jeudi 8 juillet 2010

Juste une remarque sur "l'affaire Desportes"

Ou plutôt, une et demie. La demie : le simple fait de parler "d'affaire" grossit la chose au-delà du raisonnable. On construit une problématique aigüe de ce qui n'est que le reflet d'une (nécessaire) recomposition du débat stratégique appelée de ses voeux par à peu près tout le monde. L'interview d'Alain Bauer (sur le site de l'IFRI, je pense) ou les propos du CEMA n'en sont que quelques témoignages.

La remarque, ensuite : il y a quelque chose d'indécent à ce que des débats sur des questions qui touchent directement à la vie et à la mort des soldats, à la puissance et au rang de la France ne puissent avoir lieu, là où le monde politique ne cesse d'encourager des débats sur des questions autrement moins aigües, voire aussi passablement futiles que les échecs de l'équipe de France.

Le rôle d'un militaire, quelque soit son grade, est de réfléchir, au prochain mouvement sur le terrain comme à ce qu'il peut apporter par son action ou à la nature d'une coalition. A fortiori, si le militaire en question dirige une Ecole de guerre dont le propre est tout de même de donner une culture aux officiers. On peut, évidemment, ne pas être d'accord, mais il y a une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle à sortir les propos de V. Desportes du contexte dans lequel ils ont été tenus.

Car, enfin, la question à laquelle il répondait portait sur McChrystal et force est, tout de même, de constater que la démission forcée du général américain ne s'est pas faite avec l'assentiment de la France ou des autres membres non américains de l'ISAF. Dans un tel cadre, il me paraît totalement légitime de questionner le rang français comme la perception américaine du rôle de la France.

4 commentaires:

Tchetchernobyl a dit…

Comme le dit fort justement Robert Badinter, nous sommes en Monocratie, ci veux le Roi, ci fait la loi ! Ergo, le ministre Morin n’a pas pu virer le général Desportes sans recevoir à minima l’imprimatur du Palais.
Bref le pouvoir traite ses officiers généraux comme de vulgaires préfets.
Au-delà de l’injustice, le Général Desportes était parfaitement dans son rôle de responsable du CID en écrivant ces lignes, c’est un coup stupide porté à l’ensemble de la pensée stratégique française. Si le message est « je ne veux voir qu’une seule tête », il ne nous reste plus qu’à acheter nos idées comme des systèmes ROVER.
Sur étagère à Washington.

Guy de Loimbard a dit…

Une interview d'Alain Bauer sur le site de l'IFRI ? J'en doute très sérieusement !
Vous confondez sans doute avec l'IRIS, où il était jadis.

EFE a dit…

Il est vrai qu'il est parfois difficile de se positionner. Si le militaire est un technicien, ce à quoi on veut le restreindre, qu'il puisse au moins s'exprimer sur un point: la guerre, qui reste encore le domaine pour lequel il doit se préparer. Ce qui serait intéressant, serait que l'on établisse un code de conduite sur la base des statuts de 2005.

yves cadiou a dit…

Que reproche-t-on au Général Vincent Desportes ? Le Colonel Michel Goya, dans son rapport rendu public (voir lien ci-après) en a dit autant sinon plus que Desportes :
http://www.c2sd.sga.defense.gouv.fr/spip.php?article273

La différence, c’est que le Colonel Goya a écrit en novembre 2009 et le Général Desportes en juillet 2010. En huit mois le pouvoir politique s’est visiblement crispé : la cuisante défaite infligée au Pouvoir par les Régionales est une leçon de démocratie qui passe mal.

Alors « le Général Desportes sera sanctionné » a décidé le Ministre, avant même d’avoir l’avis du CEMAT et l’avis (statutairement obligatoire avant la décision) du Conseil de discipline.