mardi 2 février 2010

Robotique militaire : le CREC Saint Cyr et DSI font le point



En kiosque le 15 février
Jusqu’ici, la question n’avait pas encore fait l’objet, en France, d’une publication qui lui soit consacrée, mais la robotique militaire – le développement de l’emploi de robots dans les domaines terrestre, aérien, naval – est certainement l’un des domaines les plus emblématiques de l’évolution contemporaine des armées, mêlant fantasmes technologiques et authentiques mutations. Pour en faire la part, le Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) et DSI se sont associés dans le cadre de ce numéro hors série. Ce n’est pas un état de l’art, car ce serait une gageure que de vouloir en cent pages résumer une évolution protéiforme et les multiples questions qu’elle suscite. Il s’agit plutôt de dresser ici la cartographie des principaux enjeux, qui s’annoncent considérables. Dans un contexte de déclin régulier des effectifs et de croissance continue du coût unitaire des plates-formes habitées, les robots vont devenir au sein des forces armées des compagnons nombreux, quotidiens, associés à de plus en plus de tâches. Que les choix – politiques, technologiques, tactiques – effectués soient les bons et alors la robotique sera un puissant levier d’efficacité. Dans le cas contraire nous pourrions nous trouver, comme l’indique Peter Singer dans ces pages, avec l’équivalent moderne de la Ligne Maginot. L’enjeu est donc bien réel et concerne non seulement les armées, mais également les chercheurs, les industriels et les décideurs de haut niveau. C’est aussi un enjeu global, qui dépasse de loin le strict cadre militaire : la robotique marche sur deux jambes, civile et militaire, et déjà s’immisce dans nos vies quotidiennes.

Nous avons découpé ce numéro hors série en trois grands chapitres. Le premier est consacré aux fondamentaux de la question : contexte sociétal, géopolitique et relations de puissance, insertion dans les dispositifs militaires et impact sur eux de la robotique, défis technologiques, droit, éthique. Le deuxième chapitre est consacré au cas français : si le nombre de robots, qu’ils soient terrestres, aériens ou navals est encore faible dans nos armées, les solutions ne manquent pourtant pas. Non seulement les militaires français réfléchissent à la question mais, au surplus, industriels et chercheurs ont déjà largement défriché de nombreuses pistes. Et ce ne sera pas une moindre surprise pour nos lecteurs que de découvrir ici que la France, en ayant investi dans les trois domaines terrestres, aériens et navals, est incontestablement le leader européen de la robotique. Le troisième et dernier chapitre est quant à lui consacré à la question robotique dans le monde, ainsi qu’aux retours d’expérience qui commencent à affluer. Sont entre autres abordées les politiques américaines et israéliennes, la « prolifération » robotique, l’emploi en contre-insurrection ou encore les possibilités d’utilisation de robots par des irréguliers. De quoi, peut-être, ouvrir les yeux sur une révolution technologique et convier à réfléchir aux conditions de son éventuel élargissement en révolution militaire.

Joseph Henrotin et Christian Malis

vendredi 29 janvier 2010

Le PAK-FA a effectué son premier vol

Des essais de roulage avaient été effectués en décembre (voir DSI n°56) et, à vrai dire, les experts croyaient peu à des premiers essais en janvier 2010. Mais, manifestement, c'est fait : Sukhoi a fait voler son PAK-FA, qualifié "de 5ème génération". Concrètement, une telle appellation implique de la furtivité (et le design ne suffit pas et j'ay cru voir sur cette vidéo quelques boulons qui pourraient faire toute la différence) mais aussi une avionique à la hauteur (radar AESA, suite ESM, etc.).

En ce sens, ce premier essai pourrait surtout n’être destiné qu’à valider la formule aérodynamique retenue (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler certains atours de la famille Flanker ou de l'YF-23, pour ceux qui s'en souviennent). La Russie compte mettre ses premiers PAK en service après 2015, l’Inde devant également bénéficier d’une version locale, Delhi semblant avoir participé au financement.

Edit : je viens de voir le post de JDM sur la question. Bon, ben on ne peut pas toujours être premier ;o)

Re-Edit : quelques questions via mails montrent une certaines inquiétude sur les capacités russes. Alors, sans vouloir déprécier Moscou quelques éléments sont à rappeler, histoire de remettre les choses en perspective et relativiser un certain vent de panique que l'on sent poindre :

- Premièrement, le nombre de composants à fabriquer sur la famille Flanker est si faible que c'est... un chaudronnier qui s'occupe des canopy.

- En matière d'électronique : souvenez-vous des performances serbes en 99 ou érythréennes en 2000 : tous au tapis ou presque. Quant aux Ethiopiens (Su-27), leurs tirs en limite de portée ou même à 80 % de cette limite ont tous été des échecs. Certes, c'était il y a plus de 10 ans mais d'un point de vue logiciel et CME, ils sont toujours à la traîne. Les résultats des radars européens sont, globalement, meilleurs.

- Souvenez vous qu'au Bourget 2007, le plus beau commentaire à la délégation russe concernait son aptitude à changer des moteurs en moins d'une nuit. Ca peut être une belle performance, mais ça traduit surtout un certain manque de maîtrise 1) du pilote (ah, ça, quand on veut faire son show...) 2) mais aussi des motoristes... Cramer un moteur parce qu'on a fait deux vols en dehors des enveloppes - ce pourquoi le combat aérien reste un job d'exception - ça ne fait pas très sérieux...

- Ok, ils ont fait un avion qui a un look "moderne". Et alors ? Son design est optimisé pour le combat tournoyant et il aura sans doute de très belles capacités en la matière. Mais est-ce bien la question aujourd'hui ? Même les pilotes de F-22 l'indiquent, aujourd'hui, ne serait-ce que pour optimiser les avantages conférés par la furtivité, il faut travailler en stand-off. Après, bien manoeuvrer, c'est indispensable pour traiter une probabilité de type de combat qui doit s'élever à 10 % - et bien des pilotes me diront que je suis généreux.

Alors, quid du Raptorski ? Il n'y a pas de déteminisme historique comme il n'y en a pas de technique et personne ne dispose de boule de crystal. Soyons prudents, attendons de voir ce que la bête a dans le ventre comme dans les processeurs. Après tout, nous venons d'assister à ce qui s'apparente, grosso modo, au premier vol (quasiment en direct, notez le, ce qui a une signification politique en soi) du Rafale A - et vous connaissez la suite de l'histoire.

DSI n°56, février 2010


Sommaire DSI n°56, février 2010
En kiosque dès le 1er février
Edito
Agenda et nominations
Veilles contre-terroristes
Industrie française
Les contrats du mois
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « Du danger du déterminisme historique »

Sur le Vif
Afghanistan : quel adversaire combattons-nous aujourd'hui ?
Par Olivier Hubac et Matthieu Anquez, CEIS et auteurs de L'enjeu afghan, la défaite interdite (André Versailles, 2010)

La rébellion houthiste, point de fixation dans l’arrière cour de l’Arabie Saoudite
Par Laurent Amelot, enseignant à l’Institut d’Etude des Relations Internationales (ILERI)

Stratégie

Chronique : Stratégie des moyens
Par Benoist Bihan

Victoire en Kapisa. Des limites de l’approche linéaire en contre-rébellion
Par le lieutenant-colonel Hervé Pierre

Grandes et petites guerres : la vraie distinction
Par le chef de bataillon Nicolas Delort

Rendre son utilité à la force
Par le chef de bataillon Christophe Richard, stagiaire de la promotion « Maréchal Lyautey » du Collège Interarmées de Défense.

Armées

La Syrie contemporaine : une puissance régionale fragile ?
Par Xavier Hautcourt

Encadré : Succès antichars au Liban

Les trois vies stratégiques de la Syrie
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Encadré : Le poing blindé

Tableau de bord : la force aérienne syrienne
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

Le GPD Méditerranée. Révolution en vue pour les plongeurs démineurs
Par Véronique Sartini, journaliste

La rupture SLAMF
Entretien avec le capitaine de frégate Jean-Marie Rey, en charge du programme SLAMF (Système de Lutte Anti Mines du Futur)

Encadré : Les « Mousquemers », pères des plongeurs démineurs

Encadré : Les équipements de plongée

Technologies

Porte-avions : la continuité russe
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Drones SIDM : les retours d’expérience
Par Frédéric Lert, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Véhicule Blindé Moyen Freccia/Le Freccia, Paré pour le XXI e siècle

Northrop Grumman RQ-4 Global Hawk

SSGN Oscar II

FN Herstal SCAR

Enquête

Exit la DCMAT…vive les SIMMT et SMITer ! Le big-bang du MCO de l’armée de Terre
Par Jean-Louis Promé

Encadré : Moins de mécanos dans les régiments!

Encadré : Des effectifs encore à diminuer!

Une ambition pour le MCO terrestre: l'optimisation de la performance
Entretien avec le général de corps d'armée Jean-Tristan Verna, Directeur central du Matériel et futur Directeur désigné de la SIMMT en cours de création

La PEGP se met en place. Un réel tournant pour l'armée de Terre
Par Jean-Louis Promé

OPEX: des compétences à préserver
Par Jean-Louis Promé

Encadré : Le VAB ELI bientôt en Afghanistan

Critiques de lectures

Berlin. Les offensives géantes de l’armée rouge. Vistule-Oder-Elbe (12 janvier-9 mai 1945) de Jean Lopez

Understanding the Role of Deterrence in Counterterrorism Security de Andrew R. Morral et Brian A. Jackson

Naval War College Review, Winter 2010.

Robotique : Big Dog s'amuse...

Je suis dans une phase très "robotique" ces derniers temps et comme vous le savez, à l'instar de Carl, je les aime vivants comme morts (cuits à point avec une bonne sauce, évidemment). Là, mon four risque d'avoir quelques difficultés :

jeudi 28 janvier 2010

Evaluation de la PLAN par l'ONI

L’Office of Naval Intelligence de la marine américaine a posté sur internet, par mégarde (encore que...), une évaluation des capacités de la marine chinoise, que la Federation of American Scientists s’est empressée de télécharger.

Datant d’août 2009, le rapport de 51 pages est intitulé La PLAN. Une marine moderne avec des caractéristiques chinoises. Revenant sur les tendances et les constantes historiques de la PLAN, il évalue le commandement, les objectifs de sécurité nationale, les équipages et les nouvelles capacités.

Le document note que ses capacités de projection se sont accrues de 67 % depuis les années 1990 et que les capacités de guerre en surface se sont accrues de plus de 400 %. Les capacités antiaériennes se sont également étoffées. La maîtrise des opérations par la marine – disposer de navires n’est pas tout – s’est également accrue, les auteurs du rapport insistant sur le fait que la Chine n’entend pas développer de présence navale globale.

