mercredi 5 décembre 2007

Noël approche : quelques idées de lectures (4)

Hervé Coutau-Bégarie. L’océan globalisé. Géopolitique des mers au XXIe siècle. Economica, Coll. « Bibliothèque stratégique ». Paris, 2007, 316p.

En plus d’être l’un des meilleurs théoriciens de la stratégie, Hervé Coutau-Bégarie est sans aucun doute le navaliste français contemporain le plus productif et le plus brillant. Après une Evolution de la pensée navale en 8 tomes qu’il a dirigé, il nous le prouve une fois de plus en publiant ce premier ouvrage d’une série qui devrait en compter trois et qui cherche à dresser la carte de la puissance navale contemporaine.

La tâche, on le comprendra, est utile, nécessaire et urgente, tant la stratégie navale n’a guère bénéficié ces dernières années du regain de théorisation qu’aura connu la stratégie terrestre ou la stratégie aérienne. Aussi, après un cadrage de la question sous un angle maritime – incluant donc la question du transport, des ressources et de la construction navale – l’auteur examine la « nouvelle stratégie maritime, proposant une grille de classification des marines de même que des réflexions sur l’évolution des missions ou encore des moyens.

Dans une seconde partie, il examine des « matériaux pour une géostratégie des mers au XXIe siècle » qui lui font examiner l’application à la marine US de la Transformation ; la notion de sauvegarde maritime ; un état de l’art très complet sur la question du porte-avions ; le pilier naval de la défense européenne et, enfin, l’industrie navale militaire européenne (de façon d’ailleurs très complète).

La tâche que s’est assigné Hervé Coutau-Bégarie est, on le comprendra, immense. Mais il l’accomplit parfaitement et dans un style d’écriture à la fois nuancé et clair. Au passage, il démontre toute la nécessité d’une théorisation, trop souvent négligée, de la stratégie navale : à bien des égards, beaucoup trop peu à été dit sur cette question et le mérite de l’auteur, à cet égard, est d’ouvrir des voies de réflexions plus que jamais nécessaires.

Des F-16 en opération antimissiles

Qu’est-ce qui est nettement moins cher qu’un laser aéroporté sur B-747, qui vole déjà, est déjà amorti et peut détruire des missiles balistiques engagés dans leur boost phase, soit les 2-3 minutes suivant leur décollage ?

Des F-16.

Les Etats-Unis ont testé un nouveau concept, le Net-Centric Airborne Defense Element (NCDE), en engageant 2 missiles AIM-9X Sidewinder contre une fusée de recherche Orion sur le site de White Sands.

A terme, des AIM-120 modifiés pourront également être utilisés, de sorte qu'un F-16 se situant dans un rayon de 160 km d'une zone de lancement sera capable d'engager une cible. Notons que fusée Orion a des caractéristiques de masse, de taille et d'impulsion au décollage similaires aux LCR et aux SRBM.

mardi 4 décembre 2007

So, you say yout want F-35 in your air forces ?

La presse néerlandaise fait actuellement grand bruit autour des déboires subis par le développement du F-35, entraînant, dans la foulée, un nouveau débat au parlement. Selon les révélations du journaliste (et CEO de Bever Software) Johan Boeder, il apparaît, en fait, qu’au cours du 19ème vol de l’appareil, le 3 mai 2007, ce dernier a effectué un virage à 360° dû à une mauvaise conception de son système électrique et à des problèmes majeurs au niveau de ses actuateurs. L’appareil a alors effectué un atterrissage d’urgence à 350 km/h, certaines surface de contrôle étant inutilisables. Au final, les actuateurs devront être revus de fond en comble.

Depuis mai 2007, plus aucune date n’a été donnée pour le 20ème vol de l’appareil. Pire pour la suite du programme, le système de production électrique du F-35C (la version navale) ne serait en mesure de produire que 65 % de la puissance requise. Du coup, la configuration du réacteur F-135 devra être revue, de sorte qu’il ne sera pas prêt avant fin 2009. Dans la même veine, un essai au sol d’un F-135 a abouti à l’explosion d’une partie du moteur pour cause de surchauffe.

Et la série noire de continuer : un officier d’une force aérienne européenne travaillant comme officier de liaison a indiqué que les retards dans le développement des logiciels permettant l’utilisation des armements sera tel que l’appareil ne pourra, au mieux, ne disposer de sa capacité multirôle qu’après 2015.

Au final, entre les surcoûts et les délais, Lockheed annonce que son financement pour le projet sera épuisé fin 2008, la firme proposant, afin de « rester dans les clous » budgétaires, de construire deux prototypes de moins que prévu et d’éliminer 800 des 5 000 heures de vol prévues par le programme. Soit une proposition qui n’est pas prête de rassurer des forces aériennes dont toute la puissance dans les 40 prochaines années devrait entièrement dépendre du nouvel appareil.

lundi 3 décembre 2007

La Belgique réarme le Liban

Dans la foulée des opérations menées à Nahr el Bared contre le Fatah al Islam, l’armée libanaise s’est engagée dans un processus de réarmement en bonne et due forme.

Elle a ainsi accepté la proposition belge de vente de 40 chars Leopard-1A5BE et de 32 véhicules de combat d’infanterie YPR-765, pour un montant symbolique de 10 millions de dollars.

La transaction est toutefois suspendue à la formation d’un nouveau gouvernement fédéral en Belgique.

DSI 32 est paru !

Défense & Sécurité Internationale, n°32, décembre 2007

Editorial
Agenda et nominations
Les contrats du mois
Veilles contre-terroristes

Nos veilles stratégiques :

Flash : AW-139 ; A-109 ; pavot en Afghanistan ; téléphone rouge sino-américain ; dernier satellite DSP ; budget du renseignement US
Guerre électronique : c’est en Suisse que ça se passe
Brésil : hausse de 50 % du budget de défense
Colombie : les narcos poursuivent leurs efforts sous-marins
Etats-Unis : nouvelles ventes de F-15 en perspective ; prévoir les insurrections ; le Prompt Global Strike boosté ; défense antisatellite : qu’est-ce qui est le plus efficace ? ; MRAP : commandes monstres ; percées de Thales ; faire dans le léger ; nouvelle stratégie maritime ; vers l’annulation du CVN-78 Ford ? ; après l’annulation du LCS-4, quelle stratégie littorale ? ; avec un baril à 100 dollars, le CG(X) pourrait être nucléaire ; de nouveaux F-22 ? Blackwater poursuit le développement de ses activités
Europe : le bouclier ABM, fait pour protéger l’Europe selon la MDA
Allemagne : réforme des services de renseignement ; un 3ème SAR-LUPE en orbite ; on livre à domicile
Belgique : imbroglio politico-militaire
Croatie : un don de F-16 d’occasion ?
EADS : retards pour l’A400M
Espagne : programme majeur de remplacement des véhicules de combat
Estonie : bientôt à la pointe de la cyber-défense ?
France : retrait du programme AGS
Grande-Bretagne : des vaisseaux-mère pour 2020 ?
Pays-Bas : lancement du programme d’OPV
Roumanie : bientôt des Typhoon ?
Russie : de nouveaux membres dans le Klub
Afghanistan : très fortes pertes civiles
Arabie Saoudite : rupture dans la politique d’armement
Le Caucase sous tension
Chine/Japon : La course aux étoiles migre à l’Est
Chine : le SSBN classe Jin ; des 737 à usage militaire
Corée du Sud : Séoul veut un appareil de la 5ème génération… ; …tandis que le SAM-X sera opérationnel en 2010 ; des lasers antimissiles pour 2010 ?
Inde : accord avec la Russie sur le PAK-FA ; l’état du potentiel chimique inquiète ; surcoût pour le futur porte-avions
Irak : une violence en recul structurel ? ; l’armée du Mahdi combattait « camée »
Israël : développement des défenses ABM ; l’urbanisation du M-113 ; commande massive de munitions ; méfiez-vous du rouge
Iran : des projets peu clairs
Kazakhstan : développement de la marine
Liban : le Hezbollah en manœuvre… sans armes ni uniformes
Singapour : nouveaux F-15SG
Taiwan : une bombe au graphite ; Taiwan se prépare à une Chine aéronavale
Thaïlande : montée en puissance de la force aérienne
Afrique du Sud : le centre de recherche nucléaire de Pelindaba attaqué
Maroc : pas de Rafale mais une FREMM
Darfour : l’Europe à la rescousse
Somalie : les Ethiopiens peinent à contenir les islamistes

La chronique de Carl von C. : « Sortir d’Irak, c’est un peu comme sortir en boîte »

Sécurité

Faut-il envahir le Myanmar ?
Par Francis Nantha, rédacteur en chef d’Asian Defence & Diplomacy, Kuala Lumpur

« Les petits plaisirs du communisme »
Entretien avec Bettina Röhl, portraitiste de la République Fédérale d’Allemagne

Stratégie

De la guerre... au milieu des populations
Entretien avec Sir Rupert Smith, général d’armée (Ret.) de l’armée britannique. Rupert Smith a dirigé la division britannique durant Desert Storm (1991), la FORPRONU en 1995, le théâtre irlandais de 1996 à 1999 et a été Deputy Supreme Allied Commander of Forces in Europe (D-SACEUR).

David Galula : la pacification en Algérie 1956-1958
Par Bruce Hoffman, vice-directeur de la RAND Corporation

Roger Trinquier, portrait du « Centurion »
Par Bernard B. Fall, correspondant de guerre, docteur en sciences politiques et professeur de relations internationales.

Armées

Un porc-épic en mer de Chine. Les forces terrestres taiwanaises à l’aube du 21e siècle
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : les forces terrestres taiwanaises
Par Philippe Langloit, Chargé de recherche au CAPRI

Unités

History in the making : la France au Comité militaire de l’OTAN
Par Véronique Sartini, journaliste

Les 4 grandes directions d’études du Comité militaire de l’Alliance atlantique

La participation française au budget de l’OTAN

La participation française actuelle aux opérations de l’OTAN (chiffres au 10/09/07)
La représentation des officiers français au sein de l’alliance :

Technologie & armement

Destroyers : le premier instrument de la stratégie navale contemporaine ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Les destroyers Arleigh Burke : de la « Blue Water » à la « Brown Water »
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Le Forbin enfin à l’horizon. La marine française ouvre le parapluie !
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Destroyer LCF classe De Zeven Provincien / Tromp, Van Heemskerck et Kortenaer : en avance sur leur temps
General Atomics R/MQ-1A/C Predator/Sky Warrior / Une histoire opérationnelle bien remplie
Obusier automoteur BAE Land Systems AS-90 / Faut-il encore construire des automoteurs d’artillerie chenillés ?

Critiques de lectures

L’océan globalisé. Géopolitique des mers au XXIe siècle d’Hervé Coutau-Bégarie
Suicide Bombers in Iraq. The Strategy and Ideology of Martyrdom de Mohamed Hafez
Des principes de la guerre par le Maréchal Foch
Achever Clausewitz par René Girard
Atlas de l’islam radical présenté par Xavier Raufer
Parameters. Vol. XXXVII, n°3, Autumn 2007

Disponibles dans tou(te)s les bon(ne)s kiosques/librairies ou sur www.areion.fr/boutique

jeudi 29 novembre 2007

Hélicoptères : l'enlisement afghan

L’OTAN a reconnu que son principal souci en matière opérationnelle en Afghanistan était le faible nombre d’hélicoptères disponibles. Des commandants ont indiqué au cours de la conférence Heli-Power (qui se tenait en partenariat avec DSI) qu’ils faisaient face à un constant déséquilibre entre l’offre et la demande en moyens héliportés d’attaque et de transport.

