vendredi 18 septembre 2009

ABM : fin de partie pour les GBI en Europe

Et voilà, la décision est rendue : Obama a annulé le déploiement de missiles GBI (Ground Based Interceptor) en Pologne, officiellement sur base de considérations stratégiques (l'incapacité iranienne à développer des ICBM). L'occasion pour moi de faire un petit passage sur Radio Orient (je pense qu'ils repassent l'interview vers 18h) entre deux articles.

Fondamentalement, à quoi s'en tenir ? Si le geste américain sera apprécié en Russie, ses raisons profondes sont bien plus complexes :

- Techniquement, les GBI n'étaient pas au point (une question sur laquelle G-H. Bricet des Vallons est revenu à plusieurs reprises dans DSI-Technologies - je ne détaille donc pas) ;

- Financièrement, les GBI et leurs infrastructures n'étaient certes pas un gouffre financier mais imposaient de divertir des budgets alors qu'une série d'investissements ne sont pas encore totalement stabilisés (JSF, LCS, FCS, etc.) et nombre de militaires (comme d'industriels) lorgnaient vers l'opportunité ;

- Fondamentalement, la menace iranienne est plus subtile que le déploiement d'ICBM dont elle ne disposera pas... avant pas mal de temps. Le futur déploiement nucléaire iranien est dit "du seuil" : disposer de l'ensemble des composants mais... "en pièces détachées". Soit prêts à être assemblés rapidement en cas de besoin. D'une pierre deux coups : Téhéran évite ainsi des sanctions internationales tout en s'assurant d'une dissuasion effective. A cet égard, le bouclier ABM reste une demi-mesure. A noter également que, dans leur analyses de la menace, les Américains étaient loin d'être unanimes : pour qui suit le débat stratégique outre-Atlantique, il est bien plus complexe que ce que laissent percevoir la perception que nous en avons en Europe. Paradoxalement, des "faucons" pouvaient être opposés au déploiement européen ;

- Surtout, le programme ABM US est loin de se limiter aux GBI et à leurs radars : ABL, SM-3, investissements dans l'Arrow israélien ou encore THAAD (sans compter l'arrivée des SBIRS de détection avancée) sont poursuivis (le cas de l'ABL étant toutefois particulier - là aussi, se référer à DSI-T permet d'en savoir plus). Il y a là une dynamique technologique qui reste inaltérée ;

- les conséquences sur les relations avec la Russie ont certes été évoquées mais d'autres conséquences ne manqueront pas de se faire sentir, cette fois au niveau français. Depuis 2008, l'inflexion vers le développement de segments de capacités ABM (entendons : autres qu'ATBM) était perceptible dans l'industrie (cf. le hors-série qui avait été consacré à la défense sol-air). Comment l'industrie va-t-elle réagir ?

- sur la dissuasion : comme le montre extrêmement brillament JP Baulon dans son dernier ouvrage, l'intérêt US pour les ABM est cyclique et correspond alors à des périodes de remise en question de la dissuasion "classique". Les décisions d'Obama confirment cette dynamique stratégique américaine... mais posent aussi la question de la date du "retour" des ABM stratégiques...

mardi 15 septembre 2009

Petit coup de zoom....

Sur le DSI du mois d'octobre, auquel l'équipe met la dernière main. Ne manquez pas l'excellente interview d'Olivier Entraygues, LCL au CEPC. Il vient de terminer un excellent ouvrage mettant en perspective aussi bien l'engagement soviétique que celui de l'OTAN en Afghanistan (panzérisant au passage la comparaison souvent effectuée entre les deux...) et remettant nos options dans la perspective, notamment, des développements contemporains de l'art de la guerre islamique. Franchement, c'est du très, très bon travail. J'y reviendrai.

Ne manquez pas non plus les articles consacrés à la Géorgie (Galia n'avait pas trouvé d'autres destination de vacances que la zone de front ;o) ou au FELIN, qui termine son EVTO par le CENZUB. Allez hop, du lourd pour nos lecteurs ;o)

A vos agendas !

Le CESA nous envoie quelques infos de manifestations à venir et qui me semblent particulièrement intéressantes :

Le 20 octobre 09
Les Rencontres Air et Espace du CESA
Le Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA) organise une rencontre avec Monsieur Patrick FACON à l’occasion de la sortie de son ouvrage intitulé Histoire de l'armée de l’air. M. FACON présentera son livre dans l'amphithéâtre LOUIS de l'Ecole militaire de 14h30 à 17h00, en présence du chef d’état-major de l'armée de l’air, le général d’armée aérienne Jean-Paul PALOMEROS et du directeur du CESA, le général de brigade aérienne Jean-Marc LAURENT.
Ecole militaire, 1 place JOFFRE, 75007 Paris, Métro ligne 8, arrêt École militaire

Le 1er décembre 09
« Le fait aérien en Afghanistan »
Le 1er décembre 2009, le Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA) réunit un colloque international sur le thème du fait aérien en Afghanistan. La manifestation est organisée autour de trois tables rondes qui portent sur le contexte politico-militaire régional, l’action interarmées de la coalition et, enfin, sur la façon dont la puissance aérienne s’exprime dans ce conflit irrégulier. Le colloque se tiendra à l’Ecole militaire, amphithéâtre Foch, de 8h30 à 17h00.
Ecole militaire, 1 place JOFFRE, 75007 Paris, Métro ligne 8, arrêt Ecole militaire

Dans les deux cas, l'inscription est obligatoire :
Par téléphone : 01 44 42 46 91
Par fax : 01 44 42 80 10
Mail : manifestation.cesa@inet.air.defense.gouv.fr

lundi 14 septembre 2009

En relisant Ralph Peters...

