samedi 30 mai 2009

Salon du Bourget : faible présence militaire sur le tarmac

La ligne politique était poursuivie depuis déjà quelques années : priorité au domaine civil (ce qui explique également qu'aucune revue de défense ne soit partenaire du salon - à l'exception, à la marge, d'Aviation Week). Mais l'édition du centenaire sera sans doute un peu plus pauvre.

Un rapide coup d'oeil à la liste des appareils présents laisse un peu sceptique. Après que l'An-124 et le F-22 aient été présentés sur le site, ils en ont été retirés. Saab ne sera pas présent (pas de Sukhoi militaire, de Mil, d'Illiouchine ni de Mig non plus) et, finalement, les plus gros représentants seront... institutionnels : à l'exception de Finmeccanica et d'Eurocopter, le Pentagone et le ministère de la défense fourniront l'essentiel des avions de combat.

Et encore, la moisson sera maigre : Mirage 2000, Rafale, Typhoon, F-18F, F-15E et F-16C. Quelques appareils d'entraînement, des appareils de transport (C-27J, C-130, C-17, C-2, C-235), le Tigre, le Caracal et quelques autres "ventilateurs". A titre d'exemple, il y a deux ans, on retrouvait aussi du RQ-1, -4 et -8, un A-330 MRTT, une maquette taille réelle de Gripen, EADS avait une forte présence (qu'il ne semble plus avoir sur le site) tout comme les drones israéliens, j'en passe et des meilleures - les lecteurs de ce qui n'était pas encore le DSI-T avaient eu droit à un topo complet.

Quelques appareils "historiques" seront toutefois sur le tarmac : Vampire, Spitfire, Mustang ou Bronco seront, entre autres, de la partie. L'appel du musée pour un salon qui, a force de délaisser le domaine militaire, a laissé le champ libre à Farnborough, MAKS ou quelques autres ?

vendredi 29 mai 2009

Base aux Emirats, quelques commentaires

La masse de travail étant ce qu'elle est pour l'heure, je n'avais peu eu l'occasion de revenir plus avant sur la question de la nouvelle base française aux Emirats, sur laquelle RMC puis Radio Mediterranée International avaient eu l'occasion de m'interviewer, en début de semaine. Voici, grosso modo, quelques commentaires sur la question.

C’est le 26 mai que le président Sarkozy a officiellement inauguré la base française d’Abu Dhabi, connue sous le nom d’Implantation Militaire Française aux Emirats Arabes Unis (IMFEAU). Accompagné par le ministre des affaires étrangères, celui de la défense et le CEMA, le président a rappelé l’importance géopolitique de la région.

Concrètement, « la base » est répartie sur trois sites : une base navale à Mina Zayed, une base aérienne (où 3 appareils sont stationnés depuis septembre 2008) à Al Dhafra et une base destinée aux forces terrestres (comprenant un centre d’entraînement aux opérations désertiques) à Zayed. Au total 500 hommes devraient être positionnés en permanence à Abu Dhabi. Au-delà du fait, la base recouvre plusieurs enjeux majeurs :

- L’enjeu géostratégique d’abord. La base permet, évidemment, de verrouiller l’Iran – situé à 225 km – mais, surtout, le détroit d’Ormuz, que le Shah d’Iran qualifiait justement de « veine jugulaire de l’Occident » dans un contexte où l’Europe est, comparativement aux Etats-Unis, plus dépendante du pétrole du Golfe. Elle constitue, en outre, l’extrémité ouest de la zone d’intérêt stratégique prioritaire que la France définissait dans le dernier Livre blanc et qui s’étend de l’Atlantique à l’océan Indien en passant par la Méditerranée ;

- L’enjeu militaire. Avec l’IMFEAU, c’est la zone de l’océan Indien à proprement parler tend dès lors à renforcer son poids relatif. Or, cette zone (y compris le Golfe) est également celle où la majeure partie des croisières du Charles de Gaulle a été menée. La base des Emirats représente ainsi un facteur de persistance régionale – voire de compensation au deuxième porte-avions. A ce stade, si elle n’a évidemment pas les caractéristiques d’un porte-avions (fixe et non mobile, donc plus vulnérable) et que la compensation est symbolique, elle apporte aussi d’autres avantages que le porte-avions : elle peut accueillir bien plus que 30 appareils de combat (qui pourraient, à terme, être bien plus intégrés au dispositif réseaucentrique émirien) et permet de mettre en œuvre… des forces terrestres ;

- L’enjeu d’influence. Là où elle est installée, la France collabore activement et quasi-quotidiennement avec les forces locales, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis, où la coopération avec les forces du cru est plus formelle et donc moins souple. La base s’insère ainsi dans un dispositif d’influence plus large, comprenant l’extension quatariote de St Cyr, les extensions dans le Gole arabo-persique de la Sorbonne ou du Louvre ou encore, de façon plus diffuse, les acquis de la présidence Chirac en matière de politique arabe ;

- L’enjeu commercial, sur lesquels les médias se sont beaucoup focalisés mais qui ne constitue qu’une extension de l’enjeu d’influence. La base est destinée à devenir la vitrine des forces françaises dans un Moyen Orient où l’Iran fait peur et où les vannes budgétaires de défense sont à nouveau ouvertes. Or, la France est loin d’avoir les parts de marché dans la région qu’elle a pu avoir précédemment. En fait, les conditions ont changé : on n’achète plus de matériel sur base de leurs performances mais bien sur base de l’influence politique du vendeur. Comment, sinon, expliquer le succès du F-35 alors même qu’aucun exemplaire n’a encore volé là où la communication de Dassault est axée sur un Rafale « combat proven » ? Comment expliquer autrement que par l’influence que les Emirats achètent des C-17 et des C-130J en quelques mois – et sans avoir l’argent nécessaire – là où Paris est engagé depuis plusieurs années dans les négociations portant sur les Rafale ? En cherchant à se porter garante de la sécurité de la région, la France acquiert ainsi de l’influence qui, en retour, doit ouvrir les portes de la signature des contrats ;

- Enfin, l’enjeu politique n’est pas mince et il est double. Premièrement, la France ouvre, pour la première fois depuis 50 ans, une base militaire à l’étranger – un élément que n’ont pas manqué de souligner les médias américains. Ce qui tombe plutôt bien car Paris est, avec Washington, la seule capitale à entretenir de grandes bases à l’étranger (le dispositif britannique n’étant plus que l’ombre de ce qu’il était encore dans les années 1970). Le message politique aux Etats-Unis – mais peut être aussi auix Européens en général et aux Britanniques en particulier – consiste, dès lors, à montrer que la puissance française n’est pas morte. Ce qui, deuxièmement, a un véritable impact en matière de politique intérieure française. On se souvient que les réactions des militaires à la parution du dernier LBDSN avaient été plutôt froides. La base, de ce point de vue, est également une façon de faire bomber le torse à l’armée, lui rappelant que la France conserve des ambitions globales, en dépit d’une réforme douloureuse…

jeudi 28 mai 2009

DSI n°49, le sommaire !

