Selon l'agence de presse des Emirats, des "discussions préliminaires" ont été engagées, portant sur le remplacement des 63 Mirage 2000 émiriens par des Rafale. L'Elysée ne parle cependant pour l'heure que d'un "éventuel remplacement des Mirage 2000 par des Rafale" et indique que "Il n'y a pas de date fixée ni de négociations commerciales entamées à ce stade" et que "les discussions vont se poursuivre dans les semaines qui viennent".
L'appareil est donc en lice, pour l'heure, aux EAU, au Brésil (malgré une offensive russe), en Inde, en Lybie et en Suisse. En attendant, le cours de Dassault monte à la bourse. C'est déjà ça !
Addendum : Reuters évoque également 50 appareils pour la Grèce, de même que 10 FREMM et 15 Cougar. Si l'on croise évidemment les doigts mais restons logiques : tant d'effets d'annonce ont jusqu'ici été déçus...
vendredi 6 juin 2008
jeudi 5 juin 2008
L'armée de l'Air réceptionne ses premiers SIDM
Le Système Intérimaire de Drone MALE (SIDM) a été livré ministère de la Défense le 3 juin 2008. Cette livraison marque la fin de la campagne de qualification en vol menée sur la base aérienne de Mont-de-Marsan.Le SIDM est un système de drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) dédié aux opérations de surveillance et de poursuite d’objectifs. La diversité de ses capacités d'observation – optique, infrarouge et radar – permet au SIDM d'être opérationnel de jour comme de nuit et par tous les temps.
Grâce à une liaison de données satellite, il peut intervenir dans la profondeur du théâtre, avec un rayon d'action de plus de 1 000 kilomètres et transmettre en temps réel les informations recueillies. La grande endurance du SIDM repose sur son aptitude à gérer simultanément deux drones qui se relayent sur zone pour assurer une présence 24h sur 24, si le besoin opérationnel des forces sur place le nécessite, chacun des véhicules aériens ayant une autonomie de 20 heures de vol.
Le programme SIDM, installé sur une plateforme d'origine israélienne Eagle est conduit sous la maîtrise d'ouvrage de la DGA, qui en a confié la maîtrise d’œuvre d'EADS. Le SIDM est composé de trois véhicules aériens pilotés à distance depuis deux stations sol grâce à un système de liaisons de données à vue directe et par satellite. La formation du personnel du Centre d’Expérimentations Aériennes Militaires (CEAM) débutée en février 2008 va maintenant aborder la phase de formation au vol. Elle sera suivie en fin d’été 2008 par une expérimentation technico-opérationnelle réalisée par l’escadron drones de l’armée de l’Air, en vue de sa mise en service opérationnel.
Plus de 10 ans après les Etats-Unis, la France dispose donc presque de ses premiers MALE. Le programme, que nous examinions plus en profondeur dans le T&A de juin-juillet 2007, a connu un retard de plusieurs années.
Stratisc is back
Le site de l'Institut de Stratégie Comparée (Pr. Coutau-Bégarie) a connu une légère interruption, due au changement de fournisseur d'accès. Nous avons connu de gros problèmes avec le précédent, de sorte que les mises à jour, si elles étaient prêtes, n'ont pas pu être injectées sur le site.
Bon, en tout état de cause, le plus gros site francophone de stratégie et d'histoire militaire (plus de 60 ouvrages intégralement en ligne, sans compter une bonne trentaine de numéros de Stratégique) est à nouveau sur pied depuis ce matin 8h30. Bonne lecture !
Bon, en tout état de cause, le plus gros site francophone de stratégie et d'histoire militaire (plus de 60 ouvrages intégralement en ligne, sans compter une bonne trentaine de numéros de Stratégique) est à nouveau sur pied depuis ce matin 8h30. Bonne lecture !
mercredi 4 juin 2008
Lobbying, quand tu nous tiens
Le big boss de Lockheed Martin était à Bruxelles hier, où il a rencontré le ministre belge de la défense. Alors, pourquoi donc ? Et bien, pour parler, manifestement, du remplacement du F-16... dont la Belgique avait, en son temps, construit 222 exemplaires.
Un dossier épineux qui avait déjà été renvoyé aux calendes grecques en 1999, lorsque la Belgique ne s'était finalement pas jointe au programme de partenariat que proposaient les Américains.
C'était donc l'occasion d'une petite interview à lire dans L'Echo d'aujourd'hui. Et il n'est pas sûr que le pays soit prêt à remplacer ses Faucons d'ici à l'horizon 2015-2020, positionnements politiques internes obligent...
Un dossier épineux qui avait déjà été renvoyé aux calendes grecques en 1999, lorsque la Belgique ne s'était finalement pas jointe au programme de partenariat que proposaient les Américains.
C'était donc l'occasion d'une petite interview à lire dans L'Echo d'aujourd'hui. Et il n'est pas sûr que le pays soit prêt à remplacer ses Faucons d'ici à l'horizon 2015-2020, positionnements politiques internes obligent...
mardi 3 juin 2008
Y'a sondage
Petit exercice tout autant polémique que de sociologie politique interne pour aujourd'hui : face à ce qui se dessine, êtes-vous déçu du tandem Sarkozy/Morin ?
Comme d'habitude, un sondage Blogger ne répond pas aux critères scientifiques, notamment en termes d'échantillonnage.
Comme d'habitude, un sondage Blogger ne répond pas aux critères scientifiques, notamment en termes d'échantillonnage.
L'Irak va-t-il acheter des Gazelles ?
Si certains commentateurs se posaient la question du pourquoi de la récente visite du ministre français des affaires étrangères en Irak, un début de réponse pourrait bien être trouvé auprès du ministère de la défense de Bagdad.
Son porte-parole a en effet indiqué que l'Irak entendait renouer des liens militaires avec la France par l'achat de matériels et, plus particulièrement, des hélicoptères. Selon lui, une délégation à haut niveau devrait prochainement se rendre en France pour rencontrer des industriels.
Et un quotidien irakien d'indiquer que l'Irak pourrait acheter 50 Gazelles - d'occasion, dès lors que la machine n'est plus fabriquée. Du temps de la guerre Iran-Irak, l'appareil avait été largement utilisé par Bagdad. Notons que le DSI de juin présente un topo de la situation actuelle de la force aérienne irakienne.
Son porte-parole a en effet indiqué que l'Irak entendait renouer des liens militaires avec la France par l'achat de matériels et, plus particulièrement, des hélicoptères. Selon lui, une délégation à haut niveau devrait prochainement se rendre en France pour rencontrer des industriels.
