lundi 14 septembre 2009

DSI-Technologies n°19 - le sommaire



Sommaire DSIT 19 – août-septembre 2009 - en kiosque dès le 13 septembre 2009

Editorial

Tendances

Persistance et maîtrise du temps au cœur du champ de bataille. Les drones comme instruments de contrôle des présents
Par Christophe Pajon, chercheur au Centre de Recherche de l’armée de l’Air (CReA/EOAA), et Grégory Boutherin, officier de l’armée de l’Air (Centre de Recherche de l’armée de l’Air, CReA/EOAA).

Le renouveau des Wargames ?
Par Jean-Loup Samaan, docteur en science politique, et Lionel Benatia, consultant en gestion de crises

Exportations d’armement : quelle place pour ODAS ?
Entretien avec Alain Oudot de Dainville, amiral (2S), PDG d’ODAS

Air

Des Mirage 2000 jusqu’en 2030 !
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

La famille Hawk de British Aerospace
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Les LIFT vont-ils décoller ?
Par Jérôme Palmade, journaliste spécialiste des questions de défense

ABM et sécurité nationale aux États-Unis (Première partie)
Entretien avec Jean-Philippe Baulon, docteur en histoire, auteur de L’Amérique vulnérable ?

Le « regretté » AS-37 Martel antiradar
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Carte : Les chars de bataille principaux (MBT) dans le monde

Terre

Le programme FIST
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Quelles mutations pour les forces spéciales ?
Entretien avec Pascal Le Pautremat, docteur en histoire, auteur de Les guerriers de la République. Forces spéciales et services secrets français, 1970-2009

SEP : la modularité à la suédoise
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

La FN Herstal Minimi, un succès mondial
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

SWORDS et MAARS, les premiers robots de combat terrestres
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Mer

Modularité, marsupialisation et réticulation : quelques remarques sur les tendances technologiques animant les marines
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

L’ATV Arihant : les premiers pas de Delhi dans le domaine des SNLE
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

Premiers essais à la mer pour l’USS Independence
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

La morsure de la tarentule. L’évolution des corvettes russes
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI, et Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

mercredi 9 septembre 2009

Le CHOD belge au ministre : vers le "non" ?

Selon Le Soir, le général Charles-Henri Delcour, Chief of Defence belge (chef d'état-major des armées), se serait dit prêt à mettre son "veto" à toute nouvelle demande de son ministre de la Défense, Pieter De Crem, en matière de déploiement de nouvelles forces à l'étranger, ou à amplifier quelque mission existante.

Le geste est inédit, "d'une extrême gravité" selon des observateurs : "un tel veto, cela ne s'est jamais produit. L'armée qui dit non à son politique de tutelle, ce serait une première...". Toujours selon Le Soir, le CHOD a fait part de cette menace devant trois représentants des syndicats le 16 juillet dernier. Les militaires en Afghanistan n’ont, entre autres, pas assez de gilets pare-balles : "ils doivent se les échanger".

Alors, derrière les commentaires alarmistes, comment lire cette "rebéllion" (qui reste par ailleurs à confirmer) ? Premières remarques sur le contexte :

1- Pas de chance pour De Crem : celui qui, à mon sens, a été le seul ministre de la défense belge valable de ces 20 dernières années (pour le reste de ces options politiques, notamment dsur BHV, je reste très dubitatif) fait face à une armée.... dépouillée. Les réformes à répétition de ces 20 dernières années n'ont été qu'une suite d'ajustements financiers, l'état-major essayant de limiter la casse. Mais le vrai problème réside dans la perception qu'à le politique de l'armée, dont le budget est considéré non comme une nécessité mais bien comme une variable d'ajustement structurelle...

2- De fait, le moral est bas, malgré un véritable professionalisme et un taux d'engagement en opérations extérieure plus que raisonnable. Mais le politique, depuis la grande réforme de 1999 n'a pas honoré ses promesses d'indexation du budget défense. En conséquence, la transformation initiée par André Flahaut n'a pu être menée à son terme et le budget équipement est le grand perdant. De toutes les nations OTAN, la Belgique (malgré 10 milions d'habitants, ce qui est loin d'en faire un "petit pays" de l'Union, plutôt un "moyen") est la dernière en terme de pourcentage du budget consacré aux équipements. C'est dire...

3- Le moral est d'autant plus bas que les débats politiques sur les questions de défense sont... quasi-anémiques et se focalisent surtout sur la question afghane (au surplus, uniquement sous l'angle des pertes). De ce point de vue, la perception qu'ont les militaires du niveau politique est problématique : ils sont tiraillés entre la fidélité à l'Etat et le manque de considération des élus pour eux...

4- Le contexte récent à toute son importance. Les dernières déclarations du ministre du budget son sans appel : "le pays est dans une situation de faillite virtuelle". Ce qui laisse légitimement craindre pour le budget de la défense. Or, le ministère a déjà embrayé depuis quelques temps : une note confidentielle sur la réduction des effectifs et la nécessité de fermer plusieurs implantations a été récemment éventée.

5- CHOD/ministre, ce n'est peut être pas ce que l'on pourrait croire : le torchon brûle-t-il entre le ministre et son CHOD ? Pas nécessairement. Jusqu'ici, les CHOD avaient été tèrs prudents dans l'énonciation de leurs critiques. Les anciens ministres de la défense continuaient alors de ne pas réclamer plus d'argent au conseil des ministres. Ici, la situation est peut être toute autre : De Crem pourrait bien être le seul à réclamer plus d'argent. Ou, en tous cas, à exiger que l'on ne touche pas à son ministère, déjà sérieusement sous pression...

6- Mais pour cela, il faut prendre les devants. De fait, la part prise par le personnel dans le budget reste trop importante. La focalisation excessive sur des conceptions de type "lorsque l'on rentre à l'armée, c'est pour en sortir à la retraite" perdure largement. Et le plan Flahaut de Carrière mixte (qui aurait abouti à un ratio d'environ 10.000 civils pour 30.000 militaires) n'a fait que faire perdurer cette culture bien particulière. Seul problème : que faire avec autant de civils (dès lors, en particulier, que plusieurs fonctions sont déjà externalisées) ?

7- Aussi, ce qui est en train de se passer est peut être, plus qu'une révolution politique, une révolution managériale sur laquelle, en interne, pas mal de monde s'entend. Trop souvent, la carrière militaire est percue comme une carrière certes sympathique mais où, finalement, on ne peut vous dégager. En somme - et plusieurs politiques le pensent - un endroit permettant d'éviter que des gens n'aillent grossir les rangs du chômage. Peu importe, dans ce cas, les contraintes opérationnelles ou celles que font peser la masse salariale sur les équipements....

8- Or, ce n'est pas un coup d'Etat qui nous attend (contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture bien trop rapide de la presse) qu'un schisme profond entre deux armées : l'une, motivée, opérationnelle et alternant rapidement les rotations entre théâtres extérieurs (nous n'en sommes pas encore au stade britannique mais la fatigue commence à s'installer) et... des simili-fonctionnaires. Or, De Crem et le CHOD sont tous les deux dans une optique de recherche de l'efficacité. Ce qui se passe pourrait donc bien, en réalité, relever de stratégies certes légèrement différentes pour les deux hommes mais, peut être visant un objectif similaire...

mardi 8 septembre 2009

FAS : la TDM est en ligne

Juste un petit mot pour vous dire que la table des matières de Forces Aériennes Stratégiques est en ligne sur Stratisc, y compris la préface du Président de la République, de même que l'introduction de l'ouvrage. Bonne lecture !

Pensée stratégique et SACT : de quelques symboles

Les lecteurs de DSI le savent, la recherche sur les questions stratégiques n’est pas un luxe d’intellectuels – par ailleurs rarement en chambre. De fait, le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale a initié une réflexion nouvelle, appelant notamment à poursuivre dans la voie de l’analyse et de la prospective. De ce point de vue, deux événements semblent, en ces mois de septembre et octobre, se téléscoper.

1) L'optimalisation des structures de la recherche stratégique

Créé à l’initiative du ministère de la défense, l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM) a souhaité inaugurer ses activités par une journée d’étude consacrée à ces nouveaux défis, qui s’inscrit dans le cadre d’une « semaine de la pensée stratégique » organisée à l’école militaire sous le haut patronage du ministre de la défense.

Elle sera précédée le 5 par une réflexion sur les « publications de défense et le rayonnement de la pensée stratégique » et suivie le 7, d’une journée dite « confluences de l’IRSEM », destinée à favoriser et développer les relations entre spécialistes civils et militaires de la réflexion stratégique. C’est également le 6 octobre que sera inauguré le CDEM – Centre de Documentation de l’Ecole Militaire – que l’IRSEM partagera avec le CSFRS (Conseil Supérieur Français de Recherche Stratégique). Ce dernier est issu du rassemblement de l’IHEDN, du CHEAR, de l’IHNES et de l’IERSE, prôné dans le « rapport Bauer ».

De quoi effectivement et considérablement renforcer les capacités françaises de recherche stratégique. L’IRSEM est quant à lui rapidement monté en puissance. Rassemblant des structures de recherche déjà existantes (CEREM, C2SD, CEHD et CHEAr), l’objectif visé est le renforcement, en France, d’une pensée stratégique et de défense novatrice et de haut niveau, répondant aux besoins exprimés par les responsables du ministère comme aux exigences scientifiques de la communauté académique, au travers de 4 missions :

- le renforcement de la recherche française en matière de défense, par la production d’études internes, la proposition de commande et le pilotage d’études EPS, au bénéfice de l’expertise du ministère de la défense,

- l’encouragement aux jeunes chercheurs sur les questions de défense, afin de favoriser l’émergence d’une relève française en matière d’études stratégiques.

- le rayonnement et la diffusion de la pensée stratégique française en Europe et à l’international, ainsi que son inscription dans les réseaux internationaux en la matière, grâce à un renforcement de la relation avec le monde de la réflexion sur les questions de défense : Université, recherche, think tanks, en France et à l’étranger ;

- le soutien à l’enseignement militaire supérieur.

Aussi, A l’horizon 2012, l’IRSEM devrait rassembler 49 personnes dont environ 35 chercheurs. Il sera constitué d’une équipe de direction, d’une direction des études rassemblant 8 directeurs de domaines d’études et d’un pool de recherche comptant 24 chargés d’études ; le tout soutenu par une équipe d’assistance à la recherche de 9 personnes. L’équipe dirigeante est composée du professeur Charillon, directeur, du professeur Ramel, directeur scientifique et du général (2S) Beyer, secrétaire général ; elle sera complétée ultérieurement par la désignation d’un président.