Et, en l'occurrence, une interview qu'il nous avait accordée en décembre 2006 (DSI n°21). Juste après un passage sur notre focalisation sur l'hyper-technologisme :

"Je préfèrerais pour ma part un panachage judicieux (et à la hauteur de nos moyens) entre des systèmes de défense de haute et de moyenne technologie. Les deux sont indispensables – autant la force numérique que l’avantage technologique. Si nous voulons nous préparer efficacement aux guerres à venir, nous devons avoir l’habileté et l’humilité d’accéder autant aux exigences de l’épouse que de la maîtresse. Nous devons nous préparer à gérer au quotidien les conflits asymétriques avec lesquels nous sommes mariés de gré ou de force, mais prévoir également de plonger tout d’un coup, et avec une intensité passionnée, dans les bras de cette maîtresse si séduisante dont le nom est : le conflit mondial. C’est un équilibre qu’il est vital d’entretenir" (p. 39).

Je ne suis pas toujours d'accord avec lui, mais là... Il est difficile de ne pas phosphorer en le relisant...

DSI-Technologies n°19 - le sommaire



Sommaire DSIT 19 – août-septembre 2009 - en kiosque dès le 13 septembre 2009

Editorial

Tendances

Persistance et maîtrise du temps au cœur du champ de bataille. Les drones comme instruments de contrôle des présents
Par Christophe Pajon, chercheur au Centre de Recherche de l’armée de l’Air (CReA/EOAA), et Grégory Boutherin, officier de l’armée de l’Air (Centre de Recherche de l’armée de l’Air, CReA/EOAA).

Le renouveau des Wargames ?
Par Jean-Loup Samaan, docteur en science politique, et Lionel Benatia, consultant en gestion de crises

Exportations d’armement : quelle place pour ODAS ?
Entretien avec Alain Oudot de Dainville, amiral (2S), PDG d’ODAS

Air

Des Mirage 2000 jusqu’en 2030 !
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de défense

La famille Hawk de British Aerospace
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Les LIFT vont-ils décoller ?
Par Jérôme Palmade, journaliste spécialiste des questions de défense

ABM et sécurité nationale aux États-Unis (Première partie)
Entretien avec Jean-Philippe Baulon, docteur en histoire, auteur de L’Amérique vulnérable ?

Le « regretté » AS-37 Martel antiradar
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

Carte : Les chars de bataille principaux (MBT) dans le monde

Terre

Le programme FIST
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense

Quelles mutations pour les forces spéciales ?
Entretien avec Pascal Le Pautremat, docteur en histoire, auteur de Les guerriers de la République. Forces spéciales et services secrets français, 1970-2009

SEP : la modularité à la suédoise
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

La FN Herstal Minimi, un succès mondial
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense

SWORDS et MAARS, les premiers robots de combat terrestres
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Mer

Modularité, marsupialisation et réticulation : quelques remarques sur les tendances technologiques animant les marines
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

L’ATV Arihant : les premiers pas de Delhi dans le domaine des SNLE
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

Premiers essais à la mer pour l’USS Independence
Par Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

La morsure de la tarentule. L’évolution des corvettes russes
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI, et Jean-Jacques Mercier, expert en systèmes d’armes

mercredi 9 septembre 2009

Le CHOD belge au ministre : vers le "non" ?

Selon Le Soir, le général Charles-Henri Delcour, Chief of Defence belge (chef d'état-major des armées), se serait dit prêt à mettre son "veto" à toute nouvelle demande de son ministre de la Défense, Pieter De Crem, en matière de déploiement de nouvelles forces à l'étranger, ou à amplifier quelque mission existante.

Le geste est inédit, "d'une extrême gravité" selon des observateurs : "un tel veto, cela ne s'est jamais produit. L'armée qui dit non à son politique de tutelle, ce serait une première...". Toujours selon Le Soir, le CHOD a fait part de cette menace devant trois représentants des syndicats le 16 juillet dernier. Les militaires en Afghanistan n’ont, entre autres, pas assez de gilets pare-balles : "ils doivent se les échanger".

Alors, derrière les commentaires alarmistes, comment lire cette "rebéllion" (qui reste par ailleurs à confirmer) ? Premières remarques sur le contexte :

1- Pas de chance pour De Crem : celui qui, à mon sens, a été le seul ministre de la défense belge valable de ces 20 dernières années (pour le reste de ces options politiques, notamment dsur BHV, je reste très dubitatif) fait face à une armée.... dépouillée. Les réformes à répétition de ces 20 dernières années n'ont été qu'une suite d'ajustements financiers, l'état-major essayant de limiter la casse. Mais le vrai problème réside dans la perception qu'à le politique de l'armée, dont le budget est considéré non comme une nécessité mais bien comme une variable d'ajustement structurelle...

