André Dumoulin vient de m'envoyer le lien vers un article de Marianne qui me semble très pertinent et qui "démonte" en bonne et due forme l'encyclopédie collaborative, avant-garde du web 2.0.
Et de fait, le problème de l'anonymat des contributeurs y est central : est-ce le savoir (boudjou : Sage m'a envoyé un mail : accès gratuit à ses 460 revues - vraiment académiques - jusque fin novembre) ou la possibilité de manipulation qui se démocratisent ? Du point de vue du stratégiste examinant les matériels, il est vrai qu'on est parfois curieux de savoir d'où viennent certaines infos... ou plutôt de quels départements marketing. A voir ici.
samedi 3 novembre 2007
Pour mon anniversaire, je veux des journées de 48 heures !
Ca y est me direz-vous, voilà qu'il se plaint ! Et bien pas tout à fait. Mais je me suis fait une petite virée en librairie (restons sérieux, tout de même) et non content d'avoir reçu de Véro "Une exécution ordinaire" (euh... pas d'arrières-pensées envers son vénéré rédac'chef adjoint, j'espère !), je me suis pris "Achever Clausewitz" de Girard (non, pas question d'euthanasier ce bon vieux Carl von C.). Tout ça avec une chronique stratégique de l'année en route et un bouquin à parachever, ça ne fait pas très sérieux. Mais on ne se refait pas, après tout.
Plus sérieusement, j'ai eu de très bons commentaires sur Achever Clausewitz. Mon interlocuteur me l'avait décrit comme assez ardu, tendant vers l'épistémologie. Des 3 premières pages lues en prenant l'apéro ce midi, la prose vole assez haut, de fait, mais reste claire. Le questionnement lui-même est terriblement concret. Voilà qui justifiera très certainement une critique de lecture dans le DSI de décembre.
Ceci dit, mes potes m'ont offert une petite merveille : une de ces machines expresso qui vous préparent de petites bombes caféinées comme je les aime et Madame Athéna m'a offert un Palm, histoire que je sois un peu plus à l'heure (pour faire la vaisselle, par exemple : c'est étonnant cette résilience que j'ai à l'égard de la vaisselle). Qui a dit que le temps objectif était incompressible ?
Plus sérieusement, j'ai eu de très bons commentaires sur Achever Clausewitz. Mon interlocuteur me l'avait décrit comme assez ardu, tendant vers l'épistémologie. Des 3 premières pages lues en prenant l'apéro ce midi, la prose vole assez haut, de fait, mais reste claire. Le questionnement lui-même est terriblement concret. Voilà qui justifiera très certainement une critique de lecture dans le DSI de décembre.
Ceci dit, mes potes m'ont offert une petite merveille : une de ces machines expresso qui vous préparent de petites bombes caféinées comme je les aime et Madame Athéna m'a offert un Palm, histoire que je sois un peu plus à l'heure (pour faire la vaisselle, par exemple : c'est étonnant cette résilience que j'ai à l'égard de la vaisselle). Qui a dit que le temps objectif était incompressible ?
Libellés :
News en vrac,
Perso,
Question de méthode,
Stratégie
Quand les braves rendent les armes
Je vous avais déjà parlé de Mehmet Koksal et de son blog, humeur allochtone. Il faisait partie de mon univers de citoyen bruxellois à mi-temps en me tenant informé sur mes quartiers, en farfouilant sur les petites et les grosses combines de la politique belge.
Et là où les uns et les autres poussaient des incantations pour éviter les amalgames en tous genres (les Kurdes sont tous du PKK, les musulmans sont tous terroristes, les Turcs sont tous nationalistes, j'en passe et des meilleures), il a fait bien plus pour la cohésion sociale, la tolérance et l'information libérée de l'autocensure que les bobos bien-pensants. Il voyait les choses avec l'arme la plus létale pour la crétinerie que l'homme ait jamais inventé : l'objectivité.
Et bien, il arrête. a force d'avoir creusé, il s'est attiré bon nombre d'ennuis, au point de se faire tabasser pour avoir suivi une manif' où, soit dit en passant, le drapeau d'une ambassade étrangère (Etats-Unis) a été brûlé par des Loups gris. Entre politiciens parlant de "prétendu génocide arménien" ou membres de l'extrême-droite turque se trouvant sur des listes électorales pourtant démocratiques, il considère que lui et son entourage sont dans une position intenable.
Appuyé par tout le monde mais soutenu par personne, le voilà sans son clavier-sabre. Un épisode de plus, sans doute, du lent glissement belge vers un non-Etat où l'objectivité comme la libre pensée semblent, face aux intérêts supérieurs du délitement, devenir des victimes collatérales. C'est grave. Mais est-ce que son expérience fera réfléchir ?
Et là où les uns et les autres poussaient des incantations pour éviter les amalgames en tous genres (les Kurdes sont tous du PKK, les musulmans sont tous terroristes, les Turcs sont tous nationalistes, j'en passe et des meilleures), il a fait bien plus pour la cohésion sociale, la tolérance et l'information libérée de l'autocensure que les bobos bien-pensants. Il voyait les choses avec l'arme la plus létale pour la crétinerie que l'homme ait jamais inventé : l'objectivité.
Et bien, il arrête. a force d'avoir creusé, il s'est attiré bon nombre d'ennuis, au point de se faire tabasser pour avoir suivi une manif' où, soit dit en passant, le drapeau d'une ambassade étrangère (Etats-Unis) a été brûlé par des Loups gris. Entre politiciens parlant de "prétendu génocide arménien" ou membres de l'extrême-droite turque se trouvant sur des listes électorales pourtant démocratiques, il considère que lui et son entourage sont dans une position intenable.
Appuyé par tout le monde mais soutenu par personne, le voilà sans son clavier-sabre. Un épisode de plus, sans doute, du lent glissement belge vers un non-Etat où l'objectivité comme la libre pensée semblent, face aux intérêts supérieurs du délitement, devenir des victimes collatérales. C'est grave. Mais est-ce que son expérience fera réfléchir ?