L’activité recherche de l’institut, s’articule autour de 8 domaines d’études : nouveaux conflits (colonel Goya) ; pensée stratégique et nouveaux concepts ; armement et prolifération ; sécurité européenne et transatlantique ; sécurités régionales comparées (amiral (2S) Dufourcq) ; défense et société ; histoire de la défense et de l’armement (professeur Romer) ; enjeux juridiques de la défense (professeur Pancracio).

2) Le baptême du feu du général Abrial à l’ACT…

Cette évolution pour le moins radicale des structures de la recherche stratégique en France – qui ne mettra aucunement en danger les centres de recherche préexistants – devrait mettre le pays dans un « ordre de bataille intellectuel » d’autant plus nécessaire que la prise de fonction du général Abrial comme commandant de l’Alied Transformation Command (soit comme SACT) va mettre à l’épreuve la « French touch » en matière de pensée stratégique. Il a pris ses fonctions le 9 septembre 2009, à bord du porte-avions Eisenhower (« Ike » a, en son temps, été le premier SACEUR), succédant ainsi au général Mattis – que nos lecteurs connaissent bien, notamment pour ses vues critiques sur les opérations basées sur les effets.

L’événement, à cet égard, est exceptionnel : depuis la création de l’OTAN en 1949, c’est la première fois qu’un général non-américain prendra la tête d’un des deux commandements stratégiques de l’OTAN. Basé à Norfolk, le général devra piloter la réforme des armées OTAN, non seulement des points de vue de l’expression des besoins – domaine qui reste encore largement du ressort national – mais également du point de vue doctrinal. C’est dire si l’arrivée d’Abrial constitue une véritable révolution : avec lui, c’est la tête pensante de l’OTAN qui devient française. Reste, cependant, quelques écueils potentiels à ce tableau idyllique.

SACT sous la loupe américaine

Premièrement, l’influence de la pensée américaine reste vivace et ce n’est sans doute pas un hasard si le général Abrial, issu d’une armée de l’Air plus réceptive que les autres armées aux conceptions US a été choisi. Nonobstant ses réelles qualités humaines, intellectuelles et de commandement, il apparaît également comme un « choix diplomatique » bienvenu afin de ne pas choquer outre-mesure des Américains… Qui se plient certes aux positions de Washington mais qui n’en restent pas moins, parfois, assez peu courtois.

Au général de dégotter, par exemple, un logement de fonction. Et aux journalistes devant couvrir sa prise de fonction de trouver plus vite que ça un visa spécifique, tellement kafkaïen que l’ambassade US à Bruxelles demandait les 3 dernières fiches de salaire… afin de prouver la capacité des journalistes à couvrir leurs frais. Pour un séjour de moins de 24 heures, on avouera qu’il fallait oser.

Plus sérieusement, nombreux seront les défis pour le nouvel ACT. L’Afghanistan, d’abord. La poursuite des réflexions se montre indispensable, en particulier dans un contexte ou l’opinion publique et les médias ne cessent de remettre en question la pertinence des choix non seulement français mais aussi otaniens.

Deuxièmement, l’évolution de l’Alliance elle-même, un nouveau concept stratégique devant être présenté au prochain sommet de l’organisation. Là, les défis se multiplient. Bruxelles s’engage dans des missions et des conceptions qu’elle avait peu investigué par le passé. La piraterie maritime, la protection des infrastructures critique sont notamment au menu.

Sans encore compter les défis plus « classiques »… à commencer par une prolifération nucléaire qui n’est plus guère ralentie par le Traité de Non-Prolifération. En somme, c’est un véritable défi qui attend le général… dont l’action, à n’en pas douter, sera scrupuleusement observée par les autres partenaires de l’OTAN, à commencer par les Américains eux-mêmes… En un mot donc, good luck, general - We're with you !

lundi 7 septembre 2009

Feu orange-vert pour le Rafale

Juste une petite remarque sur les Rafale brésiliens :

Le Brésil s'engage a négocier l'achat de 36 Rafale. Comparativement, la France achètera 12 KC390. Si la vente se conclut - j'insiste sur le "si" (sans vouloir jouer à l'oiseau de mauvais augure, ce ne serait pas la première fois que des négos, même très avancées seraient interrompues) - c'est évidemment une bonne nouvelle. Pour le reste, attendons de voir ce que l'AdA entend faire de ses nouveaux appareils... qui eux aussi n'ont pas encore volé...

Le DAOS devient le 4ème RHFS

Nos lecteurs s'en souviendront peut-être, à la fin de l'article que Véronique Sartini consacrait au Détachement Air des Opérations Spéciales (DAOS) de l'armée de Terre, en janvier 2009, la question de la "transformation" en régiment du DAOS était posée.

Il faut croire qu'elle a été entendue : le détachement est officiellement devenu, le 1er août, le 4ème Régiment d'Hélicoptères des Forces Spéciales. Ce qui, au vu du nombre de machines et d'effectif, semble constituer un choix judicieux. Le nouveau régiment attend maintenant la prise d'armes et la remise du drapeau de l'unité... et la visite du CEMAT. Un bon vol à tout le monde !

Serge Gadal analyse les FAS

Dans son dernier ouvrage, Serge Gadal, chargé de recherche à l'ISC (et déjà auteur d'un excellent ouvrage sur William Sherman), revient sur les Forces Aériennes Stratégiques :

"De 1964 à nos jours, les Forces Aériennes Stratégiques (FAS) ont joué un rôle capital dans la mise en oeuvre de la politique de dissuasion nucléaire de la France, garantie principale de son indépendance. Du mythique Mirage IV au Rafale, en passant par les missiles du plateau d’Albion, le Mirage 2000N et le fidèle ravitailleur C-135FR, l’outil militaire qu’a bâti notre pays, sous l’impulsion initiale du général de Gaulle, sans l’aide d’aucune puissance étrangère, force l’admiration. Aucune étude historique d’envergure n’avait encore été publiée sur ce sujet. Ce livre, qui prend en compte les témoignages, pour la plupart inédits, d’anciens des FAS, répare cet oubli et raconte l’aventure de ces pionniers de la dissuasion en replaçant l’évolution des matériels et des doctrines dans le contexte politique et stratégique de l’époque".

Préfacé par Nicolas Sarkozy, Forces aériennes stratégiques (Coll. Bibliothèque stratégique, Economica, Paris, 2009, 400 p.) est déjà disponible sur Amazon.

samedi 5 septembre 2009

Guardian Falcon : 780 missions et une trentaine de tirs

C'est le 2 septembre 2008 qu'ont été envoyés, pour la deuxième fois, 4 F-16 (2 autres les ont rejoint depuis lors) de la Force Aérienne (1). Ils étaient par contre basés, pour la première fois, depuis Kandahar. Depuis, ils ont, selon La Libre Belgique, accumulé 2.500 heure de vol au cours de 780 sorties - soit environ une mission de deux appareils/jour.

Les appareils ont participé à 116 engagements, dont 3/4 de show of force, tandis que des munitions ont été tirées "à une trentaine de reprises". Fait remarquable, "aucune victime innocente n'est à déplorer parmi la population locale lors de ces interventions". L'ensemble appelle plusieurs commentaires de ma part :

-1 : d'abord, sur la politique de communication (et petite parenthèse dans le débat stratégique). Depuis l'arrivée de De Crem, des points presses sont tenus plus fréquemment. Plus de détails y sont donnés que par le passé. En ce sens, si la CGSP défense (syndicat socialiste) indiquait dans son dernier "Info défense" qu'elle n'était pas d'accord avec moi sur la plus grande clarté des infos (tout en me rejoignant sur l'importance de la recherche stratégique - ce sur quoi je les remercie : ça fait du bien de se sentir soutenu !), je maintiens néanmoins. Aussi, si les parlementaires ne lisent pas la presse, spécialisée ou non, il est évident qu'ils se montreront étonnés de l'activité belge ou, plus largement, ISAF sur place...

-2 : sur l'utilité du show of force (SOF) et, plus généralement, sur l'utilisation des forces aériennes en COIN. C'est une thématique sur laquelle j'aimerais revenir dans un bouquin (et sur laquelle je vais pouvoir martyriser mes étudiants courant octobre). Grosso modo, le SOF est une mesure certes efficiente - une preuve de plus d'une dissuasion tactique - mais naturellement temporaire.

Elle permet de volatiliser l'adversaire dans l'espace mais de façon uniquement transitoire - ce qui n'en est pas moins utile, évidemment. Ce qui tend à me renforcer dans mes convictions sur l'importance que la persistance (et, plus généralement, le rôle du facteur temps) peut avoir pour l'art de la guerre.

Si je reviens dessus dans Airpower et Seapower, elle montre aussi que si nous avons conquis le facteur géographique, le temporel reste une terra (partiellement) incognita. De ce point de vue, je vous renvoie à l'excellent article de Gregory et Christophe, dans le prochain DSI-T.

3 : sur le débat portant, pour les forces aériennes, sur l'opposition entre engagements "de haute intensité/classiques/réguliers/symétriques" et celui sur les engagements "de basse intensité/non conventionnels/irréguliers/asymétriques" (qui irrigue notamment Alliance Géostratégique ce mois-ci).

Outre que ces catégories tendent à se brouiller - vertus de la techno-guérilla faisant - elles doivent aussi être analysées par le concret des engagements et ce qu'ils signifient pour la préparation des pilotes - et pas uniquement en termes de choix technologiques. Ici, les informations sur l'activité de la FAé sont intéressantes : rotations de personnels aidant, ce sont pas moins de 53 pilotes qui sont, jusqu'ici, intervenus en Afghanistan - soit une part non négligeable des pilotes FAé.

Autrement dit, lorsque je donnais mon cours de stratégie aérienne théorique l'an passé, seuls quelques-uns dans la salle voyaient concrètement (soit au-delà de ce qu'ils avaient lu ou discuté) de quoi on parlait lorsqu'on évoquait le COIN. Cette année, les gars seront déjà bien au courant d'une série de facteurs, de tendances et de constantes. Si c'est une "génération COIN" qui se lève, c'est aussi une génération qui a connu le combat - et non les seuls entraînements - et appliqué des procédures qui rentrent dans un cadre non seulement COIN mais, également "classique".

En d'autres termes - on y viendra peut-être au cours de la table ronde "maîtrise aérienne" que j'animerai aux prochaines Université d'été de la défense, le débat ne se pose pas tellement en termes de "compétences COIN" Vs. "compétences classiques" mais en termes de différences "vécues" par les forces aériennes, que ce soit en planification ou en exécution. Or, force est aussi de constater que là aussi, les modes d'engagement évoluent.