Et un quotidien irakien d'indiquer que l'Irak pourrait acheter 50 Gazelles - d'occasion, dès lors que la machine n'est plus fabriquée. Du temps de la guerre Iran-Irak, l'appareil avait été largement utilisé par Bagdad. Notons que le DSI de juin présente un topo de la situation actuelle de la force aérienne irakienne.
lundi 2 juin 2008
La coercition pour les nuls
Audiard a, tout de même, quelques répliques magnifiques à son palmarès. Tenez, celle-ci, par exemple, que l'on pourrait sous-titrer "la coercition pour les nuls" :
"Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y'a des statistiques là-dessus" (Mélodie en sous-sol).
"Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y'a des statistiques là-dessus" (Mélodie en sous-sol).
Le FCS, dévoilé au public le 14 juin

BAE Systems présentera officiellement le premier prototype du NLOS-C (Non-Line Of Sight-Canon) le 14 juin, jour du 233ème anniversaire de l'US Army. Ce sera le premier engin de la famille Future Combat System (FCS) à doit entrer en service.
Alors que la canon de 155 mm/38 Cal. est déjà testé intensivement depuis octobre 2006, c’est l’assemblage du système d’arme et du châssis (qui sera commun à toute la famille des véhicules pilotés FCS) qui sera testée dans les prochains moins à Yuma.
En particulier le système de propulsion (hybride, un diesel alimentant des batteries en électricité, entraînant à leur tour un moteur électrique), la suspension et le système de chenilles seront plus particulièrement examinés. Huit prototypes du NLOS-C seront construits.
Phantom Phorever
Le F-4 Phantom, toujours utilisé par l’Allemagne, la Grèce, le Japon, l'Iran et la Turquie, a fêté ses 50 ans il y a quelques jours. L'appareil a en effet effectué son premier bol le 27 mai 1958 et restera dans l'histoire de l'aviation comme l'un des "bugs" les plus réussis, avec une production de près de 5 200 appareils.
Le Phantom avait en effet un prix supérieur et un rayon d'action de même qu'une vitesse inférieures au Crusader III. Il avait également eu son lot de problèmes - qui déboucheront sur une configuration très particulière.
Mais... l'US Navy avait estimé qu'un appareil biplace serait plus adapté à la menace soviétique. Et le Phantom connaîtra le succès que l'on sait. Il entrera en service en 1960 dans la Navy (pour être remplacé par le F-14 à partir de 1972) et sera fabriqué jusqu'en 1981. Les Terminator 2000 turcs devraient rester en service jusque 2015.
Le Phantom avait en effet un prix supérieur et un rayon d'action de même qu'une vitesse inférieures au Crusader III. Il avait également eu son lot de problèmes - qui déboucheront sur une configuration très particulière.
Mais... l'US Navy avait estimé qu'un appareil biplace serait plus adapté à la menace soviétique. Et le Phantom connaîtra le succès que l'on sait. Il entrera en service en 1960 dans la Navy (pour être remplacé par le F-14 à partir de 1972) et sera fabriqué jusqu'en 1981. Les Terminator 2000 turcs devraient rester en service jusque 2015.
vendredi 30 mai 2008
Blogs de défense : Le Point s'y met aussi !
Petit clin d'oeil au "Secret Défense" de J-D. Merchet, le "Défense Ouverte" de Jean Guisnel, du Point, a ouvert ses portes. Quelques post par jour, une bonne moyenne et des thématiques bien sympathiques.
Grand Dieu : une guerre des blogs de défense ?
Grand Dieu : une guerre des blogs de défense ?
DSI n°38 - le sommaire
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DSI n°38, juin 2008
Editorial
Nominations/agenda
Les contrats du mois
Veilles contre-terroristes
Veilles stratégiques : les 157 événements qui ont fait l'actualité stratégique du mois
La chronique de Carl von C. : « Aaaahh… J’adore l’odeur du Hezbollah de grand matin !
Sécurité
Guerre de l’information : la prolifération des capacités ?
Entretien avec Daniel Ventre, ingénieur au CNRS et chargé de cours à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications
Politique de défense française en Afrique. Une nouvelle doctrine
Par Emmanuel Dupuy, Président de l’IPSE
Stratégie
Approcher les révolutions militaires
Entretien avec Laurent Henninger, chargé de mission au Centre d’Etudes d’Histoire de la Défense
Rangs et puissances navals. Quelques défis
Entretien avec Hervé Coutau-Bégarie, Président de l’Institut de Stratégie Comparée
Armées
Semper Fi’. Les mutations du Corps des Marines
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Les Marine Recon
Encadré : Les FAST
Encadré : Le credo du fusil
Les Flying Leathernecks. Une force aérienne en soi
Par Jean-Jaques Mercier, spécialiste des questions de défense
Encadré : L’organisation du Corps des Marines
Tableau de Bord : l’US Marine Corps
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Unités
Une affaire de spécialistes. La logistique opérationnelle par l’exemple au 516ème Régiment du Train
Par Véronique Sartini, journaliste
Encadré : Les matériels du « 516 » ; la PEGP
Les défis de la logistique armée
Entretien avec le général Jean-Loup Moreau, commandant de la Force Logistique Terrestre
Technologie & Armement
1930-1970. Des premières voilures tournantes à l’hélicoptère moderne
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense
Encadré : Le Sikorsky S-58
Encadré : La « banane volante » de Vertol-Piasecki
Hélicoptères de manœuvre, l’expérience américaine
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Dès 1961
Encadré : L’UH-1, bête de somme et symbole de l’engagement américain au Vietnam
Encadré : Gavin et l’enveloppement vertical
TTH-90
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense
Fiches techniques
Bell AH-1W Super Cobra/L’AH-1, père des hélicoptères de combat
LSD classe Harpers Ferry/La stratégie de l’escalade horizontale
LVT/AAV-7/La saga des LVT
Critiques de lectures
Le nouvel art de la guerre de Gérard Chaliand
Les guerres bâtardes. Comment l’Occident perd les batailles du XXIème siècle d’Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balencie
L’île France. Guerre, marine et sécurité de Christian Girard
Criminalité et trafic maritimes : des enjeux politiques aux conséquences juridiques, de Baudoin le Hardy de Beaulieu (Dir.)
Rethinking Counterinsurgency. RAND Counterinsurgency Study – Volume 5 de John Mackinlay et Alison Al-Badawy
Russie-Inde, coopération militaro-technique de Isabelle Facon et Ruslan Pukhov
Nominations/agenda
Les contrats du mois
Veilles contre-terroristes
Veilles stratégiques : les 157 événements qui ont fait l'actualité stratégique du mois
La chronique de Carl von C. : « Aaaahh… J’adore l’odeur du Hezbollah de grand matin !
Sécurité
Guerre de l’information : la prolifération des capacités ?
