L'armée de l'Air dépêchera 4 Rafale et 2 C-130 durant le prochain Red Flag - nous disposons de quelqu'un sur place qui ne manquera pas de nous offrir un RETEX de l'exercice pour DSI - tandis que la Corée du Sud (F-15K) et l'Inde (8 su-30MKI et 2 Il-78 Midas, forces spéciales de l'IAF) dépêcheront égalementdes délégations.
Mais, selon certains observateurs, l'AdA va jouer le "service minimum". D'une part, en regard du nombre : les Indiens seront deux fois plus nombreux que les Français alors que la France a pu alligner une petite dizaine de Mirage 2000D dans l'exercice durant les années 1990. Le coût de l'opération serait en cause. D'autre part, les Rafale ne seraient déployés que pour des missions de défense aérienne. Pas de CAS, de BAI ou de SEAD, donc.
Ce qui laisse tout de même entrevoir quelques possibilités de belles passes d'armes entre les Rafies et les Su-30 et/ou les F-15K. On vous tient au courant !
mardi 5 août 2008
Histoire de murs
François Duran nous invite à réfléchir aux "nouveaux murs". Ce qui me permet d'apporter, sans mauvais jeu de mot, deux petites pierres à la réflexion. La première est une interview du général Ephraïm Lapid - un ancien du renseignement militaire israélien et ancien porte-parole de Tsahal - portant notamment sur les effets stratégiques du "mur/barrière" positionné en Cisjordanie. Lorsque vous la lisez, gardez à l'esprit les récents attentats au bulldozer : vous comprendrez toute la problématique de la circulation économique entre les Territoires et Israël soulevée par le général. A lire dans le prochain DSI-T.
La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.
La seconde renvoie à deux des chapitres que j'ai eu l'occasion d'écrire pour le prochain ouvrage du RMES, consacré à la guerre urbaine et dirigé par Tanguy Struye, et qui portent sur l'expérience israélienne du combat urbain. Au total, une bonne quarantaine de pages examinant notamment les impacts du fameux "mur/barrière". Impacts a priori positifs en stricts termes statistiques (diminution du nombre d'attentats-suicides en Israël - à nuancer cependant par l'essoufflement de la seconde Intifada) mais qui ne manquent pas de poser d'autres problèmes.
Finalement, une bibliothèque, ça aide...
La bibliothèque est finalement remise en place, les ouvrages dépoussiérés et alignés, les Billy montées, le téléphone et internet sont opérationnels, tout fonctionne, je suis donc prêt à reprendre le collier. Et, finalement, dépoussiérer les bouquins vous renvoie immanquablement à la littérature de la guerre froide, vous savez, celle que vous ne consultez plus depuis une bonne quinzaine d'années.
A bien y regarder, elle n'a pas complètement perdu de sa pertinence, en particulier à l'aune de l'activisme russe qui, loin d'être une passade comme certains l'avançaient, tend à s'accroître avec le temps. Ainsi les Danois ont-ils effectué des interceptions, pas très loin de Bornholm, de Su-24 Fencer en entraînement antinavires semble-t-il. De fait, les Russes ne s'engagent plus seulement dans ce type de mission avec des bombardiers lourds mais également avec des interdicteurs que l'on n'avait plus vu depuis 20 ans.
Dans le même temps, Ruslan Pukhov, que nous avions eu l'occasion d'accueillir dans nos pages il y a quelques temps, indiquait à RIA Novosti que les achats vénézuéliens allaient également comprendre des SA-16, des Il-76 de transport et des chars T-90. En plus de fusils de précision Dragunov, d'AK-74, de sous-marins Kilo, de Su-30MK et d'autres systèmes SAM, bien entendu. Il y a quelques jours, la Russie a également annoncé que le déploiement en Pologne et en Tchéquie de défenses ABM provoquerait une utilisation de Cuba comme base de ravitaillement pour ses bombardiers. Un général américain n'avait pas manqué de se rappeller ses leçons d'histoire du 20ème siècle, en particulier le chapitre sur la crise de Cuba.
La Russie a également signifié qu'elle allait moderniser substanciellement la base navale syrienne de Tartous et l'utiliser comme mouillage. Quel est le rapport, me direz-vous ? Et bien, tout ceci ressemble furieusement à un embryon (n'exagérons pas, tout de même) de stratégie d'encerclement de l'OTAN. Certains, aux Pays-Bas, ne manquent pas de rappeler qu'Aruba, Curaçao et Bonaire (Antilles néerlandaises) sont presque à portée visuelle du Vénézuela, les deux premières îles abritant des Forward Operating Locations américaines utilisées dans les NARCOPS.
Dans le même temps, l'OTAN a réactivé ses patrouilles aériennes au départ de l'Islande et Washington a réactivé sa 4ème Flotte. De là à ce que Caracas soit utilisé comme point d'appui russe, il n'y a qu'un pas. Et la France dans tout celà ? Pour elle qui entend réintégrer pleinement l'OTAN, il pourrait bien y avoir, à terme, une contradiction entre sa volonté et la politique qu'elle mène à l'égard de la Syrie, voire des contacts entretenus avec H. Chavez. A suivre, donc...
A bien y regarder, elle n'a pas complètement perdu de sa pertinence, en particulier à l'aune de l'activisme russe qui, loin d'être une passade comme certains l'avançaient, tend à s'accroître avec le temps. Ainsi les Danois ont-ils effectué des interceptions, pas très loin de Bornholm, de Su-24 Fencer en entraînement antinavires semble-t-il. De fait, les Russes ne s'engagent plus seulement dans ce type de mission avec des bombardiers lourds mais également avec des interdicteurs que l'on n'avait plus vu depuis 20 ans.