Bref, jetez un oeil.

mercredi 27 janvier 2010

Peter Singer en live

Vous vous souviendrez sans doute de son interview dans le dernier DSI, Peter Singer est l'un des meilleurs stratégistes aillant travaillé sur la robotique militaire ces derniers temps. On aura d'ailleurs l'occasion de le recroiser dans nos pages - mais la question est encore "secret défense". D'ici là, une de ses interventions sur la question :

Laser aéroporté : le test du 10 janvier

Manifestement, les dispositifs de suivi de cible semblent fonctionner : l'YABL-1A effectue ici une frappe sur une cible statique au sol alors qu'il est lui-même en vol.

Défilé indien de l'indépendance... dans le brouillard...

mardi 26 janvier 2010

DSI 56 : MCO, plongeurs démineurs, aéronavale russe, Syrie et Yemen au programme

La nouvelle formule du DSI impose un travail assez conséquent mais le résultat est payant. Conséquence, plus de "maniabilité" dans les sujets, ce qui permet de passer, dans le prochain numéro, d'une analyse en profondeur de la rebéllion houthiste au Yemen à la politique de défense syrienne et aux évolutions profondes du MCO dans l'armée de Terre. A lire d'ici quelques jours ;o)

lundi 25 janvier 2010

Voler en Afghanistan : petit CR

Jetez un coup d'oeil à cet article de La Libre, paru ce matin : un ancien commandant de détachement de la FAé y donne ses impressions sur ses quatre mois à Kandahar. Assez rare pour être souligné !

mercredi 20 janvier 2010

Alain De Neve sur les nanotechnos - séminaire EHESS/IRSEM

Dans le cadre du séminaire pluridisciplinaire dédié aux "Mutations et révolutions militaires" co-organisé par l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire (IRSEM), Alain De Neve donnera, demain jeudi 21 janvier à la Maison des Sciences de l'Homme (54 boulevard Raspail à Paris), une conférence sur le thème "Nanotechnologies et révolution dans les affaires militaires – Entre promesses technologiques et technologies de la promesse".

Un djihadiste belge au Pakistan

Un reportage de la chaîne privée RTL-TVI diffusé avant-hier soir a montré un djihadiste converti belge qui s'est prêté au jeu de l'interview. Sur le fond, la rhétorique est classique - avec une pointe de légitimation de son combat par la question du voile à l'école - et l'opération de communication aura été excellente pour lui et son groupe.

Si c'est l'occasion Simon Petermann et pour moi d'intervenir sur la même chaîne aujourd'hui à 12h40 (je tâcherai de mettre le lien), comment considérer l'opportunité accordée à la journaliste ?

- Premièrement, il s'agit de communiquer à bon compte. Comme le type l'indique lui-même, Youtube et le Web 2.0. permettent de recruter, d'orienter voire de former (ce qui renforce les questionnements sur un "djihad 2.0"). Mais, ajouterait-on, rien de tel qu'un journal télévisé pour toucher des centaines de milliers de gens en même temps ;

- Deuxièmement, les toucher pas tant pour les inciter à rejoindre le djihad (quoique...) que pour influencer leur perception de l'adversaire, en le faisant passer pour totalement déterminé. Et ce, alors même que la Belgique est extrêmement vulnérable au "zéro mort" et qu'un round de discussions vient de s'achever entre les Etats-Unis et Bruxelles sur l'envoi de renforts en Afghanistan ;

- Troisièmement, renforcer la culture de la peur dans laquelle nous sommes immergés : j'y reviens de façon plus complète dans mon ouvrage sur la résilience (il ne faut pas trop demander à un blog, non plus !) mais la Belgique a un sérieux problème avec le concept même d'intégration et l'insistance sur la question de l'école n'est pas innocente. Il s'agit, dans cette optique, de renforcer la méfiance et la suspicion, susciter la peur sans même que des attentats ne soient commis. Le summum de l'économie des forces ;

On ajoutera que l'emploi de la télé n'est pas innocent. Gino Verleye a bossé là-dessus et j'y reviens dans "résilience" mais, fondamentalement, certains médias, lorsqu'ils sont mal employés sont plus susceptibles d'inspirer la peur - et la TV est en tête de peloton. En fait, dans certains cas, l'afflux d'information produit les effets inverses recherchés en "résilience construite" : l'angoisse plus que la réduction préemptive des effets de surprise. Seule compensation à ce phénomène d'inversion, la nécessité de remise en perspective et l'éducation des téléspectateurs à la prise en compte de ce type d'information. En Belgique, nous n'y sommes toujours pas.

Un responsable de l'Organe de Coordination et de l'analyse de la Menace indiquait hier ne pas bien comprendre pourquoi un djihadiste communiquait maintenant. Et bien, c'est très simple : parce qu'en l'occurrence, pour le djihadiste en question, ça ne mange pas de pain et ça crée des effets.

Dernière petite remarque, le parquet à beau déclarer qu'une enquête sur le type en question a été ouverte, nos institutions ne semblent toujours pas avoir compris qu'un terroriste n'agit pas dans une rationalité d'ordre criminelle mais bien d'ordre stratégique. Dans un tel cadre, toutes les options sont ouvertes et inviter une journaliste à prendre le thé, c'est du pain béni. Djihadiste 1 - Belgique 0.

mardi 19 janvier 2010

BEM version papier : nouveau tirage

Le CESM m'indique que le dernier Bulletin d'Etudes de la Marine, consacré aux aéronavales, peut être commandé gratuitement à l'adresse. Il peut en outre être lu en ligne tout aussi gratuitement (bande de veinards).

lundi 18 janvier 2010

Sous le sapin (ou presque) : 60 Rafale

Dassault a reçu, le 31 décembre 2009, une nouvelle commande, portant sur 60 Rafale (10 pour la Marine, 50 pour l’armée de l’Air), tandis qu’une option porte sur la mise au standard F3 des F-1 que la Marine avait placé sous cocon.

Au total, 180 Rafale ont donc été, jusqu'ici, commandés. Si 82 (54 pour l’armée de l’Air, 28 pour la Marine) ont été livrés à la fin décembre, 3 au total ont été perdus. Les nouveaux appareils seront livrés à partir de 2015 avec leur antenne radar active, de même qu’une suite d’autoprotection améliorée. Des contrats portant sur la motorisation ont été passés avec la Snecma, de même qu’avec MBDA pour des armements.

dimanche 17 janvier 2010

Parlons résilience

Pour les lecteurs belges, Le Vif/L'express m'a fait les honneurs d'une interview dans sa dernière livraison, après lecture de mon prochain ouvrage. L'occasion, pour le coup, d'aborder une série de thématique inhérentes à la résilience mais aussi à l'antiterrorisme, d'une façon plus générale.

Bon, fondamentalement, résumer deux bonnes heures de discussions en trois pages n'a pas dû être évident et pour le coup, la question de la résilience et de ses applications n'est pas totalement vidée. Mais quelques idées en plus sont jetées sur le papier. Après tout, toute idée ne se forge que dans le temps...

mercredi 13 janvier 2010

Antimissiles chinois : et alors ?

Selon l’agence de presse Xinhua, la Chine a réussi l’interception à mi-course d’un missile balistique. Le Pentagone a confirmé le lancement de deux missiles depuis des positions distinctes, de même qu’une explosion exo-atmosphérique. On ne connaît toutefois pas ni le type de missile-cible lancé, ni le type de missile intercepteur. Alors, qu'en penser ?

D'une part, que tout cela manque quelque peu de précision et qu'avant d'en appeler à une défense ABM française ou européenne, il convient de réfléchir, plus qu'à se lancer dans un mimétisme de mauvais allois par les temps budgétaires qui courent. D'autre part que tout cela n'a rien de bien neuf. Dans Chinese Views of Future Warfare, publié tout de même il y a plus de 15 ans, des généraux chinois allaient dans ce sens, comme dans celui d'une militarisation de l'espace.

Alors, cet essai ? Et bien, les Américains travaillent à la question depuis les années 60-70 (je renvoie à cette référence qu'est la brique de J-P. Baulon) et ne sont toujours pas certains d'avoir un système ABM extra-atmosphérique étanche. Si le SM-3 est indubitablement efficace, le vrai parapluie n'est pas pour demain. Et toute personne travaillant sur la question vous indiquera qu'un test ABM réussi dépend d'abord et avant tout des paramètres de l'essai : en clair, ça peut être facile de marquer des points dans le domaine politico-pcychologique, mais c'est souvent plus dur d'assumer dans tous les cas de figure.

La Chine promet beaucoup et est une habituée des longues marches. Mais avant d'hurler dans les couloirs à une nouvelle guerre froide ultra-technologique, on devrait également se souvenir que Pékin reste à la traîne sur bon nombres de technologies plus facilement maîtrisables que les systèmes ABM. Cela vaut pour les réacteurs d'avions de combat, les radars en passant par les missiles antinavires ou le fait d'avoir une nouvelle génération de sous-marins capable de faire moins de bruit que les sous-marins soviétiques des années 1980 - ce qui n'est toujours pas le cas...

Le premier Borei à la mer

jeudi 7 janvier 2010

Pourquoi le renseignement n'est-il pas un sujet universitaire ?

Un ami me posait récemment une question très pertinente : pourquoi le renseignement n'est-il pas, en Allemagne, en France ou en Belgique, un sujet d'étude au niveau universitaire ? De fait, en dépit de l'attention portée à la question par le dernier Livre blanc, la question ne fait pas l'objet, comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, de l'attention qui peut lui être portée avec des intelligence studies particulièrement fournies.

Alors, petite hypothèse : lorsque l'on considère les Etats où le renseignement est étudié (et, généralement, relativement choyé par le gouvernement), on voit qu'on a affaire à des Etats où la culture stratégique a une dominante maritime. Or, ceux-là ont aussi un rapport particulier à la démocratie (comme à l'innovation) : ils sont plus ouverts et y traiter ce que les démocraties "continentales" considère comme des "dirty little secrets" y est moins problématique.

La défense du principe démocratique y est aussi plus affirmée. Quand un Britannique veut se faire peur au cinéma, il va voir un film où les fascistes ont déferlé sur Albion. La culture, bien sûr, peut muter : c'est peut être le cas de Pays-Bas historiquement très maritimes mais dont la "continentalisation" progresse. Le rapport des démocraties continentales est quant à lui plus ambivalent. C'est une thématique traitée en science politique et j'ai l'occasion d'y revenir dans le Seapower à paraître en mars.