Entretien avec Daniel Ventre, ingénieur au CNRS et chargé de cours à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications
Politique de défense française en Afrique. Une nouvelle doctrine
Par Emmanuel Dupuy, Président de l’IPSE
Stratégie
Approcher les révolutions militaires
Entretien avec Laurent Henninger, chargé de mission au Centre d’Etudes d’Histoire de la Défense
Rangs et puissances navals. Quelques défis
Entretien avec Hervé Coutau-Bégarie, Président de l’Institut de Stratégie Comparée
Armées
Semper Fi’. Les mutations du Corps des Marines
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Les Marine Recon
Encadré : Les FAST
Encadré : Le credo du fusil
Les Flying Leathernecks. Une force aérienne en soi
Par Jean-Jaques Mercier, spécialiste des questions de défense
Encadré : L’organisation du Corps des Marines
Tableau de Bord : l’US Marine Corps
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Unités
Une affaire de spécialistes. La logistique opérationnelle par l’exemple au 516ème Régiment du Train
Par Véronique Sartini, journaliste
Encadré : Les matériels du « 516 » ; la PEGP
Les défis de la logistique armée
Entretien avec le général Jean-Loup Moreau, commandant de la Force Logistique Terrestre
Technologie & Armement
1930-1970. Des premières voilures tournantes à l’hélicoptère moderne
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense
Encadré : Le Sikorsky S-58
Encadré : La « banane volante » de Vertol-Piasecki
Hélicoptères de manœuvre, l’expérience américaine
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Dès 1961
Encadré : L’UH-1, bête de somme et symbole de l’engagement américain au Vietnam
Encadré : Gavin et l’enveloppement vertical
TTH-90
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense
Fiches techniques
Bell AH-1W Super Cobra/L’AH-1, père des hélicoptères de combat
LSD classe Harpers Ferry/La stratégie de l’escalade horizontale
LVT/AAV-7/La saga des LVT
Critiques de lectures
Le nouvel art de la guerre de Gérard Chaliand
Les guerres bâtardes. Comment l’Occident perd les batailles du XXIème siècle d’Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balencie
L’île France. Guerre, marine et sécurité de Christian Girard
Criminalité et trafic maritimes : des enjeux politiques aux conséquences juridiques, de Baudoin le Hardy de Beaulieu (Dir.)
Rethinking Counterinsurgency. RAND Counterinsurgency Study – Volume 5 de John Mackinlay et Alison Al-Badawy
Russie-Inde, coopération militaro-technique de Isabelle Facon et Ruslan Pukhov
jeudi 29 mai 2008
Back to basics
J'ai passé la journée dans un séminaire portant sur l'évolution de la PESD, ce qui, assez au-delà des discours convenus sur les réussites et les faiblesses de l'Union, à laissé la place à quelques réflexions intéressantes... et parfois étonnantes.
Un officier tout ce qu'il y a de plus autorisé nous a ainsi indiqué que les soldats engagés dans les opérations de l'UE devaient d'abord être animés par le "warrior ethos" et être prêts à être engagés dans les opérations les plus "dures" qu'il soit, à perdre la vie et à la faire perdre à l'Autre. Depuis le temps que je garde un oeil sur les affaires militaires de l'Union, le discours m'apparaît comme une rupture.
Et notre officier de poursuivre sur la variété des actions potentiellement engageables. De fait, la stabilisation n'a rien - comme on l'entend parfois - d'une espèce de promenade de santé qui serait plus digne d'une force de police lourde que des forces armées. Elle peut vite dégénérer, au fil des événements. Surtout, elle constitue la réalité des opérations contemporaines, où action et dissuasion s'entremêlent avec nuance.
Les personnels rencontrés, réalistes et professionnels restent, cependant, conscients d'une chose : plus que d'eux, c'est du personnel politique que dépend le futur d'une politique de défense européenne. Accumuler les postes de commandement et les forces multinationales, les discours en faveur d'un armement européen ou d'une action européenne ne suffit pas...
Addendum : Attendons de voir. En tout état de cause, le RETEX sur le Tchad ne semble pas mauvais du tout au vu d'un effort, de ROE et d'un positionnement excentré au regard de la zone de crise. A cet égard, l'article du Monde demandant où se situait l'ennemi manque son objectif. On peut même se demander si l'auteur (très valable et très compétent au demeurant) comprend bien l'évolution de la nature des crises contemporaines et n'est pas affecté par un certain tropisme "pro-combat de haute intensité" qui connaît toujours une certaine mode mais qui ne manquerait pas de nous zapper de la conduite des affaires du monde.
L'EUFOR n'a pas d'ennemi, évidemment (poser la question, c'était la délégitimer d'emblée). Par contre, elle est intégrée à un système de manoeuvre de crise très spécifique et mieux adapté qu'une force "rentre-dedans" dont les effets auraient été plus que mitigés... si tant est qu'elle ait vu le jour. C'est là tout le caractère des guerres modernes : la dissuasion et la diplomatie de défense ne se limitent plus à une "politique de la canonnière" (ce qui ne veut pas dire qu'elle soit exclue) tant les enjeux et les comportements des acteurs sont plus complexes. La stratégie en tant que telle devient donc, elle aussi, nécessairement plus complexe. Au demeurant, les personnes rencontrées ne se font guère d'illusion quant aux résultats finaux de l'opération : on parle ici de stabilisation au sens médical du terme.
Plusieurs autres faits sont notables :
- la pression américaine en faveur d'une PESD, depuis le discours de V. Nulland, est très importante et pourrait avoir un rôle non négligeable.
- la position des "nouveaux" arrivants évolue en faveur d'une PESD.
Dans un tel cadre, la politique des "petits pas pragmatiques", au travers l'AED notamment, me semble effectivement être la meilleure solution. En fait et paradoxalement, le tropisme stato-centrique des Etats-membres a des corollaires spécifiques... et bénéfiques pour la PESD. Ainsi, le "catalogue des capacités" est une vaste blague, tant la différence entre les chiffres sur le papier et la disponibilité réelle - des hélicoptères par exemple - est faible. Or, les besoins sont là et ce sera à l'UE d'y répondre, quitte à se lancer dans la rénovation d'hélicoptères d'origine russe.
Un officier tout ce qu'il y a de plus autorisé nous a ainsi indiqué que les soldats engagés dans les opérations de l'UE devaient d'abord être animés par le "warrior ethos" et être prêts à être engagés dans les opérations les plus "dures" qu'il soit, à perdre la vie et à la faire perdre à l'Autre. Depuis le temps que je garde un oeil sur les affaires militaires de l'Union, le discours m'apparaît comme une rupture.
Et notre officier de poursuivre sur la variété des actions potentiellement engageables. De fait, la stabilisation n'a rien - comme on l'entend parfois - d'une espèce de promenade de santé qui serait plus digne d'une force de police lourde que des forces armées. Elle peut vite dégénérer, au fil des événements. Surtout, elle constitue la réalité des opérations contemporaines, où action et dissuasion s'entremêlent avec nuance.