Dans le même temps, Ruslan Pukhov, que nous avions eu l'occasion d'accueillir dans nos pages il y a quelques temps, indiquait à RIA Novosti que les achats vénézuéliens allaient également comprendre des SA-16, des Il-76 de transport et des chars T-90. En plus de fusils de précision Dragunov, d'AK-74, de sous-marins Kilo, de Su-30MK et d'autres systèmes SAM, bien entendu. Il y a quelques jours, la Russie a également annoncé que le déploiement en Pologne et en Tchéquie de défenses ABM provoquerait une utilisation de Cuba comme base de ravitaillement pour ses bombardiers. Un général américain n'avait pas manqué de se rappeller ses leçons d'histoire du 20ème siècle, en particulier le chapitre sur la crise de Cuba.
La Russie a également signifié qu'elle allait moderniser substanciellement la base navale syrienne de Tartous et l'utiliser comme mouillage. Quel est le rapport, me direz-vous ? Et bien, tout ceci ressemble furieusement à un embryon (n'exagérons pas, tout de même) de stratégie d'encerclement de l'OTAN. Certains, aux Pays-Bas, ne manquent pas de rappeler qu'Aruba, Curaçao et Bonaire (Antilles néerlandaises) sont presque à portée visuelle du Vénézuela, les deux premières îles abritant des Forward Operating Locations américaines utilisées dans les NARCOPS.
Dans le même temps, l'OTAN a réactivé ses patrouilles aériennes au départ de l'Islande et Washington a réactivé sa 4ème Flotte. De là à ce que Caracas soit utilisé comme point d'appui russe, il n'y a qu'un pas. Et la France dans tout celà ? Pour elle qui entend réintégrer pleinement l'OTAN, il pourrait bien y avoir, à terme, une contradiction entre sa volonté et la politique qu'elle mène à l'égard de la Syrie, voire des contacts entretenus avec H. Chavez. A suivre, donc...
lundi 4 août 2008
L'armée irakienne remonte en puissance
Dans la perspective d'une reprise en main de l'ensemble des opérations de contre-insurrection qui semble poindre - mais aussi de sécurisation de l'Etat irakien face à ses voisins - Bagdad vient de passer une série de commandes majeures, via le système des Foreign Military Sales - aux Etats-Unis.
Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.
Trois contrats portent respectivement sur des forces mécanisées (incluant notamment 140 chars M-1A1M mais aussi des Humvee, des camions HEMTT et des postes de commandement M-577) ; des transports de troupes (392 8x8 LAV dont 352 avec tourelle de 25 mm) ; et enfin 24 hélicoptères (Bell 407 ou AH-6, incluant des missiles Hellfire mais aussi 565 mortiers de 120 mm, 665 mortiers de 81 mm). L'ensemble représente plus de 7,5 milliards de dollars et constitue une nouvelle étape, après les dons massifs de matériel US observés ces derniers mois.
jeudi 24 juillet 2008
Les vacances arrivent
Si, si, votre serviteur prend (un peu) de congés. Comme demain sera une journée chargée au bureau et que mes premiers jours de vacances seront synonymes de déménagement, j'en profite pour prendre congé de vous, du moins jusqu'au 1er août.
D'ici là, j'en profite pour faire un petit effet d'annonce (et vous laisser un peu de lecture) : mon prochain ouvrage, issu en bonne partie de ma thèse, sortira en septembre chez Economica. Pas d'intégrale sur le web évidemment mais la table des matières, consultable en ligne.
Bonne lecture et à d'ici quelques jours !
D'ici là, j'en profite pour faire un petit effet d'annonce (et vous laisser un peu de lecture) : mon prochain ouvrage, issu en bonne partie de ma thèse, sortira en septembre chez Economica. Pas d'intégrale sur le web évidemment mais la table des matières, consultable en ligne.
Bonne lecture et à d'ici quelques jours !
Carte militaire
La présentation de la tèrs attenduie nouvelle carte militaire a été effectuée ce matin. JDM en dresse les grandes lignes. Quant au document dans son intégralité, il peut être consulté ici.
Le DDG-1000 annulé ?
Selon Reuters, l'US Navy aurait transmis au Congrès une demande d'annulation portant sur le programme DDG-1000 - aucune confirmation n'a encore été donnée pour l'heure. La classe Zumwalt - que nous avions analysée dans Technologie & Armement - était sous le feu des critiques de la marine US qui, jusqu'il y a un mois, recommandait de ne s'en tenir qu'à deux exemplaires sur les 7 qu'elle escomptait initialement.
Ce sont précisément ces 2 exemplaires qui seraient annulés, malgré un investissement en R&D de plus de 10 milliards de dollars. Complexe, le navire avait été critiqué pour ses dérives financières et les risques techniques induits. D'une conception de bâtiment destiné à des opérations littorales, très automatisé, semi-submersible et apte à devenir un véritable arsenal flottant, le destroyer était devenu un monstre de 14 000 tonnes à peine capable d'embarquer 80 lanceurs verticaux et destiné aux opérations en haute mer.
Ce travers doctrinal - le retour systématique à la haute mer malgré les demandes en terme de combat littoral - avait en son temps été critiqué, notamment par l'amiral Cebrowski. En tout état de cause, la Navy privilégiait depuis une bonne année le renforcement de sa flotte de destroyers de classe Burke, devenus son "pion élémentaire" en matière de combat en surface.
Notons également que l'annulation de la classe DDG-1000 pourrait avoir des conséquences sur les CG-X, futurs croiseurs destinés au remplacement des CG-49 Ticonderoga, qui devaient être dérivés des nouveaux destroyers. J'ai eu l'occasion d'analyser plus en profondeur les dérives techniciennes visibles dans le cas du Zumwalt dans mon prochain ouvrage, à paraître d'ici fin septembre.
Ce sont précisément ces 2 exemplaires qui seraient annulés, malgré un investissement en R&D de plus de 10 milliards de dollars. Complexe, le navire avait été critiqué pour ses dérives financières et les risques techniques induits. D'une conception de bâtiment destiné à des opérations littorales, très automatisé, semi-submersible et apte à devenir un véritable arsenal flottant, le destroyer était devenu un monstre de 14 000 tonnes à peine capable d'embarquer 80 lanceurs verticaux et destiné aux opérations en haute mer.
