samedi 8 décembre 2007

Quelle guerre probable ?

Vincent DESPORTES. La guerre probable. Penser autrement. Economica, Coll. « Stratégies et doctrines ». Paris, 2007, 202 p.

Auteur combinant expérience, culture et liberté de l’esprit, Vincent Desportes propose au lecteur une synthèse remarquable des questionnements stratégiques faisant débat en proposant sa vision de la « guerre probable ».

Prenant acte des tendances de l’art de la guerre, l’auteur montre des conflits longs, éminemment complexes où le politique n’aura jamais été aussi présent, où la stabilisation sera la phase réellement décisive et qui, sans être « a-technologiques » ne se résoudront pas par le seul usage de notre supériorité matérielle.

En effet, traversant l’ouvrage, le principe du « contournement » montre avec sagesse que même un adversaire technologiquement avancé ne pourra plus nous confronter de façon idiote – c’est à dire frontale et en jouant avec nos propres règles – et que l’action « hors limite » va devenir la norme. Dans un tel contexte, V. Desportes montre que l’attention portée à la technologie est sans doute excessive, résolvant des problèmes déjà résolus.

L’auteur n’est pour autant certainement pas anti-technologique et prévient même : l’adversaire asymétrique pourra utiliser de plus en plus des technologies avancés, tandis que nos réseaux sont vulnérables, nous mettant à portée de victoire d’une puissance qui serait loin d’avoir l’étendue de nos moyens.

Mettant en garde contre la surprise stratégique – ajoutera-t-on, celle qui a fait perdre les guerres de 1870 et 1940 -, sa réflexion, étayée et brillement argumentée prend directement appui dans l’actualité stratégique et laisse des passages qui donneront bien du grain à moudre aux partisans d’une guerre par trop formatée par la technologie : enjoignant de ne pas confondre l’outil et la pratique, il invite le lecteur à une remise en question qui sera nécessairement dure mais qui ne pourra être que salvatrice.

De ce point de vue, l’ouvrage sera sans doute source de polémiques voire de mauvais procès. Ce qui tombe même plutôt bien : hors réflexion, point d’innovation. Et même s’il a ses petits défauts – une déconsidération parfois excessive de la puissance aérienne – cet ouvrage est tel que celui qui ne l’aura pas lu sera immanquablement en retard d’une guerre.

vendredi 7 décembre 2007

Russie : le retour des patrouilles en Méditerranée

La Russie nourrit, historiquement, une tentation méditerranéenne, cherchant à pousser son influence vers les « mers chaudes ». Avec la montée en puissance des ambitions russes – dysphasique comparativement à celle de ses moyens – la marine retrouve ainsi des eaux qu’elle avait abandonnées, que ce soit par la modernisation de la base navale de Tartous (Syrie)que l'on avait évoqué dans DSI mais aussi par la reprise de ses patrouilles dans l’Atlantique et en Méditerranée, annoncée par le ministre russe de la défense, Anatoly Serdyukov.

Concrètement, si le niveau de préparation des forces navales russes ne permet pas d’envisager à court terme – ni même dans le moyen terme – la reprise de patrouilles permanentes, le mouvement n’en est pas moins significatif sur le plan politique :

- D’une part, parce qu’il permet de signifier clairement à l’OTAN que l’Europe peut être maritimement encerclée de toute part, rompant symboliquement le lien avec le continent américain. Dans le même temps, cette rupture signifie également le désenclavement de la flotte d’une mer Noire devenu, au fil des ans, un « lac de l’OTAN ».

- D’autre part, la déclaration a une valeur plus immédiate dans le contexte politique russe. Intervenant quasi-immédiatement après des élections russes ayant sacralisé la manoeuvre de V. Poutine – ne pas quitter le pouvoir suprême en (re-)devenant Premier ministre – la déclaration se situe en droite ligne de la politique, volontiers paranoïde, de renaissance de la puissance poursuivie par Moscou.

mercredi 5 décembre 2007

Chercheurs, à vos plumes !

Le prix de stratégie maritime « Amiral Daveluy », récompense chaque année des travaux riches d’enseignements pour le présent et pour l’avenir, dans le domaine de la pensée navale, de l’histoire et de la stratégie maritime française ou européenne.

Crée par le chef d’état-major de la Marine, il vise à encourager et promouvoir des travaux de recherche et de réflexion à caractère historique, politique, juridique, technique ou autres, propres à faire progresser les connaissances dans ce domaine. Il s’adresse aux étudiants et chercheurs français et européens.

