vendredi 29 août 2008

DSI n°40 : le sommaire

Sommaire DSI n°40, septembre 2008


Editorial
Agenda
Veille contre-terroriste
Contrats du mois
Veille stratégique : les 192 événements qui ont fait l’actualité stratégique des mois de juillet et août
SITREP : Guerre en Géorgie
La chronique de Carl von C. : « Cau(ca)se toujours ! »

Points de vue

« La protection est aussi une affaire de chefs »
Entretien avec le général Elrick Irastorza, Chef d’état-major de l’armée de Terre

« Je serai très attentif à la cadence de production du Rafale »
Entretien avec le général Stéphane Abrial, Chef d’état-major de l’armée de l’Air

« Notre administration doit être plus performante »
Entretien avec l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine

« La loi sur la gendarmerie garantira son essence militaire »
Entretien avec le général d'armée Roland Gilles, Directeur Général de la Gendarmerie Nationale

Commentaires

Livre blanc sur la Défense, une espérance déçue ?
Par la rédaction

Carte militaire : la France bouleversée ?
Par Philippe Langloit,, chargé de recherche au CAPRI

Renseignement, la priorité sectorielle n°1 du Livre blanc
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

Qu’est-ce que la sécurité ?
Par Carl von C., chroniqueur

Le Livre blanc vu d’ailleurs
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit

La pensée stratégique française de défense, quelle influence ?
Par Olivier Zajec, Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique

Technologie & Armement

Les mutations de la DGA : vers plus d’efficacité ?
Questions à l’ingénieur général Laurent Giovachini, adjoint opérations du Délégué général pour l’armement

Livre blanc : quels impacts sur la flotte ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

L’armée de l’Air de 2025 : quelles capacités ?
Par Philippe Langloit et Jean-Jacques Mercier

Des blindés médians, « à toutes les sauces »
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

LHD/BPC classe Mistral/Le développement des capacités amphibies françaises
Dassault Aviation Mirage 2000D/Le Mirage III, avion de légende
GIAT Industries (Nexter) AUF-1/2/Le retour de l’artillerie

Critiques de lectures
Flottes de combat 2008 de Bernard Prézelin
Espions et terroristes de Jean-Jacques Cécile
L’obsession des frontières de Michel Foucher
La technologie militaire en question. Le cas américain de Joseph Henrotin
Strategic Studies Quarterly, Vol.2, n°2, summer 2008
Enjeux de la propulsion solide de missiles balistiques de Bruno Gruselle

mercredi 27 août 2008

Carburants : l'US Air Force toujours en avance

C'est passé relativement inaperçu mais l'USAF vient de faire voler un F-15 à Mach 2,2. Rien de plus normal sauf que le carburant utilisé était à 50% synthétique, utilisant notamment du gaz naturel. Selon les pilotes, il n'y aurait aucune différence entre ces carburants et un chargement uniquement composé de JP-8. L'USAF poursuit ainsi avec succès son ambitieux programme de réduction de sa dépendance au kérozène.

Ma question sera sans doute idiote. Mais la recherche en ces domaines et en ces temps de contraction budgétaire me semble être digne non seulement de faire faire des économies sur les budgets "opération" mais aussi de maintenir l'entraînement de nos personnels à un haut niveau (la hausse des coûts de carburant a entrainé des annulations d'entraînements) tout en permettant de s'affranchir, au moins partiellement, d'une dépendance énergétique qui peut coûter très cher, politiquement.

Aussi, ne serait-ce pas plus utile de se concentrer sur ce qui pourrait se concevoir comme le sang de nos armées, plutôt que sur des percées dans le domaine des radars trans-horizon ou celui des antimissiles de défense de territoire ? Certes, sans radars, vous êtes en danger. Mais sans carburant, vous êtes en danger et vous ne pouvez plus bouger. A bien choisir...

mardi 26 août 2008

Les Cahiers du RMES sont en ligne

Les Cahiers du RMES nouveau et leurs 214 pages sont publiés. Comme d'habitude, ils sont librement et gratuitement accessibles en ligne (cliquez ici). En voici le sommaire :

Heated Terror: Exploration of the Possible Impacts of Climate Change on The Causes and The Targets of terrorism
Par Thomas Renard

A l'heure du nouveau Livre Blanc et de la présidence française de l'UE, la France doit-elle réintégrer l'OTAN?
Par Pierre Pascallon

Les Etats-Unis et le nouvel ordre mondial émergent
Par Tanguy Struye de Swielande

Adaptation et contre-adaptation au défi du caractère évolutif de la guerre. Un aperçu des débats français
Par Joseph Henrotin

L'objet évanescent d'une théorie improbable: le terrorisme et les sciences sociales
Par Ami-Jacques Rapin

Et on remet le couvert

D'ici à deux mois, c'est pas moins de 474 pages que la rédaction va vous concocter : les DSI d'octobre et novembre (n°41 et 42) ; le DSI-T de novembre-décembre ; le DSI hors-série n°4, consacré à Euronaval et les trois Show Dailies pour le salon. Just keep on going : heureusement, un "petit nouveau" - qui ne l'est pas tant que cela et qui n'est certainement pas des moindres - devrait nous rejoindre prochainement.
D'ici là, les DSI's Angels mettent la dernière main au prochain et premier DSI-T, qui ne devrait pas vous décevoir. L'équipe en est assez fière - il faut dire que reconfigurer tout un magazine en moins de 2 mois, vacances comprises, et d'être légèrement en avance sur le planning est une véritable gageure ! - et on espère qu'il recevra le meilleur accueil. En l'occurrence, il devrait être dans les kiosques le 10 septembre.

lundi 25 août 2008

Résilience : une mécanique complexe

C'en est presque le post rêvé pour quelqu'un comme moi, plongé en plein bouclage et qui n'a pas énormément de temps - me permettant ainsi de répondre à la question de Thomas (le rire participe-t-il de la résilience se demandait-il en nous présentant l'hilarante vidéo d'Achmed, le terroriste mort) et d'Olivier (la résilience ne se forge-t-elle pas d'abord dans la "pratique" ?).

Les réponses à ces questions sont complexes, précisément parce qu'elles nous engagent à bâtir une défense au plan psychologique, au coeur même, finalement, de la stratégie en tant qu'art de la dialectique des volontés opposées. Aussi, le recours à l'histoire nous éclaire-t-il, une fois de plus. En fait, il y a effectivement moyen d'augmenter la probabilité de voir une résilience émerger. Celle-ci est en effet "virtuelle" : on ne peut la mesurer que par approches successives (quoique les travaux de G. Verleye à Gent soient rès intéressants) et seule la réalisation effective d'une attaque permettra de véritablement la mesurer.

Ce qui tend à démontrer que la seule multiplication des attaques ne renforce pas nécessairement la résilience. C'est bien généralement l'effet de surprise qui est en jeux. Il démultiplie la perception d'un choc. Exemple typique, les raids allemands sur Londres en 1917 avaient causé un grand émoi malgré la faiblesse des dégâts causés. En fait, toutes les représentations britanniques d'une Grande-Bretagne invulnérable du fait de son statut d'île s'effondraient. Mais, dans les années qui suivirent, cette nouvelle donne a été prise en compte.

Résultat, les débats stratégiques envisageaient la guerre sous un angle parfaitement apocalyptique, laissant entrevoir des raids massifs d'aviation utilisant des armes chimiques. A cette époque, la presse faisait souvent état de ces débats. Quasiment tous les père de famille (Britanniques mais aussi Belges) avaient alors reçu des petits manuels de formation. Aussi, les Britannique seront presque soulagés de voir des attaques allemandes conventionnelles durant le Blitz. La résilience découlera, là, d'une réelle exposition au feu mais également d'une préparation préalable, le Britanniques ayant parfaitement assimilé les représentations du combat.

Or, pour en revenir à notre époque, ces représentations ne sont plus du tout assimilées. Non seulement notre rapport à la mort à changé - charriant avec lui l'émergence d'une politique compassionnelle - mais l'information stratégique est déficitaire. Pour faire simple, personne n'ose parler des mauvaises nouvelles. D'où aussi, un peu, le succès d'Achmed mais qui me semble à double trenchant. Certes il dégonfle la baudruche de nos peurs (bon point) mais il pourrait aussi avoir des effets dévastateurs sur une population non informée qui aurait définitivement fait une croix sur la menace... et serait d'autant plus surprise lors de sa réalisation.

C'est évidemment schématique. Mais cela signifie que pou utiliser Achmed dans une stratégie contre-terroriste, il faut une information préalable. Idem dans le cas européen, actuellement. L'on ne meurt plus que pour ce qui est perçu comme en vallant la peine (pour un type de la Drôme, en 1812, quel est l'intérêt de mourir pour Alger ? Mais il mourrait quand même et l'opinion ne s'en émeuvait guère).

Pour un pays qui ne connaît plus de terrorisme de façon mensuelle (comme l'Espagne, qui a bien résisté aux attaques de Madrid), l'information est donc la clé du problème comme celle d'une formation de la résilience. Sans elle, il y a fort à craindre que la seule expérience ne soit insuffisante : nos mémoires sont décidément trop courtes pour celà...

vendredi 22 août 2008

Le Grand Charles flotte à nouveau

L'étape est symbolique pour les industriels comme pour les marins : le Charles de Gaulle est sorti de son bassin pour rejoindre le quai Vauban, où se dérouleront les prochaines étapes de son IPER. De facto, les étapes les plus délicates - en particulier, le changement de 32 éléments combusibles des réacteurs nucléaires - sont considérées non seulement comme passées mais également comme réussis dans les temps.

C'est fin novembre que le porte-avions sera remis à la Marine nationale pour qu'une campagne de qualification soit menée selon les standards OTAN (comme depuis de longues années), permettant tant d'entraîner l'équipage que de vérifier le bon fonctionnement des systèmes du navire. Le bâtiment sera à nouveau considéré comme disponible "au printemps 2009". Ce qui peut aussi bien s'interpréter, remarquent les opérationnels, comme mars ou... mi-juin. D'ici là, pas question d'un départ "en urgence", dans l'hypothèse d'une crise, par exemple.

De nombreuses modifications ont été opérées. En plus des travaux portant sur les réacteurs - le changement des coeurs nécessitant une expertise différente de celle utilisée pour le déchargement/chargement des sous-marins - le bâtiment aura également été repeint (nécesitant 40 tonnes de peinture) et des modifications apportées aussi bien au système de combat qu'aux soutes à munitions, complètement revues. Les canaux des catapultes ont été ouverts et l'ensemble des systèmes vérifiés, de fond en comble. La liste n'est pas exhaustive : en tout et pour tout, 80 000 tâches sont planifiées pour l'IPER, représentant 2 530 000 heures de travail.

L'ensemble aura été planifié pendant 3 ans. Le bâtiment accueillera ainsi le banc d'essais Mermoz II (soutien du Rafale F3) et des soutes à munitions redessinées et permettant d'emporter l'ASMP-A comme le missile de croisière SCALP-EG. Les transmissions ont été revues de fond en comble : 80 km de câbles ont été installés, de même que de nouvelles baies de télécommunication par satellite, permettant de travailler avec le système Syracuse III. En plus de modiciations logicielles au système de combat, un nouveau centre de renseignement a été installé. Il permettra de pleinement bénéficier des données recueillies par les nacelles Reco NG. Les systèmes radar ont également été entretenus, voire démontés.

