samedi 19 janvier 2008

90mm : le buzz

Juste un petit mot pour vous dire que Denis Ducarme revient sur les AIV et les 90mm en citant votre serviteur, ce qui ne gâche rien ;o)

CVF britanniques : deux ans de retard

Le gouvernement britannique a réduit de 1,5 milliards de livres le budget de défense durant les 3 prochaines années, en dépit de l'augmentation décidée en juillet. En fait, le budget britannique de la défense a un déficit de 2 milliards cette année et en aura un de 5 milliards les 3 suivantes.

De la sorte, le programme des deux CVF sera postposé de deux ans, les bâtiments devant dès lors entrer en service en 2016 et 2018.

Mais d'autres programmes pourraient également être touchés, le Trésor britannique demandant l'abandon de la modernisation de la dernière tranche de 88 Tornado, la réduction des commandes en F-35 (138 sont pour l'heure plannifiés), le décommissionnement de 4 frégates Type 22 et celui d'une Type 23. La Royal Navy ne disposera dès lors plus que de 20 bâtiments d'escorte.

vendredi 18 janvier 2008

Galula, le Clausewitz de la contre-insurrection

Ce n'est pas moi qui le dit, mais le général Petraeus, dans la préface qu'il a donné à la traduction française de Counter-insurgency warfare: theory and practice que je viens juste de recevoir et qui va sans doute occuper mes soirées de ce week-end. Contre-insurrection, théorie et pratique, Coll. "Stratégie et doctrines", Economica, 2008. Miam-miam... et critique de lecture dans le DSI de mars !

D'ici là, dans celui de février, nous aurons un autre poids-lourd de la stratégie : Colin S. Gray, pour la critique de La guerre au 21ème siècle. Un autre siècle de sange et de feu, toujours chez Economica, toujours dans la même collection. Re-miam miam.

Bonne lecture tout le monde !

jeudi 17 janvier 2008

Questions/réponses à P. De Crem : les minutes

Comme promis, les minutes des réponses de P. De Crem sont disponibles sur le site de la Chambre (voir les pp. 37-38 du PDF). Ceci dit, lorsqu'il indique que le 105 pose un problème de sécurité sur AIV, je suis quelque peu interloqué : quelque chose cloche. D'une part, sur le fait que le calibre maximal devait être de 90mm, selon le Plan directeur de 2003 (je ne savais pas que l'appel d'offre était ouvert au 105, comme le dit le ministre).

En effet, manifestement, d'après CMI, le 105mm a été essayé sur Piranha. C'est du moins ce que tendent à indiquer les photos sur la brochure visible ici (Cf. photos des pp. 14 et 15), l'industriel ayant publié en outre des communiqués de presse selon lesquels le 105 avait été testé sur des véhicules concurrents du Piranha IIIC, comme l'AMV ou le Pandur 2.

Dans ce cas, aurait-on choisi le 90mm en fonction du Piranha IIIC ? Pourquoi - alors que nombre de nos officiers spécialistes des blindés n'étaient pas favorables au 90 - avoir choisi le Piranha, manifestement plus cher ?

Des Rafale à Kandahar

Trois Rafale devraient être déployés à Kandahar "d'ici 15 jours".

La nouvelle livraison des Cahiers du RMES est en ligne

Alain "A bomb" De Neve m'annonce que la nouvelle édition des Cahiers du RMES (Vol IV, n°2) est à présent en ligne avec un programme pour le moins intéressant :

Le Parlement européen et la PESD
Par André Dumoulin

Belgian Intervention Policy in the DRC: Causes and Consequences of the Reorientation, 1999 - 2006.
By Catherine Kelly

Sociétés militaires et de sécurité privée: les mercenaires des temps modernes?
Par Jean-Didier Rosi

Une "Révolution civile dans les Affaires Militaires"? La "Transformation" entre volonté idéologique et rivalités institutionnelles.
Par Stéphane Taillat

The Importance of Space from A Security and Defence Perspective, Military Applications of Space Technologies and Excpected Technological Developments.
By Alain De Neve

Bonne lecture !

Le boulet des compensations


Sur le fond, l'idée était bonne : tout achat de matériel à l'étranger pour le compte de l'armée belge doit profiter aux industries belges. Mais, comme l'indique le Pr. Wally Struys dans l'ouvrage consacré à la Belgique et à la PESD qu'il avait co-écrit avec André Dumoulin et Philippe Manigart, le système coûte aussi... très cher.

