samedi 5 septembre 2009

Guardian Falcon : 780 missions et une trentaine de tirs

C'est le 2 septembre 2008 qu'ont été envoyés, pour la deuxième fois, 4 F-16 (2 autres les ont rejoint depuis lors) de la Force Aérienne (1). Ils étaient par contre basés, pour la première fois, depuis Kandahar. Depuis, ils ont, selon La Libre Belgique, accumulé 2.500 heure de vol au cours de 780 sorties - soit environ une mission de deux appareils/jour.

Les appareils ont participé à 116 engagements, dont 3/4 de show of force, tandis que des munitions ont été tirées "à une trentaine de reprises". Fait remarquable, "aucune victime innocente n'est à déplorer parmi la population locale lors de ces interventions". L'ensemble appelle plusieurs commentaires de ma part :

-1 : d'abord, sur la politique de communication (et petite parenthèse dans le débat stratégique). Depuis l'arrivée de De Crem, des points presses sont tenus plus fréquemment. Plus de détails y sont donnés que par le passé. En ce sens, si la CGSP défense (syndicat socialiste) indiquait dans son dernier "Info défense" qu'elle n'était pas d'accord avec moi sur la plus grande clarté des infos (tout en me rejoignant sur l'importance de la recherche stratégique - ce sur quoi je les remercie : ça fait du bien de se sentir soutenu !), je maintiens néanmoins. Aussi, si les parlementaires ne lisent pas la presse, spécialisée ou non, il est évident qu'ils se montreront étonnés de l'activité belge ou, plus largement, ISAF sur place...

-2 : sur l'utilité du show of force (SOF) et, plus généralement, sur l'utilisation des forces aériennes en COIN. C'est une thématique sur laquelle j'aimerais revenir dans un bouquin (et sur laquelle je vais pouvoir martyriser mes étudiants courant octobre). Grosso modo, le SOF est une mesure certes efficiente - une preuve de plus d'une dissuasion tactique - mais naturellement temporaire.

Elle permet de volatiliser l'adversaire dans l'espace mais de façon uniquement transitoire - ce qui n'en est pas moins utile, évidemment. Ce qui tend à me renforcer dans mes convictions sur l'importance que la persistance (et, plus généralement, le rôle du facteur temps) peut avoir pour l'art de la guerre.

Si je reviens dessus dans Airpower et Seapower, elle montre aussi que si nous avons conquis le facteur géographique, le temporel reste une terra (partiellement) incognita. De ce point de vue, je vous renvoie à l'excellent article de Gregory et Christophe, dans le prochain DSI-T.

3 : sur le débat portant, pour les forces aériennes, sur l'opposition entre engagements "de haute intensité/classiques/réguliers/symétriques" et celui sur les engagements "de basse intensité/non conventionnels/irréguliers/asymétriques" (qui irrigue notamment Alliance Géostratégique ce mois-ci).

Outre que ces catégories tendent à se brouiller - vertus de la techno-guérilla faisant - elles doivent aussi être analysées par le concret des engagements et ce qu'ils signifient pour la préparation des pilotes - et pas uniquement en termes de choix technologiques. Ici, les informations sur l'activité de la FAé sont intéressantes : rotations de personnels aidant, ce sont pas moins de 53 pilotes qui sont, jusqu'ici, intervenus en Afghanistan - soit une part non négligeable des pilotes FAé.

Autrement dit, lorsque je donnais mon cours de stratégie aérienne théorique l'an passé, seuls quelques-uns dans la salle voyaient concrètement (soit au-delà de ce qu'ils avaient lu ou discuté) de quoi on parlait lorsqu'on évoquait le COIN. Cette année, les gars seront déjà bien au courant d'une série de facteurs, de tendances et de constantes. Si c'est une "génération COIN" qui se lève, c'est aussi une génération qui a connu le combat - et non les seuls entraînements - et appliqué des procédures qui rentrent dans un cadre non seulement COIN mais, également "classique".

En d'autres termes - on y viendra peut-être au cours de la table ronde "maîtrise aérienne" que j'animerai aux prochaines Université d'été de la défense, le débat ne se pose pas tellement en termes de "compétences COIN" Vs. "compétences classiques" mais en termes de différences "vécues" par les forces aériennes, que ce soit en planification ou en exécution. Or, force est aussi de constater que là aussi, les modes d'engagement évoluent.

Pression technologique faisant (guerre réseaucentrée, volume d'information et de communication), le "flex targeting" (recours aux forces aériennes "à la demande") devient standard. Et ce, on l'a vu en Irak ou au Kosovo, aussi bien en engagements réguliers comme irréguliers. Les bons vieux "raids" préplanifiés existent toujours (en phase d'ouverture principalement) mais force est aussi de constater qu'ils nécessitent moins de compétences.