Pression technologique faisant (guerre réseaucentrée, volume d'information et de communication), le "flex targeting" (recours aux forces aériennes "à la demande") devient standard. Et ce, on l'a vu en Irak ou au Kosovo, aussi bien en engagements réguliers comme irréguliers. Les bons vieux "raids" préplanifiés existent toujours (en phase d'ouverture principalement) mais force est aussi de constater qu'ils nécessitent moins de compétences.

Le plus dur reste d'intervenir "à la demande" dans une des innombrables vallées qui constitueraient une zone d'engagement potentielle, en opérant le choix de munitions le plus approprié, en faisant gaffe à ses arrières (y compris dans les stratégies contre-aériennes des guérillas), à la position des "amis", à celle d'adversaires bien moins visibles que des chars, en tenant compte des ROE et, last but not least, en restant méchamment concentré après un vol de plusieurs heures qui vous endolorit.

Le COIN, de ce point de vue et pour les forces aériennes, pourrait ne pas signifier une perte de compétences air-sol mais bien les accroître - y compris face à la menace antiaérienne. Après, bien évidemment, reste la question de la supériorité aérienne. C'est évidemment autre chose... Mais c'est aussi pour cela que les entraînements sont faits.

Après tout, depuis 1945, les seuls engagements air-air d'une force aérienne européenne continentale l'ont été (je peux faire une erreur) en 1991, 1992 et 1999. As-t-on pour autant perdu les compétences acquises durant la 2ème GM ? Le résultat dis tout : aucune perte pour nous et des adversaires au tapis. Comme le disait si bien Nimitz : training, training, training...

(1) En théorie, nous sommes sensés parler de "composante air" depuis la réforme "joint". Concrètement, "FAé" reste largement utilisé.

vendredi 4 septembre 2009

C'était un 4 septembre, il y a 65 ans...

La "brigade Piron", après avoir débarqué ses premiers éléments le 30 juillet 44 (l'essentiel est arrivé en août) et libéré la Côte Fleurie, entrait en Belgique près de Tournai le 3 septembre et libérait Bruxelles le lendemain, entrant dans les faubourgs à 15h.

La brigade poursuivra vers Anvers et les Pays-Bas avec les Canadiens et les Britanniques - les combats y seront terribles - mais aussi l'Allemagne. Comptant essentiellement des Wallons , des Bruxellois et des Luxembourgeois, le 1st Belgian Group deviendra la 1ere brigade... toujours en activité.

Après avoir été aide de camp du régent, du roi et patron de la défense belge, Jean-Baptiste Piron, surnommé "le lion", est mort 30 ans jour pour jour après son entrée dans Bruxelles.

jeudi 3 septembre 2009

Armée de Terre : 332 VBCI en plus

Le ministre de la Défense a annoncé la commande de 332 VBCI, une acquisition notifiée par la Délégation générale pour l’armement (DGA) au groupement d’entreprises constitué par les sociétés Nexter Systems et Renault Trucks Défense.

Le nombre de VBCI commandés pour l’armée de Terre s’élève ainsi et au total à 630 véhicules. Le montant global du programme VBCI, incluant le développement et l’industrialisation, s’établit à 2,86 milliards d’euros.

Le communiqué de presse indique que "Lancé en 2000, le programme est maintenant en production à pleine cadence. Le premier VBCI est sorti d’usine en 2008 et plus de 100 véhicules ont déjà été livrés. Les derniers exemplaires seront livrés à l’armée de Terre en 2015. La première unité de combat dotée de ce nouveau blindé, le 35e Régiment d’infanterie (Belfort), a défilé cette année à Paris le 14 Juillet avec ses VBCI".

A ne pas manquer, à ce sujet, l'article de Jean-Louis sur le VBCI au 35ème RI dans le Hors série actuellement en kiosque ;o)

samedi 29 août 2009

DSI 51, septembre 2009 : le sommaire

Sommaire DSI 51, septembre 2009

Editorial
Agenda et nominations
Veilles contre-terroristes
Contrats du mois
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C.


Sur le vif


Armées contre insurgés : à qui profite le web ?
Entretien avec Marc Hecker, chercheur au Centre des études de sécurité de l’IFRI, co-auteur de War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age (Praeger, 2009)

Le feu contre l'homme : l'impasse de la destruction comme idéal de guerre
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire militaire

Stratégie

L’héritage d’Allied Force
Entretien avec le général de corps d’armée (2S) Jean-Patrick Gaviard, ancien commandant du CDAOA, expert associé auprès de la CEIS


POLAD auprès du général commandant la FIAS en Afghanistan : Témoignage et analyse politique de 6 mois de mission
Par Marie-Dominique Charlier, lieutenant-colonel chargé de mission au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces de l’armée de Terre

Créer l'impuissance chez l'adversaire : un art opératif pour le XXIème siècle
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire

Peut-on commander dans la postmodernité ?
Chef d’escadron (Gendarmerie) Richard Pegourie, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense

Armées

L’amphibie à l’italienne
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense


La Marina Militare : à l’avant-garde
Par Philippe Langloit et Joseph Henrotin, chargés de recherche au CAPRI


Tableau de bord : la Marina militare
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités


Le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc. Derniers tours d’hélice
Par Véronique Sartini, journaliste

Technologie


Une base navale n’est jamais à l’abri des coups
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense


Protection des ports : le maillon faible de la stratégie maritime ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI


Fiches techniques

E-2C/D Hawkeye

Lance-roquettes multiples BM-30 Smerch

Porte-hélicoptères Jeanne d'Arc

Critiques de lecture

De la manœuvre napoléonienne à l’offensive à outrance. La tactique générale de l’armée française 1871-1914 de Dimitry Queloz

War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age de Thomas Rid et Marc Hecker

vendredi 28 août 2009

Juste pour le week-end : un peu de robotique en musique



J'en avait parlé à Michel pendant mon passage de juin à St Cyr. Et bien voilà. Inutile de dire que je considère Royksopp comme l'un des meilleurs groupes sur la scène post-humuniste. Malheureusement, la version officielle du clip n'est pas disponible pour cause de copyright. Celle de remind me et son délicieux parfum de micro-systémique, par contre, l'est :

LCS-2, FIST, SEP et autres...


...seront au menu du prochain DSI-Technologies, avec en prime un assez long article de Jean-Louis sur le devenir de la flotte de "2000" et des interviews de P. Le Pautremat sur les forces spéciales (il a récemment fait paraître un ouvrage sur le sujet) et de P. Baulon sur les antimissiles.

Avec également quelques autres articles qui méritent le détour, des Wargames aux tendances de la stratégie des moyens navals en passant par la suite de la série sur la sociologie technique des drones de Gregory Pajon et Christophe Boutherin, du Centre de Recherche de l'armée de l'Air.

Mais il faudra patienter encore un peu. La bête sera en kiosque vers le 11 septembre.

jeudi 27 août 2009

Aux sources du terrorisme

Hélène L’HEUILLET, Aux sources du terrorisme. De la petite guerre aux attentats-suicides, Fayard, Paris, 2009, 346 p.


Si les stratégistes en ont déjà beaucoup dit sur le terrorisme, les philosophes sont restés relativement discrets sur le sujet. Et en particulier ces philosophes que nous pourrions qualifier d’opérationnels, qui évitent de s’engoncer dans des logiques verbeuses (où l’attention portée à la rhétorique se fait au dépend du sens général du propos), leur préférant le décryptage et l’analyse.
Hélène L’Heuillet appartient justement à cette catégorie des analystes. Elle produit un ouvrage riche, dense et explicite proposant de remonter aux sources du terrorisme. Il ne s’agit pas ici de décrire les menaces ou d’évaluer leur probabilité d’occurrence mais bien de disséquer un phénomène qui n’est ni neuf ni si fragmenté qu’il n’existerait pas, comme le pensait D. Bigo.
L’auteure, à cet égard, révèle (et démontre) qu’il existe plus qu’une unicité du terrorisme mais bien une véritable filiation, des lignes de continuité dans ce qui peut être posé en soi comme une stratégie. L’œil du philosophe apporte, ici, plus qu’on ne pourrait le croire : croiser sa lecture avec les enseignements de S. Naveh montre que le terrorisme constitue un mode d’action de niveau opérationnel-stratégique.
H. L’Heuillet fait référence à Freud (classiquement) avant de questionner (notre liste n’est pas exhaustive) Clausewitz, Schopenhauer, Nietzche, le nihilisme ou encore la démocratie. C’est érudit, c’est solidement argumenté et l’auteure d’aboutir à une conclusion non seulement brillante mais qui ouvre également des portes conceptuelles extrêmement porteuses (à notre sens) : « l’idée que le terrorisme serait « l’arme des faibles » est déjà non-démocratique et commet l’erreur de transposer dans la réalité ce qui n’est que rhétorique politique » (p. 321). Bien écrit et clair – quoique requérant la connaissance des bases élémentaires de la philosophie – il constitue un éclairage précieux.

mercredi 26 août 2009

Lectures : Clausewitz in the 21st Century


Hew STRACHAN and Andreas HERBERG-ROTHE (Eds.), Clausewitz in the Twenty-First Century, Oxford University Press, London, 2009, 319 p.


Cet ouvrage sur Clausewitz constituera sans aucun doute avec De la guerre ? Clausewitz et la pensée stratégique contemporaine (Cf. DSI n°42) l’une des grandes références sur le sujet.


Les auteurs – les meilleurs experts mondiaux du général prussien, dont Benoît Durieux – examinent ici une série de questions essentielles et examinent successivement : le rapport de Clausewitz à la guerre, à la non-linéarité, à la primauté du politique et aux évolutions de la « trinité », à la notion d’objectif, aux forces morales, aux sciences sociales, à la victoire, à la défense, à la petite guerre, à la privatisation de la guerre, à la « guerre contre le terrorisme », à la guerre de l’information, aux démocraties ou à la limitation de la violence.


Les thématiques sont variées et les auteurs ont à cœur de comprendre totalement les mécanismes clausewitzien, au besoin en réexaminant les traductions effectuées jusqu’ici et qui ont pu tromper le lecteur. Un chapitre est d’ailleurs dédié à cette question. Si l’ouvrage fera date, c’est également parce qu’il réfère à des études stratégiques de haute volée, la méthode utilisée démontrant clairement que Clausewitz a encore beaucoup de choses à nous apprendre.