Reste le cas français, qui semble, dans l'optique de l'hypothèse susmentionnée, confirmer le point de vue de Bruno Colson selon lequel la France est également continentale et maritime. Il y a des poussées vers cette étude, mais timides. Au final, une sorte d'équilibre rendu un peu plus instable par le fait que - autre caractéristique continentale - étudier les questions de sécurité au sens large est la meilleure façon de miner une carrière universitaire.

C'est une tentative de réponse, sans plus. Mais la question reste posée : à parler de surprise stratégique, de renseignement (technique ou humain), sait-on de quoi l'on parle exactement ? De l'apport réel des renseignements, des difficultés qu'ils rencontrent (et que les intelligence studies situent d'ailleurs plus au niveau politique) ? De fait, le chantier intellectuel est énorme et, bien malheureusement, totalement en friche...

Galileo : cette fois, c'est parti

La Commission européenne a attribué les trois contrats qui permettront la mise en place de la capacité initiale du système de navigation par satellites Galileo :

- 566 millions d'Euros à OHB Systems pour la construction de 14 satellites (la cible est de 32) ;

- 397 millions pour le lancement de 10 satellites, par paires, via Arianespace, en l'occurrence via des lanceurs Soyouz. Le premier lancement interviendra en octobre 2012 ;

- 85 millions à Astrium pour des missions de soutien.

Trois autres contrats, portant sur les infrastructures de contrôle ; les systèmes de mission au sol et les opérations seront attribués à la mi-2010. Le système devrait être opérationnel dès 2014.

lundi 4 janvier 2010

DSI 55 - le sommaire !



Allez hop, 2010 est là. L'occasion pour toute la rédaction de vous souhaiter ses meilleurs voeux : que l'année vous soit fructueuse, pleine de lectures et surtout... pleine de santé !

Edit : le magazine peut être feuilleté ici.

Sommaire DSI n°55
Janvier 2010
Editorial
Agenda et nominations
Contrats du mois
Veilles contre-terroristes
Industries de défense - matériel : VPS, VBL et PVP
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « Les aventures de Vroum Boum, le petit A400M »

Sur le vif

Les pays baltes et la constance de la « menace » russe
Par Matthieu Chillaud, chercheur post-doctoral à l'Institut d'Etudes politiques et administratives de Tartu (Estonie), auteur de Les Pays Baltes en quête de sécurité

Stratégie

Chronique : Grande stratégie
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire

La révolution robotique est en marche
Interview de Peter W. Singer, senior fellow à la Brookings Institution (Washington), auteur de Wired for War. The Robotics Revolution and the 21st Century Warfare

Les armes nucléaires de l’alliance atlantique en 2009
Par Olivier Kempf, enseignant à Sciences’Po

Quel Afghanistan après le « plan Obama » ?
Entretien avec le colonel Michel Goya, directeur d’études à l’IRSEM

Création d’unités afghanes de pacification : pourquoi et comment ?
Par Fabrice Ribere, expert en questions de défense

Développer le service militaire adapté en Afghanistan : un dispositif français de contre-insurrection
Par le chef de bataillon Hugues Esquerre, stagiaire de la promotion Maréchal Lyautey du Collège Interarmées de défense

Armées

Les forces terrestres danoises aujourd’hui
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Tableau de bord : les forces terrestres danoises
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

Le 2e REG. Le génie, une arme désormais stratégique
Par Véronique Sartini, journaliste

Encadré : Les équipes EOD ou NEDEX

Encadré : SRIO. Le groupe commando

Technologies

Les systèmes d’armes passent-ils « au vert » ? L’exemple des drones
Par Bertrand Slaski, consultant CEIS

Encadré : Le CEA aussi passe au vert

Les réglementations environnementales dans la Défense : nouvelles contraintes ou leviers de l’innovation technologique ?
Par Cécile Roussel, consultante CEIS

Encadré : Mer Blanche, le cimetière des éléphants

Les stratégies d’adaptation industrielles face aux exigences environnementales
Par Cécile Roussel, consultante CEIS

La DGA et l’environnement
Entretien avec Xavier Ganne, Chef du département Management Environnemental des Opérations d’Armement, DGA

Encadré - La R&D environnementale de la DGA

Fiches techniques

TAMSE TAM – Tanque Argentino Mediano

Embraer EMB-314 Super Tucano/A-29

Destroyer classe Sejongdaewang

Barrett M-82

Enquête

La Gendarmerie à l'Intérieur. Un an déjà!
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

La Gendarmerie engagée en Afghanistan
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Quel avenir pour les blindés de la Gendarmerie?
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Le GIGN formaté pour gérer une POM
Entretien avec le général Denis Favier, commandant du Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN).

Encadré : Le « nouveau » GIGN en détail

Critiques de lecture

Les populations et les armées, Actes du symposium 2006 du CHPM

Guiding Principles for Stabilization and Reconstruction, United States Institute of Peace/US Army Peacekeeping and Stability Operations Institute.

Carnets de guerre : de Moscou à Berlin, 1941-1945 de Vassili Grossman, Anthony Beevor et Luba Vinogradova

DSI Hors Série, n°9, Tsahal. L’armée israélienne aujourd’hui, Paris, 2009, 100 p.

La résilience dans l’antiterrorisme. Le dernier bouclier de Joseph Henrotin,

Histoire des services secrets britanniques de Gordon Thomas

La protection du territoire national par l’armée de terre. Fondements, limites et perspectives de Marie-Dominique Charlier

Les Cahiers du RMES, Vol. VI, n°1, été/automne 2009

Bulletin d’Etudes de la Marine, n°46, octobre 2009

mercredi 23 décembre 2009

A l'année prochaine !


Et voilà : DSI 55 tourne sur les rotatives, DSI HS 9 a investit les kiosques, l'année se termine doucement.

Beaucoup de défis, beaucoup de réussites, quelques galères, des milliers de gens croisés un peu partout et... plus de 2 millions de signes espaces compris sortis de mon clavier, rien que pour les DSI.
Bref, l'heure de le poser et de prendre mes quartiers d'hiver... et de vous souhaiter de très joyeuses fêtes de même qu'une année 2010 pleine de tout le meilleur !

mardi 22 décembre 2009

53 BvS10 pour l'armée de Terre

C'est aujourd'hui que le ministre de la défense a annoncé l'achat d'une première tranche de 53 Véhicules à Haute Mobilité, par ailleurs attendus depuis longtemps notamment par les Chasseurs alpins. Concrètement, Hagglünds (en tandem avec Panhard) et son BvS10 Mark 2 (pour ceux qui lisent DSI, la précision est importante) l'a emporté face au Bronco de STK (un comparatif des performances des deux véhicules avait été publié dans DSI n°50).

Ces véhicules articulés seront déclinés en trois versions : transport de troupes, logistique et poste de commandement. Les engins issus de cette commande seront livrés de 2011 à 2014, une nouvelle tranche devant ensuite être commandée pour atteindre la cible de 129 unités. "Combat proven" et plus compact que son concurrent, le BvS10 avait fait l'objet d'un article dans DSI-Technologies (n°17, mai-juin 2009).

Petit commentaire perso : je pense que le choix fait est le bon, du point de vue de sa taille (plus petit que le Bronco), de sa mobilité (elle est inférieure sur le Bronco) mais aussi de sa protection - armement téléopéré compris. Si des véhicules ont été perdus à coup d'IED ou de RPG, vous seriez surpris de voir ce que son architecture peut supporter (1). On pourra en rediscuter dans quelques années mais certains Retex que j'ai vu auraient laissé plus d'un "classe 4 Stanag 4569" en bouillie, équipage compris.

(1) Petite anecdote : invité en Suède à étudier l'engin, on m'a proposé de le conduire (pour être précis, un PC de drones Watchkeeper destinés aux Royal Marines). N'ayant pas spécifiquement l'habitude de conduire un bestiau de 8 tonnes et quelques (que ceux qui connaissent mon style de conduite ne rigolent pas ;o), sa prise en main est absolument surprenante de facilité.

lundi 21 décembre 2009

Spécial Tsahal : coup de zoom

Allez hop, petit coup de zoom - feuilleteur, plus exactement - sur notre dernier HS. Le petit suivant est évidemment dans la boucle... et devrait décoiffer ;o)

Helios 2B dans les étoiles...

En dépit de communiqués de presse à la limite de la contradiction, le jumeau d'Helios 2A et ses 4,2 tonnes s'est finalement envolée à 18h25 le 18/12.

vendredi 18 décembre 2009

Pas (encore) d'Helios 2B

Le lancement d'Helios 2B par Ariane 5 qui devait se produire le 17 décembre 2009, a été reporté à une date ultérieure. Arianespace indique qu’à la suite d’une anomalie observée pendant la chronologie du lancement, le compte à rebours a été interrompu. Les modalités pratiques de reprise du tir seront fixées en relation avec Arianespace et le CNES

jeudi 17 décembre 2009

DSI HS n°9 - le sommaire

DSI Hors Série n°9
décembre 2009 -janvier 2010
En kiosque le 20 décembre

Le mythe Tsahal

Tsahal dans son contexte : les élémentaires
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit, chargés de recherche au CAPRI

Encadré : Aux origines…

Tsahal : la question éthique
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Chronologie : Israël en guerre depuis 1948
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Encadré : Tsahal et son histoire : bibliographie raisonnée

Carte : La géographie militaire israélienne

Cohésion, vision, coopérations… Une armée en pleine mutation
Entretien avec Pierre Razoux, docteur en histoire, responsable de recherches au Collège de défense de l’OTAN à Rome, chargé des affaires du Proche-Orient, auteur de Tsahal – Nouvelle histoire de l’armée israélienne.

Alliances et menaces

Israël face à ses menaces. La nécessité d’une grande stratégie couvrant tout le spectre
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Encadré : La menace syrienne, crédible ?

Entre vouloir et pouvoir, l’Iran nucléaire
Entretien avec François Géré, Président de l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), auteur de L’Iran : l’État de crise, Karthala-Lignes de repères, novembre 2009.

Des relations franco-israliennes paradoxales. L’exemple de la Heyl Ha’Avir durant la « période française »
Par Hadrien Houizot, titulaire d’un Master 2 Histoire militaire, défense et politiques de sécurité et lauréat du prix armée de l’Air en 2005 et 2006

Diplomatie de défense. Israël et ses alliés au défi du Proche Orient
Par Jean-Jacques Mercier, expert des questions de défense

Carte : Israël face aux menaces régionales

Encadré : Alliés mais parfois adversaires…

Encadré : Le retour de la diplomatie israélienne en Afrique.