Les personnels rencontrés, réalistes et professionnels restent, cependant, conscients d'une chose : plus que d'eux, c'est du personnel politique que dépend le futur d'une politique de défense européenne. Accumuler les postes de commandement et les forces multinationales, les discours en faveur d'un armement européen ou d'une action européenne ne suffit pas...
Addendum : Attendons de voir. En tout état de cause, le RETEX sur le Tchad ne semble pas mauvais du tout au vu d'un effort, de ROE et d'un positionnement excentré au regard de la zone de crise. A cet égard, l'article du Monde demandant où se situait l'ennemi manque son objectif. On peut même se demander si l'auteur (très valable et très compétent au demeurant) comprend bien l'évolution de la nature des crises contemporaines et n'est pas affecté par un certain tropisme "pro-combat de haute intensité" qui connaît toujours une certaine mode mais qui ne manquerait pas de nous zapper de la conduite des affaires du monde.
L'EUFOR n'a pas d'ennemi, évidemment (poser la question, c'était la délégitimer d'emblée). Par contre, elle est intégrée à un système de manoeuvre de crise très spécifique et mieux adapté qu'une force "rentre-dedans" dont les effets auraient été plus que mitigés... si tant est qu'elle ait vu le jour. C'est là tout le caractère des guerres modernes : la dissuasion et la diplomatie de défense ne se limitent plus à une "politique de la canonnière" (ce qui ne veut pas dire qu'elle soit exclue) tant les enjeux et les comportements des acteurs sont plus complexes. La stratégie en tant que telle devient donc, elle aussi, nécessairement plus complexe. Au demeurant, les personnes rencontrées ne se font guère d'illusion quant aux résultats finaux de l'opération : on parle ici de stabilisation au sens médical du terme.
Plusieurs autres faits sont notables :
- la pression américaine en faveur d'une PESD, depuis le discours de V. Nulland, est très importante et pourrait avoir un rôle non négligeable.
- la position des "nouveaux" arrivants évolue en faveur d'une PESD.
Dans un tel cadre, la politique des "petits pas pragmatiques", au travers l'AED notamment, me semble effectivement être la meilleure solution. En fait et paradoxalement, le tropisme stato-centrique des Etats-membres a des corollaires spécifiques... et bénéfiques pour la PESD. Ainsi, le "catalogue des capacités" est une vaste blague, tant la différence entre les chiffres sur le papier et la disponibilité réelle - des hélicoptères par exemple - est faible. Or, les besoins sont là et ce sera à l'UE d'y répondre, quitte à se lancer dans la rénovation d'hélicoptères d'origine russe.
mardi 27 mai 2008
Au menu de ces prochains jours...
Outre le bouclage des prochains DSI et T&A et les travaux sur mon prochain ouvrage, un peu de lecture - je veux dire, au-delà des traditionnels communiqués de presse et autres monographies internet. En l'occurrence, Routledge m'a envoyé Strategic Studies. A Reader, de Mahnken et Maiolo, deux noms que vous avez sans doute dû déjà entendre.
En l'occurrence, ce reader diffère des ouvrages type "état de l'art" que l'on peut trouver par ailleurs. Ici, quelques grands textes de stratégie classique ont été réunis, à vrai dire, d'une façon assez équilibrée. Vous y retrouverez Brodie (Strategy as a science) ; Freedman (the problem of power) et Willie Fuller (What is a military lesson). Voilà pour le cadre général. Personellement, j'y aurais bien ajouté quelques passages de Wylie (Military Strategy: A General Theory of Power Control)
Retour ensuite sur quelques classiques : Sun Tzu, Liddell Hart, Schelling (Arms and Influence), Fuller par Brian Reid (sur la mécanisation) ; les Principes de Corbett (que je commence à connaître par coeur mais qui sont indispensables) et le texte de Byman qui avait, à l'époque, fait sensation sur l'usage de l'Airpower durant Allied Force (et que j'avais commenté assez longuement dans L'Airpower au 21ème siècle).
La partie suivante est consacrée à la stratégie nucléaire. Retour à l'excellent Brodie (The Absolute Weapon - le matin suivant Hiroshima, il avait dit à sa femme que tout ce qu'il avait pu écrire sur la stratégie avant n'était plus pertinent) et à Wohlstetter (the delicate balance of terror). Retour donc aux élémentaires des conceptions métastratégiques de l'emploi de l'atome (comme dirait Sallantin, Guitton et quelques autres). Oui, c'est normal (et avouez, private joke, que ça fait du bien). Un petit coup de Lucien Poirier eut également eu sa place. Des stratégies nucléaires reste un ouvrage qui en a certes marqué plus d'un mais qui reste également plus que pertinent.
La centaine de pages qui suit - c'est bien normal - est consacré au COIN. On y retrouve Lawrence, Mao, Galula, Mack (Why big nations lose small wars), Kilcullen et le tandem Neumann/Smith. Les gars du King's College regrettaient de ne pas voir Zawahiri. Je ne leur donne pas tort. Mais l'éventail donné est en soi bien sympathique et montre que les Américains ressortent (enfin) du paradigme d'un sois-disant full-spectrum conflict qui révélait surtout son rétrécissement au seul combat régulier.
La dernière partie est consacrée aux guerres futures. Retour donc sur Krepinevich (From Cavalry to computers), Evans (From Kadesh to Kandahar) et, en guise de gros bémol porté à la RMA (tient, ça me rappele que j'aurai encore de la lecture à vous conseiller !), Gray (Why strategy is difficult), Roberts et Strachan (The lost meaning of strategy).
Un très bon recueil donc qui complètera à merveille ce petit bijou de pédagogie qu'est l'Anthologie mondiale de la stratégie de Chaliand. L'ouvrage, comme tous les recueils de ce genre, à ses défauts : Byman n'était pas le meilleur sur l'Airpower et ses potentialités et Castex, qui a pas mal de choses à dire sur la stratégie navale, eut été le bienvenu. Mais bon, tout choix implique des renoncements et relire ses classiques ne fait franchement pas de mal.
Bonne lecture tout le monde !
En l'occurrence, ce reader diffère des ouvrages type "état de l'art" que l'on peut trouver par ailleurs. Ici, quelques grands textes de stratégie classique ont été réunis, à vrai dire, d'une façon assez équilibrée. Vous y retrouverez Brodie (Strategy as a science) ; Freedman (the problem of power) et Willie Fuller (What is a military lesson). Voilà pour le cadre général. Personellement, j'y aurais bien ajouté quelques passages de Wylie (Military Strategy: A General Theory of Power Control)
Retour ensuite sur quelques classiques : Sun Tzu, Liddell Hart, Schelling (Arms and Influence), Fuller par Brian Reid (sur la mécanisation) ; les Principes de Corbett (que je commence à connaître par coeur mais qui sont indispensables) et le texte de Byman qui avait, à l'époque, fait sensation sur l'usage de l'Airpower durant Allied Force (et que j'avais commenté assez longuement dans L'Airpower au 21ème siècle).
