vendredi 14 septembre 2007

Le "cygne de Moscou" en vol

La Russie peut faire peur, par certains aspects. L'actualité des vols russes m'avait fourni une bonne occasion, dans le DSI de juillet-août, de revenir sur le Tu-160. Histoire de prolonger l'article, quelques images de l'appareil en vol sont les bienvenues :



Notez le très spartiate poste de pilotage, typiquement "années 80". Remarquez aussi le petit ventilateur face au pilote (on le voit furtivement) : sans doute le meilleur signe de la déliquescence d'une électronique qui soit surchauffer le cockpit.

La FOAB et ses effets

Avec une puissance explosive de 44 tonnes, ce que les médias russes ont qualifié de Father of All Bombs semble être la plus puissante FAE a avoir été testée. Vladimir "Polonium" Poutine, aux dernières nouvelles, aurait affiché le léger sourire en coin dont il a le secret :



Un commentaire russe indiquait que cette arme ne causait pas de dommage à l'environnement. J'ajouterais non sans un brin d'ironie qu'elle est aussi particulièrement discriminante...

Moins d'armes nucléaires en Europe

Il semble que les 130 armes nucléaires américaines stationnées sur la base allemande de Ramstein aient été évacuées. Officiellement, cette évacuation a eu lieu pour des raisons de sécurité alors que des chantiers ont lieu sur la base.

Pratiquement, ce retrait est également intervenu avant que ne soient interpellés des terroristes préparant un attentat sur la base, au terme d’une longue enquête. Selon plusieurs observateurs, il semble douteux que les armes reviennent à Ramstein une fois les travaux terminés.

jeudi 13 septembre 2007

Passer outre la censure chinoise ?

Le schizodoxe vient de faire paraître une analyse du système chinois de censure informatique. Résultat de l'analyse ? Il peut être contourné par l'inventivité, renforçant la lutte contre le régime pour le moins autoritaire de Pékin qui mène une véritable guerre contre le savoir... Disons, contre celui qui n'est pas instrumental...

mercredi 12 septembre 2007

Back to basics

Voilà maintenant un peu moins de 24 heures que je suis rentré des Universités d'été de la défense, qui se tenaient cette année à Toulouse. Une expérience enrichissante mais qui montre également à quel point revenir aux élémentaires peut être utile. J'ai passé la matinée d'hier dans la salle où se tenait la table ronde "projection" à écouter les débats entre un sénateur et à deux chaises du président Gallois. Pas de vrai fil directeur - si ce n'est le titre de la TR - mais une suite de questions et de réponses posées et répondues librement.

Pas question, là, de 2ème porte-avions mais de ces choses qui commandent l'action et qui ne se chiffrent qu'en hauteur de vue : la projection pourquoi ? Comment ? Où ? Contre qui ? Quelles formes de guerre ? Les questions sont souvent simples mais elles sont cruciales. Par certains aspects, ça fait du bien. C'était aussi l'occasion de voir le ministre d'un peu plus près et de la jouer "freestyle" suivant un principe intéressant et assez sain : on peut rapporter des informations mais ne pas citer la personne qui en est l'auteur. But du jeu des "principes de Chatham House", ne pas faire peser de pression médiatique ou de cette "peur du qu'en dira-t-on" qui anesthésie trop souvent les débats, y compris et malheureusement, académiques.

Aussi, s'il est vrai que le coût du Rafale sera remis en question dans ladite salle, sans doute l'incident a-t-il été monté en épingle, par l'évacuation de cette dimension propre au débat sans tabous. Et si le ministre indiquera effectivement que ce sont des F-16 d'occasion qui se vendent à l'heure actuelle - une théma que je comptais aborder dans le prochain DSI... sans le faire exprès - la réflexion ne doit pas être vue comme un reproche quelconque. Il faut savoir faire la part des choses entre questionnements et déclarations. En pratique, le coût du Rafale est aussi un résultat d'une politique qui n'a pas été systématiquement favorable. Et ces F-16 d'occasion devront aussi être remplacés plus vite que ne le seront les Rafale, alors que, maintenance accrue oblige, le coût à l'heure de vol finira aussi par poser un problème... Aussi, en pratique et vu de l'intérieur, l'ambiance n'avait rien d'électrique.