2- De fait, le moral est bas, malgré un véritable professionalisme et un taux d'engagement en opérations extérieure plus que raisonnable. Mais le politique, depuis la grande réforme de 1999 n'a pas honoré ses promesses d'indexation du budget défense. En conséquence, la transformation initiée par André Flahaut n'a pu être menée à son terme et le budget équipement est le grand perdant. De toutes les nations OTAN, la Belgique (malgré 10 milions d'habitants, ce qui est loin d'en faire un "petit pays" de l'Union, plutôt un "moyen") est la dernière en terme de pourcentage du budget consacré aux équipements. C'est dire...

3- Le moral est d'autant plus bas que les débats politiques sur les questions de défense sont... quasi-anémiques et se focalisent surtout sur la question afghane (au surplus, uniquement sous l'angle des pertes). De ce point de vue, la perception qu'ont les militaires du niveau politique est problématique : ils sont tiraillés entre la fidélité à l'Etat et le manque de considération des élus pour eux...

4- Le contexte récent à toute son importance. Les dernières déclarations du ministre du budget son sans appel : "le pays est dans une situation de faillite virtuelle". Ce qui laisse légitimement craindre pour le budget de la défense. Or, le ministère a déjà embrayé depuis quelques temps : une note confidentielle sur la réduction des effectifs et la nécessité de fermer plusieurs implantations a été récemment éventée.

5- CHOD/ministre, ce n'est peut être pas ce que l'on pourrait croire : le torchon brûle-t-il entre le ministre et son CHOD ? Pas nécessairement. Jusqu'ici, les CHOD avaient été tèrs prudents dans l'énonciation de leurs critiques. Les anciens ministres de la défense continuaient alors de ne pas réclamer plus d'argent au conseil des ministres. Ici, la situation est peut être toute autre : De Crem pourrait bien être le seul à réclamer plus d'argent. Ou, en tous cas, à exiger que l'on ne touche pas à son ministère, déjà sérieusement sous pression...

6- Mais pour cela, il faut prendre les devants. De fait, la part prise par le personnel dans le budget reste trop importante. La focalisation excessive sur des conceptions de type "lorsque l'on rentre à l'armée, c'est pour en sortir à la retraite" perdure largement. Et le plan Flahaut de Carrière mixte (qui aurait abouti à un ratio d'environ 10.000 civils pour 30.000 militaires) n'a fait que faire perdurer cette culture bien particulière. Seul problème : que faire avec autant de civils (dès lors, en particulier, que plusieurs fonctions sont déjà externalisées) ?

7- Aussi, ce qui est en train de se passer est peut être, plus qu'une révolution politique, une révolution managériale sur laquelle, en interne, pas mal de monde s'entend. Trop souvent, la carrière militaire est percue comme une carrière certes sympathique mais où, finalement, on ne peut vous dégager. En somme - et plusieurs politiques le pensent - un endroit permettant d'éviter que des gens n'aillent grossir les rangs du chômage. Peu importe, dans ce cas, les contraintes opérationnelles ou celles que font peser la masse salariale sur les équipements....

8- Or, ce n'est pas un coup d'Etat qui nous attend (contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture bien trop rapide de la presse) qu'un schisme profond entre deux armées : l'une, motivée, opérationnelle et alternant rapidement les rotations entre théâtres extérieurs (nous n'en sommes pas encore au stade britannique mais la fatigue commence à s'installer) et... des simili-fonctionnaires. Or, De Crem et le CHOD sont tous les deux dans une optique de recherche de l'efficacité. Ce qui se passe pourrait donc bien, en réalité, relever de stratégies certes légèrement différentes pour les deux hommes mais, peut être visant un objectif similaire...

mardi 8 septembre 2009

FAS : la TDM est en ligne

Juste un petit mot pour vous dire que la table des matières de Forces Aériennes Stratégiques est en ligne sur Stratisc, y compris la préface du Président de la République, de même que l'introduction de l'ouvrage. Bonne lecture !

Pensée stratégique et SACT : de quelques symboles

Les lecteurs de DSI le savent, la recherche sur les questions stratégiques n’est pas un luxe d’intellectuels – par ailleurs rarement en chambre. De fait, le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale a initié une réflexion nouvelle, appelant notamment à poursuivre dans la voie de l’analyse et de la prospective. De ce point de vue, deux événements semblent, en ces mois de septembre et octobre, se téléscoper.

1) L'optimalisation des structures de la recherche stratégique

Créé à l’initiative du ministère de la défense, l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM) a souhaité inaugurer ses activités par une journée d’étude consacrée à ces nouveaux défis, qui s’inscrit dans le cadre d’une « semaine de la pensée stratégique » organisée à l’école militaire sous le haut patronage du ministre de la défense.

Elle sera précédée le 5 par une réflexion sur les « publications de défense et le rayonnement de la pensée stratégique » et suivie le 7, d’une journée dite « confluences de l’IRSEM », destinée à favoriser et développer les relations entre spécialistes civils et militaires de la réflexion stratégique. C’est également le 6 octobre que sera inauguré le CDEM – Centre de Documentation de l’Ecole Militaire – que l’IRSEM partagera avec le CSFRS (Conseil Supérieur Français de Recherche Stratégique). Ce dernier est issu du rassemblement de l’IHEDN, du CHEAR, de l’IHNES et de l’IERSE, prôné dans le « rapport Bauer ».

