émirat.Voire disposer d'installations d'écoute.

Imaginons que la France ait une vague d'attentat par un mystérieux groupe dont on saurait qu'il est téléguidé par les Iraniens (cela rappelle quelque chose).

Croyez vous que l'Emirat nous laissera entreprendre une action de représaille au risque de subir une attaque en règle de l'Iran?
D'autre part un porte-avion, outre son role de protection aérienne et de lutte antisurface d'une escadre navale, peut servir ailleurs.
Par exemple, on ne peut guère faire de pression sur la Syrie depuis cette base.

Ca serait un mauvais coup porté à la marine de laisser croire que cela représente un substitut autre que symbolique (de posture).

Anonyme a dit…

bonne analyse. c'est en effet à mon sens une belle et intelligente pirouette qui nous soulagera de 3 milliards d'euros (soit les impots de Johny, ou bien les 3/5 des pertes de la société générale, ou bien 3 milliards et demi de paquet de 'crasses')...

Athéna et moi... a dit…

Bonjour tout le monde,

Il me semble effectivement évident qu'une base par définition géographiquement fixe n'a pas les mêmes vertus qu'un PA par définition mobile...

Ceci dit, un PA comme toute infrastructure militaire dispose également de ses vulnérabilités.

Reste, aussi, que le premier rôle d'un PA et ce à quoi il a été utilisé pour l'essentiel des croisières menées ces 30 dernières années, c'est le couple influence/dissuasion, qui s'appuie évidemment sur la crédibilité d'une action.

Or, une telle base à ce qu'il faut et avec quelques ravitailleurs, frapper la Syrie ne sera pas un problème. Par ailleurs, si le SAMP/T a été conçu, c'était précisément pour faire face à des menaces de type SRBM/MRBM. En d'autres termes, ça colle.

Entendez-moi bien, je ne suis pas "anti-PA2". Mon job, c'est l'analyse. Et je trouve assez troublant que l'on ouvre cette base au moment où se décide le destin du PA2...

Anonyme a dit…

Il passent par ou les ravitailleurs pour frapper la Syrie?
Par l'Iraq , L'Iran, ou l'Arabie Seoudite?
Un porte avion est vulnérable mais ca n'a rien a voir avec une base fixe à portée des missiles balistiques a courte portée de l'Iran.
C'est une base symbolique militairement mais qui facilitera nos déploiements, nous redonne une stature dans le Golfe et permettra probablement de surveiller l'Iran.
Temporairement cela nous permet de paraitre exister là pendant que notre unique PA est en cale seche.
D'autre part il faut effectivement rappeller que toute action sera soumise a autorisation des émirats.

PS: les SAMP/T ne sont efficaces que contre quelques missiles a tres courte portée et a charge unitaire.L'Iran n'a aucun problème a saturer un régiment et meme une dizaine si l'on en avait autant.
Il faut quand meme regarder la réalité.

Asterion a dit…

Et depuis l'Océan indien, comment vous allez en Afghanistan ? Simplement en passant au-dessus... De toute façon, si l'on doit frapper la Syrie, vous pensez que l'USAF va nous en empêcher ? Chiche qu'elle va même nous ravitailler ;o)

Et vous pensez que les Emirats vont nous refuser toute demande d'action ? Ils flippent devant les Iraniens, s'ils demandent qu'on aille là-bas, c'est simplement pour ne pas avoir à y aller eux-mêmes... Ils savent de toute façon, l'Iran fait peser une menace.

Pourquoi croyez-vous qu'ils viennent de commander pour 9milliard de PAC-3 ? Et puis, ne sous-estimez pas notre ami le SAMP/T... et souvenez-vous aussi qu'une bonne volée de C-802 iraniens fera très mal au CDG. La guerre, ça implique des risques.

Faut lire DSI !

Anonyme a dit…

Comme dirait l'autre, quand on a plus d'argent, c'est la qu'on reconnaît ses amis ;o)

Anonyme a dit…

Passer par l'Irak demanderait une autorisation des USA.Donc perte d'autonomie.
D'ailleurs si les USA ont déployés des F22 en Irak c'est aussi pour dissuader les Israeliens d'une action inconsidérée.
La France et les USA avaient tous les deux une hostilité contre la Lybie et nous avons refusés le survol de notre territoire en 86.
Les accords avec Dijouti obligent par exemple la France a demander l'autorisation au gouvernement Djiboutien pour toute utilisation pour des opérations hors défense de Djibouti et maintenance (voir le traité).

Les Emirats refuseront toute demande d'action qui ne correspond pas a leur besoin de défense et les entraineraient dans une guerre.
Par exemple pour une vague d'attentat terroriste en France qui ne les toucheraient pas.Car ils n'ont certes pas envie de se recevoir des dizaines ou des centaines de missiles Iraniens pour 10 attenats dans le RER.
Quand au Patriot Pac 3 il n'est également utilisable que contre les missiles a charge unitaires et est saturable.
Une bonne volée de C802 ne ferait de mal au CdG que si celui est trop proche des cotes.Il faut pouvoir localiser une force en haute mer a 800 km (hors de portée des C802) protégée par des E2C.
Sa vulnérabilité (qui n'est pas une absence de risques) est autrement plus faible qu'une base terrestre aussi proche.
Cette base n'a pratiquement pas d'utilité operationnelle mais stratégique (posture et renseignement).