Le plus dur reste d'intervenir "à la demande" dans une des innombrables vallées qui constitueraient une zone d'engagement potentielle, en opérant le choix de munitions le plus approprié, en faisant gaffe à ses arrières (y compris dans les stratégies contre-aériennes des guérillas), à la position des "amis", à celle d'adversaires bien moins visibles que des chars, en tenant compte des ROE et, last but not least, en restant méchamment concentré après un vol de plusieurs heures qui vous endolorit.

Le COIN, de ce point de vue et pour les forces aériennes, pourrait ne pas signifier une perte de compétences air-sol mais bien les accroître - y compris face à la menace antiaérienne. Après, bien évidemment, reste la question de la supériorité aérienne. C'est évidemment autre chose... Mais c'est aussi pour cela que les entraînements sont faits.

Après tout, depuis 1945, les seuls engagements air-air d'une force aérienne européenne continentale l'ont été (je peux faire une erreur) en 1991, 1992 et 1999. As-t-on pour autant perdu les compétences acquises durant la 2ème GM ? Le résultat dis tout : aucune perte pour nous et des adversaires au tapis. Comme le disait si bien Nimitz : training, training, training...

(1) En théorie, nous sommes sensés parler de "composante air" depuis la réforme "joint". Concrètement, "FAé" reste largement utilisé.

vendredi 4 septembre 2009

C'était un 4 septembre, il y a 65 ans...

La "brigade Piron", après avoir débarqué ses premiers éléments le 30 juillet 44 (l'essentiel est arrivé en août) et libéré la Côte Fleurie, entrait en Belgique près de Tournai le 3 septembre et libérait Bruxelles le lendemain, entrant dans les faubourgs à 15h.

La brigade poursuivra vers Anvers et les Pays-Bas avec les Canadiens et les Britanniques - les combats y seront terribles - mais aussi l'Allemagne. Comptant essentiellement des Wallons , des Bruxellois et des Luxembourgeois, le 1st Belgian Group deviendra la 1ere brigade... toujours en activité.

Après avoir été aide de camp du régent, du roi et patron de la défense belge, Jean-Baptiste Piron, surnommé "le lion", est mort 30 ans jour pour jour après son entrée dans Bruxelles.

jeudi 3 septembre 2009

Armée de Terre : 332 VBCI en plus

Le ministre de la Défense a annoncé la commande de 332 VBCI, une acquisition notifiée par la Délégation générale pour l’armement (DGA) au groupement d’entreprises constitué par les sociétés Nexter Systems et Renault Trucks Défense.

Le nombre de VBCI commandés pour l’armée de Terre s’élève ainsi et au total à 630 véhicules. Le montant global du programme VBCI, incluant le développement et l’industrialisation, s’établit à 2,86 milliards d’euros.

Le communiqué de presse indique que "Lancé en 2000, le programme est maintenant en production à pleine cadence. Le premier VBCI est sorti d’usine en 2008 et plus de 100 véhicules ont déjà été livrés. Les derniers exemplaires seront livrés à l’armée de Terre en 2015. La première unité de combat dotée de ce nouveau blindé, le 35e Régiment d’infanterie (Belfort), a défilé cette année à Paris le 14 Juillet avec ses VBCI".

A ne pas manquer, à ce sujet, l'article de Jean-Louis sur le VBCI au 35ème RI dans le Hors série actuellement en kiosque ;o)

samedi 29 août 2009

DSI 51, septembre 2009 : le sommaire

Sommaire DSI 51, septembre 2009

Editorial
Agenda et nominations
Veilles contre-terroristes
Contrats du mois
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C.


Sur le vif


Armées contre insurgés : à qui profite le web ?
Entretien avec Marc Hecker, chercheur au Centre des études de sécurité de l’IFRI, co-auteur de War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age (Praeger, 2009)

Le feu contre l'homme : l'impasse de la destruction comme idéal de guerre
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire militaire

Stratégie

L’héritage d’Allied Force
Entretien avec le général de corps d’armée (2S) Jean-Patrick Gaviard, ancien commandant du CDAOA, expert associé auprès de la CEIS


POLAD auprès du général commandant la FIAS en Afghanistan : Témoignage et analyse politique de 6 mois de mission
Par Marie-Dominique Charlier, lieutenant-colonel chargé de mission au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces de l’armée de Terre

Créer l'impuissance chez l'adversaire : un art opératif pour le XXIème siècle
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire

Peut-on commander dans la postmodernité ?
Chef d’escadron (Gendarmerie) Richard Pegourie, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense

Armées

L’amphibie à l’italienne
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense


La Marina Militare : à l’avant-garde
Par Philippe Langloit et Joseph Henrotin, chargés de recherche au CAPRI


Tableau de bord : la Marina militare
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités


Le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc. Derniers tours d’hélice
Par Véronique Sartini, journaliste

Technologie


Une base navale n’est jamais à l’abri des coups
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense


Protection des ports : le maillon faible de la stratégie maritime ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI


Fiches techniques

E-2C/D Hawkeye

Lance-roquettes multiples BM-30 Smerch

Porte-hélicoptères Jeanne d'Arc

Critiques de lecture

De la manœuvre napoléonienne à l’offensive à outrance. La tactique générale de l’armée française 1871-1914 de Dimitry Queloz

War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age de Thomas Rid et Marc Hecker

vendredi 28 août 2009

Juste pour le week-end : un peu de robotique en musique



J'en avait parlé à Michel pendant mon passage de juin à St Cyr. Et bien voilà. Inutile de dire que je considère Royksopp comme l'un des meilleurs groupes sur la scène post-humuniste. Malheureusement, la version officielle du clip n'est pas disponible pour cause de copyright. Celle de remind me et son délicieux parfum de micro-systémique, par contre, l'est :

LCS-2, FIST, SEP et autres...