Ce travers doctrinal - le retour systématique à la haute mer malgré les demandes en terme de combat littoral - avait en son temps été critiqué, notamment par l'amiral Cebrowski. En tout état de cause, la Navy privilégiait depuis une bonne année le renforcement de sa flotte de destroyers de classe Burke, devenus son "pion élémentaire" en matière de combat en surface.
Notons également que l'annulation de la classe DDG-1000 pourrait avoir des conséquences sur les CG-X, futurs croiseurs destinés au remplacement des CG-49 Ticonderoga, qui devaient être dérivés des nouveaux destroyers. J'ai eu l'occasion d'analyser plus en profondeur les dérives techniciennes visibles dans le cas du Zumwalt dans mon prochain ouvrage, à paraître d'ici fin septembre.
mardi 22 juillet 2008
Le C-17 marque des points... et le Type 214 avec
Cette fois, c'est officiel, le Qatar et Boeing ont signé un accord portant sur la vente de 2 C-17, pour 400 millions de dollars. Le premier appareil devrait être livré durant l'été 2009. Pour faire bonne figure, l'émirat a également commandé 18 hélicoptères AW-139 pour 260 millions d'euros. Les Etats-Unis, La Grande-Bretagne, l'Australie, le Canada et l'OTAN sont déjà clients du Globemaster III.
On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.
On a également appris l'acquisition par la Turquie de 6 sous-marins AIP de Type 214 à HDW pour 2,5 milliards de dollars, coiffant ainsi au poteau DCNS et Navantia. Le Type 214, qui sera examiné dans le prochain DSI-T, a également été commandé par la Grèce et la Corée du Sud et fait l'objet d'une polémique portant notamment sur sa stabilité, son niveau de bruit et la surchauffe de ses piles à combustible.
L'Afghanistan est-il perdu ?
La dernière interview de Gérard Chaliand, indiquant que "La victoire de l'OTAN en Afghanistan est impossible" fait pas mal de bruit et prête, en tous cas, à réfléchir. Sur le fond, son analyse est simple et limpide :
- nous n'avons pas suffisament investi le théâtre des opérations de 2002 à 2004-5 ;
- le dispositif pashtoune a eu le temps de se reconfigurer et de forger de nouveaux argumentaires légitimant - passant d'une vision néo-djihadiste à une vision de guerre de libération nationale ;
- ce nouveau dispositif ne peut emporter la victoire mais l'OTAN non plus ;
- il faut donc négocier.
Il y a donc de quoi réfléchir, sur plusieurs points. Premièrement, sur la perception que nous avons eu des opérations : on a trop souvent fait s'opposer, chez les membres de l'OTAN, "reconstruction" et "sécurisation" ou, en d'autres termes (disons en des termes plus politiques), "combat" et "humanitaire". C'est évidemment une ineptie : l'un ne peut aller sans l'autre, il existe une interpénétration absolue entre ces deux dimensions en contre-insurrection. Or, l'OTAN et ses Etats-membres n'ont pas su/pu/voulu voir à quel type d'opération nous avions affaire. La réponse était mauvaise dès le départ.
Deuxièmement, la notion de victoire reste décidément un référent obligé. Or, la victoire (entendue comme décisivie, nette, claire et tranchée) n'a aujourd'hui plus grand sens dans les conflits contemporains. Et tant qu'elle en aura encore un, la défaite l'aura également, délégitimant toute forme d'intervention militaire un tant soit peu "dure".
Troisièmement, la reconfiguration du dispositif pashtoune vers une base idéologique fondée sur la libération de l'oppresseur peut offrir des options politiques intéressantes - elle peut même induire à terme une certaine forme de coopération. Si, toutefois, nous comprenons et ils comprenent que nos objectifs respectifs devront être reconfigurés : respect de l'autonomie locale dans leur cas, refus du retour des djihadistes/d'AQ dans le nôtre. Comme le dit François, le timing sera particulièrement important et l'imposition d'un tel agenda est évidement lié aux classiques de la realpolitik - à savoir se mettre en position de force avant de négocier.
Quatrièmement, sur l'importance de l'Afghanistan. Nous ne pouvons nous retirer du pays, nous y sommes coincés (je n'aime pas le terme "piégés" car nous disposons d'une liberté de manoeuvre qui n'est pas si négligeable) par la géopolitique. "Arrière-cuisine" stratégique du Pakistan, l'Afghanistan pourrait bien être la porte d'entrée de la chute finale d'Islamabad - et de ses armes nucléaires - aux mains des barbus. Quitter la zone, de ce point de vue, serait une très mauvaise idée. Et ce, sans compter un "retour de flamme" d'AQ sur l'Afghanistan lui-même. C'est une idée que j'avais eu l'occasion de développer plus avant dans une série d'interviews pour le 24 Heures suisse et je pense que cette analyse reste valide.
Cinquièmement, G. Chaliand aborde également la notion de centre de gravité et isole le nôtre dans notre aversion pour les pertes. Cependant, elle semble beaucoup moins prégnante aux Etats-Unis qu'en Europe (et encore l'est-elle moins en France qu'en Belgique, par exemple). Est-ce véritablement un CDG ? Une faiblesse, certainement. Mais un CDG ? On peut être amené à se poser la question de savoir si, en l'absence d'une ligne européenne claire et congruente à la nature des opérations, le CDG ne devient pas naturellement nos sources de faiblesses. J'avais plutôt eu tendance à voire "le zéro/moindre mort" comme un trait culturel, quelque chose qui se situerait en dehors de la mécanique de la stratégie théorique. Mais ce basculement entre "faiblesse des objectifs" et "faiblesses comme CDG" me pose question. Ce basculement me semble a priori - mais ça demande plus de réflexion - intimement lié aux catégories d'argumentaires légitimant les opérations. Sans doute pas tant au plan des populations civiles européennes d'ailleurs qu'au plan politique lui-même.
