vendredi 22 août 2008

Le Grand Charles flotte à nouveau

L'étape est symbolique pour les industriels comme pour les marins : le Charles de Gaulle est sorti de son bassin pour rejoindre le quai Vauban, où se dérouleront les prochaines étapes de son IPER. De facto, les étapes les plus délicates - en particulier, le changement de 32 éléments combusibles des réacteurs nucléaires - sont considérées non seulement comme passées mais également comme réussis dans les temps.

C'est fin novembre que le porte-avions sera remis à la Marine nationale pour qu'une campagne de qualification soit menée selon les standards OTAN (comme depuis de longues années), permettant tant d'entraîner l'équipage que de vérifier le bon fonctionnement des systèmes du navire. Le bâtiment sera à nouveau considéré comme disponible "au printemps 2009". Ce qui peut aussi bien s'interpréter, remarquent les opérationnels, comme mars ou... mi-juin. D'ici là, pas question d'un départ "en urgence", dans l'hypothèse d'une crise, par exemple.

De nombreuses modifications ont été opérées. En plus des travaux portant sur les réacteurs - le changement des coeurs nécessitant une expertise différente de celle utilisée pour le déchargement/chargement des sous-marins - le bâtiment aura également été repeint (nécesitant 40 tonnes de peinture) et des modifications apportées aussi bien au système de combat qu'aux soutes à munitions, complètement revues. Les canaux des catapultes ont été ouverts et l'ensemble des systèmes vérifiés, de fond en comble. La liste n'est pas exhaustive : en tout et pour tout, 80 000 tâches sont planifiées pour l'IPER, représentant 2 530 000 heures de travail.

L'ensemble aura été planifié pendant 3 ans. Le bâtiment accueillera ainsi le banc d'essais Mermoz II (soutien du Rafale F3) et des soutes à munitions redessinées et permettant d'emporter l'ASMP-A comme le missile de croisière SCALP-EG. Les transmissions ont été revues de fond en comble : 80 km de câbles ont été installés, de même que de nouvelles baies de télécommunication par satellite, permettant de travailler avec le système Syracuse III. En plus de modiciations logicielles au système de combat, un nouveau centre de renseignement a été installé. Il permettra de pleinement bénéficier des données recueillies par les nacelles Reco NG. Les systèmes radar ont également été entretenus, voire démontés.

La visite du navire montre le vaste chantier ainsi entrepris : câbles et buses souples de ventilation encombrent les coursives. L'équipage dans son ensemble - 1 200 personnes - a été mis à contribution, permettant ainsi d'économiser, selon des responsables, de l'ordre de 50 % du coût de la main d'oeuvre nécessaire à l'IPER. Cette dernière est quant à elle estimée à 300 millions d'euros. A bord, l'ambiance est à la fierté : la tâche est complexe mais elle a été menée à bien dans les temps.
La tactique viendra après : aux questions des enseignements retirés de la frappe du Hezbollah sur le Hanit et des opérations navales pendant la guerre d'Ossétie, les opérationnels nous indiquent qu'il y a un temps pour tout. Mais que la réflexion ne s'arrête jamais. De fait, la marine tient à ses bijoux - on la comprend. Ainsi, la sélection des commandants est particulièrement rigoureuse : un "pool" des candidats les plus sérieux est constitué avant que l'un d'entre eux soit choisi. L'extrême crème de la crème.

C'était aussi pour nous l'occasion de rencontrer de nombreux responsables, de même que le très sympathique commandant du bâtiment. Nous avons notamment discuté futur de l'aéronautique navale, propulsion nucléaire d'un évntuel PA2 et autoprotection. Découvrez leurs interviews dans nos prochains numéros de DSI, DSI-T et nos dailies Euronaval !

jeudi 21 août 2008

Ethique et armes

Un ami me demande ce que signifie encore l'éthique aujourd'hui, dans le milieu militaire. J'ai répondu à sa question mais n'ai pu m'empêcher de terminer par les articles 6 et, peut être plus encore de l'article 7 du code de la Légion étrangère, qui me semblent tellement justes:

- La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu'au bout et si besoin, en opérations, au péril de ta vie.

- Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Je me souviens de les avoir cité aussi, en 6ème (terminale), à mon professeur de français, et de l'avoir vue songeuse. Elle m'a appris beaucoup (elle avait été l'une de celle, dans un recoin du secrétariat de l'école technique, à m'engager à faire l'Université) et ce jour là, elle m'a appris plus encore : méditer sur les mots, c'est aimer le monde...

Gagner la bataille de la légitimité intérieure

L'un des éléments sans doute les plus prégnants des débats ayant suivi la mort des 10 soldats français réside dans le manque de compréhension de la population à l'égard de la mission qui leur était confiée. De facto, la pauvreté de l'information généraliste en matière stratégique a conduit à une forme de suivisme à l'égard de communiqués de l'OTAN, qui répondaient à un agenda politique propre. A savoir, mettre en avant les missions de reconstruction - mission oh combien consensuelle - pour tenter de rassembler le maximum de troupes d'un maximum d'Etats.

Or, depuis 2001-2002, la situation a considérablement évolué. L'adversaire s'est regroupé, a gagné en légitimité, a connu une montée en puissance en termes d'effectifs comme de puissance de feu et s'est lancé dans des opérations de plus en plus complexes. Rien de bien neuf là-dedans. Mais, alors que le remarquable travail effectué notamment par le CDEF a bien mis en évidence la nécessité de gagner en légitimité par rapport aux populations locales, sans doute n'avons nous pas, au plan politique cette fois, compris la nécessité de gagner également en légitimité auprès de nos populations. C'était, au demeurant, une dimension mise en évidence par Vincent Desportes dans La guerre probable.

De fait, la théorie stratégique enseigne que la vulnérabilité au "zéro mort" est plus importante lorsque les intérêts nationaux sont perçus comme moins importants. Depuis le 11 septembre, les Américains auparavant très vulnérables au moindre mort ne le sont plus guère : l'intérêt national est parfaitement compris. Mais il le reste mal dans le cas européen (j'insiste, tant des débats similaires à ceux actuellement en cours en France le sont aussi ailleurs). La phrase du LBDSN selon laquelle il faut se préparer à subir des pertes, si elle est de bon sens, apparaît donc comme finalement assez vaine, ne montrant guère comment s'y préparer. La résilience est l'une des pistes à mettre en oeuvre (JDM nous le rappelle à bon escient - peut-être a-t-il lu mon article sur le sujet dans le DSI 37) mais son coeur est la politique d'information - libre, sans manipulations d'aucune sorte et assumant les éventuels débats.

Mais l'acception qui est donnée par le LBDSN à la résilience est par trop restrictive. Elle ne prend notamment en compte les aspects liés à l'information ni à la formation (cf. DSI 39). Or, il est ici question de l'incapacité des politiques, des journalistes ou des chercheurs à mettre en évidence la nécessité de s'engager dans ce qui n'est pas une "guerre contre le terrorisme" (ce terme nous aura décidément causé beaucoup de tort) mais bien une opération de stabilisation d'une zone géopolitique sensible pour une foultitude de raisons qu'il conviendrait enfin d'expliquer correctement. De ce point de vue, on est en droit de se demander si nous n'avons pas perdu la bataille de la légitimité intérieure. Autant de points sur lesquels j'aurais l'occasion de revenir cet après-midi sur France-Info.

On the road again

Vous l'aurez constaté, je vous ai donné peu de nouvelles ces derniers temps, charge de travail oblige. Pourtant, l'engagement qui a vu 10 soldats se faire tuer m'a fait assez intensément cogiter hier soir. Derrière le respect pour les morts, la polémique qui qui s'épanouit actuellement me pose problème à plusieurs égards. J'y reviendrai, je pense, dans le courant de la journée. Pour les lecteurs mexicains parmi vous, je suis aujourd'hui, sur cette question, dans le quotidien Reforma.