...seront au menu du prochain DSI-Technologies, avec en prime un assez long article de Jean-Louis sur le devenir de la flotte de "2000" et des interviews de P. Le Pautremat sur les forces spéciales (il a récemment fait paraître un ouvrage sur le sujet) et de P. Baulon sur les antimissiles.

Avec également quelques autres articles qui méritent le détour, des Wargames aux tendances de la stratégie des moyens navals en passant par la suite de la série sur la sociologie technique des drones de Gregory Pajon et Christophe Boutherin, du Centre de Recherche de l'armée de l'Air.

Mais il faudra patienter encore un peu. La bête sera en kiosque vers le 11 septembre.

jeudi 27 août 2009

Aux sources du terrorisme

Hélène L’HEUILLET, Aux sources du terrorisme. De la petite guerre aux attentats-suicides, Fayard, Paris, 2009, 346 p.


Si les stratégistes en ont déjà beaucoup dit sur le terrorisme, les philosophes sont restés relativement discrets sur le sujet. Et en particulier ces philosophes que nous pourrions qualifier d’opérationnels, qui évitent de s’engoncer dans des logiques verbeuses (où l’attention portée à la rhétorique se fait au dépend du sens général du propos), leur préférant le décryptage et l’analyse.
Hélène L’Heuillet appartient justement à cette catégorie des analystes. Elle produit un ouvrage riche, dense et explicite proposant de remonter aux sources du terrorisme. Il ne s’agit pas ici de décrire les menaces ou d’évaluer leur probabilité d’occurrence mais bien de disséquer un phénomène qui n’est ni neuf ni si fragmenté qu’il n’existerait pas, comme le pensait D. Bigo.
L’auteure, à cet égard, révèle (et démontre) qu’il existe plus qu’une unicité du terrorisme mais bien une véritable filiation, des lignes de continuité dans ce qui peut être posé en soi comme une stratégie. L’œil du philosophe apporte, ici, plus qu’on ne pourrait le croire : croiser sa lecture avec les enseignements de S. Naveh montre que le terrorisme constitue un mode d’action de niveau opérationnel-stratégique.
H. L’Heuillet fait référence à Freud (classiquement) avant de questionner (notre liste n’est pas exhaustive) Clausewitz, Schopenhauer, Nietzche, le nihilisme ou encore la démocratie. C’est érudit, c’est solidement argumenté et l’auteure d’aboutir à une conclusion non seulement brillante mais qui ouvre également des portes conceptuelles extrêmement porteuses (à notre sens) : « l’idée que le terrorisme serait « l’arme des faibles » est déjà non-démocratique et commet l’erreur de transposer dans la réalité ce qui n’est que rhétorique politique » (p. 321). Bien écrit et clair – quoique requérant la connaissance des bases élémentaires de la philosophie – il constitue un éclairage précieux.

mercredi 26 août 2009

Lectures : Clausewitz in the 21st Century


Hew STRACHAN and Andreas HERBERG-ROTHE (Eds.), Clausewitz in the Twenty-First Century, Oxford University Press, London, 2009, 319 p.


Cet ouvrage sur Clausewitz constituera sans aucun doute avec De la guerre ? Clausewitz et la pensée stratégique contemporaine (Cf. DSI n°42) l’une des grandes références sur le sujet.


Les auteurs – les meilleurs experts mondiaux du général prussien, dont Benoît Durieux – examinent ici une série de questions essentielles et examinent successivement : le rapport de Clausewitz à la guerre, à la non-linéarité, à la primauté du politique et aux évolutions de la « trinité », à la notion d’objectif, aux forces morales, aux sciences sociales, à la victoire, à la défense, à la petite guerre, à la privatisation de la guerre, à la « guerre contre le terrorisme », à la guerre de l’information, aux démocraties ou à la limitation de la violence.


Les thématiques sont variées et les auteurs ont à cœur de comprendre totalement les mécanismes clausewitzien, au besoin en réexaminant les traductions effectuées jusqu’ici et qui ont pu tromper le lecteur. Un chapitre est d’ailleurs dédié à cette question. Si l’ouvrage fera date, c’est également parce qu’il réfère à des études stratégiques de haute volée, la méthode utilisée démontrant clairement que Clausewitz a encore beaucoup de choses à nous apprendre.