Le prix peut comporter jusqu’à trois récompenses :- thèse de doctorat ou travail équivalent (5 000 euros) ;- mémoire de fin d’études supérieures (2 000 euros)- mention spéciale pour thèse ou mémoire (2 000 euros).La date limite de réception des travaux est fixée au 29 février 2008. La date d’attribution des prix est fixée au mois de juin 2008.

Documents demandés : deux copies des travaux en langue française, dont une sur support numérique. Une synthèse, sur support numérique, de 25 000 à 40 000 caractères pour une thèse, de 15 000 à 25 000 caractères pour un mémoire, susceptible de faire l’objet d’une édition au sein de la publication du Centre d’enseignement supérieur de la marine : le Bulletin d’étude de la Marine.

Contact : Enseigne de vaisseau Thibault RichardCentre d’enseignement supérieur de la MarineBP 08 – 00300 Armées
Tèl : 01 44 42 56 72 – Fax : 01 44 42 82 06

Noël approche : quelques idées de lectures (4)

Hervé Coutau-Bégarie. L’océan globalisé. Géopolitique des mers au XXIe siècle. Economica, Coll. « Bibliothèque stratégique ». Paris, 2007, 316p.

En plus d’être l’un des meilleurs théoriciens de la stratégie, Hervé Coutau-Bégarie est sans aucun doute le navaliste français contemporain le plus productif et le plus brillant. Après une Evolution de la pensée navale en 8 tomes qu’il a dirigé, il nous le prouve une fois de plus en publiant ce premier ouvrage d’une série qui devrait en compter trois et qui cherche à dresser la carte de la puissance navale contemporaine.

La tâche, on le comprendra, est utile, nécessaire et urgente, tant la stratégie navale n’a guère bénéficié ces dernières années du regain de théorisation qu’aura connu la stratégie terrestre ou la stratégie aérienne. Aussi, après un cadrage de la question sous un angle maritime – incluant donc la question du transport, des ressources et de la construction navale – l’auteur examine la « nouvelle stratégie maritime, proposant une grille de classification des marines de même que des réflexions sur l’évolution des missions ou encore des moyens.

Dans une seconde partie, il examine des « matériaux pour une géostratégie des mers au XXIe siècle » qui lui font examiner l’application à la marine US de la Transformation ; la notion de sauvegarde maritime ; un état de l’art très complet sur la question du porte-avions ; le pilier naval de la défense européenne et, enfin, l’industrie navale militaire européenne (de façon d’ailleurs très complète).

La tâche que s’est assigné Hervé Coutau-Bégarie est, on le comprendra, immense. Mais il l’accomplit parfaitement et dans un style d’écriture à la fois nuancé et clair. Au passage, il démontre toute la nécessité d’une théorisation, trop souvent négligée, de la stratégie navale : à bien des égards, beaucoup trop peu à été dit sur cette question et le mérite de l’auteur, à cet égard, est d’ouvrir des voies de réflexions plus que jamais nécessaires.

Des F-16 en opération antimissiles

Qu’est-ce qui est nettement moins cher qu’un laser aéroporté sur B-747, qui vole déjà, est déjà amorti et peut détruire des missiles balistiques engagés dans leur boost phase, soit les 2-3 minutes suivant leur décollage ?

Des F-16.

Les Etats-Unis ont testé un nouveau concept, le Net-Centric Airborne Defense Element (NCDE), en engageant 2 missiles AIM-9X Sidewinder contre une fusée de recherche Orion sur le site de White Sands.

A terme, des AIM-120 modifiés pourront également être utilisés, de sorte qu'un F-16 se situant dans un rayon de 160 km d'une zone de lancement sera capable d'engager une cible. Notons que fusée Orion a des caractéristiques de masse, de taille et d'impulsion au décollage similaires aux LCR et aux SRBM.

mardi 4 décembre 2007

So, you say yout want F-35 in your air forces ?

La presse néerlandaise fait actuellement grand bruit autour des déboires subis par le développement du F-35, entraînant, dans la foulée, un nouveau débat au parlement. Selon les révélations du journaliste (et CEO de Bever Software) Johan Boeder, il apparaît, en fait, qu’au cours du 19ème vol de l’appareil, le 3 mai 2007, ce dernier a effectué un virage à 360° dû à une mauvaise conception de son système électrique et à des problèmes majeurs au niveau de ses actuateurs. L’appareil a alors effectué un atterrissage d’urgence à 350 km/h, certaines surface de contrôle étant inutilisables. Au final, les actuateurs devront être revus de fond en comble.

Depuis mai 2007, plus aucune date n’a été donnée pour le 20ème vol de l’appareil. Pire pour la suite du programme, le système de production électrique du F-35C (la version navale) ne serait en mesure de produire que 65 % de la puissance requise. Du coup, la configuration du réacteur F-135 devra être revue, de sorte qu’il ne sera pas prêt avant fin 2009. Dans la même veine, un essai au sol d’un F-135 a abouti à l’explosion d’une partie du moteur pour cause de surchauffe.