En tout état de cause, la présence de la rédaction aux UD sera pour nous l'occasion de revenir dans le prochain DSI sur la question, avec une série d'interviews exclusives et les grandes lignes du discours de clôture du ministre. Avec la perspective du Livre Blanc, on le comprendra, l'enjeu est plus que crucial...

Il y a des jours, comme ça...

...Où la monstrueuse pile d'ouvrages, rapports et monographies qui attendent d'être lus s'accroît assez violemment. Tanguy Struye nous signale la parution d'un rapport qu'il a co-rédigé :

Rik Coolsaet, Tanguy Struye de Swielande, Belgium and Counterterrorism Policy in the Jihadi Era. Bruxelles, Egmont Paper 15, EGMONT-Institut Royal des Relations Internationales, September 2007, 27 pp.

De tous les peuples de la Gaulle, les Belges...

André Dumoulin (politologue) et Delphine Resteigne (sociologue) viennent de faire paraître une monographie sur le soldat belge en opérations. Le document est structuré en deux parties.

Une première partie aborde le contexte politique et polémologique national et international autour duquel les missions sont analysées et les opérations engagées par la Belgique, y compris dans ses aspects éthiques.

Une seconde partie développe le domaine sociologique du métier de militaire avant de présenter quatre études de cas sur la vie quotidienne du soldat belge en opérations en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en Afghanistan et plus récemment au Liban.

André Dumoulin et Delphine Resteigne, Le militaire belge en opérations : aspects politiques et sociologiques, Courrier hebdomadaire du Centre de recherche et d'information socio-politiques n°1960, Bruxelles, 2007, 48 pages, 6,90 euros. (Disponible au CRISP, Place Quetelet, 1A - B-1210 Bruxelles, 02/211.01.80 ou http://www.crisp.be/ ou dans toutes les bonnes librairies).

Vient de paraître : DSI Hors série n°2 - La France et sa défense


DSI – HORS SÉRIE N°2 – LA FRANCE ET SA DÉFENSE - Septembre 2007

Editorial
Par Alexis Bautzmann

Nouveaux risques, nouveaux enjeux
Par Hervé Morin, ministre de la Défense

Atlas Typologie des conflits dans le monde
Vulnérabilité de la population mondiale
Les opérations militaires européennes (2003-2006)

La défense en mouvement
Par Guy Teissier, président de la commission de la Défense et des forces armées de l’Assemblée nationale

Réflexions sur notre Défense
Par Serge Vinçon, président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées du Sénat

Portfolio : R&D R&T de Défense aux États-Unis et en Europe

Trois questions à …
Olivier Darrason, président de la Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique (CEIS), et président de l’IHEDN

Atlas Les ventes d’armes américaines et russes en Europe
Ventes d’armes américaines et russes aux Amériques et en Afrique
Les principaux fabricants d’armes dans le monde
Ventes d’armes américaines et russes au Moyen Orient et en Asie

Les armées françaises en 2007
Par le général Jean-louis Georgelin, chef d’état-major des armées

Atlas La France puissance mondiale
Opérations extérieures des armées françaises

L’opération « Baliste »
Par le contre-amiral Xavier Magne, sous chef d’état-major « opérations navales », état major de la marine

Atlas Conflits et facteurs religieux

Les opérations de sûreté aérienne
Par le général Patrick de Rousiers, commandant la Défense Aérienne et les Opérations Aériennes (CDAOA)

Portfolio Graves : le système français de surveillance de l’espace

La force interarmées Licorne
Par le général Antoine Lecerf, commandant la Force d’action terrestre

La création de la dissuasion nucléaire française
Par le général (CR) Jean Rannou, conseiller du président de la CEIS

Puissance aérienne et théâtre urbain
Par Olivier Zajec, consultant à la CEIS

État et industries : partenaires face aux nouvelles menaces
Par Cécile Lefèvre, consultante à la CEIS

