... Mais "4ème bataillon médian". Le changement de nom est la résultante de la nouvelle réforme de l'armée. Pour répondre à l'ami qui me posait la question cette après-midi, juste 2-3 considérations, parce que pas mal de lectures m'attendent dont la fin de l'excellent dernier ouvrage de Michel Goya) :
- Moi qui ait été Libramontois quelques années, j'aime les Chasseurs. Pour moi, ils représentent l'un des exemples les plus aboutis de ce qu'une infanterie non-SOF peut être capable de faire. La distance est-elmle donc si importante entre Evere et Marche que l'état-major ait perdu toute perception du concept de spécificité ?
- ce changement va affecter le moral et les traditions. On peut au moins espérer qu'il devienne "4ème médian/chasseurs ardennais" ou quelque chose comme ça, s'il faut céder au dogmatisme "néo/techno/nihilo doctrinal" ;
- Affecter ainsi de solides traditions (lesquelles, n'en déplaisent à certain, jouent leur petit rôle sur la façon dont les alliés de la Belgique perçoivent cette dernière), c'est inutile, zen particulier quand tant de travail reste à faire.
- In fine, je ne vois pas véritablement où va cette réforme. Ce dont l'armée a besoin, c'est d'investissements et de changements de fond, pas de changements de forme qui peuvent certes répondre à certains agendas politiques (la liquidation d'une certaine "Belgique de papa") mais qui ne répondent pas aux vraies questions (quelles missions ? Avec qui ? Quels adversaires ? Quelles morphologie des ops ? Quels paradigmes ?), qui me semblent autrement plus intéressantes... et plus importantes.
D'accord, depuis quelques billets, je fais très "conservateur". Mais là où Flahaut avait voulu supprimer les paras (et où j'étais intervenu quelques fois dans la presse en leur faveur), je ne vois pas véritablement en quoi l'entreprise de démentèlement des forces à changé. Du moins, je le vois de moins en moins.
Bon, maintenant, j'ai du travail ;o)
vendredi 19 février 2010
Désarmement nucléaire en Belgique : pourquoi Claes, Verhofstad, Dehaene et Michel se trompent
Un ancien Secrétaire général de l'OTAN, deux anciens premiers ministres et un Commissaire européen signent aujourd'hui dans Le Soir une opinion intitulée "Vers un désarmement nucléaire" et faisant le point sur les efforts en matière de désarmement nucléaire avant de plaider pour un retrait des armes nucléaires US en Belgique - dans la foulée du sénateur Philippe Mahoux et alors que se tiennent au Sénat une série d'auditions à huis clot sur la question, où votre serviteur fait d'ailleurs un petit exposé le 25 février.
La lecture de cette carte blanche ayant le côté asesptisé des opinions préparées par les cabinets ne manque cependant pas de surprendre. Au rang des raisons légitimant le retrait des armes nucléaires en Belgique, les signataires indiquent "Les armes nucléaires tactiques américaines en Europe ont perdu toute importance militaire. Leur intérêt politique résiduel – comme symbole du lien transatlantique – est largement insuffisant pour justifier leur présence, sachant que cette présence continue de signifier pour le reste du monde que ces armes nucléaires sont une « nécessité »".
Parue le jour même où Le Monde publiait un article intitulé "Désarmement nucléaire, les obstacles s'accumulent", l'opinion a de quoi surprendre. D'une part, le distinguo entre niveaux d'engagement tactique et stratégique s'est effondré : toute arme nucléaire, de par ce qu'elle représente et par les destructions qu'elle peut causer est devenue de facto stratégique. Dans un tel cadre, l'importance politique des armes est tout le contraire d'un résidu...
On ajoutera que le monde n'a pas besoin des armes "otaniennes" pour comprendre la "nécessité" de l'armement nucléaire. La tendance lourde est à la prolifération, en dépit des efforts des uns et des autres. Malheureusement, en politique internationale, "donner le bon exemple" est bien souvent contre-productif. Quand bien même toutes les armes américaines seraient retirées d'Europe, ce serait une illusion grave que de croire que les programmes pakistanais, chinois, indiens, nord-coréens, iraniens en seraient affectés.
Au-delà, "l'objectif zéro" en matière nucléaire militaire me semble être naïf. Petite anecdote, j'assistais - en 2004, je pense - à une réunion du Parlement où s'exprimait un sénateur américain partisan du "global zero", qui entraîna à sa suite les députés présents. Son discours me sembalit toutefois ambigu, aussi avais-je demandé si la mesure concernerait aussi les Etats-Unis. Suite à quoi sa réponse fut on ne peut plus claire : "non, pas tout de suite". Quelques députés avaient tiqué. Rare étaient ceux qui avaient compris que tant qu'une seule puissance disposeraient du nucléaire, les autres chercheraient également à l'avoir.
Reste aussi un autre point, faisant référence aux relations transtlantiques. Pour Bruxelles, la disposition d'armes US sur son territoire impliquait une attention plus soutenue de Washington, attention que les seuls (maigres) investissements belges dans le militaire conventionnel n'attirent guère. Cette dimension me semble déconsidérée dans l'opinion publiée, alors pourtant que ce poids politique gagné ne mange guère de pain.
Mais force est aussi de constater que les quatre signataires ont fait peu pour renforcer la position belge sur l'échiquier des forces OTAN : après avoir lancé la réforme de l'armée en 1999, le gouvernement duquel Guy Verhofstadt et Louis Michel ont fait partie n'a pas honoré ses engagements en matière d'investissements...
La lecture de cette carte blanche ayant le côté asesptisé des opinions préparées par les cabinets ne manque cependant pas de surprendre. Au rang des raisons légitimant le retrait des armes nucléaires en Belgique, les signataires indiquent "Les armes nucléaires tactiques américaines en Europe ont perdu toute importance militaire. Leur intérêt politique résiduel – comme symbole du lien transatlantique – est largement insuffisant pour justifier leur présence, sachant que cette présence continue de signifier pour le reste du monde que ces armes nucléaires sont une « nécessité »".
Parue le jour même où Le Monde publiait un article intitulé "Désarmement nucléaire, les obstacles s'accumulent", l'opinion a de quoi surprendre. D'une part, le distinguo entre niveaux d'engagement tactique et stratégique s'est effondré : toute arme nucléaire, de par ce qu'elle représente et par les destructions qu'elle peut causer est devenue de facto stratégique. Dans un tel cadre, l'importance politique des armes est tout le contraire d'un résidu...
On ajoutera que le monde n'a pas besoin des armes "otaniennes" pour comprendre la "nécessité" de l'armement nucléaire. La tendance lourde est à la prolifération, en dépit des efforts des uns et des autres. Malheureusement, en politique internationale, "donner le bon exemple" est bien souvent contre-productif. Quand bien même toutes les armes américaines seraient retirées d'Europe, ce serait une illusion grave que de croire que les programmes pakistanais, chinois, indiens, nord-coréens, iraniens en seraient affectés.