Les forces

Une dissuasion nucléaire fonctionnant sans arsenal nucléaire?
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Encadré : Une triade nucléaire qui n'existe - officiellement - pas!

Une marine moins discrètement ambitieuse!
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Encadré : Les commandos marine au cœur de l'action

La famille Merkava
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Heyl Ha’Avir : une force aérienne atypique
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

Encadré : La Heyl Ha Havir aujourd’hui

Les forces spéciales de Tsahal
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

L’industrie d’armement terrestre israélienne. Quelques spécialités…..
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Encadré : La famille Nakpadon

Encadré : L’Achzarit

Les armes légères israéliennes
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Industrie israélienne de défense. East? West?
Par Bertrand Slaski, CEIS

Encadré : L’industrie de défense israélienne en chiffres.

Les opérations

Concepts. L’autre bataille de Tsahal
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Encadré : Repenser la topographie du combat

Encadré : Le plan Tefen

Encadré : Le processus de leçons post-2006

Encadré : Tactique : le concept de « champ de bataille vide »

Grande muette ou grande bavarde ? La communication de Tsahal entre hésitations et innovations
Par Marc Hecker, chercheur associé à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Thomas Rid, Fritz Thyssen Fellow à l’Université Hébraïque de Jérusalem et au Shalem Center.

De Jénine à Naplouse : l’adaptation israélienne aux opérations urbaines
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit, chargés de recherche au CAPRI

Le « mur de sécurité » en Cisjordanie, solution antiterroriste ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Retour sur la guerre ratée d’Israël contre le Hezbollah
Par Michel Goya, directeur d’études à l’IRSEM, titulaire de la chaire d'action terrestre de Saint-Cyr-Coëtquidan.

Plomb Durci : la dernière bataille de Gaza ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Encadré : Crimes de guerre ?

Vietnam : 6 Kilos, 6 patrouilleurs et 12 Su-30 commandés

Le gouvernement vietnamien a annoncé la conclusion de plusieurs contrats – par ailleurs en négociation depuis plusieurs années – avec la Russie.

Premièrement, Hanoi va acheter 6 sous-marins de type Kilo (636) pour un montant de 1,8 milliards de dollars, de même que 6 patrouilleurs de type Svetlyak. Des officiels russes ont également évoqué l’achat de 12 Su-30MK2, en plus des 8 déjà commandés, pour 600 millions de dollars.

Dans le même temps, un troisième contrat porte sur la construction de la première centrale nucléaire vietnamienne, à partir de 2014, pour une mise en service à partir de 2020.

Grande-Bretagne : réajustement de la stratégie des moyens

Le premier ministre britannique a autorisé des coupes budgétaires à hauteur de 1,5 milliards de livres dans des programmes jugés comme « de faible priorité » mais aussi dans les effectifs, principalement administratifs, 2 500 personnes devant quitter les forces.

En particulier, le programme d’hélicoptères moyens, destinés au remplacement des Puma et des Sea King Commando est annulé. Des Harrier et des Tornado devraient également quitter le service plus rapidement que prévu, tandis que la base de Cottesmore sera fermée.

Dans la marine, un chasseur de mines et un bâtiment océanographique seront retirés du service. Les premiers Merlin comme les Lynx les plus anciens quitteront également les escadrons plus tôt, de façon à faciliter la transition sur les Merlin Mk2 et les Wildcat.

Par contre, le Premier ministre a annoncé la commande de 22 hélicoptères CH-47 Chinook, d’un nouveau C-17 de transport stratégique.

Le nombre de drones MQ-9 Reaper sera doublé, ce qui ferait passer la flotte à 22 appareils. L’équipement du combattant débarqué sera également modernisé (principalement au niveau des gilets pare-balles et des lunettes de vision nocturne), tandis que de nouveaux postes radio Bowman et des systèmes de lutte contre les IED seront acquis.

Douze millions de livres sont ainsi consacrés à l’achat de nouveaux robots (30 sont actuellement en service). L’engagement britannique d’acheter 25 A400M ne serait, par contre, pas remis en question.

mercredi 16 décembre 2009

Défense belge : quo vadis ?

Mes journées sont ainsi faites que, parfois, je tombe avec beaucoup de retard sur mes messages téléphoniques. Un de ces messages provenait d'un ami très proche me demandant ce que je pensais des différentes annonces faites autour de la réforme de la défense belge et s'étonnant de ne pas m'avoir vu sortir dans la presse locale à ce sujet.

Et bien, disons qu'outre le fait que mes journées soient particulièrement chargées ces derniers temps, j'attend de voir comment les choses se déroulent : est-ce vraiment aussi terrible que je le pressent ? Les seules sorties des hommes politiques ne se font-elles que dans l'optique de la protection de "leurs" casernes (et, surtout, des avantages économiques qui en découlent) ? Au mieux, l'aspect le plus politique de la chose ne toucherait-il que des questions d'ordre communautaires (ce qui reste de l'artillerie serait "flamandisé") ?

Verra-t-on des questions d'ordre véritablement stratégique émerger ? Des questions telles que "la suppression d'une brigade est-elle compatible avec nos engagement OTAN" ? Ou encore, "une brigade médiane comme composante la plus lourde des forces terrestres, est-ce compatible avec le caractère contemporain de la guerre" ? Ou encore "quels sont les paramètres stratégiques (donc, au-delà des questions économiques) de cette réforme" ? Bref, les questions réellement intéressantes lorsque l'on parle de défense ?

Pour reprendre le cas de l'artillerie, le fait qu'elle ait été euthanasiée par le précédent ministre - pour ne lui laisser que quelques canons de 105 mm - n'a suscité aucune question. Alors pourtant que son utilité en COIN n'est pas mince et qu'employer du 105 vous gardera bien d'utiliser des munitions de précision, calibrées pour l'essentiel en 155. Au final, de quoi ne plus jamais l'utiliser tout en faisant semblant d'encore disposer d'une artillerie.

En fait, pour dire le vrai, les différentes sorties que nous avons vu m'incitent à attendre et observer. Fondamentalement, le "plan De Crem" est un énième plan visant à compresser les coûts - car c'est de celà dont il s'agit et de rien d'autre - et de raboter un instrument de défense qui ne demande qu'une vraie réforme. Mais pas d'abrasions successives qui ne seraient fondées que sur la vision d'un plan stratégique datant de 1999 - bien avant le 11 septembre - et qui serait uniquement conduite sur base de considérations économiques.

Regardons les choses en face : pour le ministre, la "réforme" a été l'occasion de se refaire une réputation politique au sein du gouvernement. Vu le contexte économique, aucun partenaire gouvernemental n'est incité à poser les questions qui dérangent. Celles, par exemple, qui portent sur la protection des infrastructures critiques, sur la capacité des forces à contrer les effets d'une catastrophe naturelle, celles qui portent sur le contre-terrorisme, sur la capacité à intégrer une coaliation et à y jouer le même type de rôle que des Etats comparables, comme le Danemark ou la Suède. Et in fine, celles qui portent sur le coeur du contrat social liant les Belges à leur Etat : la sécurité.

D'un autre côté, face aux pressions gouvernementales et au cumul du manque de projet stratégique de ces 20 dernières années, y avait-il une autre solution ? Les tares sont connues. Espérer dégager quelques marges pour des équipements qui nous ont pris au piège des contrats passés demandait un séisme. La défense belge est prise au piège des presque-décisions passées : sans doute, de ce point de vue, avons nous dépassé le stade au-delà duquel toute amélioration de l'état de santé du patient est subordonnée à quelques amputations. Là encore, sans que les médecins ne puissent définir une véritable stratégie.

Aujourd'hui, nous sommes, à 65 ans de décalage, au premier jour du lancement de la bataille des Ardennes. Pour avoir fait mes classes à Libramont, j'ai été pour le moins sensibilisé à la question (1). Si, en 1940, la réflexion stratégique avait suivi nos investissements, beaucoup de choses auraient pu changer. Aujourd'hui, nous n'avons plus ni la réflexion, ni les investissements. Et mis à part quelques camarades qui se reconnaîtront, tout le monde s'en fiche.

L'edit de fin de soirée : sur la question, socialement et politiquement sensible, des déplacements de casernements et les déménagements de familles qui y sont liés. Ma première réaction sera bête et méchante : si les hommes politiques qui critiquent ce plan avaient mis autant d'énergie à soutenir les demandes budgétaires de la défense, je n'y aurait pas vu de problème. Ma deuxième réaction sera plus nuancée : on ne peut pas en vouloir à un gars de râler parce qu'il doit se retrouver dans l'autre partie du pays, à devoir parler quotidiennement une langue qui n'est pas nécessairement la sienne. Mais là aussi, le politique a-t-il fait son devoir ? Dans l'explication des contraintes du métier et dans sa communication vers les candidats ? Dans le fait de faire en sorte qu'un Belge du sud se sente chez lui au nord et vice-versa ?

(1) Petite anecdote, ma promo avait été mobilisée pour le banquet des 50 ans de la bataille. D'où mon premier contact avec la politique internationale : servir du potage à Madeleine Albright, alors ambassadrice US à l'ONU, c'est arrivé à peu de chercheurs ;o) Avoir failli heurter le président de la Chambre de l'époque avec 5 litres de potage parce qu'il était incapable de faire preuve de la moindre politesse lorsqu'il avait envie de traverser une pièce, aussi !

Assister au lancement d'Helios 2B en direct...

... C'est possible. Le Mindef a indiqué que le lancement d'Helios 2B, par Ariane 5 GS aura lieu le jeudi 17 décembre 2009 à 17h26, heure de Paris. On peut suivre la retransmission en direct du Centre spatial guyanais de Kourou, sur le site Internet http://www.defense.gouv.fr, à partir de 17h00, heure de Paris.

Séminaire "le drone aérien dans l'action maritime"


Séminaire révolutions et mutations militaires

Demain jeudi 17 décembre, de 17 h à 19 h, en salle 242 (2e étage) de la Maison des Sciences de l’Homme (MSH, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris), nouvelle séance du séminaire pluridisciplinaire EHESS – CEHD /IRSEM consacré aux révolutions et mutations militaires.

Laurent Henninger, chargé d’études au CEHD/IRSEM, présentera une communication sur le thème suivant :

“Les Indiens des grandes plaines d’Amérique du Nord face à la modernité militaire occidentale : les bouleversements du cheval et de l’arme à feu – esquisse d’une problématique”

Attention (en particulier pour les anciens participants à ce séminaire) ! Veuillez bien noter que les séances se tiennent désormais au 54 boulevard Raspail (métro : Sèvres-Babylone), et non plus au 105...

lundi 14 décembre 2009

Le CEA passe au vert

EDn charge notamment des armes nucléaires, le Commissariat à l'Energie Atomique, devient le Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives » (mais reste le CEA). La machine, avec le temps, s'est alourdie :

- Le CEA comprenait, fin 2008, 15 581 salariés, répartis sur 9 sites.