Et la série noire de continuer : un officier d’une force aérienne européenne travaillant comme officier de liaison a indiqué que les retards dans le développement des logiciels permettant l’utilisation des armements sera tel que l’appareil ne pourra, au mieux, ne disposer de sa capacité multirôle qu’après 2015.

Au final, entre les surcoûts et les délais, Lockheed annonce que son financement pour le projet sera épuisé fin 2008, la firme proposant, afin de « rester dans les clous » budgétaires, de construire deux prototypes de moins que prévu et d’éliminer 800 des 5 000 heures de vol prévues par le programme. Soit une proposition qui n’est pas prête de rassurer des forces aériennes dont toute la puissance dans les 40 prochaines années devrait entièrement dépendre du nouvel appareil.

lundi 3 décembre 2007

La Belgique réarme le Liban

Dans la foulée des opérations menées à Nahr el Bared contre le Fatah al Islam, l’armée libanaise s’est engagée dans un processus de réarmement en bonne et due forme.

Elle a ainsi accepté la proposition belge de vente de 40 chars Leopard-1A5BE et de 32 véhicules de combat d’infanterie YPR-765, pour un montant symbolique de 10 millions de dollars.

La transaction est toutefois suspendue à la formation d’un nouveau gouvernement fédéral en Belgique.

DSI 32 est paru !

Défense & Sécurité Internationale, n°32, décembre 2007

Editorial
Agenda et nominations
Les contrats du mois
Veilles contre-terroristes

Nos veilles stratégiques :

Flash : AW-139 ; A-109 ; pavot en Afghanistan ; téléphone rouge sino-américain ; dernier satellite DSP ; budget du renseignement US
Guerre électronique : c’est en Suisse que ça se passe
Brésil : hausse de 50 % du budget de défense
Colombie : les narcos poursuivent leurs efforts sous-marins
Etats-Unis : nouvelles ventes de F-15 en perspective ; prévoir les insurrections ; le Prompt Global Strike boosté ; défense antisatellite : qu’est-ce qui est le plus efficace ? ; MRAP : commandes monstres ; percées de Thales ; faire dans le léger ; nouvelle stratégie maritime ; vers l’annulation du CVN-78 Ford ? ; après l’annulation du LCS-4, quelle stratégie littorale ? ; avec un baril à 100 dollars, le CG(X) pourrait être nucléaire ; de nouveaux F-22 ? Blackwater poursuit le développement de ses activités
Europe : le bouclier ABM, fait pour protéger l’Europe selon la MDA
Allemagne : réforme des services de renseignement ; un 3ème SAR-LUPE en orbite ; on livre à domicile
Belgique : imbroglio politico-militaire
Croatie : un don de F-16 d’occasion ?
EADS : retards pour l’A400M
Espagne : programme majeur de remplacement des véhicules de combat
Estonie : bientôt à la pointe de la cyber-défense ?
France : retrait du programme AGS
Grande-Bretagne : des vaisseaux-mère pour 2020 ?
Pays-Bas : lancement du programme d’OPV
Roumanie : bientôt des Typhoon ?
Russie : de nouveaux membres dans le Klub
Afghanistan : très fortes pertes civiles
Arabie Saoudite : rupture dans la politique d’armement
Le Caucase sous tension
Chine/Japon : La course aux étoiles migre à l’Est
Chine : le SSBN classe Jin ; des 737 à usage militaire
Corée du Sud : Séoul veut un appareil de la 5ème génération… ; …tandis que le SAM-X sera opérationnel en 2010 ; des lasers antimissiles pour 2010 ?
Inde : accord avec la Russie sur le PAK-FA ; l’état du potentiel chimique inquiète ; surcoût pour le futur porte-avions
Irak : une violence en recul structurel ? ; l’armée du Mahdi combattait « camée »
Israël : développement des défenses ABM ; l’urbanisation du M-113 ; commande massive de munitions ; méfiez-vous du rouge
Iran : des projets peu clairs
Kazakhstan : développement de la marine
Liban : le Hezbollah en manœuvre… sans armes ni uniformes
Singapour : nouveaux F-15SG
Taiwan : une bombe au graphite ; Taiwan se prépare à une Chine aéronavale
Thaïlande : montée en puissance de la force aérienne
Afrique du Sud : le centre de recherche nucléaire de Pelindaba attaqué
Maroc : pas de Rafale mais une FREMM
Darfour : l’Europe à la rescousse
Somalie : les Ethiopiens peinent à contenir les islamistes