De quoi effectivement et considérablement renforcer les capacités françaises de recherche stratégique. L’IRSEM est quant à lui rapidement monté en puissance. Rassemblant des structures de recherche déjà existantes (CEREM, C2SD, CEHD et CHEAr), l’objectif visé est le renforcement, en France, d’une pensée stratégique et de défense novatrice et de haut niveau, répondant aux besoins exprimés par les responsables du ministère comme aux exigences scientifiques de la communauté académique, au travers de 4 missions :

- le renforcement de la recherche française en matière de défense, par la production d’études internes, la proposition de commande et le pilotage d’études EPS, au bénéfice de l’expertise du ministère de la défense,

- l’encouragement aux jeunes chercheurs sur les questions de défense, afin de favoriser l’émergence d’une relève française en matière d’études stratégiques.

- le rayonnement et la diffusion de la pensée stratégique française en Europe et à l’international, ainsi que son inscription dans les réseaux internationaux en la matière, grâce à un renforcement de la relation avec le monde de la réflexion sur les questions de défense : Université, recherche, think tanks, en France et à l’étranger ;

- le soutien à l’enseignement militaire supérieur.

Aussi, A l’horizon 2012, l’IRSEM devrait rassembler 49 personnes dont environ 35 chercheurs. Il sera constitué d’une équipe de direction, d’une direction des études rassemblant 8 directeurs de domaines d’études et d’un pool de recherche comptant 24 chargés d’études ; le tout soutenu par une équipe d’assistance à la recherche de 9 personnes. L’équipe dirigeante est composée du professeur Charillon, directeur, du professeur Ramel, directeur scientifique et du général (2S) Beyer, secrétaire général ; elle sera complétée ultérieurement par la désignation d’un président.

L’activité recherche de l’institut, s’articule autour de 8 domaines d’études : nouveaux conflits (colonel Goya) ; pensée stratégique et nouveaux concepts ; armement et prolifération ; sécurité européenne et transatlantique ; sécurités régionales comparées (amiral (2S) Dufourcq) ; défense et société ; histoire de la défense et de l’armement (professeur Romer) ; enjeux juridiques de la défense (professeur Pancracio).

2) Le baptême du feu du général Abrial à l’ACT…

Cette évolution pour le moins radicale des structures de la recherche stratégique en France – qui ne mettra aucunement en danger les centres de recherche préexistants – devrait mettre le pays dans un « ordre de bataille intellectuel » d’autant plus nécessaire que la prise de fonction du général Abrial comme commandant de l’Alied Transformation Command (soit comme SACT) va mettre à l’épreuve la « French touch » en matière de pensée stratégique. Il a pris ses fonctions le 9 septembre 2009, à bord du porte-avions Eisenhower (« Ike » a, en son temps, été le premier SACEUR), succédant ainsi au général Mattis – que nos lecteurs connaissent bien, notamment pour ses vues critiques sur les opérations basées sur les effets.

L’événement, à cet égard, est exceptionnel : depuis la création de l’OTAN en 1949, c’est la première fois qu’un général non-américain prendra la tête d’un des deux commandements stratégiques de l’OTAN. Basé à Norfolk, le général devra piloter la réforme des armées OTAN, non seulement des points de vue de l’expression des besoins – domaine qui reste encore largement du ressort national – mais également du point de vue doctrinal. C’est dire si l’arrivée d’Abrial constitue une véritable révolution : avec lui, c’est la tête pensante de l’OTAN qui devient française. Reste, cependant, quelques écueils potentiels à ce tableau idyllique.

SACT sous la loupe américaine

Premièrement, l’influence de la pensée américaine reste vivace et ce n’est sans doute pas un hasard si le général Abrial, issu d’une armée de l’Air plus réceptive que les autres armées aux conceptions US a été choisi. Nonobstant ses réelles qualités humaines, intellectuelles et de commandement, il apparaît également comme un « choix diplomatique » bienvenu afin de ne pas choquer outre-mesure des Américains… Qui se plient certes aux positions de Washington mais qui n’en restent pas moins, parfois, assez peu courtois.

Au général de dégotter, par exemple, un logement de fonction. Et aux journalistes devant couvrir sa prise de fonction de trouver plus vite que ça un visa spécifique, tellement kafkaïen que l’ambassade US à Bruxelles demandait les 3 dernières fiches de salaire… afin de prouver la capacité des journalistes à couvrir leurs frais. Pour un séjour de moins de 24 heures, on avouera qu’il fallait oser.

Plus sérieusement, nombreux seront les défis pour le nouvel ACT. L’Afghanistan, d’abord. La poursuite des réflexions se montre indispensable, en particulier dans un contexte ou l’opinion publique et les médias ne cessent de remettre en question la pertinence des choix non seulement français mais aussi otaniens.

Deuxièmement, l’évolution de l’Alliance elle-même, un nouveau concept stratégique devant être présenté au prochain sommet de l’organisation. Là, les défis se multiplient. Bruxelles s’engage dans des missions et des conceptions qu’elle avait peu investigué par le passé. La piraterie maritime, la protection des infrastructures critique sont notamment au menu.