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mercredi 31 octobre 2007
Un invité de marque pour DSI
C'est bien connu, DSI n'accueille que des invités de marque. Toutefois, nous avions reçu une proposition d'interview qui ne nous a pas laissé de marbre en ce sens qu'il s'agissait rien moins que du général Gagor, chef d'état-major général des forces armées polonaises et candidat au poste de président du Comité militaire de l'OTAN.
Ce diplômé de l’Ecole des officiers des troupes mécanisées de Wrocław (1973) est aussi titulaire d’une maîtrise de philologie anglaise de l’université de Poznań (1983). Il obtient en 1998 un doctorat de défense à l’Académie de défense nationale de Varsovie. Ancien auditeur du Collège de défense de l’OTAN de Rome (2001), il est également diplômé du National War College de la National Defense University de Washington (2002). Il joue un rôle déterminant au sein du groupe de travail des forces armées polonaises chargé de la préparation à l’accession de la Pologne à l’OTAN. Entre 2003 et 2006, le général Gągor est successivement Force commander UNIKOM Irak, assistant du SGNU (2003), Force commander UNDOF Syrie, assistant du SGNU (2003-2004), représentant militaire polonais auprès des comités militaires de l’OTAN et de l’UE à Bruxelles (2004-2006). Le 27 février 2006, le général Gągor est nommé chef d’état-major général des armées polonaises. Il est promu au grade de général d’armée le 3 mai 2006. Le général parle anglais, français et russe.
En l'occurrence, nous avons le plaisir de le recevoir dans le numéro de novembre de DSI et il me semble, ma foi, plutôt bien entouré :
- Ruslan Pukhov, directeur du CAST (Moscou) sur l'évolution des programmes russes ;
- Tanguy Struye et Jean-Didier Rosi pour un long article, très riche en informations, sur le phénomène des contractors ;
- Hervé Coutau-Bégarie, le général Saqui de Sannes, Aymeric Chauprade et Christian Malis dans le cadre de notre dossier principal, consacré aux options stratégiques de la France en regard du prochain Livre Blanc, et qui nous démontrent que le "politiquement correct" n'est pas prêt de l'emporter dans les débats stratégiques ;
- un dossier portant sur les options stratégiques iraniennes à long terme et un focus sur les armements chimiques et biologiques de Téhéran ;
- un dossier "ALAT" qui fait suite à une visite du 1er RHC de Phalsbourg et qui comprend pas mal de choses sur la façon dont ils perçoivent le combat urbain ;
- un dossier "technologie" sur l'évolution des chars russes, complété de fiches techniques sur le T-64, le Ching Kuo taiwanais et le LCS américain.
L'ensemble sera disponible dès le 6 novembre en kiosque et sur notre boutique en ligne. D'ores et déjà, bonne lecture à toutes et à tous... et n'hésitez jamais à m'envoyer remarques, suggestions et autres commentaires !
Ce diplômé de l’Ecole des officiers des troupes mécanisées de Wrocław (1973) est aussi titulaire d’une maîtrise de philologie anglaise de l’université de Poznań (1983). Il obtient en 1998 un doctorat de défense à l’Académie de défense nationale de Varsovie. Ancien auditeur du Collège de défense de l’OTAN de Rome (2001), il est également diplômé du National War College de la National Defense University de Washington (2002). Il joue un rôle déterminant au sein du groupe de travail des forces armées polonaises chargé de la préparation à l’accession de la Pologne à l’OTAN. Entre 2003 et 2006, le général Gągor est successivement Force commander UNIKOM Irak, assistant du SGNU (2003), Force commander UNDOF Syrie, assistant du SGNU (2003-2004), représentant militaire polonais auprès des comités militaires de l’OTAN et de l’UE à Bruxelles (2004-2006). Le 27 février 2006, le général Gągor est nommé chef d’état-major général des armées polonaises. Il est promu au grade de général d’armée le 3 mai 2006. Le général parle anglais, français et russe.
En l'occurrence, nous avons le plaisir de le recevoir dans le numéro de novembre de DSI et il me semble, ma foi, plutôt bien entouré :
- Ruslan Pukhov, directeur du CAST (Moscou) sur l'évolution des programmes russes ;
- Tanguy Struye et Jean-Didier Rosi pour un long article, très riche en informations, sur le phénomène des contractors ;
- Hervé Coutau-Bégarie, le général Saqui de Sannes, Aymeric Chauprade et Christian Malis dans le cadre de notre dossier principal, consacré aux options stratégiques de la France en regard du prochain Livre Blanc, et qui nous démontrent que le "politiquement correct" n'est pas prêt de l'emporter dans les débats stratégiques ;
- un dossier portant sur les options stratégiques iraniennes à long terme et un focus sur les armements chimiques et biologiques de Téhéran ;
- un dossier "ALAT" qui fait suite à une visite du 1er RHC de Phalsbourg et qui comprend pas mal de choses sur la façon dont ils perçoivent le combat urbain ;
- un dossier "technologie" sur l'évolution des chars russes, complété de fiches techniques sur le T-64, le Ching Kuo taiwanais et le LCS américain.
L'ensemble sera disponible dès le 6 novembre en kiosque et sur notre boutique en ligne. D'ores et déjà, bonne lecture à toutes et à tous... et n'hésitez jamais à m'envoyer remarques, suggestions et autres commentaires !
L'armée belge survivra-t-elle ?
L’affaire avait d’abord fait sourire : constatant un dépassement des dépenses de plus 200 millions d’euros, la ministre du budget belge avait placé le ministère de la défense sous curatelle, une mesure exceptionnelle découlant de l’absence d’un nouveau gouvernement fédéral à même de trancher la question sur le fond. Si ce déficit sera annoncé comme comblé quelques jours après (au détriment du programme d’équipement ?), le ministre contre-attaquera dans la presse néerlandophone : il existerait une « guerre de succession » non seulement à son encontre – en tant que ministre d’un gouvernement en affaires courantes – mais aussi à celle d’August Van Daele, chef d’état-major conjoint.