Au-delà, "l'objectif zéro" en matière nucléaire militaire me semble être naïf. Petite anecdote, j'assistais - en 2004, je pense - à une réunion du Parlement où s'exprimait un sénateur américain partisan du "global zero", qui entraîna à sa suite les députés présents. Son discours me sembalit toutefois ambigu, aussi avais-je demandé si la mesure concernerait aussi les Etats-Unis. Suite à quoi sa réponse fut on ne peut plus claire : "non, pas tout de suite". Quelques députés avaient tiqué. Rare étaient ceux qui avaient compris que tant qu'une seule puissance disposeraient du nucléaire, les autres chercheraient également à l'avoir.
Reste aussi un autre point, faisant référence aux relations transtlantiques. Pour Bruxelles, la disposition d'armes US sur son territoire impliquait une attention plus soutenue de Washington, attention que les seuls (maigres) investissements belges dans le militaire conventionnel n'attirent guère. Cette dimension me semble déconsidérée dans l'opinion publiée, alors pourtant que ce poids politique gagné ne mange guère de pain.
Mais force est aussi de constater que les quatre signataires ont fait peu pour renforcer la position belge sur l'échiquier des forces OTAN : après avoir lancé la réforme de l'armée en 1999, le gouvernement duquel Guy Verhofstadt et Louis Michel ont fait partie n'a pas honoré ses engagements en matière d'investissements...
jeudi 18 février 2010
L'armée de l'Air va recevoir de nouvelles AASM
Fin décembre 2009, la DGA a notifié à la société Sagem DS un contrat d’acquisition de 680 kits d’armement air-sol modulaire (AASM). Cela porte à 1 424 le nombre total de kits AASM commandés à ce jour pour équiper les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine.
L’AASM est constitué d’un kit de guidage et d’un kit d’augmentation de portée se montant sur des corps de bombe standard. Cet ensemble permet de tirer à distance de sécurité de la cible (plus de 50 km), dans toutes les conditions météorologiques, de jour comme de nuit. En dotation depuis 2007 dans les forces aériennes françaises, la version à guidage inertiel/GPS de l’AASM a été utilisée avec succès, à plusieurs reprises, en Afghanistan.
L’AASM est constitué d’un kit de guidage et d’un kit d’augmentation de portée se montant sur des corps de bombe standard. Cet ensemble permet de tirer à distance de sécurité de la cible (plus de 50 km), dans toutes les conditions météorologiques, de jour comme de nuit. En dotation depuis 2007 dans les forces aériennes françaises, la version à guidage inertiel/GPS de l’AASM a été utilisée avec succès, à plusieurs reprises, en Afghanistan.
mercredi 17 février 2010
Malouines: tensions ré-émergentes
Selon le Times, l’Argentine s’engage dans une politique de prise de contrôle du trafic entre les îles Malouines/Falklands et le continent, se positionnant ainsi de façon à pouvoir mener un véritable blocus.
C’est la conséquence d’un décret promu par la présidence de Buenos Aires, selon lequel tout navire naviguant dans les eaux revendiquées par l’Argentine doit avoir un permis donné par Buenos Aires.
Ce mouvement argentin intervient après l’envoi par la Grande-Bretagne d’une plateforme de prospection pétrolière – la zone pouvant contenir des gisements estimés à 60 milliards de barils (à titre de comparaison, la mer du Nord a produit jusqu’ici 40 milliards de barils).
Pour l’heure, un destroyer, 300 soldats et 4 Eurofighter sont présents aux Malouines, un responsable britannique indiquant qu’en 1982, seuls 50 Royal Marines étaient présents dans les îles. Les Malouines ont été occupées par la Grande-Bretagne depuis 1833 et sont depuis lors revendiquées par l’Argentine.
Au final, force est également de constater que l’affaire tombe bien pour la Royal Navy qui se bat toujours pour avoir deux porte-avions, soit des bâtiments sans lesquels l’opération Corporate, en 1982, eut été impossible.
C’est la conséquence d’un décret promu par la présidence de Buenos Aires, selon lequel tout navire naviguant dans les eaux revendiquées par l’Argentine doit avoir un permis donné par Buenos Aires.
Ce mouvement argentin intervient après l’envoi par la Grande-Bretagne d’une plateforme de prospection pétrolière – la zone pouvant contenir des gisements estimés à 60 milliards de barils (à titre de comparaison, la mer du Nord a produit jusqu’ici 40 milliards de barils).
Pour l’heure, un destroyer, 300 soldats et 4 Eurofighter sont présents aux Malouines, un responsable britannique indiquant qu’en 1982, seuls 50 Royal Marines étaient présents dans les îles. Les Malouines ont été occupées par la Grande-Bretagne depuis 1833 et sont depuis lors revendiquées par l’Argentine.
Au final, force est également de constater que l’affaire tombe bien pour la Royal Navy qui se bat toujours pour avoir deux porte-avions, soit des bâtiments sans lesquels l’opération Corporate, en 1982, eut été impossible.
mardi 16 février 2010
Le rayon de la mort a frappé : deux missiles au tapis
On a appris le 11 février que le laser aéroporté de défense antimissile YABL-1A a, pour la première fois, effectué deux interceptions en vol de deux engins balistiques, en moins d’une heure. La séquence détection-poursuite-destruction, intégralement réalisée en vol, a donc été validée. Reste que le programme est toujours, poiur l'heure, qualifié de démonstrateur.
L'occasion pour moi de revenir, à l'invitation d'Olivier Fourt, sur cette question dans l'émission "Ligne de défense", sur RFI, dimanche prochain à 12h30. L'émission sera disponible en podcast ici.
L'occasion pour moi de revenir, à l'invitation d'Olivier Fourt, sur cette question dans l'émission "Ligne de défense", sur RFI, dimanche prochain à 12h30. L'émission sera disponible en podcast ici.
Olivier Entraygues sur la toile
Pas mal de lecteurs m'avaient demandé où l'on pouvait trouver les ouvrages d'Olivier Entraygues. Je les lui transférais, évidemment, mais le plus simple est encore d'aller jeter un oeil sur sa tanière, où vous trouverez au surplus les articles qu'il a publié dans le DSI. C'est ici que ça se passe.
lundi 15 février 2010
Un petit clin d'oeil...
à Alain, que vous avez certainement déjà lu et qui se trouvait dans les trains entrés en collision ce matin près de Halle. Il s'en est sorti. Il a eu plus de chance qu'une vingtaine de personnes, qui ont trouvé la mort... Allez mon canard, on t'aime !
Vers une armée européenne ? Séminaire "penser la guerre"
La troisième séance du séminaire "Penser la guerre" aura lieu mardi 16 février de 19h à 21h à l'EHESS (105, bd. Raspail Paris 6e) en salle 4.