En conclusion, nous sommes condamnés à devoir effectuer une "stabilisation musclée" de l'Afghanistan. Refuser de le faire, c'est nier à la fois les fondements de la stratégie mais aussi ceux de la politique, en s'exposant à avoir fait beaucoup d'efforts - nonobstant leur insuffisance patente - pour rien, voire pour pire.
- nous n'avons pas suffisament investi le théâtre des opérations de 2002 à 2004-5 ;
- le dispositif pashtoune a eu le temps de se reconfigurer et de forger de nouveaux argumentaires légitimant - passant d'une vision néo-djihadiste à une vision de guerre de libération nationale ;
- ce nouveau dispositif ne peut emporter la victoire mais l'OTAN non plus ;
- il faut donc négocier.
Il y a donc de quoi réfléchir, sur plusieurs points. Premièrement, sur la perception que nous avons eu des opérations : on a trop souvent fait s'opposer, chez les membres de l'OTAN, "reconstruction" et "sécurisation" ou, en d'autres termes (disons en des termes plus politiques), "combat" et "humanitaire". C'est évidemment une ineptie : l'un ne peut aller sans l'autre, il existe une interpénétration absolue entre ces deux dimensions en contre-insurrection. Or, l'OTAN et ses Etats-membres n'ont pas su/pu/voulu voir à quel type d'opération nous avions affaire. La réponse était mauvaise dès le départ.
Deuxièmement, la notion de victoire reste décidément un référent obligé. Or, la victoire (entendue comme décisivie, nette, claire et tranchée) n'a aujourd'hui plus grand sens dans les conflits contemporains. Et tant qu'elle en aura encore un, la défaite l'aura également, délégitimant toute forme d'intervention militaire un tant soit peu "dure".
Troisièmement, la reconfiguration du dispositif pashtoune vers une base idéologique fondée sur la libération de l'oppresseur peut offrir des options politiques intéressantes - elle peut même induire à terme une certaine forme de coopération. Si, toutefois, nous comprenons et ils comprenent que nos objectifs respectifs devront être reconfigurés : respect de l'autonomie locale dans leur cas, refus du retour des djihadistes/d'AQ dans le nôtre. Comme le dit François, le timing sera particulièrement important et l'imposition d'un tel agenda est évidement lié aux classiques de la realpolitik - à savoir se mettre en position de force avant de négocier.
Quatrièmement, sur l'importance de l'Afghanistan. Nous ne pouvons nous retirer du pays, nous y sommes coincés (je n'aime pas le terme "piégés" car nous disposons d'une liberté de manoeuvre qui n'est pas si négligeable) par la géopolitique. "Arrière-cuisine" stratégique du Pakistan, l'Afghanistan pourrait bien être la porte d'entrée de la chute finale d'Islamabad - et de ses armes nucléaires - aux mains des barbus. Quitter la zone, de ce point de vue, serait une très mauvaise idée. Et ce, sans compter un "retour de flamme" d'AQ sur l'Afghanistan lui-même. C'est une idée que j'avais eu l'occasion de développer plus avant dans une série d'interviews pour le 24 Heures suisse et je pense que cette analyse reste valide.
Cinquièmement, G. Chaliand aborde également la notion de centre de gravité et isole le nôtre dans notre aversion pour les pertes. Cependant, elle semble beaucoup moins prégnante aux Etats-Unis qu'en Europe (et encore l'est-elle moins en France qu'en Belgique, par exemple). Est-ce véritablement un CDG ? Une faiblesse, certainement. Mais un CDG ? On peut être amené à se poser la question de savoir si, en l'absence d'une ligne européenne claire et congruente à la nature des opérations, le CDG ne devient pas naturellement nos sources de faiblesses. J'avais plutôt eu tendance à voire "le zéro/moindre mort" comme un trait culturel, quelque chose qui se situerait en dehors de la mécanique de la stratégie théorique. Mais ce basculement entre "faiblesse des objectifs" et "faiblesses comme CDG" me pose question. Ce basculement me semble a priori - mais ça demande plus de réflexion - intimement lié aux catégories d'argumentaires légitimant les opérations. Sans doute pas tant au plan des populations civiles européennes d'ailleurs qu'au plan politique lui-même.
En conclusion, nous sommes condamnés à devoir effectuer une "stabilisation musclée" de l'Afghanistan. Refuser de le faire, c'est nier à la fois les fondements de la stratégie mais aussi ceux de la politique, en s'exposant à avoir fait beaucoup d'efforts - nonobstant leur insuffisance patente - pour rien, voire pour pire.
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lundi 21 juillet 2008
Ouf !
Aucun véhicule n'est tombé en panne devant la tribune royale (je me souviens, dans mon enfance d'un M-109 resté coincé juste devant) et le défilé "nouvelle génération" s'est bien déroulé. Une bande de robocops a déboulé en plein sur la place des palais pour faire une démo de maintien de l'ordre qui a solidement secoué le présentateur TV : "uh... ce n'est pas un peu violent ?". De fait, c'était un peu comme si un Leclerc déboulait en plein milieu d'un épisode des Télétubbies et passait en mode hunter-killer sur les lapins. Rigolo, quoi.
Petit rappel aussi de la polémique sur les 90mm et ambiance à la fête. Joyeux anniversaire à tous mes compatriotes, nous étions un jour de fête nationale. Mais, tout de même (dirait Carl) : pas un chenillé (parce qu'il paraît qu'un véhicule à roue est plus mobile), l'artillerie représentée par 2 canons de 105 mm, pas un missile antichar à l'horizon et un défilé civil plus long que le militaire. Chapeau à la FAé (c'est tellement mieux que composante aérienne) qui nous a envoyé 16 F-16 et 1 NH90.
