samedi 1 mars 2008

KC-45 : Northrop Grumman/EADS décroche le gros lot


La décision est tombée hier, c'est l'offre commune à NG et à EADS (KC-30) qui l'a emporté sur celle de Boeing. Les 179 prochains ravitailleurs en vol de l'USAF seront donc européens... mais construits aux Etats-Unis, où l'on estime que 25 000 emplois vont dépendre de ce contrat.

On s'en doutera, la nouvelle tombe plutôt bien pour EADS qui réalise là une percée qui n'était pas a priori évidente. Et de facto, Boeing pourrait être tenté de remettre en question le choix de l'Air Force pour un appareil aux plus grandes capacités d'emport tant en cargo qu'en carburant (et qui présente également des performances plus importantes en termes de débit à la perche, augmentant l'Optempo) que le KC-767.

Surtout, la commande ne devrait en toute logique que représenter une première tranche, certaines estimations tablant sur un besoin total de 500 appareils. Et certains, y compris au sein de l'USAF, d'évoquer un "mix" avec le KC-767, options apparement discutée il y a quelques mois et qui pourrait refaire surface.
Reste que le KC-767 connaît aussi un certain nombre de problèmes. Japonais et Italiens n'ont guère apprécié les retards et problèmes techniques divers de l'appareil, suspectant Boeing de leur faire essuyer les plâtres technologiques... au plein bénéfice de l'USAF. Cependant, il faut également indiquer que le B-767 devrait logiquement être la plateforme multifonctions de l'USAF, comme l'avait été le B-707 (décliné en E-3, E-6, E-8, RC/WC/OC/NC/NKC/EC-135). Ce qui pose donc la question de la diversification du parc US.
Mais cette dernière ouvre aussi des possibilités phénoménales pour l'avionneur européen. Eprouvé, l'A-330 est apprécié des pilotes, facile à maintenir et... dispose d'un gros potentiel de croissance : la place en cabine, son volume utile ne manque pas. Et sa réserve de puissance est importante.

En attendant, ne boudons pas notre plaisir : le matériel européen est bon (l'USAF suit en cela le choix de la RAF, de la RAAF, des Emirats et de l'Arabie saoudite) et le succès au rendez-vous. Un contrat évalué à 30 milliards de dollars, ça ne tombe pas tous les jours...

vendredi 29 février 2008

"Think EU"...

"So I am here today in Paris to say that we agree with France – Europe needs, the United States needs, NATO needs, the democratic world needs – a stronger, more capable European defense capacity". C'est l'une des petites phrases prononcée par Victoria Nuland, ambassadrice des Etats-Unis à l'OTAN, le 22 février au Press Club de Paris. Quelques autres :

- "one of the most important things French leaders can do for global security is to strengthen and build the capacities of the EU" - non, ce n'est pas une blague, les Américains semblent sortir du paradigme Albright (pas de duplication, etc.) ;

- "our first stop is often at the European Union. Of course to the 27 member states but increasingly to the institution itself"

- "in Chad the EU is discovering that even to conduct a relatively modest peace support operation, you need desert capable helicopters, long range transport aircraft, you need sophisticated intelligence, surveillance and reconnaissance assets and modern interoperable communications equipment" ;

- "President Sarkozy is right – "NATO cannot be everywhere"" ;

- "we need a stronger EU" ;

- "Europe needs a place where it can act independently, and we need a Europe that is able and willing to do so in defense of our common interests and values" ;

- Cerise sur le gâteau qu'appréciera Londres, "But If Washington and Lafayette could join forces to drive off the red coats".

Un sous-entendu désagréable - ou est-ce moi qui ne suis pas très en forme ce vendredi - se dégage toutefois : faute d'avoir investi suffisament en leurs capacités au profit de l'OTAN, les Européens sont-ils renvoyés à leurs propres paturages, dans un remake du "grandissez d'abord, évitez de transformer les instances OTAN en zone de bataille politique et, ensuite, nous pourrons travailler" sous couvert d'une plus grande ouverture à l'institution européenne ?

jeudi 28 février 2008

FM 3-0 : précisions

Le général Caldwell a tenu une conférence le 26 février avec des bloggeurs américains, précisant quelque peu les contours donnés aux prochain manuel FM 3-0 (ancien FM 100.5). Military.com dresse une synthèse... très synthétique des chapitres :

-- Chapter 1 establishes the context of land operations in terms of a global environment of persistent conflict, the operational environment, and unified action. It discusses the Army's expeditionary and campaign capabilities while emphasizing that it is soldiers who accomplish missions.