Les nouveaux défis de l’espace pour la France
Par Pierre Chiquet, fondateur des centres spatiaux de Brétigny, Toulouse et Kourou et ancien PDG de GIAT Industries

Focus : La conquête spatiale en quelques chiffres
Les programmes spatiaux dans le monde

Atlas géostratégique
Par le Centre d’Analyse et de Prévision des Risques Occidentaux (CAPRI) et le magazine DIPLOMATIE

Atlas Budgets militaires dans le monde en 1985
Budgets militaires dans le monde en 2005
Les Etats-Unis sur la scène mondiale
La nouvelle sphère d’influence russe
Bouleversements climatiques et sécurité nationale
Sécurité nationale et réchauffement climatique
Le pétrole iranien sous surveillance américaine
Populations et infrastructures nucléaires iraniennes
L’arsenal militaire nord-coréen

L’Allemagne et sa Défense
Avec Ulrike Merten, présidente de la Commission de la Défense du Bundestag

Atlas L’exploitation pétrolière dans le monde
L’énergie dans le monde
Opérations extérieures des armées allemandes

Le Royaume-Uni et sa Défense
Avec James Arbuthnot, président de la Commission de la Défense de la Chambre des Communes

La Roumanie et sa Défense
Avec Costica Canacheu, président de la Commission de la Défense et de la Sûreté nationale de la Chambre des députés.

DSI 29 - maintenant disponible chez votre marchand de journaux

Un petit problème indépendant de notre volonté a retardé la sortie de l'édition de septembre de DSI. On nous confirme cependant qu'il est à présent disponible dans les kiosques en France et qu'il devrait l'être jeudi en Belgique.

Encore toutes nos excuses pour ce bien involontaire retard.

dimanche 9 septembre 2007

Being hurt without being hit...

Il y a quelques mois de cela, DSI faisait le point sur les possibilités de SIW (Strategic Information Warfare) et concluait que, si aucune guerre de ce type ne s'était encore produit, une capacité "de seuil" était atteinte.

Rien de neuf en cela, j'approuvais totalement les conclusion de David Lonsdale, le "poulain" de Colin Gray dans son excellent The nature of war - clausewitzian future.

Ce fameux seuil semble de plus en plus proche. Après les attaques sur les Pays Baltes, celle menée sur le Pentagone par la Chine (sur ses intentions, on renvoie à ce niveau nos lecteurs sur le commentaire du Livre blanc chinois dans DSI 25) tend à le montrer. Une excellente analyse "de premier jet", à cet égard, à été mise en ligne sur le blog du schizodoxe, qui relaie au passage la soirée "Artefact" de Dantec, au soir du 9/11.

Tout un symbole, je serai ce jour-là à Toulouse pour l'Université d'été de la Défense. La question à 100 Euros : lequel des événements sera le plus visionnaire ?

Quel dimensionnement pour la Marine nationale ? (2)

Un ami marin bien informé me fait remarquer par mail deux-trois choses qui ont leur importance : si la variable d'ajustement "frégates" semble ce qui peut être le plus logique si l'on désire conserver le 2ème PA et le doter d'un équipage et d'un second groupe aérien embarqué (à noter dans les commantaires du précédent post sur le sujet une proposition assez intéressante), se focaliser sur les AVT pourrait ne pas être le bon calcul.

Il a raison : ALFAN nous avait indiqué (DSI n°26, si je ne m'abuse) que les FREMM ASM ont une capacité de lancement Scalp. Au surplus, elles sont sanctuarisées par la première commande effectuée auprès de DCNS.

Son idée est simple : conservons cette première tranche, gréons-les effectivement en ASM mais dotons-les effectivement de Scalp et d'une capacité de ciblage. Par ailleurs, rien n'empêche d'utiliser les bâtiments comme on l'aurait fait d'AVT : embarquer un hélicoptère RESCO et des commandos peut nécessiter des aménagements. Mais ils n'ont rien de rhédibitoire. Moins, en tous cas, que de gréer une AVT en ASM. Et l'antiaérien, me direz-vous ? Là, aucune réponse. De fait, l'option d'une FREDA (FREMM Défense Aérienne) est étudiée. Mais à quel coût ?