Mais pour le reste, c'est un peu comme si la moitié de l'armée était resté coincé dans les bouchons du carrefour Léonard (pour les connaisseurs) et avait décidé que c'était le bon moment pour se faire une pause one-one... Une ambiance bizarre aussi. On fait la fête essentiellement parce qu'on aime la faire - on peut se demander si elle a encore une signification profonde. En Flandre, manifestement, l'indifférence règne et un vice-premier ministre francophone indiquait d'un air docte que c'est une "fête intéressante". Cool, moi aussi, j'aime l'anthropologie.
Bon alleï, bonne fiesse a tout en saquî (mon wallon est un peu rouillé), goeïe nationaal dag iedereen (zut, mon anversois aussi) et que les pintjes coulent dans vos gosiers comme il pleut sur la Belgique (ah, ça, ça va toujours !).
Petit rappel aussi de la polémique sur les 90mm et ambiance à la fête. Joyeux anniversaire à tous mes compatriotes, nous étions un jour de fête nationale. Mais, tout de même (dirait Carl) : pas un chenillé (parce qu'il paraît qu'un véhicule à roue est plus mobile), l'artillerie représentée par 2 canons de 105 mm, pas un missile antichar à l'horizon et un défilé civil plus long que le militaire. Chapeau à la FAé (c'est tellement mieux que composante aérienne) qui nous a envoyé 16 F-16 et 1 NH90.
Mais pour le reste, c'est un peu comme si la moitié de l'armée était resté coincé dans les bouchons du carrefour Léonard (pour les connaisseurs) et avait décidé que c'était le bon moment pour se faire une pause one-one... Une ambiance bizarre aussi. On fait la fête essentiellement parce qu'on aime la faire - on peut se demander si elle a encore une signification profonde. En Flandre, manifestement, l'indifférence règne et un vice-premier ministre francophone indiquait d'un air docte que c'est une "fête intéressante". Cool, moi aussi, j'aime l'anthropologie.
Bon alleï, bonne fiesse a tout en saquî (mon wallon est un peu rouillé), goeïe nationaal dag iedereen (zut, mon anversois aussi) et que les pintjes coulent dans vos gosiers comme il pleut sur la Belgique (ah, ça, ça va toujours !).
dimanche 20 juillet 2008
une bibliothèque, c'est lourd...
Et je ne parle pas des meubles (une rafale d'indémodables "Billy" de chez Ikea devant débarquer prochainement) mais bien des ouvrages. Je vais profiter de mes congés, à partir de vendredi prochain, pour déménager.
Résultat, 17 caisses grand format de bouquins, depuis une présentation des oeuvres de Teilhard de Chardin chez Marabout d'une vingtaine de grammes jusqu'aux Flottes de combat 2008 (comptez 2kg).
Soit, à vue de nez et en me conformant aux prescriptions des déménageurs en termes de charge unitaire, environ 500 kg de lectures... sans compter une collection complète d'au moins 5 titres de magazines. Comment ça, j'ai une carrure de sandwich SNCF ?
Résultat, 17 caisses grand format de bouquins, depuis une présentation des oeuvres de Teilhard de Chardin chez Marabout d'une vingtaine de grammes jusqu'aux Flottes de combat 2008 (comptez 2kg).
Soit, à vue de nez et en me conformant aux prescriptions des déménageurs en termes de charge unitaire, environ 500 kg de lectures... sans compter une collection complète d'au moins 5 titres de magazines. Comment ça, j'ai une carrure de sandwich SNCF ?
vendredi 18 juillet 2008
Heyl Ha'Yam : 4 LCS sur un plateau
Tous les feux des Foreign Military Sales sont au vert : la marine israélienne va effectivement recevoir 4 corvettes LCS-1 de Lockheed Martin, pour un montant de 1,9 milliards de dollars. Le plus intéressant réside dans la configuration, moins modulaire que pour l'USN, du bâtiment - qui en fait une véritable frégate :
- 2x8 lanceurs verticaux Mk41 ;
- lanceurs Harpoon ;
- 1 CIWS Phalanx ;
- 2 tubes lance-torpilles ;
- Link-16
Eventuellement un radar SPY-1F - la même version de l'Aegis que celle qui est installée sur les Nansen norvégiennes. Ce qui laisse au demeurant deviner des modifications assez lourdes sur un bâtiment qui n'en est pas à ses premiers problèmes...
En somme, une solide configuration pour le combat naval. Qui pourrait bien intéresser de très près l'Arabie saoudite, également intéressée par le LCS.
- 2x8 lanceurs verticaux Mk41 ;
- lanceurs Harpoon ;
- 1 CIWS Phalanx ;
- 2 tubes lance-torpilles ;
- Link-16
Eventuellement un radar SPY-1F - la même version de l'Aegis que celle qui est installée sur les Nansen norvégiennes. Ce qui laisse au demeurant deviner des modifications assez lourdes sur un bâtiment qui n'en est pas à ses premiers problèmes...
En somme, une solide configuration pour le combat naval. Qui pourrait bien intéresser de très près l'Arabie saoudite, également intéressée par le LCS.
jeudi 17 juillet 2008
Réchauffement irano-américain
Le dossier iranien se réchauffe peu à peu, pour certains commentateurs, on se dirige même vers une sortie de crise. L'affaire est néanmoins complexe et pas mal d'hypothèses peuvent être dégagées. C'est l"occasion d'une petite interview à écouter sur Radio Méditerranée International dans le courant de la journée.
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Précision sur l'arsenal nucléaire chinois
La dernière édition du Bulletin of the Atomic Scientists compte notamment un article de la FAS sur l'état de l'arsenal nucléaire chinois, indiquant que Pékin dispose d'environ 176 charges nucléaires. A lire ici.
mercredi 16 juillet 2008
Fonction "anticipation-connaissance" : à bien y réfléchir...