La chronique de Carl von C. : « Sortir d’Irak, c’est un peu comme sortir en boîte »

Sécurité

Faut-il envahir le Myanmar ?
Par Francis Nantha, rédacteur en chef d’Asian Defence & Diplomacy, Kuala Lumpur

« Les petits plaisirs du communisme »
Entretien avec Bettina Röhl, portraitiste de la République Fédérale d’Allemagne

Stratégie

De la guerre... au milieu des populations
Entretien avec Sir Rupert Smith, général d’armée (Ret.) de l’armée britannique. Rupert Smith a dirigé la division britannique durant Desert Storm (1991), la FORPRONU en 1995, le théâtre irlandais de 1996 à 1999 et a été Deputy Supreme Allied Commander of Forces in Europe (D-SACEUR).

David Galula : la pacification en Algérie 1956-1958
Par Bruce Hoffman, vice-directeur de la RAND Corporation

Roger Trinquier, portrait du « Centurion »
Par Bernard B. Fall, correspondant de guerre, docteur en sciences politiques et professeur de relations internationales.

Armées

Un porc-épic en mer de Chine. Les forces terrestres taiwanaises à l’aube du 21e siècle
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : les forces terrestres taiwanaises
Par Philippe Langloit, Chargé de recherche au CAPRI

Unités

History in the making : la France au Comité militaire de l’OTAN
Par Véronique Sartini, journaliste

Les 4 grandes directions d’études du Comité militaire de l’Alliance atlantique

La participation française au budget de l’OTAN

La participation française actuelle aux opérations de l’OTAN (chiffres au 10/09/07)
La représentation des officiers français au sein de l’alliance :

Technologie & armement

Destroyers : le premier instrument de la stratégie navale contemporaine ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Les destroyers Arleigh Burke : de la « Blue Water » à la « Brown Water »
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Le Forbin enfin à l’horizon. La marine française ouvre le parapluie !
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Destroyer LCF classe De Zeven Provincien / Tromp, Van Heemskerck et Kortenaer : en avance sur leur temps
General Atomics R/MQ-1A/C Predator/Sky Warrior / Une histoire opérationnelle bien remplie
Obusier automoteur BAE Land Systems AS-90 / Faut-il encore construire des automoteurs d’artillerie chenillés ?

Critiques de lectures

L’océan globalisé. Géopolitique des mers au XXIe siècle d’Hervé Coutau-Bégarie
Suicide Bombers in Iraq. The Strategy and Ideology of Martyrdom de Mohamed Hafez
Des principes de la guerre par le Maréchal Foch
Achever Clausewitz par René Girard
Atlas de l’islam radical présenté par Xavier Raufer
Parameters. Vol. XXXVII, n°3, Autumn 2007

Disponibles dans tou(te)s les bon(ne)s kiosques/librairies ou sur www.areion.fr/boutique

jeudi 29 novembre 2007

Hélicoptères : l'enlisement afghan

L’OTAN a reconnu que son principal souci en matière opérationnelle en Afghanistan était le faible nombre d’hélicoptères disponibles. Des commandants ont indiqué au cours de la conférence Heli-Power (qui se tenait en partenariat avec DSI) qu’ils faisaient face à un constant déséquilibre entre l’offre et la demande en moyens héliportés d’attaque et de transport.

Bien souvent, les membres européens de l’OTAN sont réticents à envoyer des voilures tournantes en Afghanistan, du fait des coûts de transport et d’entretiens induits. De ce fait, l’OTAN considère cette question comme hautement prioritaire et envisage une série d’options telles que l’acquisition par l’Alliance d’un pool de Mi-17 Hip tchèques ou l’optimisation de la logistique.

En filigrane, on peut néanmoins se poser la question de l’intérêt pour les armées européennes d’acquérir des appareils de plus en plus coûteux et d'aligner des chiffres mirobolants dans les annuaires stratégiques pour que ces mêmes armées soient, in fine, incapables de les projeter sur des théâtres d’opérations lointains...

mardi 27 novembre 2007

Techno-terrorismes et techno-guérillas de plus en plus probables

Selon une étude de la RAND Corporation qui vient de paraître récemment, terroristes et combattants pourraient assez rapidement bénéficier d’un certain nombre de technologies avancées, à l’instar de mortiers bénéficiant d’un pointage via GPS ; des fusils de sniping lourds, d’une portée supérieure à 2 km ; des fusils d’assaut avancés ; des engins antichars à longue portée ou des mines capables d’être utilisées contre des navires civils – cargos, pétroliers ou ferries.