La visite du navire montre le vaste chantier ainsi entrepris : câbles et buses souples de ventilation encombrent les coursives. L'équipage dans son ensemble - 1 200 personnes - a été mis à contribution, permettant ainsi d'économiser, selon des responsables, de l'ordre de 50 % du coût de la main d'oeuvre nécessaire à l'IPER. Cette dernière est quant à elle estimée à 300 millions d'euros. A bord, l'ambiance est à la fierté : la tâche est complexe mais elle a été menée à bien dans les temps.
La tactique viendra après : aux questions des enseignements retirés de la frappe du Hezbollah sur le Hanit et des opérations navales pendant la guerre d'Ossétie, les opérationnels nous indiquent qu'il y a un temps pour tout. Mais que la réflexion ne s'arrête jamais. De fait, la marine tient à ses bijoux - on la comprend. Ainsi, la sélection des commandants est particulièrement rigoureuse : un "pool" des candidats les plus sérieux est constitué avant que l'un d'entre eux soit choisi. L'extrême crème de la crème.

C'était aussi pour nous l'occasion de rencontrer de nombreux responsables, de même que le très sympathique commandant du bâtiment. Nous avons notamment discuté futur de l'aéronautique navale, propulsion nucléaire d'un évntuel PA2 et autoprotection. Découvrez leurs interviews dans nos prochains numéros de DSI, DSI-T et nos dailies Euronaval !

jeudi 21 août 2008

Ethique et armes

Un ami me demande ce que signifie encore l'éthique aujourd'hui, dans le milieu militaire. J'ai répondu à sa question mais n'ai pu m'empêcher de terminer par les articles 6 et, peut être plus encore de l'article 7 du code de la Légion étrangère, qui me semblent tellement justes:

- La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu'au bout et si besoin, en opérations, au péril de ta vie.

- Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Je me souviens de les avoir cité aussi, en 6ème (terminale), à mon professeur de français, et de l'avoir vue songeuse. Elle m'a appris beaucoup (elle avait été l'une de celle, dans un recoin du secrétariat de l'école technique, à m'engager à faire l'Université) et ce jour là, elle m'a appris plus encore : méditer sur les mots, c'est aimer le monde...

Gagner la bataille de la légitimité intérieure

L'un des éléments sans doute les plus prégnants des débats ayant suivi la mort des 10 soldats français réside dans le manque de compréhension de la population à l'égard de la mission qui leur était confiée. De facto, la pauvreté de l'information généraliste en matière stratégique a conduit à une forme de suivisme à l'égard de communiqués de l'OTAN, qui répondaient à un agenda politique propre. A savoir, mettre en avant les missions de reconstruction - mission oh combien consensuelle - pour tenter de rassembler le maximum de troupes d'un maximum d'Etats.

Or, depuis 2001-2002, la situation a considérablement évolué. L'adversaire s'est regroupé, a gagné en légitimité, a connu une montée en puissance en termes d'effectifs comme de puissance de feu et s'est lancé dans des opérations de plus en plus complexes. Rien de bien neuf là-dedans. Mais, alors que le remarquable travail effectué notamment par le CDEF a bien mis en évidence la nécessité de gagner en légitimité par rapport aux populations locales, sans doute n'avons nous pas, au plan politique cette fois, compris la nécessité de gagner également en légitimité auprès de nos populations. C'était, au demeurant, une dimension mise en évidence par Vincent Desportes dans La guerre probable.

De fait, la théorie stratégique enseigne que la vulnérabilité au "zéro mort" est plus importante lorsque les intérêts nationaux sont perçus comme moins importants. Depuis le 11 septembre, les Américains auparavant très vulnérables au moindre mort ne le sont plus guère : l'intérêt national est parfaitement compris. Mais il le reste mal dans le cas européen (j'insiste, tant des débats similaires à ceux actuellement en cours en France le sont aussi ailleurs). La phrase du LBDSN selon laquelle il faut se préparer à subir des pertes, si elle est de bon sens, apparaît donc comme finalement assez vaine, ne montrant guère comment s'y préparer. La résilience est l'une des pistes à mettre en oeuvre (JDM nous le rappelle à bon escient - peut-être a-t-il lu mon article sur le sujet dans le DSI 37) mais son coeur est la politique d'information - libre, sans manipulations d'aucune sorte et assumant les éventuels débats.

Mais l'acception qui est donnée par le LBDSN à la résilience est par trop restrictive. Elle ne prend notamment en compte les aspects liés à l'information ni à la formation (cf. DSI 39). Or, il est ici question de l'incapacité des politiques, des journalistes ou des chercheurs à mettre en évidence la nécessité de s'engager dans ce qui n'est pas une "guerre contre le terrorisme" (ce terme nous aura décidément causé beaucoup de tort) mais bien une opération de stabilisation d'une zone géopolitique sensible pour une foultitude de raisons qu'il conviendrait enfin d'expliquer correctement. De ce point de vue, on est en droit de se demander si nous n'avons pas perdu la bataille de la légitimité intérieure. Autant de points sur lesquels j'aurais l'occasion de revenir cet après-midi sur France-Info.

On the road again

Vous l'aurez constaté, je vous ai donné peu de nouvelles ces derniers temps, charge de travail oblige. Pourtant, l'engagement qui a vu 10 soldats se faire tuer m'a fait assez intensément cogiter hier soir. Derrière le respect pour les morts, la polémique qui qui s'épanouit actuellement me pose problème à plusieurs égards. J'y reviendrai, je pense, dans le courant de la journée. Pour les lecteurs mexicains parmi vous, je suis aujourd'hui, sur cette question, dans le quotidien Reforma.

En attendant, DSI est bien parti chez l'imprimeur - le numéro ne devrait pas vous décevoir - et nous mettons la dernière main au premier DSI-T... qui portera le numéro 13 ! Succédant à T&A, les abonnés à ce dernier le recevront, bien entendu, automatiquement. Je pense, également, qu'il ne devrait pas vous décevoir. Dans l'optique d'Euronaval (où il sera également distribué), il sera forcément un peu plus naval.

A ce sujet, le Charles de Gaulle est remis à l'eau demain, à Toulon. L'occasion pour l'équipe de se lever tôt pour être à 6 heures à la base navale. Photos et reportage dès demain sur ce blog !

mardi 19 août 2008

DSI 40 : petit avant-goût

Les DSI's Angels mettent actuellement la dernière touche au prochain DSI, dans les kiosques début septembre. En attendant, en voici toujours un avant-goût...

Un peu de lecture

Je ne m'en étais pas aperçu mais le dernier Penser les Ailes Françaises publie un de mes articles, assez long, "Israël et l'approche synergistique en stratégie aérienne, de la guerre du Kippour à Paix en Galilée". A lire ici.

Afghanistan : un engagement contre les Talibans aurait fait 10 morts français

Selon Le Point et l'AFP, des combats très durs ayant duré 3 heures ont eu lieu à Saroubi, à 50 km de Kaboul, entre des forces françaises appartenant notamment au 8ème RPIMa et des talibans.

Ils auraient fait 10 morts et 10 blessés graves dans les rangs français, information que ne confirme pas encore le ministère de la défense. Un C-135 en configuration MORPHEE (module hôpital volant) serait sur le point de partir de la base d'Istres.

Quatorze soldats français sont déjà morts en Afghanistan depuis 2001, au combat, au cours d'attentats ou lors d'accidents.

Addendum : le Morphée devrait avoir quitté Istres. Jean Guisnel donne plus de renseignements sur les conditions de l'engagement ici.

"The A" is blogging

Grand admirateur de Depeche Mode et de U2 devant l'éternel Alain "The A" De Neve est aussi et surtout un chercheur (IRSD et doctorant UCL) qui a un solide paquet d'articles et de livres derrière lui.

C'est lui qui avait patiemment contacté ce qui allait devenir la joyeuse bande du RMES à cette époque héroïque de 2003 où travailler sur les études stratégiques vous vallait, au mieux, un regard condescendant (ça ne nous rajeunit pas !).

Et bien, ça y est, il s'est mis à bloguer : ses réflexions (dont celles sur la Géorgie - sachant qu'il a pas mal travaillé sur l'évolution de l'OSCE) sont à lire ici.

lundi 18 août 2008

JTFEX : les chiffres

Le JTFEX (Joint Tactical Force Expeditionary Exercice) qui s'est déroulé du 28 juin au 1er août 2008 en Virginie (Etats-Unis) a vue, pour la première fois, l"intégration de l’aéronautique navale française au sein d’un groupe aérien américain pendant plusieurs jours.

Cet exercice, avait, du coté français, deux principaux objectifs : maintenir les qualifications des pilotes de la Marine nationale pendant la période d’indisponibilité du porte-avions Charles de Gaulle et élever le niveau d’interopérabilité technique des deux marines.

6 Rafale Marine F2 de la flottille 12F de Landivisiau et 2 Hawkeye de la flottille 4F de Lann-Bihoué, ont participé à cet exercice, qui s'est déroulé comme suit :

- période d’entrainement et de qualification à partir de la base aéronavale de Norfolk pendant 2 semaines : vols avec les flottilles américaines, appontages simulés sur piste de jour et de nuit, puis réels à bord.

- embarquement sur le porte-avions américain Theodore Roosevelt de 5 Rafale (du 17 au 23 juillet) : missions de combats aériens, vols tactiques à plusieurs avions sous opposition, contrôle de chasse et de « close air support » (appui aérien de troupes au sol).

Bilan chiffré :

- 150 appontages réalisés, dont un tiers de nuit.
- Une centaine de missions d’assauts, de «sweep» (combat aérien), d’appui aérien
(Rafale), de contrôle tactique, de théâtres ou encore de guidage d’interception
(Hawkeye).
- Rafale : 480 heures de vol. Tous les objectifs d’entrainements tactiques et
d’appontage ont été atteints.
- Hawkeye : 135 heures de vol.

jeudi 14 août 2008

Géorgie : les enjeux

Tanguy Struye et Alain De Neve ont fait paraître ce matin une op-ed dans La Libre Belgique sur le conflit géorgien : à lire ici. Notons l'importance qui y est donnée à l'influence stratégique en mer noire.

Beau mouvement

La guerre est décidément la continuation de la politique par d'autres moyens. Dans le cas géorgien, alors que la situation n'est toujours pas claire, les Etats-Unis ont opéré un mouvement qui me semble absolument remarquable, au travers de la dernière déclaration de G.W. Bush.

En indiquant que les forces US allaient envoyer une aide humanitaire en Géorgie (sachant qu'il avait vigoureusement condamné la réponse russe sans mettre en évidence le rôle géorgien), il veut contraindre la Russie à l'arrêt des opérations.

L'équation est simple : des C-17 dans les airs et des militaires US au sol, c'est faire courrir le risque de pertes collétarales américaines et de solides complications militaro-diplomatiques en perspective. Le tout, en n'évoquant nullement la perspective d'un engagement US en Géorgie. Au final, le meilleur soutien imaginable dans l'équation stratégique actuelle.

mercredi 13 août 2008

Le chiffre du jour

85 milliards de dollars. C'est le coût de l'emploi de contractors en Irak, de 2003 à 2007, selon un rapport du Congressionnal Budget Office américain :

- From 2003 through 2007, and converting the funding into 2008 dollars, U.S. agencies awarded $85 billion in contracts for work to be principally performed in the Iraq theater, accounting for almost 20 percent of funding for operations in Iraq. Including funding for 2008 itself, the U.S. has likely awarded $100 billion or more for contractors in the Iraq theater.