Sommaire DSI 49, juin 2009
En kiosque le 2 juin

Editorial
Agenda et nominations
Les contrats du mois
Veilles contre-terroristes
Veilles stratégiques

La chronique de Carl von C. : « Intelligence, renseignement et glandouille stratégique »

Sur le vif

Quel prépositionnement français en Afrique de l’Ouest ? Le point
Par Véronique Sartini, journaliste

Entretien avec le général de brigade Olivier Paulus,
commandant les Forces Françaises du Cap Vert (FFCV)

Encadré : Le point sur la présence française en Côte d’Ivoire

Encadré : Les Forces Françaises du Gabon

Entretien avec le général Claude Réglat, commandant les Forces Françaises du Gabon (FFG)

Encadré : la mission Corymbe

Stratégie

Clausewitz en action, des bibliothèques à l’Afghanistan
Interview du colonel Benoît Durieux, commandant le 2ème Régiment Etranger d’Infanterie, auteur de Clausewitz en France.

La puissance maritime à l’aube du 21ème siècle. Quelle ambition pour la France ?
Par le capitaine de corvette Philippe Le Gac, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense

Les opérations de stabilisation sont des opérations de guerre. Une réponse au général Gaviard
Par Carl von C., chroniqueur

Armées

60 ans d’opérations aériennes israéliennes
Par Joseph Henrotin et Philippe Langloit, chargés de recherche au CAPRI

Le dernier recours qui n’existait pas. Israël et l’arme nucléaire
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Soufa et Re’em, poings de la Heyl Ha’Avir
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Tableau de bord : La Heyl Ha’Avir
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

Le CPA 10. Les forces spéciales, c’est aussi l’armée de l’Air
Par Véronique Sartini, journaliste

Encadré : Les spécificités des Commandos Parachutistes de l’Air

Encadré : Le « Poitou », l’escadron des forces spéciales

Technologie & Armement

Le C-5 Galaxy, vers une carrière de plus de 70 ans !
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

C-17 : la solution au transport stratégique ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

L’approche russo-soviétique
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

L’Antonov An-124: tout simplement indispensable!
Par Jérôme Palmade, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

LHD Juan Carlos 1er /LA redéfinition de la projection vers la terre

Terminal High Altitude Area Defence/Vers une prolifération des systèmes antimissiles ?

Lockheed U-2 Dragon Lady/L’U-2, légende de la guerre froide

Critiques de lecture

Les armes nucléaires, mythes et réalités de Georges Le Gulte

Aux sources du terrorisme. De la petite guerre aux attentats-suicides de Hélène L’Huillet

Le pari de la guerre. Guerre préventive, guerre juste ? de Ariel Colonomos

2030, la fin de la mondialisation ? de Hervé Coutau-Bégarie

Question internationales, n°35, janvier-février 2009

Military Review, Special Edition, Counterinsurgency reader II

mardi 19 mai 2009

Génération afghane, génération perdue ?

Je réagis ici à un post de JD Merchet, qui examine l'émergence des "Afghansty", nouvelle génération de combattants formés et acculturés aux opérations afghanes... qui pose, en creux, la question de leur adaptation aux opérations classiques.

Première remarque, il faut prendre garde d'opposer "guerre froide" et "guerres actuelles" : ce sont là deux choses non comparables. Les Etats-Unis l'ont payé au prix fort, à trop considérer que les opérations classique/conventionnelles étaient plus exigeantes que les irrégulières, ils sont complètement passé à côté des spécificités du conflit. Au final, ils ont produit des statistiques impressionnantes de tonnages de bombes larguées et d'adversaires tués - ce que fait également l'OTAN. Elles étaient totalement non-pertinentes dans le contexte, révélant une conception linéaire certes plus appropriée. Relire l'ouvrage de Summers (On Strategy) vaccine durablement contre ces biais très technologisants.

Deuxième remarque, cela ne veut pas dire qu'il faille déconsidérer la "haute intensité", que du contraire. D'ailleurs, la "haute intensité" est un terme que je n'aime pas - l'on parle d'ailleurs actuellement et assez justement de HICOIN (High Intensity Counter-Insurrection). Il faut tout simplement savoir faire les deux, sans tomber dans le travers de certaines propositions (la mise en place de forces spécifiquement "conventionnelles" et "non-conventionnelles"). Mais faire les deux est difficile, me direz vous. C'est évident.

Mais la donne a changé : l'opposition entre combats réguliers et irréguliers n'est pas si radicale qu'il n'y paraît. Il y a certes des différences doctrinales importantes mais la grammaire fondamentale des opérations est la même, tout comme les "fondamentaux" des combattants. L'Afghanistan, de ce point de vue, force à réapprendre la progression en colonne, l'éclairage, la protection des flancs, la logistique et tous les gestes élémentaires.

Nous évoluons également dans un environnement professionnalisé. Plus question de conscrits russes, français ou américains qui attendent que se termine leur "tour of duty" et qui demandent dans une large mesure à dégager du théâtre. Ce qui change assez considérablement la donne de la premièrte richesse des armées à savoir leurs hommes - qui restent, jusqu'à preuve du contraire leurs capteurs et leurs effecteurs - pour parler en langage "conventionnel technologisé" - les plus évolués et les plus intelligents.