Sans encore compter les défis plus « classiques »… à commencer par une prolifération nucléaire qui n’est plus guère ralentie par le Traité de Non-Prolifération. En somme, c’est un véritable défi qui attend le général… dont l’action, à n’en pas douter, sera scrupuleusement observée par les autres partenaires de l’OTAN, à commencer par les Américains eux-mêmes… En un mot donc, good luck, general - We're with you !

lundi 7 septembre 2009

Feu orange-vert pour le Rafale

Juste une petite remarque sur les Rafale brésiliens :

Le Brésil s'engage a négocier l'achat de 36 Rafale. Comparativement, la France achètera 12 KC390. Si la vente se conclut - j'insiste sur le "si" (sans vouloir jouer à l'oiseau de mauvais augure, ce ne serait pas la première fois que des négos, même très avancées seraient interrompues) - c'est évidemment une bonne nouvelle. Pour le reste, attendons de voir ce que l'AdA entend faire de ses nouveaux appareils... qui eux aussi n'ont pas encore volé...

Le DAOS devient le 4ème RHFS

Nos lecteurs s'en souviendront peut-être, à la fin de l'article que Véronique Sartini consacrait au Détachement Air des Opérations Spéciales (DAOS) de l'armée de Terre, en janvier 2009, la question de la "transformation" en régiment du DAOS était posée.

Il faut croire qu'elle a été entendue : le détachement est officiellement devenu, le 1er août, le 4ème Régiment d'Hélicoptères des Forces Spéciales. Ce qui, au vu du nombre de machines et d'effectif, semble constituer un choix judicieux. Le nouveau régiment attend maintenant la prise d'armes et la remise du drapeau de l'unité... et la visite du CEMAT. Un bon vol à tout le monde !

Serge Gadal analyse les FAS

Dans son dernier ouvrage, Serge Gadal, chargé de recherche à l'ISC (et déjà auteur d'un excellent ouvrage sur William Sherman), revient sur les Forces Aériennes Stratégiques :

"De 1964 à nos jours, les Forces Aériennes Stratégiques (FAS) ont joué un rôle capital dans la mise en oeuvre de la politique de dissuasion nucléaire de la France, garantie principale de son indépendance. Du mythique Mirage IV au Rafale, en passant par les missiles du plateau d’Albion, le Mirage 2000N et le fidèle ravitailleur C-135FR, l’outil militaire qu’a bâti notre pays, sous l’impulsion initiale du général de Gaulle, sans l’aide d’aucune puissance étrangère, force l’admiration. Aucune étude historique d’envergure n’avait encore été publiée sur ce sujet. Ce livre, qui prend en compte les témoignages, pour la plupart inédits, d’anciens des FAS, répare cet oubli et raconte l’aventure de ces pionniers de la dissuasion en replaçant l’évolution des matériels et des doctrines dans le contexte politique et stratégique de l’époque".

Préfacé par Nicolas Sarkozy, Forces aériennes stratégiques (Coll. Bibliothèque stratégique, Economica, Paris, 2009, 400 p.) est déjà disponible sur Amazon.

samedi 5 septembre 2009

Guardian Falcon : 780 missions et une trentaine de tirs

C'est le 2 septembre 2008 qu'ont été envoyés, pour la deuxième fois, 4 F-16 (2 autres les ont rejoint depuis lors) de la Force Aérienne (1). Ils étaient par contre basés, pour la première fois, depuis Kandahar. Depuis, ils ont, selon La Libre Belgique, accumulé 2.500 heure de vol au cours de 780 sorties - soit environ une mission de deux appareils/jour.

Les appareils ont participé à 116 engagements, dont 3/4 de show of force, tandis que des munitions ont été tirées "à une trentaine de reprises". Fait remarquable, "aucune victime innocente n'est à déplorer parmi la population locale lors de ces interventions". L'ensemble appelle plusieurs commentaires de ma part :

-1 : d'abord, sur la politique de communication (et petite parenthèse dans le débat stratégique). Depuis l'arrivée de De Crem, des points presses sont tenus plus fréquemment. Plus de détails y sont donnés que par le passé. En ce sens, si la CGSP défense (syndicat socialiste) indiquait dans son dernier "Info défense" qu'elle n'était pas d'accord avec moi sur la plus grande clarté des infos (tout en me rejoignant sur l'importance de la recherche stratégique - ce sur quoi je les remercie : ça fait du bien de se sentir soutenu !), je maintiens néanmoins. Aussi, si les parlementaires ne lisent pas la presse, spécialisée ou non, il est évident qu'ils se montreront étonnés de l'activité belge ou, plus largement, ISAF sur place...

-2 : sur l'utilité du show of force (SOF) et, plus généralement, sur l'utilisation des forces aériennes en COIN. C'est une thématique sur laquelle j'aimerais revenir dans un bouquin (et sur laquelle je vais pouvoir martyriser mes étudiants courant octobre). Grosso modo, le SOF est une mesure certes efficiente - une preuve de plus d'une dissuasion tactique - mais naturellement temporaire.