- More than 70 percent of those obligations were for contracts performed in Iraq itself.

- Most contract obligations were for logistics support, construction, petroleum products, or food.

- Although personnel counts are rough approximations, CBO estimates that at least 190,000 contractor personnel, including subcontractors, work on U.S.-funded contracts in the Iraq theater. About 20 percent are U.S. citizens.

- The United States has used contractors during previous military operations, although not to the current extent. According to rough historical data, the ratio of about one contractor employee for every member of the U.S. armed forces in the Iraq theater is at least 2.5 times higher than the ratio during any other major U.S. conflict, although it is roughly comparable with the ratio during operations in the Balkans in the 1990s.

L'ensemble du rapport est à lire ici.

Roll-out du P-8 MMA

Ce n'est pas si fréquent de voir des appareils militaires effectuer leur roll-out et, malgré l'aspect civil de celui en photo (copyright, Boeing), il est bel et bien militaire. Le P-8 Poseidon doit remplacer les P-3C Orion de patrouille maritime de l'US Navy (108 exemplaires seraient commandés) et devrait être acheté par l'Australie. Aux dernières nouvelles l'Inde est également intéressée.

Si le programme a fait peu de vagues, avançant assez rapidement, c'est aussi que les réelles difficultés vont commencer. Il a fallu intégrer une soute à armement et des pylônes d'emport de charge ailaires à l'architecture du Boeing 737-800 et il faudra encore intégrer son système de missions. Intégration des systèmes et tests vont donc se poursuivre. Rendez-vous en 2013 pour l'Initial Operationnal Capability.

mardi 12 août 2008

Red Flag : les participants débarquent

Français, Indiens, Sud-Coréens et Suédois sont bien arrivé au Red Flag.

Si, si, DSI est bien en Géorgie

Mon patron est actuellement à Tbilissi (à couvert et en bonne santé). Il en a profité pour donner quelques interviews sur la situation à l'heure actuelle. A voir notamment ici.

lundi 11 août 2008

Géorgie : une guerre pour rien...

La tentative de « rétablissement de l’ordre constitutionnel » menée à partir dans la nuit du 7 au 8 août par la Géorgie au sein de la province séparatiste d’Ossétie du Sud (elle a déclaré son indépendance, non reconnue par la communauté internationale, en 1992) sera sans doute considérée à l’avenir comme un exemple typique d’aventurisme militaire. Au termes de tensions récurrentes ayant dernièrement vu la destruction d’au moins deux drones géorgiens, Tbilissi a mené un blitzkrieg en direction de la capitale ossète, Tskhinvali. Moscou, qui maintenait des troupes (officiellement qualifiées de « maintien de la paix » et assez lourdement équipées) dans la république séparatiste depuis 1992 et le traité de paix de Dagomys, contre-attaquera cependant rapidement, de sorte que les troupes géorgiennes seront contraintes au retrait, dès le 10 août. Dans le même temps, un nouveau front était ouvert, cette fois en Abkhazie, autre république pro-russe à l’indépendance auto-proclamée. Les opérations confirment plusieurs tendances.

Premièrement, la préparation relativement importante des forces géorgiennes comme russes. Alors que les premiers tirs sont entendus dans l’après-midi du 7 août – après l’annulation d’une réunion bipartite entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie – l’invasion de l’Ossétie commence le 8 août à 1h30, après un cessez-le-feu qui aura duré de 19h à 22h. La capitale ossète est atteinte par les premiers éléments géorgiens vers 7h du matin, le 8 août. Les forces de Tbilissi ont mené une campagne classique, fondée sur l’utilisation combinée de chars et d’artillerie. Elles disposaient également d’un appui ISR au moyen de drones. Comparativement, les troupes russes réagiront assez rapidement, menant dès la matinée du 8 août des raids sur la frontière géorgienne, utilisant des Su-24. Elles utiliseront également des systèmes antichars. elles interviendront, aussi, en soutien des forces abkhazes, particulièrement dans la vallée de Kodori.

Deuxièmement, l’aviation sera particulièrement mobilisée par la Russie, dans le cadre d’une stratégie duale, visant à la fois les positions géorgiennes en Ossétie, en coordination avec l’artillerie (il semble, à cet égard, que les leçons de leurs calamiteux engagements en Tchétchénie aient été retenues). A ce volet tactique s’adjoint un volet stratégique, les forces russes menant des raids sur les villes géorgiennes, visant des casernes et des bases aériennes (de même que l’aéroport de Tbilissi et son radar) mais faisant au passage de nombreuses victimes collatérales. Il n’est pas certain que ces dernières n’aient pas été voulues. Les évolutions de la doctrine russe, ces dernières années, laissent toujours place à la pression psychologique induite par des frappes touchant les populations civiles. Ainsi, le 11 août, les villes de Poti, Tbilissi et Gori (dont 80 % des habitants ont fui la ville) sont la cible de raids massifs de la part de l’aviation russe, plusieurs raids étant montés. La Russie, en tout état de cause, s’est assurée de la domination du ciel.

Troisièmement, le blocus naval reste une modalité de combat. La Russie a assez rapidement dépêché au moins un navire sur les côtes géorgiennes, cherchant à interdire le ravitaillement de la république par la voie maritime. Ce faisant, il semble qu’une vedette géorgienne ait été coulée. Quatrièmement, l’opération relève de la cinématique classique des conflits réguliers : la contre-attaque russe s’accompagne de l’aménagement de corridors humanitaires par les Géorgiens, destinés à l’évacuation des populations civiles. Les Russes cherchent également à maximiser la pression sur la Géorgie en ouvrant un second front – cherchant par là même à définitivement ancrer dans leurs sphère d’influence l’Abkhazie – tout en manoeuvrant sur le terrain psychologique, légitimant leurs opérations par des frappes qui auraient été menées par les Géorgiens contre des casernes abritant des soldats russes.

Cinquièmement, le conflit démontre l’importance de l’estimation des conséquences stratégiques dans la décision de lancer une action militaire. Se sentant, à tort, soutenu par les Occidentaux, il semble que le président géorgien ait clairement sous-estimé la réaction russe. Cette dernière passera aussi par le bombardement de casernes où se trouvent stationnés des instructeurs américains – envoyant ainsi et au passage à Washington un message clair, sans aucun doute entendu depuis longtemps, le soutien occidental n’étant guère que rhétorique. Dès lors, la puissance de feu supérieure des forces russes leur a permis de reprendre rapidement le contrôle de la capitale ossète, les Géorgiens n’ayant guère pu sécuriser leurs positions, malgré des investissements ayant connu une forte croissance ces dernières années. Le président géorgien n’a alors guère eu l’option, dès le 9 août, que de demander à plusieurs reprises un cessez-le-feu. A partir de ce moment, les options russes sont plus qu’ouvertes : ayant bousculé un dispositif géorgien incapable de se ressaisir, la Russie peut aussi bien jouer la carte du statu quo ante, celle de l’intégration à la Fédération de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie voire encore… rien moins que la prise de la Géorgie.

Sixièmement, cette micro-guerre bouscule largement les équilibres géopolitiques. Ainsi, comme le remarque O. Kempf, l’axe Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou, dont on avait fait grand cas ces dernières années (notamment au regard de la construction de l’oléoduc BTC, sans doute coupé à plusieurs endroits du fait des récentes opérations), semble s’effondrer. Dans le même temps, l’axe Moscou-Erevan-Téhéran ne fait que se renforcer : le Caucase, si l’on peut s’exprimer ainsi, redevient russe. Ensuite, Moscou tient sans doute aussi sa revanche sur le Kosovo : partisane de la théorie de l’intégrité des frontières, Moscou a subi l’intervention de 1999 puis l’indépendance de 2008 de l’ancienne province serbe comme un affront. Mais à accepter que des provinces fassent définitivement sécession – et en récupérant l’Ossétie du Sud comme l’Abkhazie – la Russie ouvre aussi une porte dangereuse pour elle. La guerre de Tchétchénie, menée au nom de l’intégrité des frontières, aura été une guerre pour rien… et certains indépendantistes pourraient être tentés par l’aventure autonomiste.

mardi 5 août 2008

Service minimum de l'AdA pour le prochain Red Flag

L'armée de l'Air dépêchera 4 Rafale et 2 C-130 durant le prochain Red Flag - nous disposons de quelqu'un sur place qui ne manquera pas de nous offrir un RETEX de l'exercice pour DSI - tandis que la Corée du Sud (F-15K) et l'Inde (8 su-30MKI et 2 Il-78 Midas, forces spéciales de l'IAF) dépêcheront égalementdes délégations.

Mais, selon certains observateurs, l'AdA va jouer le "service minimum". D'une part, en regard du nombre : les Indiens seront deux fois plus nombreux que les Français alors que la France a pu alligner une petite dizaine de Mirage 2000D dans l'exercice durant les années 1990. Le coût de l'opération serait en cause. D'autre part, les Rafale ne seraient déployés que pour des missions de défense aérienne. Pas de CAS, de BAI ou de SEAD, donc.

Ce qui laisse tout de même entrevoir quelques possibilités de belles passes d'armes entre les Rafies et les Su-30 et/ou les F-15K. On vous tient au courant !

Histoire de murs

François Duran nous invite à réfléchir aux "nouveaux murs". Ce qui me permet d'apporter, sans mauvais jeu de mot, deux petites pierres à la réflexion. La première est une interview du général Ephraïm Lapid - un ancien du renseignement militaire israélien et ancien porte-parole de Tsahal - portant notamment sur les effets stratégiques du "mur/barrière" positionné en Cisjordanie. Lorsque vous la lisez, gardez à l'esprit les récents attentats au bulldozer : vous comprendrez toute la problématique de la circulation économique entre les Territoires et Israël soulevée par le général. A lire dans le prochain DSI-T.

La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.

Finalement, une bibliothèque, ça aide...

La bibliothèque est finalement remise en place, les ouvrages dépoussiérés et alignés, les Billy montées, le téléphone et internet sont opérationnels, tout fonctionne, je suis donc prêt à reprendre le collier. Et, finalement, dépoussiérer les bouquins vous renvoie immanquablement à la littérature de la guerre froide, vous savez, celle que vous ne consultez plus depuis une bonne quinzaine d'années.

A bien y regarder, elle n'a pas complètement perdu de sa pertinence, en particulier à l'aune de l'activisme russe qui, loin d'être une passade comme certains l'avançaient, tend à s'accroître avec le temps. Ainsi les Danois ont-ils effectué des interceptions, pas très loin de Bornholm, de Su-24 Fencer en entraînement antinavires semble-t-il. De fait, les Russes ne s'engagent plus seulement dans ce type de mission avec des bombardiers lourds mais également avec des interdicteurs que l'on n'avait plus vu depuis 20 ans.