Les interprétations qui peuvent être données à l’un ou l’autre de ses concepts sont encore nombreuses et démontrent in fine l’ampleur de la pensée du Prussien. Aussi l’ouvrage est-il d’abord réservé à un public averti : si les discussions sont académiques, leur portée est directement pratique. Une bonne connaissance préalable des travaux de et sur le général-écrivain est donc nécessaire. Mais, pour celle ou celui qui la possède, l’ouvrage ne manquera pas de faire réfléchir. Indispensable donc pour les aficionados du grand Carl. J.H.

mardi 25 août 2009

Lectures : Wired for War

Peter W. Singer, Wired for War. The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century, The Penguin Press, New York, 2009, 499 p.

D’emblée, l’ouvrage impressionne : parler en 500 pages de la robotique dans les opérations militaire là où David Axe (Warbots, Nimble Books, 2008) n’en écrivait que 88 ? Doit-on s’attendre à un inventaire à la Prévert portant sur les UAV, UCAV, USV, UGV, UGCV, et autres UUV ? Justement, non, bien au contraire.

Il s’agit bien ici d’un ouvrage d’analyse approfondie, des points de vue tactique, stratégique, historique, éthique, économique mais aussi philosophique et sociologique de l’art de la guerre robotisée. Pas ici question de plaidoyer « pro » ou « anti » : l’auteur, chercheur à la Brookings a qui l’on doit des ouvrages remarqués sur la privatisation de la guerre ou les enfants-soldats effectue une analyse minutieuse qui lui a pris des années.

Allant sur le terrain en Afghanistan ou en Irak, il montre comment les hommes en viennent, par exemple, à s’émouvoir parce que leur robot a subi une attaque. Au-delà des anecdotes, nombreuses, la plume légère et « à l’américaine » de l’intellectuel pousse à fond le concept de robotique, l’interroge et l’humilie au contact des réalités – sous oublier l’ombre portée d’une science fiction qui joue un rôle moteur dans ces développements.

Il s’agit bel et bien de voir jusqu’où, comment et sous quelles formes la robotisation va innerver les forces armées – certes américaines mais aussi alliées, et potentiellement, adverses. L’ouvrage, en ce sens, ne constitue qu’une petite pierre aux travaux portant sur les opérations futures mais les questions posées sont plus que pertinentes.

Si les réponses manquent parfois d’un peu de systématisme et d’esprit de synthèse, c’est aussi parce qu’elles restent ouvertes. Si vous vous intéressez à la technologie, à la robotique ou à la stratégie des moyens, cet ouvrage – une véritable bible sur la question – est manifestement fait pour vous. J.H.

lundi 24 août 2009

Le Charles de Gaulle va reprendre la mer

Selon un communiqué du CECMED, "Dans le cadre des travaux de remise en état de sa propulsion, le porte-avions procédera à des essais techniques en mer à partir du 25 août 2009. En mars dernier, le chef d’état major de la marine avait décidé de suspendre le programme d’activités à la mer du bâtiment après le constat de l’usure anormale de deux pièces mécaniques d’entraînement des lignes d’arbres. Depuis, la cause du problème a été identifiée et les deux pièces ont été changées. A l’issue des essais et des vérifications techniques, le Charles de Gaulle devrait reprendre son programme de remise en condition opérationelle".

mardi 18 août 2009

DSI 51 : en force sur la rentrée !

Et oui, nous y sommes : la rentrée approche à grand pas et la rédaction vous a préparé un DSI aux petits oignons. S'il sera en kiosque le 1er septembre, voici toujours un aperçu de son contenu :

Sécurité

Comment envisager la notion de puissance de feu de nos jours ? Si, pour Foch, « le feu tue », il n’en demeure pas moins que son usage peut aussi être contre-productif. En réalité, même, le feu pourrait être un substitut au combat lui-même, en cherchant à soumettre/détruire à distance, au moindre risque. Doctorant en histoire, Benoist BIHAN inaugure ici la première d’une série de chroniques consacrées aux tendances de la stratégie.

Autre tendance, celle non de l’émergence de la guerre de l’information – domaine qui, dans son acception classique, approche maintenant de ses 20 ans – mais bien de son assimilation dans les méthodes des armées… ainsi que des milices, groupes insurgés et autres terroristes. Dans la foulée de l’ouvrage qu’il a co-écrit sur le sujet avec Thomas RID, Marc HECKER nous a accordé une interview et pose la question : « Armées contre insurgés, à qui profite le web ? »

Stratégie

Il y a un peu plus de 10 ans, l’OTAN menait l’opération Allied Force au Kosovo, laquelle révélait une série de carences dans les armées européennes. Nous avons interviewé le général Jean-Patrick GAVIARD, alors commandant des forces aériennes françaises engagées dans l’opération, afin d’analyser avec lui, rétrospectivement, quel bilan en tirer.

Retour dans l’actualité avec le lieutenant-colonel Marie-Dominique CHARLIER. À présent au CDEF, elle a été en poste en tant que conseiller politique auprès de l’ISAF, en Afghanistan, durant six mois. Tout en présentant cette fonction, elle livre également son analyse de la situation de même que quelques réflexions sur l’évolution du théâtre.

Nous avions récemment évoqué (cf. DSI n°48, mai 2009) les travaux de Shimon Naveh sur l’art opératif. Benoist BIHAN revient ici sur les spécificités d’un niveau qu’il considère comme « artistique » – soit caractéristique de l’art de la guerre. Il invite ainsi à reconsidérer les notions de dislocation, de paralysie mais esquisse également quel pourrait être l’art opératif des opérations futures.

L’émergence de la « postmodernité » a des impacts militaires certains : accroissement de l’individualisme, mutation des loyautés et des identités sont autant de facteurs qui touchent les armées. Chef d’escadron dans la Gendarmerie, Richard PEGOURIE pose une question pertinente : « Peut-on commander dans la postmodernité ? »

Armées

Huitième marine du monde, la Marina Militare italienne est héritière d’un riche passé. Intéressantes, les mutations qu’elle connaît actuellement sont celles d’une adaptation non seulement de ses moyens mais également de ses ambitions. Emmanuel VIVENOT examine ses unités amphibies et l’expérience qu’elles ont accumulées. Philippe LANGLOIT et Joseph HENROTIN reviennent, quant à eux, sur l’évolution de ses moyens de surface, aéronavals et sous-marins, avant notre traditionnel tableau de bord.

Unités

Invitation au voyage comme au savoir, la Jeanne d’Arc a toujours été plus qu’une école embarquée : c’est aussi un bâtiment mythique et, presque paradoxalement au vu de son âge, bien opérationnel. Diplomatie navale, lutte contre la piraterie, sont autant de missions qu’elle remplies jusqu’ici, tout en offrant une école d’application bien rôdée qui forme les marins de demain. Véronique SARTINI a embarqué pour l’avant-dernière croisière de la grande dame et nous rapporte aussi bien les bruits de coursive que la concentration des élèves-officiers… L’une de nos fiches techniques est par ailleurs consacrée au bâtiment.

Technologie

Un vieil adage dit que les navires sont en sécurité au port mais que ce n’est pas ce pourquoi ils sont faits. En réalité cependant, les ports sont des infrastructures éminemment vulnérables : les attaques de Tarente, Pearl Harbor, Alexandrie démontrent clairement que la protection des marines n’est pas qu’affaire de radars et d’armements embarqués. Stéphane FERRARD revient sur quelques-unes des attaques les plus spectaculaires ayant visé des flottes théoriquement en sécurité. Joseph HENROTIN aborde, quant à lui, la question de la protection de ports civils, particulièrement vulnérables, et ayant fait, depuis le 11 Septembre, l’objet d’une attention toute particulière en matière de sécurisation.

Plus d'armes nucléaires sur le De Gaulle ?

Selon des officiels français cités par le blog de la Federation of American Scientists, le porte-avions Charles de Gaulle n’embarquera plus de charges nucléaires « durant des circonstances normales ». Les charges seraient toutefois conservées à terre et rembarquées durant les situations de crise. Concrètement, la soute à "munitions spéciales" a été réaménagée pour les ASMP-A au cours de la dernière IPER.

Hans Kristensen indique également que cette mesure pourrait avoir été d'application depuis un certain temps mais qu'elle n'avait pas encore été reconnue. La France rejoindrait ainsi la Russie et les États-Unis en matière d’installation d’armes nucléaires à bord de bâtiments de surface (ils avaient débarqués ces armes en 90-91, certaines restant stockées à terre).

vendredi 14 août 2009

La peluche "champignon atomique" existe bel et bien


Si, si, c'est de l'art : vu au MoMA, ce huggable atomic mushroom (champignon atomique à serrer contre soi) qui m'a fait me tordre de rire. Pas loin du Leclerc en peluche ;o)

Back online... et prêt à foncer

Même pas (enfin, pas trop) de jet-lag : votre serviteur est prêt à reprendre le collier avec un sacré paquet d'idées nouvelles. De New York à Washington en testant aussi bien les sièges de Times Square qu'une immonde bière au maïs et à l'extrait de yucca (il paraît qu'il y en a qui aiment), je suis prêt à m'attaquer à la rentrée, bien armé. En l'occurence, quelques kilos de bouquins notamment ramenés du Strand, une immense bouquinerie new-yorkaise qui affiche fièrement ses "18 miles de rayons" (ci-dessus, la section histoire et affaires militaires).

Après quelques tours mémorables (filer à 45 miles sur l'Hudson, monter au sommet du Rockfeller Center, se faire le MoMA et le MET, faire un coucou aux canards du Capitole - les oies étaient devant le monument à Jefferson -, traverser le countryside en Acela, religieusement entrer dans l'Intrepid Museum et le Smithsonian Air & Space Museum) et une bonne centaine de km de marche à pieds dans les pattes, je reviens avec une nouvelle vision des States.

Le cerveau est évidemment saturé d'images et de sensations. Avoir fait sa thèse sur le rapport aux technologies des Américains et expérimenter in vivo vaut évidemment le coup, ne serait-ce que pour atomiser un certain nombre d'idées reçues sur les Etats-Unis. Et ce dans leur rapport à l'investissement public, au capitalisme, à la notion d'intégration ou encore au patriotisme.

Derrière le très apparent "tout au fric" d'un capitalisme pas si débridé que ça, chaque acte est action patriotique. Il est intéressant de voir à quel point les deux sont liés, particulièrement à NY, où presque tous les ouvriers de chantiers arborent de petits (ou de grands) autocollants montrant la "star spangleds banneer" sur leurs casques. C'est une culture extrêmement particulière : derrière le business, il y a aussi l'amour de la nation.