-- Chapter 2 describes a spectrum of conflict extending from stable peace to general war. From that spectrum, it establishes five operational themes into which various joint operations fit. Borrowing heavily from emerging NATO doctrine, this chapter helps Army leaders to understand where diverse operations such as peacekeeping and counterinsurgency fit and shape supporting doctrine.

-- Chapter 3 is the most important chapter in the book; describing the Army's operational concept -- full spectrum operations. Full spectrum operations seize, retain, and exploit the initiative through combinations of four elements: offense, defense, and stability or civil support operations. Mission command is the preferred method of exercising battle command.

-- Chapter 4 addresses combat power, the means by which Army forces conduct full spectrum operations. It replaces the older battlefield operating systems ("BOS") and elements of combat power with six warfighting functions tied together by leadership and employing information. Combined arms and mutual support are the payoff.

-- Chapter 5 reviews the principles of command and control and how they affect the operations process -- plan, prepare, execute, and assess. The emphasis is on commanders and the central role that they have in battle command. Commanders understand, visualize, describe, direct, lead, and continually assess.

-- Chapter 6 discusses operational art, offering Army commanders a bridge between military theory and practice.

-- Chapter 7 is about information superiority, particularly information operations. Information operations divide into five Army information tasks, with particular emphasis on information engagement. -- Chapter 8 addresses the significance of strategic and operational reach to the force, articulating how the Army capitalizes on unique expeditionary and campaign qualities to promptly deploy forces into any operational environment worldwide, even the most austere regions.

NB : Stéphane Taillat m'indique que le document est paru sur le site de l'Army. Bon, ben maintenant je sais quoi lire ce soir ;o)

Re-NB : l'analyse de Stéphane me semble très pertinente, en particulier dans sa relation à une relecture moins biaisée, moins "utilitariste" et plus en profondeur, de Clausewitz. Elle montre aussi une convergence doctrinale de facto avec le FT-01 français (une version en langue anglaise est maintenant dispo). Plusieurs militaires français ont d'ailleurs conseillé les Américains - une excellente chose.

Reste, cependant, Stéphane le souligne mais j'insiste, la délicate question de la perénnité d'un éventuel changement organisationnel. Historiquement, depuis 1982, l'évolution du 100.5 a toujours tendu vers une plus grande prise en considération tant des OOTW que des LICs. Mais... l'application qui en était faite restait marquée par les biais "classiques" de l'organisation : focalisation excessive sur un combat placé au stade de référent identitaire ; pression au résultats quantifiables et, ultimement, tendance à la technologisation (à ne pas confondre avec la technicisation, moteur des Transformations/modernisations ;o)

En d'autres termes, reste à voir quel sera le destin "pratique" du document : Joe Cerami me disait ainsi que, depuis le Vietnam "l'armée n'a rien appris et n'a rien changé". Et, de fait, à relire quelques ouvrages sur le traitement de la COIN au Vietnam (dont la si particulière méthode d'alimentation de Nagl), si l'armée a, en réalité, appris sur le terrain, elle a ensuite effectivement oublié, revenant alors à ce qu'elle estimait être son core business. Rendez-vous après les retraits d'A-stan et du "sandbox" ?

Bon, allez, m'en retourne à mon petit dernier, moi. Bonne soirée tout le monde !

Sondage, les résultats finaux

A la question "Un DSI Hors série tous les deux mois : êtes-vous prêt à vous abonner ?" (n = 62); vous avez répondu 17 fois "oui", 7 fois "non" et 38 fois "je préfère l'acheter en kiosque".