Dans le même temps, Ruslan Pukhov, que nous avions eu l'occasion d'accueillir dans nos pages il y a quelques temps, indiquait à RIA Novosti que les achats vénézuéliens allaient également comprendre des SA-16, des Il-76 de transport et des chars T-90. En plus de fusils de précision Dragunov, d'AK-74, de sous-marins Kilo, de Su-30MK et d'autres systèmes SAM, bien entendu. Il y a quelques jours, la Russie a également annoncé que le déploiement en Pologne et en Tchéquie de défenses ABM provoquerait une utilisation de Cuba comme base de ravitaillement pour ses bombardiers. Un général américain n'avait pas manqué de se rappeller ses leçons d'histoire du 20ème siècle, en particulier le chapitre sur la crise de Cuba.

La Russie a également signifié qu'elle allait moderniser substanciellement la base navale syrienne de Tartous et l'utiliser comme mouillage. Quel est le rapport, me direz-vous ? Et bien, tout ceci ressemble furieusement à un embryon (n'exagérons pas, tout de même) de stratégie d'encerclement de l'OTAN. Certains, aux Pays-Bas, ne manquent pas de rappeler qu'Aruba, Curaçao et Bonaire (Antilles néerlandaises) sont presque à portée visuelle du Vénézuela, les deux premières îles abritant des Forward Operating Locations américaines utilisées dans les NARCOPS.

Dans le même temps, l'OTAN a réactivé ses patrouilles aériennes au départ de l'Islande et Washington a réactivé sa 4ème Flotte. De là à ce que Caracas soit utilisé comme point d'appui russe, il n'y a qu'un pas. Et la France dans tout celà ? Pour elle qui entend réintégrer pleinement l'OTAN, il pourrait bien y avoir, à terme, une contradiction entre sa volonté et la politique qu'elle mène à l'égard de la Syrie, voire des contacts entretenus avec H. Chavez. A suivre, donc...

lundi 4 août 2008

L'armée irakienne remonte en puissance

Dans la perspective d'une reprise en main de l'ensemble des opérations de contre-insurrection qui semble poindre - mais aussi de sécurisation de l'Etat irakien face à ses voisins - Bagdad vient de passer une série de commandes majeures, via le système des Foreign Military Sales - aux Etats-Unis.

Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.

jeudi 24 juillet 2008

Les vacances arrivent

Si, si, votre serviteur prend (un peu) de congés. Comme demain sera une journée chargée au bureau et que mes premiers jours de vacances seront synonymes de déménagement, j'en profite pour prendre congé de vous, du moins jusqu'au 1er août.

D'ici là, j'en profite pour faire un petit effet d'annonce (et vous laisser un peu de lecture) : mon prochain ouvrage, issu en bonne partie de ma thèse, sortira en septembre chez Economica. Pas d'intégrale sur le web évidemment mais la table des matières, consultable en ligne.

Bonne lecture et à d'ici quelques jours !

Carte militaire

La présentation de la tèrs attenduie nouvelle carte militaire a été effectuée ce matin. JDM en dresse les grandes lignes. Quant au document dans son intégralité, il peut être consulté ici.

Le DDG-1000 annulé ?

Selon Reuters, l'US Navy aurait transmis au Congrès une demande d'annulation portant sur le programme DDG-1000 - aucune confirmation n'a encore été donnée pour l'heure. La classe Zumwalt - que nous avions analysée dans Technologie & Armement - était sous le feu des critiques de la marine US qui, jusqu'il y a un mois, recommandait de ne s'en tenir qu'à deux exemplaires sur les 7 qu'elle escomptait initialement.

Ce sont précisément ces 2 exemplaires qui seraient annulés, malgré un investissement en R&D de plus de 10 milliards de dollars. Complexe, le navire avait été critiqué pour ses dérives financières et les risques techniques induits. D'une conception de bâtiment destiné à des opérations littorales, très automatisé, semi-submersible et apte à devenir un véritable arsenal flottant, le destroyer était devenu un monstre de 14 000 tonnes à peine capable d'embarquer 80 lanceurs verticaux et destiné aux opérations en haute mer.

Ce travers doctrinal - le retour systématique à la haute mer malgré les demandes en terme de combat littoral - avait en son temps été critiqué, notamment par l'amiral Cebrowski. En tout état de cause, la Navy privilégiait depuis une bonne année le renforcement de sa flotte de destroyers de classe Burke, devenus son "pion élémentaire" en matière de combat en surface.

Notons également que l'annulation de la classe DDG-1000 pourrait avoir des conséquences sur les CG-X, futurs croiseurs destinés au remplacement des CG-49 Ticonderoga, qui devaient être dérivés des nouveaux destroyers. J'ai eu l'occasion d'analyser plus en profondeur les dérives techniciennes visibles dans le cas du Zumwalt dans mon prochain ouvrage, à paraître d'ici fin septembre.

mardi 22 juillet 2008

Le C-17 marque des points... et le Type 214 avec

Cette fois, c'est officiel, le Qatar et Boeing ont signé un accord portant sur la vente de 2 C-17, pour 400 millions de dollars. Le premier appareil devrait être livré durant l'été 2009. Pour faire bonne figure, l'émirat a également commandé 18 hélicoptères AW-139 pour 260 millions d'euros. Les Etats-Unis, La Grande-Bretagne, l'Australie, le Canada et l'OTAN sont déjà clients du Globemaster III.

On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.

L'Afghanistan est-il perdu ?

La dernière interview de Gérard Chaliand, indiquant que "La victoire de l'OTAN en Afghanistan est impossible" fait pas mal de bruit et prête, en tous cas, à réfléchir. Sur le fond, son analyse est simple et limpide :

- nous n'avons pas suffisament investi le théâtre des opérations de 2002 à 2004-5 ;
- le dispositif pashtoune a eu le temps de se reconfigurer et de forger de nouveaux argumentaires légitimant - passant d'une vision néo-djihadiste à une vision de guerre de libération nationale ;
- ce nouveau dispositif ne peut emporter la victoire mais l'OTAN non plus ;
- il faut donc négocier.

Il y a donc de quoi réfléchir, sur plusieurs points. Premièrement, sur la perception que nous avons eu des opérations : on a trop souvent fait s'opposer, chez les membres de l'OTAN, "reconstruction" et "sécurisation" ou, en d'autres termes (disons en des termes plus politiques), "combat" et "humanitaire". C'est évidemment une ineptie : l'un ne peut aller sans l'autre, il existe une interpénétration absolue entre ces deux dimensions en contre-insurrection. Or, l'OTAN et ses Etats-membres n'ont pas su/pu/voulu voir à quel type d'opération nous avions affaire. La réponse était mauvaise dès le départ.

Deuxièmement, la notion de victoire reste décidément un référent obligé. Or, la victoire (entendue comme décisivie, nette, claire et tranchée) n'a aujourd'hui plus grand sens dans les conflits contemporains. Et tant qu'elle en aura encore un, la défaite l'aura également, délégitimant toute forme d'intervention militaire un tant soit peu "dure".

Troisièmement, la reconfiguration du dispositif pashtoune vers une base idéologique fondée sur la libération de l'oppresseur peut offrir des options politiques intéressantes - elle peut même induire à terme une certaine forme de coopération. Si, toutefois, nous comprenons et ils comprenent que nos objectifs respectifs devront être reconfigurés : respect de l'autonomie locale dans leur cas, refus du retour des djihadistes/d'AQ dans le nôtre. Comme le dit François, le timing sera particulièrement important et l'imposition d'un tel agenda est évidement lié aux classiques de la realpolitik - à savoir se mettre en position de force avant de négocier.

Quatrièmement, sur l'importance de l'Afghanistan. Nous ne pouvons nous retirer du pays, nous y sommes coincés (je n'aime pas le terme "piégés" car nous disposons d'une liberté de manoeuvre qui n'est pas si négligeable) par la géopolitique. "Arrière-cuisine" stratégique du Pakistan, l'Afghanistan pourrait bien être la porte d'entrée de la chute finale d'Islamabad - et de ses armes nucléaires - aux mains des barbus. Quitter la zone, de ce point de vue, serait une très mauvaise idée. Et ce, sans compter un "retour de flamme" d'AQ sur l'Afghanistan lui-même. C'est une idée que j'avais eu l'occasion de développer plus avant dans une série d'interviews pour le 24 Heures suisse et je pense que cette analyse reste valide.

Cinquièmement, G. Chaliand aborde également la notion de centre de gravité et isole le nôtre dans notre aversion pour les pertes. Cependant, elle semble beaucoup moins prégnante aux Etats-Unis qu'en Europe (et encore l'est-elle moins en France qu'en Belgique, par exemple). Est-ce véritablement un CDG ? Une faiblesse, certainement. Mais un CDG ? On peut être amené à se poser la question de savoir si, en l'absence d'une ligne européenne claire et congruente à la nature des opérations, le CDG ne devient pas naturellement nos sources de faiblesses. J'avais plutôt eu tendance à voire "le zéro/moindre mort" comme un trait culturel, quelque chose qui se situerait en dehors de la mécanique de la stratégie théorique. Mais ce basculement entre "faiblesse des objectifs" et "faiblesses comme CDG" me pose question. Ce basculement me semble a priori - mais ça demande plus de réflexion - intimement lié aux catégories d'argumentaires légitimant les opérations. Sans doute pas tant au plan des populations civiles européennes d'ailleurs qu'au plan politique lui-même.

En conclusion, nous sommes condamnés à devoir effectuer une "stabilisation musclée" de l'Afghanistan. Refuser de le faire, c'est nier à la fois les fondements de la stratégie mais aussi ceux de la politique, en s'exposant à avoir fait beaucoup d'efforts - nonobstant leur insuffisance patente - pour rien, voire pour pire.

lundi 21 juillet 2008

Ouf !

Aucun véhicule n'est tombé en panne devant la tribune royale (je me souviens, dans mon enfance d'un M-109 resté coincé juste devant) et le défilé "nouvelle génération" s'est bien déroulé. Une bande de robocops a déboulé en plein sur la place des palais pour faire une démo de maintien de l'ordre qui a solidement secoué le présentateur TV : "uh... ce n'est pas un peu violent ?". De fait, c'était un peu comme si un Leclerc déboulait en plein milieu d'un épisode des Télétubbies et passait en mode hunter-killer sur les lapins. Rigolo, quoi.

Petit rappel aussi de la polémique sur les 90mm et ambiance à la fête. Joyeux anniversaire à tous mes compatriotes, nous étions un jour de fête nationale. Mais, tout de même (dirait Carl) : pas un chenillé (parce qu'il paraît qu'un véhicule à roue est plus mobile), l'artillerie représentée par 2 canons de 105 mm, pas un missile antichar à l'horizon et un défilé civil plus long que le militaire. Chapeau à la FAé (c'est tellement mieux que composante aérienne) qui nous a envoyé 16 F-16 et 1 NH90.

Mais pour le reste, c'est un peu comme si la moitié de l'armée était resté coincé dans les bouchons du carrefour Léonard (pour les connaisseurs) et avait décidé que c'était le bon moment pour se faire une pause one-one... Une ambiance bizarre aussi. On fait la fête essentiellement parce qu'on aime la faire - on peut se demander si elle a encore une signification profonde. En Flandre, manifestement, l'indifférence règne et un vice-premier ministre francophone indiquait d'un air docte que c'est une "fête intéressante". Cool, moi aussi, j'aime l'anthropologie.