En attendant, DSI est bien parti chez l'imprimeur - le numéro ne devrait pas vous décevoir - et nous mettons la dernière main au premier DSI-T... qui portera le numéro 13 ! Succédant à T&A, les abonnés à ce dernier le recevront, bien entendu, automatiquement. Je pense, également, qu'il ne devrait pas vous décevoir. Dans l'optique d'Euronaval (où il sera également distribué), il sera forcément un peu plus naval.

A ce sujet, le Charles de Gaulle est remis à l'eau demain, à Toulon. L'occasion pour l'équipe de se lever tôt pour être à 6 heures à la base navale. Photos et reportage dès demain sur ce blog !

mardi 19 août 2008

DSI 40 : petit avant-goût

Les DSI's Angels mettent actuellement la dernière touche au prochain DSI, dans les kiosques début septembre. En attendant, en voici toujours un avant-goût...

Un peu de lecture

Je ne m'en étais pas aperçu mais le dernier Penser les Ailes Françaises publie un de mes articles, assez long, "Israël et l'approche synergistique en stratégie aérienne, de la guerre du Kippour à Paix en Galilée". A lire ici.

Afghanistan : un engagement contre les Talibans aurait fait 10 morts français

Selon Le Point et l'AFP, des combats très durs ayant duré 3 heures ont eu lieu à Saroubi, à 50 km de Kaboul, entre des forces françaises appartenant notamment au 8ème RPIMa et des talibans.

Ils auraient fait 10 morts et 10 blessés graves dans les rangs français, information que ne confirme pas encore le ministère de la défense. Un C-135 en configuration MORPHEE (module hôpital volant) serait sur le point de partir de la base d'Istres.

Quatorze soldats français sont déjà morts en Afghanistan depuis 2001, au combat, au cours d'attentats ou lors d'accidents.

Addendum : le Morphée devrait avoir quitté Istres. Jean Guisnel donne plus de renseignements sur les conditions de l'engagement ici.

"The A" is blogging

Grand admirateur de Depeche Mode et de U2 devant l'éternel Alain "The A" De Neve est aussi et surtout un chercheur (IRSD et doctorant UCL) qui a un solide paquet d'articles et de livres derrière lui.

C'est lui qui avait patiemment contacté ce qui allait devenir la joyeuse bande du RMES à cette époque héroïque de 2003 où travailler sur les études stratégiques vous vallait, au mieux, un regard condescendant (ça ne nous rajeunit pas !).

Et bien, ça y est, il s'est mis à bloguer : ses réflexions (dont celles sur la Géorgie - sachant qu'il a pas mal travaillé sur l'évolution de l'OSCE) sont à lire ici.

lundi 18 août 2008

JTFEX : les chiffres

Le JTFEX (Joint Tactical Force Expeditionary Exercice) qui s'est déroulé du 28 juin au 1er août 2008 en Virginie (Etats-Unis) a vue, pour la première fois, l"intégration de l’aéronautique navale française au sein d’un groupe aérien américain pendant plusieurs jours.

Cet exercice, avait, du coté français, deux principaux objectifs : maintenir les qualifications des pilotes de la Marine nationale pendant la période d’indisponibilité du porte-avions Charles de Gaulle et élever le niveau d’interopérabilité technique des deux marines.

6 Rafale Marine F2 de la flottille 12F de Landivisiau et 2 Hawkeye de la flottille 4F de Lann-Bihoué, ont participé à cet exercice, qui s'est déroulé comme suit :

- période d’entrainement et de qualification à partir de la base aéronavale de Norfolk pendant 2 semaines : vols avec les flottilles américaines, appontages simulés sur piste de jour et de nuit, puis réels à bord.