Selon les chercheurs américains, l’une des meilleures options pour éviter ce type de scénario consisterait à mettre en place des mesures telles que l’utilisation de codes, permettant ainsi aux seuls utilisateurs légitimes des armes de les employer

samedi 24 novembre 2007

Roughead sur la nouvelle doctrine de l'US Navy

DSI est fréquemment revenu sur les évolutions de la stratégie navale américaine. Ici, le CNO américain effectue une partie de la présentation sur laquelle nous reviendrons dans le prochain DSI :

vendredi 23 novembre 2007

Le Tigre est libéré

C’est finalement le 16 novembre 2007 – toujours à temps pour célébrer le centenaire de l’hélicoptère – qu’a été officiellement mis en service l’hélicoptère de combat Tigre au 5ème Régiment d’Hélicoptères de combat de Pau (l’appareil équipait déjà l’école franco-allemande du Luc).

Programme lancé en coopération avec l’Allemagne en 1987 (sur base d’un besoin isolé… à la fin des années 1970 et à la suite de l’échec, en 1986 d’une joint-venture devant le satisfaire), l’appareil avait effectué son premier vol en 1991.

Livrés fin juin 2007, les deux premières machines du 5ème RHC ont rejoint les nouvelles installations logistiques de la base, d’un coût de 40 millions d’euros, et conçues de façon à ce qu’un incendie ne puisse endommager qu’un seul hélicoptère.

D’un coût estimé à 19 millions d’euros à l’unité, le Tigre a été commandé par la France (82 exemplaires), l’Allemagne (80), l’Espagne (24) et l’Australie (22). L’Arabie saoudite serait également intéressée par la machine.

Le résultat du raid israélien

Ces deux photos sont récemment apparues sur le net et représenteraient le site syrien attaqué par la Heyl Ha'Havir en septembre, et monreraient, à droite, l'étendue des dommages.

En tout état de cause, si nos confrères d'Aviation Week indiquent qu'il s'agirait d'un réacteur nucléaire, la seule présence du bâtiment ne confirme pas cette hypothèse : on ne voir ainsi aucun bâtiment des auxiliaires.

jeudi 22 novembre 2007

Un peu de lecture pour les soirées d'hiver

Et voilà, le T&A de décembre-janvier est bientôt bouclé, le DSI de décembre tourne sur les rotatives, celui de janvier progresse comme il doit et, comme on dit outre-atlantique, "la redaction save the day". Ouf ;o) Tout cela pour dire que je viens de recevoir "La guerre probable", du général Desportes, un ouvrage qui devrait faire parler de lui à pas mal d'égards - surtout, je l'espère, en bien.

C'est clair, préçis et la thèse défendue ne manquera pas d'animer les débats stratégiques en cours - d'autant plus qu'elle est très solidement argumentée. Bien sûr, elle en fera râler plus d'un. Mais bon, sinon, on ne serait plus dans un débat et ce serait, vous le reconnaitrez, profondément ennuyeux.

Et à ceux qui diront qu'il est un indécrottable défenseur de l'engagement au milieu des populations et de la préparation face à la guerre asymétrique, il faut tout de même avouer qu'il a, à l'égard des engagements "possibles à plus long terme" une posture spécifique : il ne nie donc pas cette possibilité mais part du principe - assez sain - que s'il faut attendre demain pour faire face à la symétrie, il faudra toujours survivre à aujourd'hui et à l'asymétrie.

Je n'ai pas encore terminé l'ouvrage (critique dans le DSI de janvier) mais les pistes qu'il dessine pour se jouer de cette dichotomie parfois franchement abusive font franchement avancer les choses et, à tout le moins, réfléchir.

D'ici là, croisez les doigts : Véro part en mission sur Paris demain pour la rubrique "unité" de janvier. On espère ne pas la retrouver en hypothermie et affamée, bloquée quelque part dans une grève ;o)

mardi 20 novembre 2007

Interview : statut du programme nucléaire iranien

Il y a quelques temps de cela, Pierre Babey était venu faire un tour à la rédaction, histoire de venir parler un peu du programme iranien et de ses répercussions internationales. Le sujet est passé hier au Soir 3 de Marie Drucker (visionnage en ligne possible) avec, en prime, l'interview de François Géré... et une vue de la rédaction ;o)

samedi 17 novembre 2007

En défense de Smith : La guerre au milieu des populations, paradigme structurant des engagement de basse comme de haute intensité ?