Les interprétations qui peuvent être données à l’un ou l’autre de ses concepts sont encore nombreuses et démontrent in fine l’ampleur de la pensée du Prussien. Aussi l’ouvrage est-il d’abord réservé à un public averti : si les discussions sont académiques, leur portée est directement pratique. Une bonne connaissance préalable des travaux de et sur le général-écrivain est donc nécessaire. Mais, pour celle ou celui qui la possède, l’ouvrage ne manquera pas de faire réfléchir. Indispensable donc pour les aficionados du grand Carl. J.H.

mardi 25 août 2009

Lectures : Wired for War

Peter W. Singer, Wired for War. The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century, The Penguin Press, New York, 2009, 499 p.

D’emblée, l’ouvrage impressionne : parler en 500 pages de la robotique dans les opérations militaire là où David Axe (Warbots, Nimble Books, 2008) n’en écrivait que 88 ? Doit-on s’attendre à un inventaire à la Prévert portant sur les UAV, UCAV, USV, UGV, UGCV, et autres UUV ? Justement, non, bien au contraire.

Il s’agit bien ici d’un ouvrage d’analyse approfondie, des points de vue tactique, stratégique, historique, éthique, économique mais aussi philosophique et sociologique de l’art de la guerre robotisée. Pas ici question de plaidoyer « pro » ou « anti » : l’auteur, chercheur à la Brookings a qui l’on doit des ouvrages remarqués sur la privatisation de la guerre ou les enfants-soldats effectue une analyse minutieuse qui lui a pris des années.

Allant sur le terrain en Afghanistan ou en Irak, il montre comment les hommes en viennent, par exemple, à s’émouvoir parce que leur robot a subi une attaque. Au-delà des anecdotes, nombreuses, la plume légère et « à l’américaine » de l’intellectuel pousse à fond le concept de robotique, l’interroge et l’humilie au contact des réalités – sous oublier l’ombre portée d’une science fiction qui joue un rôle moteur dans ces développements.

Il s’agit bel et bien de voir jusqu’où, comment et sous quelles formes la robotisation va innerver les forces armées – certes américaines mais aussi alliées, et potentiellement, adverses. L’ouvrage, en ce sens, ne constitue qu’une petite pierre aux travaux portant sur les opérations futures mais les questions posées sont plus que pertinentes.

Si les réponses manquent parfois d’un peu de systématisme et d’esprit de synthèse, c’est aussi parce qu’elles restent ouvertes. Si vous vous intéressez à la technologie, à la robotique ou à la stratégie des moyens, cet ouvrage – une véritable bible sur la question – est manifestement fait pour vous. J.H.

lundi 24 août 2009

Le Charles de Gaulle va reprendre la mer

Selon un communiqué du CECMED, "Dans le cadre des travaux de remise en état de sa propulsion, le porte-avions procédera à des essais techniques en mer à partir du 25 août 2009. En mars dernier, le chef d’état major de la marine avait décidé de suspendre le programme d’activités à la mer du bâtiment après le constat de l’usure anormale de deux pièces mécaniques d’entraînement des lignes d’arbres. Depuis, la cause du problème a été identifiée et les deux pièces ont été changées. A l’issue des essais et des vérifications techniques, le Charles de Gaulle devrait reprendre son programme de remise en condition opérationelle".

mardi 18 août 2009

DSI 51 : en force sur la rentrée !

Et oui, nous y sommes : la rentrée approche à grand pas et la rédaction vous a préparé un DSI aux petits oignons. S'il sera en kiosque le 1er septembre, voici toujours un aperçu de son contenu :

Sécurité

Comment envisager la notion de puissance de feu de nos jours ? Si, pour Foch, « le feu tue », il n’en demeure pas moins que son usage peut aussi être contre-productif. En réalité, même, le feu pourrait être un substitut au combat lui-même, en cherchant à soumettre/détruire à distance, au moindre risque. Doctorant en histoire, Benoist BIHAN inaugure ici la première d’une série de chroniques consacrées aux tendances de la stratégie.

Autre tendance, celle non de l’émergence de la guerre de l’information – domaine qui, dans son acception classique, approche maintenant de ses 20 ans – mais bien de son assimilation dans les méthodes des armées… ainsi que des milices, groupes insurgés et autres terroristes. Dans la foulée de l’ouvrage qu’il a co-écrit sur le sujet avec Thomas RID, Marc HECKER nous a accordé une interview et pose la question : « Armées contre insurgés, à qui profite le web ? »

Stratégie

Il y a un peu plus de 10 ans, l’OTAN menait l’opération Allied Force au Kosovo, laquelle révélait une série de carences dans les armées européennes. Nous avons interviewé le général Jean-Patrick GAVIARD, alors commandant des forces aériennes françaises engagées dans l’opération, afin d’analyser avec lui, rétrospectivement, quel bilan en tirer.

Retour dans l’actualité avec le lieutenant-colonel Marie-Dominique CHARLIER. À présent au CDEF, elle a été en poste en tant que conseiller politique auprès de l’ISAF, en Afghanistan, durant six mois. Tout en présentant cette fonction, elle livre également son analyse de la situation de même que quelques réflexions sur l’évolution du théâtre.