Les attaques menées l’auraient alors été par des « généraux conservateurs ». En filigranes se poserait la question des options stratégiques choisies : plus orientées « opérations humanitaires » que par le passé, les forces belges perdent, selon nombre d’observateurs, leur « mordant » - une situation que symbolise la perte de l’artillerie de 155 mm ou celle des chars de combat. Cette orientation n’est pas orpheline : le choc provoqué par l’assassinat en mission des 10 casques bleus belges à Kigali, peu avant le génocide rwandais, a conduit les autorités politiques à adopter une posture d’engagement des forces belges dans des missions assez peu risquées. La centaine de Belges présents au Tchad sera ainsi essentiellement affectée à des missions logistiques.
Mais les choix opérés en matière d’engagements, s’ils ne remontent donc pas au ministère d’André Flahaut, font grincer les dents plusieurs officiers – belges, français ou néerlandais – considérant que la Belgique, en ne s’impliquant pas dans les missions les plus dangereuses, effectue un exercice de « free-riding », profitant de la sécurité fournie par ses voisins.
Or, une nouvelle étape a été franchie dans ce que certains officiers belges qualifient en privé « d’entreprise de démantèlement des forces » par la conduite d’une étude visant… à placer la défense belge sous la tutelle du ministère des affaires étrangères. Ce qui signifierait concrètement que son rôle humanitaire serait définitivement consacré et que ses missions de combat pourraient être abandonnées. Si cette étude semble plus exploratoire qu’à visée concrète, il n’en demeure pas mois qu’elle est de nature à déclencher une véritable fronde parmi les militaires belges.
Si les enquêtes montrent qu’ils éprouvent une certaine satisfaction à mener des missions humanitaires, un certain nombre d’entre eux estime aussi non seulement que de telles missions peuvent impliquer des combats mais aussi que le combat en soi doit rester au programme des forces.
Certains membres des forces spéciales indiquaient ainsi lors d’un reportage diffusé à la télévision belge, il y a quelques mois, qu’ils étaient prêts à mener les missions pour lesquelles ils avaient été formés, notamment en Afghanistan… avant que le ministre, interrogé dans le même reportage n’indique qu’aucune demande en ce sens n’avait été effectuée par l’OTAN. Ce qui n’a pas manqué de causer un certain désarroi chez les Special Forces.
Ces manœuvres politico-militaires se produisant sur fond d’une crise gouvernementale qui perdure – et alors que la Flandre est traditionnellement plus encline aux sentiments anti-militaires que les régions majoritairement francophones – certains y voient, manoeuvre après manoeuvre, une entreprise de sape de l’un des derniers départements ministériels symbolisant la Belgique unitaire.
Les attaques menées l’auraient alors été par des « généraux conservateurs ». En filigranes se poserait la question des options stratégiques choisies : plus orientées « opérations humanitaires » que par le passé, les forces belges perdent, selon nombre d’observateurs, leur « mordant » - une situation que symbolise la perte de l’artillerie de 155 mm ou celle des chars de combat. Cette orientation n’est pas orpheline : le choc provoqué par l’assassinat en mission des 10 casques bleus belges à Kigali, peu avant le génocide rwandais, a conduit les autorités politiques à adopter une posture d’engagement des forces belges dans des missions assez peu risquées. La centaine de Belges présents au Tchad sera ainsi essentiellement affectée à des missions logistiques.
Mais les choix opérés en matière d’engagements, s’ils ne remontent donc pas au ministère d’André Flahaut, font grincer les dents plusieurs officiers – belges, français ou néerlandais – considérant que la Belgique, en ne s’impliquant pas dans les missions les plus dangereuses, effectue un exercice de « free-riding », profitant de la sécurité fournie par ses voisins.
Or, une nouvelle étape a été franchie dans ce que certains officiers belges qualifient en privé « d’entreprise de démantèlement des forces » par la conduite d’une étude visant… à placer la défense belge sous la tutelle du ministère des affaires étrangères. Ce qui signifierait concrètement que son rôle humanitaire serait définitivement consacré et que ses missions de combat pourraient être abandonnées. Si cette étude semble plus exploratoire qu’à visée concrète, il n’en demeure pas mois qu’elle est de nature à déclencher une véritable fronde parmi les militaires belges.
Si les enquêtes montrent qu’ils éprouvent une certaine satisfaction à mener des missions humanitaires, un certain nombre d’entre eux estime aussi non seulement que de telles missions peuvent impliquer des combats mais aussi que le combat en soi doit rester au programme des forces.
Certains membres des forces spéciales indiquaient ainsi lors d’un reportage diffusé à la télévision belge, il y a quelques mois, qu’ils étaient prêts à mener les missions pour lesquelles ils avaient été formés, notamment en Afghanistan… avant que le ministre, interrogé dans le même reportage n’indique qu’aucune demande en ce sens n’avait été effectuée par l’OTAN. Ce qui n’a pas manqué de causer un certain désarroi chez les Special Forces.
Ces manœuvres politico-militaires se produisant sur fond d’une crise gouvernementale qui perdure – et alors que la Flandre est traditionnellement plus encline aux sentiments anti-militaires que les régions majoritairement francophones – certains y voient, manoeuvre après manoeuvre, une entreprise de sape de l’un des derniers départements ministériels symbolisant la Belgique unitaire.
mardi 30 octobre 2007
L'Arabie saoudite change radicalement de politique d'approvisionnement
C'est avec une certaine surprise que l'on a appris aujourd'hui le changement radical opéré par l'Arabie saoudite dans sa politique d'équipements militaires. Alors qu'Eurocopter, MBDA et Airbus Military négociaient un très gros contrat, le royaume s'est finalement tourné vers la Russie, en achetant 150 Mi-35 Hind et Mi-17 Hip pour 2,2 milliards de dollars.