Comment appréhender la structure des conflits à venir dans le contexte si particulier de la rédaction du futur Livre blanc ? Si les positions semblent tranchées (nous renvoyons le lecteur, sur ce sujet, au DSI de novembre) les deux grandes catégories de positionnement renvoient sont fondées sur un biais temporel. Les tenants d’une structure de forces (en ce compris dans ses conséquences doctrinales) orientée sur les opérations de basse intensité et de stabilisation – telles que celles engagées en Côte d’Ivoire – envisagent la configuration contemporaine des conflits. Comparativement, les tenants d’une structure de force orientée sur les opérations de haute intensité, en fondant leur analyse sur la résurgence possible d’un adversaire technologiquement avancé, envisagent des opérations se tenant dans un futur plus ou moins proche.

Reste, cependant, que ce débat paraît par trop tranché et ne pourrait constituer que les deux faces d’une même pièce, de sorte que la récente contribution de Rupert Smith sur L’utilité de la force possède, selon nous, des vertus insoupçonnées. Premièrement, sur l’environnement physique des conflits, à la fois actuels et, dans la mesure de la fiabilité de la prospective, futurs. Smith, en mettant l’accent sur les populations, rejoint là les tenants aussi bien de la basse que de la haute intensité. Qu’ils soient ou non technologiques et qu’ils impliquent ou non des missions de stabilisation et/ou de combat, les conflits de demain seront résolument urbains et littoraux : 80% de la population mondiale vit à moins de 200 km des côtes.

Deuxièmement, il serait de très loin abusif de considérer que les conflits de basse intensité serait a-technologiques et mené par des va-nu-pieds : rien n’est plus faux. L’expérience libanaise de 2006 montre à quel point les nouvelles technologies – antichars, certes, mais aussi d’écoute électronique et de gestion médiatique, car c’est là que s’est joué le succès du Hezbollah – peuvent être utilisées par un adversaire asymétrique. En écho, des cadres du Hamas sont formés en Iran aux mêmes combinaisons techno-doctrinales que le Hezbollah. En Somalie, les Tribunaux islamiques disposent de missiles SAM-18. En Colombie, les narcos utilisent des sous-marins pour transporter de la drogue aux Etats-Unis. Pour contrer l’utilisation de petits appareils dans ces fonctions, la marine mexicaine a acheté rien moins que des Su-27 Flanker. Au Sri Lanka, le LTTE a été le premier groupe de guérilla a mettre en œuvre une stratégie aérienne « active » en utilisant des appareils de tourisme pour bombarder une base aérienne.

Au final, il en résulte que dévaloriser les engagements de basse intensité au motif qu’ils ne correspondraient pas à nos rationalités est non seulement dangereux mais aussi stratégiquement faux : par nature, la stratégie vise à soumettre la volonté adverse. Le reste n’est qu’une question de moyens. Smith, à cet égard, à raison de souligner les acquis de ce qu’il appelle la « guerre industrielle ». Ce qu’il note à cet égard et avec d’autres, c’est que le paradigme de la « bataille décisive », tel que décrit par V.D. Hanson comme paradigme structurant de l’art de la guerre occidental, est en perte de vitesse. Et il a raison : à l’échelle historique, les batailles réellement décisives sont non seulement très rares mais, même dans leur version édulcorée (une suite d’engagements de haute intensité généralement menées en campagne et aboutissant à une victoire sans appel), n’ont plus eu lieu depuis les guerres israélo-arabes.

Troisièmement, sur la valeur de Clausewitz. Lorsque les Etats-Unis sont revenus à la vision la plus pure qui soit de cet art occidental de la guerre – par le biais des Rapid Decisive Operations – ils ont, trop confiant en leur supériorité technologique, certes pulvérisé ce qui restait de l’armée irakienne. Mais ils n’ont pas compris la logique profondément clausewitzienne des conflits (par tradition, les Etats-Unis sont jominiens – les Marines faisant exception) et en particulier les lois d’action réciproques : tout conflit est une suite d’adaptations permanentes. L’adversaire s’est reconfiguré, a muté et a combattu des Américains qui ont tardé à se contre-adapter. Le résultat de cette logique exclusivement orientée sur la haute intensité se passe de commentaires et si la situation irakienne semble évoluer – certes, timidement – à l’heure actuelle c’est précisément par ce que David Petraeus est sorti de la rationalité propre à la haute intensité.

La valeur de Clausewitz dans les conflits contemporains et à venir est inestimable. Je renvoie le lecteur au dernier chapitre (« Vers un néo-clausewitzianisme ? ») d’Au risque du chaos, chapitre co-écrit avec Alain De Neve et Christophe Wasinski, je tiens ici à en donner l’un des arguments. Si Clausewitz été vertement critiqué par Van Creveld ou encore Keegan, c’est essentiellement parce qu’il aurait mis l’Etat au centre de sa réflexion. Je ne suis pas d’accord avec ces analyses : la « formule » clausewitzienne indique que la « guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Or, limiter la politique à une seule de ses formes – l’Etat – est non seulement abusif mais également tend à nier la diversité des formes politiques (al Qaïda est une forme politique, le LTTE aussi, le Hezbollah avec) comme d’arts de la guerre découlant de ces formes. Et j’ajouterai encore que Clausewitz n’est pas uniquement le penseur de l’engagement décisif : ses cours sur la « petite guerre » (Cf. l’article de Sandrine Picaud dans le DSI n°16) comme certains passages de Vom Kriege démontrent amplement son intérêt pour la question.