Nous avions récemment évoqué (cf. DSI n°48, mai 2009) les travaux de Shimon Naveh sur l’art opératif. Benoist BIHAN revient ici sur les spécificités d’un niveau qu’il considère comme « artistique » – soit caractéristique de l’art de la guerre. Il invite ainsi à reconsidérer les notions de dislocation, de paralysie mais esquisse également quel pourrait être l’art opératif des opérations futures.

L’émergence de la « postmodernité » a des impacts militaires certains : accroissement de l’individualisme, mutation des loyautés et des identités sont autant de facteurs qui touchent les armées. Chef d’escadron dans la Gendarmerie, Richard PEGOURIE pose une question pertinente : « Peut-on commander dans la postmodernité ? »

Armées

Huitième marine du monde, la Marina Militare italienne est héritière d’un riche passé. Intéressantes, les mutations qu’elle connaît actuellement sont celles d’une adaptation non seulement de ses moyens mais également de ses ambitions. Emmanuel VIVENOT examine ses unités amphibies et l’expérience qu’elles ont accumulées. Philippe LANGLOIT et Joseph HENROTIN reviennent, quant à eux, sur l’évolution de ses moyens de surface, aéronavals et sous-marins, avant notre traditionnel tableau de bord.

Unités

Invitation au voyage comme au savoir, la Jeanne d’Arc a toujours été plus qu’une école embarquée : c’est aussi un bâtiment mythique et, presque paradoxalement au vu de son âge, bien opérationnel. Diplomatie navale, lutte contre la piraterie, sont autant de missions qu’elle remplies jusqu’ici, tout en offrant une école d’application bien rôdée qui forme les marins de demain. Véronique SARTINI a embarqué pour l’avant-dernière croisière de la grande dame et nous rapporte aussi bien les bruits de coursive que la concentration des élèves-officiers… L’une de nos fiches techniques est par ailleurs consacrée au bâtiment.

Technologie

Un vieil adage dit que les navires sont en sécurité au port mais que ce n’est pas ce pourquoi ils sont faits. En réalité cependant, les ports sont des infrastructures éminemment vulnérables : les attaques de Tarente, Pearl Harbor, Alexandrie démontrent clairement que la protection des marines n’est pas qu’affaire de radars et d’armements embarqués. Stéphane FERRARD revient sur quelques-unes des attaques les plus spectaculaires ayant visé des flottes théoriquement en sécurité. Joseph HENROTIN aborde, quant à lui, la question de la protection de ports civils, particulièrement vulnérables, et ayant fait, depuis le 11 Septembre, l’objet d’une attention toute particulière en matière de sécurisation.

Plus d'armes nucléaires sur le De Gaulle ?

Selon des officiels français cités par le blog de la Federation of American Scientists, le porte-avions Charles de Gaulle n’embarquera plus de charges nucléaires « durant des circonstances normales ». Les charges seraient toutefois conservées à terre et rembarquées durant les situations de crise. Concrètement, la soute à "munitions spéciales" a été réaménagée pour les ASMP-A au cours de la dernière IPER.

Hans Kristensen indique également que cette mesure pourrait avoir été d'application depuis un certain temps mais qu'elle n'avait pas encore été reconnue. La France rejoindrait ainsi la Russie et les États-Unis en matière d’installation d’armes nucléaires à bord de bâtiments de surface (ils avaient débarqués ces armes en 90-91, certaines restant stockées à terre).

vendredi 14 août 2009

La peluche "champignon atomique" existe bel et bien


Si, si, c'est de l'art : vu au MoMA, ce huggable atomic mushroom (champignon atomique à serrer contre soi) qui m'a fait me tordre de rire. Pas loin du Leclerc en peluche ;o)

Back online... et prêt à foncer

Même pas (enfin, pas trop) de jet-lag : votre serviteur est prêt à reprendre le collier avec un sacré paquet d'idées nouvelles. De New York à Washington en testant aussi bien les sièges de Times Square qu'une immonde bière au maïs et à l'extrait de yucca (il paraît qu'il y en a qui aiment), je suis prêt à m'attaquer à la rentrée, bien armé. En l'occurence, quelques kilos de bouquins notamment ramenés du Strand, une immense bouquinerie new-yorkaise qui affiche fièrement ses "18 miles de rayons" (ci-dessus, la section histoire et affaires militaires).

Après quelques tours mémorables (filer à 45 miles sur l'Hudson, monter au sommet du Rockfeller Center, se faire le MoMA et le MET, faire un coucou aux canards du Capitole - les oies étaient devant le monument à Jefferson -, traverser le countryside en Acela, religieusement entrer dans l'Intrepid Museum et le Smithsonian Air & Space Museum) et une bonne centaine de km de marche à pieds dans les pattes, je reviens avec une nouvelle vision des States.