Merci à toutes et tous pour votre participation !

mercredi 27 février 2008

Banzaï ! Le Type-10 a été présenté par le TRDI


Le TRDI japonais a présenté mi-février le prototype du nouveau char de combat qui va équiper les forces terrestres japonaises, le Type-10. Il remplacera les Type-74 et épaulera les 224 Type-90, le fameux "Leclerc asiatique", de 50 tonnes. Avec une masse de 40 tonnes, il est équipé d'un canon de 120 mm et de blindages céramiques. Devant entrer en service vers 2010-2011, il est question de le doter, à terme, d'un canon électromagnétique.
Selon plusieurs analystes, l'évolution de la position japonaise en matière d'exportation d'armements est appelée à changer dans les prochaines années, de sorte que le Type-10 est considéré comme l'un des "test" de cette nouvelle stratégie, en particulier face au nouveau K-2 coréen.
Les forces d'autodéfense japonaises entretiennent 900 chars de bataille.

mardi 26 février 2008

DSI n°35, mars 2008 - le sommaire



DSI n°35 - mars 2008 - le sommaire

Editorial
Nominations et agenda
Veilles contre-terroristes
Les contrats du mois


Veilles stratégiques :

Flash

Canada : Vers un achat de Puma ?

Etats-Unis : Gargantuesque défense ; DARPA : augmentation du budget ; Satellites : objectif Terre mais sans dégâts… ; Industries de défense : bons résultats ; La garde nationale aux abois ; USAF : back to the future ; US Navy : des SSGN à Guam ; US Navy : record pour un canon électromagnétique ; US Navy/US Army : un plan pour l’ACS ; US Army : vers des « guerres hybrides » ; US Army : le Raven, peu fiable ? ; US Air Force : les B-2 vont avoir une capacité MTK ; US Air Force : Robert Gates a des doutes sur le F-22.

Allemagne : K-130 : réception de la première corvette

Belgique : 90 mm : vers l’abandon ?

France : Une base dans les Émirats ; SITREP LIVRE BLANC : les premiers éléments ; Licorne : effectifs français allégés ; Petite cure de jouvence pour les C-130 ; Modernisation des Cougar notifiée ; Capacité de tir accrue pour les Mirage 2000D

Royaume-Uni : Des choix douloureux en perspective ; La RAF, deuxième opérateur du RC-135 ; Les chèvres peuvent respirer

Pays-Bas : Nouveaux bâtiments de guerre des mines

Russie : De grandes ambitions pour l’aviation stratégique

Suède : Le programme SEP est annulé

Afghanistan : Une force aérienne en plein essor ; un sommet de l’OTAN sous pression

Azerbaïdjan : Modernisation en vue pour la force aérienne

Chine : La force bleue

Émirats Arabes Unis : De nouveaux véhicules de combat ; Câbles sous-marins : des ruptures qui posent question

Inde : Des bâtons dans les roues pour la base d’Ayni ; De nouveaux Hawk ; Renforcement des capacités de guerre en montagne ; Vikramaditya : la saga continue

Israël : Le Jericho-3 en test ; livraison du premier Eitam ; La publication du rapport Winograd

Sri Lanka : Un nouveau radar pour contrer les Sea Tigers

Taiwan : Les Hsiung Feng 3 Opérationnels !

Australie : Création d’une « Unité des exportations de défense »

Afrique du Sud : Denel un peu moins sud-africain

Tchad : Une offensive mal planifiée

La chronique de Carl Von C. « Murphy était Européen »

Sur le vif

Les candidats aux primaires américaines et leurs programmes de défense
Par Tanguy Struye de Swielande, professeur à l’Ecole Royale Militaire (Bruxelles)

"Préserver la cohérence"
Entretien avec Bruno Cuche, chef d’état-major de l’armée de Terre

Stratégie

La guerre, entre constance et transformations
Entretien avec Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS

Quelles solutions pour l’Afghanistan ?
Entretien avec le Col. (Ret.) Christopher Langton, International Institute of Srategic Studies

La fragilité de la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité. Le ver était, et reste, dans le fruit
Par Samir Battiss, chercheur à la Chaire de recherche en politique étrangère et de défense canadienne à l’UQAM

Porte-avions et sous-marins : les nouveaux capital ships ?
Entretien avec Alexandre Sheldon Duplaix, chercheur au Service Historique de la Défense (section marine).