La partie suivante est consacrée à la stratégie nucléaire. Retour à l'excellent Brodie (The Absolute Weapon - le matin suivant Hiroshima, il avait dit à sa femme que tout ce qu'il avait pu écrire sur la stratégie avant n'était plus pertinent) et à Wohlstetter (the delicate balance of terror). Retour donc aux élémentaires des conceptions métastratégiques de l'emploi de l'atome (comme dirait Sallantin, Guitton et quelques autres). Oui, c'est normal (et avouez, private joke, que ça fait du bien). Un petit coup de Lucien Poirier eut également eu sa place. Des stratégies nucléaires reste un ouvrage qui en a certes marqué plus d'un mais qui reste également plus que pertinent.
La centaine de pages qui suit - c'est bien normal - est consacré au COIN. On y retrouve Lawrence, Mao, Galula, Mack (Why big nations lose small wars), Kilcullen et le tandem Neumann/Smith. Les gars du King's College regrettaient de ne pas voir Zawahiri. Je ne leur donne pas tort. Mais l'éventail donné est en soi bien sympathique et montre que les Américains ressortent (enfin) du paradigme d'un sois-disant full-spectrum conflict qui révélait surtout son rétrécissement au seul combat régulier.
La dernière partie est consacrée aux guerres futures. Retour donc sur Krepinevich (From Cavalry to computers), Evans (From Kadesh to Kandahar) et, en guise de gros bémol porté à la RMA (tient, ça me rappele que j'aurai encore de la lecture à vous conseiller !), Gray (Why strategy is difficult), Roberts et Strachan (The lost meaning of strategy).
Un très bon recueil donc qui complètera à merveille ce petit bijou de pédagogie qu'est l'Anthologie mondiale de la stratégie de Chaliand. L'ouvrage, comme tous les recueils de ce genre, à ses défauts : Byman n'était pas le meilleur sur l'Airpower et ses potentialités et Castex, qui a pas mal de choses à dire sur la stratégie navale, eut été le bienvenu. Mais bon, tout choix implique des renoncements et relire ses classiques ne fait franchement pas de mal.
Bonne lecture tout le monde !
lundi 26 mai 2008
Di Caprio et Winslet : infâmes agents de l'ouest décadent ?
C'est ce qu'aurait pu mentionner un communiqué de presse du Kremlin, signé par le Premier secrétaire du PCUS Poutine dans une surprenante uchronie, dans l'hypothèse où la guerre froide n'aurait pas pris fin.
Bob Ballard, l'homme qui a retrouvé l'épave du Titanic en 1985, a révélé le vrai but de sa mission. Approchant l'US Navy pour voir financer ses recherche sur le Liner disparu en 1912, le deal qu'il est vu proposé était plus qu'intéressé : retrouver les épaves du Tresher (un SSN disparu en 1963) et du Scorpion (disparu en 1968).
Ce qu'il a fait, avec succès. Ballard a ainsi participé indirectement à calmer la guerre froide : on suspectait en effet le Scorpion d'avoir été coulé par un sous-marin soviétique. Or, il semble qu'il l'ait été par une de ses propres torpilles. En tout état de cause, d'après l'océanographe, il ne restait plus grand chose des deux sous-marins.
Un des missions dérivées de ses expéditions devait être d'observer le comportement des réacteurs nucléaires soumis à la fois à la pression des profondeurs mais aussi à la corrosion de l'eau de mer. D'après Ballard, les échantillons collectés montraient qu'il y avait peu de danger.
Bob Ballard, l'homme qui a retrouvé l'épave du Titanic en 1985, a révélé le vrai but de sa mission. Approchant l'US Navy pour voir financer ses recherche sur le Liner disparu en 1912, le deal qu'il est vu proposé était plus qu'intéressé : retrouver les épaves du Tresher (un SSN disparu en 1963) et du Scorpion (disparu en 1968).
Ce qu'il a fait, avec succès. Ballard a ainsi participé indirectement à calmer la guerre froide : on suspectait en effet le Scorpion d'avoir été coulé par un sous-marin soviétique. Or, il semble qu'il l'ait été par une de ses propres torpilles. En tout état de cause, d'après l'océanographe, il ne restait plus grand chose des deux sous-marins.
Un des missions dérivées de ses expéditions devait être d'observer le comportement des réacteurs nucléaires soumis à la fois à la pression des profondeurs mais aussi à la corrosion de l'eau de mer. D'après Ballard, les échantillons collectés montraient qu'il y avait peu de danger.
dimanche 25 mai 2008
Y'a sondage : supprimer ou pas la composante aéroportée de la dissuasion
Les débats ont été vifs sur le sujets, dans la section "commentaires" du dernier post. Alors... Faut-il ou non conserver la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française, sachant qu'elle coûte grosso modo 13% du budget "nucléaire-dissuasion" de la France ?
NB : les sondages Blogger n'ont évidemment aucune valeur scientifique, en particulier du point de vue de l'échantillonage...
NB : les sondages Blogger n'ont évidemment aucune valeur scientifique, en particulier du point de vue de l'échantillonage...
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Y'a sondage
vendredi 23 mai 2008
Pourquoi éliminer la composante aéroportée ?
Je m'y attendais : ma position sur la composante aéroportée de la dissuasion suscite des interrogations. J'avais pensé y répondre via un commentaire mais, finalement, autant en faire profiter tout le monde.
En fait, avant d'attaquer les questions d'ordre technique, il faut en revenir à la mère de tous les comportement stratégiques : la politique et, dans le cas qui nous concerne, la possibilité d'un usage en premier de l'arme nucléaire pour lequel l'ASMP-A constituerait une bonne solution. Mais deux arguments s'y opposent :
1) qui accepterait d'être mis au ban des nations pour un emploi en premier du nucléaire, même contre des soldats adverses ? J'avais écrit, en son temps, une histoire stratégique de la guerre froide, parfaitement impubliable (pensez, 1 500 pages écrites serrées...). De telles conceptions de first use avaient un sens, d'ailleurs essentiellement tactique et généralement remis en question au plan stratégique ;
2) quand bien même cette décision serait prise, un M51 suffit. Pourquoi ?