Le cerveau est évidemment saturé d'images et de sensations. Avoir fait sa thèse sur le rapport aux technologies des Américains et expérimenter in vivo vaut évidemment le coup, ne serait-ce que pour atomiser un certain nombre d'idées reçues sur les Etats-Unis. Et ce dans leur rapport à l'investissement public, au capitalisme, à la notion d'intégration ou encore au patriotisme.

Derrière le très apparent "tout au fric" d'un capitalisme pas si débridé que ça, chaque acte est action patriotique. Il est intéressant de voir à quel point les deux sont liés, particulièrement à NY, où presque tous les ouvriers de chantiers arborent de petits (ou de grands) autocollants montrant la "star spangleds banneer" sur leurs casques. C'est une culture extrêmement particulière : derrière le business, il y a aussi l'amour de la nation.

Pour autant, ce patriotisme est loin d'être exclusif/excluant. En posant la question à un chauffeur de taxi WASP, il me donne la réponse : ici, la géographie de l'origine (ou des racines) n'a pas vraiment d'importance, parce que le projet américain n'a pas de limites, aucune fin ne peut être atteinte, la Frontier est partout, que ce soit dans la fin de la construction d'un bâtiment (il y en aura d'autres...), la richesse personnelle, le savoir ou la liberté d'expression.

Tout WASP qu'il est, il reconnaît que la question de l'intégration ne se pose pas : si on immigre ici, c'est que l'on adhère profondément aux idéaux (et sans cesse palpables) fondant le pays. Dès lors, les annonces en anglais doublées en espagnol dans le métro (ou ailleurs), les femmes en sari ou en hidjab ne posent aucun problème ou sentiment de problème : ce n'est tout simplement pas à ce niveau que se pose la question de l'intégration au pays. Peut-être sa réponse aurait-elle été différente s'il avait été d'ailleurs, plus au nord. En tout état de cause, ça laisse songeur.

Dernière question à notre chauffeur de taxi dans sa gigantesque Lincoln : croit-il au déclin américain ? Il sourit tranquillement avant de répondre que quelque chose qui se renouvelle sans cesse ne peut décroître...

vendredi 31 juillet 2009

DSI Hors-Série n°7 : un peu à l'avance, le sommaire...



DSI Hors-Série n°7, août-septembre 2009
En kiosque dès le 13 août 2009

Editorial

Politique

Liens armée-nation, politique de la mémoire et anciens combattants : quelques défis
Entretien avec Hubert Falco, Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants

La France et l’OTAN : quels impacts ?
Jean-Jacques Mercier

La France et la PESD : des réalisations en attente de concrétisation
Jean-Jacques Mercier

OPEX : la France sur tous les fronts
Stéphane Ferrard

Carte : les forces françaises de souveraineté et de présence

Frapper dans la profondeur : le maillon faible ?
Joseph Henrotin

Le meilleur des ambassadeurs : Marine nationale et diplomatie navale
Entretien avec Hervé Coutau-Bégarie, directeur des cours de stratégie au CID, président de l’ISC

Patrouille de France : place au rêve
Véronique Sartini

Organisation

Faire aussi bien avec moins ! L’armée de Terre rétrécit…
Jérôme Palmade

Tableau de bord : les forces opérationnelles terrestres

ALAT : Dax s’ouvre au privé…
Frédéric Lert

L’Espace : Paris reste en position défensive
Philippe Langloit

Que reste-t-il de la place de la Gendarmerie dans le monde de la défense ?
Entretien avec le général Roland Gilles, DGGN

RETEX

L’armée de l’Air dans les OPEX : quel retour d’expérience ?
Lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois

Armée de l’Air : coup de chaud pour les guerriers de la guerre froide…
Frédéric Lert

Le commandement des opérations spéciales (COS). La traversé du désert ?
Stéphane Ferrard

Tableau de bord : opérations spéciales

Entraînement au combat en zone urbaine : le CENZUB à l’avant-plan
Stéphane Ferrard

Matériels

Les fantassins enthousiasmés par le VBCI
Jean-Louis Promé

Opérations sous-marines : vers le Barracuda
Entretien avec le capitaine de vaisseau Jérôme Sciard, commandant l’escadrille de SNA

La grande mutation des opérations amphibies
Joseph Henrotin

Les L-CAT
Jean-Jacques Mercier

Le transport aérien militaire français à un tournant historique
Entretien avec Alain Silvy, Général de division aérienne, sous-chef plans et programmes à l’EMAA

Armées : peut-on allier quantité et qualité ? Quelques réflexions sur la stratégie des moyens des forces
Jean-Jacques Mercier et Joseph Henrotin

Quelques vacances...

... bien méritées s'annoncent pour moi comme pour ce blog. Dès 1400, je sera officiellement en congé, ma prochaine mission consistant à réviser mon anglais américain.

Y'a pas à dire : même lorsque l'on est passionné par son job, faire la pause s'avère utile. La rentrée sera chargée : après le hors-série n°7 (sortie le 13 août), c'est au tour du DSI 51 (2 septembre) puis du DSI-T n°19 (15 septembre), du DSI 52 (2 octobre), du hors-série n°8 (mi-octobre) et ainsi de suite.