Bien souvent, les membres européens de l’OTAN sont réticents à envoyer des voilures tournantes en Afghanistan, du fait des coûts de transport et d’entretiens induits. De ce fait, l’OTAN considère cette question comme hautement prioritaire et envisage une série d’options telles que l’acquisition par l’Alliance d’un pool de Mi-17 Hip tchèques ou l’optimisation de la logistique.

En filigrane, on peut néanmoins se poser la question de l’intérêt pour les armées européennes d’acquérir des appareils de plus en plus coûteux et d'aligner des chiffres mirobolants dans les annuaires stratégiques pour que ces mêmes armées soient, in fine, incapables de les projeter sur des théâtres d’opérations lointains...

mardi 27 novembre 2007

Techno-terrorismes et techno-guérillas de plus en plus probables

Selon une étude de la RAND Corporation qui vient de paraître récemment, terroristes et combattants pourraient assez rapidement bénéficier d’un certain nombre de technologies avancées, à l’instar de mortiers bénéficiant d’un pointage via GPS ; des fusils de sniping lourds, d’une portée supérieure à 2 km ; des fusils d’assaut avancés ; des engins antichars à longue portée ou des mines capables d’être utilisées contre des navires civils – cargos, pétroliers ou ferries.

Selon les chercheurs américains, l’une des meilleures options pour éviter ce type de scénario consisterait à mettre en place des mesures telles que l’utilisation de codes, permettant ainsi aux seuls utilisateurs légitimes des armes de les employer

samedi 24 novembre 2007

Roughead sur la nouvelle doctrine de l'US Navy

DSI est fréquemment revenu sur les évolutions de la stratégie navale américaine. Ici, le CNO américain effectue une partie de la présentation sur laquelle nous reviendrons dans le prochain DSI :

vendredi 23 novembre 2007

Le Tigre est libéré

C’est finalement le 16 novembre 2007 – toujours à temps pour célébrer le centenaire de l’hélicoptère – qu’a été officiellement mis en service l’hélicoptère de combat Tigre au 5ème Régiment d’Hélicoptères de combat de Pau (l’appareil équipait déjà l’école franco-allemande du Luc).

Programme lancé en coopération avec l’Allemagne en 1987 (sur base d’un besoin isolé… à la fin des années 1970 et à la suite de l’échec, en 1986 d’une joint-venture devant le satisfaire), l’appareil avait effectué son premier vol en 1991.

Livrés fin juin 2007, les deux premières machines du 5ème RHC ont rejoint les nouvelles installations logistiques de la base, d’un coût de 40 millions d’euros, et conçues de façon à ce qu’un incendie ne puisse endommager qu’un seul hélicoptère.

D’un coût estimé à 19 millions d’euros à l’unité, le Tigre a été commandé par la France (82 exemplaires), l’Allemagne (80), l’Espagne (24) et l’Australie (22). L’Arabie saoudite serait également intéressée par la machine.

Le résultat du raid israélien

Ces deux photos sont récemment apparues sur le net et représenteraient le site syrien attaqué par la Heyl Ha'Havir en septembre, et monreraient, à droite, l'étendue des dommages.

En tout état de cause, si nos confrères d'Aviation Week indiquent qu'il s'agirait d'un réacteur nucléaire, la seule présence du bâtiment ne confirme pas cette hypothèse : on ne voir ainsi aucun bâtiment des auxiliaires.

jeudi 22 novembre 2007

Un peu de lecture pour les soirées d'hiver

Et voilà, le T&A de décembre-janvier est bientôt bouclé, le DSI de décembre tourne sur les rotatives, celui de janvier progresse comme il doit et, comme on dit outre-atlantique, "la redaction save the day". Ouf ;o) Tout cela pour dire que je viens de recevoir "La guerre probable", du général Desportes, un ouvrage qui devrait faire parler de lui à pas mal d'égards - surtout, je l'espère, en bien.

C'est clair, préçis et la thèse défendue ne manquera pas d'animer les débats stratégiques en cours - d'autant plus qu'elle est très solidement argumentée. Bien sûr, elle en fera râler plus d'un. Mais bon, sinon, on ne serait plus dans un débat et ce serait, vous le reconnaitrez, profondément ennuyeux.

Et à ceux qui diront qu'il est un indécrottable défenseur de l'engagement au milieu des populations et de la préparation face à la guerre asymétrique, il faut tout de même avouer qu'il a, à l'égard des engagements "possibles à plus long terme" une posture spécifique : il ne nie donc pas cette possibilité mais part du principe - assez sain - que s'il faut attendre demain pour faire face à la symétrie, il faudra toujours survivre à aujourd'hui et à l'asymétrie.

Je n'ai pas encore terminé l'ouvrage (critique dans le DSI de janvier) mais les pistes qu'il dessine pour se jouer de cette dichotomie parfois franchement abusive font franchement avancer les choses et, à tout le moins, réfléchir.

D'ici là, croisez les doigts : Véro part en mission sur Paris demain pour la rubrique "unité" de janvier. On espère ne pas la retrouver en hypothermie et affamée, bloquée quelque part dans une grève ;o)

mardi 20 novembre 2007

Interview : statut du programme nucléaire iranien

Il y a quelques temps de cela, Pierre Babey était venu faire un tour à la rédaction, histoire de venir parler un peu du programme iranien et de ses répercussions internationales. Le sujet est passé hier au Soir 3 de Marie Drucker (visionnage en ligne possible) avec, en prime, l'interview de François Géré... et une vue de la rédaction ;o)

samedi 17 novembre 2007

En défense de Smith : La guerre au milieu des populations, paradigme structurant des engagement de basse comme de haute intensité ?

Comment appréhender la structure des conflits à venir dans le contexte si particulier de la rédaction du futur Livre blanc ? Si les positions semblent tranchées (nous renvoyons le lecteur, sur ce sujet, au DSI de novembre) les deux grandes catégories de positionnement renvoient sont fondées sur un biais temporel. Les tenants d’une structure de forces (en ce compris dans ses conséquences doctrinales) orientée sur les opérations de basse intensité et de stabilisation – telles que celles engagées en Côte d’Ivoire – envisagent la configuration contemporaine des conflits. Comparativement, les tenants d’une structure de force orientée sur les opérations de haute intensité, en fondant leur analyse sur la résurgence possible d’un adversaire technologiquement avancé, envisagent des opérations se tenant dans un futur plus ou moins proche.

Reste, cependant, que ce débat paraît par trop tranché et ne pourrait constituer que les deux faces d’une même pièce, de sorte que la récente contribution de Rupert Smith sur L’utilité de la force possède, selon nous, des vertus insoupçonnées. Premièrement, sur l’environnement physique des conflits, à la fois actuels et, dans la mesure de la fiabilité de la prospective, futurs. Smith, en mettant l’accent sur les populations, rejoint là les tenants aussi bien de la basse que de la haute intensité. Qu’ils soient ou non technologiques et qu’ils impliquent ou non des missions de stabilisation et/ou de combat, les conflits de demain seront résolument urbains et littoraux : 80% de la population mondiale vit à moins de 200 km des côtes.

Deuxièmement, il serait de très loin abusif de considérer que les conflits de basse intensité serait a-technologiques et mené par des va-nu-pieds : rien n’est plus faux. L’expérience libanaise de 2006 montre à quel point les nouvelles technologies – antichars, certes, mais aussi d’écoute électronique et de gestion médiatique, car c’est là que s’est joué le succès du Hezbollah – peuvent être utilisées par un adversaire asymétrique. En écho, des cadres du Hamas sont formés en Iran aux mêmes combinaisons techno-doctrinales que le Hezbollah. En Somalie, les Tribunaux islamiques disposent de missiles SAM-18. En Colombie, les narcos utilisent des sous-marins pour transporter de la drogue aux Etats-Unis. Pour contrer l’utilisation de petits appareils dans ces fonctions, la marine mexicaine a acheté rien moins que des Su-27 Flanker. Au Sri Lanka, le LTTE a été le premier groupe de guérilla a mettre en œuvre une stratégie aérienne « active » en utilisant des appareils de tourisme pour bombarder une base aérienne.

Au final, il en résulte que dévaloriser les engagements de basse intensité au motif qu’ils ne correspondraient pas à nos rationalités est non seulement dangereux mais aussi stratégiquement faux : par nature, la stratégie vise à soumettre la volonté adverse. Le reste n’est qu’une question de moyens. Smith, à cet égard, à raison de souligner les acquis de ce qu’il appelle la « guerre industrielle ». Ce qu’il note à cet égard et avec d’autres, c’est que le paradigme de la « bataille décisive », tel que décrit par V.D. Hanson comme paradigme structurant de l’art de la guerre occidental, est en perte de vitesse. Et il a raison : à l’échelle historique, les batailles réellement décisives sont non seulement très rares mais, même dans leur version édulcorée (une suite d’engagements de haute intensité généralement menées en campagne et aboutissant à une victoire sans appel), n’ont plus eu lieu depuis les guerres israélo-arabes.

Troisièmement, sur la valeur de Clausewitz. Lorsque les Etats-Unis sont revenus à la vision la plus pure qui soit de cet art occidental de la guerre – par le biais des Rapid Decisive Operations – ils ont, trop confiant en leur supériorité technologique, certes pulvérisé ce qui restait de l’armée irakienne. Mais ils n’ont pas compris la logique profondément clausewitzienne des conflits (par tradition, les Etats-Unis sont jominiens – les Marines faisant exception) et en particulier les lois d’action réciproques : tout conflit est une suite d’adaptations permanentes. L’adversaire s’est reconfiguré, a muté et a combattu des Américains qui ont tardé à se contre-adapter. Le résultat de cette logique exclusivement orientée sur la haute intensité se passe de commentaires et si la situation irakienne semble évoluer – certes, timidement – à l’heure actuelle c’est précisément par ce que David Petraeus est sorti de la rationalité propre à la haute intensité.

La valeur de Clausewitz dans les conflits contemporains et à venir est inestimable. Je renvoie le lecteur au dernier chapitre (« Vers un néo-clausewitzianisme ? ») d’Au risque du chaos, chapitre co-écrit avec Alain De Neve et Christophe Wasinski, je tiens ici à en donner l’un des arguments. Si Clausewitz été vertement critiqué par Van Creveld ou encore Keegan, c’est essentiellement parce qu’il aurait mis l’Etat au centre de sa réflexion. Je ne suis pas d’accord avec ces analyses : la « formule » clausewitzienne indique que la « guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Or, limiter la politique à une seule de ses formes – l’Etat – est non seulement abusif mais également tend à nier la diversité des formes politiques (al Qaïda est une forme politique, le LTTE aussi, le Hezbollah avec) comme d’arts de la guerre découlant de ces formes. Et j’ajouterai encore que Clausewitz n’est pas uniquement le penseur de l’engagement décisif : ses cours sur la « petite guerre » (Cf. l’article de Sandrine Picaud dans le DSI n°16) comme certains passages de Vom Kriege démontrent amplement son intérêt pour la question.