Carte : porte-avions, porte-aéronefs et amphibies à pont continus dans le monde

Nous serons de plus en plus conscients de l’élément marin
Entretien avec Michel Scialom, auteur de La France, nation maritime ?

Armées

Un sabre dans les airs. La Royal Saudi Air Force.
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit, chargés de recherche au CAPRI

La marine saoudienne face au défi de l’opérationnalité
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : la marine saoudienne
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

L’Eurocorps, un bel outil… trop peu exploité
Par Véronique Sartini, journaliste

La vraie force aujourd’hui c’est la coalition permanente, le nombre de drapeaux
Entretien avec le général Pedro Pitarch, commandant de l’Eurocorps

Technologie & Armement

Frapper à la vitesse de l’éclair. Le Prompt Global Strike face aux réalités technologiques
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

L’USAF au cœur du Prompt Global Strike : les bombardiers stratégiques toujours d’actualité
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Prompt Global Strike, science fiction ou réalité à moyen terme ?
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

General Dynamics F-111 Aardvark/ Le Raven et le déficit en guerre électronique de l’Air Force

Destroyer Type 45, classe Daring/La défense antiaérienne britannique à la mer

APC/IFV Steyr Pandur II/ La recomposition du marché des 8x8

Critiques de lecture

Contre-insurrection. Théorie et pratique, de David Galula
La guerre moderne de Roger Trinquier
Penser l’Océan avec Midway de Guy Labouérie
Les Cahiers du RMES, Vol. 4, n° 2, hiver 2007-2008.
Blogs francophones de défense : une explosion bienvenue

Thèse : la table des matières

Et voilà, la thèse est rentrée dans le répertoire des thèses électroniques de l'ULB. Je n'ai pas désiré qu'elle soit intégralement accessible - en ligne ou sur place -, par contre, sa table des matières l'est. Elle peut être consultée ici.

Succès des essais du plus petit missile du monde

Le Naval Air Warfare Center de l’US Navy a testé son missile Spike dans des conditions similaires à celles d’un lancement depuis un UAV, détruisant une cible mobile (un véhicule).

Ne devant pas être confondu avec le missile antichar israélien homonyme, le Spike américain a une longueur de 63 cm pour une masse de 2,6 kg. Engin « tire et oublie » il dispose d’un guidage par imagerie électro-optique.

La Navy ambitionne d’en acquérir à un prix unitaire inférieur à 5 000 dollars – devenant de la sorte le missile guidé le moins cher du monde -, de façon à pouvoir équiper ses mini-UAV.

Non, la nature de la guerre n'a pas changé...

J'avais déjà eu sur ce blog l'occasion de répondre à Philippe Monfils sur l'utilité des chars d'un point de vue technique. La Libre Belgique m'a donné l'occasion de faire de même mais, cette fois, j'ai pris un angle d'attaque plus conceptuel dès lors que le sénateur abordait la question de la "nature des conflits". Le résultat est paru ce matin et est à lire ici.

lundi 25 février 2008

Le chiffre du jour...

Est "600 millions (USD)". C'est le coût "seaworthy" d'un LCS-1 (classe Freedom). Il comprend la construction du bâtiment et une partie de son électronique et certains matériels achetés par ailleurs par le gouvernement.

Il ne comprend pas la R&D ni les modules de missions, estimés à 100 millions/pièce.

Avouez tout de même que ça fait fort de café pour une frégate légère qui, sans ses modules, ne dispose d'aucune capacité de combat autre que l'autodéfense...

dimanche 24 février 2008

Caedes

Terme latin que l'on pourrait traduire en termes plus contemporains par "poursuite prélable à l'anéantissement de l'adversaire". En l'occurrence, le - très sympathique - adversaire du jour est mon prochain ouvrage, dont je peaufine actuellement la conclusion.

Dans quelques heures, il partira vers mon directeur de collection... et il entamera sa vie propre. Terminer un ouvrage, finalement, est assez comparable à un accouchement : on est content d'en arriver à la fin, on est heureux d'avoir vécu la gestation et on a toujours un peu peur de ce que le "minot" deviendra.