Elle permet de volatiliser l'adversaire dans l'espace mais de façon uniquement transitoire - ce qui n'en est pas moins utile, évidemment. Ce qui tend à me renforcer dans mes convictions sur l'importance que la persistance (et, plus généralement, le rôle du facteur temps) peut avoir pour l'art de la guerre.

Si je reviens dessus dans Airpower et Seapower, elle montre aussi que si nous avons conquis le facteur géographique, le temporel reste une terra (partiellement) incognita. De ce point de vue, je vous renvoie à l'excellent article de Gregory et Christophe, dans le prochain DSI-T.

3 : sur le débat portant, pour les forces aériennes, sur l'opposition entre engagements "de haute intensité/classiques/réguliers/symétriques" et celui sur les engagements "de basse intensité/non conventionnels/irréguliers/asymétriques" (qui irrigue notamment Alliance Géostratégique ce mois-ci).

Outre que ces catégories tendent à se brouiller - vertus de la techno-guérilla faisant - elles doivent aussi être analysées par le concret des engagements et ce qu'ils signifient pour la préparation des pilotes - et pas uniquement en termes de choix technologiques. Ici, les informations sur l'activité de la FAé sont intéressantes : rotations de personnels aidant, ce sont pas moins de 53 pilotes qui sont, jusqu'ici, intervenus en Afghanistan - soit une part non négligeable des pilotes FAé.

Autrement dit, lorsque je donnais mon cours de stratégie aérienne théorique l'an passé, seuls quelques-uns dans la salle voyaient concrètement (soit au-delà de ce qu'ils avaient lu ou discuté) de quoi on parlait lorsqu'on évoquait le COIN. Cette année, les gars seront déjà bien au courant d'une série de facteurs, de tendances et de constantes. Si c'est une "génération COIN" qui se lève, c'est aussi une génération qui a connu le combat - et non les seuls entraînements - et appliqué des procédures qui rentrent dans un cadre non seulement COIN mais, également "classique".

En d'autres termes - on y viendra peut-être au cours de la table ronde "maîtrise aérienne" que j'animerai aux prochaines Université d'été de la défense, le débat ne se pose pas tellement en termes de "compétences COIN" Vs. "compétences classiques" mais en termes de différences "vécues" par les forces aériennes, que ce soit en planification ou en exécution. Or, force est aussi de constater que là aussi, les modes d'engagement évoluent.

Pression technologique faisant (guerre réseaucentrée, volume d'information et de communication), le "flex targeting" (recours aux forces aériennes "à la demande") devient standard. Et ce, on l'a vu en Irak ou au Kosovo, aussi bien en engagements réguliers comme irréguliers. Les bons vieux "raids" préplanifiés existent toujours (en phase d'ouverture principalement) mais force est aussi de constater qu'ils nécessitent moins de compétences.

Le plus dur reste d'intervenir "à la demande" dans une des innombrables vallées qui constitueraient une zone d'engagement potentielle, en opérant le choix de munitions le plus approprié, en faisant gaffe à ses arrières (y compris dans les stratégies contre-aériennes des guérillas), à la position des "amis", à celle d'adversaires bien moins visibles que des chars, en tenant compte des ROE et, last but not least, en restant méchamment concentré après un vol de plusieurs heures qui vous endolorit.

Le COIN, de ce point de vue et pour les forces aériennes, pourrait ne pas signifier une perte de compétences air-sol mais bien les accroître - y compris face à la menace antiaérienne. Après, bien évidemment, reste la question de la supériorité aérienne. C'est évidemment autre chose... Mais c'est aussi pour cela que les entraînements sont faits.

Après tout, depuis 1945, les seuls engagements air-air d'une force aérienne européenne continentale l'ont été (je peux faire une erreur) en 1991, 1992 et 1999. As-t-on pour autant perdu les compétences acquises durant la 2ème GM ? Le résultat dis tout : aucune perte pour nous et des adversaires au tapis. Comme le disait si bien Nimitz : training, training, training...

(1) En théorie, nous sommes sensés parler de "composante air" depuis la réforme "joint". Concrètement, "FAé" reste largement utilisé.

vendredi 4 septembre 2009

C'était un 4 septembre, il y a 65 ans...

La "brigade Piron", après avoir débarqué ses premiers éléments le 30 juillet 44 (l'essentiel est arrivé en août) et libéré la Côte Fleurie, entrait en Belgique près de Tournai le 3 septembre et libérait Bruxelles le lendemain, entrant dans les faubourgs à 15h.

La brigade poursuivra vers Anvers et les Pays-Bas avec les Canadiens et les Britanniques - les combats y seront terribles - mais aussi l'Allemagne. Comptant essentiellement des Wallons , des Bruxellois et des Luxembourgeois, le 1st Belgian Group deviendra la 1ere brigade... toujours en activité.

Après avoir été aide de camp du régent, du roi et patron de la défense belge, Jean-Baptiste Piron, surnommé "le lion", est mort 30 ans jour pour jour après son entrée dans Bruxelles.

jeudi 3 septembre 2009

Armée de Terre : 332 VBCI en plus

Le ministre de la Défense a annoncé la commande de 332 VBCI, une acquisition notifiée par la Délégation générale pour l’armement (DGA) au groupement d’entreprises constitué par les sociétés Nexter Systems et Renault Trucks Défense.