Bon alleï, bonne fiesse a tout en saquî (mon wallon est un peu rouillé), goeïe nationaal dag iedereen (zut, mon anversois aussi) et que les pintjes coulent dans vos gosiers comme il pleut sur la Belgique (ah, ça, ça va toujours !).

dimanche 20 juillet 2008

une bibliothèque, c'est lourd...

Et je ne parle pas des meubles (une rafale d'indémodables "Billy" de chez Ikea devant débarquer prochainement) mais bien des ouvrages. Je vais profiter de mes congés, à partir de vendredi prochain, pour déménager.

Résultat, 17 caisses grand format de bouquins, depuis une présentation des oeuvres de Teilhard de Chardin chez Marabout d'une vingtaine de grammes jusqu'aux Flottes de combat 2008 (comptez 2kg).

Soit, à vue de nez et en me conformant aux prescriptions des déménageurs en termes de charge unitaire, environ 500 kg de lectures... sans compter une collection complète d'au moins 5 titres de magazines. Comment ça, j'ai une carrure de sandwich SNCF ?

vendredi 18 juillet 2008

Heyl Ha'Yam : 4 LCS sur un plateau

Tous les feux des Foreign Military Sales sont au vert : la marine israélienne va effectivement recevoir 4 corvettes LCS-1 de Lockheed Martin, pour un montant de 1,9 milliards de dollars. Le plus intéressant réside dans la configuration, moins modulaire que pour l'USN, du bâtiment - qui en fait une véritable frégate :

- 2x8 lanceurs verticaux Mk41 ;
- lanceurs Harpoon ;
- 1 CIWS Phalanx ;
- 2 tubes lance-torpilles ;
- Link-16

Eventuellement un radar SPY-1F - la même version de l'Aegis que celle qui est installée sur les Nansen norvégiennes. Ce qui laisse au demeurant deviner des modifications assez lourdes sur un bâtiment qui n'en est pas à ses premiers problèmes...

En somme, une solide configuration pour le combat naval. Qui pourrait bien intéresser de très près l'Arabie saoudite, également intéressée par le LCS.

jeudi 17 juillet 2008

Réchauffement irano-américain

Le dossier iranien se réchauffe peu à peu, pour certains commentateurs, on se dirige même vers une sortie de crise. L'affaire est néanmoins complexe et pas mal d'hypothèses peuvent être dégagées. C'est l"occasion d'une petite interview à écouter sur Radio Méditerranée International dans le courant de la journée.

Précision sur l'arsenal nucléaire chinois

La dernière édition du Bulletin of the Atomic Scientists compte notamment un article de la FAS sur l'état de l'arsenal nucléaire chinois, indiquant que Pékin dispose d'environ 176 charges nucléaires. A lire ici.

mercredi 16 juillet 2008

Fonction "anticipation-connaissance" : à bien y réfléchir...

Bien entendu, nous reviendrons dans le prochain DSI sur le LBDSN mais aussi sur les priorités qu'il induit, notamment en matière d'anticipation-connaissance - en bref, le renseignement entendu au sens large. D'ici là, quelques éléments de réflexion, à la relecture du LBDSN :

- Sur la forme d'abord : le renseignement et l'anticipation sont, par nature, consubstanciels à toute activité stratégique, ce qui implique naturellement de se projeter dans le temps - le passé mais aussi le futur. Et ce, pour la prévention, la dissuasion, la protection ou encore l'action/projection : on ne conduit pas les armées sans envisager leurs actions et les contraintes qu'elles pourraient subir, de son fait propre ou de celui de l'adversaire. De ce point de vue, en faire une "fonction" en tant que telle marque la priorité qui lui est donnée. Mais, par certains aspects, n'est-elle pas quelque peu incongrue, marquant, en fait, un oubli de la stratégie et de ses élémentaires ?

- Sur le fond : le LBDSN induit des aménagements d'ordre organisationnels bienvenus. Mais va-t'on ou non vers une expérience similaire à celle du Joint Intelligence Comittee (JIC) britannique, permettant de donner au niveau politique une image claire du "qui fait quoi et où en est-on" ? Un spécialiste délégué auprès du Président représente certes un embryon de "communauté d'alerte" (annoncer les mauvaises nouvelles est un art dont le manque de maîtrise aura coûté la vie à Sorge, une invasion à l'URSS et quelques millions de morts). Mais jusqu'où va-t-il jouer ce rôle ? ;

- Sur le fond encore, DST et DGSE apparaissent comme les grandes gagnantes du LBDSN. Comparativement, pour la DRM, militaire, aucun nouveau projet n'émerge - elle "gagne" surtout parce qu'elle ne perd pas. En fait, le LBDSN valide des programmes lancés antérieurement (comme MUSIS) mais cache aussi ce qui semble être une réduction des personnels de la DRM.

Certes, il faut voir de quels personnels il s'agit mais le signal lancé est tout de même perturbant. De ce point de vue, l'emphase sur le maintien des espérances en matière matérielle cache également que l'augmentation du débit des informations ne représente rien sans analystes capables de les décrypter et de transformer les informations en renseignement.

Or, comme me le confiait un expert tout à l'heure, un bon linguiste chinois, c'est... 10 ans de formation : le double de la durée de vie des Helios II... Histoire de rappeler que le renseignement ne représente pas un facteur uniquement dépendant du matériel. Vous pouvez avoir 2 000 missiles de croisière et 25 planificateurs, spécialistes de la stratégie aérienne. Si vous avez 2 satellites, il vous faut bien plus d'analystes. Et les satellites ne sont que l'un des moyens de recueil du renseignement...

Farnborough avec DSI-T

Comme vous le savez, le salon de Farnborough se tient tous les deux ans, en alternance avec le Bourget. BAE vient notamment d'y présenter sa conception du drone MALE d'attaque, un démonstrateur qui pourrait bien augurer de développements ultérieurs.

Tout ceci pour vous dire qu'un de nos correspondants est sur place et que les temps forts du salon seront à retrouver dans le DSIT n°13, de septembre-octobre, parmi quelques autres articles pour le moins solides.

mardi 15 juillet 2008

Bon, plus de gouvernement... divaguons alors !

Comme vous le savez certainement, le premier ministre belge a démissionné, au terme de l'échec des négociations communautaires. Bon, nous voilà à nouveau sans gouvernement, de quoi laisser pas mal d'options sur la table. Si, personnellement, je pense que nous allons vers un confédéralisme poussé, imaginons un peu un rattachement à la France ou encore l'ancrage de ce qui resterait de la Belgique - soit Bruxelles et la Wallonie - à la France.

Dans les deux cas de figure, Paris aurait la haute main sur la défense. Petit calcul : si chaque "Belge néo-Français" (grosso-modo, 4 millions d'habitants) payait ce qu'un Français paie pour la défense (ce qui ne serait que justice)... les "néo-Français" paieraient annuellement 2,372 milliards d'Euros. Soit un peu moins que ce que ne paient 10 millions de Belges pour leur défense.

Bon, et bien... on l'a presque, le 2ème PA !

lundi 14 juillet 2008

Bonne fête tout le monde !

La France, c'est un peu mon Amérique à moi...

Bonne fête nationale tout le monde !

dimanche 13 juillet 2008

CDG et matérialité

Je profite du débat lancé par Olivier Kempf (zut, tu as raison, je suis à la bourre sur mes mails mais je ne t'oublie pas !) et François Duran sur la notion de centre de gravité pour faire un peu d'"incruste". J'avais eu envie de m'immiscer éhontément dans la cette très pertinente problématique il y a quelques jours mais... time is flying...

J'avais eu envie, surtout, de répondre au premier post de François, sur l'emploi du CDG par le général Yakovleff (la 7ème BB va faire des étincelles !). En fait, sa conception du CDG est l'un des rares points de son excellent ouvrage sur lequel je ne suis pas d'accord. En fait, je pense qu'il reste marqué par une vision trop tactique, presque jominienne du CDG. Au point que je m'étais dit à l'époque, qu'on pouvait le confondre avec le "point décisif", lui-même composante du CDG et effectivement plus jominien.

En fait, dans la conception clausewitzienne, il ne peut exister qu'un seul CDG, la source du pouvoir, de l'ascendant de l'adversaire. Or, ce pouvoir peut être matérialisé (les canons bosno-serbes autour de Sarajevo en 95, pour suivre le raisonnement de l'OTAN à l'époque, avant Deliberate Force) ou non. Je pense qu'en réalité, il n'est que rarement matérialisé. Pour reprendre Sarajevo 95', l'artillerie adverse était en réalité le point le plus décisif des points décisifs - je pense que le "vrai" CDG était la "pureté ethnique" défendue par Pale et, surtout, son acceptation/interprétation par des combattants fortement mobilisés d'un point de vue idéologique.

Certes, cette pureté était assimilable à un objectif de la guerre (un zweck, quoi). Mais c'est surtout la motivation induite chez les assiégeurs qui constituait ce CDG. A côté de celà, le nombre de combattant bosno-serbes, leur artillerie, leurs approvisionnements étaient autant de points décisifs (dûment attaqués par l'aviation et l'artillerie de l'OTAN ensuite). En ce sens, la possible valeur immatérielle d'un CDG le rend naturellement compatible à des opérations irrégulières. Mao, lorsqu'il entreprend sa Longue Marche, est le CDG chinois : il est à la fois commandant et "émetteur idéologique" : il fixe l'idéologie, les objectifs, la méthode et jusqu'à la tactique. Un vrai Head and shoulders, "tout en un", stratégique.

En fait, derrière ma réflexion se cache aussi une "remise à sa place" du CDG : je me demande dans quelle mesure il permet effectivement de conduire la guerre : savoir ce qui fait la force de l'adversaire est évidemment utile - c'est même l'une des première choses à considérer - mais de là découlent ensuite une série d'options. L'EFR et la génération d'un "effet majeur" (soit, grosso modo, le dominant effect de la théorie des EBO) devant permettre de l'atteindre est finalement relativement découplée du CDG. Plutôt, il va viser des points matériels ou, à tout le moins, plus tangibles.

Prenons un exemple : mon adversaire est une sorte de nébuleuse djihadiste comportant à la fois des chefs reconnus et leur soutien budgéto-logistique et une multitude de petits groupes s'en réclamant. Elle était initialement basée dans une zone géographique régie par un Etat en "stan" mais où l'Etat n'a jamais eu beaucoup prise. Le CDG de mon adversaire est sa doctrine, en l'occurrence : elle agrège des mécontements divers et variés et propose une lutte à mort dans le long terme en offrant ultimement à ses combattants le paradis.

Que faire ? Mener une campagne d'influence visant à "déconstruire" l'idéologie et la doctrine adverse est une solution mais qui , n'opèrera que dans le long terme : la contre-conviction n'est pas chose aisée. Or, ce temps peut être exploité pour l'adversaire et mener des opérations qui renforçeront sa légitimité auprès de populations susceptibles de fournir des combattants potentiels et donc, de le renforcer.

Autre option, "faire la chasse" et engager des troupes amies contre les points décisifs adverses, par exemple, des regroupements de gens que nous appelerions les "talibans" ou encore l'engagement de services de renseignement contre des cellules djihadistes en Europe. Là, des résultats seront accumulés dans le court terme mais n'éroderont pas nécessairement le CDG adverse.

