On le sait, la défense a toujours (ou à peu près) été le parent pauvre des priorités gouvernementales belges (Cf. l'article d'André Dumoulin dans le DSI n°10 et la synthèse des programmes de défense des législatives 2007 des principaux partis dans DSI n°27).
Un certain nombre de choix matériels et stratégiques effectués peuvent assez légitimement être critiqués et, de fait, l'affaire des canons de 90mm installés sur quelques-uns des Piranha IIIC récemment achetés montre que des ambiguïtés importantes demeurent quant aux scénarios envisagés, au niveau du Plan directeur de la Défense, publié en 2003. Ce dernier incluait des options de haute intensité (on notera que ledit plan a été retiré du site web du ministère de la Défense) qui seront ensuite rejetées.
Les élections législatives étant passées, on sera donc tenté de dire que le chantier de la Transformation des forces belges peut enfin recommencer. Non pas tant que rien n'ait été fait, que du contraire : des matériels ont été achetés, l'artillerie (qui a failli rouler sur un solide IED budgétaire) est exsangue mais sauve, nos paras n'ont pas été dissous. Mais force est de constater que la promesse d'indexer le budget n'a pas été tenue - à l'époque, le dire vous valait de prendre un réel risque (jetez un oeil sur cette page et sur les deux autres articles auxquels elle mène).
De fait, le remplacement des F-16 est dans l'ornière (les PGM comme les AGM-154 ou les JDAM qu'espéraient certains resteront... chez leurs constructeurs), le bâtiment de transport stratégique belgo-luxembourgeois est budgétairement coulé, le BEST (Belgian Soldier Technology) est virtuellement mort, les salaires forment toujours plus de 65% du budget des forces, la pyramide des âges de ces mêmes forces est ubuesque et, pire, les scénarios d'engagement semblent plus dictés par des considérations idéologiques que par une saine analyse stratégique (que mènent d'ailleurs de nombreux officiers, à qui il convient de rendre hommage dans la mesure où leur travail n'a pas été une sinécure).
Dans ce cadre, on comprendra que la sortie du dernier "Egmont paper" sur la Défense belge dans la défense européenne est une vraie petite révolution - vous pouvez trouver le document ici. D'une part, parce que, traditionnellement, le think tank des Affaires étrangères belges ne touche pas trop aux questions de défense, cloisonnement des ministères oblige (j'entends d'ici des mauvaises langues dire qu'ils ont toujours dénigré les questions de défense. D'accord, ce n'est pas complètement faux !).
Mais bon. L'IRRI/Egmont a produit un document qui a le mérite d'exister. Comme souligné plus haut, travailler sur ces questions vous impose, après un minimum d'analyse, de dire que des choses ne vont pas... ce qui ne vous vaut pas que des amis, fussent-ils paras.
Bon, fondamentalement, le document ne révèle rien de révolutionnaire. Tout ce qui y est dit l'a déjà été et les 11 propositions n'ont rien de neuf. Si vous voulez avoir un bon point de vue de ce qu'est la défense belge et des pistes de solutions, rien ne dépasse pour l'heure l'excellent état de l'art issu des plumes pas toujours très politiquement correctes (parfois, c'est la meilleure façon de servir...) d'André Dumoulin, Philippe Manigart et Wally Struys.
Bon, évidemment, le document de l'IRRI/Egmont est un document de proposition et l'ouvrage de Dumoulin, Manigart et Struys est un ouvrage tout ce qu'il y a de plus académique (676 pages, bien nécessaires pour comprendre toute la complexité de l'objet). Mais bon, fondamentalement, c'est bon de voir que des questionnements pour le moins importants se voient consacrés par une institution.
samedi 7 juillet 2007
vendredi 6 juillet 2007
L’effarante progression des Contractors
Question : qu’est-ce qui est civil, se comporte plus ou moins comme un soldat, a un prix de revient plus élevé qu’un soldat, n’est pas totalement tenu de répondre aux lois les plus élémentaires du droit international (et peut prendre des libertés avec ce dernier) et ne sera pas reconnu comme étant tombé pour son pays en cas de décès ?
Un « contractor ».
Et leur nombre n’a récemment fait qu’augmenter en Irak, dépassant les 180 000 personnes sous contrat avec les forces armées US… alors que ces dernières ne disposent que de 160 000 soldats sur place. Environ 21 000 américains, 43 000 étrangers et 118 000 Irakiens seraient sous contrat, posant nombre de questions.
Le général W. Nash (Cf. DSI n°1) indique ainsi que le grand nombre de personnels armés et virtuellement hors de contrôle est un réel enjeu de sécurité. Ensuite, nombre de ces contractors sont affectés à des missions aussi vitales que le transport de nourriture au profit des troupes.
Hors, à plusieurs reprises, des mouvements d’humeur de la part des conducteurs ont interrompu les approvisionnements. Au-delà, formellement parlant, ils ne sont pas sous le commandement des forces US à proprement parler. De ce fait, leur suivi est virtuellement impossible.
Plus on "transforme", plus on s'aperçoit qu'on patine...
Un « contractor ».
Et leur nombre n’a récemment fait qu’augmenter en Irak, dépassant les 180 000 personnes sous contrat avec les forces armées US… alors que ces dernières ne disposent que de 160 000 soldats sur place. Environ 21 000 américains, 43 000 étrangers et 118 000 Irakiens seraient sous contrat, posant nombre de questions.
Le général W. Nash (Cf. DSI n°1) indique ainsi que le grand nombre de personnels armés et virtuellement hors de contrôle est un réel enjeu de sécurité. Ensuite, nombre de ces contractors sont affectés à des missions aussi vitales que le transport de nourriture au profit des troupes.
Hors, à plusieurs reprises, des mouvements d’humeur de la part des conducteurs ont interrompu les approvisionnements. Au-delà, formellement parlant, ils ne sont pas sous le commandement des forces US à proprement parler. De ce fait, leur suivi est virtuellement impossible.
Plus on "transforme", plus on s'aperçoit qu'on patine...
jeudi 5 juillet 2007
Amaï, la Landmacht...
... ce qui pourrait se traduire par "Paf, la Landmacht".