Le thème de cette séance sera : "Vers une armée européenne ?", avec Delphine Deschaux-Beaume, docteure en science politique et enseignante à Sciences-Po Grenoble, et Yves Boyer, directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et professeur à l'Ecole Polytechnique. Tous deux sont spécialistes de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD).
Le séminaire est ouvert à tous, sans inscription préalable.
Le thème de cette séance sera : "Vers une armée européenne ?", avec Delphine Deschaux-Beaume, docteure en science politique et enseignante à Sciences-Po Grenoble, et Yves Boyer, directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et professeur à l'Ecole Polytechnique. Tous deux sont spécialistes de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD).
Le séminaire est ouvert à tous, sans inscription préalable.
Une révolution militaire au carrefour ? Les armées européennes face à l’indécision des guerres du XVIIIe siècle
Benoist Bihan donnera le 18 février à l'EHESS une conférence sur le thème : « Une révolution militaire au carrefour ? Les armées européennes face à l’indécision des guerres du XVIIIe siècle »
« L’histoire de l’art de la guerre au XVIIIe siècle en Europe de l’Ouest pourrait se résumer aux tentatives de surmonter l’indécision de conflits caractérisés par ce qui fut qualifié de ‘blocage tactique’, à savoir l’impossibilité de remporter des succès décisifs sur le champ de bataille. Confrontées à ce problème, les armées des grandes puissances européennes se sont vues contraintes de trouver, parfois en cours de conflit, des moyens de dépasser le blocage tactique. Avant que le modèle de guerre napoléonien, héritier des penseurs militaires de la seconde moitié du XVIIIe siècle – Guibert, Bourcet, Frédéric II – ne s’impose définitivement, diverses approches se sont succédées qui toutes visaient à résoudre la question du blocage tactique. Les guerres du siècle des Lumières peuvent ainsi être considérées comme autant de laboratoires d’une révolution de l’art de la guerre en train de s’opérer, et offrent une opportunité exceptionnelle de réfléchir sur les processus de transformation des outils militaires et de leurs modes d’action. »
Les séances se tiennent de 17 h à 19 h à la Maison des Sciences de l’Homme,
54 boulevard Raspail, 75006 Paris ; salle 242, 2e étage
(Attention : contrairement aux années précédentes, nous ne sommes plus au 105 boulevard Raspail…)
« L’histoire de l’art de la guerre au XVIIIe siècle en Europe de l’Ouest pourrait se résumer aux tentatives de surmonter l’indécision de conflits caractérisés par ce qui fut qualifié de ‘blocage tactique’, à savoir l’impossibilité de remporter des succès décisifs sur le champ de bataille. Confrontées à ce problème, les armées des grandes puissances européennes se sont vues contraintes de trouver, parfois en cours de conflit, des moyens de dépasser le blocage tactique. Avant que le modèle de guerre napoléonien, héritier des penseurs militaires de la seconde moitié du XVIIIe siècle – Guibert, Bourcet, Frédéric II – ne s’impose définitivement, diverses approches se sont succédées qui toutes visaient à résoudre la question du blocage tactique. Les guerres du siècle des Lumières peuvent ainsi être considérées comme autant de laboratoires d’une révolution de l’art de la guerre en train de s’opérer, et offrent une opportunité exceptionnelle de réfléchir sur les processus de transformation des outils militaires et de leurs modes d’action. »
Les séances se tiennent de 17 h à 19 h à la Maison des Sciences de l’Homme,
54 boulevard Raspail, 75006 Paris ; salle 242, 2e étage
(Attention : contrairement aux années précédentes, nous ne sommes plus au 105 boulevard Raspail…)
vendredi 12 février 2010
QDR 2010
Publiée tous les quatre ans, la Quadriennal Defense Review est l’un des documents majeurs de la politique de défense américaine : c’est elle qui définit les orientations prises par le Pentagone. C'est d'ailleurs étonnant que personne n'en parle...
Considérée comme « de temps de guerre », cette QDR définit deux grands objectifs : « Premièrement, continuer à rééquilibrer les capacités des forces armées américaines pour leur permettre de remporter les guerres actuelles, tout en se dotant des capacités requises pour faire face aux menaces futures. Deuxièmement, continuer à réformer les institutions et les procédures du Département pour mieux satisfaire aux besoins urgents des combattants ; acquérir des armes qui soient utilisables, réellement nécessaires et de prix raisonnable ; et veiller à ce que l’argent des contribuables soit dépensé sagement et judicieusement ».
Notez la thématique du rééquilibrage : en gros, il s'agit de la jouer "real full spectrum" et de réorienter une partie du dispositif sur les missions COIN (les forces spéciales sont d'ailleurs chouchoutées par cette QDR qui établit le niveau de 660 équipes comme objectif). Rien de bien neuf en réalité : il s'agit de la transcription de la position de Robert Gates, que le général Desportes avait analysé dans DSI il y a quelques mois.
Parmi les objectifs classiques – gagner les guerres d’aujourd’hui, y compris en contre-insurrection, prévenir les conflits, être capable de combattre dans une large gamme d’opérations, prévenir la prolifération d’armes de destruction massives ou encore utiliser efficacement le cyberespace – le lecteur remarquera qu’« empêcher et vaincre les agressions dans contextes d’anti-accès » est devenu l’un des défis recherchés.
Concrètement, la rhétorique fait assez clairement allusion à la Chine (même si elle n’est pas nommément citée) et au développement de ses capacités navales. Les capacités de frappe à longue distance mais aussi la préservation des capacités spatiales US sont vues, dans ce cadre, comme nécessaires.
Les relations internationales de défense sont également vues comme prioritaires, imposant notamment de nouveaux mécanismes permettant de transférer rapidement des technologies critiques aux Etats alliés. Le personnel militaire fait également l’objet d’une grande attention, tout comme – ce n’est pas une surprise – la réforme des procédures d’achat.
Considérée comme « de temps de guerre », cette QDR définit deux grands objectifs : « Premièrement, continuer à rééquilibrer les capacités des forces armées américaines pour leur permettre de remporter les guerres actuelles, tout en se dotant des capacités requises pour faire face aux menaces futures. Deuxièmement, continuer à réformer les institutions et les procédures du Département pour mieux satisfaire aux besoins urgents des combattants ; acquérir des armes qui soient utilisables, réellement nécessaires et de prix raisonnable ; et veiller à ce que l’argent des contribuables soit dépensé sagement et judicieusement ».
Notez la thématique du rééquilibrage : en gros, il s'agit de la jouer "real full spectrum" et de réorienter une partie du dispositif sur les missions COIN (les forces spéciales sont d'ailleurs chouchoutées par cette QDR qui établit le niveau de 660 équipes comme objectif). Rien de bien neuf en réalité : il s'agit de la transcription de la position de Robert Gates, que le général Desportes avait analysé dans DSI il y a quelques mois.