En 2008, le financement des programmes civils du CEA est assuré à 45 % par l’Etat, à 35 % par des recettes externes (entreprises partenaires, fonds incitatifs nationaux, collectivités locales et Union européenne) et enfin à 20 % grâce à deux fonds dédiés à l’assainissement des installations civiles et de défense. Par ailleurs, le financement des programmes de défense reste principalement assuré par des subventions versées par le ministère de la Défense (90%).

En 2008, le budget du CEA était de 3,5 milliards d’euros (2,1 milliards d’euros pour les programmes civils, 1,4 milliards d’euros pour les programmes défense).

En 2008, le CEA a délivré 1 498 brevets prioritaires (ou inventions) délivrés et en vigueur en portefeuille ; 526 dépôts de brevets prioritaire. 109 nouvelles entreprises ont créées depuis 1984 dans le secteur des technologies innovantes ; - 51 Unités mixtes de recherche (UMR) lient le CEA à ses partenaires de recherche et 30 Laboratoires de recherche correspondants (LRC) sont associés au CEA.

Séminaire "Penser la guerre"

La deuxième séance du séminaire "Penser la guerre" aura lieu mardi 15 décembre de 19h à 21h à l'EHESS (105, bd. Raspail Paris 6e) en salle 4.

Le thème de la séance sera "Penser la guerre aérienne", avec le Lieutenant-Colonel Jérôme de Lespinois, docteur en histoire, directeur de la division Recherche du Centre d’études stratégiques aérospatiales et Christophe Pajon, docteur en science politique et enseignant-chercheur à l’École de l’Air de Salon de Provence.

dimanche 13 décembre 2009

Blast from the past...

Pour ceux qui manqueraient de lecture - bande de veinards, la littérature de référence comme les informations ne manque pas sur internet - Parameters a poursuivi son programme de numérisation de ses anciens numéros. Résultat, la revue est maintenant intégralement lisible en ligne et gratuitement s'il vous plaît. Une petite envie de redécouvrir les débats sur l'art opératif dans les années 1980 ? A lire ici.

mercredi 9 décembre 2009

Coup d'oeil au prochain hors-série


Colloque : penser la guerre au 17ème siècle

Université Paris VIII – CERPHI

Penser la guerre au xviie siècle
modèle, paradigme, métaphore, concept ?
14, 15 et 16 janvier 2010

Université Paris 8
2, avenue de la liberté
Saint-Denis
Salle B 106

Au commencement, une présence-absence : la guerre, au XVIIe siècle, semble intuitivement constituer au moins un horizon, au plus un objet parmi d’autres très concrets dans la pensée du XVIIe siècle. Pour autant, à y regarder de près, c’est plutôt sa relative absence qui frappe, comme si la guerre, suffisamment présente dans la réalité, ne méritait pas mention et traitement véritables. Or, en tant qu’expression réelle et évidente des relations entre États, la guerre joue nécessairement un rôle dans la pensée et dans l’élaboration des systèmes : imprègne-t-elle la pensée politique sans pour autant figurer parmi ses concepts, ou bien constitue-t-elle un obstacle, une épreuve pour la pensée, de sorte qu’il faille revoir nos lectures avec ce nouvel angle d’attaque ? Au-delà de la relative absence d’homogénéité dans le corpus, il existe pourtant bien des convergences de thèmes ou des discussions de concepts, indice d’un objet philosophique, peut-être en formation, non immédiatement reconnu comme tel. À cet égard, le siècle suivant élèvera beaucoup plus clairement la guerre au rang de concept dans une littérature centrée sur la recherche de la paix perpétuelle.
Différents statuts sont revêtus par la notion, selon les auteurs et selon le contexte :

- La guerre peut intervenir dans un système philosophique à titre d’illustration qui rende compte partiel d’une théorie. À cet égard, il est nécessaire de déterminer si la guerre est un exemple, une description utile pour décrire un champ politique, ou bien si elle est centrale dans la progression démonstrative.

- La guerre comme paradigme est sans doute le plus connu des usages au XVIIe siècle ; encore faudrait-il nuancer pour savoir si la guerre à l’état de nature reste exclusivement un paradigme ou si elle revêt discrètement d’autres formes, selon les passages évoqués et selon les auteurs.

- La question se pose de savoir si la guerre peut être un concept à part entière, au même titre que les catégories classiques de la philosophie politique ; et, dans ce cas, il faut se demander quelles sont sa compréhension, sa définition et quel rôle, nécessairement singulier, elle assume à l’intérieur d’un système.

- La guerre peut aussi être un instrument pour exprimer d’autres domaines, constituer un prisme aux multiples faces pour rendre compte de la condition humaine, participer d’une anthropologie, ou être revendiquée comme l’activité principale d’un État. Dans cette perspective, on peut se demander si la guerre est une notion employée pour ancrer la réflexion dans la réalité ou bien si elle est une métaphore pour un mode de relation entre les hommes.

- Enfin, la guerre est évidemment une situation juridiquement formulable, ce qui nous renvoie à une tradition ancienne de la guerre juste. Pierre de touche d’une théorie qui se veut complète, quelle est la place de la guerre, entre réalité et cas d’école, par rapport au contrat, à la limitation… ?
La liste est ouverte, qui entend éclairer les différentes acceptions de la notion de guerre dans les systèmes philosophiques du XVIIe siècle, et qui prend en compte le fait que, pour être d’abord assez indéterminée, la place de la guerre peut avoir plusieurs dimensions en même temps, rien n’étant jamais fixé : dans un système, la guerre est bel et bien non systématique. Peut-on alors parler d’une pensée de la guerre ?

Jeudi 14

Matinée
9h30
Ninon Grangé (Paris 8)
Introduction
10h00
Alain Brossat (Paris 8)
La guerre sans l’État – l’hétérodoxie Coxinga.
11h00
Hélène Bouchilloux (Nancy 2)
Pascal : une dialectique des figures de la guerre.

Après-midi
14h00
Luc Borot (Maison française d’Oxford)
Le concept de guerre et la réalité de la guerre chez Hobbes dans sa politique et ses histoires.
15h00
Jérémie Duhamel (EHESS)
Vertus et temporalités de la guerre chez Hobbes.
16h00
Jean Terrel (Bordeaux III)
Hobbes penseur de la guerre.

Vendredi 15

Matinée
9h30
Jacqueline Lagrée (Rennes I)
Guerre et anthropologie dans le néostoïcisme.
10h30
Maria Luisa Camara Garcia (Un. de Castilla-La Mancha)
La mémoire de Fray Bartolomé de Las Casas chez Francisco de Quevedo : déplacement des enjeux sur la guerra justa.
11h30
Dominique Weber (CPGE, Vanves)
Les « batailles du Seigneur » des « saints » puritains anglais du XVIIe s. : des guerres d’un nouveau genre ?

Après-midi
14h00
Catherine Larrère (Paris I)
Guerre privée et guerre publique dans le Droit de la guerre et de la paix de Grotius.
15h00
Hervé Guineret (Dijon)
Grotius et la guerre : de la justification à la justice.
16h00
Jean-Vincent Holeindre (EHESS)
La ruse et la guerre au XVIIe siècle

Samedi 16

Matinée
9h30
Nicolas Israël (Lyon 3)
La guerre parmi les populations au XVIIe siècle
10h30
Stéphane Douailler (Paris 8)
La guerre classique et le meurtre démocratique.
11h30
Cécile Nicco (Le Mans)
La guerre chez Spinoza : une réalité à rationaliser.
12h30
Pierre-François Moreau (ENS-LSH)
Conclusion

Comité d’organisation :
Ninon Grangé (université Paris 8), Cécile Nicco (Le Mans)

Comité scientifique :
Stéphane Douailler (université Paris 8)
Ninon Grangé (université Paris 8)
Cécile Nicco (Le Mans)
Pierre-François Moreau (ENS-LSH),
Jean Terrel (université Bordeaux III)

Contact :
ninon.grange@wanadoo.fr

Accès :
Métro ligne 13, station « Saint-Denis Université ».

mardi 8 décembre 2009

Colloque : l'armistice de 40 : faute ou nécessité ?

L’ARMISTICE DE 1940, FAUTE OU NÉCESSITÉ ?

Sous le haut patronage du général Desportes, directeur du collège interarmées de défense
Le professeur Jean-David Avenel, président de la commission française d’histoire militaire
Le contrôleur général des armées (2S) Jean–Philippe Ricalens, directeur de collections éditions Economica

Ont le plaisir de vous inviter au colloque sur l’armistice de 1940,le jeudi 14 janvier 2010, de 9h15 à 17h30, amphi Desvalières, Ecole militaire

I. LA SITUATION DE JUIN 1940
Introduction et modérateur : Jean-Philippe Ricalens
- L’armée de terre française, en France et en Afrique du Nord, par le colonel (ER) Paul Gaujac
- Les capacités de l’armée de l’air française en Afrique du Nord,par Patrick Facon, directeur de recherche au service historique de la défense
- L’amirauté française face aux problèmes de transport maritime,par le capitaine de vaisseau (ER) Claude Huan
- La politique de Hitler et les possibilités allemandes et italiennes, par le professeur d’histoire Philippe Richardot
- La situation intérieure et l’état de l’opinion française,par Henri de Wailly, chercheur associé au service historique de la défense
- Paul Reynaud et le général Weygand, la question de l’armistice, de la défaite militaire au projet d’union franco-britannique par le professeur Elisabeth du Réau
Questions et réponses.

-déjeuner à 13h00.

II. LE DÉBAT (à partir de 14h00)
Modérateur : général (2S) Maurice Faivre,vice-président de la commission française d’histoire militaire
- Les choix stratégiques en juin 1940, par le colonel (ER) Louis-Christian Michelet
- La volonté et la capacité de défendre l’Afrique du Nord, par Jacques Belle, conseiller maître honoraire à la cour des comptes
- Le point de vue britannique sur l’armistice, par le professeur Antoine Capet
- Le point de vue italien sur l’armistice, par Ciro Paoletti, directeur d’études historiques et militaires
- Le caractère indispensable de l’armistice,par le capitaine de frégate (ER) Bernard LegouxQuestions et réponses
- Conclusion, par le professeur Jean-David Avenel

Inscription
- soit par courrier au moyen du coupon-réponse ci joint adressé à PE Barral, 13 rue Linné, 75005
-soit par courriel à secretaire-general.cfhm@club-internet.fr

Coupon-réponse
M.Mme.Mlle………………………………………………………………..
Adresse : ……………………………………………………………………
Assistera, accompagné(e) de M. Mme. Mlle…………………………………
au colloque du 14 janvier à l’Ecole militaire.
Déjeunera à la cafeteria de l’Ecole.