Evalué à 8,8 milliards d'euros, le contrat négocié par les Européens comprenait de 2 à 3 A-330 MRTT de ravitaillement en vol, 64 NH-90 (10 NFH et 54 TTH), 12 Tigre, 20 AS-532A2 de recherche et sauvetage au combat, 32 Fennec, 4 AS-565 Panther (Cf. notre brève "contrat du siècle pour EADS ?" dans DSI 18, septembre 2006). Des négociations semblaient également être menées dans l'optique de la vente de missiles Aster 30 et de chars Leclerc.
A cet égard, l'Arabie saoudite s'orienterait vers des SAM russes de même que vers le T-90. Ce revirement serait le fait du roi lui-même qui a repris en main la politique d'armement. Or, la vente semblait avoir été négociée par l'Elysée au terme du dernier mandat de J. Chirac, entre-temps remplacé par N. Sarkozy sans, apparement, que la transition sur ce dossier n'ait correctement été opérée. Par ailleurs, des observateurs indiquent aussi que la politique sarkozyste en regard du Moyen Orient pourrait avoir également influé la décision saoudienne.
Evalué à 8,8 milliards d'euros, le contrat négocié par les Européens comprenait de 2 à 3 A-330 MRTT de ravitaillement en vol, 64 NH-90 (10 NFH et 54 TTH), 12 Tigre, 20 AS-532A2 de recherche et sauvetage au combat, 32 Fennec, 4 AS-565 Panther (Cf. notre brève "contrat du siècle pour EADS ?" dans DSI 18, septembre 2006). Des négociations semblaient également être menées dans l'optique de la vente de missiles Aster 30 et de chars Leclerc.
A cet égard, l'Arabie saoudite s'orienterait vers des SAM russes de même que vers le T-90. Ce revirement serait le fait du roi lui-même qui a repris en main la politique d'armement. Or, la vente semblait avoir été négociée par l'Elysée au terme du dernier mandat de J. Chirac, entre-temps remplacé par N. Sarkozy sans, apparement, que la transition sur ce dossier n'ait correctement été opérée. Par ailleurs, des observateurs indiquent aussi que la politique sarkozyste en regard du Moyen Orient pourrait avoir également influé la décision saoudienne.
lundi 29 octobre 2007
Le Type 093
Certains se rappeleront que l'un de nos dossiers principaux dans le DSI 28 (juillet-août 2007) touchait le domaine des SNA/SSN et que nous en avions profité pour faire le point sur les projets chinois. Nous ne disposions pas de photo du bâtiment mais celles-ci ont commencé à circuler en même temps que celles du nouveau SSBN chinois.
jeudi 25 octobre 2007
Spill-over
En sciences po' un conflit fait du spill over lorsqu'il se déroule quelque part mais connait une reproduction, ou a tout le moins des ramifications ailleurs. Ca a été le cas à Bruxelles hier soir (et avant-hier) lorsque des groupes ont "manifesté" (sans banderoles ni slogans) contre le PKK. Bilan des opérations, des vitrines cassées, quelques blessés, des trams et des bus visés et une belle partie - façon de parler - de guérilla urbaine avec une centaine d'arrestations à la clé le tout à 100 m de mon appartement. Dans une situation de mondialisation, ce genre de situation est virtuellement inévitable. Malheureusement, ce genre d'importation de conflits ne pourra que se reproduire.
Mon soutien aussi à Mehmet Koksal, journaliste indépendant (dans tous les sens du terme) qui s'est fait agresser (tabasser est plus exact) alors qu'il effectuait un reportage. La police ne l'a évacué qu'après qu'il ait quitté la zone, une policière refusant d'ouvrir sa portière de voiture pour l'extraire. Très courageux.
Mon soutien aussi à Mehmet Koksal, journaliste indépendant (dans tous les sens du terme) qui s'est fait agresser (tabasser est plus exact) alors qu'il effectuait un reportage. La police ne l'a évacué qu'après qu'il ait quitté la zone, une policière refusant d'ouvrir sa portière de voiture pour l'extraire. Très courageux.
mercredi 24 octobre 2007
première vraie photo d'un Jin
mardi 23 octobre 2007
Grande-Bretagne : des vaisseaux-mère pour 2020 ?

A environ 1 milliard de dollars pièce, les porte-aéronefs tels que les Hyuga ou les Dokdo ne constitue guère une solution très abordable pour des marines recherchant une montée en puissance rapide. Aussi, BAE Systems s’est livré à un exercice conceptuel assez intéressant, partant du principe qu’aujourd’hui, la valeur d’un porte-avions ou d’un porte-aéronefs ne se mesure plus au nombre de sortie quotidiennes (160 pour le CVN-21 à 10 milliards de dollars/pièce) mais à la persistance et à la durée des vols effectués par les appareils embarqués.
Ainsi, durant l’OIF, les porte-avions US ont vu des taux de sorties assez bas (30 à 40). Dès lors, la taille des bâtiments peut être considérablement réduite, plus encore s’il utilise quelques drones de combat embarqués.
Résultat, BAE Systems propose d’utiliser la coque des T-45 (classe Daring) et d’y adjoindre deux pistes équipées de tremplins à ajustement variables, d’un hangar sous le pont et même d’un petit radier. De tels bâtiments, qualifiés d’UXV et tirant parti des technologies déjà développées, pourraient avoir un déplacement de 8 000 tonnes et voir le jour avant 2020.
Gripen et Erieye pour la Thaïlande
Dans le choix de son nouvel appareil de combat, Bangkok a finalement tranché en faveur du JAS-39C/D Gripen (contre le F-16 et le Su-30), achetant, au même moment, deux exemplaires du radar de détection précoce Erieye (appareil porteur encore inconnu).
lundi 22 octobre 2007
Et si la question, c'était...
Pardon pour ceux qui l'ont vécue
Mais la question n'est pas :
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans cette guerre perdue.
Non la question n'est pas là.
Ce qui me préocupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Cinquante années originales
Avec des hauts plus ou moins bas
Des amours tendres ou infernales
Un jour l'argent, un autre pas.