- embarquement sur le porte-avions américain Theodore Roosevelt de 5 Rafale (du 17 au 23 juillet) : missions de combats aériens, vols tactiques à plusieurs avions sous opposition, contrôle de chasse et de « close air support » (appui aérien de troupes au sol).

Bilan chiffré :

- 150 appontages réalisés, dont un tiers de nuit.
- Une centaine de missions d’assauts, de «sweep» (combat aérien), d’appui aérien
(Rafale), de contrôle tactique, de théâtres ou encore de guidage d’interception
(Hawkeye).
- Rafale : 480 heures de vol. Tous les objectifs d’entrainements tactiques et
d’appontage ont été atteints.
- Hawkeye : 135 heures de vol.

jeudi 14 août 2008

Géorgie : les enjeux

Tanguy Struye et Alain De Neve ont fait paraître ce matin une op-ed dans La Libre Belgique sur le conflit géorgien : à lire ici. Notons l'importance qui y est donnée à l'influence stratégique en mer noire.

Beau mouvement

La guerre est décidément la continuation de la politique par d'autres moyens. Dans le cas géorgien, alors que la situation n'est toujours pas claire, les Etats-Unis ont opéré un mouvement qui me semble absolument remarquable, au travers de la dernière déclaration de G.W. Bush.

En indiquant que les forces US allaient envoyer une aide humanitaire en Géorgie (sachant qu'il avait vigoureusement condamné la réponse russe sans mettre en évidence le rôle géorgien), il veut contraindre la Russie à l'arrêt des opérations.

L'équation est simple : des C-17 dans les airs et des militaires US au sol, c'est faire courrir le risque de pertes collétarales américaines et de solides complications militaro-diplomatiques en perspective. Le tout, en n'évoquant nullement la perspective d'un engagement US en Géorgie. Au final, le meilleur soutien imaginable dans l'équation stratégique actuelle.

mercredi 13 août 2008

Le chiffre du jour

85 milliards de dollars. C'est le coût de l'emploi de contractors en Irak, de 2003 à 2007, selon un rapport du Congressionnal Budget Office américain :

- From 2003 through 2007, and converting the funding into 2008 dollars, U.S. agencies awarded $85 billion in contracts for work to be principally performed in the Iraq theater, accounting for almost 20 percent of funding for operations in Iraq. Including funding for 2008 itself, the U.S. has likely awarded $100 billion or more for contractors in the Iraq theater.

- More than 70 percent of those obligations were for contracts performed in Iraq itself.

- Most contract obligations were for logistics support, construction, petroleum products, or food.

- Although personnel counts are rough approximations, CBO estimates that at least 190,000 contractor personnel, including subcontractors, work on U.S.-funded contracts in the Iraq theater. About 20 percent are U.S. citizens.

- The United States has used contractors during previous military operations, although not to the current extent. According to rough historical data, the ratio of about one contractor employee for every member of the U.S. armed forces in the Iraq theater is at least 2.5 times higher than the ratio during any other major U.S. conflict, although it is roughly comparable with the ratio during operations in the Balkans in the 1990s.

L'ensemble du rapport est à lire ici.

Roll-out du P-8 MMA

Ce n'est pas si fréquent de voir des appareils militaires effectuer leur roll-out et, malgré l'aspect civil de celui en photo (copyright, Boeing), il est bel et bien militaire. Le P-8 Poseidon doit remplacer les P-3C Orion de patrouille maritime de l'US Navy (108 exemplaires seraient commandés) et devrait être acheté par l'Australie. Aux dernières nouvelles l'Inde est également intéressée.

Si le programme a fait peu de vagues, avançant assez rapidement, c'est aussi que les réelles difficultés vont commencer. Il a fallu intégrer une soute à armement et des pylônes d'emport de charge ailaires à l'architecture du Boeing 737-800 et il faudra encore intégrer son système de missions. Intégration des systèmes et tests vont donc se poursuivre. Rendez-vous en 2013 pour l'Initial Operationnal Capability.

mardi 12 août 2008

Red Flag : les participants débarquent

Français, Indiens, Sud-Coréens et Suédois sont bien arrivé au Red Flag.