On rejoint donc la logique de la maximisation de l'influence à l'égard du sol en conservant une capacité d'escorte ASM, tout en évitant de surcharger un plan budgétaire déjà intenable en l'état actuel des choses. Après tout, il ne s'agit pas d'avoir plus en restant dans un budget constant : il s'agit d'avoir plus dans un budget en diminution pour les trois armées. Rien moins, si l'on ose dire.

samedi 8 septembre 2007

Colloque : les défenses antimissiles

Le Club Participation & Progrès, en partenariat avec DSI, T&A, Air & Cosmos et Défense Nationale, organise le 15 octobre prochain à Paris (Ecole Militaire, Amphithéâtre de Bourcet) un colloque sur les défenses antimissiles.

L'occasion aussi pour les membres du RMES de s'exprimer :

- Alain De Neve (IRSD), "L'Europe peut-elle, au-delà de ses programmes antimissiles de théâtre, se doter d'une défense antimissile de territoire?"
- André Dumoulin (ERM) : "Défense antimissiles : qui parle au nom de l'Europe?"
- Joseph Henrotin (CAPRI), "Rendre les défenses inefficaces ? Techniques et tactiques anti-ABM"

Vous pouvez consulter l'ensemble du programme. Les demandes d'information et les inscriptions sont à envoyer à l'adresse suivante : club.participation-progres@wanadoo.fr.

vendredi 7 septembre 2007

Israël : le plan d’investissement à 5 ans de Tsahal

Le plan d’investissement israélien, longtemps attendu et passablement favorisé par l’annonce d’une augmentation de 25 % de l’aide américaine à Tel Aviv, a été révélé le 6 septembre par Gabi Ashkénazi, chef d’état-major de Tsahal.

En tête des demandes israéliennes, le programme « Dôme d’acier » de défense contre les roquettes (sur le système, cf. DSI n°24, mars 2007) est définitivement validé. A l’échelon stratégique, le programme Arrow est considéré comme prioritaire.

Le plan demande également la livraison de nouveaux chars de combat Merkava Mk4 mais aussi l’introduction du HAPC Namer (Cf. Technologie & Armement n°8), développé sur base de châssis de chars Merkava Mk1 et Mk2 sortis de service. On a par ailleurs appris que les Etats-Unis vont aider Israël à mettre en place son système de digitalisation du champ de bataille (le Zayad) à un niveau de 300 millions de dollars.

Au niveau des forces aériennes, les commandes de F-35 Lightning II sont maintenues, l’IAF escomptant réceptionner ses premiers appareils en 2014. On notera que les appareils ont été négociés entre 50 et 60 millions de dollars/pièce. En attendant, la Heyl Ha’Havir bénéficiera d’une modernisation de ses appareils et de ses drones.

La Heyl Ha’Yam (marine) va quant à elle recevoir deux corvettes LCS construits par Lockheed Martin, a un prix unitaire de 250 millions de dollars. Le renseignement et les opérations informationnelles vont également bénéficier du nouveau plan.

jeudi 6 septembre 2007

La politique étrangère de l'Administration Bush

J'avais déjà eu l'occasion d'en parler, Tanguy Struye a fait paraître son nouvel ouvrage. En l'occurrence, son introduction est disponible sur le site de Peter Lang, son éditeur - en fait, juste ici - de même que sa table des matières. L'ouvrage lui-même peut être commandé sur le même site, mais cette fois ici.

Ayant toujours en tête la profonde connaissance qu'a Tanguy des Etats-Unis (ça nous changera de certains "analystes"...), il me tarde de lire son travail.

Just blog it

Dans la foulée de la remise à neuf du RMES, Alain "The A" De Neve a mis en place le RMESFeed, représentant le blog du réseau et permettant à celui qui s'y abonne - gratuitement - de suivre en temps réel l'actualité du Réseau. A voir ici.

Quel dimensionnement pour la Marine nationale ?