Après tout, pour l'industriel maître d'oeuvre, il faut bien répercuter les surcoûts.

Dans le cas de nos 138 AIV - et selon les estimations basses (contrat de 500 millions) ou hautes (700 millions, De Standaard de ce jour) - le prix unitaire varierait de 3,623 à 5,0724 millions d'euros. Notez que les 32 tourelles ORCWS-30 ont fait l'objet d'un contrat séparé avec Rafael pour 40 millions d'euros.

Comparaison n'est pas raison mais examinons ce qu'ont payé nos voisins (source : communiqués de presse constructeurs récupérés sur Defense Industry Daily) :

- La Finlande pour un CV9030 (chenillé, canon de 30 mm - en photo) : 2,6 millions
- Le Portugal pour un Pandur II (8x8) : 1,0769 millions
- La Croatie pour un AMV (8x8) : 1,333 millions
- L'Irelande pour un Piranha IIIH : 2 millions d'euros

Recordman du genre : le Puma allemand, véhicule de combat d'infanterie le plus lourd d'Europe (chenillé, 43 tonnes, canon de 30 mm, système d'autoprotection intégré - en fait, la Rolls-royce des IFV... et le plus cher) : 7,3 millions d'euros.

Reste, tout de même, à savoir pourquoi à l'unité, nous payons 1,6 millions d'euros en plus que nos camarades irlandais... Vous aviez dit "bonne affaire" ?

mercredi 16 janvier 2008

P. De Crem en commission de la défense : les AIV et les 90mm "inadaptés"

La séance de la Commission de la défense belge vient de se terminer il y a une petite heure et Denis Ducarme y a posé ses questions. Je ne manquerai pas de mettre le lien vers les minutes de la commission lorsqu'elle seront mises en ligne.

En attendant, le ministre a effectivement confirmé le fait que les AIV étaient inadaptés. Il a indiqué que si la première tranche était effectivement commandée, il allait analyser l'ensemble du dossier et ses conditions. Il a également indiqué que, pour raisons de sécurité, un 105 mm ne convenait pas sur AIV - le véhicule étant trop léger - mais qu'en tout état de cause, le 90 mm était lui aussi inadapté.

L'affaire est donc à suivre quant à ses conséquences.

DSI avait été le premier magazine de défense, en février 2005, à pointer la problématique du remplacement des Léopard.

Mise à jour : j'ai reçu le communiqué de presse de Denis Ducarme. Morceaux choisis :

"le Député a demandé au Ministre si les contrats relatifs à l’achat des AIV et des 40 tourelles pour les 90 mm pouvaient être remis en question totalement ou en partie". De fait, la formule est punchy, après un argumentaire technique qui fait du bien : "Bref, au jour où la Belgique ne dispose pas encore des AIV, celui-ci fait déjà figure de véhicule du passé". Et d'ajouter que "le Ministre s’est engagé à ré-ouvir le dossier et à analyser les différentes clauses du contrat afin de voir si il était possible d’éviter de faire subir cette erreur à notre armée. Le Député a demandé au Ministre De Crem que la seconde phase du contrat relative à l’achat des 104 AIV, conditionnelle celle-là, soit gelée dès que possible".

Quelques news

Ca y est, Tanguy Struye - a.k.a. le Mr. T. du paradigme réaliste en relations internationales - vient de lancer son propre blog, Realpolitik. Au menu : analyses et décryptages de la complexité contemporaine. Tout ce qu'il faut !

Et puis, le CESA a mis en ligne une synthèse de ma conférence du 11 décembre. A lire ici.

Et pour finir la matinée en beauté, ça y est, le DSI n°34 (février 08) est terminé, pile à temps pour pouvoir fignoler quelque peu le nouveau T&A... qui en est (déjà !) à sa 10ème parution.

mardi 15 janvier 2008

Exclusif : Belgique, vers un abandon des AIV et des 90 mm ?