On savait que La Haye avait de sérieux problèmes financiers, malgré de nombreux investissements consentis et amortis depuis quelques années.
Paradoxe des temps modernes, l'engagement des Néerlandais dans des opérations extérieures longues, complexes et coûteuses (on songe à l'Afghanistan) va leur imposer une réduction de format de leurs forces, principalement terrestres : de 88 à 60 Léopard II, de 36 à 24 PzH-2000.
Coté Luchtmacht, les F-16 passent de 90 à 72 mais restent accros au JSF (message perso à Eimert van Middelkoop, le Ministre de la Défense : Mijnheer Minister, Uw kabinet krijgt 2 DSI per maand : lees ze a.U.b. !).
La Marine voit quant à elle sa commande de Tomahawk annulée.
Plus d'opérations, moins de moyens (il ne faut pas se leurrer : le plus important, l'entraînement, risque aussi d'en prendre un coup) : the shape of things to come ?
On savait que La Haye avait de sérieux problèmes financiers, malgré de nombreux investissements consentis et amortis depuis quelques années.
Paradoxe des temps modernes, l'engagement des Néerlandais dans des opérations extérieures longues, complexes et coûteuses (on songe à l'Afghanistan) va leur imposer une réduction de format de leurs forces, principalement terrestres : de 88 à 60 Léopard II, de 36 à 24 PzH-2000.
Coté Luchtmacht, les F-16 passent de 90 à 72 mais restent accros au JSF (message perso à Eimert van Middelkoop, le Ministre de la Défense : Mijnheer Minister, Uw kabinet krijgt 2 DSI per maand : lees ze a.U.b. !).
La Marine voit quant à elle sa commande de Tomahawk annulée.
Plus d'opérations, moins de moyens (il ne faut pas se leurrer : le plus important, l'entraînement, risque aussi d'en prendre un coup) : the shape of things to come ?
mercredi 4 juillet 2007
Dans les bacs RMESéens
Tanguy Struye me signale que la nouvelle édition des Cahiers du RMES sera prête d'ici le 15 juillet. Comme toujours, ils sont intégralement et gratuitement disponibles en ligne (pour répondre à un grand nombre de mails, malheureusement non, ils ne sont pas disponibles en version "papier").
J'en profite pour rappeler que La troisième guerre du Golfe. Analyse politique, économique et stratégique, du RMES, est toujours disponible.
J'en profite pour rappeler que La troisième guerre du Golfe. Analyse politique, économique et stratégique, du RMES, est toujours disponible.
Grande-Bretagne : quelques leçons
On en sait à présent plus sur les dernières tentatives d'attentats sur Londres et Glasgow, ce qui nous permet de dessiner les contours de quelques leçons... qui ne manquent pas de piquant.
1) Sur la qualification des terroristes : si les bombes n'ont pas explosé c'est que leur conception ne prenait pas en compte un élément pourtant crucial, le comburant. Ce qui fait dire à plusieurs commentateurs que Beavis et Butthead viennent de rejoindre al Qaïda mais ont quelque peu raté leurs examens d'entrée.
2) Sur l'origine socio-professionnelle des auteurs. En Belgique comme en Allemagne, la vulgate comme la doctrine politique veut que la source du terrorisme soit la pauvreté et le manque d'éducation. En pratique toutefois, 7 des 8 personnes impliquées dans les tentatives d'attentats seraient, nous apprend LCI, des médecins. Rien d'étonnant à cela : Marc Sageman a "biographé" plus de 150 djihadistes et en était arrivé à la conclusion que la pauvreté n'avait rien à voir dans la décision de passer à l'acte. Un sondage à très grande échelle a également été mené sur la question et démontre qu'en réalité, les plus proches du radicalisme sont plutôt bien portants. Conclusion partielle : le terrorisme n'est pas une question d'ordre économique (et si on cessait de chercher à réhabiliter Marx en permanence ?) ou de développement (s'il est évidemment nécessaire, il faudrait peut être lui trouver un autre moyen de légitimation que le terrorisme) mais est bien politique.
3) Le fait qu'un des terroristes ait été retrouvé en Australie montre que les mécanismes de coopération entre les Etats fonctionnent plutôt bien même si la littérature l'évoque peu... mais montre également que ces gens travaillent naturellement dans une optique globale. A l'heure où les gouvernements commencent à se dire que l'Afghanistan est tellement éloigné que sa talibanisation ne pose pas de problème à notre sécurité, la leçon a de quoi faire réfléchir.
4) Conclusion finale et humour déplacé : si un aréopage de médecins ne sais pas qu'il faut un comburant pour faire exploser quelque chose, je me méfierais de ma prochaine visite chez le toubib !
1) Sur la qualification des terroristes : si les bombes n'ont pas explosé c'est que leur conception ne prenait pas en compte un élément pourtant crucial, le comburant. Ce qui fait dire à plusieurs commentateurs que Beavis et Butthead viennent de rejoindre al Qaïda mais ont quelque peu raté leurs examens d'entrée.
2) Sur l'origine socio-professionnelle des auteurs. En Belgique comme en Allemagne, la vulgate comme la doctrine politique veut que la source du terrorisme soit la pauvreté et le manque d'éducation. En pratique toutefois, 7 des 8 personnes impliquées dans les tentatives d'attentats seraient, nous apprend LCI, des médecins. Rien d'étonnant à cela : Marc Sageman a "biographé" plus de 150 djihadistes et en était arrivé à la conclusion que la pauvreté n'avait rien à voir dans la décision de passer à l'acte. Un sondage à très grande échelle a également été mené sur la question et démontre qu'en réalité, les plus proches du radicalisme sont plutôt bien portants. Conclusion partielle : le terrorisme n'est pas une question d'ordre économique (et si on cessait de chercher à réhabiliter Marx en permanence ?) ou de développement (s'il est évidemment nécessaire, il faudrait peut être lui trouver un autre moyen de légitimation que le terrorisme) mais est bien politique.
3) Le fait qu'un des terroristes ait été retrouvé en Australie montre que les mécanismes de coopération entre les Etats fonctionnent plutôt bien même si la littérature l'évoque peu... mais montre également que ces gens travaillent naturellement dans une optique globale. A l'heure où les gouvernements commencent à se dire que l'Afghanistan est tellement éloigné que sa talibanisation ne pose pas de problème à notre sécurité, la leçon a de quoi faire réfléchir.