Dernière remarque aussi sur le futur des opérations : dans l'hypothèse d'une guerre conventionnelle, croire qu'on va rejouer la "guerre froide" ou la "Seconde Guerre mondiale" me semble très dangereux. Les lecteurs de DSI le savent bien, nos adversaires potentiels étudient, lisent encore plus et développent des concepts qui, une fois le jour de l'affrontement venu et bien évidemment, ne chercheront pas à les amener à jouer notre jeu. Personne ne fait la guerre pour la perdre.

Ce qui pose en retour bien des questions auxquelles l'on ne peut répondre sur un blog. Par contre, j'ai bien ma petite idée - à lire en pavé d'ici, j'espère, la fin de l'année.

DSI n°49 en preview - le Bourget à l'horizon

En attendant le Hors-Série n°6 "spécial Bourget" que concocte Jean-Louis, un petit aperçu du DSI de juin (dispo dès le 2 juin) et qui sera forcément un peu plus "aéro" que les autres.

Sur le vif

Ancienne puissance coloniale, la France reste très présente en Afrique, ce qui nourrit toute une littérature dénonçant la « Françafrique » et les relations politiques entre les anciennes colonies et Paris. Derrière la polémique, la coopération entre la France et plusieurs États de l’Afrique de l’Ouest est bien réelle et particulièrement poussée au plan militaire – soit celui de « la politique faite action ». Véronique SARTINI fait le point sur cette coopération mais aussi sur la présence française dans la région. Au cours de son enquête, elle a interrogé Olivier PAULUS, le général commandant les Forces Françaises du Cap-Vert (FFCV) et Claude RÉGLAT, général commandant les Forces Françaises au Gabon (FFV).

Stratégie

Colonel commandant le 2e Régiment Etranger d’Infanterie – dont une partie des éléments part en Afghanistan ce mois – Benoît DURIEUX fait partie de cette génération de « soldats académiques » couplant une grande expérience de terrain et une connaissance approfondie de la stratégie. De quoi sans aucun doute faire la démonstration in vivo de l’utilité de la réflexion.

L’obtention de la puissance maritime reste une énigme : les débats sont loin d’avoir donné lieu à une seule définition communément admise. Mais, derrière ce débat aux allures académiques se cache la politique maritime que va déployer la France, sa déclinaison navale militaire et sa coordination avec la stratégie maritime civile. Mais avant d’en arriver là, le capitaine de corvette Philippe LE GAC, stagiaire au CID, pose une question très pertinente : quelle ambition pour la France ?

Dans DSI n°47, le général Jean-Patrick GAVIARD explorait un certain nombre d’enjeux liés aux opérations de stabilisation. Mais, pour Carl von C., sa vision est restrictive et nécessite une réponse. Notre mystérieux chroniqueur poursuit le débat.

Armées

La force aérienne israélienne s’est construite autour de véritables mythes. Extrêmement expérimentée, c’est elle qui compte le plus grand nombre d’as depuis les 50 dernières années. Le contexte régional – extrêmement spécifique – mis à part, quels sont les ressorts de cette efficacité ? Emmanuel VIVENOT revient sur les incarnations de sa politique de projection que sont les F-15I et F-16I. Joseph HENROTIN et Philippe LANGLOIT analysent quant à eux son évolution doctrinale mais aussi les remises en question qui l’animent : la puissance ne découlerait-elle pas, aussi, du doute ? Enfin, les capacités présentes et futures de la Heyl Ha’Avir sont présentées dans notre traditionnel tableau de bord.

Unités

L’armée de l’Air aussi dispose de forces spéciales opérant depuis le sol : leurs capacités sont même cruciales, en permettant d’effectuer des désignations de cible… et d’aller beaucoup plus loin que les unités de l’armée de Terre engagées dans des missions TAC-P (Tactical Air Control – Party). Pour la première fois et en exclusivité, la presse a pu entrer dans les bureaux du CPA 10. Véronique SARTINI y a rencontré des hommes passionnés par leur mission et fait le point sur les missions et l’évolution d’une unité très spéciale.

Technologie

Le transport aérien stratégique est un domaine qui, sous les apparences pataudes des C-5, C-17 et autres An-124, connaît des évolutions considérables. Sans lui, la rapidité de projection des armées est compromise. Aussi, DSI a-t-il décidé de faire le point. Stéphane FERRARD présente ainsi les évolutions touchant le C-5 Galaxy. Joseph HENROTIN revient sur les succès commerciaux du C-17 et sur sa jeunesse tourmentée. Jean-Jacques MERCIER, quant à lui, fait un petit bond en arrière dans l’histoire et présente la conception soviétique de la question. Enfin, Jean-Louis PROMÉ évalue les perspectives de l’An-124 Condor.

lundi 18 mai 2009

La citation du jour

En conclusion de Aux sources du terrorisme d'Hélène L'Heuillet (Fayard 2009) : "l’idée que « le terrorisme » serait « l’arme des faibles » est déjà non-démocratique et commet l’erreur de transposer dans la réalité ce qui n’est que rhétorique politique".

L'ouvrage, fruit des travaux d'une maître de conférence en philosophie qui est également psychanalyste, est a conseiller, en particulier dans l'exploration qu'elle fait de la relation à la peur. Excellente déconstruction des mécanismes de puissance inhérents à un terrorisme qu'elle considère per se comme un mode de guerre.

Si la critique de son ouvrage paraîtra dans le DSI de juin, on peut franchement considérer que ces travaux (d'ailleurs assez marqués par ceux de stratégistes comme R. Pape ou F. Géré) sont d'une grande utilité.

jeudi 14 mai 2009

Carl von C. est en forme

Carl me demande si je peux poster sa dernière chronique, parue dans DSI n°48, actuellement en kiosque. Je la poste d'autant plus volontiers que, derrière ses délicieuses exagérations et un insight dans une de nos réunions de rédacion, se cache une vérité bien réelle : tout le monde entend augmenter les exportations de matériels français... mais le système lui-même génère des frictions l'empêchant de fonctionner. De quoi méditer alors que se prépare, tout doucement, le prochain Bourget.

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Comment, on n’aime pas les industriels français dans la presse ?