Le nombre de VBCI commandés pour l’armée de Terre s’élève ainsi et au total à 630 véhicules. Le montant global du programme VBCI, incluant le développement et l’industrialisation, s’établit à 2,86 milliards d’euros.

Le communiqué de presse indique que "Lancé en 2000, le programme est maintenant en production à pleine cadence. Le premier VBCI est sorti d’usine en 2008 et plus de 100 véhicules ont déjà été livrés. Les derniers exemplaires seront livrés à l’armée de Terre en 2015. La première unité de combat dotée de ce nouveau blindé, le 35e Régiment d’infanterie (Belfort), a défilé cette année à Paris le 14 Juillet avec ses VBCI".

A ne pas manquer, à ce sujet, l'article de Jean-Louis sur le VBCI au 35ème RI dans le Hors série actuellement en kiosque ;o)

samedi 29 août 2009

DSI 51, septembre 2009 : le sommaire

Sommaire DSI 51, septembre 2009

Editorial
Agenda et nominations
Veilles contre-terroristes
Contrats du mois
Veilles stratégiques
La chronique de Carl von C.


Sur le vif


Armées contre insurgés : à qui profite le web ?
Entretien avec Marc Hecker, chercheur au Centre des études de sécurité de l’IFRI, co-auteur de War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age (Praeger, 2009)

Le feu contre l'homme : l'impasse de la destruction comme idéal de guerre
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire militaire

Stratégie

L’héritage d’Allied Force
Entretien avec le général de corps d’armée (2S) Jean-Patrick Gaviard, ancien commandant du CDAOA, expert associé auprès de la CEIS


POLAD auprès du général commandant la FIAS en Afghanistan : Témoignage et analyse politique de 6 mois de mission
Par Marie-Dominique Charlier, lieutenant-colonel chargé de mission au Centre de Doctrine d’Emploi des Forces de l’armée de Terre

Créer l'impuissance chez l'adversaire : un art opératif pour le XXIème siècle
Par Benoist Bihan, doctorant en histoire

Peut-on commander dans la postmodernité ?
Chef d’escadron (Gendarmerie) Richard Pegourie, stagiaire de la promotion « Maréchal Foch » du Collège Interarmées de Défense

Armées

L’amphibie à l’italienne
Par Emmanuel Vivenot, journaliste spécialiste des questions de défense


La Marina Militare : à l’avant-garde
Par Philippe Langloit et Joseph Henrotin, chargés de recherche au CAPRI


Tableau de bord : la Marina militare
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Unités


Le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc. Derniers tours d’hélice
Par Véronique Sartini, journaliste

Technologie


Une base navale n’est jamais à l’abri des coups
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense


Protection des ports : le maillon faible de la stratégie maritime ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI


Fiches techniques

E-2C/D Hawkeye

Lance-roquettes multiples BM-30 Smerch

Porte-hélicoptères Jeanne d'Arc

Critiques de lecture

De la manœuvre napoléonienne à l’offensive à outrance. La tactique générale de l’armée française 1871-1914 de Dimitry Queloz

War 2.0. Irregular Warfare in the Information Age de Thomas Rid et Marc Hecker

vendredi 28 août 2009

Juste pour le week-end : un peu de robotique en musique



J'en avait parlé à Michel pendant mon passage de juin à St Cyr. Et bien voilà. Inutile de dire que je considère Royksopp comme l'un des meilleurs groupes sur la scène post-humuniste. Malheureusement, la version officielle du clip n'est pas disponible pour cause de copyright. Celle de remind me et son délicieux parfum de micro-systémique, par contre, l'est :

LCS-2, FIST, SEP et autres...


...seront au menu du prochain DSI-Technologies, avec en prime un assez long article de Jean-Louis sur le devenir de la flotte de "2000" et des interviews de P. Le Pautremat sur les forces spéciales (il a récemment fait paraître un ouvrage sur le sujet) et de P. Baulon sur les antimissiles.

Avec également quelques autres articles qui méritent le détour, des Wargames aux tendances de la stratégie des moyens navals en passant par la suite de la série sur la sociologie technique des drones de Gregory Pajon et Christophe Boutherin, du Centre de Recherche de l'armée de l'Air.

Mais il faudra patienter encore un peu. La bête sera en kiosque vers le 11 septembre.

jeudi 27 août 2009

Aux sources du terrorisme

Hélène L’HEUILLET, Aux sources du terrorisme. De la petite guerre aux attentats-suicides, Fayard, Paris, 2009, 346 p.