D'abord, parce que la portée de l'engin est nettement plus importante que le tandem ASMP-A/Rafale - ce qui veut dire que le SNLE lanceur est loin, très loin, de toute possibilité de représailles. Le temps que celle-ci soit coordonnée et mise en oeuvre et nous passons l'heure... si les systèmes décisionnels adverses (et je parle plus ici du facteur humain que du facteur technique) en sont encore capables.
Ensuite, parce que rien n'est plus furtif qu'un SNLE, en particulier un Triomphant. Quand bien même sa position serait détectée du fait d'un lancement - ce qui est vraiment très hypothétique -, sa vitesse maximale silencieuse l'éloignerait de toute représailles. Nous parlions d'une heure si tout fonctionne (très) bien. A 7 noeuds, il sera très loin de toute explosion se déroulant dans ses parages, si tant est qu'un adversaire soit en mesure de lancer.
Pour cela, il faudrait, au surplus, qu'il soit en mesure de détecter. Outre les Américains dont on peut gager qu'ils seront prévenus, la Russie aligne des satellites Oko et Prognoz... en très mauvais état. L'autre solution consiste en des radars OTHB. Mais qui n"ont qu'une portée relativement limitée comparativement à celle d'un M51. Tout le monde n'a pas un Jindalee.
Et quand bien même la frappe serait détectée, cela n'est aucunement en soi le signe d'une représaille contre les sous-marins, dont il faut réussir trouver 4 exemplaires pour décapiter la dissuasion française : une tâche titanesque qui n'est à la portée d'aucun Etat. La détection certes une condition nécessaire mais pas suffisante. On pourrait même y ajouter que le M-51 peut nous mettre à l'abri là où le Rafale ou l'ASMP-A sont plus facilement identifiables.
Par ailleurs, les futures TNO sont elles-mêmes "très furtives". Plus, en tout état de cause, qu'un tandem Rafale/ASMPA, bien plus suceptible d'être détecté voire intercepté par des moyens disponibles dans nombre d'Etats. Comparativement, abattre une TNO apparaît comme beaucoup plus problématique.
Venons-en, maintenant, à la question du dosage de la TNO. Outre qu'elle pourra être régulée en puissance (mais, très honnêtement, qui fera, dans le pays visé, la différence entre 100 et 150 Kt ?), sa précision est meilleure que celle du M45. Lorsque l'on joue dans la gamme des Kt, une variation de 100 m dans les ECP n'a que peu d'importance. Plutôt, elle n'a d'importance que dans l'hypothèse où vous lancez une contre-force visant à décapiter les capacités de 1ère frappe adverses.
Mais, que vous employez un ASMP-A ou un M51, la question reste identique : si vous vous lancez dans une telle opération, vous devez décapiter l'ensemble du système adverse de 1ère frappe,, au risque de mettre le doigt dans un engrenage qui verra Paris se vaporiser. Vous viserez donc des cibles moins stratégiques. Une base aérienne ou un port, par exemple. Et là, la différence de 100 m à l'ECP n'en sera plus une vu la charge explosive.
Mais, encore une fois, si vous prenez effectivement la décision de lancer. En substratégique, rien n'est plus improbable : c'était même une des raisons ayant poussé au développement du SCALP et au placement de son emploi sous l'autorité du chef de l'Etat. La manoeuvre de crise était assez clairement perçue comme relevant du niveau conventionnel et n'eclut nullement le nucléaire. Au-delà, l'esprit du temps n'est plus à la bataille atomique tactique, sauf peut-être dans les planifications indiennes et pakistanaise (Cf. Lavoy et Sagan), soit des circonstances extrêmement partculières dans lesquelles nous n'irons d'ailleurs pas nous immiscer "nucléairement".
L'esprit du temps par contre nettement plus à la prolifération stratégique. Et c'est en celà que garder 4 SNLE et les M51 est une excellente chose.
En fait, avant d'attaquer les questions d'ordre technique, il faut en revenir à la mère de tous les comportement stratégiques : la politique et, dans le cas qui nous concerne, la possibilité d'un usage en premier de l'arme nucléaire pour lequel l'ASMP-A constituerait une bonne solution. Mais deux arguments s'y opposent :
1) qui accepterait d'être mis au ban des nations pour un emploi en premier du nucléaire, même contre des soldats adverses ? J'avais écrit, en son temps, une histoire stratégique de la guerre froide, parfaitement impubliable (pensez, 1 500 pages écrites serrées...). De telles conceptions de first use avaient un sens, d'ailleurs essentiellement tactique et généralement remis en question au plan stratégique ;
2) quand bien même cette décision serait prise, un M51 suffit. Pourquoi ?
D'abord, parce que la portée de l'engin est nettement plus importante que le tandem ASMP-A/Rafale - ce qui veut dire que le SNLE lanceur est loin, très loin, de toute possibilité de représailles. Le temps que celle-ci soit coordonnée et mise en oeuvre et nous passons l'heure... si les systèmes décisionnels adverses (et je parle plus ici du facteur humain que du facteur technique) en sont encore capables.
Ensuite, parce que rien n'est plus furtif qu'un SNLE, en particulier un Triomphant. Quand bien même sa position serait détectée du fait d'un lancement - ce qui est vraiment très hypothétique -, sa vitesse maximale silencieuse l'éloignerait de toute représailles. Nous parlions d'une heure si tout fonctionne (très) bien. A 7 noeuds, il sera très loin de toute explosion se déroulant dans ses parages, si tant est qu'un adversaire soit en mesure de lancer.
Pour cela, il faudrait, au surplus, qu'il soit en mesure de détecter. Outre les Américains dont on peut gager qu'ils seront prévenus, la Russie aligne des satellites Oko et Prognoz... en très mauvais état. L'autre solution consiste en des radars OTHB. Mais qui n"ont qu'une portée relativement limitée comparativement à celle d'un M51. Tout le monde n'a pas un Jindalee.
Et quand bien même la frappe serait détectée, cela n'est aucunement en soi le signe d'une représaille contre les sous-marins, dont il faut réussir trouver 4 exemplaires pour décapiter la dissuasion française : une tâche titanesque qui n'est à la portée d'aucun Etat. La détection certes une condition nécessaire mais pas suffisante. On pourrait même y ajouter que le M-51 peut nous mettre à l'abri là où le Rafale ou l'ASMP-A sont plus facilement identifiables.
Par ailleurs, les futures TNO sont elles-mêmes "très furtives". Plus, en tout état de cause, qu'un tandem Rafale/ASMPA, bien plus suceptible d'être détecté voire intercepté par des moyens disponibles dans nombre d'Etats. Comparativement, abattre une TNO apparaît comme beaucoup plus problématique.