J’ajouterai enfin que les populations sont effectivement devenues – en Irak, au Liban (Cf. l’analyse de Reuven Benkler dans le DSI de juin) – des acteurs du conflit. Tout dépend de leur niveau de mobilisation/d’engagement/de résistance aux processus de mobilisation - ce qui nous renvoie directement à la "trinité" clausewitzienne. Et Smith a cent fois raison de souligner, à l’instar de Clausewitz, qu’une population civile est un réservoir de combattants et que faire en sorte de se l’allier est une garantie contre une dégénérescence des conflits – dégénérescence au cœur de la problématique des conflits contemporains. Les penseurs de la « guerre de 4ème génération », des Marines, l’ont amplement compris comme Max Boot (The Savage Wars of Peace). Certes, Smith ne fait pas du Clausewitz, du Coutau-Bégarie ou du Desportes. Ce n’est pas un théoricien capable de formaliser un raisonnement « blindé » du point de vue des arguments. Mais il partage quelque chose avec les théoriciens : l’intuition. A l’origine de toute raisonnement cartésien, il existe une intuition fondatrice et Smith, parce qu’il a vécu Desert Storm aussi bien que la Bosnie ou l’Irlande du Nord nous apporte un point de vue précieux.

Il nous apporte surtout, pour en conclure, l’intuition que l’on ne peut aller trop loin dans la distinction des scénarios : à l’échelle historique, ce sont les systèmes militaires (ou économiques, d’ailleurs) trop lents à l’adaptation et/ou incapables de penser en dehors des cadres préétablis qui ont été vaincus. Cloisonner de façon trop nette ou trop dogmatique les possibles de l’asymétrie ou de la symétrie, c’est se priver de cette faculté d’adaptation.

Voilà pourquoi, face au retour du paradigme de la bataille décisive - symétrique, technologique potentiellement trop linéaire -, je préfère celui de la "guerre au milieu des populations" - asymétrique mais potentiellement symétrique, comptant sur les "sidewises technologies" comme les technologies et plus encore sur le cerveau humain, conflit chaotique, éminnement politique et non linéaire. Cette dernière me semble plus adapté à nos futurs, qu'ils soient ou non fait de haute ou de basse intensité et Smith me semble offrir une optique qui réconcilie ces deniers futurs plutôt qu'il n'opterait pour l'un ou l'autre.

vendredi 16 novembre 2007

Bye-bye F-117

Le F-117 a effectué sa dernière présentation publique lors du salon de Dubaï et, comme nous l'annoncions il y a quelques mois, devrait être retiré du service dans le courant 2008. Petite vidéo en hommage au fer à repasser le plus rapide de tous les temps.

Noël approche : quelques idées de lectures (3)

Antonin TISSERON. Guerres urbaines. Nouveaux métiers, nouveaux soldats. Coll. « Stratégies et doctrines », Paris : Economica. 2007. 115p.

Sujet de réflexion stratégique, tactique et doctrinal devenu incontournable depuis une petite dizaine d’années, la guerre en milieu urbain est aussi massivement marquée par une approche américaine très particulière, plus volontiers centrée sur l’utilisation de la force. Or, les pays européens, France comprise, ont une approche bien particulière de la question, nettement plus nuancée.

Dans ce cadre, le premier mérite de l’ouvrage d’Antonin Tisseron sera de sensibiliser le lecteur à cette approche, tout en définissant les contours de ce que représente le combat urbain aujourd’hui. À cet égard, si l’on perçoit une (légère) prévalence de la sociologie sur les études stratégiques, il n’en demeure pas moins que l’auteur donne au lecteur une bonne introduction aux opérations contemporaines.

Mais il souligne aussi, c’est là un deuxième mérite du livre, à quel point le combat urbain presse la réforme de nos armées, en exigeant d’elles un soldat nouveau, plus sensible aux questions humaines qu’aux questions technologiques et qui, par des qualités toutes clausewitziennes – et propres, finalement, au soldat européen – sera capable aussi bien d’appliquer la force que de négocier.

L’étude, menée tout en nuances, se révèle importante à cet égard, après les travaux aux connotations plus historiques, notamment ceux menés par Jean-Louis Dufour (La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, 2002) ou, sur la question de l’asymétrie, par des auteurs comme Jacques Baud.

Elle ouvre ainsi des pistes de réflexion d’autant plus utiles qu’elles sont relativement peu explorées en Europe. À conseiller vivement, dans la bibliothèque du guerrier urbain comme dans celle de toute personne considérant que c’est en ville que les choses se passent.

jeudi 15 novembre 2007

Noël approche : quelques idées de lectures (2)

A la suite de notre post d'hier, la sélection du jour (parue dans DSI 29) est L'ensauvagement de Thérèse Delpech (L’ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle. Paris : Hachette littérature (Pluriel), 2005, 366p.).

L’époque actuelle, c’est indéniable, recèle autant de dangers que de moyens d’y faire face. Reste, toutefois, à pouvoir l’appréhender à sa juste mesure, tout en nuance – parce qu’on ne répond pas avec des analyses grossières à une Zeitgeist, un esprit du temps, complexe. À cet égard, l’ouvrage de Thérèse Delpech montre que l’on peut à la fois allier éthique et Realpolitik.

Auteure pour le moins connue, elle produit ici un ouvrage très intéressant – que sa parution en format « poche » rend en outre accessible aux étudiants –, formulant un certain nombre d’hypothèses et les validant. Premièrement, les intellectuels sont condamnés à se tromper mais l’on ne peut faire sans eux. Et l’auteure de prendre ce qu’elle appelle le « télescope » pour montrer à quel point nous sommes trop proches de l’actualité que pour avoir un jugement digne de confiance.

Deuxièmement, elle définit son concept d’ensauvagement. Contre un Norbert Elias ayant une vision par trop linéaire du progrès social, Delpech montre la permanence et la diversification, consubstantielle aux sociétés dont elle est le fruit, de la violence.

Troisièmement, elle montre à quel point nous sommes peut-être plus proches de 1905, en tant « qu’année 0 » des transformations radicales qui allaient animer le 20e siècle, que du 21e siècle ! Entre révolutions scientifiques et politiques et complexité d’une interdépendance économique qui ne sera, une fois 1914 venu, nullement garante de paix, 1905 ressemble fort, effectivement, à notre monde.

Avec une plume peu avare de réflexions pénétrantes, Thérèse Delpech nous offre donc un excellent ouvrage qui, si certaines des positions qu’il défend peuvent être critiquées, est de loin supérieur en termes prospectifs à la Brève histoire de l’avenir d’un Attali ronflant de réinventer les roues conceptuelles et perdant une méthode qu’il avait pourtant eu plus assurée.

mercredi 14 novembre 2007

Noël approche : quelques idées de lectures


Noël approchant et les journées raccourcissant, la lecture se fait encore plus attirante que d'habitude. Pour commencer, un ouvrage dont j'avais déjà parlé sur ce blog et doont la critique est parue dans le DSI de ce mois :

Vincent DESPORTES et Jean-François PHELIZON. Introduction à la stratégie. Paris : Economica, Coll. « Stratégies et doctrines ». 2007. 258 p.

On ne connaît jamais aussi mal une discipline que ses fondements, sans cesse appelés à être médités et questionnés. C’est également le cas en matière de stratégie et, à cet égard, par la démarche innovante du dialogue entre l’industriel de très haut vol et le militaire plus qu’expérimenté, V. Desportes et J-F. Phélizon ont produit un ouvrage autant destiné à l’honnête citoyen qu’à l’expert.

Ce sont les fondements mêmes de la stratégie qui y sont disséqués au travers de réflexions pénétrantes, tout à la fois précises et limpides. Mais derrière cette perle d’épistémologie accessible à tous se cachent aussi des questionnements récurrents et transverses : le poids des héritages culturels occidentaux et orientaux ; celui des héritages historiques aussi ; les similitudes et les différences parfois profondes entre stratégie militaire et économique ; des variations autour de la notion d’objectif qui valent leur pesant de méditation ; d’autres sur la valeur de l’action indirecte par ses formes obliques et latérales ; les formes et l’importance du commandement et, ultimement, la mise en action de la stratégie au travers des facteurs espace et temps.

En somme, les auteurs plantent le décor de la mécanique du monde – économique et militaire certes mais aussi, par nombre d’aspects, politique – et offrent au lecteur les élémentaires de la boîte à outil du stratège comme du stratégiste. Pourtant sans prétention cette Introduction à la stratégie – qui invite brillamment le lecteur à poursuivre ses pérégrinations dans le monde des idées – marquera sans aucun doute l’historiographie de la stratégie. En un mot comme en cent, l’ouvrage est indispensable.

mardi 13 novembre 2007

Le baril à 100 dollars va-t-il relégitimer la propulsion nucléaire ?

De plus en plus d’observateurs s’inquiètent d’une flambée des prix des carburants qui a des conséquences directes sur les coûts de fonctionnements des forces armées (Cf. les éditions de DSI de juillet 2006 et janvier 2007).

C’est également le cas aux Etats-Unis où de plus en plus de voix s’élèvent pour une réintroduction de la propulsion nucléaire dans la flotte de surface, au profit notamment des futurs croiseurs de la classe CG(X) dont 19 unités devraient être reçues entre 2011 et 2023.

En fait, une étude réalisée par l’Office of Naval Research montre que si une chaufferie nucléaire est un investissement conséquent, il devient rentable pour un bâtiment amphibie dès lors que le baril est à 60 $, pour un croiseur lorsque ce baril est à 80 $ et pour un destroyer lorsqu’il est à 205 $.

lundi 12 novembre 2007

Aux agendas : conf' au CESA

Dans la séquence "agenda", j'ai été invité à donner une conférence au CESA (Centre d'Etudes Stratégiques Aérospatiales) sur "Les rapports entre stratégie aérienne et technologies, culture française et culture américaine" ce 11 décembre.

Le lieu et l'endroit : de 12h45 à 13h45, à Paris - Ecole militaire, amphithéâtre De Bourcet. L'entrée est libre, sous réserve de places disponibles, de sorte que les inscriptions sont les bienvenues : rencontres.cesa@air.defense.gouv.fr

dimanche 11 novembre 2007

VBCI : précisions de Marc Chassillan

Marc Chassillan a envoyé une note pour le moins intéressante sur le débat roues/chenilles dans le contexte des débats entourant le VBCI (pour un background sur ledit débat, Cf. Les cahiers du RMES ; l'interview du directeur du programme "Infanterie" dans T&A 7 ; le comparatif des VCI sur roue dans T&A n°1 ; le DSI n°16).

A lire chez Jean-Dominique Merchet.

vendredi 9 novembre 2007

La Bundeswehr fait toujours dans le lourd

Nos lecteurs se souviendront que le T&A actuellement dans les kiosques examine l'IFV allemand Puma sous toutes les coutures. Petit complément d'information arrivé hier, l'Allemagne en a officiellement commandé 405 exemplaires pour plus de 3 milliards d'euros.

jeudi 8 novembre 2007

Retrait confirmé de la France du programme AGS

Bien que l'information ait été rendue publique par le ministre de la Défense, elle ne semble guère avoir suscité d'émotion. Cependant, la France s'est bel et bien retirée du programme AGS et ne se dotera donc pas d'une capacité équivalente aux E-8 Joint Stars américains (supérieurs aux Cougar Horizon).