Débat terrorisme sur RTBF

Le Mise au point de ce dimanche était consacré au terrorisme en Belgique. Vieux débat certes mais assez intéressant : on y a plus parlé stratégie que d'autre chose, ce qui n'est pas pour me déplaire.

De même, il semblerait même que l'on commence à parler sereinement de résilience. Pas de citation de votre serviteur certes mais un certain nombre de références faisant surface ça et là. Bon, et bien, reste à voir si ces déclarations d'intention passeront à la case "proposition de loi"...

samedi 23 février 2008

Pensez hybride

Je ne parle pas de motorisation automobile. En fait, je viens de retomber sur l'excellentissime travail de Frank Hoffman, Conflict in the 21st Century: The Rise of Hybrid Wars, paru en décembre 07, qui a une influence certaine sur l'actuelle réflexion de l'USMC.

De quoi, sans doute, nous faire sortir des limites conceptuelles de la "guerre asymétrique" (cf. mon article dans les Cahiers du RMES) et de la dévalorisation des opérations COIN qu'elle porterait. De quoi, aussi, montrer la convergence des réflexions des deux côtés de l'Atlantique (Cf. les travaux de V. Desportes et du Col. Goya).

Une réponse à Philippe Monfils : non, le char n'est pas inutile

La dernière intervention du sénateur et ancien président de la commission de la défense, Philippe Monfils (1) sur ce qu’il considère comme l’inutilité des chars de bataille pose question à bien des égards. Tentons donc de déconstruire ses arguments et de les opposer à la complexité et à l’immense diversité des contributions issues de professionnels de la défense.

Le char est-il un has been de la défense ?

Le sénateur avance que le char n’a été utilisé qu’une fois par les Belges sur la toute la durée de leur carrière. Mais c’est oublier que le char est un élément de dissuasion tactique. Idéalement, il est là pour ne pas être utilisé et, de ce point de vue, si les Belges n’ont pas utilisés leurs Leopards au Kosovo, ils ont parfaitement rempli leur rôle, aussi paradoxal que cela puisse paraître. On arguera ensuite que les chars sont utilisés mais lorsque le politique décide de les employer : les Leopard 1 danois ont tiré contre des chars serbes en 95, en protection des forces des Nations Unies, qui n’ont ensuite plus été menacées dans le secteur où elles opéraient. Les Leclerc français sont considérés comme les pièces maîtresses de la sécurité de la FINUL II au Liban et, au Kosovo, ils ont souvent évité la dégénérescence de faces-à-faces entre Serbes du Kosovo et kosovars. Le char protège, par sa simple présence, troupes et populations civiles.

P. Monfils arguera également que les chars belges au Kosovo étaient statiques, afin de ne pas bouleverser les champs des agriculteurs locaux. Mais c’est oublier qu’en en cas de problème, les chars naturellement mobiles alors que, par ailleurs, lesdits champs seraient bien plus labourés par un véhicule 8x8 de 22 tonnes – simplement parce qu’ils exercent une pression au sol inférieure à un char de plus de 50 tonnes dont la masse est répartie sur la surface des chenilles. Aussi, s’il est vrai que le Sénateur a raison sur la question de la consommation des engins, que vaut-elle comparativement à la vie de nos soldats, alors que les menaces potentielles – même durant les opérations de maintien de la paix – sont de plus en plus perfectionnées et perceront des blindages que l’AIV ne pourra plus porter ? AIV qui, au demeurant et dans leur version de transport de troupes, ne pourront pas, face à l’évolution des menaces – la vieille lutte du glaive contre le bouclier – se surblinder. Aussi, lorsque Philippe Monfils indique que les conflits auraient changé de nature, il ne se trompe qu’à moitié.