Sans compter quelques cours et conférences, l'un ou l'autre chapitre d'ouvrage (note à Grégory : si, si, c'est presque prêt ;o), l'Université d'Eté de la défense, la sortie de Seapower en octobre et, probablement, celle du petit suivant : L'ultime bouclier. La résilience dans l'anti-terrorisme est presque terminé. Il sera plus léger en termes de nombre de pages que les ouvrages précédents mais n'en sera pas moins costaud du point de vue du contenu.

But du jeu, alterner théorie et pratique, avec un examen de fond des politiques française et belge en la matière. Et il y a quelques perles, comme ce petit manuel "à destination des pères de familles" datant de 1932 et portant sur les réactions à adopter en cas d'attaque aérienne. De la pure résilience construite avec un niveau intellectuel assez élevé.

En bref, il y aura de l'action : j'ai passé il y a deux semaine le cap des 500 publications (soit quelque chose de plus de deux pages) et ce n'est pas prêt de s'arrêter ;o)

mardi 28 juillet 2009

L'INS Arihant, premier SNLE indien, a été lancé

Le premier sous-marin à propulsion nucléaire indien, issu du programme ATV (Advanced Technology Vessel) a baptisé INS Arihant (littéralement « destructeur d’ennemis ») a été lancé le 26 juillet. On en sait désormais plus sur le navire, qui appartiendra à la catégorie des SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins) plutôt qu’à celle des SNA (Sous-marins Nucléaires d’Attaque). D’un déplacement « de plus de 6 000 tonnes » pour une longueur de 112 m, le bâtiment est propulsé par un réacteur nucléaire d’une puissance de 85 MW.

Les officiels indiens ont par ailleurs souligné l’aide apportée par la Russie. L’Arihant aurait une profondeur d’immersion de 300 m et pourrait atteindre les 30 nœuds et serait armé d’un équipage d’une centaine d’hommes. Il sera équipé de 12 missiles K-15/Sagarika, dont la nature exacte n’avait jusqu’ici pas été connue. En réalité, il s’agira bien de missiles balistiques (et non de croisière) d’une portée de 700 à 750 km selon les sources.

Lancé en immersion, le missile bénéficie d’un guidage inertiel et serait équipé d’une charge, nucléaire ou conventionnelle, d’une masse d’une tonne. Il a été testé à six reprises dont une depuis un ponton immergé. Les missiles sont installés par groupes de 4 dans 4 conteneurs de lancement installés derrière le kiosque. Selon certaines sources, les conteneurs pourraient également accueillir des missiles antinavires/de frappe terrestre supersoniques Brahmos.

L’Arihant va maintenant entrer dans une phase d’essais en mer d’une durée estimée de 2 à 3 ans. Il pourrait être admis au service en 2011 et jusque 5 navires pourraient être construits. L’Inde doit également recevoir deux sous-marins nucléaires d’attaque de classe Akula II de la Russie.

lundi 27 juillet 2009

Armes nucléaires en Belgique : pourquoi Philippe Mahoux se trompe de cible

Paradoxalement, c'est par la presse japonaise que l'on a appris l'intention du sénateur Philippe Mahoux de déposer une proposition de loi portant sur la prohibition "de la fabrication, de la réparation, de l’exposition, de la vente, du transport et du dépôt sur le territoire belge des systèmes d’armement nucléaire".

La Belgique accueille à Kleine Brogel une vingtaine de bombes B-61 destinées à éventuellement être larguées par les F-16 qui y sont basés. Je ne reviendrai pas là-dessus, André Dumoulin ayant très largement (et très pertinemment) travaillé sur la question.

Par contre, le sénateur se trompe, sur plusieurs points :

- Premièrement, la question est éminement politique : l'implication de la Belgique dans le dispositif otanien relève d'accords secrets avec Washington - personne n'en connait donc la teneur exacte. Cependant, les "doubles clés" permettent également à Bruxelles d'avoir son mot à dire en matière d'utilisation potentielle de ces armes :

- Deuxièmement, révéler cette teneur pourrait ne pas être une bonne idée, d'autant plus que les réductions successives du budget de défense belge ont eu le don d'énerver nos partenaires de l'OTAN : si ces armes permettent à la Belgique d'être entendue à Washington, elles permettent aussi d'acheter "en nature" une partie de la sécurité de Bruxelles.

- Troisièmement, comme le montre bien J-P. Baulon, il existe une corrélation historique entre remise en question des éléments de la dissuasion (comme de la dissuasion elle-même) et focalisation sur les antimissiles. L'avènement de B. Obama et de son attitude plus méfiante à l'égard de ces systèmes, ne doit pas faire oublier la sociologie politique de Washington et le fait que les lobby pro-antimissiles y restent influents. Or, ces antimissiles sont également dans la ligne de mire des mouvements pacifistes auquel se rattache P. Mahoux.