Conclusion : il faut mener des options de court terme et de long terme et un CDG dématérialisé est plus complexe à combattre (surtout pour nos "sociétés impatientes") et implique de s'attaquer aux points décisifs, ne serait-ce que par la charge dissuadante que peuvent avoir nos actions sur l'adversaire. En tout état de cause, et là, je relance la balle du débat, tout CDG dématérialisé dépendra beaucoup plus des populations susceptibles de jouer un rôle quelconque dans les opérations que dans les matériels en tant que tels.

Ce qui nous renvoie droit à... Rupert Smith et Vincent Desportes. Les populations peuvent ne pas être qu'enjeu et cible, elles peuvent aussi être source (directe ou indirecte), réceptacle ou "activateurs" d'un CDG.

jeudi 10 juillet 2008

C'est pas nous, ne tirez pas !

Pour répondre à une interrogation récurrente (et justifiée), les DSI et T&A arrivent bel et bien. En fait, le DSI a été livré aux NMPP (notre distributeur pour les kiosques en France et dans quelques autres pays) le 4 juillet et devrait déjà être dans les kiosques.

Mais, manifestement, la CGT du Livre a mené quelques actions de grève, retardant la distribution aux kiosquiers. Désolé donc pour ce très involontaire retard !

Il arrive...

Je ne sais pas pour vous, mais à la rédaction, nous estimons que juillet n'est pas le mois idéal pour les vacances. Et, de fait, chose promise, chose due. Technologie & Armement devient DSI Technologies. La rédaction lui a déjà trouvé son petit surnom, "Dzzit" (vous savez, lorsque le courant passe ?).

Comparativement à T&A, il aura le même format, le même prix et le même nombre de pages. Alors, qu'y gagnez-vous ? Simple : nous avons évacué la version anglaise (si les Américains lisent le DSI en français qu'ils achètent en kiosque au Pentagone ou à LA, pourquoi ne feraient-ils pas de même avec DSIT ?). Votre avantage : plus de textes, plus de photos, plus de cartes, plus de graphique, plus de thématiques.

La ligne se resserre aussi sur des thématiques plus techniques, en tâchant de coller plus que ce n'était le cas à l'actualité technologique. Ou plutôt aux actualités technologiques - d'où le "technologies" au pluriel - simplement parce que les Français, les Allemands ou les Américains ne sont pas les seuls à faire dans la technologie.

Ca ne nous empêchera nullement de suivre les salons ou les exercices sur le terrain. C'est un tournant éditorial que vous aviez apprécié, d'après nos études, et bien entendu, nous continuerons. "Dzzit" a d'ailleurs été conçu pour pouvoir intégrer ce genre de choses beaucoup plus facilement que par le passé.

Vous pouvez avoir un aperçu de ce changement de ligne éditoriale dans le numéro de juillet-août de T&A : des articles plus conçis et plus techniques, avec une séquence "B-A.BA", sur la guerre biologique en l'occurrence. En somme, nous n'avons gardé que le meilleur - à commencer par un oeil critique sur les questions technologiques - et avons amélioré ce que vous désiriez qui le soit.

Pour ce qui est du DSIT de septembre-octobre, le sommaire est, comme il se doit, secret-défense. Mais si vous voulez connaître les secrets du sonar 4110 et savoir pourquoi le terme "anneau de résurgence" est aussi important pour les ASM, c'est chez nous qu'il faut passer ;o)

Tonton Mahmoud s'amuse...

...Et constate qu'il a encore un vieux stock de Shahab-3B à liquider. L'occasion pour moi de revenir sur le grand jeu sémiotique qui se joue actuellement dans le Golfe, entre les manoeuvres Grand Prophète III (où l'IRNA, l'agence de presse locale, a été peu locace sur les aspects navals, alors qu'elle relayait systématiquement tout ce qui se passait dans le Golfe les années précédentes) et les déploiements israéliens. A voir sur La Une (journal télévisé) à 19h30.

Beaucoup trop de choses à dire en 50 secondes !

Sur la nature du Djihad en Europe (3)

Thomas Renard poursuit le débat sur la nature du Djihad en Europe (il serait d'ailleurs plus exact de parler de son caractère ou de sa structure, soit de la forme qu'il prend - sa nature renvoyant me semble-t-il aux élémentaires de l'art de la guerre et cette dernière n'a fondamentalement pas changé de nature depuis, au choix, Assubanipal ou l'arme nucléaire).

Je pense effectivement qu'il y a coexistence de formes d'action de la part d'AQ et que cette dernière exploite à bon escient l'émergence du leaderless jihad voire des lonewolves. Cela renvoie parfaitement au principe (dans l'art militaire soviétique) de la corrélation des forces et, plus largement, au déploiement d'une stratégie intégrale articulant l'ensemble des dimensions de l'action, depuis le soutien (financier, etc.) jusqu'aux opérations d'influence ("récupération" politique du conflit israélo-palestinien, sites webs, etc.) en passant, bien entendu, par l'action.

De ce point de vue, j'ai effectivement été un peu limitatif en me bornant au seul aspect doctrinal. Ce qui est important, ici, c'est la combinatoire potentiellement infinie des actions. En combat conventionnel, les actions sont soit cumulatives, soit paralèles (cf. l'amiral Wylie). Elles renvoient à un ordonancement préçis afin d'obtenir un effet escompté (là, je rejoins le débat d'Olivier et de François sur la nature du centre de gravité en conflit irrégulier/asymétrique - attendez-moi, j'arrive !).

Or, le propre d'AQ est de rechercher des effets durables en situation d'infériorité "matérielle" (hommes, équipements) face à l'ennemi (nous). Pour ce faire, il va exploiter le temps long mais aussi surfer sur les effets induits d'une stratégie que nous pourrions qualifier de déstructurée sur la forme mais de structurée sur le fond. La théorie classique du terrorisme s'adapte ici parfaitement : faire jouer l'effet de surprise à fond en "insécurisant" des sociétés vulnérables par leur ancrage technicien (j'aurai plus à dire bientôt, en fonction notamment de mon nouvel ouvrage). L'objectif ne doit pas être atteint dans le temps court - conception chronostratégique très occidentale - mais jouera nécessairement dans le temps long : on ne fait pas s'effondrer nos sociétés ainsi : elles ont leur propre résilience.

Pour un Naji, indiquer qu'il ne faut pas attendre un "feu vert" d'AQ renvoie à l'exploitation maximale de ces effets tout en maximisant la sécurité des leaders d'AQ (renvoi au principe de sûreté). En fait, à ce stade se pose une autre question : celle de la frontière entre "terrorisme" et "insurrection", impliquant en l'occurrence des opérations ultra-distribuées, paradoxalement occidentalisées (i.e. exploitant les tendances individualistes des lonewolves potentiels). La question, ici, n'est pas celle de l'efficacité des actions au sens conventionnel du terme, soit atteindre la cible et la détruire.

Plutôt, l'efficacité des "méso-opérations" est effectivement et tu as tout à fait raison, dans la génération de psychose (pour renforcer les appareils sécuritaires et délégitimer les régimes politiques occidentaux aux yeux de leurs propres citoyens ?) et, plus important encore pour la réussite des "hyper-opérations" dans la dispersion des moyens des services occidentaux. Si les "méso-opérations" rapportent des effets induits en termes de destruction, c'est en outre "ça de pris". En gros et pour caricaturer, Naji nous fait une "clé de bras" stratégique : quel que soit le mouvement que nous faisons, nous sommes bloqués.

La seule option va demander (comme pour se sortir d'une clé de bras) un gros effort : face à un leaderless Jihad "optimal", le renforcement perpétuel de nos services n'est pas vraiment une option. Leur culture même limite la collaboration entre eux (qui est nécessaire : un "méga-service ne donnerait qu'un son de cloche sur des matières nécessitant de la nuance) et leur lourdeur risque de les faire s'effondrer sur eux-mêmes. Le renforcement des dispositifs légaux (lois "anti-terroristes") est politiquement attractif mais n'est qu'un leurre : ce n'est pas la loi qui empêche les actes d'êtres commis.

Non, plutôt, la seule solution réside dans le développement, de notre côté d'une combinatoire stratégique équivalente à celle de l'adversaire. Outre la reconnaissance du problème - en Belgique, au plan politique, elle a mis des années, exploitées à bon escient par l'adversaire - elle implique la mise en place d'un véritable tissu de sécurisation et, par dessous tout, l'acceptation du fait que nous pouvons encaisser des pertes - civiles naturellement. Il faut nous réorganiser d'urgence (on ne va pas faire la liste des problèmes). Un plan anti-radicalisation ou une loi sur les armes, de ces points de vues ne sont que des pièces de puzzle, sans plus. Il nous manque juste 60 % des autres pièces et des secteurs entiers sont laissés en friche. Ne parlons que de la réforme des services incendie, par exemple...

mardi 8 juillet 2008

Carl von C., toujours en forme

Carl ne résiste pas à l'idée de voir la diffusion de sa dernière chronique - et je lui dois bien ce petit plaisir. Et comme il était inquiet à l'idée de lui aussi se voir poursuivi par la DPSD - sa dernière phrase est sans équivoque - je l'ai rassuré : en France comme en Belgique, le droit de la presse est tel que, sauf mort d'homme, elle a le droit de ne pas divulguer ses sources. Mon cher Carl, vous êtes donc protégé. Et puis, entre-nous, je n'imagine pas un instant que l'on puisse fouiller (à distance ou pas) dans l'ordinateur d'un journaliste dont l'un des auteurs a dit si peu de choses : vous imaginez le scandale ?

***

Sabotage(s) !

Tous les ans à la même époque, c’est la même chose : de jolis formulaires débarquent dans nos boîtes aux lettres pour nous faire larmoyer sur le niveau des impôts. Cette année, en prime, nous sommes gâtés : nous avons un Livre Blanc pour nous permettre de larmoyer encore plus. Selon le mot d’un de mes amis, nous aurions donc inventé, après les frégates furtives, la puissance furtive. On pressent d’ici la longue cohorte des regrets et des déposes de couronnes à nos armées chéries, dépiautées au champ d’honneur de la politique, victimes sans doute d’arbitrages effectués au profit de la chasse au poulet à la dioxine et de l’admiration béate pour un concept de sécurité globale qui l’est tellement qu’elle dissout toute nécessité de défense. Certains y verront un sabotage. Honnêtement, je ne suis pas loin de le penser aussi, en particulier à l’heure où le SIPRI nous (ré-)apprend que les dépenses de défense ont augmenté de 7% en 2007 et qu’en 10 ans, elles ont progressé de 45%. Les armées sont des machines complexes, les grains de sable leur posent autant problème que les réductions budgétaires et les réformes où la stratégie est faite pour répondre aux moyens plutôt que l’inverse. En clair, dans la course à la puissance, il faudra qu’on passe la postcombustion du mode « système D » (qui a dit qu’on a déjà cannibalisé les injecteurs ?).