Parmi les objectifs classiques – gagner les guerres d’aujourd’hui, y compris en contre-insurrection, prévenir les conflits, être capable de combattre dans une large gamme d’opérations, prévenir la prolifération d’armes de destruction massives ou encore utiliser efficacement le cyberespace – le lecteur remarquera qu’« empêcher et vaincre les agressions dans contextes d’anti-accès » est devenu l’un des défis recherchés.
Concrètement, la rhétorique fait assez clairement allusion à la Chine (même si elle n’est pas nommément citée) et au développement de ses capacités navales. Les capacités de frappe à longue distance mais aussi la préservation des capacités spatiales US sont vues, dans ce cadre, comme nécessaires.
Les relations internationales de défense sont également vues comme prioritaires, imposant notamment de nouveaux mécanismes permettant de transférer rapidement des technologies critiques aux Etats alliés. Le personnel militaire fait également l’objet d’une grande attention, tout comme – ce n’est pas une surprise – la réforme des procédures d’achat.
Robotique : une journée d'étude pour faire le point
Allez hop, à vos agendas : le CREC St Cyr organise le 8 mars à l'Ecole militaire (amphi Desvallières) une journée d'études sur la robotisation du champ de bataille, avec trois grandes thémas :
- Les robots sur le champ de bataille : retours d'expérience
- Perspectives technologiques et industrielles
- La Défense française face à la robotisation du champ de bataille
Alors, c'est ouvert, c'est gratuit (bande de veinards) mais il faut réserver : y'en aura pas pour tout le monde. Bref, programme et renseignements ici.
- Les robots sur le champ de bataille : retours d'expérience
- Perspectives technologiques et industrielles
- La Défense française face à la robotisation du champ de bataille
Alors, c'est ouvert, c'est gratuit (bande de veinards) mais il faut réserver : y'en aura pas pour tout le monde. Bref, programme et renseignements ici.
jeudi 11 février 2010
A propos des chars...
Je m'en rends compte maintenant mais Alex me posait une question : "que pensez-vous de la déclaration de De Crem selon laquelle "Si j’avais succombé aux réflexes corporatistes de l’armée, j’aurais investi dans les chars Léopard qui n’ont plus qu’une seule utilité : défiler le 21 juillet sur la Place royale. Mais avec lesquels on n’est rien à l’étranger en opération".
Et bien, ma réponse est très simple : le marché des chars de combat représente jusqu'en 2018 environ 6 500 engins neufs de par le monde à en croire les analyses US, principalement en Asie, ce qui est historiquement assez bas, c'est vrai.
Mais c'est une menace, à long terme - et tout militaire sait qu'on démentèle bien plus vite qu'on ne (ré)acquiert les savoirs-faire. Cette menace se double du fait que le char n'est plus seulement utilisé pour combattre d'autres chars : les Canadiens et quelques autres en Afghanistan le savent bien. Les derniers concepts d'emploi parus ici et là le montrent bien.
Donc, au risque d'une analyse pour le moins légère (ce qui n'exclut pas le bon sens), si nous sommes le seul pays européen de taille moyenne (la Slovénie ou l'Estonie sont des petits pays, pas une Belgique qui a autant d'habitants ou à peu près que la Grèce ou la Suède) à abandonner les chars, que l'on m'explique pourquoi les autres pays de taille moyenne les conservent, alors qu'ils sont tous affectés par des réductions budgétaires. Les réflexes corporatistes ?
Non, je ne crois pas. Une bonne analyse prospective, j'y crois plus.
Nb : petit addendum en forme de sourire : lorsqu'il a annulé les ubuesques AIV/90 mm, De Crem a justifié sa décision parce qu'il s'agissait de gravir le Mont Ventoux avec un tricycle. Et bien, je crains qu'il ne faille gravir ledit mont à plat-ventre !
Et bien, ma réponse est très simple : le marché des chars de combat représente jusqu'en 2018 environ 6 500 engins neufs de par le monde à en croire les analyses US, principalement en Asie, ce qui est historiquement assez bas, c'est vrai.
Mais c'est une menace, à long terme - et tout militaire sait qu'on démentèle bien plus vite qu'on ne (ré)acquiert les savoirs-faire. Cette menace se double du fait que le char n'est plus seulement utilisé pour combattre d'autres chars : les Canadiens et quelques autres en Afghanistan le savent bien. Les derniers concepts d'emploi parus ici et là le montrent bien.
Donc, au risque d'une analyse pour le moins légère (ce qui n'exclut pas le bon sens), si nous sommes le seul pays européen de taille moyenne (la Slovénie ou l'Estonie sont des petits pays, pas une Belgique qui a autant d'habitants ou à peu près que la Grèce ou la Suède) à abandonner les chars, que l'on m'explique pourquoi les autres pays de taille moyenne les conservent, alors qu'ils sont tous affectés par des réductions budgétaires. Les réflexes corporatistes ?
Non, je ne crois pas. Une bonne analyse prospective, j'y crois plus.
Nb : petit addendum en forme de sourire : lorsqu'il a annulé les ubuesques AIV/90 mm, De Crem a justifié sa décision parce qu'il s'agissait de gravir le Mont Ventoux avec un tricycle. Et bien, je crains qu'il ne faille gravir ledit mont à plat-ventre !
mardi 9 février 2010
Jusque 4 Mistral commandés par la Russie ?
Finalement, la France a autorisé l’exportation d’un BPC de classe Mistral en Russie. Problème : Moscou en veut trois autres, de sorte qu’elle a transmit à la DGA une demande d’autorisation d’exportation supplémentaires. Mais la négociation ne manque pas de faire des vagues. Le secrétaire américain à la Défense a indiqué lors de sa rencontre avec Hervé Morin, le 8 février, a diplomatiquement indiqué qu’un bon échange de vues avait été mené. Au même moment toutefois, le porte-parole du Pentagone indiquait que « nos amis et alliés en Europe centrale sont clairement nerveux, en particulier la Géorgie… avec de bonnes raisons ».
A vrai dire, face à l'état des finances russes, je me demande si les demandes russes pour 3 autres navires ne relèvent pas d'une mise sous pression politique de la France, à peine rentrée dans l'OTAN. En somme, une stratégie d'affaiblissement indirect. En tout état de cause, le contrat sur le premier bâtiment pourrait être signé lors de la venue à Paris du Président russe, le 2 mars.
Addendum : Le ministre des affaires étrangères et de la défense lituanien s’est montré tout aussi réservé : sans condamner la vente, il espère que la Russie saura se montrer digne de la confiance que la France lui accorde. Son conseiller juridique indiquait quant à lui que la vente pourrait « violer le principe de solidarité entre Etats membres » de l’Union européenne.