Carl en est encore hilare. Ça commence il y a 15 jours, en réunion de rédaction : mon vénéré rédac’ chef adjoint rentre de Suède – l’autre pays de la crevette – où quelqu’un a été assez fou pour lui remettre les clés d’un blindé, histoire qu’on voie si l’Airbag est opérationnel (note de JH : je n'ai fait aucun accident !). Il nous raconte sa visite. Tout, il a eu accès à tout. Résumé du dialogue :

« Carl. — Et les dégâts en Afghanistan ?
J.H. — Tout, ils m’ont tout montré. Les frappes de RPG, les dégâts avec du 7,62, les changements de moteurs, les essais d’IED… Ils ont fait défiler tous leurs spécialistes, j’ai eu toutes les photos que je voulais.
Carl. — Rien à cacher, donc ?
J.H. — Rien. Absolument rien. Ils ont tout montré. À force d’en parler, leur véhicule était tellement à poil qu’il était bon pour un club de strip-tease pour ingénieurs. Un rêve côté info. ».

D’où, une belle série d’articles à paraître dans DSI-T. Voilà pour l’autopromotion mais, en se prenant la traditionnelle croquette aux crevettes, votre vieux Carl ne pouvait s’empêcher de pester / râler / rigoler / réfléchir, et il y a de quoi. Pensez donc. On entend souvent les industriels français pester contre la presse anglo-saxonne (tout en l’arrosant de généreuses sommes pour y placer de la publicité) : elle serait incapable d’être gentille avec les industriels français, présenterait mal les choses et ne comprendrait pas le génie de nos ingénieurs. En gros, parce qu’on est des vilains / méchants / pas beaux Français, on nous traiterait mal.

Ah bon ? Regardons dans notre assiette. Vous êtes journaliste et vous avez posé un tas de questions ? Prenez un petit verre de vin, le dernier DSI, et fumez vous un « spliff », parce que ça va prendre du temps et que vous allez être stressé. Regardez les choses en face : la communication et le marketing des industriels de défense français est, dans son immense majorité, totalement arriérée, aussi incapable de fournir des vraies réponses que des photos pour les illustrer. Impossible de rencontrer les ingénieurs, impossible de discuter le coup, impossible de ne pas remettre dans les magazines les mêmes sempiternelles photos.

Bref, l’âge de pierre de la communication. Mais pourquoi donc ? Pourquoi est-il plus facile de travailler avec le monde entier – exception faite des Chinois et de certains Russes – qu’avec nos industriels ? Eux qui nous demandent par ailleurs de les soutenir – ce qui veut assez souvent dire relayer leurs communiqués, sans autre esprit critique ni abordage des questions intéressant directement les militaires ? Parce que, culturellement, nous sommes obsédés par le secret, les petites chasses gardées qui font les délices des cancans de machine à café et, plus que tout, parce que nous sommes inefficaces. Maintenant, imaginez Charlie « kill them all » Funky, spécialiste de je-ne-sais-quelle publication, débarquer chez un de nos fleurons : « Yeah, man, ton système, il est intéressant. Tu peux me dire comment je peux m’en servir ? »

Réponse laconique : « Euh… plus tard. D’ailleurs, toutes vos questions, plus tard. Tenez, reprenez un peu de champagne et lisez cette belle brochure qui ne dit rien. Après, on fera un petit voyage de presse tellement rapide que vous ne pourrez poser aucune question. » Évidemment, le champagne est bu et notre vieux Charlie Funky se dit qu’on cherche à lui cacher des choses. Et si on lui cache, c’est forcément que le matériel en question, c’est une blanquette. Une énorme blanquette. Un vrai choc culturel, surtout : à l’heure de la mondialisation, tout le monde surcommunique, sauf nos industriels, qui s’étonnent ensuite qu’on ne parle pas mieux d’eux. Comme si c’était encore au monde de s’adapter à nos habitudes.

La situation – on s’en désolera ou pas – a changé depuis belle lurette. Résultat des courses, même la presse française parle finalement peu des matériels français, plus aucun titre n’a le temps de prendre le temps de contourner les embûches culturelles que nous plaçons sur le chemin de nos propres exports. Alors, certes, me direz-vous, les départements marketing manquent d’argent et de moyens, les industriels doivent mieux se coordonner (si, si, c’est le petit Nicolas qui le dit, avec raison). Mais charité bien ordonnée commence par soi-même. Il y a des choses qui ne coûtent rien et rapportent beaucoup. Se poser des questions, par exemple…

mercredi 13 mai 2009

Colloque "aéronautique navale" : MAJ


Petite mise à jour du programme du colloque du CESM :
L’aéronautique navale, facteur de puissance en mer au service de la sécurité et de la Défense
10 juin 2009 -Ecole Militaire – Amphithéâtre Desvallières

09h30 – 10h25 Ouverture du colloque
09h30 – 09h35 Accueil par le contre-amiral François de Lastic (Amiral commandant le Centre d’enseignement supérieur de la Marine)
09h35 – 09h55 Introduction par le vice-amiral Xavier Magne (Amiral sous-chef d’état-major « opérations aéronavales » à l’état-major de la marine)
09h55 – 10h25 Ouverture par M. le Professeur Hervé Coutau-Bégarie (Directeur de recherches en stratégie au Collège interarmées de défense)
1ère partie : L’aéronautique navale dans son action au quotidien