Ce qui n'est pas sans poser une série de problèmes collatéraux. Le premier porte sur la capacité des autres Etats partie au programme à supporter la charge financière découlant du retrait français. Le second est qu'après l'annulation (là aussi, tout aussi curieusement peu médiatisée) du E-10MC2A (qui devait remplacer les AWACS, les Joint Stars et les RC-135 américains), l'AGS pouvait représenter une porte de sortie pour Washington.

En tout état de cause, voilà qui tempérera certainement les commentaires selon lesquels N. Sarzy était en phase d'alignement sur les Etats-Unis...

Des Rafale pour le Brésil ?

La mise en place d’un groupe de stratégie de la défense nationale par le président Lula permet de dévoiler l’ambitieuse stratégie à long terme de Brasilia, y compris en regard d’un Venezuela qui semble être perçu comme une menace. Dans le même temps, deux décisions ont été prises. La première concerne une augmentation de 50 %, dès l’année prochaine, du budget de défense, qui se montera alors à 5 milliards de dollars.

Deuxième décision, le Brésil a lancé un appel d’offre pourtant sur l’acquisition de 36 appareils de combat pour un montant de 2,2 milliards de dollars. De fait, la force aérienne brésilienne va mal : 37 % de ses appareils seraient non-opérationnels. Reste toutefois que si le Rafale semble bien placé pour l’emporter – les Brésiliens ayant reçu des Mirage 2000 d’occasion à un prix défiant toute concurrence – une éventuelle commande devra être suivie, selon les Brésiliens eux-mêmes, de transferts technologiques.

mercredi 7 novembre 2007

Avec une publicité pareille...

... que faut-il ajouter de plus ? Jean-Dominique Merchet a lu le dernier DSI et semble avoir apprécié. Face à une telle appréciation, je serais bien mal fichu d'en rajouter. Toutefois, le débat stratégique en tant que tel est ranimé depuis une bonne année et le dossier tel qu'il a été réalisé se place dans une continuité éditoriale (et parallèlement à nos thématiques habituelles), appliquée sur plusieurs numéros. Petite récapitulation pour ceux qui voudraient approfondir :

Novembre 2006 : le général Desportes pose un jugement sévère sur la Transformation et lui préfère l'adptation ; Djamel Metmati approfondit le concept de numérisation ;

Décembre 2006 : application au plan tactique via un spécial guerre urbaine, introduction au sujet.

Janvier 2007 : application au plan opérationnel/stratégique : dossier spécial "options de sortie de crise en Irak"

Février 2007 : retour à la théorie avec la présentation du concept d'effet majeur par le colonel Yakovleff

Mars 2007 : spécial élections présidentielles. C'est aussi l'occasion de faire un état de l'art des grands dossiers stratégiques et industriels en cours ou à venir.

Avril 2007 : le général Hubin tient à tempérer l'opposition entre symétrie et asymétrie et argue d'un rapprochement des deux concepts

Mai 2007 : retour à la tactique avec un dossier spécial "guerre en montagne"

Juin 2007 : le dossier spécial "puissance aérienne" permet de montrer les apports de la stratégie aérienne, tout en montrant ses connexions conceptuelles avec la contre-insurrection (colonel Osinga, P.K. Davies)

Juillet 2007 : retour plus approfondis sur le combat urbain, comprenant notamment une contribution d'Antonin Tisseron

Septembre 2007 : dossier "adaptation et contre-adaptation" montrant les difficultés d'armées technologiquement avancées à faire face à des guérillas et des techno-guérillas ; mais aussi les opportunités inexploitées dans le domaine des PSYOPS et de l'influence

Octobre 2007 : poursuite du débat sur l'influence aux plans tactiques et stratégiques ; résurgence d'une puissance européenne "non-UE" ; couverture de l'Université d'Eté de la défense et question de la préemption.

Novembre : On synthétise, au plan politico-stratégique.

Le débat, on le comprendra, est très complexe, très large aussi. Jamais les paramètres n'ont été aussi nombreux. Et s'ils prennent un relief particulier au regard du prochain Livre blanc, ils se poursuivront encore longtemps. Des thématiques comme la contre-insurrection ont encore été assez peu abordées - alors pourtant que la France dispose de théoriciens de valeur - sans encore compter un frémissement qui se sent clairement du côté de la stratégie aérienne mais aussi de la stratégie navale.

Je viens, à cet égard, de terminer le dernier ouvrage d'Hervé Coutau-Bégarie (critique de lecture en décembre !), qui augure d'une vraie pensée navale contemporaine à l'échelle européenne. Il était temps. Que cela ne soit pas pris comme un reproche mais les marins sont parfois un peu trop historiens. Or, tant de choses sont à faire en ce domaine, quasi-vierge si l'on excepte les traditionnelles et nécessaires (mais point trop n'en faut) légitimations du rôle économique ou écologique de la mer. En d'autres termes, on n'a pas fini d'investiguer le monde de la stratégie.

lundi 5 novembre 2007

Le retrait de la France du programme AGS envisagé

On connaissait les difficultés techniques auxquelles fait face le programme Alliance Ground Surveillance, lequel doit permettre à l'OTAN de disposer d'un pool de drones RQ-4 et d'Airbus A-321 spécialement modifiés pour emporter le radar SOSTAR.

Mais il semble que ces difficultés soient à la source de sérieuses remises en question à Paris. On nous rapporte ainsi que la France pourrait - le conditionnel est de mise - être amenée à se retirer du programme (et donc de son financement, presque 100 millions d'euros) prochaînement.

DSI 31 dès demain en kiosque


DSI 31, novembre 2007 – sommaire

Editorial
Agenda – nominations – carnet
Veilles contre-terroristes (31 entrées)
Contrats du mois (17 entrées)
Veilles stratégiques :

Flash : budget géorgien ; premier vol du KC-30 ; utilisation des SDB depuis le F-22 ; projets kazakhs ; essai de l’Agni-I ; réception des PAC-3 néerlandais.

Canada : de nouveaux sous-marins en vue ?

Etats-Unis : Les contractors empiètent sur la FEMA ; des C-5 rénovés (très) coûteux… ; un nouveau wing d’opérations spéciales ; bataille pour les drones ; Tom Jones n’est pas un has been ; le BAMS pour compenser la réduction des flottes ? ; Réception du premier EA-18G Growler ; l’amiral Roughead va-t-il redéfinir la posture de la marine américaine ? ; des M-109 jusqu’en 2050 ; le prix des contractors.

Europe : Démonstration des capacités du radar SOSTAR-X

Bulgarie : accord de principe sur l’acquisition de 4 Gowind

France : Loi de programmation des finances et commandes

Grande-Bretagne : réduction du format de la RAF ?

Pays-Bas : modernisation d’une partie de la flotte de F-16

Norvège : présentation du budget 2008

Bahreïn : un radar ABM ultra-moderne

Inde : un lanceur spatial réutilisable dès 2009 ?

Irak : commande massive de matériels pour 25 bataillons ; nouvelle réduction du format des forces britanniques ; réarmement rapide ; du neuf dans la protection antimissiles des liners ; le réseau de défense aérienne syrien hacké ?

Chine : un nouveau centre spatial ; un client irakien rentable ; un programme d’ELINT naval qui se porte bien

Japon : des contractors pour la défense antimissiles ; réagencement du dispositif à Okinawa

Taiwan : le Hsiung Feng 2E… ; … partie d’une démonstration de force inédite depuis 1991 ; Taipeh cherche à renforcer sa dissuasion conventionnelle

Australie : commandes en pagaille pour Canberra ; commission du dernier Armidale

Somalie : Négocier avec les islamistes ?

La chronique de Carl von C. : l’affaire afghane est pliée, mais pas dans le bon sens

Géostratégie

« La défense anti-missiles devient aussi importante que la défense anti-aérienne » Interview de Franciszek Gagor, chef d’état-major de l’armée polonaise, candidat au poste de président du Comité militaire de l’OTAN
La privatisation de la sécurité au service de la politique étrangère américaine
Par Jean-Didier Rosi (Licencié en sciences politiques) et Tanguy Struye de Swielande (Professeur aux FUCAM et à l’Ecole Royale Militaire)

Où en est la Russie stratégique ?
Entretien avec Ruslan Pukhov, directeur du Center for Analysis of Strategies and Technologies (CAST), Moscou.

Stratégie

Intervenir ? Les dilemmes de la future politique de défense française
Par la rédaction

Intervention-stabilisation : l’équation contemporaine
Entretien avec le général Pierre de Saqui de Sannes, Gouverneur militaire de Marseille, officier général de la zone de Défense sud.

Quelques réflexions sur la défense de la France
Entretien avec Hervé Coutau-Bégarie, Président de l’Institut de Stratégie Comparée, directeur du cours de stratégie au Collège Interarmées de Défense.

Nouvelles menaces et poussées géopolitiques
Entretien avec Aymeric Chauprade, directeur du cours de géopolitique au Collège Interarmées de Défense

Pensée, concepts et mutations : le réveil de la France ?
Entretien avec Christian Malis, directeur scientifique de la Fondation Saint-Cyr, chercheur associé au centre de recherche de Saint-Cyr Coëtquidan

Puissance aérospatiale et nouveaux conflits : l’indispensable atout
Entretien avec Jean-Jacques Patry, chargé de mission à la Fondation pour la Recherche Stratégique et directeur du Centre européen de recherche opérationnelle militaire (CEROM), avec le concours de Philippe Gros, chargé d’analyse et de développement de concepts (FRS-CEROM).

Unités

Mot d’ordre : adaptation. La base ALAT du 1er RHC
Par Véronique Sartini, journaliste

L’adaptation des hélicoptères au combat urbain
Entretien avec le LCL (TA) Hervé Auriault, chef de corps du 1er RHC de Phalsbourg

Encadré : le Cougar Horizon

« Notre expérience du combat urbain se fait avant tout sur le terrain »
Entretien avec le capitaine Julien Litas, commandant l’escadrille d’hélicoptères d’attaque n°1 du 1er RHC

En vol : tactique et renseignement
Par Véronique Sartini, journaliste

Armées

Intervention en Iran et représailles de Téhéran : 3 scénarios
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : l’Iran chimique et balistique
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Technologie et armement

Des origines du T-34 soviétique
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Des tanks pour la Rodina
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

L’industrie russe des chars de combat tente péniblement de survivre
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Char de combat T-64/Les forces terrestres ukrainiennes face à la Russie
AIDC F-CK-1 Ching Kuo/Vers le décollage de l’industrie aéronautique taiwanaise ?
Corvette LCS-1 classe Freedom/La modularité, clé des opérations littorales ?

Critiques de lecture

Democracy and Counterterrorism. Lessons of the Past de Robert J. Art and Louise Richardson (Eds)
Introduction à la stratégie de Vincent Desportes et Jean-François Phélizon
Principes fondamentaux de stratégie militaire de Carl von Clausewitz
La première guerre mondiale de John Keegan
Inflexions. Civils et militaires : pouvoir dire. Juin-septembre 2007
Le militaire belge en opérations : aspects politiques et sociologiques d’André Dumoulin et Delphine Resteigne.

samedi 3 novembre 2007

Quelle est la crédibilité de Wikipédia ?