Le désespoir bien ordinaire
D'un homme qui ne se connait pas,
Mais, si j'avais connu la guerre,
Mon dieu, qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Pardon pour ceux qui ont souffert
Mais la question n'est pas
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans les ténèbres de ce temps là
Non la question n'est pas là
Ce qui me préoccupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Je pense à tous les humiliés
Par cette étoile qu'ils ont portée
Parc'que ça s'est passé chez moi
Je pense à ceux qui n'sont plus là
Notre avenir a un passé
La mémoire n'est pas dépassée
Mais le pardon ne suffit pas
Mon Dieu, qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Pour ceux qui sont nés aujourd'hui
Choisir le bon côté c'est sûr,
Beaucoup voulaient sauver leur vie,
Beaucoup s'inclinaient par nature.
Quelle sorte d'homme aurais-je été ?
Celui du rail ou du Vercors ?
Ou bien ce gamin abusé
Jouant à la guerre, jouant à la mort
Pardon pour ceux qui l'ont vécu,
Mais la question n'est pas,
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans cette guerre perdue
Non la question n'est pas là
Ce qui me préocupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait moi ?
Mon Dieu, qu'est-ce que j'aurais fait moi ?
Mais la question n'est pas :
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans cette guerre perdue.
Non la question n'est pas là.
Ce qui me préocupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Cinquante années originales
Avec des hauts plus ou moins bas
Des amours tendres ou infernales
Un jour l'argent, un autre pas.
Le désespoir bien ordinaire
D'un homme qui ne se connait pas,
Mais, si j'avais connu la guerre,
Mon dieu, qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Pardon pour ceux qui ont souffert
Mais la question n'est pas
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans les ténèbres de ce temps là
Non la question n'est pas là
Ce qui me préoccupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Je pense à tous les humiliés
Par cette étoile qu'ils ont portée
Parc'que ça s'est passé chez moi
Je pense à ceux qui n'sont plus là
Notre avenir a un passé
La mémoire n'est pas dépassée
Mais le pardon ne suffit pas
Mon Dieu, qu'est-ce que j'aurais fait, moi ?
Pour ceux qui sont nés aujourd'hui
Choisir le bon côté c'est sûr,
Beaucoup voulaient sauver leur vie,
Beaucoup s'inclinaient par nature.
Quelle sorte d'homme aurais-je été ?
Celui du rail ou du Vercors ?
Ou bien ce gamin abusé
Jouant à la guerre, jouant à la mort
Pardon pour ceux qui l'ont vécu,
Mais la question n'est pas,
Ce qu'ont fait ou ton père ou ta mère
Dans cette guerre perdue
Non la question n'est pas là
Ce qui me préocupe c'est :
Qu'est-ce que j'aurais fait moi ?
Mon Dieu, qu'est-ce que j'aurais fait moi ?
dimanche 14 octobre 2007
Rush hour
Une intervention en colloque demain (sur les facteurs dégradant l'efficience des défense antimissiles stratégiques comme tactiques) et ma défense "privée" de thèse (une autre, ouverte au public, aura lieu plus tard) ce vendredi, auxquelles il faut ajouter quelques réglages sur le DSI 31 : la semaine semble légère mais sera en réalité très studieuse.
D'où un fonctionnement de ce blog en mode "dégradé" dans la prochaine semaine. France 3 étant passé par la rédaction pour une interview de votre serviteur sur les scénarios à l'égard de l'Iran vendredi passé, je ne manquerai toutefois pas de vous tenir au courant de la diffusion. D'ici là, nécessité fait loi et, comme l'indique la devise de mon Alma mater, que Scientia vincere tenebras !
D'où un fonctionnement de ce blog en mode "dégradé" dans la prochaine semaine. France 3 étant passé par la rédaction pour une interview de votre serviteur sur les scénarios à l'égard de l'Iran vendredi passé, je ne manquerai toutefois pas de vous tenir au courant de la diffusion. D'ici là, nécessité fait loi et, comme l'indique la devise de mon Alma mater, que Scientia vincere tenebras !
samedi 13 octobre 2007
Sacré Gali
Je dois avouer que "Gali l'Alligator" m'a bien fait rire : il fallait la trouver.
Mais, d'un autre côté, la petite phrase à la fin du clip fait froid dans le dos : dans quelle mesure ne sommes-nous pas fascinés par la violence et jusq'à quel point pouvons nous la reproduire, symboliquement ou non ?
Mais, d'un autre côté, la petite phrase à la fin du clip fait froid dans le dos : dans quelle mesure ne sommes-nous pas fascinés par la violence et jusq'à quel point pouvons nous la reproduire, symboliquement ou non ?
Hack hack...
Comment les appareils israéliens ont-ils réussi à percer un réseau de défense aérienne syrien en pleine modernisation et devant compter, à en croire nombre d’analystes, quelques-uns des meilleurs systèmes SAM du monde ? La réponse serait très simple : des hackers israéliens se seraient infiltré dans le réseau syrien pour le paralyser. Rien moins.
La conception n'a rien de "révolutionnaire" à relire les travaux des années 90, la question avait été sereinement examinée (notamment en préparation d'Allied Force), et DSI avait fait part des travaux de l'US Air Force, qui cherchait à disposer de "vaisseaux à virus" injectables par le réseau électrique pour atteindre leurs cibles.
La conception n'a rien de "révolutionnaire" à relire les travaux des années 90, la question avait été sereinement examinée (notamment en préparation d'Allied Force), et DSI avait fait part des travaux de l'US Air Force, qui cherchait à disposer de "vaisseaux à virus" injectables par le réseau électrique pour atteindre leurs cibles.
vendredi 12 octobre 2007
De nouveaux sous-marins pour le Canada ?