Si, techniquement, la nature des conflits est invariable depuis Assurbanipal (il s’agit toujours d’imposer à son adversaire des vues qu’il combat), son caractère est effectivement changeant. Mais pas dans le bon sens. C’est ce que disent les meilleurs stratèges du monde, de Vincent Desportes à Rupert Smith en passant par Antulio Echevarria, Hervé Coutau-Bégarie ou encore Colin Gray. Tous – et de nombreux militaires belges que nous devrions apprendre à écouter – s’accordent à dire que nous allons connaître des conflits plus longs où les phases de stabilisation (auxquelles la Belgique entend participer) et de combat sont de plus en plus imbriquées. Nous allons aussi vers des conflits plus durs, comme le dit le chef d’état-major des armées françaises, où les adversaires – qu’ils soient ou non des Etats – disposeront de munitions perfectionnées ou à fort pouvoir antiblindés, que la Russie et la Chine n’hésitent en aucun cas à vendre.

Nous ferons aussi face à des techno-guérillas, comme au Liban, dans l’actuelle Somalie actuelle ou au Sri Lanka. Elles seront « non-linéaires ». C’est à dire qu’elles connaîtront des phases d’accalmies entrecoupées de brusques poussées de violence, y compris lors des missions de maintien et de rétablissement de la paix dont parle Philippe Monfils. Il ne sera alors pas question, alors, d’évacuer des Belges qui devront « faire le gros dos » et « tenir le choc ». Il s’ensuit que la protection des forces et, donc, le blindage et la faculté d’évolution des véhicules sur de longues périodes, sera déterminante. De ce point de vue, l’assertion selon laquelle « tous nos voisins ont mis leurs chars en vente sur des marchés d’occasion » est curieuse.

En effet, aucun char Leclerc français n’est mis en vente et que s’il est exact que les Allemands et les Hollandais vendent une partie des leurs, c’est parce qu’ils sont trop nombreux. Les Britanniques, quant à eux, modernisent leurs chars, de même que les Américains. Le Canada, le Portugal et l’Australie qui voulaient l’abandonner y sont revenus. En fait, le char prolifère partout dans le monde, y compris dans une Afrique où nous entendons pouvoir continuer à intervenir. Celui qui n’en dispose pas est condamné à se soumettre à la loi du plus fort, contre les principes des Nations unies. Plus largement, la Belgique est le seul pays au monde à vouloir se débarrasser de sa composante « char » alors que sa stratégie est pourtant ambitieuse.

Reste, aussi, la question du transport des chars, également abordée par le Sénateur dans son interview et sachant que notre armée ambitionne de pouvoir être projetée plus facilement. Mais, personne ne transporte les chars par les air. Même les Etats-Unis qui disposent de C-5 Galaxy aux capacités équivalentes aux Antonov dont parle le Sénateur, utilisent leurs navires. La solution est plus simple, plus rapide et moins coûteuse. On ajoutera qu’avec seulement 7 A400M commandés par la Belgique, le transport maritime s’imposera de toute façon.

Quelques considérations politiques

Alors que G. Verhofstadt vient de rencontrer le président français pour notamment s’entretenir de la défense européenne, il est bon de rappeler qu’avec 10 millions d’habitants, la Belgique fait moins pour sa défense que plusieurs Etats plus petits. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à parler de l’exercice de free-riding de Bruxelles, qui bénéficierait d’une sécurité payée par d’autres, France, Allemagne et Pays-Bas en tête. Or, les budgets sont à la baisse partout, ce qui signifie que l’on demandera plus à une Belgique dont les dernières statistiques de l’OTAN montrent qu’elle la dernière de ses membres en matière de part du budget affecté à l’équipement. Or, à plus de 3 millions d’euros pièce, un AIV doté d’un canon de 90 mm sera plus cher qu’un Leopard II d’occasion, quasiment neuf, acheté à nos voisins pour moins d’un million. Le poids politique de cette décision pour le moins économique serait important et la protection de nos soldats serait meilleure. Bien d’autres dossiers en souffrance à la défense pourraient être financés.