Re-addendum : un camarade me demandait en quoi il y aurait test de la part de la Russie, via les 3 Mistral en plus. Simple : il s'agirait de déterminer si la France est le "mailon faible" de la solidarité otanienne. Bon, ce n'est qu'une hypothèse mais, au vu de la confusion autour des réelles intentions russes de passer à l'acte sur les trois autres navires et connaissant l'amour qu'a le Kremlin pour les échecs, ça laisse imaginer un certain nombre de choses...
A vrai dire, face à l'état des finances russes, je me demande si les demandes russes pour 3 autres navires ne relèvent pas d'une mise sous pression politique de la France, à peine rentrée dans l'OTAN. En somme, une stratégie d'affaiblissement indirect. En tout état de cause, le contrat sur le premier bâtiment pourrait être signé lors de la venue à Paris du Président russe, le 2 mars.
Addendum : Le ministre des affaires étrangères et de la défense lituanien s’est montré tout aussi réservé : sans condamner la vente, il espère que la Russie saura se montrer digne de la confiance que la France lui accorde. Son conseiller juridique indiquait quant à lui que la vente pourrait « violer le principe de solidarité entre Etats membres » de l’Union européenne.
Re-addendum : un camarade me demandait en quoi il y aurait test de la part de la Russie, via les 3 Mistral en plus. Simple : il s'agirait de déterminer si la France est le "mailon faible" de la solidarité otanienne. Bon, ce n'est qu'une hypothèse mais, au vu de la confusion autour des réelles intentions russes de passer à l'acte sur les trois autres navires et connaissant l'amour qu'a le Kremlin pour les échecs, ça laisse imaginer un certain nombre de choses...
DSI HS n°10 - spécial robotique militaire
Editorial
Les fondamentaux
Quelques élémentaires de la robotique militaire
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Guerre, système international et robotisation
Jean-Paul Hanon, Chercheur en relations internationales au CREC St Cyr ; maître de conférence à Sciences Po’ Paris.
Encadré : Innovation militaire et changement des rapports de force internationaux : le cas du GPS
Encadré : Robotique : quel leadership international ?
Systèmes autonomes : enjeux technologiques
Entretien avec Bernard Pikeroen, Directeur du groupe de recherche Sciences et Techniques de l’Information, Thales Research & Technology.
Robotique militaire : mode d’emploi
Par Jean-Jacques Mercier, spécialiste des questions de défense
Extrapolations. La robotisation de l’espace de bataille nous promet-elle une nouvelle révolution dans les affaires militaires ?
Par Christian Malis, normalien, docteur habilité en histoire, professeur associé à Saint Cyr
Intelligence artificielle et robotique
Entretien avec Noel Sharkey, professeur de robotique et d’intelligence artificielle à l’université de Sheffield
Quand la machine s’éveillera
Par le colonel Michel Goya, directeur d’études à l’IRSEM, titulaire de la chaire d'action terrestre de Saint-Cyr-Coëtquidan
Peut-on mener avec des robots une autre guerre que la guerre totale ?
Par Henri Hude, docteur ès lettres, directeur du pôle éthique et déontologie, CREC Saint Cyr
Encadré : Isaac Asimov et les trois lois de la robotique
Encadré : Robotique pression psychologique : le point de vue américain
La robotisation du champ de bataille : enjeux et défis juridiques
Par le lieutenant-Colonel Philippe Frin, enseignant-chercheur, spécialiste de droit des conflits armés, Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, chargé d’enseignement à Sciences Po’ et Ronan Doaré, maître de conférences de droit public, directeur du Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan
Encadré : des juristes au combat : le cas américain
France
France : une robotique de retard ?
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Air, terre et mer
Robotique en France : la « feuille de route » de la DGA
Entretien avec Aurélien Godin, architecte « systèmes robotisés terrestres », DGA
Encadré : Les PEA en robotique de la DGA
UAV : cible SDM
Entretien avec Jean-François Henrio, directeur des systèmes de mission aéroportés, Thales
Drones navals : vers le travail en essaims
Entretien avec Thierry Brizard, directeur technique de la division navale, Thales
Encadré : Perspectives et orientations prospectives
Par Joël Morillon
Encadré : Ixsea et Sirenha
Talarion. Les MALE ambitions d'EADS
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense
Encadré : Harfang: comment éviter la rupture capacitaire ?
Encadré : Un Talarion dépendant de Washington ?
Sagem DS : du Sperwer au Patroller
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes
Encadré : SilMach et les concepts avancés
ECA : vers le succès commercial ?
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Bertin : en attendant les drones
Par Jean-Jacques Mercier, expert en questions de défense
Encadré. Tecknisolar ou la quête de l’endurance ultime
Les drones à voilure tournante, une réponse aux besoins tactiques ?
Par Lionel Chauprade, journaliste aéronautique, officier de réserve (ORSEM) dans l'armée de Terre
A l’étranger
Les fondamentaux
Quelques élémentaires de la robotique militaire
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Guerre, système international et robotisation
Jean-Paul Hanon, Chercheur en relations internationales au CREC St Cyr ; maître de conférence à Sciences Po’ Paris.
Encadré : Innovation militaire et changement des rapports de force internationaux : le cas du GPS
Encadré : Robotique : quel leadership international ?
Systèmes autonomes : enjeux technologiques
Entretien avec Bernard Pikeroen, Directeur du groupe de recherche Sciences et Techniques de l’Information, Thales Research & Technology.
Robotique militaire : mode d’emploi
Par Jean-Jacques Mercier, spécialiste des questions de défense
Extrapolations. La robotisation de l’espace de bataille nous promet-elle une nouvelle révolution dans les affaires militaires ?
Par Christian Malis, normalien, docteur habilité en histoire, professeur associé à Saint Cyr
Intelligence artificielle et robotique
Entretien avec Noel Sharkey, professeur de robotique et d’intelligence artificielle à l’université de Sheffield
Quand la machine s’éveillera
Par le colonel Michel Goya, directeur d’études à l’IRSEM, titulaire de la chaire d'action terrestre de Saint-Cyr-Coëtquidan
Peut-on mener avec des robots une autre guerre que la guerre totale ?
Par Henri Hude, docteur ès lettres, directeur du pôle éthique et déontologie, CREC Saint Cyr
Encadré : Isaac Asimov et les trois lois de la robotique
Encadré : Robotique pression psychologique : le point de vue américain
La robotisation du champ de bataille : enjeux et défis juridiques
Par le lieutenant-Colonel Philippe Frin, enseignant-chercheur, spécialiste de droit des conflits armés, Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, chargé d’enseignement à Sciences Po’ et Ronan Doaré, maître de conférences de droit public, directeur du Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan
Encadré : des juristes au combat : le cas américain
France
France : une robotique de retard ?