Animateur : M. Stéphane Fort (Journaliste, France Inter)
10h30 - 10h50 M. le capitaine de vaisseau Henri Bobin (Centre de planification et de conduite des opérations) « L’aéronautique navale dans son action au quotidien »
10h50 - 11h30 Table ronde avec :
Mme Patricia Adam (Députée du Finistère et membre de la Commission de défense de l’Assemblée nationale), Monsieur le vice-amiral d’escadre Laurent Merer (Ancien Préfet maritime de l’Atlantique), M. le vice-amiral Olivier de Rostolan (Amiral commandant de la force aéronautique navale), M. le contre-amiral Bruno Paulmier (Secrétaire général adjoint de la Mer)
11h30 - 12h10 Débats et questions avec l’auditoire
12h10 –13h45 Déjeuner buffet froid
2e partie : L’aéronautique navale au service de l’action diplomatique
Animateur : M. Vincent Groizeleau (Rédacteur en chef de Mer et Marine)
13h50 - 14h20 M. Ludovic Woets (Président de la Société Géo-K) : « L’aéronautique navale au service de l’action diplomatique »
14h20 - 15h00 Table ronde avec :
Monsieur Nicolas Dhuicq (Député de l’Aube et membre de la Commission de défense de l’Assemblée nationale), M. le vice-amiral d’escadre (2S) Patrick Hébrard (Ancien sous-chef « opérations » à l’état-major des armées), M. le capitaine de vaisseau Philip Stonor (Attaché naval près l’Ambassade de Grande-Bretagne en France), M. Alexandre Sheldon-Duplaix (Service historique de la défense), M. le capitaine de vaisseau Christophe Pipolo (Ministère des affaires étrangères)
15h00 - 15h30 Débats et questions avec l’auditoire
15h30 – 15h50 Pause café
3e partie : L’aéronautique navale au combat
Animateur : Jean-Dominique Merchet (Journaliste, Libération)
15h55 - 16h15 M. le Professeur Philippe Vial (Service historique de la défense) : « L’aéronautique navale dans l’opération de Suez en 1956 »
16h15 - 16h35 Amiral (2S) Alain Coldefy (Ancien Major général des armées) : « L’aéronautique navale dans les opérations du Kosovo »
16h35 - 17h20 Table ronde avec :
M. le général de corps aérien Jean-Marc Denuel (Sous-chef Plans à l’état-major des armées), M. le général de division Patrick Tanguy (Commandant l’aviation légère de l’armée de terre),
M. le capitaine de vaisseau Reggie Carpenter (Attaché naval près l’Ambassade des Etats-Unis en France), M. le capitaine de frégate Laurent Sudrat (Ancien commandant de la flottille 21F), M. le capitaine de frégate Jacques Mallard (Commandant de la flottille 17F)
17h20 - 17h50 Débats et questions avec l’auditoire
17H50 - 18h00 - Conclusion de colloque : Amiral Pierre-François Forissier, Chef d’état-major de la marine

lundi 11 mai 2009

DSI-Technologies n°17, le sommaire !


Sommaire DSI-T 17 - Mai-juin 2009


Editorial

Guerre chimique

Vers le retour de la guerre chimique ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Armes chimiques. De quoi parle-t-on ?
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

L’art de la guerre chimique
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Convention sur les armes chimiques : de quoi parle-t-on ?
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes et Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Demain, l’apocalypse chimique ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Air

Tigres français en Afghanistan : les ultimes préparatifs

Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Une histoire de l’armée de l’air chinoise
Par Bertrand Slaski, CEIS

C-130J : premiers retours d’expérience
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Des Toucans pour Washington ?
Par Jérôme Palmade, journaliste spécialiste des questions de défense

Drones de combat, un leurre ?
Par Lucas Morano, spécialiste des questions technologiques

Helsinki hésite entre SAMP/T et NASAMS
Par Jérôme Palmade, journaliste spécialiste des questions de défense

Carte : Les armes chimiques dans le monde depuis 1945

ASMP-A, le cavalier de l’apocalypse
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

Terre

Arme antimatériels. Etat de l’art et perspectives
Par Georges-Henri Bricet des Vallons, spécialiste des armes à létalité réduite (IPSE)

Les Vikings à l’épreuve du feu. L’évolution des séries BV206S et BvS10
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

IdZ. Le futur fantassin allemand
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Obus-flèches. Avantages comparatifs et évolution des « tueurs de chars »
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Forces et faiblesses de la simulation
Par le lieutenant-colonel Christophe Rial, stagiaire des forces armées suisses au Collège Interarmées de Défense

Mer

Prévenir les menaces en Méditerranée. L’édition 2008 de « Raïs Hamidou »
Par Véronique Sartini, journaliste

Les missiles antinavires chinois : prolifération et évolution des capacités
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Piraterie maritime : l’inventaire des solutions
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

vendredi 8 mai 2009

L'ISC fait le plein de publications

L'Institut de Stratégie Comparée n'est pas le centre de recherches stratégiques le plus connu mais le moins qu'on puisse dire est qu'il est productif. Pour preuve la livraison que je viens de recevoir. Dans l'ordre :

- Un numéro quadruple de la revue Stratégique, en perspective du colloque de Coët, et consacré à la guerre irrégulière. Du (très) solide : 32 contributions représentant un total de 731 pages (dont un article de votre humble serviteur) ;

- L'Amérique vulnérable, de J-P. Baulon, une somme astronomique sur le développement des systèmes antimissiles aux Etats-Unis de 1946 à 1976 (l'auteur avait déjà travaillé sur la période postérieure). L'ouvrage est indubitablement appelée à devenir "la bible" du sujet ;

- La deuxième édition de La grande stratégie de l'empire romain d'E.N. Luttwak, un très grand classique particulièrement utile me semble-t-il pour remettre en perspective une notion d'empire qui me semble fréquemment mobilisée à tort et à travers ;

- De la manoeuvre napoléonienne à l'offensive à outrance de Dimitri Queloz, une étude extrêment fouillée sur l'évolution de la tactique française incluant de nombreux enseignements de la guerre de 1870 ;

- Les pays baltes en quête de sécurité de Mathieu Chillaud, qui offre ainsi un travail particulièrement bienvenu sur un sujet toujours délicat.

Et l'année n'est pas terminée. Hervé Coutau-Bégarie poursuit ses travaux sur la trilogie de stratégie maritime qu'il annoncait dans L'océan globalisé, avec un résultat qui pourra être lu dès octobre, en même temps que mon petit dernier... remis hier.

Bonne lecture tout le monde !

mercredi 6 mai 2009

Présentation du nouveau Livre blanc australien : la marine grande gagnante

Le nouveau Livre blanc australien a été officiellement présenté le 2 mai par le ministre de la défense Joel Fitzgibbon et révèle une posture assurément ambitieuse. Les missions de l’ADF (Australian Defence Force) ont également été réajustées et incluent, dans l’ordre :

- le soutien aux autorités civiles dans la sécurité intérieure et les missions d’urgence ;

- la contribution à la stabilité et à la sécurité du Pacifique sud et de Timor oriental, y compris par la conduite de coalitions ;

- la contribution à des opérations militaires dans le Pacifique en général en soutien de la sécurité globale ;

- la prise en charge de l’assistance humanitaire et des opérations d’aide en cas de désastre.