Athéna et moi... a dit…

Bonjour tout le monde,

Pour répondre à notre anonyme, ne vous focalisez pas trop sur le scénario gogues (= toilettes = WC = worst case). Les Iraniens sont du genre à chatouiller, pas à frapper. Que cette base soit détruite et les Américains (deux Etats alliés seront attaqués) et les Français contre-attaqueront. Et les Iraniens le savent très bien : tout depuis ces quelques années démontre qu'ils ont un style stratégique indirect. Et, en fait, comme un porte-avions, la première vertu de cette base est de dissuader.

Le combat, à cet égard est une ligne d'opération parmi d'autres, de l'influence "par la vista" (et l'on en tient une solide) à la politique internationale.

Par ailleurs, si je puis me permettre, nombreuses ont été les opérations pour lesquelles il aura fallu demander l'autorisation à quelqu'un. Et, vu le contexte politique, il me semble que la demander à Washington est un moindre mal.

En outre, cette base n'est elle même qu'un pion : si les Emirats ne suivent pas, il nous reste des options. Surtout, il me semble douteux que la France puisse opérer un raid sur l'Iran en riposte à une série d'attentats. S'ils ont bien eu lieu dans les années 80, le contexte est maintenant tout autre.

Sur le porte-avions et sa vulnérabilité, il est évident que l'un est mobile, l'autre ne l'est pas. Ca ne veut pas dire que ça ne changera pas : que les Iraniens consolident les batteries de leurs Kilo, que les Russes fournissent quelques infos et même un PA (en mer d'Oman, il devra s'approcher des 800 km dont vous parlez pour atteindre ce qu'il est intéressant d'atteindre, sinon, il doit s'enfermer dans le Golfe) pourra avoir chaud.

Et puis, la posture et le renseignement sont aussi des composants des aspects "opérationnels".

Enfin, pour conclure ce post, un drop de SM implique une altitude de largage basse dans l'enveloppe d'engagement des intercepteurs (dont les capacités d'altitude ont été "calées" sur ce paramètre), pour éviter une dispersion excessive. S'il est évident qu'une défense ABM de point peut être saturée, 9 batteries PAC-3 et une batterie SAMP/T feront un joli feu d'artifice... mais moins que celui qui découlera d'une riposte dont les Iraniens connaissent les risques ;o)

PS : Etes-vous sûr qu'il y a du F-22 en Irak ? Juste après leur FOC ?

Anonyme a dit…

Bien sur que les Iranien ont un mode d'action indirect mais les puissances occidentales ne peuvent répliquer par des actions de même nature (nous ne sommes pas des terroristes et nous ne pratiquons pas le harcelement en pleine mer en premier).

Si cette base est attaquée c'est parceque nous aurons attaqué en premier ne serait ce que pour faire une action de représaille.
Cette base ne dissuade en rien puisque d'une part le gouvernement Emirati ne nous donnera jamais l'occasion de l'utiliser pour une action de represaille si l'Emirat n'est pas lui meme attaqué, et d'autre part elle serait probalement détruite ou mise hors d'usage après un unique raid.

"Surtout, il me semble douteux que la France puisse opérer un raid sur l'Iran en riposte à une série d'attentats"
Et c'est bien le problème et plutot par faute de moyens.En effet il est impensable de ne pas répliquer sauf a se démettre en tant que puissance crédible.
Sans aller aux extrémités du XIX eme siècle ou une simple insulte valait bombardement ou invasion (Mexique, Grece, Algérie, Chine, Japon, Corée...), un Etat qui veut jouer un rôle et etre une puissance ne peut pas ne pas répliquer lorsqu'il est défié et attaqué.
Quand a traquer et attaquer un PA en pleine mer avec 3 sous marins classique, ce n'est pas tres crédible et en tout cas plus difficile qu'une base fixe proche avec des missiles balistiques.C'est sans comparaison.

Sur les F22:
Ils ont été déployés en Irak , c'est de notoriété publique.A savoir si ils le sont en permanence...
Compte tenu de l'obsolescence de l'aviation Iranienne (les Iraniens ne compte pas sur elle mais sur leur missiles et leur troupes), le déploiement rendu public du F22 est évidemment en signal a Israel.
Car une attaque Israelienne unilatérale (et forcemment dénuée d'effet sérieux vu la faiblesse des moyens Israéliens a cette distance) serait un désastre pour les USA.

Anonyme a dit…

A ma connaissance les F-22 n'ont pas été déployés en Irak (ils ont p-e survolé l'Irak, afin de les tester), mais bien les V-22 Osprey et cela depuis fin 2007.