Pour autant, ce patriotisme est loin d'être exclusif/excluant. En posant la question à un chauffeur de taxi WASP, il me donne la réponse : ici, la géographie de l'origine (ou des racines) n'a pas vraiment d'importance, parce que le projet américain n'a pas de limites, aucune fin ne peut être atteinte, la Frontier est partout, que ce soit dans la fin de la construction d'un bâtiment (il y en aura d'autres...), la richesse personnelle, le savoir ou la liberté d'expression.

Tout WASP qu'il est, il reconnaît que la question de l'intégration ne se pose pas : si on immigre ici, c'est que l'on adhère profondément aux idéaux (et sans cesse palpables) fondant le pays. Dès lors, les annonces en anglais doublées en espagnol dans le métro (ou ailleurs), les femmes en sari ou en hidjab ne posent aucun problème ou sentiment de problème : ce n'est tout simplement pas à ce niveau que se pose la question de l'intégration au pays. Peut-être sa réponse aurait-elle été différente s'il avait été d'ailleurs, plus au nord. En tout état de cause, ça laisse songeur.

Dernière question à notre chauffeur de taxi dans sa gigantesque Lincoln : croit-il au déclin américain ? Il sourit tranquillement avant de répondre que quelque chose qui se renouvelle sans cesse ne peut décroître...

vendredi 31 juillet 2009

DSI Hors-Série n°7 : un peu à l'avance, le sommaire...



DSI Hors-Série n°7, août-septembre 2009
En kiosque dès le 13 août 2009

Editorial

Politique

Liens armée-nation, politique de la mémoire et anciens combattants : quelques défis
Entretien avec Hubert Falco, Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants

La France et l’OTAN : quels impacts ?
Jean-Jacques Mercier

La France et la PESD : des réalisations en attente de concrétisation
Jean-Jacques Mercier

OPEX : la France sur tous les fronts
Stéphane Ferrard

Carte : les forces françaises de souveraineté et de présence

Frapper dans la profondeur : le maillon faible ?
Joseph Henrotin

Le meilleur des ambassadeurs : Marine nationale et diplomatie navale
Entretien avec Hervé Coutau-Bégarie, directeur des cours de stratégie au CID, président de l’ISC

Patrouille de France : place au rêve
Véronique Sartini

Organisation

Faire aussi bien avec moins ! L’armée de Terre rétrécit…
Jérôme Palmade

Tableau de bord : les forces opérationnelles terrestres

ALAT : Dax s’ouvre au privé…
Frédéric Lert

L’Espace : Paris reste en position défensive
Philippe Langloit

Que reste-t-il de la place de la Gendarmerie dans le monde de la défense ?
Entretien avec le général Roland Gilles, DGGN

RETEX

L’armée de l’Air dans les OPEX : quel retour d’expérience ?
Lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois

Armée de l’Air : coup de chaud pour les guerriers de la guerre froide…
Frédéric Lert

Le commandement des opérations spéciales (COS). La traversé du désert ?
Stéphane Ferrard

Tableau de bord : opérations spéciales

Entraînement au combat en zone urbaine : le CENZUB à l’avant-plan
Stéphane Ferrard

Matériels

Les fantassins enthousiasmés par le VBCI
Jean-Louis Promé

Opérations sous-marines : vers le Barracuda
Entretien avec le capitaine de vaisseau Jérôme Sciard, commandant l’escadrille de SNA

La grande mutation des opérations amphibies
Joseph Henrotin

Les L-CAT
Jean-Jacques Mercier

Le transport aérien militaire français à un tournant historique
Entretien avec Alain Silvy, Général de division aérienne, sous-chef plans et programmes à l’EMAA

Armées : peut-on allier quantité et qualité ? Quelques réflexions sur la stratégie des moyens des forces
Jean-Jacques Mercier et Joseph Henrotin

Quelques vacances...

... bien méritées s'annoncent pour moi comme pour ce blog. Dès 1400, je sera officiellement en congé, ma prochaine mission consistant à réviser mon anglais américain.

Y'a pas à dire : même lorsque l'on est passionné par son job, faire la pause s'avère utile. La rentrée sera chargée : après le hors-série n°7 (sortie le 13 août), c'est au tour du DSI 51 (2 septembre) puis du DSI-T n°19 (15 septembre), du DSI 52 (2 octobre), du hors-série n°8 (mi-octobre) et ainsi de suite.

Sans compter quelques cours et conférences, l'un ou l'autre chapitre d'ouvrage (note à Grégory : si, si, c'est presque prêt ;o), l'Université d'Eté de la défense, la sortie de Seapower en octobre et, probablement, celle du petit suivant : L'ultime bouclier. La résilience dans l'anti-terrorisme est presque terminé. Il sera plus léger en termes de nombre de pages que les ouvrages précédents mais n'en sera pas moins costaud du point de vue du contenu.

But du jeu, alterner théorie et pratique, avec un examen de fond des politiques française et belge en la matière. Et il y a quelques perles, comme ce petit manuel "à destination des pères de familles" datant de 1932 et portant sur les réactions à adopter en cas d'attaque aérienne. De la pure résilience construite avec un niveau intellectuel assez élevé.

En bref, il y aura de l'action : j'ai passé il y a deux semaine le cap des 500 publications (soit quelque chose de plus de deux pages) et ce n'est pas prêt de s'arrêter ;o)

mardi 28 juillet 2009

L'INS Arihant, premier SNLE indien, a été lancé

Le premier sous-marin à propulsion nucléaire indien, issu du programme ATV (Advanced Technology Vessel) a baptisé INS Arihant (littéralement « destructeur d’ennemis ») a été lancé le 26 juillet. On en sait désormais plus sur le navire, qui appartiendra à la catégorie des SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins) plutôt qu’à celle des SNA (Sous-marins Nucléaires d’Attaque). D’un déplacement « de plus de 6 000 tonnes » pour une longueur de 112 m, le bâtiment est propulsé par un réacteur nucléaire d’une puissance de 85 MW.

Les officiels indiens ont par ailleurs souligné l’aide apportée par la Russie. L’Arihant aurait une profondeur d’immersion de 300 m et pourrait atteindre les 30 nœuds et serait armé d’un équipage d’une centaine d’hommes. Il sera équipé de 12 missiles K-15/Sagarika, dont la nature exacte n’avait jusqu’ici pas été connue. En réalité, il s’agira bien de missiles balistiques (et non de croisière) d’une portée de 700 à 750 km selon les sources.

Lancé en immersion, le missile bénéficie d’un guidage inertiel et serait équipé d’une charge, nucléaire ou conventionnelle, d’une masse d’une tonne. Il a été testé à six reprises dont une depuis un ponton immergé. Les missiles sont installés par groupes de 4 dans 4 conteneurs de lancement installés derrière le kiosque. Selon certaines sources, les conteneurs pourraient également accueillir des missiles antinavires/de frappe terrestre supersoniques Brahmos.

L’Arihant va maintenant entrer dans une phase d’essais en mer d’une durée estimée de 2 à 3 ans. Il pourrait être admis au service en 2011 et jusque 5 navires pourraient être construits. L’Inde doit également recevoir deux sous-marins nucléaires d’attaque de classe Akula II de la Russie.

lundi 27 juillet 2009

Armes nucléaires en Belgique : pourquoi Philippe Mahoux se trompe de cible

Paradoxalement, c'est par la presse japonaise que l'on a appris l'intention du sénateur Philippe Mahoux de déposer une proposition de loi portant sur la prohibition "de la fabrication, de la réparation, de l’exposition, de la vente, du transport et du dépôt sur le territoire belge des systèmes d’armement nucléaire".

La Belgique accueille à Kleine Brogel une vingtaine de bombes B-61 destinées à éventuellement être larguées par les F-16 qui y sont basés. Je ne reviendrai pas là-dessus, André Dumoulin ayant très largement (et très pertinemment) travaillé sur la question.

Par contre, le sénateur se trompe, sur plusieurs points :

- Premièrement, la question est éminement politique : l'implication de la Belgique dans le dispositif otanien relève d'accords secrets avec Washington - personne n'en connait donc la teneur exacte. Cependant, les "doubles clés" permettent également à Bruxelles d'avoir son mot à dire en matière d'utilisation potentielle de ces armes :

- Deuxièmement, révéler cette teneur pourrait ne pas être une bonne idée, d'autant plus que les réductions successives du budget de défense belge ont eu le don d'énerver nos partenaires de l'OTAN : si ces armes permettent à la Belgique d'être entendue à Washington, elles permettent aussi d'acheter "en nature" une partie de la sécurité de Bruxelles.

- Troisièmement, comme le montre bien J-P. Baulon, il existe une corrélation historique entre remise en question des éléments de la dissuasion (comme de la dissuasion elle-même) et focalisation sur les antimissiles. L'avènement de B. Obama et de son attitude plus méfiante à l'égard de ces systèmes, ne doit pas faire oublier la sociologie politique de Washington et le fait que les lobby pro-antimissiles y restent influents. Or, ces antimissiles sont également dans la ligne de mire des mouvements pacifistes auquel se rattache P. Mahoux.

- Quatrièmement, si l'intention du sénateur de favoriser la non-prolifération "en évitant de donner le mauvais exemple" est louable, force est aussi de constater que, depuis le milieu des années 1980, le nombre d'armes britanniques, françaises, américaines et russes n'a cessé de décroître. Il s'agissait également de réduire la tentation de la prolifération. Mais force est de constater que "l'exemple" donné n'a pas calmé les ardeurs prolifératoires des uns et des autres. Fondamentalement, on ne construit pas des armes nucléaires "pour imiter" les grandes puissances mais bien pour disposer d'un argument politique de poids.

- Cinquièmement, cet argument politique de poids intègre des stratégies dissuasives complexes mais bénéficiant d'une cohérence certaine. Alors que nous ne disposons toujours pas de garanties de la Russie en matière de déciblage des villes européennes - Moscou avait annoncé que les grandes villes européennes (dont, évidemment, Bruxelles) seraient à nouveau ciblées, l'an passé - est-il véritablement temps de "désarmer" ainsi et de se priver d'un élément élargissant considérablement notre liberté de manoeuvre politique ?

- Sixièmement, si le sénateur peut se targuer de succès en matière de lutte contre les armes "sales"(je ne connais toutefois que très peu d'armes propres), force est aussi de constater que les armes nucléaires ne relèvent évidemment pas de la logique d'emploi propres aux armes à sous-munitions ou aux mines antipersonnels... Le nucléaire, par son statut dissuasif et lorsqu'il est intégré à des doctrines telles que les nôtres, est fondamentalement une arme politique, de non-emploi en premier.

