mercredi 19 mars 2008

Mauvaise foi... crasse

Il faut tout de même être mal informé - un paradoxe pour des journalistes - pour dire ce que l'on vient d'entendre sur France 2, à propos de l'Irak. En bref : chaos, omniprésence des milices et obstacles à la liberté de parole sur fond d'images prises, pêle-mêle il y a quelques semaines (les murs de Bagdad) et... il y a quelques années (les civils se plaignant de l'insécurité).

Nous sommes tous d'accord, la partie est loin d'être gagnée pour les Américains (et ceux qui m'ont lu à mes débuts savent que je n'étais pas d'accord avec cette guerre). Mais, tout de même..., un peu de nuance, c'est précisément ce pour quoi nous payons une taxe audiovisuelle.

Vu un peu avant : des images si claires du Tibet montrant des Tibétains agressant des Chinois qu'elles ne sont certainement pas dues ni à des vidéos de touristes, ni à l'hypothétique télévision du Dalaï Lama... Belle opération, d'un point de vue analytique, de contre-propagande.

10 commentaires:

Frédéric a dit…

Je n'ai vu le journal de France 2, mais sur France Info cette aprés midi, on à passé en boucle un reportage sur les manifestants antiguere au Royaume Uni qui s'occupe de l'Irak Body Compt et dont le journaliste dit qu'il indique 900 000 morts civils... Un zéro de plus de moins n'a pas l'air d'avoir de l'importance pour certains.

Stéphane T a dit…

Cela doit être pour cela que je ne regarde plus jamais les news TV (ou alors peut-être est-ce dû à mes 3 fils qui m'occupent à cette heure cruciale alors que je devrais participer à cette grande cohésion nationale autour du petit écran).
Bon, je vous avoue que je me suis fait ramasser méchamment sur ce sujet par plusieurs institutions ces derniers temps (vous êtes le seul à m'avoir laissé le droit de m'exprimer sur ce qui se passe réellement en Irak): je suis assez dépité. En fait, le problème est que, dans nos représentations mentales françaises, on confond encore le "péché originel" de l'invasion (avec laquelle je n'étais pas d'accord non plus, jusqu'à ce que l'apparente victoire décisive des Américains en 2003 me laisse croire que la Paix était possible... avant de savoir ce que je sais maintenant) et les efforts des troupes de la Coalition pour stabiliser ce pays (que nous devrions soutenir, ne serait-ce qu'en prières... mais les Français ne savent plus ce que cela veut dire).
En ces jours de semaine sainte, je prie pour le peuple irakien, pour les militaires américains et pour les journalistes français!!!
Bon, je me suis (modérément) lâché. Passons aux choses sérieuses: c'est un crime journalistique de ne pas se tenir au courant de ce qui se passe en Irak. Lisez mon blog!!
Stéphane TAILLAT
PS: merci encore à vous de m'avoir laissé la possibilité de faire partager le fruit de mes recherches

Anonyme a dit…

Sauf votre respect, "chaos, omniprésence des milices et insécurité" sont une description assez appropriée de la situation en Irak.

Les Américains se flattent des relatifs progrès obtenus en matière de sécurité au cours des derniers mois, mais ces progrès ont été obtenus au prix d'une militarisation poussée des tribus sunnites, qui règnent désormais en maître dans la région d'al-Anbar. Là-bas, c'est bien l'ordre milicien qui est de rigueur, et cela n'a rien de rassurant pour l'avenir. On vient d'échapper de peu à une guerre ouverte entre les tribus du gouvernorat et le Parti Islamique, et ce n'est probablement que partie remise.

Par ailleurs, le caractère tout relatif des "succès" américains a été illustré par la récente vague d'attentats. Sans parler de la situation à Mossoul, où s'est repliée al-Qaeda.

Enfin, le calme relatif des régions chiites est suspendu à la trêve prononcée par Moqtada Sadr, et rien ne dit qu'elle durera indéfiniment.

La situation est peut-être meilleure comparée à l'enfer absolu que l'on a connu en 2006-2007, mais toujours est-il que le timide mouvement de retour des réfugiés observé il y a quelques mois dans les pays voisins s'est à nouveau inversé.