La vente de 71 blindés belges au Liban pour 3,5 millions d’euros – dont 43 Leopard 1A5BE pose question à certains égards : sachant qu’il en existait 132 et que 52 sont en ligne, seront-ils prélevés sur ceux en dépôt ou viendront-ils des unités de première ligne, sachant que les AIV dotés de tourelles en 90mm arriveront dans les unités dès, théoriquement, 2011 ? 3,5 millions d’euros, n’est-ce pas peu en fonction du volume de la commande ? Par ailleurs, la vente, conclue avec le chef d’état-major libanais, le général Sleimane – candidat à la présidentielle libanaise – n’est-elle pas une façon d’acheter la sécurité des Belges affectés à la FINUL II ?

Fraîchement nommé vice-président de la commission défense de la chambre des représentants belges, le député Denis Ducarme va interroger ce mercredi le nouveau ministre de la défense, Pieter De Crem, à ce sujet.

Dans le même temps, il posera également la question de savoir dans quelle mesure les commandes en AIV (en fait, des Piranha IIIC) – et plus particulièrement les tourelles de 90 – peuvent être annulées.

Dans le débat roue/chenilles et tenant compte des expériences australiennes (ASLAV) comme américaines (Stryker), le 8x8 pose un problème de mobilité et son blindage apparaît comme faible face à la prolifération des différentes évolutions du RPG.

Dans le même temps, le choix du 90 mm avait, en son temps, surpris. Si le calibre est considéré comme standard OTAN, il n’est pour l’heure utilisé que sur les ERC-90 français et n’est en rien comparable à un 105 mm (CMI, qui le fabrique, indiquant qu’il peut être efficace sur T-62 au maximum) ou à un 120 mm.

En fait, la décision du gouvernement belge signifiait clairement la fin de la capacité à traiter des chars adverses, au moment même où même des armées qui avaient décidé d’abandonner le char de bataille (comme l’Australie et le Canada) revenaient sur leur choix. Si elle avantageait les industries wallonnes (CMI étant, avec ENGESA, la seule à fabrique ce calibre), le plus piquant est que la même CMI fabrique également un 105mm.

On notera que le nouveau ministre de la défense, alors qu’il était dans l’opposition, avait critiqué le choix du 90mm et qu’une controverse – certes, j’y étais pour quelque chose – s’en était suivie, appuyée d’ailleurs par un professeur de balistique de l’ERM. Autrement dit, le nouveau ministre (si je ne m'abuse officier de réserve... dans les blindés) est susceptible d'amender sérieusement la politique de défense développée par son prédécesseur, André Flahaut.

Pour rappel, la Belgique a commandé 138 AIV (pour un montant supérieur à 500 millions d’euros, certaines sources parlant de 700 millions), 32 tourelles téléopérées ORCWS-30 de 30 mm pour 40 millions et, probablement – CMI ayant été discret – 40 tourelles de 90 mm (prix inconnu). A terme, la cible est de 242 AIV.
Précision a posteriori : on me fait très justement remarquer que P. De Crem n'était pas officier dans les blindés, contrairement à A. De Decker.

lundi 14 janvier 2008

Back to France

L'Europe a ceci de fantastique qu'elle est un espace très petit - quelque chose que nos décideurs devraient méditer. Une petite heure vingt de vol - à peine moins qu'un Paris-Bruxelles - et j'étais à Marseille, pour deux semaines de bouclage à la rédaction. Les frontières, de ce point de vue, ont disparu plus vite que ce que le voulait, sans doute, le monde politique... En tirera-t-il les conséquences ?

samedi 12 janvier 2008

Un peu de zénitude...

Beaucoup d'amis français se montrent assez inquiet de l'évolution de la situation belge. Si j'ai certes pu fournir des réponses académiques à leurs interrogations, j'en rajouterais une petite couche avec TV Belgiek, show quotidien complètement décalé et qui révèle quelques petites perles d'humour (éventuellement belge), dont le petit dernier est consacré à la problématique des vols au départ de Zaventem. Riante cité s'urbanisant sans cesse - mais dont les habitants ne semblaient pas avoir remarqué qu'un aéroport se trouvait à côté - son dossier, comme tout bon dossier belge, a gaillardement été "communautarisé". A voir sans modération, parce qu'après tout, le week-end, c'est le week-end.

jeudi 10 janvier 2008

Gowind bulgares : ajournées

La Bulgarie a ajourné l'achat de quatre corvettes françaises Gowind au profit à ce stade de deux frégates belges d'occasion et d'un démineur, annonce le ministre de la défence Vesselin Bliznakov.