4) Conclusion finale et humour déplacé : si un aréopage de médecins ne sais pas qu'il faut un comburant pour faire exploser quelque chose, je me méfierais de ma prochaine visite chez le toubib !
lundi 2 juillet 2007
DSI 28 - le sommaire !
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Défense & Sécurité Internationale
N° 28 - juillet 2007
N° 28 - juillet 2007
En vente en kiosque et chez les marchands de journaux ou sur www.areion.fr/boutique
Editorial
Nominations et agenda
Veille des contrats de défense
Veille contre-terroriste
Veille stratégique
La chronique de Carl von C. : "Les aventures de Carl au Kurdistan européen"
Géostratégie : énergie
Roumanie et PESD : la stratégie en mer Noire en fililgrane
Par Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe
Sécurité énergétique : la géopolitique alliée de l’environnement ?
Par Olivier Kempf, lieutenant-colonel, rédacteur en chef adjoint de Défense Nationale et Sécurité Collective
Stratégie : MOUT
Une approche européenne du combat urbain ?
Entretien avec Antonin Tisseron, auteur de Guerres urbaines
La première bataille de Grozny et l’expérience tchétchène de la guérilla urbaine
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
L’expérience russe de la Tchétchénie
Entretien avec Olga Oliker, Senior International Policy Analyst, RAND Corporation
De nouvelles règles pour le combat urbain : l’expérience israélienne
Par David Eshel, IDF (Ret.)
Armées : Singapour
Les griffes du lion, les forces terrestres singapouriennes
Par Joseph Henrotin
Tableau de bord : La Republic of Singapore Army
Par Philippe Langloit
Unités & Technologie : SNA/SSN
Le SNA Rubis : une plongée pas comme les autres
Par Véronique Sartini, journaliste
Nominations et agenda
Veille des contrats de défense
Veille contre-terroriste
Veille stratégique
La chronique de Carl von C. : "Les aventures de Carl au Kurdistan européen"
Géostratégie : énergie
Roumanie et PESD : la stratégie en mer Noire en fililgrane
Par Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe
Sécurité énergétique : la géopolitique alliée de l’environnement ?
Par Olivier Kempf, lieutenant-colonel, rédacteur en chef adjoint de Défense Nationale et Sécurité Collective
Stratégie : MOUT
Une approche européenne du combat urbain ?
Entretien avec Antonin Tisseron, auteur de Guerres urbaines
La première bataille de Grozny et l’expérience tchétchène de la guérilla urbaine
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
L’expérience russe de la Tchétchénie
Entretien avec Olga Oliker, Senior International Policy Analyst, RAND Corporation
De nouvelles règles pour le combat urbain : l’expérience israélienne
Par David Eshel, IDF (Ret.)
Armées : Singapour
Les griffes du lion, les forces terrestres singapouriennes
Par Joseph Henrotin
Tableau de bord : La Republic of Singapore Army
Par Philippe Langloit
Unités & Technologie : SNA/SSN
Le SNA Rubis : une plongée pas comme les autres
Par Véronique Sartini, journaliste
Le sous-marins, outil de puissance, outil de défense
Entretien avec le capitaine de vaisseau Vincent Larnaudie-Eiffel, commandant l’Escadrille des Sous-Marins Nucléaires d’Attaque
Les sous-marins de la classe Rubis
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de Défense
La carte maîtresse de la marine russe : les SNA Akula demeurent redoutables
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de Défense
Pour préparer l’arrivée des ATV, des Akula pour les Indiens ?
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de Défense
Des tueurs russes de porte-avions
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Les fils de Rickover. Le développement des SSN américains
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Trafalgar et Astute : les SSN britanniques
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Les SSN chinois
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Spécifications
Tu-160 Blackjack/Quel est l’état de la Russie nucléaire ?
General Dynamics M-1 Abrams/L’Abrams au combat
Destroyer classe Kidd/Kee Lung/Que vaut la marine taiwanaise ?
Critiques de lecture
Guerres urbaines. Nouveaux métiers, nouveaux soldats, d’Antonin Tisseron
L’âme du samouraï. Une traduction contemporaine des trois classiques du Zen et du Bushido, de Thomas Cleary
L’assaut. GIGN, Marignane -26 novembre 1994, de Roland Montins
Les armées françaises à l’aube du 21ème siècle. Les armées françaises à l’heure de l’interarmisation et de la multinationalisation, de Pierre Pascallon (Dir.).
Message perso....
Pas mal de personnes ont essayé de me joindre ce week-end sur mon portable... Que je n'utilise que très rarement lorsque je suis en France.
Par contre, je suis joignable ici : 00 33 4 / 42 92 17 38, jusque 17.00. Après 17.00, mes coordonnées sont sur http://www.rmes.be/
Par contre, je suis joignable ici : 00 33 4 / 42 92 17 38, jusque 17.00. Après 17.00, mes coordonnées sont sur http://www.rmes.be/
dimanche 1 juillet 2007
Zut, je pourrais avoir raison
En septembre 2006, dans la foulée des attentats manqués dans des trains allemands, j'avais publié une analyse pour la rubrique "Prospective stratégique" de DSI portant sur ce que j'avais qualifié de "méso-terrorisme". En clair, j'indiquais que les tentatives d'attaques en Allemagne relevaient d'un nouveau mode opératoire pour les "would-be" d'al Qaïda : plutôt que de se concentrer sur des attaques complexes à concevoir et à mettre en oeuvre, visant des dizaines d'avions dans des scenarii apocalyptiques, certains pourraient se concentrer sur une multitude d'attaques utilisant des moyens plus simples.
Et les événements du week-end en Grande-Bretagne semblent rejoindre ce scénario : positionner des voitures piégées à des endroits fréquentés est tout de même plus simple que de tenter de faire sauter en vol une dizaine d'appareils avec des bombes liquides. Logistique et planification en sont largement simplifiées. Changement de modus operandi donc (contrairement à ce que nous disait hier France 2) mais aussi de rationalité stratégique : on passe d'une optique d'impacts psychologiques radicaux (le 11/9, le 11/3, etc.) par la concentration dans le temps d'attaques symboliques à une optique plus opérationnelle. Les frappes sont proto-insurrectionnelle, en étant (relativement) diluées à travers le temps et en requérant des moyens plus simples.