Pourquoi, dès lors, ne pas envisager cette option ? Dans le chef de l’ancien ministre de la défense comme du Sénateur, le véhicule à roue, c’était la modernité. A bien y regarder, ça l’a effectivement été. Mais c’était vers 1996, lorsque la vision américaine, promue par le général Shalikashvilli, envisageait des myriades de véhicules à roues (les « brigades Stryker »). Elles auraient été dotés d’un « blindage informationnel », en fait des réseaux de surveillance ultrasophistiqués. Mais cette vision a démontré son échec dans les phases de stabilisation d’un conflit irakien dont les tactiques sont celles des conflits futurs et d’opérations de maintien de la paix… de moins en moins pacifiques. A cet égard, la vision défendue par P. Monfils n’est sans doute pas celle de la guerre froide. Mais cette vision, imaginée à une époque où des technologies impayables pour la Belgique devaient « changer la nature de la guerre », est devenue totalement has been face aux réalités, au point que les Américains eux-mêmes en reviennent. Sommes-nous obligés de faire les mêmes erreurs ?

vendredi 22 février 2008

Le Dolgorukiy enfin à l'eau

Le Youri Dolgorukiy, tête de la nouvelle classe de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins russes a finalement été mis à l’eau le 13 février 2008. Au terme de son baptême en avril 2007, le bâtiment était resté en cale sèche.

90 mm : Ducarme contre-attaque

Vous aurez sans doute lu l'interview de P. Monfils, accordée en début de semaine à La Libre et vous aurez sans doute été, comme moi, assez sceptique sur la pertinence et la validité factuelle des arguments avancés. J'ai d'ailleurs préparé une "opinion" que j'enverrai pour proposition de publication au qutodien, tout à l'heure.

Denis Ducarme n'a cependant pas pris autant de temps que moi. Pour preuve, il a réagit hier soir sur son blog. Morceaux choisis : "Philippe Monfils indique que nos voisins ont mis « leurs chars en vente » et « favoriseraient l’usage de véhicule blindés sur roues ». Cette affirmation est évidemment fausse".

Et d'ajouter qu'"aucun char Leclerc français n’est mis en vente, si les Allemands et les Hollandais vendent une partie des leurs, c’est parce qu’ils sont surnuméraires face à leurs nouvelles structures (les Pays-Bas en gardent 84, les Allemands, plus de 1000). Les Britanniques modernisent leurs chars, les Américains aussi. Le Canada, le Portugal et l’Australie avaient envisagé d’abandonner les chars, ils y reviennent finalement (respectivement, des Léopards II et des M-1 américains).

Au final, "Personne en Europe – sauf la Belgique – n’envisage aujourd’hui d’abandonner sa composante « char » et la majeure partie des forces armées se réoriente vers les véhicules portés sur chenilles". A ma connaissance, plus précisément, personne au monde ne songe à se départir de l'instrument de dissuasion tactique - et donc de protection des forces - que constitue le char de bataille. Et si nous n'en sommes plus aux volumes de la guerre froide, la fonction assumée par le char a également mûté profondément, ce que démontrait brillament Marc Chassillan dans le n°7 de DSI, en septembre 2005.

On ne peut donc mieux dire. D'autant plus que la référence à la soit-disant évolution de la nature de la guerre par Philippe Monfils se traduirait par la nécessité de l'allègement des dispositifs de force. Ce qui, là aussi, a fait tiquer - comme toute personne ayant un peu lu sur le sujet ces dernières années - le vice-président de la commission de la défense : "En matière de nature d’évolution dans la nature des conflits à laquelle Philippe Monfils fait allusion, on doit citer Vincent Desportes du CDEF (Centre de Doctrine de l’emploi de la force) dont le dernier ouvrage « la guerre probable » fait autorité en matière de doctrine d’emploi de la force armée".

Dernier pied de nez du vice-président à l'ex-président : le programme du MR (dont ils sont tous les deux membres) demande l'achat de chars d'occasion. Décidément, oui, la sortie de P. Monfils laissera sceptique...

jeudi 21 février 2008

Un grand merci !

A toutes celles et ceux qui m'ont par ce blog, par mail ou par téléphone envoyé leurs félicitations et autres encouragements dans le cadre de la thèse. Pour les remercier, elles et eux comme les autres, la table des matières de ma thèse devrait bientôt être en ligne sur le site de l'ULB, je ne manquerai pas de mettre le lien (qui à dit "noooonn, pas ça !!" ?). En attendant, voilà toujours quelques photos des opérations !

