vendredi 14 mars 2008

Les 13 principes de combat du Hezbollah

L'un des sujets me fascinant le plus pour le moment réside en le positionnement de la convergence entre opérations de guérilla et opérations classiques. A bien des égards, un risque majeur pour les armées occidentales consiste à considérer que les unes et les autres sont foncièrement différentes.

Or, elles relèvent fondamentalement de la même grammaire théorique même si, dans la pratiques, tactiques et procédures peuvent différer. Toute l'utilité, on le comprendra, de localiser leur point de connectivité conceptuelle réside donc dans l'aptitude d'une force à basculer d'un mode à un autre, comme s'il s'agissait de retourner une pièce de monnaie.

De ce point de vue, bien conseillé par Stéphane "Mr. COIN" Taillat, je me suis attelé à la lecture de la monographie que le CAC vient de publier sur la "guerre de juillet". Il y est fait mention des 13 principes de combat du Hezbollah :


1. Avoid the strong, attack the weak—attack and withdrawal!

2. Protecting our fi ghters is more important than causing enemy casualties!

3. Strike only when success is assured!

4. Surprise is essential to success. If you are spotted, you have failed!

5. Don’t get into a set-piece battle. Slip away like smoke, before the enemy can drive home his advantage!

6. Attaining the goal demands patience, in order to discover the enemy’s weak points!

7. Keep moving; avoid formation of a front line!

8. Keep the enemy on constant alert, at the front and in the rear!

9. The road to the great victory passes through thousands of small victories!

10. Keep up the morale of the fi ghters; avoid notions of the enemy’s superiority!

11. The media has innumerable guns whose hits are like bullets. Use them in the battle!

12. The population is a treasure—nurture it!

13. Hurt the enemy and then stop before he abandons restraint

La question est, à ce moment : qu'est ce qui empêche nos armées de comprendre, d'intérioriser et de retourner à leur avantage ces prescriptions si limpides ?

11 commentaires:

tanguy struye a dit…

En fait le Hezbollah n'a-t-il tout simplement pas apliqué les préceptes de Mao et Sun Tsu ? Préceptes qui sont plus difficiles à appliquer pour nos armées conventionnelles occidentales, bien que des concepts comme le swarming, les EBO, boucle OODA sont aujourd'hui d'application.Le problème majeur n'est à mon sens pas tactique ou opérationnel, mais se situe au niveau des idées: la question de la noosphère (relation idéologie-médias- opinion publique),un multiplicateur de forces que nous ne maîtrisons toujous pas suffisamment et que nous continuons à sous-estimer.

Stéphane T a dit…

"Mr COIN"? Cela fait canard (le comble pour un habitant du GERS!)
Plus sérieusement, la question est vraiment problématique: les blocages institutionnels et les biais culturels(que nous rencontrons tous dès que nous travaillons dans une grande structure) peuvent expliquer beaucoup de choses. Il n'empêche quand même que ces 13 principes sont le B-A BA de l'action militaire. Mais il est vrai que "la discipline faisant la force principale des armées", il est plus rassurant et moins dangereux de suivre les procédures de l'entraînement: on ne prend pas de risque à le faire, du moins en apparence, car on risque de perdre le combat-ou de passer devant les tribunaux si on préfère "zigouiller" plutôt que "gagner les esprits et les coeurs". Même dans ce dernier cas, on ne risque d'ailleurs pas tant que cela (ah, l'heureux temps où les officiers de la Navy risquaient la peine capitale en cas de défaite!).
On peut donc trouver un facteur social, culturel et psychologique pour expliquer ce qui apparaît comme incompréhensible: je l'illustre par cet aphorisme répandu au sein des 2 escadrons du 3ème régiment de cavalerie à Tell Afar (entre mai 2005 et mai 2006): "plutôt être jugé par 12 que porté par 6"!
Cordialement
ST

Anonyme a dit…

C'est vrai que pour la partie en français dans le texte, c'est tout de suite compréhensible...le reste ne doit pas être très important sinon il aurait été traduit je pense !