Bien entendu, nous reviendrons dans le prochain DSI sur le LBDSN mais aussi sur les priorités qu'il induit, notamment en matière d'anticipation-connaissance - en bref, le renseignement entendu au sens large. D'ici là, quelques éléments de réflexion, à la relecture du LBDSN :
- Sur la forme d'abord : le renseignement et l'anticipation sont, par nature, consubstanciels à toute activité stratégique, ce qui implique naturellement de se projeter dans le temps - le passé mais aussi le futur. Et ce, pour la prévention, la dissuasion, la protection ou encore l'action/projection : on ne conduit pas les armées sans envisager leurs actions et les contraintes qu'elles pourraient subir, de son fait propre ou de celui de l'adversaire. De ce point de vue, en faire une "fonction" en tant que telle marque la priorité qui lui est donnée. Mais, par certains aspects, n'est-elle pas quelque peu incongrue, marquant, en fait, un oubli de la stratégie et de ses élémentaires ?
- Sur le fond : le LBDSN induit des aménagements d'ordre organisationnels bienvenus. Mais va-t'on ou non vers une expérience similaire à celle du Joint Intelligence Comittee (JIC) britannique, permettant de donner au niveau politique une image claire du "qui fait quoi et où en est-on" ? Un spécialiste délégué auprès du Président représente certes un embryon de "communauté d'alerte" (annoncer les mauvaises nouvelles est un art dont le manque de maîtrise aura coûté la vie à Sorge, une invasion à l'URSS et quelques millions de morts). Mais jusqu'où va-t-il jouer ce rôle ? ;
- Sur le fond encore, DST et DGSE apparaissent comme les grandes gagnantes du LBDSN. Comparativement, pour la DRM, militaire, aucun nouveau projet n'émerge - elle "gagne" surtout parce qu'elle ne perd pas. En fait, le LBDSN valide des programmes lancés antérieurement (comme MUSIS) mais cache aussi ce qui semble être une réduction des personnels de la DRM.
Certes, il faut voir de quels personnels il s'agit mais le signal lancé est tout de même perturbant. De ce point de vue, l'emphase sur le maintien des espérances en matière matérielle cache également que l'augmentation du débit des informations ne représente rien sans analystes capables de les décrypter et de transformer les informations en renseignement.
Or, comme me le confiait un expert tout à l'heure, un bon linguiste chinois, c'est... 10 ans de formation : le double de la durée de vie des Helios II... Histoire de rappeler que le renseignement ne représente pas un facteur uniquement dépendant du matériel. Vous pouvez avoir 2 000 missiles de croisière et 25 planificateurs, spécialistes de la stratégie aérienne. Si vous avez 2 satellites, il vous faut bien plus d'analystes. Et les satellites ne sont que l'un des moyens de recueil du renseignement...
- Sur la forme d'abord : le renseignement et l'anticipation sont, par nature, consubstanciels à toute activité stratégique, ce qui implique naturellement de se projeter dans le temps - le passé mais aussi le futur. Et ce, pour la prévention, la dissuasion, la protection ou encore l'action/projection : on ne conduit pas les armées sans envisager leurs actions et les contraintes qu'elles pourraient subir, de son fait propre ou de celui de l'adversaire. De ce point de vue, en faire une "fonction" en tant que telle marque la priorité qui lui est donnée. Mais, par certains aspects, n'est-elle pas quelque peu incongrue, marquant, en fait, un oubli de la stratégie et de ses élémentaires ?
- Sur le fond : le LBDSN induit des aménagements d'ordre organisationnels bienvenus. Mais va-t'on ou non vers une expérience similaire à celle du Joint Intelligence Comittee (JIC) britannique, permettant de donner au niveau politique une image claire du "qui fait quoi et où en est-on" ? Un spécialiste délégué auprès du Président représente certes un embryon de "communauté d'alerte" (annoncer les mauvaises nouvelles est un art dont le manque de maîtrise aura coûté la vie à Sorge, une invasion à l'URSS et quelques millions de morts). Mais jusqu'où va-t-il jouer ce rôle ? ;
- Sur le fond encore, DST et DGSE apparaissent comme les grandes gagnantes du LBDSN. Comparativement, pour la DRM, militaire, aucun nouveau projet n'émerge - elle "gagne" surtout parce qu'elle ne perd pas. En fait, le LBDSN valide des programmes lancés antérieurement (comme MUSIS) mais cache aussi ce qui semble être une réduction des personnels de la DRM.
Certes, il faut voir de quels personnels il s'agit mais le signal lancé est tout de même perturbant. De ce point de vue, l'emphase sur le maintien des espérances en matière matérielle cache également que l'augmentation du débit des informations ne représente rien sans analystes capables de les décrypter et de transformer les informations en renseignement.
Or, comme me le confiait un expert tout à l'heure, un bon linguiste chinois, c'est... 10 ans de formation : le double de la durée de vie des Helios II... Histoire de rappeler que le renseignement ne représente pas un facteur uniquement dépendant du matériel. Vous pouvez avoir 2 000 missiles de croisière et 25 planificateurs, spécialistes de la stratégie aérienne. Si vous avez 2 satellites, il vous faut bien plus d'analystes. Et les satellites ne sont que l'un des moyens de recueil du renseignement...
Farnborough avec DSI-T
Comme vous le savez, le salon de Farnborough se tient tous les deux ans, en alternance avec le Bourget. BAE vient notamment d'y présenter sa conception du drone MALE d'attaque, un démonstrateur qui pourrait bien augurer de développements ultérieurs.
Tout ceci pour vous dire qu'un de nos correspondants est sur place et que les temps forts du salon seront à retrouver dans le DSIT n°13, de septembre-octobre, parmi quelques autres articles pour le moins solides.
Tout ceci pour vous dire qu'un de nos correspondants est sur place et que les temps forts du salon seront à retrouver dans le DSIT n°13, de septembre-octobre, parmi quelques autres articles pour le moins solides.
mardi 15 juillet 2008
Bon, plus de gouvernement... divaguons alors !