"Mauvaise foi crasse" me paraît donc un peu excessif, surtout si on met cela en regard des récentes déclarations de Dick Cheney, qui parle lui de "progrès phénoménaux". Là ce n'est plus de la mauvaise foi mais du délire orwellien.

Anonyme a dit…

Concernant les Tibétains frappant des Chinois, c'est évidemment très utile au gouvernement de Pékin mais pas forcément faux. La presse de ce jour reproduisait des témoignages de touristes décrivant des scènes de lynchage. Ca n'a d'ailleurs rien d'étonnant vu la politique de colonisation (sinisation) mise en oeuvre par les Chinois.

Frédéric a dit…

A signaler ce matin que certaines à Canal+ ne savent pas compter. En parlant du nouveau livre sur le cout de la guerre en Irak qui estime à trois milliards l'ensemble des couts de celle ci, la présentatrice à 8 hrs à répétez plusieurs fois trois milliards de milliards....:(

Méme pas capable de lire un titre, cela me dépasse...

Stéphane T a dit…

A l'anonyme n°1:
Même si l'exhortation "lisez mon blog" comportait une part de dérision, vous devriez la mettre en application. Les éléments que vous citez ne sont pas faux en eux-mêmes, c'est bien le problème (et je dirais même que je suis d'accord avec vous dans l'ensemble sur le fait d'être prudent). Tout est affaire de leur analyse et de la manière dont on "narre" la situation qui en découle... C'est sur ce point que jouent principalement des éléments cognitifs et des biais et préjugés nombreux (et je renvoie dos à dos les journalistes français ainsi que Dick CHENEY)
-CHAOS est une représentation du monde, non une réalité objective. J'ajouterais de manière provocatrice que tout dépend de l'endroit où vous êtes. Ce qualificatif est donc simpliste et généralisateur.
-OMNIPRESENCE DES MILICES est pire:la connotation du mot milice (que vous reprenez, inconsciemment ou non, dans l'expression "ordre milicien") est telle qu'elle ne peut qu'engendrer un contresens sur le mouvement des SoI/CLC. Ma thèse est que nous nous trouvons face à un mouvement complexe "d'irakisation par le bas" qui correspond en fait au principe de la "stabilisation par le bas". Concrètement, ces milices sont, à l'exception peut-être de la province d'ANBAR où leur subordination aux cheiks est problématique, un signe justement d'un changement de climat sécuritaire. Sur le plan opérationnel (au sens de l'usage de la force et de son utilité), les milices permettent aux forces américaines de porter leur effort ailleurs. Certes, c'est risqué, d'autant plus pour les mentalités françaises habituées à voir dans l'Etat l'incarnation de la Providence. En d'autres termes, cela nous fait peur car nous y voyons le risque d'une privatisation et d'une criminalisation de la sécurité (risque potentiel mais qui néglige le fait que le contrôle US sur la majorité des 88 000 miliciens reste efficace et effectif). Ajoutée à la connotation du "milicien" (comme le paramilitaire d'ailleurs), cette perception occulte le sens possible du phénomène sur le plan sécuritaire et sa portée historique réelle.
-INSECURITE est comme CHAOS: c'est une simplification qui traduit simplement les schémas mentaux de nos journalistes (le syndrome du "wishful thinking" me semblant devoir être mis en cause ici). Cela ne signifie pas qu'il faut nier les insécurités résiduelles toujours tragiques et souvent médiatisées, mais qu'on ne peut péremptoirement trancher ainsi.
Pour conclure, la mauvaise foi est ici le symptôme d'autre chose, à savoir la prégnance de certaines "narrations stratégiques" sur la guerre en Irak en France. Ces dernières se combinent avec des éléments cognitifs et des préjugés idéologiques pour peindre une situation qui n'est pas fondamentalement vraie. Je ne prétends pas détenir la vérité sur ce point, je dis juste que les journalistes ont tort.
Cordialement à vous. Et bonne lecture de mon blog si vous vous y intéressez...
Stéphane TAILLAT

ascalon a dit…

Parler de chaos ou de nouveau Vietnam relève évidemment de l'outrance journalistique. Je pense que la mésinterprétation dont fait l'objet la stratégie américaine dans les médias français tient :
- premièrement à un réflexe de pure méconnaissance des tenants et des aboutissants de la conduite stratégique des opérations en Irak depuis l'invasion, particulièrement de la stratégie de rupture avec l'option Rumsfeld opérée par Petraeus;