Après les déboires qu’ont connu les sous-marins de la classe Victoria rachetés à la Grande-Bretagne en 1998, le parti conservateur canadien étudie la possibilité d’acheter de nouveaux bâtiments. Et des sénateurs libéraux d’évoquer déjà… des Type-212.
mercredi 10 octobre 2007
Légère augmentation du budget de défense norvégien
Avec 31,5 milliards de Couronnes norvégiennes, le budget de défense 2008 d’Oslo est plus élevé de 300 millions que ce qui était escompté.
Nouvelle unité SO pour l'USAF
La force aérienne américaine a mis en place le 27th Special Operations Wing, nouvelle unité destinée aux opérations spéciales. Installé à Cannon AFB, il disposera dans un premier temps du 73rd Special Operations Squadron, doté de MC-130W Combat Spear, provenant du 1st SOW de Hurlburt Field.
mardi 9 octobre 2007
Le T&A n°8 est publié !
Editorial
News
Points de vue
« La plupart des projets d’armement sont envisagés comme bi ou multinationaux »
Entretien avec Detlev Petry, président de l’Office Fédéral de la Technique Militaire et des Approvisionnements (BWB), Allemagne
Politiques d’achat en armements
Par Francis Nantha, rédacteur en chef d’Asian Defence and Diplomacy
« Donnons une nouvelle chance à la Méditerranée »
Entretien avec le CA (2S) Jean Dufourcq, directeur de recherche à l’École militaire (Paris)
Terre
L’Arjun indien : le char d’une ambition
Par Stéphane Ferrard, journaliste spécialiste des questions de défense
Salons d’armement : des mutations en vue
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI
Eurosatory : de la vitrine à la plate-forme interactive
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI
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lundi 8 octobre 2007
Attaquer l'Iran ? Interview (2)
J'en profite pour publier l'ensemble des questions de Rania Massoud et des réponses que j'avais fournies :
En cas d'une éventuelle frappe contre Téhéran, quelle sera, à votre avis, la réponse directe iranienne ? Quelles seront les premières cible de Téhéran ? (Les bases US dans le Golfe, Israël, la zone verte à Bagdad...)
On peut dégager trois scénarios, utilisables seuls ou en conjonction. Le premier consiste à bloquer le détroit d'Ormuz et, donc, à couper ce que le Shah qualifiait de « veine jugulaire de l'Occident ». Pour ce faire, Téhéran dispose de 3 sous-marins d'origine russe, assez silencieux et donc difficilement détectables mais aussi d'un stock important de mines marines. Cette menace, au demeurant, est bien réelle : elle suffit à elle seule à faire augmenter les primes d'assurance des super-tankers opérant de ou vers le Golfe.
Le deuxième scénario consiste à « relâcher » la retenue de Téhéran à l'égard de ses alliés opérant en Irak. L'Iran joue tantôt sur une milice, tantôt sur une autre, modulant leur degré de nuisance à l'égard des Américains en fonction de ses intérêts à court, moyen et long terme. Si ces milices, y compris l'armée du Mahdi d'al-Sadr, sont « activées » ensemble, les coalisés en Irak feront face à une véritable insurrection, dont les cibles pourront autant inclure les bases américaines et britanniques en Irak que les sites de production pétrolier et, surtout (parce qu'il est moins aisé de les surveiller dans leur entièreté) les pipe-lines.
La troisième option peut être qualifiée de catastrophique : un ciblage d'Israël au moyen de missiles Shahab 3, qu'ils aient une charge classique ou chimique. Une telle option imposerait sans doute une riposte israélienne immédiate, au moyen de missiles Jéricho. Si l'attaque israélienne est chimique, la riposte israélienne aura toutes les chances d'être nucléaire. Toutefois, la probabilité de réalisation de ce scénario est, théoriquement, moindre : les Iraniens sont de fin stratèges et ils savent ce qui peut les attendre s'ils vont trop loin. Ils vont donc laisser planer la menace, tenter de faire peur aux négociateurs occidentaux et ainsi chercher à les pousser à calmer Tel Aviv dans ses velléités de lancer un raid. Du moins, le temps nécessaire à l'acquisition de l'arme nucléaire. Téhéran sera alors sanctuarisé et, donc, intouchable.
Quelle pourrait être la réaction de la Syrie ? Damas pourrait-il être également une cible ?
Sans doute l'a-t-elle déjà été. Le principal effet du raid israélien sur les installations syriennes, qu'elles soient nucléaires ou autres, est de démontrer que Tsahal peut agir rapidement, de façon précise et avec succès contre un adversaire disposant d'une défense aérienne qui s'étoffe – ce qui est également le cas de l'Iran. Le message s'adresse donc à l'Iran mais aussi à la Syrie, si jamais elle était utilisée par Téhéran pour riposter à une frappe sur l'Iran. L'échec de Tsahal au Liban durant l'été 2006 ne doit pas faire oublier que, grosso modo, depuis 1980, l'armée israélienne s'entraîne en vue d'anéantir l'armée syrienne en quelques jours, tout au plus. Les Syriens travaillent toujours « à la soviétique » malgré les changements de doctrine militaire opérés l'an passé. Et comme l'armement israélien a été conçu pour contrer ce type de menace, on peut dire que l'armée syrienne est neutralisée à l'avance.
Qu'en est-il du Hezbollah, au Liban ? Représente-t-il une menace réelle pour Israël en cas d'une frappe contre l'Iran ?
Là, effectivement, la situation est plus complexe. Si la Syrie ne sera pas instrumentalisée pour frapper Israël, Damas comme Téhéran peuvent utiliser le Hezbollah pour tenter de déstabiliser le Liban et forcer Israël à entrer dans un nouveau conflit. Ce ne serait toutefois pas une très bonne idée d'un point de vue stratégique : les Israéliens apprennent très vite (du point de vue des opérations tactiques, de la guerre de l'information, du point de vue stratégique, etc.), ils ont multiplié les exercices visant à contrer une techno-guérilla telle que le Hezbollah, les Américains ont augmenté les crédits d'équipements israéliens, le niveau politique est maintenant plus compétent en matière militaire et la motivation des militaires pour une « revanche » contre le Hezbollah n'est pas à mettre en doute. Le Hezbollah ne serait sans doute pas battu rapidement. Mais cette fois-ci, le plan israélien – qui a toutes les chances d'être rédigé – sera nettement plus efficace.