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Air, terre et mer
Robotique en France : la « feuille de route » de la DGA
Entretien avec Aurélien Godin, architecte « systèmes robotisés terrestres », DGA
Encadré : Les PEA en robotique de la DGA
UAV : cible SDM
Entretien avec Jean-François Henrio, directeur des systèmes de mission aéroportés, Thales
Drones navals : vers le travail en essaims
Entretien avec Thierry Brizard, directeur technique de la division navale, Thales
Encadré : Perspectives et orientations prospectives
Par Joël Morillon
Encadré : Ixsea et Sirenha
Talarion. Les MALE ambitions d'EADS
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense
Encadré : Harfang: comment éviter la rupture capacitaire ?
Encadré : Un Talarion dépendant de Washington ?
Sagem DS : du Sperwer au Patroller
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes
Encadré : SilMach et les concepts avancés
ECA : vers le succès commercial ?
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Bertin : en attendant les drones
Par Jean-Jacques Mercier, expert en questions de défense
Encadré. Tecknisolar ou la quête de l’endurance ultime
Les drones à voilure tournante, une réponse aux besoins tactiques ?
Par Lionel Chauprade, journaliste aéronautique, officier de réserve (ORSEM) dans l'armée de Terre
A l’étranger
La robotique, acteur de la contre-insurrection ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Robotique et adversaires irréguliers : du bricolage à la bataille des narrations
Entretien avec Peter W. Singer, senior fellow à la Brookings Institution (Washington), auteur de Wired for War. The Robotics Revolution and the 21st Century Warfare
Le développement des systèmes militaires inhabités aux Etats-Unis : entre rationalité et rationalisation
Par Alain De Neve, doctorant en sciences politiques à l’Université catholique de Louvain (Centre d’Etudes des Crises et Conflits Internationaux) et membre du Réseau Multidisciplinaire d’Etudes Stratégiques (RMES – http://www.rmes.be).
Drones 2025 : La relève de la garde
Par le capitaine Grégory Boutherin, Centre de recherche de l’armée de l’air (CReA/EOAA) et Christophe Pajon, enseignant chercheur au Centre de recherche de l’armée de l’air (CReA/EOAA).
Robotique en Europe : tendances d’un horizon s’élargissant
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Robotique militaire : le retour d’expérience israélien
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Carte : Les drones MALE et HALE dans le monde
La prolifération robotique dans le monde
Par Olivier Zajec, Directeur adjoint, pôle prospective stratégique, CEIS
vendredi 5 février 2010
Comment 20 ans de désinvestissements ont abouti au pire échec de l'armée belge depuis 1940
En 1940, les Belges se sont, grosso modo, vaillament battus. Une compagnie de réserve des chasseurs ardennais a bloqué plusieurs heures quelques divisions allemandes. On s'est fait avoir, mais avec une certaine fierté, tout de même - si ce n'est une suite d'erreurs stratégiques qui me rappellent pourquoi j'ai décidé de consacrer ma carrière aux questions de défense et en particulier à leur versant doctrinal.
Mais la petite dernière vaut tout les anéantissements du monde : une équipe de "bomspotters" antinucléaires a réussi à pénétrer l'enceinte de la base de Kleine Brogel, diffusant des images prises à l'intérieur de hangarettes (vides, en l'occurrence). Au sein de la base, ils semblent s'être approchés des WS3, les bunkers où sont stockés les armes nucléaires US sous régime de double clé.
En bref, les activistes se sont promenés en plein milieu de la première base aérienne du pays pendant une heure, d'après les journaux télévisés. La réponse du ministère de la défense est aussi étonnante que lapidaire : en substance, "la base a un périmètre de 16 km et il n'est pas possible de tout surveiller".
Comme il doit y avoir un ange gardien pour les idiots, on avait ici affaire à des activistes, non-violents par définition - à l'exception peut être de l'un ou l'autre FOD laissé sur les taxiways - et non à des gens autrement plus mal intentionnés. Heureusement : le soldat allant à la rencontre des activistes n'avait pas son arme chargée.
Ne nous voilons pas la face : malgré les démentis du Mindef, c'est un échec particulièrement grave pour la Défense, la pire claque, sans doute, depuis 1940. Le Rwanda et ses 10 paras sont attribuables au politique, ici, nous avons affaire à autre chose. Pour deux trois incidents de moindre ampleur, le secrétaire à l'Air force américaine a volé à la porte.
Mais, derrière ma sourde colère (qui doit être partagée : je connais bon nombre de gars dans les forces qui ont dû tomber de leur chaise), quelle est la part de la défense dans cette affaire ? Il faut ici recontextualiser : à force de casser les budgets, de tout réduire, de ne pas protester, le politique n'a-t-il pas une part de responsabilité ? A force de se désintéresser de ce qui fait la moëlle de sa fonction - la base du contrat social, c'est précisément la sécurité - était-ce vraiment inévitable ?
L'adaptation "aux bouts de ficelle" des forces à ses limites... Pas la responsabilité du politique.
Mais la petite dernière vaut tout les anéantissements du monde : une équipe de "bomspotters" antinucléaires a réussi à pénétrer l'enceinte de la base de Kleine Brogel, diffusant des images prises à l'intérieur de hangarettes (vides, en l'occurrence). Au sein de la base, ils semblent s'être approchés des WS3, les bunkers où sont stockés les armes nucléaires US sous régime de double clé.
En bref, les activistes se sont promenés en plein milieu de la première base aérienne du pays pendant une heure, d'après les journaux télévisés. La réponse du ministère de la défense est aussi étonnante que lapidaire : en substance, "la base a un périmètre de 16 km et il n'est pas possible de tout surveiller".
Comme il doit y avoir un ange gardien pour les idiots, on avait ici affaire à des activistes, non-violents par définition - à l'exception peut être de l'un ou l'autre FOD laissé sur les taxiways - et non à des gens autrement plus mal intentionnés. Heureusement : le soldat allant à la rencontre des activistes n'avait pas son arme chargée.
Ne nous voilons pas la face : malgré les démentis du Mindef, c'est un échec particulièrement grave pour la Défense, la pire claque, sans doute, depuis 1940. Le Rwanda et ses 10 paras sont attribuables au politique, ici, nous avons affaire à autre chose. Pour deux trois incidents de moindre ampleur, le secrétaire à l'Air force américaine a volé à la porte.
Mais, derrière ma sourde colère (qui doit être partagée : je connais bon nombre de gars dans les forces qui ont dû tomber de leur chaise), quelle est la part de la défense dans cette affaire ? Il faut ici recontextualiser : à force de casser les budgets, de tout réduire, de ne pas protester, le politique n'a-t-il pas une part de responsabilité ? A force de se désintéresser de ce qui fait la moëlle de sa fonction - la base du contrat social, c'est précisément la sécurité - était-ce vraiment inévitable ?