Comme vous le savez certainement, le premier ministre belge a démissionné, au terme de l'échec des négociations communautaires. Bon, nous voilà à nouveau sans gouvernement, de quoi laisser pas mal d'options sur la table. Si, personnellement, je pense que nous allons vers un confédéralisme poussé, imaginons un peu un rattachement à la France ou encore l'ancrage de ce qui resterait de la Belgique - soit Bruxelles et la Wallonie - à la France.
Dans les deux cas de figure, Paris aurait la haute main sur la défense. Petit calcul : si chaque "Belge néo-Français" (grosso-modo, 4 millions d'habitants) payait ce qu'un Français paie pour la défense (ce qui ne serait que justice)... les "néo-Français" paieraient annuellement 2,372 milliards d'Euros. Soit un peu moins que ce que ne paient 10 millions de Belges pour leur défense.
Bon, et bien... on l'a presque, le 2ème PA !
Dans les deux cas de figure, Paris aurait la haute main sur la défense. Petit calcul : si chaque "Belge néo-Français" (grosso-modo, 4 millions d'habitants) payait ce qu'un Français paie pour la défense (ce qui ne serait que justice)... les "néo-Français" paieraient annuellement 2,372 milliards d'Euros. Soit un peu moins que ce que ne paient 10 millions de Belges pour leur défense.
Bon, et bien... on l'a presque, le 2ème PA !
lundi 14 juillet 2008
dimanche 13 juillet 2008
CDG et matérialité
Je profite du débat lancé par Olivier Kempf (zut, tu as raison, je suis à la bourre sur mes mails mais je ne t'oublie pas !) et François Duran sur la notion de centre de gravité pour faire un peu d'"incruste". J'avais eu envie de m'immiscer éhontément dans la cette très pertinente problématique il y a quelques jours mais... time is flying...
J'avais eu envie, surtout, de répondre au premier post de François, sur l'emploi du CDG par le général Yakovleff (la 7ème BB va faire des étincelles !). En fait, sa conception du CDG est l'un des rares points de son excellent ouvrage sur lequel je ne suis pas d'accord. En fait, je pense qu'il reste marqué par une vision trop tactique, presque jominienne du CDG. Au point que je m'étais dit à l'époque, qu'on pouvait le confondre avec le "point décisif", lui-même composante du CDG et effectivement plus jominien.
En fait, dans la conception clausewitzienne, il ne peut exister qu'un seul CDG, la source du pouvoir, de l'ascendant de l'adversaire. Or, ce pouvoir peut être matérialisé (les canons bosno-serbes autour de Sarajevo en 95, pour suivre le raisonnement de l'OTAN à l'époque, avant Deliberate Force) ou non. Je pense qu'en réalité, il n'est que rarement matérialisé. Pour reprendre Sarajevo 95', l'artillerie adverse était en réalité le point le plus décisif des points décisifs - je pense que le "vrai" CDG était la "pureté ethnique" défendue par Pale et, surtout, son acceptation/interprétation par des combattants fortement mobilisés d'un point de vue idéologique.
Certes, cette pureté était assimilable à un objectif de la guerre (un zweck, quoi). Mais c'est surtout la motivation induite chez les assiégeurs qui constituait ce CDG. A côté de celà, le nombre de combattant bosno-serbes, leur artillerie, leurs approvisionnements étaient autant de points décisifs (dûment attaqués par l'aviation et l'artillerie de l'OTAN ensuite). En ce sens, la possible valeur immatérielle d'un CDG le rend naturellement compatible à des opérations irrégulières. Mao, lorsqu'il entreprend sa Longue Marche, est le CDG chinois : il est à la fois commandant et "émetteur idéologique" : il fixe l'idéologie, les objectifs, la méthode et jusqu'à la tactique. Un vrai Head and shoulders, "tout en un", stratégique.
En fait, derrière ma réflexion se cache aussi une "remise à sa place" du CDG : je me demande dans quelle mesure il permet effectivement de conduire la guerre : savoir ce qui fait la force de l'adversaire est évidemment utile - c'est même l'une des première choses à considérer - mais de là découlent ensuite une série d'options. L'EFR et la génération d'un "effet majeur" (soit, grosso modo, le dominant effect de la théorie des EBO) devant permettre de l'atteindre est finalement relativement découplée du CDG. Plutôt, il va viser des points matériels ou, à tout le moins, plus tangibles.
Prenons un exemple : mon adversaire est une sorte de nébuleuse djihadiste comportant à la fois des chefs reconnus et leur soutien budgéto-logistique et une multitude de petits groupes s'en réclamant. Elle était initialement basée dans une zone géographique régie par un Etat en "stan" mais où l'Etat n'a jamais eu beaucoup prise. Le CDG de mon adversaire est sa doctrine, en l'occurrence : elle agrège des mécontements divers et variés et propose une lutte à mort dans le long terme en offrant ultimement à ses combattants le paradis.
Que faire ? Mener une campagne d'influence visant à "déconstruire" l'idéologie et la doctrine adverse est une solution mais qui , n'opèrera que dans le long terme : la contre-conviction n'est pas chose aisée. Or, ce temps peut être exploité pour l'adversaire et mener des opérations qui renforçeront sa légitimité auprès de populations susceptibles de fournir des combattants potentiels et donc, de le renforcer.
Autre option, "faire la chasse" et engager des troupes amies contre les points décisifs adverses, par exemple, des regroupements de gens que nous appelerions les "talibans" ou encore l'engagement de services de renseignement contre des cellules djihadistes en Europe. Là, des résultats seront accumulés dans le court terme mais n'éroderont pas nécessairement le CDG adverse.