Courant juillet, les interrogations sur le prochain Livre Blanc et la préparation du n°7 de Technologie & Armement (vous pouvez le commander ici) m'avaient amené à réfléchir sur le dimensionnement de la Marine nationale (FR), en partant de l'hypothèse qu'à budget constant, la Royale ne pourrait être dotée en temps et en heure de tous les bâtiments attendus. Nos lecteurs se souviendront que deux scénarios avaient été dressés, dont l'un envisageait une réduction sensible du nombre de frégates.

L'article a été lu par les membres du forums Géostratégique.net, avec qui je me suis mis à dialoguer. Après autorisation de leur part, je retranscris ici ces échanges, dans la mesure où ils permettent d'approfondir l'article :

Artheval : Joseph Henrotin expose deux scénarios possibles (je ne fais que paraphraser le dernier Technologie et Armement) : -Premier cas : Une configuration d'indépendance totale, avec une marine centrée sur la protection des lignes de communication maritime : Le PA2 passerait à la trappe (c'est peu probable maintenant qu'on a acheté les catapultes et que les brittaniques ont commandé leurs CVF) Les SNA Suffren seraient réduits de plusieurs unités, et les frégates classe Aquitaine (FREMM) seraient maintenues autant que possible ainsi que les La Fayette. On conserverait aussi les BPC et TCD. Il ne mentionne pas les FREDA. -Second cas : Configuration plus ambitieuse de projection permanente : On construit le PA2, on mène jusqu'au bout le programme Suffren éventuellement avec un ou deux unités en moins. mais on réduit le nombre de FREMM AVT et on conserve le reste des frégates existantes et les navires amphibies. Ici, l'escorte de nos capital ships serait assurée par nos forces mais aussi évnetuellement par des navires de voisins de l'UE, les batiments d'escorte étant en surnombre au niveau de l'Europe. Bref, c'est plutot pessimiste, mais peut-être réaliste vu les déclarations d'Hervé Morin qui annonce que l'Armée va devoir se serrer la ceinture. (il dit en même temps qu'on se maintiendra à 2% du PIB... ce qui voudrait dire augmenter l'effort de défense par rapport à aujourd'hui... décidemment, notre ministre est très cohérent).

Moi : Effectivement, je suis assez pessimiste. En fait, deux problèmes se posent : 1) le "autour de 2%" : plus ou moins que le 2% ? et 2) le fait qu'à budget constant, nous sommes déjà au-dessus de nos moyens : les commandes effectuées dépassent déjà de plus de 20 milliards (au minimum, certains évoquent le double) ce que l'on peut s'offrir dans le cadre budgétaire actuel. D'où de gros dilemmes, sachant que des programmes terre et air peuvent, au mieux, être rabottés et que le fruit de ces rabottages n'ira certainement pas à la marine mais... à une résorption des fameux 20 milliards. Maintenant, côté catapultes et commande brit, ça ne signifie rien. Par exemple, si nous avons rachetés les plans ou fait des clins d'oeil, la possibilité reste que nous fermions la porte. La vraie question est de savoir si, à un déficit de 20 milliards, il faut ajouter 2,5 de plus pour un bâtiment qui ne sera opérationnel que lorsque le CDG sera immobilisé, sachant qu'il faudra aussi réentraîner tout un équipage sur un navire très différent (et 20 ans plus jeune dans sa conception). D'où la 2ème hypothèse que j'ai tendance à défendre : la valeur d'une marine aujourd'hui, c'est d'influencer les crises au sol. C'est là qu'elles se passent, le paradigme de la bataille décisive en haute mer, nous l'avons dépassé depuis longtemps. Jouons-là "à la britannique" : prenons le 2ème PA MAIS aussi un 2ème groupe aéronaval, gardons les FREMM AVT mais larguons les ASM. Utilisons-les comme variable d'ajustement. Virons ce que l'on peut. Et appuyons-nous sur nos alliés européens qui ont déjà une capacité d'escorte de très loin supérieure à tous ce que nos plans envisageaient (ex : 2 Horizon contre 6 F-100 espagnoles ou 3 futures frégates danoises... et je n'ose même pas aborder le domaine ASM). Ces escortes existent déjà dans la pratique. Si la politique visant à booster la PESD dépasse le stade du discours, c'est le genre de choses vers laquelle on va. En attendant, avec 2 PA, 2 groupes aériens, 5 ou 6 SNA, quelques AVT, quelques frégates et le groupe amphibie, nous serons en mesure d'influer les crises comme nous ne l'avons jamais été auparavant et nous n'aurons jamais eu autant de poids politique aux plans OTAN comme UE. Il faut dépasser la question du nombre de coques pour envisager celle de l'influence réelle de ces coques. Maintenant, ces scénarios n'ont qu'une valeur indicative : la vérité se situera sans doute entre les deux. Faire le choix d'une dépendance à nos alliés est faire preuve de confiance. Mais souvenez-vous que, de toute façon, à partir de 2035, lorsqu'il faudra remplacer nos bâtiments, leur coût sera sans doute devenu tel que nous n'aurons plus du tout le choix...