Mais c’est au niveau des ambitions militaires que Canberra surprend le plus, la marine recevant un appui politique particulièrement ferme. Ce qui signifie, concrètement et à l’horizon 2020, le remplacement des 6 sous-marins Collins par 12 bâtiments ; la modernisation continue des 3 destroyers de défense aérienne (non-encore reçus) et la possibilité d’en acheter un quatrième ; l’achat de 8 nouvelles « plus grandes frégates » en remplacement des 8 Anzac actuellement en service (rien n'a été dit concernant les 4 Perry/Adelaide encore en service) ; l’acquisition de 20 patrouilleurs offshore modulaires et permettant de mener des missions de lutte antimines.

Le programme portant sur les 2 LHD sera poursuivi ; l’acquisition d’un bâtiment de transport stratégique ; un nouveau ravitailleur ; une flotte de 24 hélicoptères navals dotés de sonars à immersion variable ; l’acquisition de 6 nouvelles grandes barges de débarquement. Et ce, en dépit des problèmes aigus de recrutement que rencontre actuellement l'Australie.

mardi 5 mai 2009

Un F-15 furtif


Boeing a présenté le 17 mars une nouvelle configuration de son F-15E, le F-15SE (pour Silent Eagle). Le concept est de modifier l’appareil pour renforcer sa discrétion, notamment en conceptualisant de nouveaux pods conformaux.


Là où ils sont traditionnellement réservés à l’emport de carburant et d’électronique, ils deviennent des baies d’armement dans le cadre des "missions du premier jour" (celles requérrant le plus de discrétion) et permettant notamment l’emport de missiles AIM-120 ou AIM-9 ou encore de bombes JDAM guidées par GPS ou des Small Diameter Bomb.


Les dérives ont également été revues, augmentant la portance mais également la furtivité. Sa peinture inclut des particules RAM (Radar Absorbent Material). Il bénéficie également d’un nouveau Digital Flight Control System et d’un radar AESA. Il devrait effectuer son premier vol début 2010.
Selon l'industriel, le niveau de furtivité serait compatible avec le système de restriction aux exportations des matériels de haute technologie. De quoi donc faire en sorte qu'un nouveau concurrent se dresse sur la route des appareils de combat européens.

jeudi 30 avril 2009

DSI n°48, mai 2009, le sommaire


Sommaire DSI n°48, mai 2009

Editorial
Agenda, nominations
Contrats du mois
Veille contre-terroriste
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « Comment ? On n’aime pas les industriels français dans la presse ? »

Sur le vif

Nouveau concept de l’OTAN et retour de la France dans le commandement intégré. De fausses bonnes idées ?
Par Samir Battiss, doctorant à Paris II, chargé de recherche à la Chaire Canadienne de Recherche en politiques étrangères et de défense

Exportations d’armements russes dans le golfe Persique et les pays arabes : un tournant décisif pour la Russie
Par Bertrand Slaski, CEIS

Stratégie

Udar ! Shimon Naveh et l’art de la guerre au niveau opératif
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Une stratégie de bon sens. Engager l’Organisation de Coopération de Shanghai dans la lutte contre le narcotrafic
Par Thomas Renard, attaché de recherche à l’Institut Egmont

Si Clausewitz avait connu Google
Commandant Frédéric-Guillaume Ohrenstein, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense

Armées

La marine sud-coréenne dans son contexte
Entretien avec Chang Kwoun Park, chargé de recherche au Korean Institute for Defence Analysis (KIDA), rédacteur en chef du Korea Journal of Defense Analysis (KJDA)

Corée du Sud. Une puissance maritime en devenir ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord - La Republic of Korea Navy (ROKN)
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

En attendant l’A400M. La BA 123 d’Orléans-Bricy
Par Véronique Sartini, journaliste

Carte : Répartition des ATT français dans le monde

Encadré : L’activité aérienne du Transall

Encadré : L’escadron Franche-Comté. Ses C-130 Hercules sont précieux !

Encadré : L’escadron Poitou : les ailes des commandos

Technologie & Armement

Sealift - Le transport maritime stratégique
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Le Military Sealift Command pivot de la stratégie mondiale du Pentagone
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Frégate classe Anzac/ La marine néo-zélandaise

C-160 Transall/ L’émergence du transport aérien militaire

Char de combat K-2/L’industrie coréenne de défense à l’assaut du monde

Critiques de lecture

Clausewitz in the Twenty-First Century de Hew Strachan et Andreas Herberg-Rothe

La Cyberguerre. La guerre numérique a commencé de Nicolas Arpagian

Les secrets de la géopolitique de Olivier Zajec

Relire Principes de la guerre de montagne du lieutenant général Pierre-Joseph de Bourcet de Cyrille Becker

La France et l’OTAN : vers la normalisation ? de André Dumoulin

Strategic Studies Quarterly, Vol. 3, n°1, Spring 2009.

Camerone 2009


Et hop, me voilà de retour de 3 jours au 2ème REI de Nîmes, avec la Légion. Non que je veuille m'engager mais, à l'invitation du Col. Durieux, nous étions plusieurs à participer à un séminaire de tactique et de stratégie. L'expérience était vraiment intéressante et particulièrement enrichissante.
Pas de reportage donc (mais une interview du chef de corps - dont l'excellent "Clausewitz en France" fait référence) à la clé. Boulot oblige, je n'ai pu assister à Camerone (j'ai cependant eu l'occasion d'observer les répétitions). L'occasion de souhaiter à tous les légionnaires une excellente fête !

vendredi 24 avril 2009

15 Aravis pour l'armée de Terre

La Délégation Générale pour l’Armement (DGA) a notifié le 16 avril 2009 à NEXTER Systems un contrat d’un montant de près de 20M€, dont 15 M€ au titre du plan de relance et portant sur l'achat de 15 véhicules Aravis (le véhicule avait été analysé in extenso dans DSI-T n°14, novembre-décembre 2008).