André Dumoulin vient de m'envoyer le lien vers un article de Marianne qui me semble très pertinent et qui "démonte" en bonne et due forme l'encyclopédie collaborative, avant-garde du web 2.0.

Et de fait, le problème de l'anonymat des contributeurs y est central : est-ce le savoir (boudjou : Sage m'a envoyé un mail : accès gratuit à ses 460 revues - vraiment académiques - jusque fin novembre) ou la possibilité de manipulation qui se démocratisent ? Du point de vue du stratégiste examinant les matériels, il est vrai qu'on est parfois curieux de savoir d'où viennent certaines infos... ou plutôt de quels départements marketing. A voir ici.

Pour mon anniversaire, je veux des journées de 48 heures !

Ca y est me direz-vous, voilà qu'il se plaint ! Et bien pas tout à fait. Mais je me suis fait une petite virée en librairie (restons sérieux, tout de même) et non content d'avoir reçu de Véro "Une exécution ordinaire" (euh... pas d'arrières-pensées envers son vénéré rédac'chef adjoint, j'espère !), je me suis pris "Achever Clausewitz" de Girard (non, pas question d'euthanasier ce bon vieux Carl von C.). Tout ça avec une chronique stratégique de l'année en route et un bouquin à parachever, ça ne fait pas très sérieux. Mais on ne se refait pas, après tout.

Plus sérieusement, j'ai eu de très bons commentaires sur Achever Clausewitz. Mon interlocuteur me l'avait décrit comme assez ardu, tendant vers l'épistémologie. Des 3 premières pages lues en prenant l'apéro ce midi, la prose vole assez haut, de fait, mais reste claire. Le questionnement lui-même est terriblement concret. Voilà qui justifiera très certainement une critique de lecture dans le DSI de décembre.

Ceci dit, mes potes m'ont offert une petite merveille : une de ces machines expresso qui vous préparent de petites bombes caféinées comme je les aime et Madame Athéna m'a offert un Palm, histoire que je sois un peu plus à l'heure (pour faire la vaisselle, par exemple : c'est étonnant cette résilience que j'ai à l'égard de la vaisselle). Qui a dit que le temps objectif était incompressible ?

Quand les braves rendent les armes

Je vous avais déjà parlé de Mehmet Koksal et de son blog, humeur allochtone. Il faisait partie de mon univers de citoyen bruxellois à mi-temps en me tenant informé sur mes quartiers, en farfouilant sur les petites et les grosses combines de la politique belge.

Et là où les uns et les autres poussaient des incantations pour éviter les amalgames en tous genres (les Kurdes sont tous du PKK, les musulmans sont tous terroristes, les Turcs sont tous nationalistes, j'en passe et des meilleures), il a fait bien plus pour la cohésion sociale, la tolérance et l'information libérée de l'autocensure que les bobos bien-pensants. Il voyait les choses avec l'arme la plus létale pour la crétinerie que l'homme ait jamais inventé : l'objectivité.

Et bien, il arrête. a force d'avoir creusé, il s'est attiré bon nombre d'ennuis, au point de se faire tabasser pour avoir suivi une manif' où, soit dit en passant, le drapeau d'une ambassade étrangère (Etats-Unis) a été brûlé par des Loups gris. Entre politiciens parlant de "prétendu génocide arménien" ou membres de l'extrême-droite turque se trouvant sur des listes électorales pourtant démocratiques, il considère que lui et son entourage sont dans une position intenable.

Appuyé par tout le monde mais soutenu par personne, le voilà sans son clavier-sabre. Un épisode de plus, sans doute, du lent glissement belge vers un non-Etat où l'objectivité comme la libre pensée semblent, face aux intérêts supérieurs du délitement, devenir des victimes collatérales. C'est grave. Mais est-ce que son expérience fera réfléchir ?

mercredi 31 octobre 2007

Un invité de marque pour DSI

C'est bien connu, DSI n'accueille que des invités de marque. Toutefois, nous avions reçu une proposition d'interview qui ne nous a pas laissé de marbre en ce sens qu'il s'agissait rien moins que du général Gagor, chef d'état-major général des forces armées polonaises et candidat au poste de président du Comité militaire de l'OTAN.

Ce diplômé de l’Ecole des officiers des troupes mécanisées de Wrocław (1973) est aussi titulaire d’une maîtrise de philologie anglaise de l’université de Poznań (1983). Il obtient en 1998 un doctorat de défense à l’Académie de défense nationale de Varsovie. Ancien auditeur du Collège de défense de l’OTAN de Rome (2001), il est également diplômé du National War College de la National Defense University de Washington (2002). Il joue un rôle déterminant au sein du groupe de travail des forces armées polonaises chargé de la préparation à l’accession de la Pologne à l’OTAN. Entre 2003 et 2006, le général Gągor est successivement Force commander UNIKOM Irak, assistant du SGNU (2003), Force commander UNDOF Syrie, assistant du SGNU (2003-2004), représentant militaire polonais auprès des comités militaires de l’OTAN et de l’UE à Bruxelles (2004-2006). Le 27 février 2006, le général Gągor est nommé chef d’état-major général des armées polonaises. Il est promu au grade de général d’armée le 3 mai 2006. Le général parle anglais, français et russe.

En l'occurrence, nous avons le plaisir de le recevoir dans le numéro de novembre de DSI et il me semble, ma foi, plutôt bien entouré :

- Ruslan Pukhov, directeur du CAST (Moscou) sur l'évolution des programmes russes ;

- Tanguy Struye et Jean-Didier Rosi pour un long article, très riche en informations, sur le phénomène des contractors ;

- Hervé Coutau-Bégarie, le général Saqui de Sannes, Aymeric Chauprade et Christian Malis dans le cadre de notre dossier principal, consacré aux options stratégiques de la France en regard du prochain Livre Blanc, et qui nous démontrent que le "politiquement correct" n'est pas prêt de l'emporter dans les débats stratégiques ;

- un dossier portant sur les options stratégiques iraniennes à long terme et un focus sur les armements chimiques et biologiques de Téhéran ;

- un dossier "ALAT" qui fait suite à une visite du 1er RHC de Phalsbourg et qui comprend pas mal de choses sur la façon dont ils perçoivent le combat urbain ;

- un dossier "technologie" sur l'évolution des chars russes, complété de fiches techniques sur le T-64, le Ching Kuo taiwanais et le LCS américain.

L'ensemble sera disponible dès le 6 novembre en kiosque et sur notre boutique en ligne. D'ores et déjà, bonne lecture à toutes et à tous... et n'hésitez jamais à m'envoyer remarques, suggestions et autres commentaires !

L'armée belge survivra-t-elle ?

L’affaire avait d’abord fait sourire : constatant un dépassement des dépenses de plus 200 millions d’euros, la ministre du budget belge avait placé le ministère de la défense sous curatelle, une mesure exceptionnelle découlant de l’absence d’un nouveau gouvernement fédéral à même de trancher la question sur le fond. Si ce déficit sera annoncé comme comblé quelques jours après (au détriment du programme d’équipement ?), le ministre contre-attaquera dans la presse néerlandophone : il existerait une « guerre de succession » non seulement à son encontre – en tant que ministre d’un gouvernement en affaires courantes – mais aussi à celle d’August Van Daele, chef d’état-major conjoint.

Les attaques menées l’auraient alors été par des « généraux conservateurs ». En filigranes se poserait la question des options stratégiques choisies : plus orientées « opérations humanitaires » que par le passé, les forces belges perdent, selon nombre d’observateurs, leur « mordant » - une situation que symbolise la perte de l’artillerie de 155 mm ou celle des chars de combat. Cette orientation n’est pas orpheline : le choc provoqué par l’assassinat en mission des 10 casques bleus belges à Kigali, peu avant le génocide rwandais, a conduit les autorités politiques à adopter une posture d’engagement des forces belges dans des missions assez peu risquées. La centaine de Belges présents au Tchad sera ainsi essentiellement affectée à des missions logistiques.

Mais les choix opérés en matière d’engagements, s’ils ne remontent donc pas au ministère d’André Flahaut, font grincer les dents plusieurs officiers – belges, français ou néerlandais – considérant que la Belgique, en ne s’impliquant pas dans les missions les plus dangereuses, effectue un exercice de « free-riding », profitant de la sécurité fournie par ses voisins.

Or, une nouvelle étape a été franchie dans ce que certains officiers belges qualifient en privé « d’entreprise de démantèlement des forces » par la conduite d’une étude visant… à placer la défense belge sous la tutelle du ministère des affaires étrangères. Ce qui signifierait concrètement que son rôle humanitaire serait définitivement consacré et que ses missions de combat pourraient être abandonnées. Si cette étude semble plus exploratoire qu’à visée concrète, il n’en demeure pas mois qu’elle est de nature à déclencher une véritable fronde parmi les militaires belges.

Si les enquêtes montrent qu’ils éprouvent une certaine satisfaction à mener des missions humanitaires, un certain nombre d’entre eux estime aussi non seulement que de telles missions peuvent impliquer des combats mais aussi que le combat en soi doit rester au programme des forces.

Certains membres des forces spéciales indiquaient ainsi lors d’un reportage diffusé à la télévision belge, il y a quelques mois, qu’ils étaient prêts à mener les missions pour lesquelles ils avaient été formés, notamment en Afghanistan… avant que le ministre, interrogé dans le même reportage n’indique qu’aucune demande en ce sens n’avait été effectuée par l’OTAN. Ce qui n’a pas manqué de causer un certain désarroi chez les Special Forces.

Ces manœuvres politico-militaires se produisant sur fond d’une crise gouvernementale qui perdure – et alors que la Flandre est traditionnellement plus encline aux sentiments anti-militaires que les régions majoritairement francophones – certains y voient, manoeuvre après manoeuvre, une entreprise de sape de l’un des derniers départements ministériels symbolisant la Belgique unitaire.

mardi 30 octobre 2007

L'Arabie saoudite change radicalement de politique d'approvisionnement

C'est avec une certaine surprise que l'on a appris aujourd'hui le changement radical opéré par l'Arabie saoudite dans sa politique d'équipements militaires. Alors qu'Eurocopter, MBDA et Airbus Military négociaient un très gros contrat, le royaume s'est finalement tourné vers la Russie, en achetant 150 Mi-35 Hind et Mi-17 Hip pour 2,2 milliards de dollars.

Evalué à 8,8 milliards d'euros, le contrat négocié par les Européens comprenait de 2 à 3 A-330 MRTT de ravitaillement en vol, 64 NH-90 (10 NFH et 54 TTH), 12 Tigre, 20 AS-532A2 de recherche et sauvetage au combat, 32 Fennec, 4 AS-565 Panther (Cf. notre brève "contrat du siècle pour EADS ?" dans DSI 18, septembre 2006). Des négociations semblaient également être menées dans l'optique de la vente de missiles Aster 30 et de chars Leclerc.