Troubadour : Cher JH Pour le PA 2 je crois que tout le monde est d’ accord. Car pour attaquer des objectifs terrestres tant soit peut éloignés des cotes, notre MN ne peut se contenter de canons de 100Mm ! Comme de plus il n’est pas très sain de nos jours de s’approcher des cotes adverses, il vaut mieux rester à distance, même pour attaquer des objectifs en bord de mer. Dans ces conditions il apparaît que pour de nombreuses années encore, les PA resteront nécessaire. Ensuite viennent les SNA et là aussi leurs rayons d’action et leur discrétion les rendent d’une efficacité redoutable contre les marines de surface. Au Malouines 1 seul SNA après avoir coulé un croiseur a cloué la flotte argentine au port Aujourd’hui ce sont encore les seules navires à pouvoir s’approcher de cotes défendues avec un bon degré de sécurité et de surprise. Si on rajoute les missions de protection de la FOST et du GA la MN aura c’est six SNA. Pour les Frégates Je ne sais pas qui vous informe sur une réduction du format de F ASM pour Les remplacé par des AVT .Vous savez dans notre marine l’ASM et un domaine d’excellence que beaucoup nous envient Les sonars utilisés sur nos F ASM sont d’une qualité incomparable (même choses pour les sonars de nos chasseurs de mines ). Nos besoins en ASM sont de 6 F ASM à Toulon pour notre GA + GH et également 6 F ASM à Brest pour la FOST. Nous avons déjà 6 excellentes Frégates AVT qui ressemblent à des bateaux de pêche sur un écran radar. Et toute déjà équipées d’un radier pour lâcher des commandos, elles disposent également d’espace libre qui après quelque modif pourront accueillir des Missiles de croisières. Pour faire des économies modifions nos La Fayette pour en faire de véritables AVT .

Moi : Effectivement, les FREMM AVT doivent être conservées au maximum. Pour les ASM, le problème est que la menace ne diminue pas ; elle augmente. Pourquoi, alors, me direz-vous, les dégager ? Simplement parce que d'autres, nos alliés naturels, le font tout aussi bien et qu'il vaut mieux se concentrer sur ce qui peut nous rapporter politiquement et sur ce que l'on peut mieux faire que les autres. En fait, il faut partir non d'une conception classique de la souveraineté (on doit avoir "de tout" en quantité) mais des réalités de la globalisation... simplement, parce qu'on ne peut se permettre de faire autre chose. A ce stade, personne n'est en mesure d'assurer seul la protection des SLOCs. Pas même les USA : c'est tout le sens de la 1000 ships navy de Vernon Clark. Quant à l'évolution des La Fayette, je doute que ce soit une bonne idée. D'abord, parce qu'elle va nécessiter de nouveaux fonds, largement indisponibles. Ensuite, parce que ce sont d'excellents navires pour une mission trop déconsidérée et pourtant esssentielle au vu du monde qui existera en 2030 et où il faut se positionner aujourd'hui : la souveraineté des DOM TOM. La Réunion et la Polynésie "encadrent" ce qui va être le pivot géopolitico-économique du 21ème siècle - Russie/Chine/Inde/Japon/Corées/Asie du Sud/Océanie (Cf. la carte qui accompagnait l'interview d'Alfan). Attention, Artheval, sur la question de la dotation en sonars des AVT. En plus d'un sonar (= $), il faut aussi le CIC qui va avec (re- $). Vous allez penser, sans doute, que je suis un gros radin. Mais un observateur très avisé mon confiait récemment que certains systèmes d'armes de nos bâtiment en opérations dans des zones chaudes ne fonctionnaient qu'un jours sur deux ou trois : plus assez d'argent pour les pièces de rechange... On y va à la débrouille mais ça ne durera pas éternellement, ce genre de choses finira par entailler notre crédibilité. Et lorsqu'une marine n'est plus crédible, avoir des dizaines de coques ne sert à rien.