Cette acquisition va permettre de doter l’armée de Terre d’un véhicule protégé pour la reconnaissance d’itinéraires susceptibles d’être piégés. Les Aravis équiperont les unités du génie qui accompagnent en Afghanistan les véhicules Buffalo et SOUVIM, spécialisés dans la lutte contre les engins explosifs improvisés (EEI).

L’ARAVIS est un véhicule 4x4 de 12,5 tonnes aérotransportable et doté d’un haut niveau de protection contre les mines et les engins explosifs improvisés (EEI). Il peut transporter jusqu’à 7 combattants des unités du génie. Amené à riposter en zones d’insécurité, il est équipé d’un tourelleau téléopéré armé d’une mitrailleuse de 12,7 mm, analogue à celui des VAB TOP employés en Afghanistan depuis le début de l’année.

Dans le cadre de ses missions de reconnaissance, l’ARAVIS dispose, en plus des caméras du tourelleau, de 7 caméras périphériques permettant d’appréhender l’environnement proche tout autour du véhicule.

mercredi 22 avril 2009

Un petit coup d'oeil à DSI-T 17

Et voilà, un bouclage de plus au compteur et... le 5ème de la nouvelle formule DSI-Technologies. Au programme de ce numéro (dans les kioskes vers le 10 mai), un dossier complet sur la guerre chimique. La théma est intéressante en fonction du retour d'expérience irakien mais aussi de la possibilité de voir des "Improvised Chemical Devices", version chimique de l'IED.

Au programme également un article de fond sur le BvS10 Viking écrit suite à une visite en Suède, où j'avais eu l'occasion de tester le véhicule (on ne rigole pas, j'ai payé de ma personne en conduisant la bête) : les Chasseurs alpins sont intéressés et la formule va connaître une série d'évolutions intéressantes.

Nous poursuivons notre série d'articles sur les infanteries du futur avec, ce mois-ci, l'IdZ allemand. Au programme également des articles sur les formes de la simulation, le Super Tucanon le C-130J, l'ASMP-A ou encore (et sans être exhaustif) les armes antimatériels non létales.

lundi 20 avril 2009

PA2, BPC n°3 et sea basing : le retour dans les débats

Pour répondre à l'excellent Y. Cadiou qui intervenait sur le non moins excellent Réflexion stratégique, je me permet de reprendre ici un court papier qui était paru dans les news du DSI n°47, actuellement en kiosque. La question prend d'autant plus de relief que le BPC n°3 vient d'être commandé...

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Depuis quelques semaines déjà, à la faveur des difficultés rencontrées dans la « reprise en main » du Charles de Gaulle par son équipage en raison des problèmes de réducteurs révélés par J.-D. Merchet, le débat sur la nécessité d’un second porte-avions pour la Marine nationale est relancé.

« Mise au frigo » dans l’hypothèse d’une prise de décision « définitive » vers 2011-2012, la question semble ainsi revenir sur le devant de la scène. Avec, comme dans tout débat, des « pour » et des « contre ». En soutien des avis favorables, on trouve la nécessaire permanence à la mer du groupe aéronaval, qui permet à Paris de disposer de son potentiel – qui est aussi un potentiel de dissuasion nucléaire – de façon persistante.

Ou presque, pour les adeptes du « contre », dans la mesure où l’on ne dispose pas d’un équipage en permanence. Et cela ne saurait être, alors que l’on cherche à les réduire partout ailleurs pour économiser sur les budgets –, celui du PA2 devra se réapproprier un bâtiment techniquement très différent du « Grand Charles ».

Or, une réappropriation « coûte » plusieurs mois de disponibilité. En conséquence, la « permanence » serait toute théorique. Autre hypothèse, la disposition d’un équipage propre au PA2, qui permettrait de contourner l’écueil de la réappropriation, pour les tenants du nouveau bâtiment. Mais la France ne dispose que d’un seul groupe aéronaval, ses appareils devant subir des maintenances parfois lourdes, imposant leur renvoi en Bretagne. Sans compter que les équipages des flottilles embarquées ne peuvent tout de même pas rester en mer 365 jours sur 365…

Et les tenants du « non » de rappeler qu’aux États-Unis, chaque porte-avions d’active se voit attacher un groupe aérien embarqué propre – un autre groupe étant, par ailleurs, tenu en réserve. Aussi, pour certains observateurs, un PA2 sans groupe aérien embarqué reviendrait à disposer d’une « reine des quais » opérationnelle 15 mois tous les six ans… D’autant plus que l’argent manque cruellement pour disposer d’un deuxième groupe aérien embarqué, dans un contexte où la Marine n’est même pas certaine de disposer un jour des 60 Rafale (dont une vingtaine de machines en parc d’attrition) dont elle a l’ambition de se doter.

Or, pour les tenants du « oui », un « pont plat » tel que celui du PA2 pourrait jouer un rôle similaire à celui du porte-hélicoptères d’assaut Ocean dans la Royal Navy : une base maritime avancée au profit de forces spéciales ou de l’infanterie de marine. Sauf que, pour les partisans du « non », la commande d’un 3e BPC – au demeurant prévue dans le dernier Livre blanc – tend à remplir ce rôle et à participer au renforcement des capacités amphibies – soit l’autre façon d’influencer les conflits se déroulant « à terre ».

La problématique est d’autant plus aigüe que le PA2 a été conçu comme un porte-avions en bonne et due forme. En d’autres termes, s’il pourrait accueillir un nombre impressionnant de machines, la question de la place occupée par les hommes ne manquerait pas de se poser… Sauf à revoir la conception d’un bâtiment qui, pour les partisans du « non », a déjà mobilisé des ressources financières passablement rares. L’équation du PA2 pourrait donc bien se révéler insoluble et ne trouver sa solution que dans une réflexion plus large.

Le Rafale évincé de la compétition MMRCA

La nouvelle fera mal : le Rafale, engagé dans la compétition MMRCA (Medium Multi-Role Combat Aircraft), portant sur 126 appareils, a été disqualifié. Selon les autorités indiennes, il ne répondait pas à plusieurs éléments du cahier des charges de l’IAF (Indian Air Force).