Joindre un chèque de 10 euros = repas 6€ + participation aux frais 4€. Voitures déconseillées.

lundi 7 décembre 2009

Feuilleter DSI n°54...

C'est possible ! La bête est en kiosque depuis samedi mais vous pouvez en avoir un aperçu ici :

http://www.journaux.fr/feuilleteur.php?id=93320&fromrevue=presse

jeudi 3 décembre 2009

Le chômage, facteur de stabilisation en COIN ?

Nombre d’interventions politiques – mais aussi de travaux sur la contre-insurrection – mettent en évidence le fait que le chômage, et, plus largement, la pauvreté, constituerait un facteur nourrissant les insurrections. Cet axiome détermine ainsi nombre de politiques étrangères et de coopération au développement dans les pays européens et trouve des ramifications jusque dans les programmes de la Commission européenne.

La création d’emplois – généralement par les Etats sous perfusion des coalitions, les économies locales n’étant guère solvables – est également citée comme l’un des éléments des stratégies contre-insurrectionnelles. Généralement, l’idée est associée au fait que les populations les moins éduquées sont également les plus susceptibles de basculer dans la violence armée.

Or, si Marc Sageman avait déjà démontré que l’éducation ne constituait pas une parade contre le basculement dans le terrorisme, un rapport du National Bureau of Economic Research américain, Do Working Men Rebels ?, vient de montrer les limites de l’approche.

Sur base de l’expérience des Philippines et de l’Irak, un économiste, un colonel et un politologue ont ainsi montré que la corrélation « violence/inoccupation professionnelle » est fausse. Outre le fait que les salaires versés par les Etats peuvent ne pas être aussi élevés que les gains espérés par le combattant potentiel, les bakchichs payés aux civils pour obtenir des renseignements peuvent être plus faibles lorsque lesdits civils sont au chômage. Pour un montant donné, le nombre de renseignements reçus par les armées serait plus élevé.

D’autres facteurs entrent également en ligne de compte, notamment pour expliquer l’échec de la tactique britannique à Bassorah visant à la mise en place d’une myriade de projets professionnels, comme le fait qu’elles associent la population qui en bénéficie à l’adversaire, ce qui en ferait une cible. Une nouvelle illustration, en somme, de la nature paradoxale de la stratégie…

mercredi 2 décembre 2009

Le BEM revient sur les aéronavales

Allez zou, un peu de lectures en plus : le dernier Bulletin d'Etudes de la Marine revient sur l'évolution des aéronavales, en particulier de la française. Publié déjà depuis un petit temps, il est à présent disponible en ligne.

mardi 1 décembre 2009

Journée d'étude sur l'Irak au CHPM suisse

Le Centre d'Histoire et de Prospective Militaire suisse organise le 5 décembre 2009 une journée d'étude sur la guerre d'Irak

5 décembre 2009
Centre Général Guisan, av. Général Guisan 117-119,
1009 Pully
Tél. +41(0)21 729 46 44 – Fax +41(0)21 729 46 88
chpm-pully@bluewin.ch / www.militariahelvetica.ch

Aspects politico-stratégiques

9h00 Introduction
par le Brigadier Michel Chabloz, Président du CHPM, le Col EMG William Gargiullo, chargé de Mission auprès du Centre de politique de Sécurité de Genève (GCSP), Pierre Streit, directeur scientifique du CHPM, et Hans-Willem Fluijt, membre du comité scientifique du CHPM

9h15 Strategic direction of U.S. Foreign Policy in the Middle East
par le Dr. Gustav Lindstrom, Course Director, European Training Course in Security Policy, GCSP, Genève

9h45 Questions

10h00 Renouveau chiite, mythe ou réalité ?
par le Col Bruno Carpaneto, Attaché de défense suisse, Ankara

10h30 Questions, puis pause

11h00 L’impact de la crise irakienne sur la scène régionale
par le Dr. Pierre Razoux, responsable de recherche au Collège de Défense de l’OTAN à Rome, spécialiste du Moyen-Orient et du Caucase

11h30 Questions

Aspects militaires

13h45 Quel rôle pour l'OTAN au Moyen Orient ?
par le Général de division Georges Lebel, Assistant Director for Cooperation and Regional Security, NATO International Military Staff, Bruxelles

14h15 Questions

14h30 Irak-les armées du chaos
par le Col Michel Goya, Directeur d’études « Nouveaux conflits » - Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM), Centre de recherche des Ecoles de Coëtquidan

15h00 Questions, puis pause

15h30 Entre adaptation et résignation. La guerre d'Irak et l'image des guerres futures : quelles leçons pour la « Transformation »?
par le Dr. Joseph Henrotin, chargé de recherche au Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI), co-fondateur du RMES, rédacteur en chef de DSI, DSI-T et DSI HS

16h00 Questions

16h15 IED's effects and possible countermeasures
par Huub Keizers, Business Development Manager Protection, Munitions and Weapons, TNO Defence, Security and Safety, Pays-Bas

16h45 Questions

17h00 La question des pertes civiles et militaires et leurs effets psychologiques
par Hans-Willem Fluijt, membre du comité scientifique du CHPM

17h30 Questions, puis conclusion

Diplomatie industrielle Vs. diplomatie classique ?

Indiqué à plusieurs reprises, l’intérêt russe pour les BPC français s’est confirmé lors d’une visite de quatre jours du Mistral à Saint Petersbourg. En plus de « porte ouvertes », le navire et son équipage ont effectué des exercices avec des hélicoptères Ka-27 et Ka-29 de la marine russe.

Mais – ce qui ne manquera pas d’exacerber les craintes des Etats baltes ou des Suédois à l’égard du regain d’activité de Moscou – les exercices ont également permis à un hélicoptère de combat Ka-52 de se poser sur le navire pour une simulation de ravitaillement. Certes l'hélicoptère est un prototype et n'est pas encore en service dans les forces russes, mais le symbole n'en demeure pas moins puissant. Diplomatie industrielle ou diplomatie tout cours, il va bien falloir choisir …

F-35 britanniques : pas d'accès aux codes-sources pour Londres...

Réponse du berger à la bergère après l’annonce britannique d’une réduction de commande de 88 F-35 Lightning II, les Etats-Unis ont indiqué, selon Reuters, que les Britanniques n’auraient pas accès (comme il était initialement prévu) aux codes-sources des logiciels informatiques.

En conséquence, toute entretien ou toute modernisation des appareils sera soumise aux ingénieurs américains, alors pourtant que Londres a payé plus qu’aucun autre pays afin d’être le seul partenaire dit du « Tier 1 ».

lundi 30 novembre 2009

DSI n°54 - le sommaire



Sommaire DSI n°54 – décembre 2009
116 pages, nouveau format

En kiosque dès le 1er décembre
Editorial
Agenda et nominations et contrats du mois
Veilles contre-terroristes
Industrie française. Matériel du mois : Thales Spy Arrow
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « L’Europe pour les nuls »

Stratégie

Peut-on penser une campagne COIN en stratégie aérienne ? L’apport de Warden
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Chronique : repenser l’attrition
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire

Y-a-t-il un pilote dans le drone ? Une approche en termes de compétences des opérateurs
Par Pierre Barbaroux, Grégory Boutherin, Cyril Camachon, et Christophe Pajon, enseignants chercheurs au Centre de recherche de l’armée de l’air (CReA/EOAA)

« Perdre ou changer » Stalingrad en Afghanistan…!?
Par Olivier Entraygues, lieutenant-colonel, doctorant en histoire des doctrines stratégiques, auteur de Afghanistan, 1979-2009. Une approche militaire de l’Afghanistan

Face aux réalités. Fin de la RMA et révolution des doctrines militaires américaines
Par le général de division Vincent Desportes, directeur du Collège Interarmées de Défense (CID).

La fin du pétrole dans l’aviation
Par le commandant (armée de l’Air) Philippe Locatelli, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense (CID).

Armées

Marine sud-africaine. Quel avenir ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : la marine sud-africaine
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

BAN de Landivisau. L’autre porte-avions
Par Véronique Sartini, journaliste

Encadré : les chiffres

Encadré : une formation longue et exigeante

Encadré : le Rafale standard F3

Encadré : SEM standard 5+

Une adaptation au « chausse pied »
Entretien avec le capitaine de vaisseau Patrick Zimmermann, commandant la base aéronautique navale de Landivisiau

Technologies

Soldato Futuro. L’infanterie italienne de demain
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Alphajets : faire du moins que neuf avec du plus que vieux...
Par Frédéric Lert, journaliste spécialiste des questions de défense

Combat naval : la mutation des patrouilleurs et corvettes
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Fiches techniques

La classe Huyga
Par Joseph Henrotin

L’EA-18G Growler
Par Joseph Henrotin

Archer FH-77 BW L55
Par Pierre Petit

FAMAS
Par Stéphane Ferrard

Enquête

Une page se tourne pour l'ALAT
Par Jean-Louis Promé, rédacteur en chef adjoint

Carte : Dotations des unités de l’ALAT (au 1er décembre 2009)

Encadré : Parcs opérationnels de l'ALAT au 1er décembre 2009:

Afghanistan: examen de passage réussi pour le Tigre. Un COMALAT heureux!
Entretien le général de division Tanguy, commandant le Comalat.

Retour vers le futur pour l'Alat!
Par Jean-Louis Promé

Encadré : Du NTI au NSO/NSI: la maintenance évolue

Comment « économiser » les Tigre et TTH-90 ?
Par Jean-Louis Promé

Encadré : Les Tigre ont un féroce appétit

Critiques de lectures

Stratégie de l’âge nucléaire de Pierre Marie Gallois

Europa, n°1, décembre 2009.

Afghanistan, 1979-2009. Une approche militaire de l’Afghanistan d’Olivier Entraygues

samedi 28 novembre 2009

Opérations distruibuées : réinventer l'eau chaude ?

Quelques remarques sur la (ré)émergence du concept d'opérations distribuées chez les Américains et les Australiens, en réponse à Mars attaque qui revenait sur les commandos Chouf.

D'abord, il convient de bien comprendre que l'apparition d'un concept quelque part n'augure pas automatiquement de son acceptation ailleurs. En clair, l'expérience algérienne, si elle a été examinée par les Américains, n'en est pas pour autant avalisée tel quel : le poids de la culture stratégique importe.