L'achat de quatre corvettes à DCNS, pour un prix de 700 à 780 millions d'euros, a été reportée par manque de ressources. Elle a par contre acheté deux frégates belges d'occasion et un démineur pour un montant total de 54 millions d'euros. "La première frégate, et peut-être même les trois bateaux, sera livrée à l'été 2008", a-t-il ajouté. Sofia avait acheté une frégate belge en 2005, son premier navire militaire aux normes de l'Otan.

Toujours selon le ministre bulgare, "nous ne pouvons pas finaliser l'achat, et continuer avec ce projet, car nous n'avons pas de quoi payer les 20% d'avance", tout en ajoutant que la Bulgarie ne renonçait pas définitivement à cet achat, mais que le budget de la défense (2,1% du PIB en 2008) ne le permettrait pas dans les trois prochaines années.

Chine : légère augmentation du nombre de patrouilles sous-marines

Souvent présentée comme en pleine croissance, la marine chinoise n’en fait pas moins face à des problèmes opérationnels importants. L’on a ainsi appris de l’US Navy que, tout en disposant de 55 sous-marins de toutes classes et de toute catégorie, Pékin n’a mené que 6 patrouilles avec ses bâtiments en 2007 (contre 2 en 2006 et…0 en 2005).

Aucune patrouille de dissuasion nucléaire n’a été menée durant la même période. Depuis 1981, la Chine n’aura mené plus de 5 patrouilles qu’en 2000 et 2007 et, depuis 26 ans, elle n’aura mené que 56 patrouilles. Comparativement et toujours selon la même source, la Russie a mené 7 patrouilles en 2007.

Reste, cependant, que les navires ne restent pas au port pour autant : la définition que la Navy donne à une « patrouille » est toujours considérée comme secrète (car susceptible de dévoiler ses sources et ses méthodes de renseignement).

Concrètement, elles recouvriraient des déploiements opérationnels à des distances permettant de menacer des flottes US ou amies. On notera par ailleurs que la modernisation de la flotte sous-marine chinoise ne s’accompagne pas d’une augmentation quantitative.

En réalité, elle est en déclin, 2/3 des bâtiments ayant été perdus depuis 1985. D’un point de vue qualitatif, entre 2000 et 2006, lorsque la Chine a reçu une douzaine de Kilo et de Song, le nombre de patrouilles à décliné, soulignant la difficulté pour la marine de l’APL d’intégrer ses nouveaux bâtiments.

mercredi 9 janvier 2008

Contre-terrorisme en Belgique, l'heure de la stratégie

Dans la foulée du débat dominical auquel m'avait été donné l'occasion de participer, je me suis dit que l'alerte terroriste que nous avions connu en Belgique à la fin 2007 devait être source d'enseignements. D'où une opinion parue dans La Libre Belgique d'aujourd'hui et que je me permet de reproduire :

Cessez de respirer, nous pourrions être attaqués !

Bien des leçons sont à tirer de la récente alerte terroriste. Surprenante dans un pays où l'on a systématiquement minimisé les risques d'attaque, elle a certes démontré la réactivité de l'OCAM - le nouvel organe chargé de l'évaluation de la menace - et de la police. Mais elle a également démontré notre dénuement en matière de stratégie contre-terroriste. On ne peut, en effet, se limiter à disposer de services de renseignement et d'une police ostensiblement déployée sur le terrain dans l'espoir de dissuader des attaques (1) . L'expérience le montre, l'effet dissuasif d'une présence policière ou encore de caméras est minime face à des kamikazes déterminés. Si l'on me rétorquera qu'il fallait bien faire quelque chose, je ferai néanmoins remarquer que, dans l'observation de comportements suspects, un policier en civil correctement formé - ce qui est encore loin d'être le cas - sera quasi-systématiquement toujours plus efficace. C'est une première leçon.