Si, si, DSI est bien en Géorgie

Mon patron est actuellement à Tbilissi (à couvert et en bonne santé). Il en a profité pour donner quelques interviews sur la situation à l'heure actuelle. A voir notamment ici.

lundi 11 août 2008

Géorgie : une guerre pour rien...

La tentative de « rétablissement de l’ordre constitutionnel » menée à partir dans la nuit du 7 au 8 août par la Géorgie au sein de la province séparatiste d’Ossétie du Sud (elle a déclaré son indépendance, non reconnue par la communauté internationale, en 1992) sera sans doute considérée à l’avenir comme un exemple typique d’aventurisme militaire. Au termes de tensions récurrentes ayant dernièrement vu la destruction d’au moins deux drones géorgiens, Tbilissi a mené un blitzkrieg en direction de la capitale ossète, Tskhinvali. Moscou, qui maintenait des troupes (officiellement qualifiées de « maintien de la paix » et assez lourdement équipées) dans la république séparatiste depuis 1992 et le traité de paix de Dagomys, contre-attaquera cependant rapidement, de sorte que les troupes géorgiennes seront contraintes au retrait, dès le 10 août. Dans le même temps, un nouveau front était ouvert, cette fois en Abkhazie, autre république pro-russe à l’indépendance auto-proclamée. Les opérations confirment plusieurs tendances.

Premièrement, la préparation relativement importante des forces géorgiennes comme russes. Alors que les premiers tirs sont entendus dans l’après-midi du 7 août – après l’annulation d’une réunion bipartite entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie – l’invasion de l’Ossétie commence le 8 août à 1h30, après un cessez-le-feu qui aura duré de 19h à 22h. La capitale ossète est atteinte par les premiers éléments géorgiens vers 7h du matin, le 8 août. Les forces de Tbilissi ont mené une campagne classique, fondée sur l’utilisation combinée de chars et d’artillerie. Elles disposaient également d’un appui ISR au moyen de drones. Comparativement, les troupes russes réagiront assez rapidement, menant dès la matinée du 8 août des raids sur la frontière géorgienne, utilisant des Su-24. Elles utiliseront également des systèmes antichars. elles interviendront, aussi, en soutien des forces abkhazes, particulièrement dans la vallée de Kodori.

Deuxièmement, l’aviation sera particulièrement mobilisée par la Russie, dans le cadre d’une stratégie duale, visant à la fois les positions géorgiennes en Ossétie, en coordination avec l’artillerie (il semble, à cet égard, que les leçons de leurs calamiteux engagements en Tchétchénie aient été retenues). A ce volet tactique s’adjoint un volet stratégique, les forces russes menant des raids sur les villes géorgiennes, visant des casernes et des bases aériennes (de même que l’aéroport de Tbilissi et son radar) mais faisant au passage de nombreuses victimes collatérales. Il n’est pas certain que ces dernières n’aient pas été voulues. Les évolutions de la doctrine russe, ces dernières années, laissent toujours place à la pression psychologique induite par des frappes touchant les populations civiles. Ainsi, le 11 août, les villes de Poti, Tbilissi et Gori (dont 80 % des habitants ont fui la ville) sont la cible de raids massifs de la part de l’aviation russe, plusieurs raids étant montés. La Russie, en tout état de cause, s’est assurée de la domination du ciel.