Venons-en, maintenant, à la question du dosage de la TNO. Outre qu'elle pourra être régulée en puissance (mais, très honnêtement, qui fera, dans le pays visé, la différence entre 100 et 150 Kt ?), sa précision est meilleure que celle du M45. Lorsque l'on joue dans la gamme des Kt, une variation de 100 m dans les ECP n'a que peu d'importance. Plutôt, elle n'a d'importance que dans l'hypothèse où vous lancez une contre-force visant à décapiter les capacités de 1ère frappe adverses.
Mais, que vous employez un ASMP-A ou un M51, la question reste identique : si vous vous lancez dans une telle opération, vous devez décapiter l'ensemble du système adverse de 1ère frappe,, au risque de mettre le doigt dans un engrenage qui verra Paris se vaporiser. Vous viserez donc des cibles moins stratégiques. Une base aérienne ou un port, par exemple. Et là, la différence de 100 m à l'ECP n'en sera plus une vu la charge explosive.
Mais, encore une fois, si vous prenez effectivement la décision de lancer. En substratégique, rien n'est plus improbable : c'était même une des raisons ayant poussé au développement du SCALP et au placement de son emploi sous l'autorité du chef de l'Etat. La manoeuvre de crise était assez clairement perçue comme relevant du niveau conventionnel et n'eclut nullement le nucléaire. Au-delà, l'esprit du temps n'est plus à la bataille atomique tactique, sauf peut-être dans les planifications indiennes et pakistanaise (Cf. Lavoy et Sagan), soit des circonstances extrêmement partculières dans lesquelles nous n'irons d'ailleurs pas nous immiscer "nucléairement".
L'esprit du temps par contre nettement plus à la prolifération stratégique. Et c'est en celà que garder 4 SNLE et les M51 est une excellente chose.
jeudi 22 mai 2008
Sortie de piste d'un Rafale M
Selon la Marine nationale, le jeudi 22 mai 2008 à 10h34 locale, un Rafale de la 12F de l’Aéronautique navale qui venait de prendre la mission de permanence opérationnelle est sorti de la piste ouest de la base aéronavale de Lann-Bihoue (piste 25 en service, en photo, copyright Marine nationale). Le pilote s’est éjecté et a été récupéré conscient pour être évacué sur l’hôpital Bodelio de Lorient où il est placé en observation. L’avion qui est resté dans le périmètre de la base a été sécurisé par les services techniques de la Marine. Les causes de l’événement ne peuvent être établies pour le moment et devront être déterminées par une enquête technique.
Le jour de vérité
Bonjour l'Europe. Avant de me remettre à la guerre biologique, juste quelques lignes histoire de se rappeler que c'est aujourd'hui que le Livre Blanc doit être présenté aux parlementaires français.
Qui, par ailleurs, on déjà fait connaître un certain nombre de points de vue : ils veulent donner la priorité à l'aéromobilité aux aux frégates FREMM, tandis qu'un consensus semble se dégager pour considérer que la numérisation de l'espace de bataille n'est pas une priorité. Ce qui pose donc bon nombre de questions pour l'avenir de l'opération Scorpion, par ailleurs largement abordée dans le prochain hors-série de DSI.
Pour le reste, les grandes lignes du LBDS sont connues : à l'intérieur, emphase sur la protection du territoire (y compris l'inclusion bienvenue de la résilience) ; à l'extérieur, emphase sur le renseignement et diminution du volume des forces. Point sympa, l'appel à un meilleur financement de la R&D. Mais la mesure apparaît comme un contrepoids aux processus de réduction/étalement des commandes : garder les bureaux d'étude ouverts et opérationnels est un moindre mal.
Reste, néanmoins, comme un petit goût d'échec : sursaturer le maillage sécuritaire intérieur ne garantira jamais qu'aucun attentat ne se produira, alors que disposer des instruments d'une manoeuvre de crise offre une plus haute probabilité de succès.
Encore une fois, le repli sur soi - parce que c'est fondamentalement ce qui se prépare - dans les conditions stratégiques actuelles est une mauvaise posture. A travers l'histoire, ce type de défensive s'est toujours montré dépassé... et l'est encore plus dès lors que la France entend toujours jouer un rôle important.
On ne peut séparer les dimensions diplomatiques des militaires (j'ai toujours eu en horreur cette fixation journalistique pour une dichotomie entre "solution politique" et "solution militaire", alors que la "solution militaire" est sans doute la plus politique qui soit !). Or, la résilience nous permettait d'en jouer comme d'un "bouclier" nous permettant de se concentrer sur la "lance", à savoir la défense elle-même.
Au contraire même, la tendance de l'époque est à une meilleure coordination des lignes d'opérations. Irions-nous donc droit dans le mur ? Malheureusement, il y a des chances. Les demis-mesures se sont succédées et les économies n'ont pas nécessairement été réalisées aus bons endroits. Prenons, par exemple, la composante aéroportée de la dissuasion : elle avait une signification certaine dans le jeu sémiotique de la guerre froide. En a-t-elle encore une ? Au risque de fâcher certains, non.
Peu d'Etats sont en mesure de distinguer l'arrivée d'un ASMP-A de celui d'un M-51. Et leur réaction en cas d'explosion d'une charge nucléaire sur leur territoire ne sera pas modulée du fait du vecteur porteur. D'autant plus que nous sommes sensés nous attaquer aux centres décisionnels - qui sont le plus souvent des centres urbains - et qui ne seront donc pas en mesure de décider s'il s'agissait d'un vecteur aéroporté ou balistique. Et de toute façon, en cas de besoin - un show of force, par exemple - rien n'empêche de faire sauter une TNO dans un désert.
En attendant, des avions sont trop souvent mobilisés pour ces missions et l'entretien des armes coûte cher. Dans le même temps, trop peu de missiles de croisière - un véritable outil de manoeuvre de crise - sont disponibles et l'armée de l'Air voit ses effectifs descendus en flamme. Parce que, honnêtement, vous pensez réellement que l'on re-commandera des Rafale après 2020-30, une fois que les Mirage 2000 seront arrivés au terme de leur vie (et dans quel état !) ? Maintenir la chaîne de production opérationnelle va être un vrai casse-tête, d'autant plus que les exportations ne suivent pas.
Qui, par ailleurs, on déjà fait connaître un certain nombre de points de vue : ils veulent donner la priorité à l'aéromobilité aux aux frégates FREMM, tandis qu'un consensus semble se dégager pour considérer que la numérisation de l'espace de bataille n'est pas une priorité. Ce qui pose donc bon nombre de questions pour l'avenir de l'opération Scorpion, par ailleurs largement abordée dans le prochain hors-série de DSI.
Pour le reste, les grandes lignes du LBDS sont connues : à l'intérieur, emphase sur la protection du territoire (y compris l'inclusion bienvenue de la résilience) ; à l'extérieur, emphase sur le renseignement et diminution du volume des forces. Point sympa, l'appel à un meilleur financement de la R&D. Mais la mesure apparaît comme un contrepoids aux processus de réduction/étalement des commandes : garder les bureaux d'étude ouverts et opérationnels est un moindre mal.