L'adaptation "aux bouts de ficelle" des forces à ses limites... Pas la responsabilité du politique.
mercredi 3 février 2010
Premier vol du C-2
mardi 2 février 2010
Robotique militaire : le CREC Saint Cyr et DSI font le point
Jusqu’ici, la question n’avait pas encore fait l’objet, en France, d’une publication qui lui soit consacrée, mais la robotique militaire – le développement de l’emploi de robots dans les domaines terrestre, aérien, naval – est certainement l’un des domaines les plus emblématiques de l’évolution contemporaine des armées, mêlant fantasmes technologiques et authentiques mutations. Pour en faire la part, le Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) et DSI se sont associés dans le cadre de ce numéro hors série. Ce n’est pas un état de l’art, car ce serait une gageure que de vouloir en cent pages résumer une évolution protéiforme et les multiples questions qu’elle suscite. Il s’agit plutôt de dresser ici la cartographie des principaux enjeux, qui s’annoncent considérables. Dans un contexte de déclin régulier des effectifs et de croissance continue du coût unitaire des plates-formes habitées, les robots vont devenir au sein des forces armées des compagnons nombreux, quotidiens, associés à de plus en plus de tâches. Que les choix – politiques, technologiques, tactiques – effectués soient les bons et alors la robotique sera un puissant levier d’efficacité. Dans le cas contraire nous pourrions nous trouver, comme l’indique Peter Singer dans ces pages, avec l’équivalent moderne de la Ligne Maginot. L’enjeu est donc bien réel et concerne non seulement les armées, mais également les chercheurs, les industriels et les décideurs de haut niveau. C’est aussi un enjeu global, qui dépasse de loin le strict cadre militaire : la robotique marche sur deux jambes, civile et militaire, et déjà s’immisce dans nos vies quotidiennes.
Nous avons découpé ce numéro hors série en trois grands chapitres. Le premier est consacré aux fondamentaux de la question : contexte sociétal, géopolitique et relations de puissance, insertion dans les dispositifs militaires et impact sur eux de la robotique, défis technologiques, droit, éthique. Le deuxième chapitre est consacré au cas français : si le nombre de robots, qu’ils soient terrestres, aériens ou navals est encore faible dans nos armées, les solutions ne manquent pourtant pas. Non seulement les militaires français réfléchissent à la question mais, au surplus, industriels et chercheurs ont déjà largement défriché de nombreuses pistes. Et ce ne sera pas une moindre surprise pour nos lecteurs que de découvrir ici que la France, en ayant investi dans les trois domaines terrestres, aériens et navals, est incontestablement le leader européen de la robotique. Le troisième et dernier chapitre est quant à lui consacré à la question robotique dans le monde, ainsi qu’aux retours d’expérience qui commencent à affluer. Sont entre autres abordées les politiques américaines et israéliennes, la « prolifération » robotique, l’emploi en contre-insurrection ou encore les possibilités d’utilisation de robots par des irréguliers. De quoi, peut-être, ouvrir les yeux sur une révolution technologique et convier à réfléchir aux conditions de son éventuel élargissement en révolution militaire.
Joseph Henrotin et Christian Malis
Nous avons découpé ce numéro hors série en trois grands chapitres. Le premier est consacré aux fondamentaux de la question : contexte sociétal, géopolitique et relations de puissance, insertion dans les dispositifs militaires et impact sur eux de la robotique, défis technologiques, droit, éthique. Le deuxième chapitre est consacré au cas français : si le nombre de robots, qu’ils soient terrestres, aériens ou navals est encore faible dans nos armées, les solutions ne manquent pourtant pas. Non seulement les militaires français réfléchissent à la question mais, au surplus, industriels et chercheurs ont déjà largement défriché de nombreuses pistes. Et ce ne sera pas une moindre surprise pour nos lecteurs que de découvrir ici que la France, en ayant investi dans les trois domaines terrestres, aériens et navals, est incontestablement le leader européen de la robotique. Le troisième et dernier chapitre est quant à lui consacré à la question robotique dans le monde, ainsi qu’aux retours d’expérience qui commencent à affluer. Sont entre autres abordées les politiques américaines et israéliennes, la « prolifération » robotique, l’emploi en contre-insurrection ou encore les possibilités d’utilisation de robots par des irréguliers. De quoi, peut-être, ouvrir les yeux sur une révolution technologique et convier à réfléchir aux conditions de son éventuel élargissement en révolution militaire.
Joseph Henrotin et Christian Malis
vendredi 29 janvier 2010
Le PAK-FA a effectué son premier vol
Des essais de roulage avaient été effectués en décembre (voir DSI n°56) et, à vrai dire, les experts croyaient peu à des premiers essais en janvier 2010. Mais, manifestement, c'est fait : Sukhoi a fait voler son PAK-FA, qualifié "de 5ème génération". Concrètement, une telle appellation implique de la furtivité (et le design ne suffit pas et j'ay cru voir sur cette vidéo quelques boulons qui pourraient faire toute la différence) mais aussi une avionique à la hauteur (radar AESA, suite ESM, etc.).
En ce sens, ce premier essai pourrait surtout n’être destiné qu’à valider la formule aérodynamique retenue (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler certains atours de la famille Flanker ou de l'YF-23, pour ceux qui s'en souviennent). La Russie compte mettre ses premiers PAK en service après 2015, l’Inde devant également bénéficier d’une version locale, Delhi semblant avoir participé au financement.
Edit : je viens de voir le post de JDM sur la question. Bon, ben on ne peut pas toujours être premier ;o)
Re-Edit : quelques questions via mails montrent une certaines inquiétude sur les capacités russes. Alors, sans vouloir déprécier Moscou quelques éléments sont à rappeler, histoire de remettre les choses en perspective et relativiser un certain vent de panique que l'on sent poindre :
- Premièrement, le nombre de composants à fabriquer sur la famille Flanker est si faible que c'est... un chaudronnier qui s'occupe des canopy.
- En matière d'électronique : souvenez-vous des performances serbes en 99 ou érythréennes en 2000 : tous au tapis ou presque. Quant aux Ethiopiens (Su-27), leurs tirs en limite de portée ou même à 80 % de cette limite ont tous été des échecs. Certes, c'était il y a plus de 10 ans mais d'un point de vue logiciel et CME, ils sont toujours à la traîne. Les résultats des radars européens sont, globalement, meilleurs.
- Souvenez vous qu'au Bourget 2007, le plus beau commentaire à la délégation russe concernait son aptitude à changer des moteurs en moins d'une nuit. Ca peut être une belle performance, mais ça traduit surtout un certain manque de maîtrise 1) du pilote (ah, ça, quand on veut faire son show...) 2) mais aussi des motoristes... Cramer un moteur parce qu'on a fait deux vols en dehors des enveloppes - ce pourquoi le combat aérien reste un job d'exception - ça ne fait pas très sérieux...
- Ok, ils ont fait un avion qui a un look "moderne". Et alors ? Son design est optimisé pour le combat tournoyant et il aura sans doute de très belles capacités en la matière. Mais est-ce bien la question aujourd'hui ? Même les pilotes de F-22 l'indiquent, aujourd'hui, ne serait-ce que pour optimiser les avantages conférés par la furtivité, il faut travailler en stand-off. Après, bien manoeuvrer, c'est indispensable pour traiter une probabilité de type de combat qui doit s'élever à 10 % - et bien des pilotes me diront que je suis généreux.