Artheval : Mais, que pensez-vous de l'idée de rendre les ASM autonomes dans le tir de Scalp, ce qu'elles ne sont pas, d'après les dires de DCNS. Est-ce possible techniquement ? Celà coutera de l'argent, mais combien ?

Les gros radins sont les responsables politiques qui veulent avoir de la puissance politique sans dégager pour celà les moyens financiers nécessaires. Les journalistes seraient bien avisés de mettre en balance le prix du paquet fiscal (15 G€) avec celui du PA2 dont on parle tant.

Elles (note de JH : les La Fayette) sont excellentes pour ça, certes, mais vu leurs capacités, et leurs évolutions possibles (en défense AA), n'est-ce pas un peu du gachis, surtout que les Floréal sont dédiées à celà ? A l'origine, quelles étaient les missions pour lesquelles les La fayette étaient prévues ? Je m'interroge aussi sur le cout de deux GAN fonctionnant en simultanné ? Celà signifie une commande supplémentaire de Rafales Marine, n'est-ce pas ? Dans quelle mesure nos Alliées accepteront-ils de mener les missions d'escorte ? (car sans FREDA, et avec moins d'ASM, composer l'escorte de deux GAN risque de poser encore plus de problèmes. ) D'une manière générale, l'ambiance actuelle donne l'impression que nous sommes une force sur le déclin. Nous aurons bientot des missiles de croisière, mais les Américains en disposent depuis déjà longtemps. Nous allons pouvoir influencer les crises depuis la mer, mais dans le même temps, l'armée de terre a du mal à projeter un grand nombre d'hommes. Notre effort de défense est passé à 1,7% du PIB (et va y rester, je suppose, si on ne veut pas financer ces 20 Milliards par an ?). Allons nous d'ici quelques décennies laisser le champ libre sur la scène internationale aux pays émergeants ? Les responsables politiques, de quelque bord que ce soit, semblent se désinteresser de la défense (au sens où ils ne consentent plus à donner des moyens supplémentaires) car celle-ci rapporte peu ou rien en popularité.