Deuxième leçon, notre communication de crise en connaît une particulièrement aigüe. L'on a voulu communiquer, bredouillant des projets d'évasion de N. Trabelsi puis évoquant d'autres menaces, sans guère clarifier. Soit, en communication contre-terroriste, la pire des configurations. L'expérience britannique en matière de gestion de la résilience montre en effet que, face à une menace, il est nécessaire de communiquer, de façon à réduire les effets néfastes d'une attaque sur la population. Si l'on ne pouvait éviter les effets physiques (les explosions), il reste possible de limiter les impacts psychologiques. Or, ces derniers sont liés à la surprise provoquée par les attentats, et plus on communique, moins la surprise est importante. De ce point de vue, la Belgique revient de loin : à force d'avoir minimisé durant des années la probabilité que le pays puisse être la cible d'attentats, nous devons à présent rattraper le retard en toute urgence, au risque de provoquer une paranoïa... qui aura surtout démontré la victoire des terroristes.

De là découle une troisième leçon. La permanence de la menace impose d'accepter un certain nombre de réflexions pour le moins désagréables. Ainsi, si nos services, malgré leurs efforts, ne détectent aucune activité, cela ne veut pas pour autant dire que rien ne se passe. Dès lors, il faut accepter la possibilité qu'une cellule ne soit pas démantelée à temps et qu'elle réussisse un attentat. De ce point de vue, certifier à la population que jamais rien ne se passera est aussi irresponsable que les atermoiements quant à l'attribution à la Sûreté ou au SGRS de nouvelles ressources. Par ailleurs, cette permanence de la menace nous impose de nous organiser en conséquence. C'est une tâche complexe qui passe autant par une prise de conscience - au travers, notamment, de l'enseignement - que par une formation adéquate de la police ou des pompiers (par définition plus à même que le niveau politique à gérer une communication de crise sur le terrain), par une meilleure offre d'information aux citoyens (via des sites internet, par exemple) ou par des simulations régulières impliquant le niveau politique (la clé de l'efficacité du maire de New York, le 11 septembre).

L'expérience britannique en matière de résilience, de ce point de vue, est riche. Mais, malgré un coût dérisoire, elle semble délibérément déconsidérée en Belgique, la complexité institutionnelle faisant bien souvent obstacle à son déploiement : une politique de résilience impose en effet des coopérations entre les ministères fédéraux, des régions et des communautés. C'est encore sans compter sur les lourdeurs bureaucratiques et l'inertie. Ce n'est ainsi qu'en 2007 que le Parlement européen a mis en place un contingency plan examinant différents scénarios lui permettant de continuer à travailler en situation de crise. Combien d'entreprises en disposent ? Nos principales institutions en ont-elles développé ? Là aussi, on le voit, une stratégie contre-terroriste intégrée et efficace ne peut se contenter de s'appuyer sur les services de renseignement et la police.

La quatrième leçon devrait être évidente mais ne le semble pourtant pas : il faut continuer à vivre. Euthanasier l'économie en tendant vers l'imposition de ce qui s'apparente à un embryon de couvre-feux - par exemple, en fermant le marché de Noël sur la Grand - Place à 18 heures - n'aidera en rien la lutte contre le terrorisme. Premièrement, sauf à vider les rues des passants, vous n'empêcherez pas une frappe. Vous n'empêcherez pas non plus le terroriste de frapper avant la fermeture des commerces (sans doute, d'ailleurs, plus fréquentés un samedi à 15 heures qu'un mardi à 19 heures). Deuxièmement, vous contribuerez à instaurer un climat de peur qui, historiquement, n'a jamais été propice à la consommation. Or, ajouter au terrorisme le marasme économique ne me semble pas être une bonne solution ni au financement de nos services ni à l'obtention d'un climat harmonieux de "vivre-ensemble". Au final, si des mesures aussi spectaculaires que la fermeture des commerces où l'annulation d'un feu d'artifice "donnent l'impression de faire quelque chose", l'usage de techniques de filtrage eût sans doute été préférable.

A cet égard, en matière de contre-terrorisme, le "summum de l'art" consiste à impliquer la population dans sa propre sécurité. Or, l'attitude du gouvernement a quasi-systématiquement consisté, ces dernières années, à indiquer qu'il se chargeait de tout au travers des services de sécurité. Or, la population a également un rôle à jouer, ne fût-ce qu'en facilitant le travail des services, en comprenant leurs actions, en ne les entravant pas et en ne les surchargeant pas. Ainsi, à la suite des attentats de Londres en juillet 2005, le nombre de colis suspects signalés aux services de pompiers et de police bruxellois a augmenté de 600 pc, les appels étant le plus souvent de bonne foi, soulignant ainsi la paranoïa naissante d'une population que l'on n'a jamais formé à faire face à ce genre de situation. De ce point de vue, en annulant des événements populaires, l'on coupe la population de sa propre sécurité face à une menace qui n'est pas totalement avérée.