J’ajouterai enfin que les populations sont effectivement devenues – en Irak, au Liban (Cf. l’analyse de Reuven Benkler dans le DSI de juin) – des acteurs du conflit. Tout dépend de leur niveau de mobilisation/d’engagement/de résistance aux processus de mobilisation - ce qui nous renvoie directement à la "trinité" clausewitzienne. Et Smith a cent fois raison de souligner, à l’instar de Clausewitz, qu’une population civile est un réservoir de combattants et que faire en sorte de se l’allier est une garantie contre une dégénérescence des conflits – dégénérescence au cœur de la problématique des conflits contemporains. Les penseurs de la « guerre de 4ème génération », des Marines, l’ont amplement compris comme Max Boot (The Savage Wars of Peace). Certes, Smith ne fait pas du Clausewitz, du Coutau-Bégarie ou du Desportes. Ce n’est pas un théoricien capable de formaliser un raisonnement « blindé » du point de vue des arguments. Mais il partage quelque chose avec les théoriciens : l’intuition. A l’origine de toute raisonnement cartésien, il existe une intuition fondatrice et Smith, parce qu’il a vécu Desert Storm aussi bien que la Bosnie ou l’Irlande du Nord nous apporte un point de vue précieux.

Il nous apporte surtout, pour en conclure, l’intuition que l’on ne peut aller trop loin dans la distinction des scénarios : à l’échelle historique, ce sont les systèmes militaires (ou économiques, d’ailleurs) trop lents à l’adaptation et/ou incapables de penser en dehors des cadres préétablis qui ont été vaincus. Cloisonner de façon trop nette ou trop dogmatique les possibles de l’asymétrie ou de la symétrie, c’est se priver de cette faculté d’adaptation.

Voilà pourquoi, face au retour du paradigme de la bataille décisive - symétrique, technologique potentiellement trop linéaire -, je préfère celui de la "guerre au milieu des populations" - asymétrique mais potentiellement symétrique, comptant sur les "sidewises technologies" comme les technologies et plus encore sur le cerveau humain, conflit chaotique, éminnement politique et non linéaire. Cette dernière me semble plus adapté à nos futurs, qu'ils soient ou non fait de haute ou de basse intensité et Smith me semble offrir une optique qui réconcilie ces deniers futurs plutôt qu'il n'opterait pour l'un ou l'autre.

vendredi 16 novembre 2007

Bye-bye F-117

Le F-117 a effectué sa dernière présentation publique lors du salon de Dubaï et, comme nous l'annoncions il y a quelques mois, devrait être retiré du service dans le courant 2008. Petite vidéo en hommage au fer à repasser le plus rapide de tous les temps.

Noël approche : quelques idées de lectures (3)

Antonin TISSERON. Guerres urbaines. Nouveaux métiers, nouveaux soldats. Coll. « Stratégies et doctrines », Paris : Economica. 2007. 115p.

Sujet de réflexion stratégique, tactique et doctrinal devenu incontournable depuis une petite dizaine d’années, la guerre en milieu urbain est aussi massivement marquée par une approche américaine très particulière, plus volontiers centrée sur l’utilisation de la force. Or, les pays européens, France comprise, ont une approche bien particulière de la question, nettement plus nuancée.

Dans ce cadre, le premier mérite de l’ouvrage d’Antonin Tisseron sera de sensibiliser le lecteur à cette approche, tout en définissant les contours de ce que représente le combat urbain aujourd’hui. À cet égard, si l’on perçoit une (légère) prévalence de la sociologie sur les études stratégiques, il n’en demeure pas moins que l’auteur donne au lecteur une bonne introduction aux opérations contemporaines.

Mais il souligne aussi, c’est là un deuxième mérite du livre, à quel point le combat urbain presse la réforme de nos armées, en exigeant d’elles un soldat nouveau, plus sensible aux questions humaines qu’aux questions technologiques et qui, par des qualités toutes clausewitziennes – et propres, finalement, au soldat européen – sera capable aussi bien d’appliquer la force que de négocier.

L’étude, menée tout en nuances, se révèle importante à cet égard, après les travaux aux connotations plus historiques, notamment ceux menés par Jean-Louis Dufour (La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, 2002) ou, sur la question de l’asymétrie, par des auteurs comme Jacques Baud.