Ensuite, le contexte algérien lui-même est spécifique et les leçons apprises ne sont pas totalement transposables au contexte afghan. Le contexte stratégique est radicalement différent : nombre de combattants eux-mêmes ne voient pas pourquoi ils sont engagés en Afghanistan. Le conflit manque cruellement de sens, à commencer aux yeux du niveau politique, en Europe.

Le contexte en termes de stratégie des moyens est également différent : les technologies utiles aux opérations distribuées "old fashioned" ne sont pas celles qui ont été privilégiées par les armées actuelles. Le manque d'hélicoptères sur le théâtre afghan n'en est que l'illustration la plus flagrante.

Le contexte opérationnel est également différent. La barrière de la langue existait en Algérie mais est nettement plus infranchissable (du moins, sans interprètes) en Afghanistan. La barrière en termes tactique est également à prendre en considération : les opérations d'aujourd'hui sont nettement plus centralisées, le commandement réclame toujours plus d'infos. En même temps, la nature et l'application des règles d'engagement est toute autre. Songez qu'en Allemagne, l'équivalent local du CEMA a du démissionner, conséquence ultime de l'affaire des camions citernes capturés par les talibans...

Toujours dans le registre tactique, la morphologie de l'adversaire n'est évidemment pas la même ; les méthodes inhumaines sont à éliminer définitivement et, pire que tout, chaque action tactique peut se trouver étalée le lendemain dans la presse et susciter un interventionnisme mal à propos du niveau politique.

En bref, s'il faut évidemment conserver les leçons acquises en matière de commandos Chouf ou de chasse, il faut aussi les adapter, sans quoi un "copié-collé" sera immanquablement voué à l'échec. La clé, évidemment, reste l'adaptation. Aussi, peut-on réellement en vouloir aux Américains ou aux Australiens de chercher à faire avancer les choses ? En particulier dans un contexte où il ne s'agit pas uniquement de penser face à l'urgence mais aussi de comprendre les ressorts des futures formes d'insurrection et de guérilla ?

jeudi 26 novembre 2009

Résilience : la Commission passe à l'action... et moi avec

La Commission européenne tient depuis hier son troisième forum sur la protection civile, consacré cette année à la résilience. L'interprétation qu'elle en fait est fondamentalement restrictive - Commission oblige, pas question de toucher aux prérogratives des Etats et la première des applications de la théorie touche au terrorisme. Au surplus, on ne peut limiter le concept de résilience aux seuls systèmes de protection civile.

Petit hasard du calendrier, j'ai reçu avant-hier l'accord des éditions L'Esprit du Livre pour la parution, je pense en janvier, de mon petit dernier, précisément sur le sujet de la résilience. Je place ici sa table des matières :

TABLE DES MATIÈRES 4

GLOSSAIRE DES ABRÉVIATIONS 7

TABLEAUX, GRAPHIQUES ET ENCADRÉS 9

INTRODUCTION 10

CHAPITRE 1. LES SOCIÉTÉS DU RISQUE FACE AU TERRORISME 15

1. Le terrorisme comme mode de guerre 16
1.1. Disproportion entre effets physiques et psychologiques 17
1.2. Moyens et mécanismes 22
2. Disruption et sociétés techniciennes 25
2.1. Le terroriste comme agent sociétal 26
2.2. La disruption en stratégie 30
2.3. Les modalités de la disruption 33

CHAPITRE 2. LA RÉSILIENCE DANS LA DÉFENSE ANTITERRORISTE 44

1. Les formes de la lutte antiterroriste 45
1.1. Les logiques stratégiques de l’antiterrorisme 46
1.2. Trouver le juste équilibre 50
2. La résilience dans l’architecture antiterroriste 53
2.1. Le rôle de la politique 55
2.2. La résilience spontanée comme composante des systèmes de secours et comme facteur stratégique 59
3. Les limites de la résilience virtuelle 63
3.1. Le rôle de la surprise comme facteur de relativité de la résilience 65
3.2. Le cas français 70

CHAPITRE 3. LA CONDUITE DE LA RÉSILIENCE : FACTEURS ET ACTEURS 75

1. Les formes de la résilience 76
1.1. Variabilité et interdépendance des formes de résilience 78
1.2. La variable « confiance » 81
1.3. Silence, I kill you ! La résilience au quotidien 85
2. La politique de la résilience 91
2.1. Culture et politique de la peur 92
2.2. Populations et culture de la peur 99

CHAPITRE 4. DÉVELOPPER LES RÉSILIENCES 107

1. Les médias dans la construction de la résilience 108
1.1. La prise en compte des évolutions médiatiques 109
1.2. Résilience, information et rationalités stratégiques 114
1.3. Le cas français 120
2. L’enseignement dans la construction de la résilience 123
2.1. L’enseignement comme facteur de défense stratégique 124
2.2. Quel enseignement pour quelle résilience ? 126

CONCLUSION : RÉSILIENCE ET MORAL 130

BIBLIOGRAPHIE 136

1. Ouvrages et monographies 136
2. Articles 141

INDEX 146

mercredi 25 novembre 2009

Zoom sur DSI 54



Nous y sommes ! D'ici une petite semaine, le premier exemplaire « nouvelle génération » de DSI sera disponible. Il est le fruit d’une importante réflexion de nos équipes techniques et éditoriales, largement nourrie par les remarques et observations de nos lecteurs. Vous l’aurez remarqué, au-delà du gros changement de mise en page, DSI devient aussi plus grand et plus épais (116 pages). De quoi continuer à nourrir vos attentes mais aussi en satisfaire d’autres... Une nouvelle catégorie de fiches techniques, consacrée aux armes légères, rejoint le magazine. Dans nos veilles, nous nous ouvrons davantage aux technologies françaises et à leurs évolutions mais aussi, plus particulièrement, aux « matériels de cohérence », ces petits équipements dont on parle moins que les systèmes majeurs mais qui peuvent faire la différence. Et ce, autant sur le terrain que dans les chiffres des exportations d’équipements militaires.



Nouveauté majeure, la rubrique « Enquête » de Jean-Louis Promé nous permet de revenir en profondeur et in extenso sur une thématique spécifique. En l’occurrence, ce mois-ci, l’enquête porte sur les évolutions de l’ALAT, dont les chantiers sont aussi nombreux que les réalisations : envoi du Tigre en Afghanistan, disparition de la Brigade Aéromobile (BAM), évolutions des structures, Maintien en Condition Opérationnelle (MCO), simulation… Le travail ne manque pas. Dans le même temps, nos autres rubriques ont été conservées et améliorées. Véronique Sartini traite ainsi des évolutions de l’aéronavale (unités), Joseph Henrotin des campagnes aériennes en contre-insurrection dans la politique de défense syrienne, Olivier Entraygues de l’Afghanistan et le général Desportes de la fin de la RMA (stratégie), etc.




Ce DSI « nouvelle génération » met également à l’honneur la veille stratégique, que vous êtes si nombreux à apprécier, tout en conservant les chroniques de Carl von C. et de Benoist Bihan, les fiches techniques, les « contrats du mois », les veilles en contre-terrorisme ou encore les critiques de lecture. Plus d’information, plus d’illustrations, plus de lisibilité. Mais aussi – et toujours – notre indépendance, qu’elle soit politique ou financière, seule garante d’un travail de qualité qui réponde à vos attentes. De quoi, en somme, vous souhaiter une bonne lecture mais aussi vous inviter sur www.geostrategique.com afin d’y suivre, au jour le jour, l’actualité des questions de défense !


mardi 24 novembre 2009

Comment les terminales S vont répéter les erreurs du passé

C'est un courrier que j'ai reçu cet après-midi de Monsieur L. (qui se reconnaîtra) et qui mérite amplement considération. Il va de soi que je suis tout aussi scandalisé :


Je viens d'apprendre que le Ministre de l'Éducation Nationale vient de décider de supprimer l'Histoire et la Géographie comme matières obligatoires (il se propose de les maintenir dans un cadre optionnel) en Terminale Scientifique. Je suis anéanti et scandalisé par une telle décision, dont je pense que tu as été par ailleurs averti.

Tout le monde peut comprendre, au vu de ce qu'est un lycéen aujourd'hui, et plus particulièrement dans une section scientifique avec une spécialisation renforcée par la réforme, qu'une telle décision va aboutir à la suppression totale de cet enseignement. Très peu nombreux seront les élèves qui prendront une telle option. Nous ne devons donc nourrir aucune illusion. Le caractère démagogique de la mesure est évident.

Il fait reposer sur les élèves la décision de prendre ou de ne pas prendre les cours d'Histoire et Géographie à un moment où la spécialisation de la filière vient d'être réaffirmée. Alors que, aujourd'hui, plus de 50% des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l'enseignement d'Histoire et Géographie à cette même proportion. Seul le rétablissement de l'Histoire et de la Géographie dans le cadre de cours obligatoires peut garantir qu'elles seront suivies par les élèves des Terminales Scientifiques.

Cette scandaleuse décision survient au moment même où, de la commémoration de l'anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur « l'identité nationale », en passant par le projet d'un musée de l'Histoire de France, la question de l'Histoire, mais aussi de la Géographie (car la conscience nationale s'enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. On se souvient du livre de Fernand Braudel Identité de la France, et de la place qu'il donnait à la fois aux paysages et à l'Histoire dans la construction d'un sentiment national. Ce dernier ne saurait renier ce qu'il doit à ces deux disciplines ou alors, mais nous n'osons croire que tel soit le projet du gouvernement, cela reviendrait implicitement à le faire reposer sur une couleur de peau ou une religion, avec ce que cela impliquerait pour le coup comme rupture avec ce qui fait l'essence même du sentiment national en France.

On peut alors s'interroger sur la logique d'une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu'à créer à cette fin un Ministère de l'Intégration, et qui la retire en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n'est plus de l'incohérence, c'est de la schizophrénie.

Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d'un enseignement d'Histoire et de Géographie pour les Terminales Scientifiques.
Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l'Histoire et de la Géographie. Est-ce à dire que, pour le Ministère de l'Éducation Nationale, les élèves des Terminales Scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone ? Est-ce à dire que l'on n'attend plus d'un mathématicien ou d'un physicien qu'il soit aussi un citoyen ? Ou bien, voudrait on ici organiser à terme une France à deux vitesses où d'un côté on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l'autre le simple citoyen auquel on pourrait laisser ce savoir si nécessaire car devenu sans objet dans la mesure où ce dit citoyen ne pourrait plus peser sur les décisions politiques ?