A ce rythme, un décalage risque de rapidement se faire sentir entre des événements annulés et des événements autorisés. Comment faire l'arbitrage ? Au moindre signe de menace - on l'a vu, toujours latente - devons-nous cessez de respirer et nous enfoncer dans la paranoïa ? Devons-nous donner aux terroristes la plus belle des victoires, celle qui consiste à terroriser et à soumettre sans même avoir à frapper ? Des réactions trop linéaires - fermetures et déploiements massifs de forces de l'ordre - sont sans doute le signe d'une réflexion insuffisante. Ces mesures peuvent être nécessaires dans certains cas de figure, mais elles ne sont pas la panacée. Si soutenir le développement de nos services de renseignement fait à présent l'objet d'un consensus (quoique, certains me diront, peu suivi dans les faits) et que l'on reconnaît - enfin ! - que nous ne sommes pas moins visés qu'un autre Etat, il faut encore apprendre à vivre avec la réalité du monde.

Il est temps : nous sommes plus de 6 ans après le 11 septembre... et nous n'aurons pas toujours la chance de ne pas voir de bombes éclater durant une aussi longue période.

(1) Evidemment, ces mesures possèdent d'autres avantages... mais pas dans la prévention d'une attaque.

mardi 8 janvier 2008

Une nouvelle UAS Roadmap

La lecture de l’UAS Roadmap 2007-2032 (définissant l’évolution des systèmes de drones du Pentagone) parue le 10 décembre 2007 permet de se rendre compte que la politique poursuivie par Washington envisage une diminution des ambitions technologiques poursuivies.

Ainsi, quatre grandes directions de recherche et développement sont dégagées en matière de des drones – aériens, navals et terrestres – seront la reconnaissance et la surveillance ; l’identification et la désignation d’objectifs ; les opérations de déminage et la reconnaissance CBRNE (Chemical, Biological, Radiological, Nuclear, Explosive).

Mais si les appareils pourront être affectés à des missions de frappe – notamment dans le cadre d’opérations de suppression de défense aériennes adverses – ils ne seront pas, selon Dyke Weatherington, directeur adjoint de la task-force « Unmanned Aircraft Systems », capables de mener des combats aériens.

Ainsi, « il n’y a vraiment aucun moyen pour qu’un système piloté à distance puisse effectivement opérer dans des combats aériens défensifs ou offensifs ». Reste l’option d’un système totalement autonome mais là « nous n’avons pas encore ce niveau d’autonomie et, franchement, venir à bout de cette Roadmap va prendre de nombreuses années ».

Back in Begium : le retour du retour 2

Bon, finalement, le débat n'est pas consultable dans son intégralité sur le site de RTL. Cependant, le journal télévisé a résumé assez succintement le débat - assez animé par ailleurs - juste ici.

samedi 5 janvier 2008

Back in Belgium : le retour du retour

Après mon retour en Belgique suivant le mode télétravail, c'est le retour sur les ondes. Après un petit tour dans un sujet de N. Bouria hier soir au 19 heures de RTL-TVI, c'est une invitation, demain, de midi à 13 heures, sur le plateau de "Controverses", toujours sur la même chaîne, sur la question de la menace terroriste en Belgique. Beaucoup de choses sont, en effet, à dire, d'autant plus que nous avons été placés en alerte "4" (maximale)... sur base de rien, au risque de dévoiler notre stratégie. Je tâcherai de mettre le lien vers la rediffusion internet.

vendredi 4 janvier 2008

Livre blanc sur la défense et la sécurité : point d'étape par N. Sarkozy

Sans attendre les conclusions du Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale, Nicolas Sarkozy a saisi jeudi l'occasion d'un "point d'étape" de la commission chargée de son élaboration pour esquisser le nouveau visage de la défense. En résultent plusieurs avancées :

1) Pas de NSC à l'américaine mais une solution intermédiaire

Celui-ci conjuguera effectivement les deux dimensions de la défense et de la sécurité nationale, une approche post-11 septembre mêlant enjeux nationaux et internationaux, civils et militaires. En découle la création d'un nouveau Conseil de défense et de sécurité nationale, deux fonctions assurée jusqu'ici par des institutions distinctes auprès du président. "Le périmètre du nouveau conseil, élargi à la sécurité par rapport aux actuels Conseils de défense actuels, est lié à la réforme constitutionnelle à venir", précise-t-on de source proche du dossier.