Quel sera l'impact politique sur la région, surtout dans le Golfe ? Et comment réagiront l'Arabie Saoudite, le Koweït ou le Qatar à cette frappe ? Craignez-vous une division au sein des pays arabes ou un conflit sunnito-chiite dans des pays comme le Bahreïn ou le Liban ?
En fait, il faut voir d'hypothétiques frappes comme la suite d'un processus (relativement) logique. Ainsi, pour ce qui concerne le Golfe, un pays comme l'Arabie saoudite est extrêmement inquiète – je pèse mes mots – de la possibilité de voir émerger une « bombe » iranienne. Ce qui a motivé la mise en place, en 2006, avec d'autres pays de la sous-région ainsi qu'avec l'Algérie et l'Egypte, d'un accord portant officiellement sur le nucléaire civil. Le premier risque est donc celui d'une prolifération d'autant plus débridée que si l'Iran, en tant que signataire du TNP, passe outre ses engagements, c'est la porte ouverte à de nouvelles violations. Je ne vois pas vraiment d'autre risque, si ce n'est qu'un scénario où interviendrait Israël serait de nature à augmenter le décalage entre opinions publiques et gouvernements arabes. Ces derniers pourraient, face à la menace iranienne, faire le gros dos et serrer les rangs tandis que les opinions publiques pourraient jouer la carte de « l'union sacrée » anti-israélienne. Vous le constatez, on se perd rapidement en conjectures…
Selon vous, quel sera l'impact économique d'une telle attaque sur le monde, surtout si l'Iran perturbe le Détroit d'Ormuz ? Qui sera le plus affecté ?
Les impacts sont toujours difficiles à chiffrer, surtout face à une situation si complexe. Mais l'impact d'un blocage du détroit d'Ormuz sur les économies européennes, japonaise et, dans une moindre mesure, américaine, est potentiellement dévastateur.
Durant les derniers mois, la République islamique a présenté de nombreux nouveaux missiles de très longues portées, des avions ultra-sophitstiqués et même des torpilles et des sous-marins « Made in Iran ». A votre avis, est-ce que la force militaire iranienne est une menace réelle ou une simple propagande, un mythe ?
La menace balistique est bien réelle mais n'est pas rédhibitoire : dans l'hypothèse d'une frappe, ils peuvent être relativement vulnérables et vous pouvez être sûre que ces engins et leurs mouvements (ils sont mobiles) doivent être une priorité des plans de charge des services de renseignement. Pour le reste, les démonstrations iraniennes sont peu convaincantes et renvoie plus à une stratégie déclaratoire qu'à une stratégie des moyens affinés. Il existe une réelle volonté de développer une industrie iranienne d'armement, mais il y a loin des désirs à la réalisation. Ceci dit, s'il ne faut pas sous-estimer le moral des troupes iraniennes – il ne faut, en fait, jamais sous-estimer les réflexes défensifs d'un adversaire acculé -, n'oubliez jamais que le niveau politique iranien a pris la décision de relancer son programme nucléaire après avoir constaté la pulvérisation de l'armée irakienne en 1991, précisément parce que se défendre avec succès et de façon classique (i.e. avec des opérations blindées, d'aviation, etc.) contre des forces occidentales serait un suicide militaire. Les Iraniens sont des stratèges extrêmement subtils : ils ne se battront jamais comme les Américains ou les Israéliens voudraient qu'ils se battent. C'est tout l'intérêt, pour eux, de gagner du temps par de grandes démonstrations, en attendant une arme nucléaire qui les mettrait définitivement à l'abri. Et c'est tout l'intérêt, pour certains stratèges, d'utiliser des frappes contre le système nucléaire iranien.
En cas d'une éventuelle frappe contre Téhéran, quelle sera, à votre avis, la réponse directe iranienne ? Quelles seront les premières cible de Téhéran ? (Les bases US dans le Golfe, Israël, la zone verte à Bagdad...)
On peut dégager trois scénarios, utilisables seuls ou en conjonction. Le premier consiste à bloquer le détroit d'Ormuz et, donc, à couper ce que le Shah qualifiait de « veine jugulaire de l'Occident ». Pour ce faire, Téhéran dispose de 3 sous-marins d'origine russe, assez silencieux et donc difficilement détectables mais aussi d'un stock important de mines marines. Cette menace, au demeurant, est bien réelle : elle suffit à elle seule à faire augmenter les primes d'assurance des super-tankers opérant de ou vers le Golfe.
Le deuxième scénario consiste à « relâcher » la retenue de Téhéran à l'égard de ses alliés opérant en Irak. L'Iran joue tantôt sur une milice, tantôt sur une autre, modulant leur degré de nuisance à l'égard des Américains en fonction de ses intérêts à court, moyen et long terme. Si ces milices, y compris l'armée du Mahdi d'al-Sadr, sont « activées » ensemble, les coalisés en Irak feront face à une véritable insurrection, dont les cibles pourront autant inclure les bases américaines et britanniques en Irak que les sites de production pétrolier et, surtout (parce qu'il est moins aisé de les surveiller dans leur entièreté) les pipe-lines.
La troisième option peut être qualifiée de catastrophique : un ciblage d'Israël au moyen de missiles Shahab 3, qu'ils aient une charge classique ou chimique. Une telle option imposerait sans doute une riposte israélienne immédiate, au moyen de missiles Jéricho. Si l'attaque israélienne est chimique, la riposte israélienne aura toutes les chances d'être nucléaire. Toutefois, la probabilité de réalisation de ce scénario est, théoriquement, moindre : les Iraniens sont de fin stratèges et ils savent ce qui peut les attendre s'ils vont trop loin. Ils vont donc laisser planer la menace, tenter de faire peur aux négociateurs occidentaux et ainsi chercher à les pousser à calmer Tel Aviv dans ses velléités de lancer un raid. Du moins, le temps nécessaire à l'acquisition de l'arme nucléaire. Téhéran sera alors sanctuarisé et, donc, intouchable.