Il est vrai que l'on peut s'interroger aujourd'hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l'a vu pour le vote du referendum de 2005.

Par ailleurs, cette décision est en réalité autodestructrice pour notre économie dont on prétend cependant que l'on veut en pousser l'externalisation. Aujourd'hui, dans les formations de pointe, qu'il s'agisse de Polytechnique (Chaire de management interculturel), des autres Grandes Écoles (École des Mines, École des Ponts et Chaussées) ou des Écoles de commerce et de gestion (HEC, ESSEC, SupdeCo, etc…), qui toutes impliquent de la part de l'étudiant une Terminale Scientifique, l'accent est mis sur la compréhension du monde contemporain. Ceci nécessite une formation de base en Géographie (humaine, économique et géopolitique) mais aussi une formation en Histoire afin de fournir les bases de compréhension des évolutions du monde contemporain. Ceci correspond à une demande spécifique des entreprises françaises qui sont de plus en plus engagées dans un processus d'internationalisation de leurs activités.

Qu'il s'agisse de la question des contrats, ou encore du développement d'activités à l'expatriation, la connaissance des fondements historiques, géographiques et culturels de ces sociétés, qui pour certaines sont très différentes de la nôtre, est absolument indispensable. L'absence de ces disciplines, ou la réduction de leurs horaires à la portion congrue, défavoriseraient considérablement ceux des élèves de Terminale Scientifique qui ne veulent pas s'orienter vers des activités strictement en liaison avec les sciences de la nature.

C'est donc avec le sentiment que quelque chose de très grave est en train de se produire si nous n'y prenons garde que je t'écris.

Moi-même, en temps qu'économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l'Histoire (pour l'histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l'activité économique est insérée) mais aussi à la Géographie avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes ? Comment peut-on penser le développement de l'économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n'avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire ? Nous savons bien que les processus économiques ne sont pas les mêmes dans les capitales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et dans les régions.

On voit donc bien que si l'Économie n'est pas le simple prolongement de l'Histoire et de la Géographie, elle perd toute pertinence à ne pas se nourrir à ces deux disciplines, et ceci sans que cela soit exclusif d'autres (comme l'Anthropologie ou la Sociologie).
Et je ne parle pas ici de mes activités de recherches stratégiques, qui, bien entendu, nécessitent l'Histoire et la Géographie.

lundi 23 novembre 2009

FELIN : cible atteinte

Un total de 16 454 systèmes FELIN a été commandé le 20 novembre. Le nombre de systèmes commandés s’élève ainsi au total à 22 588. Le montant global du programme FELIN, incluant le développement, l’industrialisation, la production et le soutien initial, s’établit à un milliard d’euros.

Pour plus de détails sur les capacités du système comme ses derniers essais, je ne saurais trop renvoyer d'une part au dossier que Véronique avait préparé pour le DSI 52 (octobre) et, d'autre part, à l'article d'Emmanuel dans le DSI-T n°16.

mercredi 18 novembre 2009

Cyber-opérations : la France en mode offensif ?

La nouvelle, rapportée par l'AFP, interloque : selon le rapport annuel de McAfee sur le sujet, la Chine, la France, Israël, la Russie et les Etats-Unis ont mis au point des "armes cybernétiques", destinées à attaquer les réseaux informatiques de leurs ennemis.

Toujours selon le rapport, "Lors de l’année écoulée, l’augmentation des cyberattaques pour des raisons politiques a provoqué l’inquiétude". Reste que si ce ne sera une surprise pour personne de voire Washington, Tel Aviv ou Moscou développer des capacités offensives, le cas français est autre.

Officiellement, en effet, les capacités françaises sont uniquement défensives. Il peut certes y avoir des applications offensives - afin, par exemple, de tester les dispositifs de sécurité - mais à l'international, Paris s'en est toujours défendu.

Bon, ceci dit, ne soyons pas naïfs. Comme le rappellent plusieurs auteurs passés dans les pages de DSI, la frontière entre le défensif et l'offensif, en la matière est très... virtuelle.

mardi 17 novembre 2009

Séminaire "révolutions et mutations militaires"

Prochaine séance : Jeudi 20 novembre, 17 h-19 h, Maison des Sciences de l’Homme, salle 242, 54 bd. Raspail, 75006 Paris (métro : Sèvres-Babylone)

Maurice Ronai : Complexités militaro-logicielles

Guidage de précision, numérisation du champ de bataille, opérations réseaux ou info-centrées : le logiciel est désormais omniprésent et prépondérant… 90 % des fonctionnalités d’un système d’armes reposent désormais sur du logiciel (80 % en 2000 et 20 % en 1970).

Alors que l’évolution des coûts d’acquisitions ou d’entretien de la composante proprement matérielle est prévisible, les coûts d’acquisition puis de maintenance de la composante logicielle tendent à exploser.

Aux États-Unis, les dépenses annuelles en logiciel (acquisition et maintenance), toutes applications confondues, représentent 10 % du budget total de la défense. Érigée, aux États-Unis comme une discipline quasi-autonome au sein des forces armées (avec des cursus de formation et des carrières spécialisées), le defense software y est désormais considéré comme une priorité stratégique en soi.

À l’attention des anciens participants à ce séminaire : prière de bien noter le nouveau lieu dans lequel il se tient ; nous ne sommes plus au 105 boulevard Raspail…

Les opérations distribuées, clé de la lutte contre une techno-guérilla ?

Si les concepts de « guerre hybride » et de « techno-guérilla » (en réalité, si les deux concepts sont proches, il existe quelques nuances, notamment quant aux acteurs les menant) sont encore très peu discutés en Europe (ou seul DSI et quelques blogs en ont traité), les Etats-Unis ou l’Australie travaillent toujours aux concepts et aux moyens permettant de les contrer.

A ce stade, les « opérations distribuées » ont fait l’objet de plusieurs travaux qui pourraient permettre, dans des simulations rejouant la guerre de 2006 contre le Hezbollah, de le contrer effectivement. Ces travaux rejoignent ceux menés par Arquilla et Ronfeldt en leur temps sur le swarming et dont l'une des conclusion était que l'on ne peut lutter contre des réseaux que par des réseaux.

Concrètement, il s’agirait de miser sur une première catégorie de petites unités capables de diriger des frappes aériennes « à la demande » après avoir provoqué les défenseurs, les forçant à se dévoiler.

Une deuxième catégorie de forces, mieux armée, se tiendrait en retrait et serait susceptible d’intervenir « à la demande » dans des missions missions CHB (Clear, Hold, Build – nettoyer, tenir, construire).

S’appuyant sur le « swarming » (attaques en essaims), l’approche nécessiterait toutefois une révolution culturelle en bonne et due forme : cumulative et non plus séquentielle, les opérations devraient d’appuyer sur un très haut degré de décentralisation des forces comme des décisions – alors que les nouveaux systèmes de gestion du commandement tendent plutôt à renforcer la centralisation.

Dans le même temps, l'approche implique également une évolution culturelle au sein des infanteries, qui se verraient "dualisées", entre l'infanterie légère "de premier échelon" et une infanterie "lourde" en deuxième échelon.

En tout état de cause, affaire à suivre tant la question des techno-guérillas me semble gagner du terrain : on le constate à travers certains segments de la marine chinoise, par exemple, elle tend à ne plus être l'apanage de groupes sub-étatiques mais à irriguer, peu à peu, les structures de forces des Etats.

La "guerre de haute intensité/classique/symétrique/régulière" qui forme l'une des hypothèses de combat à relativement long terme pour nos armées pourrait bien ne pas avoir lieu telle qu'on se l'imagine pour l'heure...

samedi 14 novembre 2009

Publications : ISC et RMES

Petites infos publications :

D'une part, sur stratisc.org avec une très intéressante étude de J-G. Gabriel sur l'unification de l'armée allemande entre 1850 et 1870 (attention, le PDF est relativement lourd - le mieux est de l'enregistrer sur votre disque dur puis de l'ouvrir).

D'autre part, et avec un certain retard, pour vous annoncer la parution des nouveaux Cahiers du RMES (à lire ici) :

Le Pakistan en crise existentielle
Par Jeff Lighftoot

La dissuasion nucléaire française après la guerre froide : décision, représentations et réseaux
Par Christophe Wasinski

Les facettes et défis de la puissance aérienne au 21ème siècle : vers une approche synergistique
Par Joseph Henrotin

La responsabilité de protéger : où en est l’Union européenne ?
Par Galia Glume et Quentin Martens

Bonnes lectures et bon week-end !

vendredi 13 novembre 2009

Attention, bonnes affaires !

Juste un petit coup de pub en vitese, mais qui peut rapporter : jusqu'au 30 novembre, le prix des abonnements à DSI reste inchangé. Or, le prix du DSI "nouvelle formule à 116 pages et agrandi" va légèrement évoluer à la hausse. Le papier, malheureusement, se paie mais le résultat devrait très largement compenser cette hausse.

Ce qui veut dire, concrètement, que pour un an ou deux d'abonnement, vous en restez au prix de l'abonnement du DSI "100 pages/ancienne formule". Du moins si vous souscrivez avant le 30/11.

A bon entendeur ;o)

mardi 10 novembre 2009

Passe d'armes en mer Jaune

Nouvelle passe d'armes en mer jaune : ce matin vers 11h30 heure locale, un patrouilleur nord-coréen semble être entré dans les eaux territoriales sud-coréennes. Observé depuis un temps, il a été rejoint pas un patrouilleur du Sud, qui a tiré à plusieurs reprises des coups de semonce. A ce moment, le patrouilleur du nord a répliqué (50 coups à 3,2 km de distance), visant le patrouilleur de Séoul, qui a retourné le feux. Concrètement, le bâtiment du nord a été endommagé mais pas coulé, aucun blessé ne semble avoir été fait.

Toujours aussi fantasque, l'agence de presse nord-coréenne a indiqué que "Les autorités militaires sud-coréennes doivent présenter des excuses au Nord pour cette provocation armée et prendre les mesures qui s'imposent pour qu'une provocation similaire ne se reproduise pas". Le Sud n'a pas commenté mais la tension au sein de la société sud-coréenne est bien réelle.

Pour spectaculaire que l'engagement soit, il a toutefois été moins intense qu'en 1999 (un bâtiment du sud avait éperonné un autre du nord, 1 vedette du nord avait été coulée, 5 autres navires avaient été endommagés) ou en novembre 2002, lors de la "deuxième bataille de la mer de l'ouest", lorsque 6 marins sud-coréens avaient été tués et 18 autres blessés. Cependant, les violations terrotoriales seraient fréquentes : elles auraient déjà eu lieu à 22 reprises cette année.