Reste, néanmoins, comme un petit goût d'échec : sursaturer le maillage sécuritaire intérieur ne garantira jamais qu'aucun attentat ne se produira, alors que disposer des instruments d'une manoeuvre de crise offre une plus haute probabilité de succès.
Encore une fois, le repli sur soi - parce que c'est fondamentalement ce qui se prépare - dans les conditions stratégiques actuelles est une mauvaise posture. A travers l'histoire, ce type de défensive s'est toujours montré dépassé... et l'est encore plus dès lors que la France entend toujours jouer un rôle important.
On ne peut séparer les dimensions diplomatiques des militaires (j'ai toujours eu en horreur cette fixation journalistique pour une dichotomie entre "solution politique" et "solution militaire", alors que la "solution militaire" est sans doute la plus politique qui soit !). Or, la résilience nous permettait d'en jouer comme d'un "bouclier" nous permettant de se concentrer sur la "lance", à savoir la défense elle-même.
Au contraire même, la tendance de l'époque est à une meilleure coordination des lignes d'opérations. Irions-nous donc droit dans le mur ? Malheureusement, il y a des chances. Les demis-mesures se sont succédées et les économies n'ont pas nécessairement été réalisées aus bons endroits. Prenons, par exemple, la composante aéroportée de la dissuasion : elle avait une signification certaine dans le jeu sémiotique de la guerre froide. En a-t-elle encore une ? Au risque de fâcher certains, non.
Peu d'Etats sont en mesure de distinguer l'arrivée d'un ASMP-A de celui d'un M-51. Et leur réaction en cas d'explosion d'une charge nucléaire sur leur territoire ne sera pas modulée du fait du vecteur porteur. D'autant plus que nous sommes sensés nous attaquer aux centres décisionnels - qui sont le plus souvent des centres urbains - et qui ne seront donc pas en mesure de décider s'il s'agissait d'un vecteur aéroporté ou balistique. Et de toute façon, en cas de besoin - un show of force, par exemple - rien n'empêche de faire sauter une TNO dans un désert.
En attendant, des avions sont trop souvent mobilisés pour ces missions et l'entretien des armes coûte cher. Dans le même temps, trop peu de missiles de croisière - un véritable outil de manoeuvre de crise - sont disponibles et l'armée de l'Air voit ses effectifs descendus en flamme. Parce que, honnêtement, vous pensez réellement que l'on re-commandera des Rafale après 2020-30, une fois que les Mirage 2000 seront arrivés au terme de leur vie (et dans quel état !) ? Maintenir la chaîne de production opérationnelle va être un vrai casse-tête, d'autant plus que les exportations ne suivent pas.
mardi 20 mai 2008
Grumble, Gargoyle et Growler
Allez, avouez. Franchement. Honnêtement.
Vous aussi, vous êtes aussi perdu que moi lorsqu'il s'agit de vous y retrouver dans la foultitude des désignations de SAM russes ? Carlo Kopp, une excellent analyste australien vient de poster son petit guide perso sur ces engins.
Vous aussi, vous êtes aussi perdu que moi lorsqu'il s'agit de vous y retrouver dans la foultitude des désignations de SAM russes ? Carlo Kopp, une excellent analyste australien vient de poster son petit guide perso sur ces engins.
Au revoir, Air Dominance ?
L’Air Force Association, un puissant lobby pro-US Air Force semble avoir radicalement changé de rhétorique. Dans une vidéo postée sur son site, elle indique ainsi que la suprématie aérienne américaine – qui n’a plus été disputée depuis la guerre de Corée – fait face à une situation de crise, le niveau qualitatif comme quantitatif des forces US tendant à s’éroder.
Ainsi, les nouvelles générations de missiles russes – en particulier les SA-21 et SA-22 – ont des enveloppes d’engagement plus importantes et connaissent une véritable prolifération. Dans le domaine du combat aérien, les solutions proposées par la Chine et la Russie – comme le Su-35 – sont considérées comme posant un réel problème.
Peu coûteuses, elles peuvent avoir l’avantage du nombre et elles sont de plus en plus fréquemment équipées de contre-mesures électroniques efficientes, tandis que les missiles air-air voient leurs capacités augmenter rapidement.
Selon l’AFA, il ne faudra ainsi que quelques années avant que le F-35 soit incapable de dominer de tels appareils, alors que la majeure partie des appareils US encore en ligne seront des F-16 et des F-15 non seulement considérés comme déjà dépassés mais aussi comme quantitativement insuffisants.
Par ailleurs, l’AFA met également en garde contre des opérations aériennes combinées qui viseraient à la destruction des réseaux informatiques mais aussi des capacités spatiales américaines.
Si le document s’avère parfois alarmiste à outrance, surestimant un certain nombre de capacités, russes ou chinoises, il n’en demeure pas moins qu’il pourrait bien marquer un tournant dans la rhétorique US, en faveur de systèmes plus simples mais aussi plus nombreux.
Si l’on y discernera un argumentaire – caché – en faveur du F-22, il n’en reste pas moins que l’avantage comparatif des forces aériennes occidentales est immanquablement appelé à s’éroder.
Ainsi, les nouvelles générations de missiles russes – en particulier les SA-21 et SA-22 – ont des enveloppes d’engagement plus importantes et connaissent une véritable prolifération. Dans le domaine du combat aérien, les solutions proposées par la Chine et la Russie – comme le Su-35 – sont considérées comme posant un réel problème.
Peu coûteuses, elles peuvent avoir l’avantage du nombre et elles sont de plus en plus fréquemment équipées de contre-mesures électroniques efficientes, tandis que les missiles air-air voient leurs capacités augmenter rapidement.
Selon l’AFA, il ne faudra ainsi que quelques années avant que le F-35 soit incapable de dominer de tels appareils, alors que la majeure partie des appareils US encore en ligne seront des F-16 et des F-15 non seulement considérés comme déjà dépassés mais aussi comme quantitativement insuffisants.
Par ailleurs, l’AFA met également en garde contre des opérations aériennes combinées qui viseraient à la destruction des réseaux informatiques mais aussi des capacités spatiales américaines.
Si le document s’avère parfois alarmiste à outrance, surestimant un certain nombre de capacités, russes ou chinoises, il n’en demeure pas moins qu’il pourrait bien marquer un tournant dans la rhétorique US, en faveur de systèmes plus simples mais aussi plus nombreux.
Si l’on y discernera un argumentaire – caché – en faveur du F-22, il n’en reste pas moins que l’avantage comparatif des forces aériennes occidentales est immanquablement appelé à s’éroder.
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