Elle ouvre ainsi des pistes de réflexion d’autant plus utiles qu’elles sont relativement peu explorées en Europe. À conseiller vivement, dans la bibliothèque du guerrier urbain comme dans celle de toute personne considérant que c’est en ville que les choses se passent.

jeudi 15 novembre 2007

Noël approche : quelques idées de lectures (2)

A la suite de notre post d'hier, la sélection du jour (parue dans DSI 29) est L'ensauvagement de Thérèse Delpech (L’ensauvagement. Le retour de la barbarie au XXIe siècle. Paris : Hachette littérature (Pluriel), 2005, 366p.).

L’époque actuelle, c’est indéniable, recèle autant de dangers que de moyens d’y faire face. Reste, toutefois, à pouvoir l’appréhender à sa juste mesure, tout en nuance – parce qu’on ne répond pas avec des analyses grossières à une Zeitgeist, un esprit du temps, complexe. À cet égard, l’ouvrage de Thérèse Delpech montre que l’on peut à la fois allier éthique et Realpolitik.

Auteure pour le moins connue, elle produit ici un ouvrage très intéressant – que sa parution en format « poche » rend en outre accessible aux étudiants –, formulant un certain nombre d’hypothèses et les validant. Premièrement, les intellectuels sont condamnés à se tromper mais l’on ne peut faire sans eux. Et l’auteure de prendre ce qu’elle appelle le « télescope » pour montrer à quel point nous sommes trop proches de l’actualité que pour avoir un jugement digne de confiance.

Deuxièmement, elle définit son concept d’ensauvagement. Contre un Norbert Elias ayant une vision par trop linéaire du progrès social, Delpech montre la permanence et la diversification, consubstantielle aux sociétés dont elle est le fruit, de la violence.

Troisièmement, elle montre à quel point nous sommes peut-être plus proches de 1905, en tant « qu’année 0 » des transformations radicales qui allaient animer le 20e siècle, que du 21e siècle ! Entre révolutions scientifiques et politiques et complexité d’une interdépendance économique qui ne sera, une fois 1914 venu, nullement garante de paix, 1905 ressemble fort, effectivement, à notre monde.

Avec une plume peu avare de réflexions pénétrantes, Thérèse Delpech nous offre donc un excellent ouvrage qui, si certaines des positions qu’il défend peuvent être critiquées, est de loin supérieur en termes prospectifs à la Brève histoire de l’avenir d’un Attali ronflant de réinventer les roues conceptuelles et perdant une méthode qu’il avait pourtant eu plus assurée.

mercredi 14 novembre 2007

Noël approche : quelques idées de lectures


Noël approchant et les journées raccourcissant, la lecture se fait encore plus attirante que d'habitude. Pour commencer, un ouvrage dont j'avais déjà parlé sur ce blog et doont la critique est parue dans le DSI de ce mois :

Vincent DESPORTES et Jean-François PHELIZON. Introduction à la stratégie. Paris : Economica, Coll. « Stratégies et doctrines ». 2007. 258 p.

On ne connaît jamais aussi mal une discipline que ses fondements, sans cesse appelés à être médités et questionnés. C’est également le cas en matière de stratégie et, à cet égard, par la démarche innovante du dialogue entre l’industriel de très haut vol et le militaire plus qu’expérimenté, V. Desportes et J-F. Phélizon ont produit un ouvrage autant destiné à l’honnête citoyen qu’à l’expert.

Ce sont les fondements mêmes de la stratégie qui y sont disséqués au travers de réflexions pénétrantes, tout à la fois précises et limpides. Mais derrière cette perle d’épistémologie accessible à tous se cachent aussi des questionnements récurrents et transverses : le poids des héritages culturels occidentaux et orientaux ; celui des héritages historiques aussi ; les similitudes et les différences parfois profondes entre stratégie militaire et économique ; des variations autour de la notion d’objectif qui valent leur pesant de méditation ; d’autres sur la valeur de l’action indirecte par ses formes obliques et latérales ; les formes et l’importance du commandement et, ultimement, la mise en action de la stratégie au travers des facteurs espace et temps.

En somme, les auteurs plantent le décor de la mécanique du monde – économique et militaire certes mais aussi, par nombre d’aspects, politique – et offrent au lecteur les élémentaires de la boîte à outil du stratège comme du stratégiste. Pourtant sans prétention cette Introduction à la stratégie – qui invite brillamment le lecteur à poursuivre ses pérégrinations dans le monde des idées – marquera sans aucun doute l’historiographie de la stratégie. En un mot comme en cent, l’ouvrage est indispensable.