Conclusion : il faut mener des options de court terme et de long terme et un CDG dématérialisé est plus complexe à combattre (surtout pour nos "sociétés impatientes") et implique de s'attaquer aux points décisifs, ne serait-ce que par la charge dissuadante que peuvent avoir nos actions sur l'adversaire. En tout état de cause, et là, je relance la balle du débat, tout CDG dématérialisé dépendra beaucoup plus des populations susceptibles de jouer un rôle quelconque dans les opérations que dans les matériels en tant que tels.
Ce qui nous renvoie droit à... Rupert Smith et Vincent Desportes. Les populations peuvent ne pas être qu'enjeu et cible, elles peuvent aussi être source (directe ou indirecte), réceptacle ou "activateurs" d'un CDG.
J'avais eu envie, surtout, de répondre au premier post de François, sur l'emploi du CDG par le général Yakovleff (la 7ème BB va faire des étincelles !). En fait, sa conception du CDG est l'un des rares points de son excellent ouvrage sur lequel je ne suis pas d'accord. En fait, je pense qu'il reste marqué par une vision trop tactique, presque jominienne du CDG. Au point que je m'étais dit à l'époque, qu'on pouvait le confondre avec le "point décisif", lui-même composante du CDG et effectivement plus jominien.
En fait, dans la conception clausewitzienne, il ne peut exister qu'un seul CDG, la source du pouvoir, de l'ascendant de l'adversaire. Or, ce pouvoir peut être matérialisé (les canons bosno-serbes autour de Sarajevo en 95, pour suivre le raisonnement de l'OTAN à l'époque, avant Deliberate Force) ou non. Je pense qu'en réalité, il n'est que rarement matérialisé. Pour reprendre Sarajevo 95', l'artillerie adverse était en réalité le point le plus décisif des points décisifs - je pense que le "vrai" CDG était la "pureté ethnique" défendue par Pale et, surtout, son acceptation/interprétation par des combattants fortement mobilisés d'un point de vue idéologique.
Certes, cette pureté était assimilable à un objectif de la guerre (un zweck, quoi). Mais c'est surtout la motivation induite chez les assiégeurs qui constituait ce CDG. A côté de celà, le nombre de combattant bosno-serbes, leur artillerie, leurs approvisionnements étaient autant de points décisifs (dûment attaqués par l'aviation et l'artillerie de l'OTAN ensuite). En ce sens, la possible valeur immatérielle d'un CDG le rend naturellement compatible à des opérations irrégulières. Mao, lorsqu'il entreprend sa Longue Marche, est le CDG chinois : il est à la fois commandant et "émetteur idéologique" : il fixe l'idéologie, les objectifs, la méthode et jusqu'à la tactique. Un vrai Head and shoulders, "tout en un", stratégique.
En fait, derrière ma réflexion se cache aussi une "remise à sa place" du CDG : je me demande dans quelle mesure il permet effectivement de conduire la guerre : savoir ce qui fait la force de l'adversaire est évidemment utile - c'est même l'une des première choses à considérer - mais de là découlent ensuite une série d'options. L'EFR et la génération d'un "effet majeur" (soit, grosso modo, le dominant effect de la théorie des EBO) devant permettre de l'atteindre est finalement relativement découplée du CDG. Plutôt, il va viser des points matériels ou, à tout le moins, plus tangibles.
Prenons un exemple : mon adversaire est une sorte de nébuleuse djihadiste comportant à la fois des chefs reconnus et leur soutien budgéto-logistique et une multitude de petits groupes s'en réclamant. Elle était initialement basée dans une zone géographique régie par un Etat en "stan" mais où l'Etat n'a jamais eu beaucoup prise. Le CDG de mon adversaire est sa doctrine, en l'occurrence : elle agrège des mécontements divers et variés et propose une lutte à mort dans le long terme en offrant ultimement à ses combattants le paradis.
Que faire ? Mener une campagne d'influence visant à "déconstruire" l'idéologie et la doctrine adverse est une solution mais qui , n'opèrera que dans le long terme : la contre-conviction n'est pas chose aisée. Or, ce temps peut être exploité pour l'adversaire et mener des opérations qui renforçeront sa légitimité auprès de populations susceptibles de fournir des combattants potentiels et donc, de le renforcer.
Autre option, "faire la chasse" et engager des troupes amies contre les points décisifs adverses, par exemple, des regroupements de gens que nous appelerions les "talibans" ou encore l'engagement de services de renseignement contre des cellules djihadistes en Europe. Là, des résultats seront accumulés dans le court terme mais n'éroderont pas nécessairement le CDG adverse.
Conclusion : il faut mener des options de court terme et de long terme et un CDG dématérialisé est plus complexe à combattre (surtout pour nos "sociétés impatientes") et implique de s'attaquer aux points décisifs, ne serait-ce que par la charge dissuadante que peuvent avoir nos actions sur l'adversaire. En tout état de cause, et là, je relance la balle du débat, tout CDG dématérialisé dépendra beaucoup plus des populations susceptibles de jouer un rôle quelconque dans les opérations que dans les matériels en tant que tels.
Ce qui nous renvoie droit à... Rupert Smith et Vincent Desportes. Les populations peuvent ne pas être qu'enjeu et cible, elles peuvent aussi être source (directe ou indirecte), réceptacle ou "activateurs" d'un CDG.
jeudi 10 juillet 2008
C'est pas nous, ne tirez pas !
Pour répondre à une interrogation récurrente (et justifiée), les DSI et T&A arrivent bel et bien. En fait, le DSI a été livré aux NMPP (notre distributeur pour les kiosques en France et dans quelques autres pays) le 4 juillet et devrait déjà être dans les kiosques.
Mais, manifestement, la CGT du Livre a mené quelques actions de grève, retardant la distribution aux kiosquiers. Désolé donc pour ce très involontaire retard !
Mais, manifestement, la CGT du Livre a mené quelques actions de grève, retardant la distribution aux kiosquiers. Désolé donc pour ce très involontaire retard !
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