Reste à voir quel impact aura ce changement de modus operandi sur la politique britannique de résilience (sur cette question, cf. là, là et ici), adaptée à aux "hyper-attaques". Reste aussi à savoir dans quelle mesure les évolutions de la politique de sécurité britannique (dont est partie la résilience) sont à l'origine de cette évolution opérationnelle (contre-adaptation). Ou encore dans quelle mesure cette même évolution n'est pas le résultat de l'attrition des cellules terroristes, contraintes de revoir leurs ambitions à la baisse.
Et les événements du week-end en Grande-Bretagne semblent rejoindre ce scénario : positionner des voitures piégées à des endroits fréquentés est tout de même plus simple que de tenter de faire sauter en vol une dizaine d'appareils avec des bombes liquides. Logistique et planification en sont largement simplifiées. Changement de modus operandi donc (contrairement à ce que nous disait hier France 2) mais aussi de rationalité stratégique : on passe d'une optique d'impacts psychologiques radicaux (le 11/9, le 11/3, etc.) par la concentration dans le temps d'attaques symboliques à une optique plus opérationnelle. Les frappes sont proto-insurrectionnelle, en étant (relativement) diluées à travers le temps et en requérant des moyens plus simples.
Reste à voir quel impact aura ce changement de modus operandi sur la politique britannique de résilience (sur cette question, cf. là, là et ici), adaptée à aux "hyper-attaques". Reste aussi à savoir dans quelle mesure les évolutions de la politique de sécurité britannique (dont est partie la résilience) sont à l'origine de cette évolution opérationnelle (contre-adaptation). Ou encore dans quelle mesure cette même évolution n'est pas le résultat de l'attrition des cellules terroristes, contraintes de revoir leurs ambitions à la baisse.
Budget défense "autour de 2% du PIB"
Depuis quelques jours, les annonces portant sur les programmes et les budgets de défense se suivent... parfois sans trop se ressembler. Après les déclaration d'H. Morin au Bourget sur les coûts opérationnels trop élevés du Rafale et de l'A400M, ce dernier a indiqué que le budget de la défense se situerait "autour de 2% du PIB". Or, dans DSI comme ailleurs, Nicolas Sarkozy parlait de "budget constant". Un processus d'audit semble manifestement en cours et le ministre de parler d'annulations de programmes.
Ce qui nous conduit à des scénarios non seulement complexes et douloureux pour les industriels mais qui, au-delà, permettront de tester les intentions européennes de la France. Si Paris ne pourra "tout" se payer, son indépendance dans tous les secteurs militaires sera menacée, logique. Dans quelle mesure ses alliés européens seront-ils alors appelés à contribuer ? Dans quelle mesure la doctrine gaulliste sera-t-elle amendée, en sachant qu'elle répondrait toujours à une vision de la France comme puissance (j'insiste) moyenne apte à influer les affaires du monde ?
Ce qui nous conduit à des scénarios non seulement complexes et douloureux pour les industriels mais qui, au-delà, permettront de tester les intentions européennes de la France. Si Paris ne pourra "tout" se payer, son indépendance dans tous les secteurs militaires sera menacée, logique. Dans quelle mesure ses alliés européens seront-ils alors appelés à contribuer ? Dans quelle mesure la doctrine gaulliste sera-t-elle amendée, en sachant qu'elle répondrait toujours à une vision de la France comme puissance (j'insiste) moyenne apte à influer les affaires du monde ?
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samedi 30 juin 2007
Du côté des lectures (le retour)...
Je viens de tomber sur un texte d'Umberto Eco écrit en septembre 06 et paru dans le Nouvel Observateur, que vous pouvez lire ici, particulièrement intéressant de part le rôle dévolu à la culture - et notamment à l'ethnologie comme instrument de compréhension des acteurs d'un conflit.
Il l'est également du point de vue du rapport que l'auteur entretient à la guerre mais pas pour les mêmes raisons. Détrônant Clausewitz, Eco indique qu'"on a compris l'impossibilité et l'inutilité de la guerre traditionnelle, théorisée par Clausewitz. Au cours des siècles, pour qu'il y ait une guerre, il fallait deux camps en conflit, bien identifiables".
Eco, ici, se trompe quelque peu de cible : Clausewitz théorisait la relation entre guerre et politique. Cette relation, cette "formule", ne peut en aucun cas être une réduction/fusion abusive entre politique et Etat. Clausewitz a beau être confondu fréquemment avec l'époque des guerres totales - certes révolue - et comme le thuriféraire de la projection militaire du réalisme (au sens des Relations Internationales), l'auteur est plus complexe.
Notre cher vieux Carl est sans doute trop cité en étant trop peu lu. Comme s'il n'avait jamais donné de cours ou écrit sur la petite guerre (S. Picaud avait publié une démonstration très éclairante de cet intérêt dans DSI n°16) et alors même qu'il jugeait De la guerre complètement inachevé.
A ces égards, Clausewitz est très loin d'être mort : il n'a peut-être jamais été aussi vivant, ce qu'avec mes compères du RMES nous avions qualifié de néo-clausewitzianisme dans Au risque du chaos. Et je ne parle même pas là encore des brillants travaux qu'a notamment effectué Beyerchen sur le rapport de Clausewitz à la non-linéarité. Précisément celle qui est au coeur des dynamiques de la guerre réseaucentrée.
Pour en revenir à Eco, les "camps" sont toujours bien établis. Mais ils ne se mesurent plus à l'aune des frontières mais bien des choix politiques des individus, amalgamés en groupes sociopolitiques à la dynamique complexe. Donna Harraway, avec son bagou provoquant et incisif le résumait ainsi : à l'ère postmoderne (là, j'ai toujours un problème de définition avec elle mais ça n'enlève rien à ce qui va suivre), l'individu est une question de défense stratégique. Et elle n'a pas attendu le 11 septembre pour le dire.