Si les stratégistes en ont déjà beaucoup dit sur le terrorisme, les philosophes sont restés relativement discrets sur le sujet. Et en particulier ces philosophes que nous pourrions qualifier d’opérationnels, qui évitent de s’engoncer dans des logiques verbeuses (où l’attention portée à la rhétorique se fait au dépend du sens général du propos), leur préférant le décryptage et l’analyse.
Hélène L’Heuillet appartient justement à cette catégorie des analystes. Elle produit un ouvrage riche, dense et explicite proposant de remonter aux sources du terrorisme. Il ne s’agit pas ici de décrire les menaces ou d’évaluer leur probabilité d’occurrence mais bien de disséquer un phénomène qui n’est ni neuf ni si fragmenté qu’il n’existerait pas, comme le pensait D. Bigo.
L’auteure, à cet égard, révèle (et démontre) qu’il existe plus qu’une unicité du terrorisme mais bien une véritable filiation, des lignes de continuité dans ce qui peut être posé en soi comme une stratégie. L’œil du philosophe apporte, ici, plus qu’on ne pourrait le croire : croiser sa lecture avec les enseignements de S. Naveh montre que le terrorisme constitue un mode d’action de niveau opérationnel-stratégique.
H. L’Heuillet fait référence à Freud (classiquement) avant de questionner (notre liste n’est pas exhaustive) Clausewitz, Schopenhauer, Nietzche, le nihilisme ou encore la démocratie. C’est érudit, c’est solidement argumenté et l’auteure d’aboutir à une conclusion non seulement brillante mais qui ouvre également des portes conceptuelles extrêmement porteuses (à notre sens) : « l’idée que le terrorisme serait « l’arme des faibles » est déjà non-démocratique et commet l’erreur de transposer dans la réalité ce qui n’est que rhétorique politique » (p. 321). Bien écrit et clair – quoique requérant la connaissance des bases élémentaires de la philosophie – il constitue un éclairage précieux.

mercredi 26 août 2009

Lectures : Clausewitz in the 21st Century


Hew STRACHAN and Andreas HERBERG-ROTHE (Eds.), Clausewitz in the Twenty-First Century, Oxford University Press, London, 2009, 319 p.


Cet ouvrage sur Clausewitz constituera sans aucun doute avec De la guerre ? Clausewitz et la pensée stratégique contemporaine (Cf. DSI n°42) l’une des grandes références sur le sujet.


Les auteurs – les meilleurs experts mondiaux du général prussien, dont Benoît Durieux – examinent ici une série de questions essentielles et examinent successivement : le rapport de Clausewitz à la guerre, à la non-linéarité, à la primauté du politique et aux évolutions de la « trinité », à la notion d’objectif, aux forces morales, aux sciences sociales, à la victoire, à la défense, à la petite guerre, à la privatisation de la guerre, à la « guerre contre le terrorisme », à la guerre de l’information, aux démocraties ou à la limitation de la violence.


Les thématiques sont variées et les auteurs ont à cœur de comprendre totalement les mécanismes clausewitzien, au besoin en réexaminant les traductions effectuées jusqu’ici et qui ont pu tromper le lecteur. Un chapitre est d’ailleurs dédié à cette question. Si l’ouvrage fera date, c’est également parce qu’il réfère à des études stratégiques de haute volée, la méthode utilisée démontrant clairement que Clausewitz a encore beaucoup de choses à nous apprendre.


Les interprétations qui peuvent être données à l’un ou l’autre de ses concepts sont encore nombreuses et démontrent in fine l’ampleur de la pensée du Prussien. Aussi l’ouvrage est-il d’abord réservé à un public averti : si les discussions sont académiques, leur portée est directement pratique. Une bonne connaissance préalable des travaux de et sur le général-écrivain est donc nécessaire. Mais, pour celle ou celui qui la possède, l’ouvrage ne manquera pas de faire réfléchir. Indispensable donc pour les aficionados du grand Carl. J.H.

mardi 25 août 2009

Lectures : Wired for War

Peter W. Singer, Wired for War. The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century, The Penguin Press, New York, 2009, 499 p.

D’emblée, l’ouvrage impressionne : parler en 500 pages de la robotique dans les opérations militaire là où David Axe (Warbots, Nimble Books, 2008) n’en écrivait que 88 ? Doit-on s’attendre à un inventaire à la Prévert portant sur les UAV, UCAV, USV, UGV, UGCV, et autres UUV ? Justement, non, bien au contraire.

Il s’agit bien ici d’un ouvrage d’analyse approfondie, des points de vue tactique, stratégique, historique, éthique, économique mais aussi philosophique et sociologique de l’art de la guerre robotisée. Pas ici question de plaidoyer « pro » ou « anti » : l’auteur, chercheur à la Brookings a qui l’on doit des ouvrages remarqués sur la privatisation de la guerre ou les enfants-soldats effectue une analyse minutieuse qui lui a pris des années.

Allant sur le terrain en Afghanistan ou en Irak, il montre comment les hommes en viennent, par exemple, à s’émouvoir parce que leur robot a subi une attaque. Au-delà des anecdotes, nombreuses, la plume légère et « à l’américaine » de l’intellectuel pousse à fond le concept de robotique, l’interroge et l’humilie au contact des réalités – sous oublier l’ombre portée d’une science fiction qui joue un rôle moteur dans ces développements.

Il s’agit bel et bien de voir jusqu’où, comment et sous quelles formes la robotisation va innerver les forces armées – certes américaines mais aussi alliées, et potentiellement, adverses. L’ouvrage, en ce sens, ne constitue qu’une petite pierre aux travaux portant sur les opérations futures mais les questions posées sont plus que pertinentes.

Si les réponses manquent parfois d’un peu de systématisme et d’esprit de synthèse, c’est aussi parce qu’elles restent ouvertes. Si vous vous intéressez à la technologie, à la robotique ou à la stratégie des moyens, cet ouvrage – une véritable bible sur la question – est manifestement fait pour vous. J.H.