A cet égard, l'Arabie saoudite s'orienterait vers des SAM russes de même que vers le T-90. Ce revirement serait le fait du roi lui-même qui a repris en main la politique d'armement. Or, la vente semblait avoir été négociée par l'Elysée au terme du dernier mandat de J. Chirac, entre-temps remplacé par N. Sarkozy sans, apparement, que la transition sur ce dossier n'ait correctement été opérée. Par ailleurs, des observateurs indiquent aussi que la politique sarkozyste en regard du Moyen Orient pourrait avoir également influé la décision saoudienne.

lundi 29 octobre 2007

Le Type 093

Certains se rappeleront que l'un de nos dossiers principaux dans le DSI 28 (juillet-août 2007) touchait le domaine des SNA/SSN et que nous en avions profité pour faire le point sur les projets chinois. Nous ne disposions pas de photo du bâtiment mais celles-ci ont commencé à circuler en même temps que celles du nouveau SSBN chinois.

jeudi 25 octobre 2007

Spill-over

En sciences po' un conflit fait du spill over lorsqu'il se déroule quelque part mais connait une reproduction, ou a tout le moins des ramifications ailleurs. Ca a été le cas à Bruxelles hier soir (et avant-hier) lorsque des groupes ont "manifesté" (sans banderoles ni slogans) contre le PKK. Bilan des opérations, des vitrines cassées, quelques blessés, des trams et des bus visés et une belle partie - façon de parler - de guérilla urbaine avec une centaine d'arrestations à la clé le tout à 100 m de mon appartement. Dans une situation de mondialisation, ce genre de situation est virtuellement inévitable. Malheureusement, ce genre d'importation de conflits ne pourra que se reproduire.

Mon soutien aussi à Mehmet Koksal, journaliste indépendant (dans tous les sens du terme) qui s'est fait agresser (tabasser est plus exact) alors qu'il effectuait un reportage. La police ne l'a évacué qu'après qu'il ait quitté la zone, une policière refusant d'ouvrir sa portière de voiture pour l'extraire. Très courageux.

mercredi 24 octobre 2007

première vraie photo d'un Jin


C'est le jour même de l'ouverture du 17ème congrès du PCC qu'a commencé à circuler sur des sites chinois cette photo d'un SSBN de classe Jin. Deux de ces sous-marins étaient précédemment visibles sur Google Earth.

mardi 23 octobre 2007

Grande-Bretagne : des vaisseaux-mère pour 2020 ?


A environ 1 milliard de dollars pièce, les porte-aéronefs tels que les Hyuga ou les Dokdo ne constitue guère une solution très abordable pour des marines recherchant une montée en puissance rapide. Aussi, BAE Systems s’est livré à un exercice conceptuel assez intéressant, partant du principe qu’aujourd’hui, la valeur d’un porte-avions ou d’un porte-aéronefs ne se mesure plus au nombre de sortie quotidiennes (160 pour le CVN-21 à 10 milliards de dollars/pièce) mais à la persistance et à la durée des vols effectués par les appareils embarqués.

Ainsi, durant l’OIF, les porte-avions US ont vu des taux de sorties assez bas (30 à 40). Dès lors, la taille des bâtiments peut être considérablement réduite, plus encore s’il utilise quelques drones de combat embarqués.

Résultat, BAE Systems propose d’utiliser la coque des T-45 (classe Daring) et d’y adjoindre deux pistes équipées de tremplins à ajustement variables, d’un hangar sous le pont et même d’un petit radier. De tels bâtiments, qualifiés d’UXV et tirant parti des technologies déjà développées, pourraient avoir un déplacement de 8 000 tonnes et voir le jour avant 2020.

Gripen et Erieye pour la Thaïlande

Dans le choix de son nouvel appareil de combat, Bangkok a finalement tranché en faveur du JAS-39C/D Gripen (contre le F-16 et le Su-30), achetant, au même moment, deux exemplaires du radar de détection précoce Erieye (appareil porteur encore inconnu).

lundi 22 octobre 2007

Et si la question, c'était...

Pardon pour ceux qui l'ont vécue
Mais la question n'est pas :
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans cette guerre perdue.
Non la question n'est pas là.
Ce qui me préocupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?

Cinquante années originales
Avec des hauts plus ou moins bas
Des amours tendres ou infernales
Un jour l'argent, un autre pas.
Le désespoir bien ordinaire
D'un homme qui ne se connait pas,
Mais, si j'avais connu la guerre,
Mon dieu, qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?

Pardon pour ceux qui ont souffert
Mais la question n'est pas
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans les ténèbres de ce temps là
Non la question n'est pas là
Ce qui me préoccupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?

Je pense à tous les humiliés
Par cette étoile qu'ils ont portée
Parc'que ça s'est passé chez moi
Je pense à ceux qui n'sont plus là
Notre avenir a un passé
La mémoire n'est pas dépassée
Mais le pardon ne suffit pas
Mon Dieu, qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?

Pour ceux qui sont nés aujourd'hui
Choisir le bon côté c'est sûr,
Beaucoup voulaient sauver leur vie,
Beaucoup s'inclinaient par nature.
Quelle sorte d'homme aurais-je été ?
Celui du rail ou du Vercors ?
Ou bien ce gamin abusé
Jouant à la guerre, jouant à la mort

Pardon pour ceux qui l'ont vécu,
Mais la question n'est pas,
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans cette guerre perdue
Non la question n'est pas là
Ce qui me préocupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait moi ?
Mon Dieu, qu'est-ce que j'aurais fait moi ?

dimanche 14 octobre 2007

Rush hour

Une intervention en colloque demain (sur les facteurs dégradant l'efficience des défense antimissiles stratégiques comme tactiques) et ma défense "privée" de thèse (une autre, ouverte au public, aura lieu plus tard) ce vendredi, auxquelles il faut ajouter quelques réglages sur le DSI 31 : la semaine semble légère mais sera en réalité très studieuse.

D'où un fonctionnement de ce blog en mode "dégradé" dans la prochaine semaine. France 3 étant passé par la rédaction pour une interview de votre serviteur sur les scénarios à l'égard de l'Iran vendredi passé, je ne manquerai toutefois pas de vous tenir au courant de la diffusion. D'ici là, nécessité fait loi et, comme l'indique la devise de mon Alma mater, que Scientia vincere tenebras !

samedi 13 octobre 2007

Sacré Gali

Je dois avouer que "Gali l'Alligator" m'a bien fait rire : il fallait la trouver.



Mais, d'un autre côté, la petite phrase à la fin du clip fait froid dans le dos : dans quelle mesure ne sommes-nous pas fascinés par la violence et jusq'à quel point pouvons nous la reproduire, symboliquement ou non ?

Hack hack...

Comment les appareils israéliens ont-ils réussi à percer un réseau de défense aérienne syrien en pleine modernisation et devant compter, à en croire nombre d’analystes, quelques-uns des meilleurs systèmes SAM du monde ? La réponse serait très simple : des hackers israéliens se seraient infiltré dans le réseau syrien pour le paralyser. Rien moins.

La conception n'a rien de "révolutionnaire" à relire les travaux des années 90, la question avait été sereinement examinée (notamment en préparation d'Allied Force), et DSI avait fait part des travaux de l'US Air Force, qui cherchait à disposer de "vaisseaux à virus" injectables par le réseau électrique pour atteindre leurs cibles.

vendredi 12 octobre 2007

De nouveaux sous-marins pour le Canada ?

Après les déboires qu’ont connu les sous-marins de la classe Victoria rachetés à la Grande-Bretagne en 1998, le parti conservateur canadien étudie la possibilité d’acheter de nouveaux bâtiments. Et des sénateurs libéraux d’évoquer déjà… des Type-212.

mercredi 10 octobre 2007

Légère augmentation du budget de défense norvégien

Avec 31,5 milliards de Couronnes norvégiennes, le budget de défense 2008 d’Oslo est plus élevé de 300 millions que ce qui était escompté.

Nouvelle unité SO pour l'USAF

La force aérienne américaine a mis en place le 27th Special Operations Wing, nouvelle unité destinée aux opérations spéciales. Installé à Cannon AFB, il disposera dans un premier temps du 73rd Special Operations Squadron, doté de MC-130W Combat Spear, provenant du 1st SOW de Hurlburt Field.

mardi 9 octobre 2007

Le T&A n°8 est publié !


Technologie & Armement n°8 – octobre-novembre 2007


Editorial
News


Points de vue

« La plupart des projets d’armement sont envisagés comme bi ou multinationaux »
Entretien avec Detlev Petry, président de l’Office Fédéral de la Technique Militaire et des Approvisionnements (BWB), Allemagne

Politiques d’achat en armements
Par Francis Nantha, rédacteur en chef d’Asian Defence and Diplomacy

« Donnons une nouvelle chance à la Méditerranée »
Entretien avec le CA (2S) Jean Dufourcq, directeur de recherche à l’École militaire (Paris)

Terre

L’Arjun indien : le char d’une ambition
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Salons d’armement : des mutations en vue
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Eurosatory : de la vitrine à la plate-forme interactive
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Dingo : le poids plume de la Bundeswehr ?
Par Jean-Jacques Mercier, expert en questions de défense

Puma : un mastodonte pour la Bundeswehr
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Vers des HAPC européens ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Infanterie débarquée : le Voss
Entretien avec Wouter Lotens, ancien manager du programme de recherche sur le système du soldat hollandais pendant 10 ans, actuellement conseiller scientifique auprès du TNO pour la nouvelle génération du système de soldat

Air

MAKS 2007 : la Russie contre-attaque
Par Antoine Philippe, expert en questions de défense

Le Caracal coiffe les lauriers du CSAR
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Mer

DDG-1000 : les vicissitudes de l’avant-garde technologique de l’US Navy
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Opérations littorales : cultures, approches et options
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit, chargés de recherche au CAPRI

Classe Visby : des navires ultra-furtifs pour Stockholm
Par Jean-Jacques Mercier, expert en questions de défense

Le drone naval Protector
Une interview d’Amit Zimmer, Rafael Development Authority

lundi 8 octobre 2007

Attaquer l'Iran ? Interview (2)

J'en profite pour publier l'ensemble des questions de Rania Massoud et des réponses que j'avais fournies :

En cas d'une éventuelle frappe contre Téhéran, quelle sera, à votre avis, la réponse directe iranienne ? Quelles seront les premières cible de Téhéran ? (Les bases US dans le Golfe, Israël, la zone verte à Bagdad...)

On peut dégager trois scénarios, utilisables seuls ou en conjonction. Le premier consiste à bloquer le détroit d'Ormuz et, donc, à couper ce que le Shah qualifiait de « veine jugulaire de l'Occident ». Pour ce faire, Téhéran dispose de 3 sous-marins d'origine russe, assez silencieux et donc difficilement détectables mais aussi d'un stock important de mines marines. Cette menace, au demeurant, est bien réelle : elle suffit à elle seule à faire augmenter les primes d'assurance des super-tankers opérant de ou vers le Golfe.

