samedi 7 juillet 2007

Politique de défense belge : ah, enfin !

On le sait, la défense a toujours (ou à peu près) été le parent pauvre des priorités gouvernementales belges (Cf. l'article d'André Dumoulin dans le DSI n°10 et la synthèse des programmes de défense des législatives 2007 des principaux partis dans DSI n°27).

Un certain nombre de choix matériels et stratégiques effectués peuvent assez légitimement être critiqués et, de fait, l'affaire des canons de 90mm installés sur quelques-uns des Piranha IIIC récemment achetés montre que des ambiguïtés importantes demeurent quant aux scénarios envisagés, au niveau du Plan directeur de la Défense, publié en 2003. Ce dernier incluait des options de haute intensité (on notera que ledit plan a été retiré du site web du ministère de la Défense) qui seront ensuite rejetées.

Les élections législatives étant passées, on sera donc tenté de dire que le chantier de la Transformation des forces belges peut enfin recommencer. Non pas tant que rien n'ait été fait, que du contraire : des matériels ont été achetés, l'artillerie (qui a failli rouler sur un solide IED budgétaire) est exsangue mais sauve, nos paras n'ont pas été dissous. Mais force est de constater que la promesse d'indexer le budget n'a pas été tenue - à l'époque, le dire vous valait de prendre un réel risque (jetez un oeil sur cette page et sur les deux autres articles auxquels elle mène).

De fait, le remplacement des F-16 est dans l'ornière (les PGM comme les AGM-154 ou les JDAM qu'espéraient certains resteront... chez leurs constructeurs), le bâtiment de transport stratégique belgo-luxembourgeois est budgétairement coulé, le BEST (Belgian Soldier Technology) est virtuellement mort, les salaires forment toujours plus de 65% du budget des forces, la pyramide des âges de ces mêmes forces est ubuesque et, pire, les scénarios d'engagement semblent plus dictés par des considérations idéologiques que par une saine analyse stratégique (que mènent d'ailleurs de nombreux officiers, à qui il convient de rendre hommage dans la mesure où leur travail n'a pas été une sinécure).

Dans ce cadre, on comprendra que la sortie du dernier "Egmont paper" sur la Défense belge dans la défense européenne est une vraie petite révolution - vous pouvez trouver le document ici. D'une part, parce que, traditionnellement, le think tank des Affaires étrangères belges ne touche pas trop aux questions de défense, cloisonnement des ministères oblige (j'entends d'ici des mauvaises langues dire qu'ils ont toujours dénigré les questions de défense. D'accord, ce n'est pas complètement faux !).

Mais bon. L'IRRI/Egmont a produit un document qui a le mérite d'exister. Comme souligné plus haut, travailler sur ces questions vous impose, après un minimum d'analyse, de dire que des choses ne vont pas... ce qui ne vous vaut pas que des amis, fussent-ils paras.

Bon, fondamentalement, le document ne révèle rien de révolutionnaire. Tout ce qui y est dit l'a déjà été et les 11 propositions n'ont rien de neuf. Si vous voulez avoir un bon point de vue de ce qu'est la défense belge et des pistes de solutions, rien ne dépasse pour l'heure l'excellent état de l'art issu des plumes pas toujours très politiquement correctes (parfois, c'est la meilleure façon de servir...) d'André Dumoulin, Philippe Manigart et Wally Struys.

Bon, évidemment, le document de l'IRRI/Egmont est un document de proposition et l'ouvrage de Dumoulin, Manigart et Struys est un ouvrage tout ce qu'il y a de plus académique (676 pages, bien nécessaires pour comprendre toute la complexité de l'objet). Mais bon, fondamentalement, c'est bon de voir que des questionnements pour le moins importants se voient consacrés par une institution.

4 commentaires:

Rodrigo a dit…

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Anonyme a dit…

Je suis heureux de pouvoir vous lire ici comme dans la revue DSI, qui manquait dans la paysage de l'édition en langue française. Je reviens sur votre commentaire ci-dessus, et je me pose deux questions:

- "les salaires forment toujours plus de 65% du budget des forces" Au sujet du budget, les coûts salariaux expliquent-ils que des pays n'ayant pas un budget supérieur, voire inférieur, puisse "se payer" des blindés dernier cri, des frégates neuve en série, des CV90, bref, un ensemble de matériels que nos "professionnels" n'auront jamais? Et est-il vrai que la super-équipée amrée hollandaise est immobilisée par manque de crédit et s'apprête à revendre une partie de ses matériels?

- "les scénarios d'engagement semblent plus dictés par des considérations idéologiques que par une saine analyse stratégique"
Faites-vous allusion à l'annulation d'un exercice aérien contre l'Heyl Ha Avir et son remplacement par un autre avec nos nouveaux amis de la force aérienne algérienne? Ou existe-t-il encore d'autres initiatives politiquement correctes que le public ignore?

Heureux de vous lire, encore une fois!
Alex

Athéna et moi... a dit…

Bonjour Alex, pour répondre rapidement (du boulot attend encore !) à vos questions : 65%, c'est vraiment beaucoup pour une armée OTAN. Du coup, ce sont les budgets d'équipements qui tendent à en prendre un coup.

Sur l'idéologisation des scénarion, je pensais surtout aux orientations définies dans le Plan 2003 et raffinées par la suite. Je pensais, plus généralement, à l'orientation "humanitaire" des forces.

En soi, ça ne me pose aucun problème. Mais ça m'en pose un sérieux lorsque l'on considère, à l'aune de l'histoire, éloignée comme récente, qu'une ops. humanitaire est susceptible de dégénérer. Comme le disait un officier, "pour apporter un sac de riz, il faut parfois enfoncer une porte".

Il n'a pas tort : ces ops se déroulent dans des zones plus ou moins chaudes et le simple fait de savoir combattre est un élément de dissuasion - ca facilite les choses. La vraie question est le "pourquoi" d'une telle rhétorique, potentiellement dangereuse pour nos hommes.

A cet égard, la réponse est à chercher au niveau politique : à cet égard, il existe un très bon Cahier du CRISP sur la question était sortie, détaillant les ressorts des positionnements des partis en fonction de l'histoire (le poids de 14-18 en Flandre) mais aussi des interprétations idéologiques.

Bon, ceci dit, pour les exercices, s'entraîner contre une force aérienne qui dispose de Mig-29 est plus réaliste que contre une force dotée de F-16, surtout lorsque les budgets carburants sont limités... Même si les Israéliens sont incontestablement des tacticiens remarquables et d'excellents pilotes.

Voilà pour l'avis "technique". Ceci dit, point de vue politique - et vu que je suis tout de même politologue -, je ne sais pas si c'est très intéressant pour certains d'afficher une fraternité d'armes avec Tsahal. Et ce, même si, évidemment, la Belgique n'en est pas pour autant d'accord avec toute la ligne politique israélienne.

Athéna et moi... a dit…

Rodrigo, perso, j'adore les chemises, même que j'en met une par jour. Bon, ceci dit... C'est un peu hors-sujet.