Troisièmement, le blocus naval reste une modalité de combat. La Russie a assez rapidement dépêché au moins un navire sur les côtes géorgiennes, cherchant à interdire le ravitaillement de la république par la voie maritime. Ce faisant, il semble qu’une vedette géorgienne ait été coulée. Quatrièmement, l’opération relève de la cinématique classique des conflits réguliers : la contre-attaque russe s’accompagne de l’aménagement de corridors humanitaires par les Géorgiens, destinés à l’évacuation des populations civiles. Les Russes cherchent également à maximiser la pression sur la Géorgie en ouvrant un second front – cherchant par là même à définitivement ancrer dans leurs sphère d’influence l’Abkhazie – tout en manoeuvrant sur le terrain psychologique, légitimant leurs opérations par des frappes qui auraient été menées par les Géorgiens contre des casernes abritant des soldats russes.

Cinquièmement, le conflit démontre l’importance de l’estimation des conséquences stratégiques dans la décision de lancer une action militaire. Se sentant, à tort, soutenu par les Occidentaux, il semble que le président géorgien ait clairement sous-estimé la réaction russe. Cette dernière passera aussi par le bombardement de casernes où se trouvent stationnés des instructeurs américains – envoyant ainsi et au passage à Washington un message clair, sans aucun doute entendu depuis longtemps, le soutien occidental n’étant guère que rhétorique. Dès lors, la puissance de feu supérieure des forces russes leur a permis de reprendre rapidement le contrôle de la capitale ossète, les Géorgiens n’ayant guère pu sécuriser leurs positions, malgré des investissements ayant connu une forte croissance ces dernières années. Le président géorgien n’a alors guère eu l’option, dès le 9 août, que de demander à plusieurs reprises un cessez-le-feu. A partir de ce moment, les options russes sont plus qu’ouvertes : ayant bousculé un dispositif géorgien incapable de se ressaisir, la Russie peut aussi bien jouer la carte du statu quo ante, celle de l’intégration à la Fédération de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie voire encore… rien moins que la prise de la Géorgie.

Sixièmement, cette micro-guerre bouscule largement les équilibres géopolitiques. Ainsi, comme le remarque O. Kempf, l’axe Washington-Ankara-Tbilissi-Bakou, dont on avait fait grand cas ces dernières années (notamment au regard de la construction de l’oléoduc BTC, sans doute coupé à plusieurs endroits du fait des récentes opérations), semble s’effondrer. Dans le même temps, l’axe Moscou-Erevan-Téhéran ne fait que se renforcer : le Caucase, si l’on peut s’exprimer ainsi, redevient russe. Ensuite, Moscou tient sans doute aussi sa revanche sur le Kosovo : partisane de la théorie de l’intégrité des frontières, Moscou a subi l’intervention de 1999 puis l’indépendance de 2008 de l’ancienne province serbe comme un affront. Mais à accepter que des provinces fassent définitivement sécession – et en récupérant l’Ossétie du Sud comme l’Abkhazie – la Russie ouvre aussi une porte dangereuse pour elle. La guerre de Tchétchénie, menée au nom de l’intégrité des frontières, aura été une guerre pour rien… et certains indépendantistes pourraient être tentés par l’aventure autonomiste.

mardi 5 août 2008

Service minimum de l'AdA pour le prochain Red Flag

L'armée de l'Air dépêchera 4 Rafale et 2 C-130 durant le prochain Red Flag - nous disposons de quelqu'un sur place qui ne manquera pas de nous offrir un RETEX de l'exercice pour DSI - tandis que la Corée du Sud (F-15K) et l'Inde (8 su-30MKI et 2 Il-78 Midas, forces spéciales de l'IAF) dépêcheront égalementdes délégations.

Mais, selon certains observateurs, l'AdA va jouer le "service minimum". D'une part, en regard du nombre : les Indiens seront deux fois plus nombreux que les Français alors que la France a pu alligner une petite dizaine de Mirage 2000D dans l'exercice durant les années 1990. Le coût de l'opération serait en cause. D'autre part, les Rafale ne seraient déployés que pour des missions de défense aérienne. Pas de CAS, de BAI ou de SEAD, donc.

Ce qui laisse tout de même entrevoir quelques possibilités de belles passes d'armes entre les Rafies et les Su-30 et/ou les F-15K. On vous tient au courant !