Selon un officiel français, l’appareil ne présente pourtant aucune lacune et, de plus, l’Inde n’a pas informé la France de cette décision. In fine, 5 compétiteurs restent en lice pour ce contrat d’une valeur de 9 milliards d’euros : le F/A-18 Super Hornet (Boeing), le F-16 Fighting Falcon (Lockheed Martin), le MiG-35 (United Aircraft Corporation), le Gripen (Saab) et le Typhoon (Eurofighter).

Alors que le Mig-35 avait été taillé sur mesure pour le marché indien et avait été présenté pour la première fois durant Aero India 2007 (cf. Technologie & Armement n°5 sur les caractéristiques de l’appareil), l’Inde pourrait choisir de diversifier ses importations, une politique qu’elle poursuit maintenant depuis quelques années.

Dans ce contexte, elle reste attachée à ses relations avec la France – un contrat portant sur la modernisation de ses Mirage 2000 est toujours en cours de négociation et le contrat sur les 6 sous-marins Scorpène a renforcé ces liens – mais elle pourrait développer celles avec Washington. Dans le domaine de l’armement, celles-ci restent pour l’heure limitées à l’acquisition promise d’appareils de patrouille maritime P-8 Poseidon.

Pour l’heure, le Rafale n’a pas encore enregistré de succès. Pour autant, l’appareil pourrait être acquis à une soixantaine d’exemplaire par les Emirats Arabes Unis, tandis que la Suisse, la Libye, la Grèce et le Brésil restent des clients potentiels.

vendredi 17 avril 2009

Les études stratégiques : une affaire qui tourne

A mes heures perdues - si, si, il y en a - je m'occupe de mettre à jour les sites du RMES mais aussi de l'Institut de Stratégie Comparée.

Lors d'une petite pause dans le bouclage du prochain DSI-T, je suis passé faire un tour sur les modules de gestion des sites, avec des résultats sans appel :

- pour les 3 premiers mois de l'année, l'ISC a enregistré 500.000 pages vues, avec une durée moyenne de 5 minutes par page.

- quant au RMES, il en est à ses 100.000 pages, toujours pour la même période. Les derniers Cahiers du RMES, par exemple, ont été téléchargés à 5.500 reprises alors qu'ils ont été mis en ligne début mars.

DSI 48, mai 2009 - en preview

Sur le vif

Le sommet de l’OTAN de Strasbourg-Kehl s’est révélé relativement terne. Pourtant, de véritables questions se posaient… et se posent toujours, comme celle du nouveau concept stratégique. Samir BATTISS, chargé d’enseignement à l’UQAM, porte un regard critique sur des évolutions d’où la France ne pourra plus être absente. Dans le même temps, l’actualité du mois de février était marquée par le salon IDEX, aux Émirats Arabes Unis. Bertrand SLASKI revient sur la politique d’exportation d’armements de la Russie dans le golfe Persique, pour y discerner un tournant majeur.

Stratégie

L’art opératif/opératique/opérationnel est celui des grandes campagnes militaires, formant l’interface entre les niveaux tactique et stratégique. C’est dire son importance, dans les conflits réguliers comme irréguliers, d’ailleurs. À cet égard, l’art militaire soviétique a encore beaucoup à nous apprendre et l’un de ses meilleurs exégètes, le général israélien Shimon Naveh, a un point de vue original sur la question. Joseph HENROTIN décrypte les fondements de cette approche.

La question afghane reste d’une actualité criante et est le reflet d’enjeux majeurs, y compris jusque dans la lutte contre le trafic de drogues. Examinant les avancées effectuées et les défis encore présents, Thomas RENARD pose la question d’un engagement de l’Organisation de Coopération de Shanghai dans une lutte qui a un impact direct sur nos troupes.

Les 15 dernières années ont été propices à de nombreuses publications sur l’utilité des nouvelles technologies dans la conduite des opérations militaires. Elles auraient autorisé une levée du « brouillard de la guerre » et auraient affûté le « coup d’œil » des commandants. Mais Frédéric-Guillaume OHRENSTEIN, stagiaire au CID, s’interroge à juste titre : « si Clausewitz avait connu Google », qu’en aurait-il pensé ?

Armées

On l’a dit et répété, l’Asie navale se réveille. En son sein, la Republic of Korea Navy (ROKN) fait preuve d’une réelle dynamique qui devrait, à terme, changer les rapports de force dans cette partie du monde. Concrètement cependant, peu d’analyses fournies existent dans la littérature ouverte sur le sujet. DSI a interviewé Chang KWOUN PARK, chercheur au Korean Institute for Defence Analysis, le principal centre de recherche stratégique sud-coréen, qui replace l’évolution de la marine dans le contexte géostratégique plus large de la Corée du Sud. Joseph HENROTIN a, quant à lui, analysé l’évolution de la marine de Séoul et ses projets, montrant que ses ambitions devraient l’amener à disposer, en 2020, de plus de grands bâtiments de combat que la Chine elle-même. Enfin, Philippe LANGLOIT dresse un tableau quantitatif de la ROKN mais revient également sur le développement de son infanterie navale.

Unités

Le transport aérien militaire français va mal. Très mal même. Avec 44 Transall disponibles, techniciens et pilotes réalisent quotidiennement le miracle de faire conserver à la France sa « voie sacrée » aérienne. Véronique SARTINI s’est rendue à Orléans, sur la BA123 pour rencontrer des hommes capables de poser leurs appareils chargés, de nuit, sur une distance de 1 000 m et sur une piste à peine préparée. Elle dresse un tableau complet et sans complaisance d’une situation qui ne fera, avec les retards de l’A400M, que se dégrader.

Technologie et armement

Si le transport aérien est à l’avant-plan des préoccupations politiques nationale et européenne, c’est toutefois le transport maritime qui assure l’essentiel du déplacement des armées sur les théâtres d’opérations extérieurs. C’est dire s’il est un maillon vital de la politique de tout État ayant des ambitions globales. Or, malgré ce rôle absolument stratégique, il est peu traité dans la littérature. DSI comble ce vide. Joseph HENROTIN analyse ainsi quelles sont les différentes solutions en matière de Sealift et évalue également leurs contraintes respectives. Jean-Louis PROMÉ revient quant à lui sur le cœur de la projection américaine, le Military Sealift Command, et ses impressionnantes capacités de projection mais aussi de prépositionnement.