- deuxièmement à un problème de méthode : d'un côté, si l'on subordonne la perception de la réussite d'OIF à la démocratisation de l'Irak, il est clair que vu la situation de guerre civile latente que l'opération américaine a engendré celle-ci est un échec (l'instrumentalisation des guérillas, chiites en l'occurence, est toujours, comme on a pu le constater avec les Talibans, un jeu à double tranchant) ; d'un point de vue plus froid et réaliste, si l'on considère que l'objectif premier des américains était de mettre la main sur les ressources pétrolières du pays et d'assurer un contrôle relatif des axes de transit énergétique, celui-ci constitue un demi-succès.

Seule chose sûre : les américains n'ont certainement pas envahi l'Irak pour en repartir cinq ans après. Abizaïd, ex-Centcom, prévoyait dès le début de l'invasion une durée d'occupation minimale de dix ans. Option qui vient d'être confirmée par le candidat républicain puisque McCain a affirmé que les EU étaient partis pour rester en Irak jusqu'à la fin du siècle. Qui vivra verra.

Anonyme a dit…

A frédéric : Canal+ se trompe, mais vous aussi. Le livre de Joseph Stiglitz s'intitule "The Three Trillion Dollar War". Si je ne me trompe, un "trillion" ne correspond ni à un milliard, ni à un milliard de milliards, mais bien à mille milliards.

A Stéphane T : Je lirai votre site avec beaucoup d'intérêt.

Sur le fond, ce que la novlangue militaire US désigne comme "SoI/CLC" sont bien, dans les faits, des milices. Après, vous avez raison de souligner que le phénomène milicien n'est pas univoque. Si on prend le cas de la guerre civile au Liban, on constate que le sytème milicien était source de chaos dans les zones musulmanes de Beyrouth-Ouest, mais qu'il assurait un ordre relatif dans l'Est chrétien (parce que les Forces Libanaises avaient réussi à liquider tous leurs rivaux).

Il n'empêche, pour l'Irak, que cette décentralisation encore plus poussée du monopole de la violence légitime est inquiétante pour l'avenir, pas seulement d'un point de vue culturel "français" mais parce que que l'Etat irakien a sérieusement besoin de cohésion si l'on veut éviter le retour d'une guerre civile entre chiites et sunnites. Les leaders des "Réveils" (milices tribales) ne cachent en effet pas qu'ils veulent la peau d'al-Qaeda mais aussi celle des "Iraniens" (pas besoin de vous faire un dessein).

Anonyme a dit…

La télévision nationale francaise est d'ultragauche et antiaméricaine (un sondage a montré que 94% des journalistes se déclaraient de gauche en France avec 70% à l'ultragauche et evidemment c'est pire a la télévision publique - plus l'incompétence).
http://www.linternaute.com/actualite/interviews/06/eric-brunet/eric-brunet-chat.shtml
Les USA sont pour longtemps en Irak car ils n'en peuvent repartir et quelque soit le président élu (le Congrès s'y opposerait).
Les Iraquiens qui ont de la sympathie pour la "résistance" se lasseront avant eux car ils payent tous les jours le prix du conflit.
Les USA sont en bonne voie, leur pertes sont faibles, et peuvent de plus en plus compter sur des "Harkis" locaux.

Frédéric a dit…

Oups, c'est effectivement 3000 milliards que souhaitait écrire, mea culpa :(

Pour l'armée nationale irkienne, voici ce que j'ai collecté sur ''divers blogs'' ;) :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_irakienne

Il semble que les forces kurdes vont s'intégré dans le dispositif en formant 2 divisions cette année. Peut on étre considérer les SoI comme la ''garde nationale'' telle que conçue au XIXe S en France et assurant ce qui fût la Défense Opérationnelle du Territoire ?