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Sans doute l'a-t-elle déjà été. Le principal effet du raid israélien sur les installations syriennes, qu'elles soient nucléaires ou autres, est de démontrer que Tsahal peut agir rapidement, de façon précise et avec succès contre un adversaire disposant d'une défense aérienne qui s'étoffe – ce qui est également le cas de l'Iran. Le message s'adresse donc à l'Iran mais aussi à la Syrie, si jamais elle était utilisée par Téhéran pour riposter à une frappe sur l'Iran. L'échec de Tsahal au Liban durant l'été 2006 ne doit pas faire oublier que, grosso modo, depuis 1980, l'armée israélienne s'entraîne en vue d'anéantir l'armée syrienne en quelques jours, tout au plus. Les Syriens travaillent toujours « à la soviétique » malgré les changements de doctrine militaire opérés l'an passé. Et comme l'armement israélien a été conçu pour contrer ce type de menace, on peut dire que l'armée syrienne est neutralisée à l'avance.
Qu'en est-il du Hezbollah, au Liban ? Représente-t-il une menace réelle pour Israël en cas d'une frappe contre l'Iran ?
Là, effectivement, la situation est plus complexe. Si la Syrie ne sera pas instrumentalisée pour frapper Israël, Damas comme Téhéran peuvent utiliser le Hezbollah pour tenter de déstabiliser le Liban et forcer Israël à entrer dans un nouveau conflit. Ce ne serait toutefois pas une très bonne idée d'un point de vue stratégique : les Israéliens apprennent très vite (du point de vue des opérations tactiques, de la guerre de l'information, du point de vue stratégique, etc.), ils ont multiplié les exercices visant à contrer une techno-guérilla telle que le Hezbollah, les Américains ont augmenté les crédits d'équipements israéliens, le niveau politique est maintenant plus compétent en matière militaire et la motivation des militaires pour une « revanche » contre le Hezbollah n'est pas à mettre en doute. Le Hezbollah ne serait sans doute pas battu rapidement. Mais cette fois-ci, le plan israélien – qui a toutes les chances d'être rédigé – sera nettement plus efficace.
Quel sera l'impact politique sur la région, surtout dans le Golfe ? Et comment réagiront l'Arabie Saoudite, le Koweït ou le Qatar à cette frappe ? Craignez-vous une division au sein des pays arabes ou un conflit sunnito-chiite dans des pays comme le Bahreïn ou le Liban ?
En fait, il faut voir d'hypothétiques frappes comme la suite d'un processus (relativement) logique. Ainsi, pour ce qui concerne le Golfe, un pays comme l'Arabie saoudite est extrêmement inquiète – je pèse mes mots – de la possibilité de voir émerger une « bombe » iranienne. Ce qui a motivé la mise en place, en 2006, avec d'autres pays de la sous-région ainsi qu'avec l'Algérie et l'Egypte, d'un accord portant officiellement sur le nucléaire civil. Le premier risque est donc celui d'une prolifération d'autant plus débridée que si l'Iran, en tant que signataire du TNP, passe outre ses engagements, c'est la porte ouverte à de nouvelles violations. Je ne vois pas vraiment d'autre risque, si ce n'est qu'un scénario où interviendrait Israël serait de nature à augmenter le décalage entre opinions publiques et gouvernements arabes. Ces derniers pourraient, face à la menace iranienne, faire le gros dos et serrer les rangs tandis que les opinions publiques pourraient jouer la carte de « l'union sacrée » anti-israélienne. Vous le constatez, on se perd rapidement en conjectures…
Selon vous, quel sera l'impact économique d'une telle attaque sur le monde, surtout si l'Iran perturbe le Détroit d'Ormuz ? Qui sera le plus affecté ?
Les impacts sont toujours difficiles à chiffrer, surtout face à une situation si complexe. Mais l'impact d'un blocage du détroit d'Ormuz sur les économies européennes, japonaise et, dans une moindre mesure, américaine, est potentiellement dévastateur.
Durant les derniers mois, la République islamique a présenté de nombreux nouveaux missiles de très longues portées, des avions ultra-sophitstiqués et même des torpilles et des sous-marins « Made in Iran ». A votre avis, est-ce que la force militaire iranienne est une menace réelle ou une simple propagande, un mythe ?
La menace balistique est bien réelle mais n'est pas rédhibitoire : dans l'hypothèse d'une frappe, ils peuvent être relativement vulnérables et vous pouvez être sûre que ces engins et leurs mouvements (ils sont mobiles) doivent être une priorité des plans de charge des services de renseignement. Pour le reste, les démonstrations iraniennes sont peu convaincantes et renvoie plus à une stratégie déclaratoire qu'à une stratégie des moyens affinés. Il existe une réelle volonté de développer une industrie iranienne d'armement, mais il y a loin des désirs à la réalisation. Ceci dit, s'il ne faut pas sous-estimer le moral des troupes iraniennes – il ne faut, en fait, jamais sous-estimer les réflexes défensifs d'un adversaire acculé -, n'oubliez jamais que le niveau politique iranien a pris la décision de relancer son programme nucléaire après avoir constaté la pulvérisation de l'armée irakienne en 1991, précisément parce que se défendre avec succès et de façon classique (i.e. avec des opérations blindées, d'aviation, etc.) contre des forces occidentales serait un suicide militaire. Les Iraniens sont des stratèges extrêmement subtils : ils ne se battront jamais comme les Américains ou les Israéliens voudraient qu'ils se battent. C'est tout l'intérêt, pour eux, de gagner du temps par de grandes démonstrations, en attendant une arme nucléaire qui les mettrait définitivement à l'abri. Et c'est tout l'intérêt, pour certains stratèges, d'utiliser des frappes contre le système nucléaire iranien.
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