Vous l'aurez compris, je suis plutôt dubitatif quant à l'initiative de P. Mahoux - au demeurant une arlésienne du mouvement pacifiste belge dont sa vertu principale pourrait renvoyer au jeu politique interne post-élections régionales. Si je pense qu'il est nécessaire d'avoir de vrais débats sratégiques, je me demande quelle peut être la pertinence d'une telle sortie pour la stature internationale belge mais aussi pour la sécurité des Belges dans leur ensemble...

vendredi 24 juillet 2009

DSI Hors-Série n°7 en preview

Et voilà, les derniers réglages sont en cours avant impression : le prochain DSI HS est prêt ! Pas mal de textes variés au programme, dont une interview du général Silvy sur la question de l'A400M des options alternatives et une autre d'Hervé Coutau-Bégarie sur la diplomatie navale. Bref, de quoi faire. Il sera disponible à la vente dès le 13/08.

Antiterrorisme en Belgique : bonnes questions, mauvaise réponse

Le Soir d'hier a fait paraître des extraits du rapport du Comité R (de suivi et de contrôle des services de renseignement) à propos de l’alerte antiterroriste de décembre 2007-janvier 2008. Deux grandes catégories de critiques sont adressées aux services :

Le manque de coordination entre les services et le fait que l’OCAM (Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace) et le Procureur fédéral n’aient pas joué leur rôle. Résultat, selon le rapport, des « différences parfois inexplicables en ce qui concerne les destinataires des évaluations de l'OCAM ». Pire encore : la police, le SGRS (renseignement militaire), le ministre de l’Intérieur et le centre de crise n’ont pas été informés correctement. La Sûreté de l’Etat n’aurait quant à elle pas transmit toutes ses informations. Côté coordination, on a fait mieux.

Conséquence annexe dudit cafouillage, la communication vers la population a été d’un brouillon extrême : les niveaux d’alerte n’étaient pas commentés ni argumentés, la menace elle-même est restée vague – en somme, de quoi faire perdre leur crédibilité aux institutions en charge de la sécurité. Allez ensuite faire comprendre pourquoi vous annulez feu d’artifices et nocturnes des marchés de noël

Je n’ai pas encore lu le rapport mais il me semble poser là de bien bonnes questions. Ce n’est pas la première fois que le rôle de l’OCAM est remis en question, malgré un renforcement de ses moyens : manifestement, le problème est méthodologique.

Mais la réponse aux questions pourrait bien être encore pire : le président de la commission sénatoriale du suivi du Comité R, Armand De Decker a précisé que « le projet déjà voté au Sénat afin de permettre à la Sûreté d'organiser elle aussi des écoutes téléphoniques va rééquilibrer les choses » (La Libre d'aujourd'hui) et dès lors « éviter ce que l'on a appelé des cafouillages entre le monde judiciaire et les services de renseignement qui dépendent eux du gouvernement ».

La méthode interpelle : on crée des hiérarchies parallèles au lieu de mettre à plat le système (ce que devait faire la création de l’OCAM). Surtout, si ces écoutes sont attendues depuis longtemps, elles ne répondent pas au problème de la communication : nouveau capteur ou pas, rien n’indique que les informations recueillies aboutiront effectivement dans les bonnes mains – soit le cœur du problème.

On ne répond pas, également, à la question de la communication de crise (toutefois abordée il y a peu de temps par le ministre de l'Intérieur avec un peu plus de pertinence que ça n'a pu être le cas). Décidément, nous sommes bien incapables d'apprendre des leçons...

mercredi 22 juillet 2009

Défilé du 21 juillet : pas véritablement de nouveautés mais...

Le dernier défilé du 21 juillet a été l'occasion de quelques anniversaires : les 30 ans du F-16 qui ne s'est jamais aussi bien porté, les 175 ans de l'Ecole Royale Militaire ou les 40 ans du Marchetti. Outre la pomme de Tante Fabi, quelques nouveautés :

- Un Piranha IIIC doté de son canon téléopéré de 30 mm ;
- Un IIIC en version ambulance ;
- Un bon paquet de LMV, qui succèdent aux Iltis ;
- Les Segway de la Police... si, si. Ce n'était pas une blague : « dune buggy », policiers à vélo et Segway étaient en vedette. D'où une question à mourir de rire du commentateur : "ne pensez-vous pas que ça ne fait pas très sérieux ?" Réponse du policier commentateur pour l'occasion "...euh...".
On ne peut pas mieux dire.

Plus sérieusement, pas mal d'invités de marque en ce défilé : les 175 ans de l’ERM ont été l’occasion d’inviter quelques écoles militaires à défiler, dont St Cyr, en tête de file.

L’Europe de la Défense était aussi en action : l’officier français adjoint au commandant belge du Battlegroup dont Bruxelles va prendre le commandement était en tête de quelques éléments dudit BG. Avec son propre LMV belge orné d’un petit drapeau français.

Au final, la tendance à un accroissement du volume civil du défilé (Croix-Rouge, police, protection civile, pompiers) comparativement au militaire progresse. On peut s'en désoler mais cette présentation a néanmoins un atout : réaffirmer le rôle de l'Etat dans la sécurité de tous. Ce qui, à un niveau fédéral où se profile une nouvelle réforme de l'Etat, n'est pas sans significations...

Comment une pomme devient un instrument de résilience

Un petit trait de résilience à la belge dans ce monde anxiogène : au cours du défilé militaire du 21 juillet, la Reine Fabiola, veuve du Roi Baudoin, était menacée depuis quelques temps, via des lettres anonymes, d’être abattue à l’arbalète.

« Tante Fabi », comme on la surnomme affectueusement, exhibe ici une pomme (copyright 7sur7.be), en référence à Guillaume Tell. Derrière l’humour, la « manœuvre de résilience » est parfaite : d’un côté, l’acceptation de la menace (d’où un dispositif de sécurité renforcé couplé à une communication adéquate), de l’autre, la remise en perspective, voire la relativisation.

Pour simplifier et sortir de la théorie, on pourrait résumer ça par "quand tu veux, gamin. Non seulement je n'ai pas peur mais au surplus tu va comprendre pourquoi nos armes sont si réputées".

Je reviendrai prochainement sur la question : il est temps qu’elle soit explorée à fond et en français dans autre chose qu’un article de quelques pages. Mais, d’ores et déjà, cette pomme est un exemple idéal.

vendredi 17 juillet 2009

Nouvel échec du Bulava

Les nouvelles vont décidément vite en ce monde du 2.0 (Marc Hecker, interviewé pour le DSI 51 à propos de son excellent ouvrage War 2.0 ne me contredira certainement pas) : le SLBM russe Bulava a, une fois de plus, connu un échec.

L'occasion pour moi de donner quelques infos à l'AFP cette après-midi. Comme souvent, tout n'est pas repris (notamment la problématique de la navigation) mais vous pouvez en avoir un petit aperçu ici.

mercredi 15 juillet 2009

Le F-22 : tout du fiasco ?

C’est une enquête du Washington Post qui le révèle, les passes d’armes parlementaires autour de la nécessité ou non de poursuivre le programme F-22 pourraient ne pas être liées qu’à son coût unitaire de 250 millions de dollars. L’appareil se révélerait terriblement fragile, au point que ceux déployés auraient une disponibilité de 55 % et connaîtrait une « panne critique » toutes les 1,7 heures.

Entre 2004 et 2008, le nombre d’heures de maintenance par heure de vol s’est accru de 20 à 34 heures, dont la moitié est consacrée à des réparations de sa « peau » furtive. Le séchage des enduits prendrait jusque 24 heures. En résulte un coût à l’heure de vol élevé : 49 808 dollars selon le Secrétaire à la défense, 44 209 selon l’US Air Force (valeur 2008).

L’appareil ne serait pas non plus totalement opérationnel : sur les 22 demandes-clés de l’Air Force, 2 étaient remplies en 2004 (il avait alors « 351 déficiences »), 5 en 2006 et 7 en 2008. Le F-22 reste, par ailleurs et en dépit de son coût comme de sa sophistication, le seul appareil de combat américain qui n’est pas doté de liaisons de données… exigeant un nouveau programme, de 8 milliards de dollars pour remédier à ce déficit.

Commentaire : très critiqué dans l'entourage de R. Gates mais soutenu par une partie des Congressmen, le Raptor n'a toujours pas été déployé en Afghanistan ou en Irak - des zones pour lesquelles il existe peu de besoins en matière de supériorité aérienne mais que l'Air Force a voulu, un temps, investir avec son nouvel appareil. Au final, la sortie du Post a une valeur certaine comme arme médiatique "anti-Raptor". Mais elle montre aussi les limites d'une guerre du "tout technologique" ou "le mieux" est bien souvent l'ennemi du "bien".

mardi 14 juillet 2009

14 juillet radieux - bonne fête à toutes et à tous !

Petit clin d'oeil à Antoine Philippe qui doit mitrailler tout ce qui passe sur les Champs... et petit clin d'oeil à ma patrie d'adoption par la même occasion !

jeudi 9 juillet 2009

La petite précision du jour...

La rédaction est en plein rush sur le prochain DSI Hors Série - comme toujours à cette époque de l'année, en partenariat avec les Universités de la Défense - mais juste un petit mot sur le Stratégique (de l'ISC, cette fois-ci) spécial "guerres irrégulières" : pas mal de lecteurs potentiels aimeraient l'acheter. Il est maintenant disponible sur Amazon pour un prix qui me semble redoutablement abordable pour la masse d'analyses qu'il propose : à voir ici.

Bon, ben c'est pas tout ça, mais j'ai un petit 200 pages au feu ;o)

mercredi 8 juillet 2009

C'est les vacances : Carl se lache

Vacances obligent, Carl nous a laissé sa chronique, parue dans le n°50. Comme il convient de célébrer l'atteinte de cet objectif comme il faut, laissons-lui la parole ;o)

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Si, si, ils sont toujours vivants !