Le deuxième scénario consiste à « relâcher » la retenue de Téhéran à l'égard de ses alliés opérant en Irak. L'Iran joue tantôt sur une milice, tantôt sur une autre, modulant leur degré de nuisance à l'égard des Américains en fonction de ses intérêts à court, moyen et long terme. Si ces milices, y compris l'armée du Mahdi d'al-Sadr, sont « activées » ensemble, les coalisés en Irak feront face à une véritable insurrection, dont les cibles pourront autant inclure les bases américaines et britanniques en Irak que les sites de production pétrolier et, surtout (parce qu'il est moins aisé de les surveiller dans leur entièreté) les pipe-lines.

La troisième option peut être qualifiée de catastrophique : un ciblage d'Israël au moyen de missiles Shahab 3, qu'ils aient une charge classique ou chimique. Une telle option imposerait sans doute une riposte israélienne immédiate, au moyen de missiles Jéricho. Si l'attaque israélienne est chimique, la riposte israélienne aura toutes les chances d'être nucléaire. Toutefois, la probabilité de réalisation de ce scénario est, théoriquement, moindre : les Iraniens sont de fin stratèges et ils savent ce qui peut les attendre s'ils vont trop loin. Ils vont donc laisser planer la menace, tenter de faire peur aux négociateurs occidentaux et ainsi chercher à les pousser à calmer Tel Aviv dans ses velléités de lancer un raid. Du moins, le temps nécessaire à l'acquisition de l'arme nucléaire. Téhéran sera alors sanctuarisé et, donc, intouchable.

Quelle pourrait être la réaction de la Syrie ? Damas pourrait-il être également une cible ?

Sans doute l'a-t-elle déjà été. Le principal effet du raid israélien sur les installations syriennes, qu'elles soient nucléaires ou autres, est de démontrer que Tsahal peut agir rapidement, de façon précise et avec succès contre un adversaire disposant d'une défense aérienne qui s'étoffe – ce qui est également le cas de l'Iran. Le message s'adresse donc à l'Iran mais aussi à la Syrie, si jamais elle était utilisée par Téhéran pour riposter à une frappe sur l'Iran. L'échec de Tsahal au Liban durant l'été 2006 ne doit pas faire oublier que, grosso modo, depuis 1980, l'armée israélienne s'entraîne en vue d'anéantir l'armée syrienne en quelques jours, tout au plus. Les Syriens travaillent toujours « à la soviétique » malgré les changements de doctrine militaire opérés l'an passé. Et comme l'armement israélien a été conçu pour contrer ce type de menace, on peut dire que l'armée syrienne est neutralisée à l'avance.

Qu'en est-il du Hezbollah, au Liban ? Représente-t-il une menace réelle pour Israël en cas d'une frappe contre l'Iran ?

Là, effectivement, la situation est plus complexe. Si la Syrie ne sera pas instrumentalisée pour frapper Israël, Damas comme Téhéran peuvent utiliser le Hezbollah pour tenter de déstabiliser le Liban et forcer Israël à entrer dans un nouveau conflit. Ce ne serait toutefois pas une très bonne idée d'un point de vue stratégique : les Israéliens apprennent très vite (du point de vue des opérations tactiques, de la guerre de l'information, du point de vue stratégique, etc.), ils ont multiplié les exercices visant à contrer une techno-guérilla telle que le Hezbollah, les Américains ont augmenté les crédits d'équipements israéliens, le niveau politique est maintenant plus compétent en matière militaire et la motivation des militaires pour une « revanche » contre le Hezbollah n'est pas à mettre en doute. Le Hezbollah ne serait sans doute pas battu rapidement. Mais cette fois-ci, le plan israélien – qui a toutes les chances d'être rédigé – sera nettement plus efficace.

Quel sera l'impact politique sur la région, surtout dans le Golfe ? Et comment réagiront l'Arabie Saoudite, le Koweït ou le Qatar à cette frappe ? Craignez-vous une division au sein des pays arabes ou un conflit sunnito-chiite dans des pays comme le Bahreïn ou le Liban ?

En fait, il faut voir d'hypothétiques frappes comme la suite d'un processus (relativement) logique. Ainsi, pour ce qui concerne le Golfe, un pays comme l'Arabie saoudite est extrêmement inquiète – je pèse mes mots – de la possibilité de voir émerger une « bombe » iranienne. Ce qui a motivé la mise en place, en 2006, avec d'autres pays de la sous-région ainsi qu'avec l'Algérie et l'Egypte, d'un accord portant officiellement sur le nucléaire civil. Le premier risque est donc celui d'une prolifération d'autant plus débridée que si l'Iran, en tant que signataire du TNP, passe outre ses engagements, c'est la porte ouverte à de nouvelles violations. Je ne vois pas vraiment d'autre risque, si ce n'est qu'un scénario où interviendrait Israël serait de nature à augmenter le décalage entre opinions publiques et gouvernements arabes. Ces derniers pourraient, face à la menace iranienne, faire le gros dos et serrer les rangs tandis que les opinions publiques pourraient jouer la carte de « l'union sacrée » anti-israélienne. Vous le constatez, on se perd rapidement en conjectures…

Selon vous, quel sera l'impact économique d'une telle attaque sur le monde, surtout si l'Iran perturbe le Détroit d'Ormuz ? Qui sera le plus affecté ?

Les impacts sont toujours difficiles à chiffrer, surtout face à une situation si complexe. Mais l'impact d'un blocage du détroit d'Ormuz sur les économies européennes, japonaise et, dans une moindre mesure, américaine, est potentiellement dévastateur.

Durant les derniers mois, la République islamique a présenté de nombreux nouveaux missiles de très longues portées, des avions ultra-sophitstiqués et même des torpilles et des sous-marins « Made in Iran ». A votre avis, est-ce que la force militaire iranienne est une menace réelle ou une simple propagande, un mythe ?

La menace balistique est bien réelle mais n'est pas rédhibitoire : dans l'hypothèse d'une frappe, ils peuvent être relativement vulnérables et vous pouvez être sûre que ces engins et leurs mouvements (ils sont mobiles) doivent être une priorité des plans de charge des services de renseignement. Pour le reste, les démonstrations iraniennes sont peu convaincantes et renvoie plus à une stratégie déclaratoire qu'à une stratégie des moyens affinés. Il existe une réelle volonté de développer une industrie iranienne d'armement, mais il y a loin des désirs à la réalisation. Ceci dit, s'il ne faut pas sous-estimer le moral des troupes iraniennes – il ne faut, en fait, jamais sous-estimer les réflexes défensifs d'un adversaire acculé -, n'oubliez jamais que le niveau politique iranien a pris la décision de relancer son programme nucléaire après avoir constaté la pulvérisation de l'armée irakienne en 1991, précisément parce que se défendre avec succès et de façon classique (i.e. avec des opérations blindées, d'aviation, etc.) contre des forces occidentales serait un suicide militaire. Les Iraniens sont des stratèges extrêmement subtils : ils ne se battront jamais comme les Américains ou les Israéliens voudraient qu'ils se battent. C'est tout l'intérêt, pour eux, de gagner du temps par de grandes démonstrations, en attendant une arme nucléaire qui les mettrait définitivement à l'abri. Et c'est tout l'intérêt, pour certains stratèges, d'utiliser des frappes contre le système nucléaire iranien.

Attaquer l'Iran ? Interview

Il y a quelques temps de cela, j'avais été interviewé par Rania Massoud, du quotidien libanais L'Orient-Le Jour, dans le cadre d'un dossier qu'elle préparait dans la foulée des déclarations de B. Kouchner.

Son dossier a été publié ce jour est devrait être accessible gratuitement durant une semaine.

jeudi 4 octobre 2007

Blackwater incapable de "tenir" ses combattants

La Chambre des représentants américaine vient de rendre publiques quelques informations supplémentaire sur l'implication de Blackwater en Irak (si les 2ème et 3ème points étaient connus, le premier apporte des précisions chiffrées) :

(1) Blackwater has engaged in 195 “escalation of force” incidents since 2005, an average of 1.4 per week, including over 160 incidents in which Blackwater forces fired first;

Nota : les conditions de l'engagement des feux ne sont pas précisées.

(2) after a drunken Blackwater contractor shot the guard of the Iraqi Vice President, the State Department allowed the contractor to leave Iraq and advised Blackwater on the size of the payment needed “to help them resolve this”; and

(3) Blackwater, which has received over $1 billion in federal contracts since 2001, is charging the federal government over $1,200 per day for each “protective security specialist” employed by the company.

Robert Gates, face à la demande irakienne de renvoyer Blackwater, estime que ce serait contre-productif. Et d'ajouter qu'“I don’t know whether other firms could cover. I just don’t know what the practical implications of that would be, if it were limited to one firm. So I think we’ll just have to wait and see. The question is, what (the) State (Department) would do in the mean time? So it’s really more of a challenge for the Department of State in the short term”.

Par ailleurs, toujours selon lui, "One of the things that surprised me was that many, if not most, of the contracts that are executed in Iraq are not processed through (Multinational Force Iraq) (...) They’re done in the states, even though they are going to be executed in Iraq. So one obvious suggestion is -- how do we get MNF-I a greater clarity and more of a role and knowledge about the contracts that are going to be executed in their area of operation?".

mercredi 3 octobre 2007

Des coupes sombres pour la Royal Navy ?

Le Daily Telegraph a fait état de ce que la Royal Navy pourrait subir des coupes drastiques, à commencer par la décommission de 5 navires de combats (frégates et destroyers) d'ici à avril prochain.

Le contractor, de plus en plus perçu comme une hérésie économique

Le Project On Governement Oversight (POGO) a fait paraître une étude pour le moins inquiétante sur l’inflation des coûts associés à l’emploi des contractors.

Le think-tank américain a ainsi démontré preuves à l’appui que l’emploi d’une section de 34 hommes de Blackwater pour une période d’un an au profit d’un autre contractor (ESS), pour des missions d’escorte et de formation entre le Koweit et l’Irak est revenu à 11 082 326 dollars.

Selon le contrat, la somme ne couvrait pas le logement, la nourriture, l’équipement, les véhicules de la susdite équipe.

Selon la chambre des représentants US, un « simple » contractor revient à 600 dollars par jour mais, selon le POGO et dans le cas du contrat examiné, un senior manager est payé 1 075 dollars par jour, un manager, 945 dollars et un opérateur, 815 dollars.

Comparativement, un sergent célibataire est payé de 83 à 85 dollars par jours (selon l’ancienneté) contre 170 dollars s’il est marrié. David Petraeus, en tant que général, perçoit quant à lui 493 dollars.

lundi 1 octobre 2007

DSI 30 : le sommaire

DSI 30 - Octobre 2007


En kiosque et chez les marchands de journaux le 6 octobre

Éditorial
Nominations et agenda
Veille des contrats de défense
Veille contre-terroriste
Veille stratégique :

Flash : Rapid Eye, Xbot, F-22, Mig-21 indiens, C-17 australiens ; Prospective du marché des missiles antinavires ; Etats-Unis : moins d’armes nucléaires en Europe

Etats-Unis : la DARPA veut des drones d’une autonomie de 5 ans ; Le programme ORS toujours en attente ? ; le coût de la lutte contre-narcotique ; passage au « blast reduction » ? ; mise à jour de la doctrine COIN ; reprise des efforts en matière de lasers de combat ; contre-attaque en Asie ; Retour (limité) aux drones de combat ?

France : extension du domaine de la lutte pour le CENZUB ; retour au classicisme diplomatique ?