Moi : Certes, les La Fayette en l'état actuel sont du gâchis, dans le sens où elles pourraient être mieux armées. Pour le reste, ce sont d'excellents bâtiments. Ceci dit, reste la possibilité, lorsque le ciel s'éclaircira, de les faire monter en puissance : c'est en cela que ce serait dommage de les laisser à Toulon. Maintenant, c'est vrai que j'ai écrit trop vite tout à l'heure sur le concept de souveraineté : dans le contexte des zones citées, il va falloir le revoir de fond en comble. Donc être plus costaud que les Floréal. En fait, vous avez raison, nous sommes sur le déclin. Pas tellement parce que nous nous affaiblissons mais parce que, simplement, les autres montent en puissance. Tout le monde, dans l'axe géopolitique précité, le fait. Récemment, le Pakistan a commandé 2 Type 214 supplémentaires. Tout, dans cette zone, devient funky. Et sauf à mener des opérations conjointes avec les autres Etats européens, tout le monde, de ce notre côté de l'Eurasie va être éjecté de la zone "de croissance"... alors même que nous en dépendront de plus en plus ! Oui, il faudra un GAN supplémentaire. dans le débat sur le 2ème PA, beaucoup de commentateurs oublient que les espérances de commande en Rafale couvrent un groupe + l'attrition. Autrement dit que le 2ème PA va se trouver "à poil" et à quai la plupart du temps, sauf : - à l'activer en porte-hélicoptères (mais... pour faire ça, il y a moins cher) ; - à l'économiser le plus possible pour attendre des jours plus cléments et l'armer d'un 2ème groupe. Nos alliés accepteront ou se feront éjecter du pivot. A ce stade, le pragmatisme de Sarkozy dans son discours aux ambassadeurs en a soufflé plus d'un dans les capitales étrangères. Ca va aider. Le fait qu'on puisse travailler par "coopérations renforcées" dans le projet de "mini-traité" sauve l'essentiel de la Constitution en matière de PESD : le fait que des groupes d'Etat puissent avancer "dans leur coin". L'ABNL, par exemple, regroupe tous les bâtiments de surface NL et BE et a été conçu pour ce genre d'escorte. Les Allemands devraient aussi apprécier de donner un coup de main : l'Asie les tente et la Chine est leur ambition suprême point de vue commerce extérieur. Quand aux Espagnols et aux Italiens, je ne pense pas que cela leur posera problème. D'autant plus qu'on a l'EUROMARFOR avec eux : c'est signé depuis longtemps et ça manoeuvre depuis tout autant de temps. Vous comprendrez que les Polonais, Tchèques et Hongrois, quant à eux, ne risque guère d'entrer dans le process tant pour des raisons politiques que pratique. En fait, je ne pense pas qu'ils se désintéressent de la défense (ai lu le bouquin de Teissier cet AM, il demande 2,2%). Mais il faut voir les choses de leur point de vue et évoquer un chiffre qui ne l'est guère même s'il me semble plus utile que le % en regard du PIB : celui du % en regard du budget de l'Etat - soit ce qu'il peut réellement mettre dans la balance... parce qu'il a son argent et pas celui de ses citoyens. Là, la défense passe à plus de 15%.

Le reste de la discussion est ici. Jean-Dominique Merchet en parle également - apparement, sa logique rejoint la mienne (aurait-il T&A sur sa table de travail ?) mais diffère sur les conclusions.

mercredi 5 septembre 2007

Tentatives terroristes déjouées au Danemark et en Allemagne

A quelques heures d'intervalles, des tentatives d'attentats par des cellules proches d'al-Qaïda ont été déjouées au Danemark puis en Allemagne. Dans ce dernier cas, des arrestations ont été opérées hier après-midi, les terroristes visant l'aéroport de Francfort et la base de Ramstein, utilisée par les forces US et où sont présentes des armes nucléaires.

Si ces tentatives avortés montrent une efficacité certaine des services, elles montrent aussi que nul Etat n'est à l'abri, contrairement à ce qu'une certaine vulgate laissait entendre en indiquant que le fait de n'être pas intervenu en Irak permettait de ne pas donner de prétexte à un attentat. L'Allemagne, en effet, s'était opposée fermement avec la France, la Belgique et le Luxembourg - le "groupe des quatre" - à l'équipée US en Irak.

Les attentats au Pakistan : interview

Le quotidien belge L'Echo s'interroge sur la signification des attentats d'hier au Pakistan, à la fois dans le complexe de l'évolution de la politique intérieure à Islamabad mais aussi dans celui, plus large, de l'interaction entre Afghanistan et Pakistan. De sorte que j'ai été interviewé par Magali Uytterhaeghe ici (payant).

mardi 4 septembre 2007

Le retrait britannique du centre de Bassorah : interview

Les quotidiens suisses La Tribune de Genève et 24 Heures m'ont posé la question des rationalités du retrait britannique du centre de Bassorah (et non, comme le disait hier soir France 2, de la ville). En a découlé une interview accessible ici.

lundi 3 septembre 2007

Comment appliquer la résilience en Belgique ?

C'est la question que m'avait posé en son temps un haut responsable belge et qui a été l'objet d'une note de travail ébauchant des solutions propres à la Belgique, et qui vient juste de faire l'objet de la seconde note d'analyse du RMES.