Lorsque je l'avais cité sur un plateau télé après les attentats d'Istanbul (fin 2003) et que j'avais ajouté que l'éducation est une question de défense stratégique, aucun responsable politique sur le plateau n'avait cillé. Retour donc à la question de la culture. Umberto, j'ai donc fini de vous embêter !
Il l'est également du point de vue du rapport que l'auteur entretient à la guerre mais pas pour les mêmes raisons. Détrônant Clausewitz, Eco indique qu'"on a compris l'impossibilité et l'inutilité de la guerre traditionnelle, théorisée par Clausewitz. Au cours des siècles, pour qu'il y ait une guerre, il fallait deux camps en conflit, bien identifiables".
Eco, ici, se trompe quelque peu de cible : Clausewitz théorisait la relation entre guerre et politique. Cette relation, cette "formule", ne peut en aucun cas être une réduction/fusion abusive entre politique et Etat. Clausewitz a beau être confondu fréquemment avec l'époque des guerres totales - certes révolue - et comme le thuriféraire de la projection militaire du réalisme (au sens des Relations Internationales), l'auteur est plus complexe.
Notre cher vieux Carl est sans doute trop cité en étant trop peu lu. Comme s'il n'avait jamais donné de cours ou écrit sur la petite guerre (S. Picaud avait publié une démonstration très éclairante de cet intérêt dans DSI n°16) et alors même qu'il jugeait De la guerre complètement inachevé.
A ces égards, Clausewitz est très loin d'être mort : il n'a peut-être jamais été aussi vivant, ce qu'avec mes compères du RMES nous avions qualifié de néo-clausewitzianisme dans Au risque du chaos. Et je ne parle même pas là encore des brillants travaux qu'a notamment effectué Beyerchen sur le rapport de Clausewitz à la non-linéarité. Précisément celle qui est au coeur des dynamiques de la guerre réseaucentrée.
Pour en revenir à Eco, les "camps" sont toujours bien établis. Mais ils ne se mesurent plus à l'aune des frontières mais bien des choix politiques des individus, amalgamés en groupes sociopolitiques à la dynamique complexe. Donna Harraway, avec son bagou provoquant et incisif le résumait ainsi : à l'ère postmoderne (là, j'ai toujours un problème de définition avec elle mais ça n'enlève rien à ce qui va suivre), l'individu est une question de défense stratégique. Et elle n'a pas attendu le 11 septembre pour le dire.
Lorsque je l'avais cité sur un plateau télé après les attentats d'Istanbul (fin 2003) et que j'avais ajouté que l'éducation est une question de défense stratégique, aucun responsable politique sur le plateau n'avait cillé. Retour donc à la question de la culture. Umberto, j'ai donc fini de vous embêter !
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vendredi 29 juin 2007
Russie : test réussi pour le Bulava
Après des tests infructueux, la marine russe a réussi, pour la première fois, à lancer un SLBM Bulava, en l’occurrence depuis le Dmitry Donskoi. Tiré depuis la mer Blanche, l’engin a atteint sa cible dans le Kamchatka. L’annonce est intervenue après les échecs des trois lancements précédents et, plus généralement, après que la marine se soit montrée incapable de mener des patrouilles de SNLE de façon continue. En 2004, deux tirs depuis des sous-marins devant V. Poutine, dans le cadre des manœuvres Sécurité 2004, avaient échoué.
mercredi 27 juin 2007
Du côté des lectures...
La doctrine mérite une place centrale dans la façon de concevoir les opérations militaires contemporaines, bien plus que la technologie, qui découle de la première. Pour prendre un exemple imagé, un bon marteau ne fera pas de vous un bon charpentier. Mais si vous êtes un bon charpentier, vous avez toutes les chances de choisir un bon marteau.
A ce titre, le CDEF (armée de Terre FR) met en ligne une série de documents doctrinaux depuis son site. Vous y trouverez le FT-01, un document que les Américains qualifieraient de "vision" et que j'avais eu l'occasion de critiquer dans le DSI de mars. Vous y trouverez également des doctrines dites "transverses" (stabilisation, sauvegarde terrestre, zone urbaine, FOT numérisée). Je ne vous détaillerai pas tout le site mais il est remarquable de constater que la pensée stratégique française montre qu'elle vit.
Certes, elle vivait avant ces mises en ligne mais ne le montrait pas. Ce qui, au vu du dynamisme américain sur le web, revient à dire qu'elle n'avait plus guère de visibilité. Par ailleurs, une série d'excellents ouvrages est récemment parue (je pense à Tactique théorique, La guerre en montagne, Guerres urbaines ou L'utilité de la force - les différents numéros de DSI ont permis d'interviewer leurs auteurs). Toutes ces publications ont leurs faiblesses mais les publications américaines n'en sont pas dénuées non plus. A tout le moins, la "grande muette" l'est de moins en moins.
C'est un gain démocratique indéniable mais c'est aussi la porte ouverte à des débats qui ne peuvent qu'aider : qui oserait dire que les Européens (ou les Américains, d'ailleurs) ont toujours eu raison ? Qu'ils sont les meilleurs ? Que leur expérience les empêchera de tomber dans des conflits dégénératifs ne résolvant rien ? Après tout, l'expérience ne vaut que si elle est transmise. De ce point de vue si, comme le faisait remarquer Michel Yakovleff, la réflexion stratégique ne garantit pas la réussite, son absence garantit l'échec. La réflexion bouillonne actuellement : n'ayons pas peur, la seule limite, c'est le monde des idées !
A ce titre, le CDEF (armée de Terre FR) met en ligne une série de documents doctrinaux depuis son site. Vous y trouverez le FT-01, un document que les Américains qualifieraient de "vision" et que j'avais eu l'occasion de critiquer dans le DSI de mars. Vous y trouverez également des doctrines dites "transverses" (stabilisation, sauvegarde terrestre, zone urbaine, FOT numérisée). Je ne vous détaillerai pas tout le site mais il est remarquable de constater que la pensée stratégique française montre qu'elle vit.
Certes, elle vivait avant ces mises en ligne mais ne le montrait pas. Ce qui, au vu du dynamisme américain sur le web, revient à dire qu'elle n'avait plus guère de visibilité. Par ailleurs, une série d'excellents ouvrages est récemment parue (je pense à Tactique théorique, La guerre en montagne, Guerres urbaines ou L'utilité de la force - les différents numéros de DSI ont permis d'interviewer leurs auteurs). Toutes ces publications ont leurs faiblesses mais les publications américaines n'en sont pas dénuées non plus. A tout le moins, la "grande muette" l'est de moins en moins.