Alors, quid du Raptorski ? Il n'y a pas de déteminisme historique comme il n'y en a pas de technique et personne ne dispose de boule de crystal. Soyons prudents, attendons de voir ce que la bête a dans le ventre comme dans les processeurs. Après tout, nous venons d'assister à ce qui s'apparente, grosso modo, au premier vol (quasiment en direct, notez le, ce qui a une signification politique en soi) du Rafale A - et vous connaissez la suite de l'histoire.
En ce sens, ce premier essai pourrait surtout n’être destiné qu’à valider la formule aérodynamique retenue (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler certains atours de la famille Flanker ou de l'YF-23, pour ceux qui s'en souviennent). La Russie compte mettre ses premiers PAK en service après 2015, l’Inde devant également bénéficier d’une version locale, Delhi semblant avoir participé au financement.
Edit : je viens de voir le post de JDM sur la question. Bon, ben on ne peut pas toujours être premier ;o)
Re-Edit : quelques questions via mails montrent une certaines inquiétude sur les capacités russes. Alors, sans vouloir déprécier Moscou quelques éléments sont à rappeler, histoire de remettre les choses en perspective et relativiser un certain vent de panique que l'on sent poindre :
- Premièrement, le nombre de composants à fabriquer sur la famille Flanker est si faible que c'est... un chaudronnier qui s'occupe des canopy.
- En matière d'électronique : souvenez-vous des performances serbes en 99 ou érythréennes en 2000 : tous au tapis ou presque. Quant aux Ethiopiens (Su-27), leurs tirs en limite de portée ou même à 80 % de cette limite ont tous été des échecs. Certes, c'était il y a plus de 10 ans mais d'un point de vue logiciel et CME, ils sont toujours à la traîne. Les résultats des radars européens sont, globalement, meilleurs.
- Souvenez vous qu'au Bourget 2007, le plus beau commentaire à la délégation russe concernait son aptitude à changer des moteurs en moins d'une nuit. Ca peut être une belle performance, mais ça traduit surtout un certain manque de maîtrise 1) du pilote (ah, ça, quand on veut faire son show...) 2) mais aussi des motoristes... Cramer un moteur parce qu'on a fait deux vols en dehors des enveloppes - ce pourquoi le combat aérien reste un job d'exception - ça ne fait pas très sérieux...
- Ok, ils ont fait un avion qui a un look "moderne". Et alors ? Son design est optimisé pour le combat tournoyant et il aura sans doute de très belles capacités en la matière. Mais est-ce bien la question aujourd'hui ? Même les pilotes de F-22 l'indiquent, aujourd'hui, ne serait-ce que pour optimiser les avantages conférés par la furtivité, il faut travailler en stand-off. Après, bien manoeuvrer, c'est indispensable pour traiter une probabilité de type de combat qui doit s'élever à 10 % - et bien des pilotes me diront que je suis généreux.
Alors, quid du Raptorski ? Il n'y a pas de déteminisme historique comme il n'y en a pas de technique et personne ne dispose de boule de crystal. Soyons prudents, attendons de voir ce que la bête a dans le ventre comme dans les processeurs. Après tout, nous venons d'assister à ce qui s'apparente, grosso modo, au premier vol (quasiment en direct, notez le, ce qui a une signification politique en soi) du Rafale A - et vous connaissez la suite de l'histoire.
DSI n°56, février 2010
En kiosque dès le 1er février
Edito
Agenda et nominations
Veilles contre-terroristes
Industrie française
Les contrats du mois
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « Du danger du déterminisme historique »
Sur le Vif
Agenda et nominations
Veilles contre-terroristes
Industrie française
Les contrats du mois
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C. : « Du danger du déterminisme historique »
Sur le Vif
Afghanistan : quel adversaire combattons-nous aujourd'hui ?
Par Olivier Hubac et Matthieu Anquez, CEIS et auteurs de L'enjeu afghan, la défaite interdite (André Versailles, 2010)
La rébellion houthiste, point de fixation dans l’arrière cour de l’Arabie Saoudite
Par Laurent Amelot, enseignant à l’Institut d’Etude des Relations Internationales (ILERI)
Stratégie
Chronique : Stratégie des moyens
Par Benoist Bihan
Victoire en Kapisa. Des limites de l’approche linéaire en contre-rébellion
Par le lieutenant-colonel Hervé Pierre
Grandes et petites guerres : la vraie distinction
Par le chef de bataillon Nicolas Delort
Rendre son utilité à la force
Par le chef de bataillon Christophe Richard, stagiaire de la promotion « Maréchal Lyautey » du Collège Interarmées de Défense.
Armées
La Syrie contemporaine : une puissance régionale fragile ?
Par Xavier Hautcourt
Encadré : Succès antichars au Liban
Les trois vies stratégiques de la Syrie
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Encadré : Le poing blindé
Tableau de bord : la force aérienne syrienne
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
Unités
Le GPD Méditerranée. Révolution en vue pour les plongeurs démineurs
Par Véronique Sartini, journaliste
La rupture SLAMF
Entretien avec le capitaine de frégate Jean-Marie Rey, en charge du programme SLAMF (Système de Lutte Anti Mines du Futur)
Encadré : Les « Mousquemers », pères des plongeurs démineurs
Encadré : Les équipements de plongée
Technologies
Porte-avions : la continuité russe
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Drones SIDM : les retours d’expérience
Par Frédéric Lert, journaliste spécialiste des questions de défense
Fiches techniques
Véhicule Blindé Moyen Freccia/Le Freccia, Paré pour le XXI e siècle
Northrop Grumman RQ-4 Global Hawk
SSGN Oscar II
FN Herstal SCAR
Enquête
Exit la DCMAT…vive les SIMMT et SMITer ! Le big-bang du MCO de l’armée de Terre
Par Jean-Louis Promé
Encadré : Moins de mécanos dans les régiments!
Encadré : Des effectifs encore à diminuer!
Une ambition pour le MCO terrestre: l'optimisation de la performance
Entretien avec le général de corps d'armée Jean-Tristan Verna, Directeur central du Matériel et futur Directeur désigné de la SIMMT en cours de création
La PEGP se met en place. Un réel tournant pour l'armée de Terre
Par Jean-Louis Promé
OPEX: des compétences à préserver
Par Jean-Louis Promé
Encadré : Le VAB ELI bientôt en Afghanistan
Critiques de lectures
Berlin. Les offensives géantes de l’armée rouge. Vistule-Oder-Elbe (12 janvier-9 mai 1945) de Jean Lopez
Understanding the Role of Deterrence in Counterterrorism Security de Andrew R. Morral et Brian A. Jackson
Naval War College Review, Winter 2010.
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