Histoire de murs

François Duran nous invite à réfléchir aux "nouveaux murs". Ce qui me permet d'apporter, sans mauvais jeu de mot, deux petites pierres à la réflexion. La première est une interview du général Ephraïm Lapid - un ancien du renseignement militaire israélien et ancien porte-parole de Tsahal - portant notamment sur les effets stratégiques du "mur/barrière" positionné en Cisjordanie. Lorsque vous la lisez, gardez à l'esprit les récents attentats au bulldozer : vous comprendrez toute la problématique de la circulation économique entre les Territoires et Israël soulevée par le général. A lire dans le prochain DSI-T.

La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.

Finalement, une bibliothèque, ça aide...

La bibliothèque est finalement remise en place, les ouvrages dépoussiérés et alignés, les Billy montées, le téléphone et internet sont opérationnels, tout fonctionne, je suis donc prêt à reprendre le collier. Et, finalement, dépoussiérer les bouquins vous renvoie immanquablement à la littérature de la guerre froide, vous savez, celle que vous ne consultez plus depuis une bonne quinzaine d'années.

A bien y regarder, elle n'a pas complètement perdu de sa pertinence, en particulier à l'aune de l'activisme russe qui, loin d'être une passade comme certains l'avançaient, tend à s'accroître avec le temps. Ainsi les Danois ont-ils effectué des interceptions, pas très loin de Bornholm, de Su-24 Fencer en entraînement antinavires semble-t-il. De fait, les Russes ne s'engagent plus seulement dans ce type de mission avec des bombardiers lourds mais également avec des interdicteurs que l'on n'avait plus vu depuis 20 ans.

Dans le même temps, Ruslan Pukhov, que nous avions eu l'occasion d'accueillir dans nos pages il y a quelques temps, indiquait à RIA Novosti que les achats vénézuéliens allaient également comprendre des SA-16, des Il-76 de transport et des chars T-90. En plus de fusils de précision Dragunov, d'AK-74, de sous-marins Kilo, de Su-30MK et d'autres systèmes SAM, bien entendu. Il y a quelques jours, la Russie a également annoncé que le déploiement en Pologne et en Tchéquie de défenses ABM provoquerait une utilisation de Cuba comme base de ravitaillement pour ses bombardiers. Un général américain n'avait pas manqué de se rappeller ses leçons d'histoire du 20ème siècle, en particulier le chapitre sur la crise de Cuba.

La Russie a également signifié qu'elle allait moderniser substanciellement la base navale syrienne de Tartous et l'utiliser comme mouillage. Quel est le rapport, me direz-vous ? Et bien, tout ceci ressemble furieusement à un embryon (n'exagérons pas, tout de même) de stratégie d'encerclement de l'OTAN. Certains, aux Pays-Bas, ne manquent pas de rappeler qu'Aruba, Curaçao et Bonaire (Antilles néerlandaises) sont presque à portée visuelle du Vénézuela, les deux premières îles abritant des Forward Operating Locations américaines utilisées dans les NARCOPS.

Dans le même temps, l'OTAN a réactivé ses patrouilles aériennes au départ de l'Islande et Washington a réactivé sa 4ème Flotte. De là à ce que Caracas soit utilisé comme point d'appui russe, il n'y a qu'un pas. Et la France dans tout celà ? Pour elle qui entend réintégrer pleinement l'OTAN, il pourrait bien y avoir, à terme, une contradiction entre sa volonté et la politique qu'elle mène à l'égard de la Syrie, voire des contacts entretenus avec H. Chavez. A suivre, donc...

lundi 4 août 2008

L'armée irakienne remonte en puissance

Dans la perspective d'une reprise en main de l'ensemble des opérations de contre-insurrection qui semble poindre - mais aussi de sécurisation de l'Etat irakien face à ses voisins - Bagdad vient de passer une série de commandes majeures, via le système des Foreign Military Sales - aux Etats-Unis.

Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.