Mais, Carl vous le dit mes amis, ce premier sabotage en cache un second. Celui des conservateurs. Les mêmes qui vociféraient il y a un an contre toute réflexion envisageant un futur sans « modèle 2015 » alors qu’il était évident que les finances ne le permettraient pas. Et que l’Elysée, préférant décidément les poulets sains aux kakis mûrs (les fruits, c’est pourtant si important), n’avait aucune intention de faire supporter le poids de la Gendarmerie à l’Intérieur. Je pense aussi à ceux qui ont hurlé au loup lorsque certains indiquaient que la technologie finirait par faire s’effondrer la défense française sous le poids de ses propres commandes. Et puis, il faut avouer les choses comme elles sont : la multitude de « guerre des boutons » (entre les armées et en leur sein) a anesthésié la réflexion plus qu’elle ne l’a nourrie. Dans une certaine mesure, ces guerres inutiles ont même limité le peu de liberté d’expression que les militaires avaient. Lorsqu’on a ce qui s’apparente à un bled afghan sous le feu à trois bureaux du sien, ça n’incite pas à dégainer la bonne idée que l’on tenait en réserve.

Pourtant, des bonnes idées, il va nous en falloir. Il est temps de signer la paix des braves boutons, de resserrer les rangs et de faire fumer les cafetières. Il ne nous manquerait plus qu’avoir à subir le plus terrible des sabotages, celui des bras croisés annonçant la débandade et le ravalement définitif de la France à la non-puissance, celui du règne des grincheux que les coups portés auraient échaudés (pauvres petits). Il est temps aussi de remettre en question nos tabous. Il nous faut réapprendre que le Grand Charles, après s’être par deux fois retourné dans sa tombe ces dernier temps, avait lui-même osé faire sauter en son temps une série de tabous… et pas à la clé Allen. Votre vieux Carl, après avoir déjeuné quelque fois avec lui à la cantine de notre cher paradis où les nuages sont de cordite, n’a pas toujours été d’accord avec lui. Mais je crois qu’on peut lui reconnaître les deux premières qualités d’un soldat : il savait autant se mettre en péril devant les idées préconçues que devant l’ennemi. Et ça, mes amis, en ces temps de budgets grignotés (quoiqu’on puisse en dire), ça n’a pas de prix. Carl.

PS : Vive Surcouf !

Je ne résiste pas...

A mettre en exergue une phrase issue du commentaire de Welf, sur mon précédent post :

"C’est fou ce que la Banque Fukuyama a distribué de chèques dividendes de la paix en bois. Ce brave homme avait du investir dans les subprimes de l’Histoire…"

Très savoureux, excellent !

Blub-blub : la Royal Navy serait-elle en train de couler ?

Au maximum de sa puissance, la RN disposait de plus de bâtiments que les 7 marines la suivant en ordre de puissance réunies.

Aujourd'hui, elle ne dipose plus que de 6 destroyers, 14 frégates et 6 SNA immédiatement opérationnels. Le reliquat est en carénage ou... est bloqué au port, faute de crédits pour le carburant ou d'équipages.

Estimation de Whitehall pour remettre tout cela en ordre : entre 6 et 18 mois.

Premier vol automatisé pour l'AVE-D

Le démonstrateur de drone de combat furtif AVE-D a effectué un vol totalement autonome, enchaînant automatiquement roulage depuis le point de parking, alignement, décollage, évolutions en vol, atterrissage (ici en photo, copyright Dassault Aviation/M. Bonnaire), freinage et roulage de retour au parking.

Ce vol de l'AVE-D constitue une première pour Dassault Aviation et constitue un jalon dans le développement d'une technologie essentielle au bon déroulement du programme européen nEUROn. Les AVE (Aéronefs de Validation Expérimentale) sont une famille d'avions de taille réduite, sans pilote, développée par Dassault et permettant d'expérimenter en vol de nouvelles avancées technologiques.

L’AVE-D pour « Discrétion », a effectué son premier vol au mois de juillet 2000. Il a été le premier drone furtif à voler en Europe.Une étape supplémentaire dans cette voie a consisté en la suppression de ses dérives de l'avion, améliorant ainsi sa discrétion.

Cette formule aérodynamique a conduit à l’AVE-C (C pour « contrôle »), un avion instable dont le contrôle est plus délicat. Il a réalisé avec succès son premier vol en juin 2003.

lundi 7 juillet 2008

Internationalisation plus marquée pour les Red Flag

Le prochain Red Flag, qui se déroulera du 9 au 28 août, sera particulièrement focalisé sur les opérations en coalition. En plus de la présence de Rafale de l’Armée de l’Air, l’exercice permettra d’accueillir des F-15K sud-coréens mais aussi une présence indienne marquée : 8 Su-30MKI, 2 Il-78 de ravitaillement en vol, un Il-76 de transport et des membres du Garud, l’unité de forces spéciales de l’Indian Air Force. Le contingent passera également par Mont de Marsan en juillet.

samedi 5 juillet 2008

Sur la nature du Djihad en Europe (2)

Une belle journée ensoleillée en perspective et un café matinal, de quoi attaquer la question du rôle joué par la pauvreté, l'éducation ou encore le développement dans les processus de recrutement ou de développement du djihadisme - toujours pour faire suite à la proposition de T. Renard et à mon post d'hier.

Dans mon post initial portant sur le rapport du NYPD, j'avais été quelque peu succinct sur le rôle joué par ces facteurs, me bornant à dénoncer la part trop grande qu'ils ont prise en tant que facteurs causaux dans un discours belge où les grilles de lecture marxistes peuvent encore opérer en arrière-plan. Je m'étais alors placé dans une perspective spécifique, ethnocentrée et donc naturellement moins correcte qu'un autre type d'approche. Voilà pour le contexte.

Plus concrètement, je suis d'accord avec Thomas, nous sommes là dans le registre du background. Mais je pense aussi qu'il convient de raffiner le concept même de pauvreté. Une étude que j'avais citée dans DSI et qui découlait d'un sondage de large ampleur conduit dans plusieurs aires géographiques montrait que les éléments "radicaux"(pour l'étude : considérant le 11/9 justifié) étaient en moyenne moins pauvre que les éléments "modérés" et envisageaient leur avenir sous un jour meilleur que les "modérés". On tend alors aux mêmes conclusions que les analyses biographiques de Sageman : le terroriste n'est pas un "petit pauvre peu éduqué" et Ben Laden lui-même ne fait pas exception.

Par contre, il existe une myriade d'acteurs opérant en soutien et qui, effectivement, prendront appui sur la pauvreté ou encore des problématiques d'intégration pour légitimer leur propre action, notamment en matière de financement. Moins spectaculaire, mais tout aussi utile. Reste, cependant, que l'émergence du méso-terrorisme ou des lonewolves pose aussi la question de la nécessité (en quantité et qualité) de ces soutiens. Le principe, après tout, est d'éviter les trop gros réseaux, trop visibles et donc trop vulnérables. En termes de principes de la guerre (version FM 3.0), la simplicité et la manoeuvre prévallent ici sur la concentration des effets et la masse.

A priori, ce que l'on sait des "méso-terroristes" est qu'ils ne sont pas nécessairement pauvres, mal éduqués ou mal intégrés : le moteur de leur engagement n'est pas non plus un idéalisme romatique et altruiste qui renouvellerait sur fond religieux la lutte des classes. Leur engagement est tout simplement politique. C'est là que les choses se corsent : de quelle politique parle-t-on ? Je pense que, pour certains, la recherche d'anomie est en soi une politique : pour les connaisseurs, une sorte de "Fight Club" prenant des habits religieux. Ce qui n'est pas antinomique dans un monde à la fois en recherche de spritualité et... qui a tué Dieu depuis longtemps.

Pour d'autre, le modèle promu par un khalifat peut se révéler attractif au point de justifier le combat et le sacrifice. Plus classique mais toujours efficace. La multiplication des actes méso-terroristes conduirait ainsi, dans l'absolu, à une insurrection distribuée, sans leaders et donc incapable de générer des objectifs dans la guerre (partant du principe que l'objectif de la guerre est partagé. Difficile de vaincre dans ces conditions mais, assurément, une belle épine dans le pied de nos "sociétés de la certitude" où un peu de dyoxine dans le poulet suffit à provoquer un choc économique dans le secteur alimentaire.

En tout état de cause, le combat se place au plan des valeurs (ou de leur absence - rien n'est plus "ordonnant" que la Charia). Stratégiquement s'attaquer à des questions de pauvreté et d'éducation (évidemment, il faut s'y attaquer mais pour d'autres raisons) pourrait dès lors divertir des ressources (en renseignement ou en budget) déjà bien maigres. Ca pourrait causer des vulnérabilités. Laissons donc la Coopération au développement s'en occuper comme elle l'a toujours fait. Concentrons-nous sur l'essentiel.

Ca mérite bien un utre café...

vendredi 4 juillet 2008

Sur la nature du Djihad en Europe

Je profite du troisième café du matin pour répondre tardivement à l'invitation de Thomas Renard, pour une petit débat sur la question du leaderless jihad/méso-terrorisme ou encore sur l'opposition Hoffman/Sageman sur la structuration du terrorisme djihadiste.

En fait, je pense que ce dernier point est important, l'opposition entre les deux me semblant moins radicale qu'elle n'y paraît (mais comme souvent, l'auteur d'une théorie l'interprétera d'une façon très orthodoxe, idéale-typique et tendant à refuser les amendements qui pourraient lui être apportées).

A l'époque, j'avais mis en évidence le méso-terrorisme (en opposition au macro/hyperterrorisme des attentats de NY, Londres ou Madrid) pour tenter d'appréhender les tentatives qui avaient visé, à l'été 2006, des trains en Allemagne. Mal équipés (des bonbonnes de gaz trafiquées et déposés dans deux trains, si je me souviens bien), les terroristes n'avaient finalement pas réussi. Mais, dans mon esprit, il s'agissait d'une seconde forme de modus operandi dihadiste pouvant résulter des phénomènes d'auto-radicalisation et concomittente à la forme plus "classique" de l'hyper-attentat.

Il pouvait également s'agir d'une mutation plus profonde des tactiques djihadistes - qui restait alors à confirmer, nous manquions alors de recul -, reflet d'une adaptation d'AQ à un envirronement stratégique qui devenait de plus en plus défavorable. Deux ans après, nous avons un peu plus de recul et il me semble que la théorie des réseaux peut expliquer l'apparente opposition entre Hoffman et Sageman. Aussi, je pense que ce que l'on appelle traditionnellement AQ continue d'exercer un leadership doctrinal, favorisant une "labelisation" de groupuscules structurellement situés hors d'AQ ou d'individus auto-radicalisés.

Cette labelisation est d'ailleurs nécessaire au groupe comme à sa doctrine : les leaders traditionnels d'AQ semblent avoir une connaissance des élémentaires de la stratégie et l'adaptation à leur terrain d'action (Irak, Maghreb, Europe, etc.) nécessite une adaptation de la "doctrine officielle" (terme très imparfait mais prenons-le pour son pouvoir illustratif) au théâtre visé. Au demeurant, cette labelisation est congruente à une vision où l'Islam nécessite des interprétations : si "les portes de l'Itjtihad" ont été fermées, le raisonnement par analogie reste prégnant dans nombre d'écoles juridiques.