Ce nouveau conseil s'appuiera lui-même sur "un Conseil consultatif dont les membres seront nommés par le chef de l'Etat", a précisé l'Elysée. Il s'agira d'experts choisis en dehors du cercle habituel des décideurs de la défense. Le candidat Sarkozy envisageait en mars 2007 un ambitieux Conseil national de sécurité à l'américaine. Mais la solution finalement retenue sera "plus conforme à notre Constitution et à notre pratique", fait-on valoir.

2) Le tempo : des retards

Avant d'annoncer ces nouvelles orientations, M. Sarkozy a reçu jeudi le président de la Commission du Livre blanc, Jean-Claude Mallet, pour un "point d'étape" de ses travaux. La publication du Livre blanc lui-même, prévue dans un premier temps début mars, est désormais annoncée pour le "début du printemps 2008", après les élections municipales. La méthode est conservée mais, comme nous en faisaient part plusieurs observateurs, le timing était trop serré, de sorte que ce "retard" était finalement nécessaire.

Notons que d'ici là, d'autres points d'étape devraient être réalisés.

3) Les fonctions stratégiques : bonjour l'anticipation, au revoir la projection

La présidence a par ailleurs souligné que le nouveau Livre blanc, après celui de 1994 qui tirait "les enseignements de la fin de la guerre froide", sera "celui de la mondialisation". Dès à présent, ajoute l'Elysée, M. Sarkozy a également "validé" une nouvelle "organisation de la sécurité nationale" qui ajoute à quatre grandes fonctions stratégiques (dissuasion, protection, prévention, intervention), celle de la "connaissance et de l'anticipation, incluant le renseignement". On notera que la projection est évincée - assez justemment, comme le démontrait Hervé Coutau-Bégarie dans le DSI 31 - des catégories de fonctions.

4) Europe et OTAN ; transparence envers le législatif

Le Président veut aussi "renforcer les politiques de l'Union européenne (...) et en même temps à rénover le lien transatlantique", considérant "ces deux objectifs comme complémentaires d'une même politique de sécurité et de défense".

Autre innovation : la Commission du Livre blanc qui comptait déjà pour la première fois dans l'histoire de ces documents, quatre parlementaires parmi ses membres, présentera sa copie "devant les commissions compétentes des deux assemblées, avant que le chef de l'Etat n'arrête définitivement ses choix". De plus, "une fois le texte arrêté, les orientations principales seront exposées aux assemblées par le Premier Ministre".

5) Moderniser

?. Sarkozy a en outre demandé que les armées disposent de moyens modernisés et adaptés à leurs missions ; qu’un effort spécifique soit entrepris pour que les équipements soient entretenus au meilleur niveau ; et que les militaires et leurs familles voient reconnue la nature spécifique de leur engagement.

A cet égard, il a rappelé l’objectif de maintien d’un effort de défense de la nation de l’ordre de 2% du PIB. Il a précisé que, compte tenu du cadrage d’ensemble des finances de l’Etat, ces objectifs seront atteints au terme d’un processus de réforme et de rationalisation exemplaire.

mercredi 2 janvier 2008

DSI n°33 - janvier 2008 - le sommaire



Editorial
Agenda et nominations
Veille contre-terroriste
Veilles stratégiques :