Anonyme a dit…

Allons-allons... Ce n'est que de l'anglais, il aurait pu vous la faire en arabe ;o)

Anonyme a dit…

Un effort de traduction en Français pourrait éviter d'avoir à sortir l'Harrap's en deux volumes. L'Anglois basique d'accord. L'Anglois parfois technique, oué, pas toujours... Merci.

Götter

Stéphane T a dit…

Je mâche le travail de JH:
1- Evitez le fort, attaquez le faible. Attaquez et retirez-vous aussitôt
2-protéger nos combattants est plus important que d'infliger des pertes à l'ennemi
3-frappez uniquement quand le succès est assuré
4-la surprise est essentielle au succès. Si vous êtes repéré, c'est que vous avez échoué
5-Ne pas se laisser entraîner dans la bataille. Echappez-vous comme la fumée, avant que l'ennemi ne puisse retrouver ses esprits.
6-atteindre l'objectif demande de la patience, afin de déterminer les points faibles de l'ennemi
7-restez en mouvement et évitez tout rassemblement au combat
8-gardez l'ennemi en constante alerte, sur ses arrières comme ses devants.
9-la route vers la grande victoire passe par des milliers de petites victoires
10-conservez un moral élevé, évitez toute référence à la supériorité de l'ennemi
11-les médias ont d'innombrables armes aussi meurtrières que des balles, utilisez les dans la bataille
12-la population est un trésor. Prenez-en soin
13-Frappez l'ennemi mais seulement jusqu'à ce qu'il abandonne toute retenue. Arrêtez à ce moment.

ZI a dit…

Je vais sans doute avoir l'air d'un grand naïf, mais tout de même, tout cela m'a l'air de relever de l'évidence.

Surtout le coté frapper vite et fort et disparaissez! On est en terrain connu.

Après, je ne me fait pas beaucoup d'illusions sur la capacité des armées modernes à utiliser ces principes dans la contre-insurrection.Les bureaucraties ce ne sont pas agiles, on en fera jamais des panthères.Mais peut être suis-je trop pessimiste.

MrCOIN étudie bien un éléphant qui mange de la soupe avec un couteau.Alors....

Anonyme a dit…

Partiellement d'accord avec Tanguy, on n'est pas face à quelque chose de réellement nouveau si l'on pense à Mao ou au Viet Cong.

La vraie différence, me semble-t-il, tient à la gestion des ressources humaines. Alors que les guérillas communistes d'extrême-orient s'accommodaient de pertes gigantesques, le Hezbolla h travaille avec un noyau réduit de combattants surentrainés, très coûteux, que l'on n'envoie pas mourir bêtement. D'où le deuxième commandement, qui a ma connaissance - mais celle-ci est peut-être défaillante - ne faisait pas partie des conceptions militaires de Mao.

Stéphane T a dit…

ZI,
En voyant mes enfants manger (le plus petit surtout qui a 3 ans), je peux garantir que TOUT est possible!!! (à mon avis, Lawrence d'Arabie était trop bien éduqué pour même penser que l'on pouvait manger de la soupe avec un couteau.... simple biais culturel :) )
Cordialement
Stéphane "Mr COIN" TAILLAT

Athéna et moi... a dit…

Alors, oui, on retrouve les fondamentaux insurrectionnels mais les trois derniers principes me semblent être un ajout plus qu'utile.

A la fois sur l'importance des médias en tant qu'arme mais, surtout sur l'importance des populations en tant qu'enjeu. Bien sûr l'oncle Hô et tonton Mao en avaient conscience. Mais ils n'ont jamais poussé aussi loin que le Hezb : au contraire même, ils se limitaient au minimum (réforme agraire) et misaient sur la montée d'une élite. C'est aussi le cas du Hezb mais il mise sur une vision plus égalitaire.

Enfin, le retrait avant le point culminant pour faire suivre d'une exploitation militaro-médiatique est remarquable ! Nos EBO, swarming et autres OODA sont, effectivement, épistémologiquement trop faibles pour contrer le niveau d'action adverse.

Stéphane T a dit…

Sur le sujet plus large des aspects informationnels, je signale que je poste sur mon blog un petit document du Insurgent Research Group du King's War College....Bonne lecture