C'est un gain démocratique indéniable mais c'est aussi la porte ouverte à des débats qui ne peuvent qu'aider : qui oserait dire que les Européens (ou les Américains, d'ailleurs) ont toujours eu raison ? Qu'ils sont les meilleurs ? Que leur expérience les empêchera de tomber dans des conflits dégénératifs ne résolvant rien ? Après tout, l'expérience ne vaut que si elle est transmise. De ce point de vue si, comme le faisait remarquer Michel Yakovleff, la réflexion stratégique ne garantit pas la réussite, son absence garantit l'échec. La réflexion bouillonne actuellement : n'ayons pas peur, la seule limite, c'est le monde des idées !
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Typhons autrichiens
Un accord a finalement été trouvé entre les autorités autrichiennes et la direction d’Eurofighter, permettant de réduire la facture que devra payer Vienne pour ses nouveaux appareils de combat de 370 millions d’euros (sur un montant de départ de 2 milliards d’euros). In fine, 15 Typhoon seront livrés (18 avaient été commandés en 2003), configurés uniquement pour des missions de supériorité aérienne. Rappelons que la nouvelle majorité au pouvoir à Vienne entendait annuler le contrat, avant que des juristes n'indiquent que le renoncement serait plus coûteux que la poursuite du programme.
lundi 25 juin 2007
Blub blub
Où en est l'Avanced Technology Vessel indien ? Que valent les Akula II russes ? Que s'est-il passé à bord du Rubis ? Quels sont les projets chinois ?
Dans son édition de juillet-août (vacances obligent) et dans la foulée des articles parus dans T&A sur la future classe Suffren (Cf. T&A n°3), Défense et Sécurité Internationale vous offrira (notamment !) une plongée dans le monde des sous-marins nucléaires d'attaque.
Le n°28 de DSI sera disponible dès début juillet en kiosque !
Dans son édition de juillet-août (vacances obligent) et dans la foulée des articles parus dans T&A sur la future classe Suffren (Cf. T&A n°3), Défense et Sécurité Internationale vous offrira (notamment !) une plongée dans le monde des sous-marins nucléaires d'attaque.
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Syrie/Iran : méga-contrats en vue pour la Russie ?
C’est le quotidien russe Kommersant qui l’affirme, la Russie aurait conclu avec la Syrie un contrat portant sur 5 Mig-31E Foxhound et sur « beaucoup » de Mig-29, pour un montant estimé à 1 milliard de dollars. Appareil très gourmand en carburant, le Mig-31 d’exportation ne serait pas doté d’une perche de ravitaillement en vol et son avionique (IFF, radar, absence de systèmes d’autoprotection) serait dégradée comparativement aux versions en service en Russie. Conçu comme une plateforme de lutte contre les missiles de croisière, l’appareil à une très faible manoeuvrabilité. Comparativement au Mig-25 qui pouvait atteindre M.3 (causant toutefois une usure particulièrement importante des moteurs et limitant drastiquement son autonomie), le Foxhound a une vitesse de M. 2,8.
La menace est donc, objectivement, à relativiser. D’autant plus que l’aviation syrienne n’a pas connu de renouvellement de ses capacités dans les années 1990. Mais il n’en demeure pas moins que l’impact politique de cette vente, si elle se confirme (la Russie tenant des propos ambigus à son égard, tandis que la direction de Mig confirmait que les commandes pour l’appareil arrivaient), sera particulièrement important en Israël, où la presse locale fait état de rumeurs concernant une possible guerre avec la Syrie durant cet été. Et des chercheurs israéliens d’indiquer, avec raison, que les commandes syriennes ne se limiteraient sans doute pas à 5 appareils (par ailleurs prélevés sur les réserves de l’armée russe). La faible disponibilité des appareils pousserait en effet à des commandes plus importantes, afin d’assurer une disponibilité permanente, les Israéliens estimant que 20 à 24 appareils serait un chiffre plus crédible. L’impact politique sera d’autant plus renforcé que, toujours selon le quotidien russe, les appareils auraient été financés par l’Iran, qu’ils pourraient fort bien équiper in fine.
A cet égard, Aviation Week, cette fois, indiquait sur base d’informations transmises par Rosoboronexport, que l’Iran négociait actuellement avec la Russie un contrat majeur portant sur des systèmes de défense aérienne S-300PMU2 mais, surtout, sur rien moins que 250 Su-30MK Flanker. Si l’information est à prendre au conditionnel (on ajoutera que le carnet de commande de l’appareil reste bien garni et que la totalité de ces appareils ne seraient mis en service que tardivement), il n’en demeure pas moins que, là aussi, la valeur politique de l’annonce est importante. Tombant au moment où la Russie semble plus précautionneuse qu’auparavant face aux ambitions nucléaires iraniennes, l’annonce montre également à quel point les manœuvres politiques en cours sont éminemment centrées sur les stratégies d’influence et les représentations induites par la technologie.
La menace est donc, objectivement, à relativiser. D’autant plus que l’aviation syrienne n’a pas connu de renouvellement de ses capacités dans les années 1990. Mais il n’en demeure pas moins que l’impact politique de cette vente, si elle se confirme (la Russie tenant des propos ambigus à son égard, tandis que la direction de Mig confirmait que les commandes pour l’appareil arrivaient), sera particulièrement important en Israël, où la presse locale fait état de rumeurs concernant une possible guerre avec la Syrie durant cet été. Et des chercheurs israéliens d’indiquer, avec raison, que les commandes syriennes ne se limiteraient sans doute pas à 5 appareils (par ailleurs prélevés sur les réserves de l’armée russe). La faible disponibilité des appareils pousserait en effet à des commandes plus importantes, afin d’assurer une disponibilité permanente, les Israéliens estimant que 20 à 24 appareils serait un chiffre plus crédible. L’impact politique sera d’autant plus renforcé que, toujours selon le quotidien russe, les appareils auraient été financés par l’Iran, qu’ils pourraient fort bien équiper in fine.