Bon, allez. C’est presque les vacances : cette année, je vais me prélasser en mer jaune, histoire d’être aux premières loges si les marines nord et sud-coréennes veulent faire mumuse. Avec un petit pastis bien frais et mon casque aux couleurs de DSI (je n’aime pas les casquettes, ça protège mal contre les shrapnells), ça devrait le faire. Mais, précisément, comme c’est bientôt les vacances, c’est aussi l’heure d’un petit bilan. Après tout, et comme les lecteurs attentifs que vous êtes l’aurez remarqué, votre magazine favori en est à sa cinquantième édition. Ce qui n’est pas rien pour un magazine de défense : coulés par la pénurie des publicités dans les années 1990, les éminents prédécesseurs du DSI avaient laissé les Français orphelins d’un vrai mensuel interarmées. Et, résultat des courses, pour un magazine à qui certains prédisaient un échec cuisant après quatre ou cinq numéros, il s’en tire plutôt pas mal : au dernier comptage, 120 000 lecteurs sur les cinq continents. C’est aussi l’un des seuls magazines de défense européens en kiosque aux États-Unis – même Jane’s, trop souvent considéré comme une référence (1), ne le fait pas – de même que dans une bonne vingtaine d’autres pays. Belle performance pour la rédaction – au point que certains en son sein semblent s’être dédoublés, développant une certaine schizophrénie. Peut-être le résultat d’un régime alimentaire à base de caféine et de croquettes de crevettes – l’INRA mène actuellement l’enquête. Ce qui nous vaut quelques phrases d’anthologie et le développement d’un vocabulaire particulier. Vous aussi, amis lecteurs, apprenez à parler le DSI…

Le succès du magazine tient à une méthodologie avancée : « Que la guerre soit avec vous » (phrase rituelle de début de journée). « Qui veut des crasses ? » (i.e. « Qui veut des biscuits ? » – autre phrase rituelle, tout au long de la journée). « Ouh, y’a plein de chars à poil » (phrase de contentement devant un dossier de photos). « T’as le CDF de DSI 4579 ? » (« As-tu le programme du DSI du mois de mars 2254 ?). « T’as trois ventilos dans le schmoll ! » (« Trois photos d’hélicoptères sont sur le serveur. » – L’emploi du terme schmoll s’effectue généralement alors que 80 % des neurones d’un membre de la rédaction sont occupés.) « Savez-vous où je peux trouver un Leclerc en peluche, comme Carl ? » (l’un de nos fidèles lecteurs). Réponse : « Appelle le 118 Véronique » (hommage appuyé à la capacité de Véronique Sartini de trouver des coordonnées introuvables). Milieu de journée : « Ça craint sous le sapin » (« Ce n’est pas ce que je pensais. » ; traduction alternative : « Ce n’est pas un cadeau. ») « Ah ben non, c’est de la daube » (« Je comprends ce que tu dis, mais il me semble que ce sera inefficace. Peux-tu formuler une autre solution ? »). « Pépé est tout cassé » (phrase indiquant que le serveur d’échange de données – le FTP – ne répond plus). Début de fin de journée : « Chocolat ? » (phrase préventive, en cas de risque de crise de nerfs, en particulier chez Nathalie, notre secrétaire de rédaction-maquettiste). « Ça sent la souris qui vole » (premier signe audible d’une crise de nerfs).

DSI, c’est aussi des conceptions de pointe : « Bah, juste un petit 200 pages, tranquille, quoi » (signe de la joie de notre rédacteur en chef adjoint à l’idée de se lancer dans la rédaction d’un livre qui fera finalement 450 pages). « Je vais me détendre un peu, juste le temps de pondre un petit (article de) 4 pages » (sans commentaire). « Le post-structuralisme, c’est quand même bien » (sans commentaires non plus). « Si le LPT d’un ICBM diminue, sa PLS augmente » (toujours sans commentaires mais définitivement le signe que Joseph doit se reposer). Et, bien sûr, ce et parce que la rédaction aime les plaisirs simples… « Bière ! » (signe que la journée est terminée). Carl

Note
(1) Tuons d’ailleurs dans l’œuf un certain nombre de mythes. Jane’s est à l’indépendance d’opinion ce qu’un lance-pierre est à l’efficacité militaire : difficilement utile ; il est cher et présente moins d’infos que votre DSI. Il a de sérieux biais anti-Français et son influence dans les états-majors est souvent plus imaginée que réelle.

DSI-T n°18 : le sommaire !


Sommaire DSI-Technologies n°18, juillet-août 2009
Editorial

Tendances

Des hoplites aux drones… en passant par la ceinture. Essai d’application de la sociologie des sciences aux systèmes non habités évoluant dans la troisième dimension
Par Christophe Pajon, chercheur au Centre de recherche de l’armée de l’air (CReA/EOAA) et Grégory Boutherin, officier de l’armée de l’air (Centre de recherche de l’armée de l’air, CReA/EOAA).

Air

ALAT. Des chantiers pour attendre !
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Grand dossier : Bourget 2009 : nouveautés et évolutions
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit, chargés de recherche au CAPRI

Hélicoptères Tigre, Caracal et Panther : des instruments pour l’action et la précision
Par Antoine Philippe, journaliste spécialiste des questions de défense

Predator C/Avenger : les MALE vont-ils tous passer à la réaction ?
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

Kinetic Energy Interceptor : fin de partie ?
Par Georges-Henri Bricet des Vallons, expert en systèmes d’armes (IPSE)

Carte : Porte-avions, porte-aéronefs et navires amphibies dans le monde

Terre

Tous sous blindage, objectif d’état major ou simple réflexion ?
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Les Britanniques recyclent ! La nouvelle jeunesse du FV432
Par Jean-Jacques Mercier, spécialiste des systèmes d’armes

L’antichar dans le génie français d’aujourd’hui
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

La famille CV90, championne des IFV européens
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Munitions de mortiers : le guidage, hors de portée ?
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Les C4I qui venaient du froid
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

VBL et VBR : les données techniques
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Mer

Piraterie maritime : l’inventaire des solutions. Deuxième partie : solutions opératives et tactiques
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Le bâtiment école des officier de marine sur BPC. Un choix guidé par la raison
Par Véronique Sartini, journaliste spécialiste des questions de défense

Plan de relance et 3e BPC
Le point de vue de l’amiral Forissier, chef d’état-major de la marine

Marine iranienne : le vrai et le faux
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

mercredi 1 juillet 2009

Octobre sera naval

La stratégie navale, traditionnellement, est relativement peu traitée dans la littérature : l'histoire (y compris maritime), les relations internationales, la géopolitique irriguent certes les colonnes d'une revue comme la Naval War College Review mais, finalement, la place de la stratégie théorique y est assez mince.

C'est de ce constat que je suis parti, il y a environ 2 ans, pour me poser la question de savoir quels devaient être les fondamentaux de la question, et en quoi la littérature ouverte actuellement disponible fournissait des pistes de réponse. Le résultat de ces cogitations est un beau pavé de 414 pages qui sera, j'en ai eu confirmation tout à l'heure, disponible en octobre dans la collection "Bibliothèque stratégique" de l'ISC.

D'ici là, la table des matières est déjà disponible. L'ouvrage sortira en même temps que le deuxième volet de la trilogie que consacre Hervé Coutau-Bégarie à la stratégie maritime et qui traitera, en l'occurrence, de la diplomatie navale. Un octobre tèrs naval donc ;o)

mardi 30 juin 2009

DSI 50, juillet-août 2009, le sommaire


Sommaire DSI 50 - juillet-août 2009
Comme traditionnellement, pas de DSI au mois d'août, vacances de l'équipe obligent. Par contre, le Hors Série suivant est en préparation. Let's roll ;o)
Editorial
Agenda et nominations
Contrats du mois
Veilles contre-terroristes
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « Si, si, ils sont toujours vivants ! »

Sur le vif

Armes surdouées, armes perverses
Par le général (CR) Claude Le Borgne

Aux sources du terrorisme
Entretien avec Hélène L’Heuillet, maître de conférence en philosophie à l’université de Paris Sorbonne et psychanalyste, auteure de Aux sources du terrorisme. De la petite guerre aux attentats-suicides

Stratégie

La guerre au milieu des populations : solution ou idéologie ?
Par le général de division Vincent Desportes, Directeur du Collège Interarmées de Défense

Détruire l’adversaire ou gagner par compromis, quel but pour la guerre aujourd’hui ?
Par le chef de bataillon Pascal Ianni, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense

D’Eratosthène à demain ou la question de la géographie moderne
Par Emmanuel Allain, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » au Collège Interarmées de Défense

Armées

La British Army au tournant des années 2010
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes, et Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Les opérations terrestres britanniques en Afghanistan
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Tableau de bord : la British Army
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

Les commandos-marine. L’intelligence du geste et de la situation
Par Véronique Sartini, journaliste

Encadré : So British !

Encadré : Le commando ou détachement Arta de Djibouti

« En 2008, le taux moyen d’absence du port base pour les commandos-marine était compris entre 120 et 140 jours »
Entretien avec le contre-amiral Marin Gillier, commandant de la Force maritime des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO).

Technologies

Mines, IED et EFP face aux forces occidentales
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Du minage au déminage
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Sous-marin nucléaire d’attaque de type 688, classe Los Angeles/ Les Los Angeles dans la mythologie sous-marine US

BAE/Hagglünds BV206S/ De l’utilitaire au véhicule de combat : le marché des engins articulés

Kawasaki OH-1 Ninja/ La cavalerie aérienne de la JGSDF

Critiques de lecture

Armes. De l’antiquité à nos jours de Richard Holmes et alii

L’Amérique vulnérable ? (1946-1976) de Jean-Philippe Baulon

Pierre Marie Gallois. Géopolitique, Histoire, Stratégie de Christian Malis

Quelle politique de sécurité et de défense pour l’Europe ? de Pierre Pascallon et André Dumoulin
Rommel et la stratégie de l’Axe en Méditerranée de Vincent Arbétrier

Stratégique n°93-94-95-96.

lundi 29 juin 2009

DSI-Technologies 18 en preview

Petit zoom sur le prochain DSI-Technologies, à paraître mi-juillet, avec de quoi susciter pas mal de réflexions : outre des thémas inhérentes à la sociologie des techniques et au maintien de l'ordre, le gros dossier du mois sera consacré au Bourget 2009 : 10 pages de photos et de remises en perspective des nouveautés du salon. Jean-Louis a également concocté un article sur les chantiers de l'ALAT et JJM a travaillé sur le Predator C.