Italie : les projets d’Alenia en matière de drones

Suisse : une vente de Piranha controversée

Russie : reprise de la fabrication de l’An-124 ; vers une présence plus affirmée en Méditerranée ; test d’une arme FAE surpuissante ; un nouveau chef d’état-major pour la marine

Afghanistan : des armes chinoises pour les Talibans

Chine : de nouveaux blindés sur roue

Japon : Le DDH-181 Hyuga a été lancé ; le budget 2008 en croissance

Inde : Le DRDO recherche de nouveaux partenaires pour le Tejas ; Les forces terrestres accroissent leurs capacités à former des armées étrangères ; Le plan indien pour contrer la chute de Musharraff… et la perte de ses armes nucléaires ; Delhi ne dit pas toujours oui à Washington… ; bientôt deux Akula ?

Irak : la menace des grenades à charge creuse ; publication du rapport Jones

Israël : le plan d’investissement à 5 ans de Tsahal ; que s’est-il passé en Syrie ?

Pakistan : nouveaux dons américains ; Musharraf virtuellement piégé

Singapour : des lance-roquettes multiples

Turquie : évolution capacitaire de l’artillerie

Taiwan : des Aegis pour Taipeh ? ; contrat enfin débloqué !

RDC : Violente résurgence d’Ebola

SITREP : Liban – La fin du siège de Nahr el-Bared
La chronique de Carl Von C. : « Et vlan, dans le schwerkpunkt ! »

Géostratégie
« Entre déclarations et actions, quelles évolutions pour la Russie ? »
Entretien avec Isabelle Facon, maître de recherche à la FRS

« La Russie, l’OSCE et le traité FCE : un balancier entre l’Est et l’Ouest ? »
Entretien avec Alain De Neve, analyste au RMES

« Washington-Pyongyang. A la recherche de nouvelles options »
Par Joseph R. Cerami, professeur à la G.H.W. Bush School of Government, Texas A&M University

« L’alliance du crime organisé et du terrorisme : un nouveau défi pour le futur ? »
Entretien avec Jörg Ziercke, président de l’office fédéral allemand de la police judiciaire (BKA)

« Valeurs et politique européenne de défense »
Par André Dumoulin, attaché à l’Ecole Royale Militaire, maître de conférence à l’ULg et l’ULB

Stratégie
« L’open source warfare comme menace stratégique ? »
Entretien avec John Robb, analyste des systèmes

« Vers une stratégie d’influence à la française ? »
Entretien avec Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de Guerre Economique

« Pour que les PYOPS réussissent, il faut que l’ennemi soit convaincu de sa défaite »
Entretien avec Herbert Friedman, US Army, Ret.

Armées
« L’évolution de la Flygvapnet »
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : la Flygvapnet
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités
« 5ème Université d’été de la défense : une amorce de Livre Blanc ? »
Par Véronique Sartini, journaliste

« Les lignes de forces du discours du ministre de la défense »
Entretien avec François Bureau, secrétaire général adjoint de l’OTAN pour la diplomatie publique

Entretien avec le général Le Riche, major-général des armées.

Technologie & Armement
« Modernisation des appareils de la 3ème et de la 4ème génération : les enjeux d’un débat »
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

« La mue réussie des F-16 »
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

« Le chasseur d’appui tactique léger AMX »
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Spécifications
IAI Kfir/La marche avortée d’Israël vers l’indépendance aéronautique
MBT Norinco Type-99/La longue marche des chars chinois
Destroyer classe Udaloy/L’influence de Gorshkov sur la marine russe

Critiques de lecture
L’ombre déchirée, la puissance aérienne contre la terreur par Jean-Jacques Patry
La France et la dissuasion nucléaire. Concept, moyens, avenir par Bruno Tertrais
L’Amérique en guerre. Irak-Afghanistan par Gérard Chaliand
Guide for Participants in Peace, Stability and Relief Operations par Robert M. Perito
Stratégie aérienne comparée : France, Etats-Unis, Royaume-Uni par Etienne de Durand et Bastien Irondelle.
Les forces terrestres dans les conflits d’aujourd’hui et de demain par l’armée de Terre.
Doctrine. Revue d’études générales, n°12, par le CDEF

US Navy : l’amiral Roughead va-t-il redéfinir la posture de la marine américaine ?

Alors que Mike Mullen a remplacé, le 1er octobre, le général Peter Pace en tant que président du Joint Chief of Staff, l’un de ses principaux collaborateurs, l’amiral Roughead, prendra ses fonctions de Chief of Naval Operations (CNO). Ce dernier a détaillé devant le sénat américain sa vision de l’US Navy en indiquant que ses ressources humaines constituaient le fondement de ses capacités mais aussi que la marine devait se tenir à l’avant-garde des technologies, permettant ainsi de contrer tout adversaire émergent. Si la Chine est ainsi indirectement visée, le nouveau CNO a néanmoins souligné que « les coûts croissants des technologies avancées remettent en question la capacité de la marine à fournir une force équilibrée ». Dans ce contexte, l’amiral a indiqué que l’actuelle flotte, avec 277 unités, était suffisamment importante que pour répondre aux besoins actuels mais qu’un passage à 313 bâtiments serait nécessaire afin de faire face aux défis de la prochaine décade. Dans la même optique, toujours selon lui, la Navy n’aurait plus besoin que de 40 sous-marins nucléaires d’attaque, alors que la marine s’était toujours tenue à réclamer 48 bâtiments. La baisse du nombre de navire serait alors compensée par des déploiements plus longs mais aussi par une disponibilité plus importante des derniers types mis en service.

dimanche 30 septembre 2007

Le C-27 comme gunship ?

Il semble que l'option d'un C-27 (l'appareil ayant gagné la compétion JCA, Cf. DSI n°29) équipé en Gunship soit sérieusement envisagée par l'US Air Force. L'appareil est vu comme suffisament petit, facile à maintenir et capable d'être engagé rapidement au plus près des lignes adverses.

Gripen : 1 ; Typhoon : 0

Il semble bien qu'un Typhoon italien ait été "abattu" au cours d'un exercice OTAN tenu en mai en Italie. Des Gripen hongrois dont les capacités avaient été dégradées dans le cadre de l'exercice, les Magyars abattront plusieurs autres appareils :

"Other aircraft couldn’t see us – not on radar, not visually – and we had no jammers of our own with us. We got one Fox 2 kill on a F-16 who turned in between our two jets but never saw the second guy and it was a perfect shot (...) Our weapons and tactics were limited by Red Force rules, and in an exercise like this the Red Force is always supposed to die, but even without our AMRAAMs and data links we got eight or 10 kills, including a Typhoon. Often we had no AWACS or radar support of any kind, just our regular onboard sensors – but flying like that, ‘free hunting’, we got three kills in one afternoon. It was a pretty good experience for our first time out.” L'ensemble de l'interview est disponible ici.

La leçon du jour : des tactiques adaptées couplées à une bonne plateforme sont de nature à contrer des pilotes s'appuyant trop sur leur supériorité technologique. Une expérience que les Typhoon britannique auraient réitérée, cette fois contre des F-22 américains, un britannique qualifiant les engagements de "highly successful". La tactique est là pour exploiter les potentialités technologiques et non l'inverse...

vendredi 28 septembre 2007

Un PA2, 8 frégates ?

Il semble que l'Elysée ait tranché en faveur d'un arbitrage à 8 frégates - 6 ASM, 2 AVT - afin de pouvoir s'offrir le 2ème PA.

Reste cependant que si aucun 2ème groupe embarqué n'est planifié et si aucun 2ème équipage mis en place, le PA2 risque fort, comme nous l'avions souligné, de rester par trop souvent à quai (alors qu'il aura pourtant un haut taux de disponibilité) et, dans cette hypothèse, d'affecter négativement la puissance de la marine.

L'affaire n'est donc pas encore tout à fait close...

Un petit hommage...

...Au Fouga Magister, entré en service à la FAé belge en 1960 et qui servait jusqu'à présent à permettre aux pilotes de garder leurs cerifications. Le dernier appareil belge devait effectuer un vol d'adieu hier mais un des compresseurs a laché. Comme quoi, on ne dis jamais vraiment adieu à un mythe...

Nota à la RTBF : je ne suis pas sûr qu'il était le dernier Fouga en activité dans le monde. Les Tzukit israéliens, si je ne m'abuse, sont toujours opérationnels. Certes lourdement modifiés, il restent quand même des "Demoiselles".

Irak : 2,25 milliards de dollars d'achats

Destinés à l'équipement de 25 bataillons et comprenant :

- 980 M1151 High Mobility Multi-Purpose Wheeled Vehicles (HMMWV) and
- 123,544 M16A4 Rifles.

Non-MDE includes: - 890,000 12 Gauge 00 Buckshot - 5,800,000 9mm Ball - 100,000,000 M855 5.56 Ball - 20,000,000 5.56mm Tracer - 16,700,000 5.56mm Blank - 5,700,000 5.56mm 4 Ball/1 Tracer - 5,700,000 7.62mm 4 Ball/1 Tracer - 13,600,000 7.62mm Ball Long - 790,000 .50 Caliber 4 Ball/1 Tracer - 10,000 40mm HEDP Grenades - 32,000 60mm HE Mortar Rounds - 32,000 60mm Illumination Rounds - 5,000 81mm HE Mortar Rounds - 5,000 81mm Illumination Rounds - 7,000 Signal Flares - 7,300 Stun Grenades - 6,700 HC Smoke Grenades - 12,035 M4 Carbines

Also included are: - Upgrade and refurbishment of 32 additional UH-I HUEY helicopters to the UH-II configuration; - Armored Land Cruisers (189); - Armored Mercedes (10); - Light utility trucks (1,815); - Fire trucks (70); Fuel trucks (40); Septic truck (20); Water truck (45); Motorcycles (112); Sedans (1,425); 5 Ton Trucks (600); Medium Trucks (600); BTR 3E1 (336); 8 Ton Trucks (400); 12 Ton Trucks (400); 16-35 Ton Trucks (100); 35 Ton Trucks (20); Ambulances (122); - Bulldozers (33); Excavators (10); Wheeled Loader (20); Variable Reach Forklifts (10); 5Kw generators (447); - ILAV Route Clearing Vehicle (55); - Wrecker w/Boom (19); Fuel Pumps (34); 11 Passenger Bus (127); 24 Passenger Bus (207); 44 Passenger Bus (80); Contact Maintenance Trucks (105); - communication towers, troposcatter and Microwave radios, IDN, DPN, VSAT Operations and Maintenance, (1,518) VHF Wheeled Tactical and Base Station Radios, (4,800) VHF hand-held radios, (6,490) VHF man pack radios, - clothing and individual equipment, - standard and non-standard vehicle spare and repair parts, maintenance, support equipment, publications and documentation; personnel training and training equipment.

Des Leopard pour le Portugal

Le Portugal a acheté d'occasion 37 chars Leopard aux Pays-Bas, un accord ayant été trouvé entre les ministres de la défense des deux pays. L'accord devrait être formellement conclu le mois prochain.

Le Portugal avait déjà acheté aux Pays-Bas deux frégates de classe M (elles entreront en service respectivement en 2008 et 2009) et 2 P-3C Orion, fin 2006.