ONU : Le embargos : efficaces ?
Chili : les Leopard 2A4 débarquent
Etats-Unis : Lockheed Martin : le blues du F-35 ; Sécurité : recrudescence des attaques par botnets ; Techno-terrorismes et techno-guérillas de plus en plus probables ; US Army : le retour des lasers anti-IED ; US Army : le blues de l’Army aviation ; US Army : l’adieu au chimique ; US Air Force : des F-16 dans des opérations antimissiles ; US Air Force : le prochain bombardier aura une capacité nucléaire ; US Air Force : les robots vont étancher leur soif ; US Navy : l’adieu aux chasseurs de mine ; US Marine Corps : moins de MRAP que prévu
Allemagne : augmentation du budget de la défense
France : exportations d’armement en hausse, parts de marché à la baisse ; poursuite de la coopération transalpine
Grande-Bretagne : des obus intelligents pour la Royal Artillery ; Gibraltar, nouvelle base aéronavale
Grèce : les derniers Mirage 2000 livrés
Italie : 4 FREMM de plus en 2008
Irlande : hausse du budget de défense
Pays-Bas : diète pour les forces blindées
Russie : suspension effective du traité FCE ; retour des patrouilles en Méditerranée
Suède : un nouveau bâtiment SIGINT
Suisse : programme de combattant du futur
Afghanistan : la plaie (béante) des hélicoptères
Emirats Arabes Unis et Koweït : 10 milliards de dollars d’achats
Inde : nouveaux sous-marins ? ; l’avancement des projets de bâtiments furtives ; attrition problématique dans l’aéronavale ; retards dans la réception des Phalcon ; (gros) mouvements d’humeurs de la marine ; la cavalerie indienne se renforce
Iran : encore un nouveau missile
Japon : retraits successifs ?
Golfe : Les membres du Conseil de Coopération du Golfe veulent renforcer leurs liens
Liban : réarmement en cours
Pakistan : sécurisation des armes nucléaires
Turquie : programme de satellite de renseignement toujours en cours
Australie : des élections décisives pour l’engagement de Canberra en Irak ; le retour du F-22 ; la nouvelle monture des forces terrestres ; premiers NH90 pour l’Australie
Afrique : Les budgets d’équipement africains susceptibles d’augmenter

La chronique de Carl von C. : Il y a de la vodka dans le gaz

Sécurité

La guerre informatique, talon d’Achille de nos Etats ?
Entretien avec David J. Lonsdale, maître de conférence en études stratégiques à l’Université de Hull, auteur de The Nature of Warfare. Clausewitzian Future et Alexander the Great. Lessons in Strategy.

« Les moyens humains ont été démultipliés par 7 depuis 2001 »
Entretien avec Jacques Le Guillou, sous-directeur de la sûreté et de la défense à la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC)

Stratégie

La guerre probable. Premier effet du retour de l’histoire.
Entretien avec Vincent Desportes, général de division commandant le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces de l’armée de Terre, auteur de La guerre probable. Penser autrement.

L’arme non létale dans l’architecture de la Transformation
Par Georges-Henri Bricet des Vallons, membre de l’Institut de Prospective et de Sécurité de l’Europe (IPSE)

La difficile équation colombienne
Par Véronique Sartini, journaliste

L’action intégrale en Colombie
Entretien avec l’amiral Jesus Alberto Bejarano Marin, chef de l’action intégrale conjointe du commandement général des forces armées colombiennes

Armées

Taiwan face à son détroit. Les dilemmes de la marine de Taipeh
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Tableau de bord : la marine taiwanaise
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités

Indiscrétions en toute discrétion. La Direction du Renseignement Militaire (DRM)
Par Véronique Sartini

Les mutations du renseignement militaire
Entretien avec le général de brigade Jean-Paul Staub, chargé de mission à la DRM

Technologie et armement

L’industrie de défense sud-africaine. Entre héritages et modernités
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Le missilier des antipodes survivra-t-il ?
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

Des blindés solidement réputés
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Fiches techniques

Boeing B-52G/H Stratofortress/Le B-52 ou l’esthétique de la puissance
HAPC IMI Achzarit/ le HAPC, spécificité israélienne ?
Frégate classe Maestrale/Des Lupo aux Soldati, chronique d’un succès

Critiques de lecture

Mes jeunes années de Winston Churchill
La richesse révolutionnaire de Alvin et Heidi Toffler
La guerre probable. Penser autrement de Vincent Desportes
A la recherche du cinquième élément : du feu à l’espace, une brève histoire de conquêtes de Jean-Luc Lefebvre
Naval War College Review, Vol. 60, n°4, Autumn 2007
Les forces spéciales : concepts et histoire, actes du colloque des 11 et 12 juin 2001, CEHD