Nous poursuivons par ailleurs notre série sur les infanteries du futurs (les Scandinaves sont au menu ce mois-ci) et sur les engins suédois : il y aura donc du CV90 (notez que Stockholm vient juste de commander 113 AMV à Patria). On poursuit également sur la Piraterie et Véronique nous est revenue d'un transit sur la Jeannne, où elle en a profité pour interviewer le CEMM. Bonne lecture !

vendredi 26 juin 2009

Blub-blub : un deuxième Suffren pour la Marine

Hervé Morin a annoncé la commande du 2e sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Barracuda (classe Suffren). Le programme Barracuda, qui prévoit la livraison de six sous-marins entre 2017 et 2028, représente 7,9 milliards d’euros. La Délégation générale pour l’armement (DGA) a notifié le 26 juin 2009 aux entreprises DCNS et AREVA-TA la commande du 2e SNA de nouvelle génération Barracuda, prévu au titre du marché global notifié le 21 décembre 2006.

Parallèlement, l’assemblage de la coque du Suffren, tête de classe, a débuté le 26 juin 2009 par la soudure des deux premiers tronçons situés à l’arrière du sous-marin. Ils seront armés de la future torpille lourde Artemis, du missile antinavire Exocet et du futur missile de croisière naval. Ils pourront également mettre en oeuvre des forces spéciales et leurs équipements.

Lasers : les Américains progressent

Deux nouvelle récentes me semblent indicative de la persévérance US dans le domaine des lasers de combat, alors pourtant que l'ABL est à présent mort. D'une part, l’Advanced Tactical Laser, démonstrateur d’un laser chimique de frappe terrestre installé sur un C-130, a effectué un premier tir en vol, touchant effectivement sa cible dans le centre d’essais de White Sands. Rien de bien neuf : le programme progresse en dépit de retards.

D'autre part des essais ont également été réussis pour le Laser Weapon System (LaWS) de l’US Navy. Il a suivi, ciblé et détruit 5 drones le 7 juin, 2 le 9 juin et 2 autres le 11 juin. Le programme de recherche ambitionne, à terme, de disposer de lasers suffisamment puissants pour assurer la destruction de missiles assaillants. Et, pourquoi pas, remplacer les CIWS et autres RAM assurant la défense terminale des bâtiments US... A suivre donc...

jeudi 25 juin 2009

Drones : des solutions hybrides ?

La bestiole en photo (copyright : US Navy) n'est pas un MH-6 Little Bird, comme elle pourrait le laisser croire, mais sa version "Drone", testée par l'US Navy depuis un petit temps (500 heures de vol au compteur, 1er vol en juillet 06). L'appareil a deux particularités :

- Premièrement, il utilise la cellule pour le moins éprouvée du Cayuse.
- Deuxièmement, il est "dronisable". Bien que pouvant voler seul comme un grand, il peut aussi être piloté, comme le Cayuse d'origine - un avantage pour le vol dans les espaces aériens civils.

Boeing, qui est maître d'oeuvre, précise que l'engin peut être utilisé pour toute une série de fonctions : ISR mais aussi évacuation médicale (d'où les deux conteneurs visibles sur la photo) et peut emporter environ 150 kg de charge utile. Un UAV "bon à tout faire" donc.

Ce qui m'interpelle dans ce programme, c'est sa relative simplicité. S'il faut prendre garde aux inflations de coûts (Boeing est doué pour la question et l'appareil a quelques petits raffinement, comme une capacité ATOL), ce qui m'intéresse ce sont les développements qui peuvent en résulter. En l'occurrence, Boeing et les forces spéciales ont une idée derrière la tête : l'A/MH-6X, avec une charge utile, cette fois, d'1,5 tonnes. Cette tendance à la dronisation d'appareils pilotés n'était pas nécessairement très visible au dernier Bourget mais, par contre, la multiplication des charges ISR sur des appareils de transport légers (TBM-700, King Air et autres appareils Diamond), oui.

On y reviendra dans le prochain DSI-T. Mais la question qui me turlupine, c'est de savoir si les drones MALE ou "quasi-MALE" (comme le modèle turc exposé ou le Hunter, par exemple*) ne sont pas en train de se faire dépasser à la fois par le haut (un Talarion/Advanced UAV qui me sembait aussi costaud qu'un RQ-4) ou par des plateformes beaucoup plus simples, pilotées et ayant plus souvent une charge utile supérieure, avec une endurance parfois étonnante.

* Je sais, je sais : le Hunter n'est pas un MALE. Mais son endurance (jusque 12 heures) est très raisonnable comparativement aux durées moyennes de vol des MALE US en Afghanistan ou en Irak...

mercredi 24 juin 2009

DSI 50 en preview

Et voilà que s'annonce l'été : les flots bleus pour ceux qui en ont la chance, un peu de temps libre... et peut-être même de la lecture. Ce pour quoi la rédac vous recommande vivement le prochain DSI, qui devrait être en kiosque d'ici le 2-3 juillet.
Sur le vif

La technologie est décidément un sujet complexe – y compris du point de vue de ses effets pervers. Jamais avare de réflexions, parfois dérangeantes mais toujours pertinentes, le général (CR) Claude LE BORGNE nous livre les réflexions dont il avait entretenu les participants au colloque du club Participation & Progrès sur « la technologie en débat(s) », début mai 2009.

Un autre débat à la fois passionnant et complexe touche aux sources du terrorisme, qui dépassent de loin les seules questions liées à l’asymétrie ou, comme on l’entend beaucoup trop souvent, à la pauvreté. Nous avons interrogé à ce sujet la philosophe et psychanalyste Hélène L’HEUILLET, qui vient de publier un ouvrage très intéressant à ce sujet.

Stratégie

À trop entendre parler de « guerre au milieu des populations », on pourrait n’y voir qu’un slogan, à l’instar de ce qu’était devenue la Transformation. Le général Vincent DESPORTES revient sur cette question, montrant que derrière la formule, les réalités stratégiques nous imposent d’adapter nos forces.

Combattre aujourd’hui est devenu difficile. Au premier chef, se pose la question de savoir s’il faut détruire l’adversaire ou « gagner par le compromis » et, plus généralement, de savoir quel est le but d’une guerre, de nos jours. Chef de bataillon, Pascal IANNI remet ainsi en perspectives un certain nombre de données, notamment inhérentes à la place des actions militaires dans les opérations contemporaines.

La géographie, disait Yves Lacoste, « sert d’abord à faire la guerre ». Si la formule manque quelque peu de nuance, toute structure militaire un tant soit peu évoluée ne peut faire l’impasse sur la géographie. Ses méthodes fournissent les cartes mais déterminera également la précision des missiles de croisière. Commandant dans l’armée de l’Air, Emmanuel ALLAIN examine une question abordée par le Livre blanc et, depuis lors, quelque peu passée sous silence.

Armées

Imprégnée de traditions et extrêmement expérimentée, l’armée de terre britannique est revenue, depuis la fin de la guerre froide, à une logique expéditionnaire et ce, dans un environnement budgétaire contraint. Pour autant, elle reste une formidable force de combat. Philippe LANGLOIT et Jean-Jacques MERCIER examinent pour nous ses évolutions et les défis auxquels elle fait face.

Engagées en Afghanistan depuis 2001, les forces terrestres britanniques ont mené un travail considérable et sont à présent engagées dans le sud, conduisant un grand nombre d’opérations. Emmanuel VIVENOT fait le point. Par ailleurs, Philippe LANGLOIT revient, dans son traditionnel tableau de bord, sur l’équipement de la British Army.

Unités

Forces spéciales de la Marine nationale, les Commandos-marine sont des unités aussi prestigieuses que rigoureuses et… occupées. Véronique SARTINI s’est rendue à Lorient et a suivi plusieurs de leurs exercices. Elle nous dresse le portrait d’unités en évolution constante et a également interviewé le contre-amiral Marin GILLIER, commandant la Force.
Technologie

Depuis 2003, les IED (Improvised Explosive Device) ou EEI (Engins Explosifs Improvisés) font « la une » de l’actualité militaire. La menace est complexe et protéiforme et de nombreux types de contre-mesures lui sont appliquées, d’où l’expérience de la guerre froide et de l’utilisation des mines antichars n’est pas absente. Joseph HENROTIN et Stéphane FERRARD font le point sur les problèmes posés mais aussi… les solutions qui ont été trouvées.

mardi 23 juin 2009

Nouvelles publications de l'ISC

Je suis actuellement en train d emettre à jour les tables des matières des derniers ouvrages parus dans le cadre de l'ISC (certes, il était temps ;o). Ne manquez pas de jeter un oeil dessus, dans la mesure où à chaque ouvrage présenté correspond l'un ou l'autre texte mis en libre accès.
Au programme :

Michel Grintchenko, L'opération Atlante. Les dernières illusions de la France en Indochine, 2008

Guilio Douhet, La maîtrise de l'air, 2007

Edward Luttwak, La grande stratégie de l'empire romain (2ème édition), 2009

Laure Bardiès et Martin Motte (Dir.), De la Guerre ? Clausewitz et la pensée stratégique contemporaine, 2008

Hervé Coutau-Bégarie, L'océan globalisé. Géopolitique des mers au 21ème siècle, 2007

D'autres seront injectées au rythme d'une par jour. Bonne lecture !

Qui (n'est pas) post-humaniste ?

Réponse - ou piste de réponse, plus exactement - sur l'excellent schizodoxe. Je sort un peu d'un article sur la piraterie pour le prochain DSI-T (fonctionner aléatoirement fait du bien quelque fois) et j'en profite pour revenir à l'un de mes dadas favoris.

L'excellent Rémi Sussan avait produit il y a quelque temps un ouvrage absolument fascinant sur la relation entre contre-culture, post-humain (voire post-humanisme) et technologies diverses et variées. Je conseille à tous sa lecture (je pense en avoir fait une critique dans l'un des premiers DSI).

La question posée, à cet égard, renvoie non seulement à l'évolution et à l'adaptation mais est également d'une extrême valeur stratégique : que sera, dans 50 ans, la notion d'efficacité ? Comment va-t'on comprendre et modifier nos cerveaux - des gens y pensent très sérieusement ? Quel sera notre rapport à la technique, nous qui sommes déjà entourés de fictions où les robots sont au coeur des intrigues, suscitant peur ou attendrissement ?

Pas très militaire me direz-vous ? Si, si, regardez bien : le FELIN bardé de son électronique n'est conçu que pour une seule chose, in fine : être plus efficace, démultiplier l'humain et ses sens... Une révolution sourde est en marche et elle n'est pas dans tel radar ou tel système C4ISR - ce sont des épiphénomènes, tout au plus révélateurs que "quelque chose se passe".

Cette révolution est dans une combinaison bien plus large, d'une amplitude qu'on ne soupçonne même pas encore. Surtout, elle n'est pas technique au sens strict. Elle se joue dans l'interaction entre le technique et l'humain... qui pourrait bien déraper si, emporté par son élan, il ne restait pas concentré sur son essence.