Embouteillages dans la journée... et en orbite

La destruction réussie du satellite US a plus de 240 km a causé une légère surcharge de votre serviteur, ce qui sera à lire demain dans Le Temps (Suisse) à et à écouter aujourd'hui sur Medi-1. Entre-temps, je suis revenu avec BFM sur l'évolution du terrorisme au Maroc et en particulier sur les leçons que nous enseignaient dans un DSI le directeur du BKA allemand sur la conjonction d'intérêts entre des groupes terroristes et le grand banditisme.

Bref, moi qui pensais détailler quelque peu les "vertus", si l'on peut s'exprimer ainsi, du tir d'hier soir, me voilà contraint de compacter mon analyse. Soulignons juste que le choix du SM-3 est judicieux : il est bien plus fiable que les intercepteurs basés au sol en Californie et en Alaska (je renvoie au DSI de mai 2007 et à l'article de J.P. Baulon) et que ce choix est également politique à au moins 3 égards :

1) Il a certes une valeur sémiotique vers la Chine mais aussi vers la Russie (que peu de candidats aux présidentielles aiment), qui avait été la première à mettre en oeuvre un engin ASAT (un satellite kamikaze monté sur SS-9), tout en indiquant à Pékin que les Américains n'attendent pas, eux, que les conditions favorables à un tir soit réunies.

La manoeuvre est dissuadante mais elle vise aussi à imposer les Etats-Unis comme les vrais "pros" de l'ASAT : où il veulent (le SM-3, sur croiseur et destroyer, est mobile) et quand il le veulent (le SM-3 est opérationnel et 75 nouveaux exemplaires viennent juste d'être commandés pour plus d'un milliard de dollars). En somme, de quoi faire passer les Chinois pour des amateurs.

2) La manoeuvre de politique interne est brillante : au moment où le budget de l'exécutif a été déposé au Congrès, le tir balaie une bonne partie des critiques selon lesquels les ABM US sont coûteux et inefficaces. Or, le tir prouve qu'ils sont efficaces mais qu'en plus, ils ont une fonction ASAT utile pour des missions d'interdiction d'accès. Nous y ajouterons, sans doute, les ricanements - ici très accessoires - de la Navy à l'égard de l'Air Force.

3) Le tir à une valeur politique à l'égard des alliés à dexu égards. Premièrement, Washington pose que si "vous êtes menacés par un réservoir d'hydrazine ? Peu importe qu'il en tombe une dizaine par ans, nous vous protégeons". Deuxièmement, Washington attend desdits alliés qu'ils donnent un coup de main non seulement aux plans US en Europe mais aussi dans l'architecture ABM US : l'Australie et d'autres seraient ainsi approchés pour un achat de SM-3. Au-delà de la politique, il y a donc un peu de marketing - juste un peu - aussi.

Au final donc, pas de guerre des étoiles : on est très loin des lasers spatiaux - la performance technique est tout de même remarquable. Mais on est bien sur Terre, les pieds dans la politique. Laquelle, d'ailleurs, pourrait en profiter pour dépoussiérer quelque peu l'OST de 67, pour le coup. Histoire de priver définitivement Russes et Chinois d'une capacité ASAT qu'ils ne maîtrisent pas encore (ou plus) et de garder définitivement le leadership en ASAT... sur base d'un engin qui n'est pas conçu pour cela, n'est-ce pas ?

mercredi 20 février 2008

Interview : démentèlement d'un groupe terroriste au Maroc

Pour ceux qui captent RTL-TVI, la sympathique équipe emmenée par Nadia Bouria vient de m'interviewer sur le démentelement d'une cellule marocaine - apparement plus liée à l'islamisme "soft" qu'à Al Qaïda au Maghreb - qui a directement bénéficié du "casse du siècle", en 2001, sur l'aéroport de Luxembourg et où était mêlé le truand belge M. Habran. Comme quoi, Jacques Baud et sa vision de l'interpénétration du grand banditisme et du terrorisme trouvent un cas d'application tèrs concert et, pour une fois, public.

A voir ce soir au JT de 1900.

Y'a sondage !

Profitant d'une nouvelle fonctionalité offerte par Blogger, j'ai lancé un petit sondage, juste à la droite de votre écran. Et on ne triche pas, hein !