A cet égard, Aviation Week, cette fois, indiquait sur base d’informations transmises par Rosoboronexport, que l’Iran négociait actuellement avec la Russie un contrat majeur portant sur des systèmes de défense aérienne S-300PMU2 mais, surtout, sur rien moins que 250 Su-30MK Flanker. Si l’information est à prendre au conditionnel (on ajoutera que le carnet de commande de l’appareil reste bien garni et que la totalité de ces appareils ne seraient mis en service que tardivement), il n’en demeure pas moins que, là aussi, la valeur politique de l’annonce est importante. Tombant au moment où la Russie semble plus précautionneuse qu’auparavant face aux ambitions nucléaires iraniennes, l’annonce montre également à quel point les manœuvres politiques en cours sont éminemment centrées sur les stratégies d’influence et les représentations induites par la technologie.
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vendredi 22 juin 2007
Le Bourget 2007, premières impressions
Me voilà de retour à Bruxelles, après deux passages sous des trombes d'eau sur le tarmac parisien en moins de 3 heures. Heureusement, l'appareil photo est sec et opérationnel, ce qui permettra de ficeler la "synthèse" du salon dans le prochain T&A. Reste, toutefois, un goût de trop peu dans le domaine militaire, au statique. Certes, il y avait le Rafale. Mais pour le reste ? Une maquette taille 1:1 de Typhoon, de Gripen et de F-35, une autre maquette de RQ-4. Des hélicos bien présents mais c'était ceux d'Eurocopter (signalons le Dhruv d'HAL), qui arrivent forcément en terrain conquis.
Pour le reste, avouons-le franchement, le domaine "défense" était faiblement représenté, si l'on excepte le manifeste (ou l'écrasant, c'est selon !) effort israélien en matière d'UAV - on notera que leur armement est toujours considéré comme "confidentiel". On aura vu du KC-30 et du C-17, un RQ-1, un F-16C, un F/A-18F, un F-15E un C-130J et un HH-60. Mais pas de vrai F-35 et encore moins de F-22. Pas de Ching Kuo, de J-10, de F-2, de Tornado, pas d'AH en tous genres. En fait, le Bourget s'oriente plus vers le domaine civil et cela se voit.
Certes, restent les démos. Celle du Rafale en jette, le Mig-29OVT (mais pas de Mig-35) est étonnant (ça coutera d'ailleurs un réacteur, grillé, à Mig), le Typhoon a manifestement voulu faire mieux que le Rafale, le F-16 reste manoeuvrant et le Tornado est toujours aussi bruyant. Ca peut, certes, faire rêver. Mais si l'on reste cohérent, force est de constater que la philosophie profonde du Bourget change.
Il y a quelques années, la compétition se sentait ; l'ambiance était proche d'une course de F1 ou d'un "slam battle" : c'était la fête mais c'était aussi un réel challenge pour les avionneurs, chacun voulant démontrer qu'il était le meilleur à coup de démonstrations et autres statiques. Cette année, cette dynamique très particulière n'était plus guère présente, faute de compétiteurs. Bien sûr, la bataille Airbus-Boeing aura focalisé l'attention ; bien sûr, les réelles nouveautés se font rares (et d'ailleurs de plus en plus fréquemment dans le domaine avionique). Mais l'on se demande si, quelque part, on ne refuse pas, à présent, la compétition. Tout de même, ça aurait fait plaisir de voir le F-22 ou le F-35. Après tout, il y a deux ans, l'A-380 était à peine sorti de son premier vol qu'il s'ébattait dans l'espace aérien du Bourget...
Pour le reste, avouons-le franchement, le domaine "défense" était faiblement représenté, si l'on excepte le manifeste (ou l'écrasant, c'est selon !) effort israélien en matière d'UAV - on notera que leur armement est toujours considéré comme "confidentiel". On aura vu du KC-30 et du C-17, un RQ-1, un F-16C, un F/A-18F, un F-15E un C-130J et un HH-60. Mais pas de vrai F-35 et encore moins de F-22. Pas de Ching Kuo, de J-10, de F-2, de Tornado, pas d'AH en tous genres. En fait, le Bourget s'oriente plus vers le domaine civil et cela se voit.
Certes, restent les démos. Celle du Rafale en jette, le Mig-29OVT (mais pas de Mig-35) est étonnant (ça coutera d'ailleurs un réacteur, grillé, à Mig), le Typhoon a manifestement voulu faire mieux que le Rafale, le F-16 reste manoeuvrant et le Tornado est toujours aussi bruyant. Ca peut, certes, faire rêver. Mais si l'on reste cohérent, force est de constater que la philosophie profonde du Bourget change.
Il y a quelques années, la compétition se sentait ; l'ambiance était proche d'une course de F1 ou d'un "slam battle" : c'était la fête mais c'était aussi un réel challenge pour les avionneurs, chacun voulant démontrer qu'il était le meilleur à coup de démonstrations et autres statiques. Cette année, cette dynamique très particulière n'était plus guère présente, faute de compétiteurs. Bien sûr, la bataille Airbus-Boeing aura focalisé l'attention ; bien sûr, les réelles nouveautés se font rares (et d'ailleurs de plus en plus fréquemment dans le domaine avionique). Mais l'on se demande si, quelque part, on ne refuse pas, à présent, la compétition. Tout de même, ça aurait fait plaisir de voir le F-22 ou le F-35. Après tout, il y a deux ans, l'A-380 était à peine sorti de son premier vol qu'il s'ébattait dans l'espace aérien du Bourget...
jeudi 21 juin 2007
L'Australie fait gagner Navantia sur toute la ligne
Finalement, c’est Navantia qui l’aura emporté sur les deux tableaux. Le ministre de la défense australien a ainsi annoncé le 20 juin que le design de LHD de Navantia – proche du BPE/Juan Carlos – avait été choisi. L’affaire est d’importance dans la mesure où, d’une part, le Juan Carlos espagnol (pour une analyse détaillée, voir T&A n°6) est conçu pour pouvoir mener des opérations aéronavales (AV-8B ou, plus tard, F-35B) et où, d’autre part, une certaine frange de la marine australienne est restée nostalgique de sa puissance aéronavale, perdue avec la vente du Melbourne à la Chine, en 1983. Le Canberra et l’Adelaide entreraient en service, respectivement, en 2012 et en 2015. Par ailleurs, la décision australienne signifie également que Canberra sera le premier client export pour les « frégates » (justement renommées « destroyers ») F-100.
mercredi 20 juin 2007
On the road to Paris
Les bagages sont faits, les notes réglées (petit conseil : évitez de téléphoner depuis un hôtel bosniaque : ça peut coûter cher) et je suis dans le hall de l'hôtel, attendant mon taxi. Un État en phase de reconstruction vous laisse des sentiments très contradictoires.
