mercredi 16 juillet 2008

Fonction "anticipation-connaissance" : à bien y réfléchir...

Bien entendu, nous reviendrons dans le prochain DSI sur le LBDSN mais aussi sur les priorités qu'il induit, notamment en matière d'anticipation-connaissance - en bref, le renseignement entendu au sens large. D'ici là, quelques éléments de réflexion, à la relecture du LBDSN :

- Sur la forme d'abord : le renseignement et l'anticipation sont, par nature, consubstanciels à toute activité stratégique, ce qui implique naturellement de se projeter dans le temps - le passé mais aussi le futur. Et ce, pour la prévention, la dissuasion, la protection ou encore l'action/projection : on ne conduit pas les armées sans envisager leurs actions et les contraintes qu'elles pourraient subir, de son fait propre ou de celui de l'adversaire. De ce point de vue, en faire une "fonction" en tant que telle marque la priorité qui lui est donnée. Mais, par certains aspects, n'est-elle pas quelque peu incongrue, marquant, en fait, un oubli de la stratégie et de ses élémentaires ?

- Sur le fond : le LBDSN induit des aménagements d'ordre organisationnels bienvenus. Mais va-t'on ou non vers une expérience similaire à celle du Joint Intelligence Comittee (JIC) britannique, permettant de donner au niveau politique une image claire du "qui fait quoi et où en est-on" ? Un spécialiste délégué auprès du Président représente certes un embryon de "communauté d'alerte" (annoncer les mauvaises nouvelles est un art dont le manque de maîtrise aura coûté la vie à Sorge, une invasion à l'URSS et quelques millions de morts). Mais jusqu'où va-t-il jouer ce rôle ? ;

- Sur le fond encore, DST et DGSE apparaissent comme les grandes gagnantes du LBDSN. Comparativement, pour la DRM, militaire, aucun nouveau projet n'émerge - elle "gagne" surtout parce qu'elle ne perd pas. En fait, le LBDSN valide des programmes lancés antérieurement (comme MUSIS) mais cache aussi ce qui semble être une réduction des personnels de la DRM.

Certes, il faut voir de quels personnels il s'agit mais le signal lancé est tout de même perturbant. De ce point de vue, l'emphase sur le maintien des espérances en matière matérielle cache également que l'augmentation du débit des informations ne représente rien sans analystes capables de les décrypter et de transformer les informations en renseignement.

Or, comme me le confiait un expert tout à l'heure, un bon linguiste chinois, c'est... 10 ans de formation : le double de la durée de vie des Helios II... Histoire de rappeler que le renseignement ne représente pas un facteur uniquement dépendant du matériel. Vous pouvez avoir 2 000 missiles de croisière et 25 planificateurs, spécialistes de la stratégie aérienne. Si vous avez 2 satellites, il vous faut bien plus d'analystes. Et les satellites ne sont que l'un des moyens de recueil du renseignement...

2 commentaires:

SD a dit…

Bonsoir,
Quelques réflexions modestes sur le renseignement et le LBDSN :
• Effectivement le renseignement disponible est quantitativement limité par le nombre d'analystes ou de linguistes. Cependant, augmenter le nombre de capteurs et surtout les diversifier permet d'augmenter qualitativement le renseignement. Ceci implique évidemment de disposer d'outils de tri adéquats.
• De plus, la création d'une "académie du renseignement" interministérielle pourrait permettre d'augmenter la qualité des analystes/exploitants, en rendant attractives les carrières du renseignement.
• Par ailleur, la création de 6 unités de renseignement de brigade (URB) organiques en plus des unités d’éclairage et d’investigation, dès l’été 2008, au sein de l’armée de Terre française, augmentera à terme d’environ 600 postes les effectifs du renseignement militaire (Terre).
o Parmi eux, près de 75 (au sein des sections opérations-analyse) renforceront les capacités actuelles de mise en œuvre et surtout d’analyse des brigades interarmes. L’analyse n’est donc pas toujours oubliée…
o Le reste de l’effectif est regroupé dans des batteries de renseignement de brigade (unités multicapteurs).
En résumé, le LBDSN semble plutôt prôner l'amélioration qualitative de la fonction renseignement. Le contexte sécuritaire mondial ne l'impose-t-il pas?

Anonyme a dit…

En matière de renseignement, et en particulier d'analyse, qualitatif et quantitif ne sont pas antinomiques, que du contraire, même ! Surtout dès lors que le flot d'information augmente.