- Quatrièmement, si l'intention du sénateur de favoriser la non-prolifération "en évitant de donner le mauvais exemple" est louable, force est aussi de constater que, depuis le milieu des années 1980, le nombre d'armes britanniques, françaises, américaines et russes n'a cessé de décroître. Il s'agissait également de réduire la tentation de la prolifération. Mais force est de constater que "l'exemple" donné n'a pas calmé les ardeurs prolifératoires des uns et des autres. Fondamentalement, on ne construit pas des armes nucléaires "pour imiter" les grandes puissances mais bien pour disposer d'un argument politique de poids.

- Cinquièmement, cet argument politique de poids intègre des stratégies dissuasives complexes mais bénéficiant d'une cohérence certaine. Alors que nous ne disposons toujours pas de garanties de la Russie en matière de déciblage des villes européennes - Moscou avait annoncé que les grandes villes européennes (dont, évidemment, Bruxelles) seraient à nouveau ciblées, l'an passé - est-il véritablement temps de "désarmer" ainsi et de se priver d'un élément élargissant considérablement notre liberté de manoeuvre politique ?

- Sixièmement, si le sénateur peut se targuer de succès en matière de lutte contre les armes "sales"(je ne connais toutefois que très peu d'armes propres), force est aussi de constater que les armes nucléaires ne relèvent évidemment pas de la logique d'emploi propres aux armes à sous-munitions ou aux mines antipersonnels... Le nucléaire, par son statut dissuasif et lorsqu'il est intégré à des doctrines telles que les nôtres, est fondamentalement une arme politique, de non-emploi en premier.

Vous l'aurez compris, je suis plutôt dubitatif quant à l'initiative de P. Mahoux - au demeurant une arlésienne du mouvement pacifiste belge dont sa vertu principale pourrait renvoyer au jeu politique interne post-élections régionales. Si je pense qu'il est nécessaire d'avoir de vrais débats sratégiques, je me demande quelle peut être la pertinence d'une telle sortie pour la stature internationale belge mais aussi pour la sécurité des Belges dans leur ensemble...

vendredi 24 juillet 2009

DSI Hors-Série n°7 en preview

Et voilà, les derniers réglages sont en cours avant impression : le prochain DSI HS est prêt ! Pas mal de textes variés au programme, dont une interview du général Silvy sur la question de l'A400M des options alternatives et une autre d'Hervé Coutau-Bégarie sur la diplomatie navale. Bref, de quoi faire. Il sera disponible à la vente dès le 13/08.

Antiterrorisme en Belgique : bonnes questions, mauvaise réponse

Le Soir d'hier a fait paraître des extraits du rapport du Comité R (de suivi et de contrôle des services de renseignement) à propos de l’alerte antiterroriste de décembre 2007-janvier 2008. Deux grandes catégories de critiques sont adressées aux services :

Le manque de coordination entre les services et le fait que l’OCAM (Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace) et le Procureur fédéral n’aient pas joué leur rôle. Résultat, selon le rapport, des « différences parfois inexplicables en ce qui concerne les destinataires des évaluations de l'OCAM ». Pire encore : la police, le SGRS (renseignement militaire), le ministre de l’Intérieur et le centre de crise n’ont pas été informés correctement. La Sûreté de l’Etat n’aurait quant à elle pas transmit toutes ses informations. Côté coordination, on a fait mieux.

Conséquence annexe dudit cafouillage, la communication vers la population a été d’un brouillon extrême : les niveaux d’alerte n’étaient pas commentés ni argumentés, la menace elle-même est restée vague – en somme, de quoi faire perdre leur crédibilité aux institutions en charge de la sécurité. Allez ensuite faire comprendre pourquoi vous annulez feu d’artifices et nocturnes des marchés de noël

Je n’ai pas encore lu le rapport mais il me semble poser là de bien bonnes questions. Ce n’est pas la première fois que le rôle de l’OCAM est remis en question, malgré un renforcement de ses moyens : manifestement, le problème est méthodologique.

Mais la réponse aux questions pourrait bien être encore pire : le président de la commission sénatoriale du suivi du Comité R, Armand De Decker a précisé que « le projet déjà voté au Sénat afin de permettre à la Sûreté d'organiser elle aussi des écoutes téléphoniques va rééquilibrer les choses » (La Libre d'aujourd'hui) et dès lors « éviter ce que l'on a appelé des cafouillages entre le monde judiciaire et les services de renseignement qui dépendent eux du gouvernement ».

La méthode interpelle : on crée des hiérarchies parallèles au lieu de mettre à plat le système (ce que devait faire la création de l’OCAM). Surtout, si ces écoutes sont attendues depuis longtemps, elles ne répondent pas au problème de la communication : nouveau capteur ou pas, rien n’indique que les informations recueillies aboutiront effectivement dans les bonnes mains – soit le cœur du problème.

On ne répond pas, également, à la question de la communication de crise (toutefois abordée il y a peu de temps par le ministre de l'Intérieur avec un peu plus de pertinence que ça n'a pu être le cas). Décidément, nous sommes bien incapables d'apprendre des leçons...