D'un côté, les difficultés économiques sont immenses, l'économie est dans un état pour le moins préoccupant - rares sont par exemples les camions sur la seule section d'autoroute du pays. Comme nous l'expliquait hier l'Ambassadeur Turkovic, plus de 65 % du budget de l'Etat passe à l'empilement de gouvernements, depuis le niveau du canton, jusqu'à celui du niveau national. Sans compter le découplage coûteux entre Republika Srpska et fédération bosniaque.
D'un autre côté, l'objectif d'une stabilisation semble, 12 ans après la fin des opérations, rempli. Dans le hall de l'hôtel, seul un soldat de l'EUFOR essaie de tuer le temps, attendant sans doute un supérieur. Dans la ville, la seule présence militaire visible se résumait à deux Wolf d'une unité de transmissions. Les gens apprécient le travail effectué, c'est certain.
Mais force est aussi de constater que tout n'est pas terminé, loin de là. Le futur institutionnel du pays est plombé et les participants à la conférence qui se tient toujours au QG de l'EUFOR font face à des blocages politiques complexes et... qui ne sont pas prêts de se lever. Pas de quoi relancer une guerre, certainement. Mais de quoi retarder un peu plus le développement d'une économie qui en a cruellement besoin.
PS : j'ai enfin eu le nom de cet apéritif qui, théoriquement, aurait du être allongé d'eau, et qui m'a donné l'intense sentiment d'une transformation de mon oesophage en cheminée volcanique : la Tavaritsa. Nazdravje !
D'un côté, les difficultés économiques sont immenses, l'économie est dans un état pour le moins préoccupant - rares sont par exemples les camions sur la seule section d'autoroute du pays. Comme nous l'expliquait hier l'Ambassadeur Turkovic, plus de 65 % du budget de l'Etat passe à l'empilement de gouvernements, depuis le niveau du canton, jusqu'à celui du niveau national. Sans compter le découplage coûteux entre Republika Srpska et fédération bosniaque.
D'un autre côté, l'objectif d'une stabilisation semble, 12 ans après la fin des opérations, rempli. Dans le hall de l'hôtel, seul un soldat de l'EUFOR essaie de tuer le temps, attendant sans doute un supérieur. Dans la ville, la seule présence militaire visible se résumait à deux Wolf d'une unité de transmissions. Les gens apprécient le travail effectué, c'est certain.
Mais force est aussi de constater que tout n'est pas terminé, loin de là. Le futur institutionnel du pays est plombé et les participants à la conférence qui se tient toujours au QG de l'EUFOR font face à des blocages politiques complexes et... qui ne sont pas prêts de se lever. Pas de quoi relancer une guerre, certainement. Mais de quoi retarder un peu plus le développement d'une économie qui en a cruellement besoin.
PS : j'ai enfin eu le nom de cet apéritif qui, théoriquement, aurait du être allongé d'eau, et qui m'a donné l'intense sentiment d'une transformation de mon oesophage en cheminée volcanique : la Tavaritsa. Nazdravje !
mardi 19 juin 2007
Les appréciations du Livre Blanc chinois
Alors que DSI vous présentait en mai 2007 la synthèse du dernier Livre blanc chinois, le Département de la Défense américain vient de faire paraître la nouvelle édition de la Military Power of the PRC (consultable à l’adresse http://www.defenselink.mil/pubs/pdfs/070523-China-Military-Power-final.pdf). Entre autres développements, le document indique que la Chine est à présent devenue la 4ème puissance économique mondiale, devançant légèrement la Grande-Bretagne. Il indique aussi que l’état de préparation demandé à certaines forces tendrait à indiquer la mise en œuvre d’une stratégie préemptive et qu’aucun incident n’a été constaté en 2006 dans le détroit de Taiwan. Les capacités de guerre informatique chinoises sont estimées comme étant en progression et comme faisant intrinsèquement partie des capacités chinoises de combat. Il note également que la recherche stratégique chinoise se porte sur l’instrumentalisation du droit international dans l’optique d’une campagne de délégitimation d’une intervention US en soutien de Taiwan en cas d’invasion. Pékin manoeuvrerait en outre de façon à ce que de nouvelles interprétations du droit maritime émergent, de façon à contrer le principe de liberté de navigation et à étendre et légitimer sa stratégie anti-accès. On notera aussi la remise en perspective du budget de la défense : les estimations « haute » de la DIA étaient de 29 milliards de dollars en 1995 pour 125 milliards en 2007. Dans ce contexte, le 24 mai, Robert Gates – connu pour son a priori anti-chinois (Cf. DSI n°22) – a indiqué publiquement que la modernisation des forces chinoise est « une menace ».
Sarajevo, ses plages...
La température hier a allègrement dépassé les 30°C et nous avons profité des pauses café pour prendre le frais sur la terrasse de l'hôtel, au dernier étage, avant de partir pour un tour en bus dans la ville. Étonnant de voir la place qu'a eu dans l'histoire une "petite" ville de 450 000 habitants : entre l'assassinat de François-Ferdinand, la guerre de 92 elle-même et la place qu'a occupé la ville dans le développement du cosmopolitisme, c'est un concentré très particulier d'Europe que l'on aura visité. Étonnant aussi de voir la taille, relative, de l'ambassade iranienne, laissant augurer d'une certaine lutte d'influence entre l'Iran et, par exemple, les Saoudiens.
Pour les amateurs, le café vaut véritablement le coup ici, et l'agneau avec ;o)
Pour les amateurs, le café vaut véritablement le coup ici, et l'agneau avec ;o)
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