En fait, l'analogie qui me vient à l'esprit est celle de la transmission de la chaleur : là où Hoffman là voit par conduction, Sageman peut la voir par irradiation. Or, les deux ne sont pas incompatibles : un chauffage par irradiation implique un contact minimal, entre molécules d'air plutôt que par le contact de deux pièces de métal, par exemple. Dans le cas d'AQ, ce chauffage par irradiation est doctrinal : il nécessite à son tour une interprétation par les acteurs et le développement de tactiques qui seront contraintes par le manque de moyens. Ce dernier, au demeurant, est une force et non une faiblesse, comme on l'a trop souvent entendu... le résultat d'une société trop obsédée par la technique que pour faire la part des choses ?

Sur le rôle du contexte économique, je ne manque pas de revenir... Mais après la douche !

Libération d'I. Bétancourt : interview

Yannick Hallet, du groupe Sud-Presse m'a interviewé hier sur la question de la libération de Bétancourt - tous mes compliments d'ailleurs au plus Colombien des blogueurs de défense, François Duran - et, plus spécifiquement, sur la question de l'évolution des doctrines de contre-insurrection (si, si, des quotodiens peuvent aussi aborder ces questions - en tous cas, l'on fait ce qu'il faut pour). C'était donc l'occasion de revenir sur l'action intégrale, que nous avions abordé avec l'amiral Bejarano Marin, dans un DSI.

Au-delà du succès de l'opération et des questionnements inhérent au "camouflage humanitaire", force est de constater plusieurs éléments contextuels qui me semblent avoir une grande importance dans la réussite de l'opération :

- les forces colombiennes ont gagné, aux yeux de la population, une grande légitimité : voilà pour le terreau strato-sociologique indissociable de la réussite d'hier. Elle résulte tant d'une doctrine plaçant la population au centre des préoccupations que d'une transition démocratique qui, si elle peut être critiquée par certains (j'avoue l'avoir un temps sous-estimée... mais le commissaire européen au développement, hir soir en TV, le faisait plus encore que moi), est néanmoins en cours ;

- l'appui dont les forces peuvent disposer, en termes de renseignement par exemple, est important et leur niveau d'entraînement est important, source d'une exécution tèrs correcte des plans ;

- elles sont en mesure de planifier des opérations complexes, audacieuses et imaginatives... et faisant sans doute l'objet d'une préparation - psychologique notamment, "formant" cognitivement l'adversaire à devoir céder - de longue haleine.

En fait, la libération de Bétancourt est surtout le reflet d'une contre-insurrection victorieuse, fruit d'une dynamique de succès exponentielle : en la matière, la compréhension des "effets boule de neige" et de l'interdépendance des facteurs est cruciale. Ce qui nous amène à une réflexion que j'avais partagé avec O. Kempf (voir d'ailleurs son avis sur la question ici), lors de l'un de ses passages à Bruxelles :

- un Etat que l'on pouvait considérer comme "effondré" ou "en voie d'effondrement" à la fin des années 1980 (ne revenons pas sur les cartels de la drogue, les FARC, l'ELN et une myriade de milices d'extrême droite) n'est pas nécessairement condamné : il peut se servir de ses difficultés pour recréer une légitimité de l'action et, ultimement, se redresser.

- un tel redressement exige une politique sans faille, faisant éventuellement appel à la force et montrant au passage qu'une guérilla, contrairement à un bon sens populaire qui n'a semble-t-il jamais appris à lire les ouvrages de Chaliand (notamment), peut être vaincue.

Olivier a, de ce point de vue, tout à fait raison de parler de victoire de la stratégie sur la politique émotive. Comme je l'expliquais hier à Y. Hallet, on a tort de croire que "l'emploi d'options militaires" résulte nécessairement en l'emploi de la force, s'entendant comme "brute". Bien au contraire, le but suprême de l'option militaire est l'évitement de la violence.

C'est parce que ce paradoxe fondateur n'est pas compris que l'on disqualifie beaucoup trop rapidement "l'option militaire" au profit d'une "option politique" (le militaire étant pourtant... etc, etc.)... qui n'a pas marché ici. Tout au plus, les interventions françaises et celles de Chavez auront conduit à un meilleure traitement de l'otage. Pas à sa libération.

jeudi 3 juillet 2008

Belgium is back : audition

Ca fait un drôle d'effet de recevoir un courriel vous priant de vous présenter devant la Chambre des représentants, Commission Défense, afin de venir présenter votre conception de la situation tactico-opérationnelle en Afghanistan... Evidemment, on ne peut répondre que par l'affirmative.

C'est amusant : j'ai écrit plusieurs ouvrages, donné des centaines d'interviews, en télé, en écrit ou en radio, rédigé des centaines d'articles, depuis de petites notules d'actualité pour le DSI jusqu'à des articles de 30 pages pour les Cahiers du RMES, donné une bonne quarantaine de conférences, y compris sous forme de cours à des opérationnels et... là, c'est différent. Ce sont les représentants du peuple.

C'est un peu idiot mais... je pense avoir toujours ce respect pour l'institution parlementaire que d'autres pourraient lui nier au prétexte qu'elle n'est pas exécutive...

Addendum : bon, finalement, contre-ordre : les auditions prévues sont reportées à septembre "suite à la proximité des négociations dans le cadre de la réforme de l'Etat".

CVF britanniques : contrat signé !

Le gouvernement britannique a signé aujourd'hui le contrat pour le Queen Elizabeth et le Prince of Wales, ses deux futurs CVF (en illustration, copyright UK MoD). Tarif : 3,775 milliards d'euros. Les bâtiments entreront en service respectivement en 2014 et 2016.

mercredi 2 juillet 2008

Démission du général Cuche : quelques réactions

De par la blogosphère stratégique, pas mal de réactions ont suivi la démission du général Cuche, hier.

JDM relate les dessous de l'affaire, en particulier les conditions dans lesquelles la démission s'est opérée. A compléter avec les infos de J. Guisnel (pas de Légion d'Honneur pour les généraux cette année), qui fournit également une mise en perspective.

François Duran a posté un très bon texte sur la question, que je rejoint tout à fait.

Mars attaque revient quant à lui sur les processus de décision. Pas bête dans le contexte actuel et très mûr pour un jeune blogueur (21 ans).

Belgique : La commission "Défense" entre en guerre

Une semaine après la présentation de la nouvelle note de politique générale, cette dernière est, à l'heure où je vous écrit, toujours en discussion à la Commission Défense. L'occasion de quelques passes d'armes dans la presse et comme toujours en Belgique, c'est pour le moins funky.

Critiquant hier soir un engagement supplémentaire en Afghanistan, l'ancien ministre, A. Flahaut, indiquait que l'on envoyait nos hommes "au casse-pipe". De fait, l'Afghanistan est un théâtre complexe. Mais de la part d'un homme qui ne s'est pas battu pour que le budget de son département soit respecté (et que nos hommes partent avec l'équipement adéquat) durant les 8 ans où il a été en poste, c'est assez "limite". Ca l'est d'autant plus que le BEST (Belgian Soldier Technology) avait été déconsidéré à l'époque Flahaut et qu'il faudra la nouvelle note pour le voir remis au sommet des priorités.

Par contre, pour une fois, je suis d'accord avec l'ancien ministre : la transformation du "ministère de la défense" en "Service Public Fédéral Défense" serait une erreur. La réforme Corpernic des administrations peut assez légitimement être considérée comme un échec : les "top managers" n'ont pas changé mais leurs salaires ont considérablement augmenté. Non seulement nous n'avons pas attiré les meilleurs mais, de plus, les pratiques quotidiennes comme politiciennes non plus. Je ne pense pas que les forces ont besoin de ça. Amusant cependant de constater que cette réforme Corpernic avait été, en son temp validée... par A. Flahaut.

La note De Crem reste terriblement minimaliste, faute de budget : nous aurions dû être à 2 650 millions de budget (suivant le plan annoncé en 2000) et nous sommes à 2 250 (en Euros 2000 constants, sans vente de matériels et d'infrastructures). Le dernier conclave budgétaire a porté l'enveloppe 2009 à 2 773 millions (Euro courant 2008), loin de compenser l'inflation qui nous a touché.

Dans un pays où plus de 60% du budget est consacré au personnel, ça ne pardonne pas : la perte de 400 millions était celle qui devait permettre, pour reprendre les termes du Premier ministre de l'époque, d'avoir une armée "plus petite mais plus opérationnelle, plus rapidement déployable".

En clair la note pare au plus pressé, tout en prenant des accents plus sécuritaires que militaires, influence française et pression des partenaires gouvernementaux obligent. En fait, "Suivant l’enveloppe de référence et les dépenses actuellement prévue, des moyens pour le paiement de nouveaux dossiers d’investissements ne seront disponibles qu’à partir de 2012. Sans modifier la répartition des domaines de dépenses, il n’est donc pas possible de présenter un PIDS (Plan d’Investissements Défense et Sécurité) prévoyant des paiements pour les années 2008 à 2011".
Ce qui signifie que la renvente d'assets et les réductions de personnels sont indispensables à la survie du ministère (qui avait été placé, l'année passée... rien moins que sous curatelle). Concrètement, les investissements annoncés sont :

- Le remplacement des A-310;
- Le BEST;
- L’acquisition de la tenue CBRN;
- Une tranche optionnelle de Dingo II;
- L’acquisition de simulateurs de conduite AIV (Armoured Infantry Vehicle) et Dingo II;
- L’acquisition de véhicules pour les Special Forces, qui semblent donc de retour dans les préoccupations ministérielles;
- La participation au programme de communications par satellites ATHENA (Access on THeatre and European Nations for Allied forces);
- La participation au programme d’observation par satellites MUSIS (Multinational Space-Based Imaging System);
- La consolidation des frégates multifonctions;
- Le remplacement des navires MCM (Mine Counter Measures);
- La continuité du programme F-16 dans le cadre du MNFP (Multi National Fighter Program).

mardi 1 juillet 2008

Le général Cuche démissionne : interview

L'Elysée a annoncé ce matin la démission du général Cuche, CEMAT, à la suite de l'affaire de Carcassonne.

De fait, la réaction du Président de la République lors de sa visite aux blessés ne laissait guère d'ambiguités quant à la vigueur de la réaction - d'autant plus qu'il semble bien que les attaques du chef de l'Etat, hors caméra, aient été extrêmement virulentes (certains diraient insultantes). De plus en plus (cas américain), les chefs d'état-major sont amenés démissionner/à être démissionnés, une tradition encore peu enraçinée en France. Leur responsabilité est "quasi-politique" même si, évidemment, ce n'est pas lui qui a commis la faute.

L'affaire intervient également dans un contexte tendu, consécutif à la parution d'un LBDSN où le président a été quelque peu brocardé et a pu se sentir attaqué par la sortie des Surcoufs. Autant de raisons pour l'Elysée de vouloir "serrer la vis".

Autant de thématiques sur lesquelles Yves Izard, de France-Info, vient de m'interviewer. Je pense que l'interview devrait passer dans les prochains journaux.

Pour ma part, je tire mon chapeau au général Cuche, qui aurait du quitter sa fonction d'ici deux mois environ. Il a pu être critiqué mais la rédaction a toujours reçu le meilleur accueil et l'interviewer était un jeu d'enfant. Le général Irastorza pourrait être amené à le remplacer.