vendredi 24 août 2007

L'opération "Livre Blanc" officiellement lancée

Cette fois, c'est parti. Au-delà des manoeuvres des différentes armées dans les attributions des moyens - et des ressources - futurs, le Président français a officiellement installé la commission qui aura en charge le prochain Livre Blanc, un effort qu'il jugeait, avec d'autres, nécessaire dans le DSI du mois de mars.

A la tête du groupe d'experts, Jean-Claude Mallet, dont Arnaud de La Grange nous dresse le portrait dans Le Figaro, ancien Directeur des Affaires Stratégiques qui a cosigné Engagements 2035.

Sur ma table de nuit

Outre les inévitables boules Quiès, indispensables lorsque l'on réside dans le centre d'Aix en Provence et que l'on ne veut pas mourir asphyxié, ma table de nuit est occupée par 3 ouvrages intéressants, dont deux seront à retrouver dans la rubrique "Critiques de lectures" du DSI d'octobre :

Jean-Jacques Patry, L'ombre déchirée, la puissance aérienne contre la terreur, (Perspectives stratégiques, L'Harmattan, 2007) qui ne bénéficie à mon avis pas de la publicité qu'il devrait avoir et Bruno Tertrais, La France et la dissuasion nucléaire. Concepts, moyens avenir, (Questions de défense, La Documentation Française, 2007), une excellente synthèse de la question doublée de quelques remarques intéressantes.

Et le troisième ouvrage ? Le Stalingrad, d'Anthony Beevor.

MAKS 2007 : présentation de l'UCAV Skat

Mig a dévoilé au cours du salon MAKS 2007 une maquette à taille réelle de son projet de drone de combat Skat. Avec une charge de 2 tonnes d'armes, son rayon d'action serait de 2 000 km (ce qui semble, au vu de la taille de l'appareil, a priori assez douteux). Présenté comme furtif, il serait prioritairement destiné aux missions SEAD.



Avant d'en arriver là, encore faut-il qu'il soit effectivement développé...

jeudi 23 août 2007

Manoeuvres russes : pas de changement de posture nucléaire pour la France

Après, entre autres, être sortie du traité sur les Forces Conventionnelles en Europe (FCE), avoir repris ses patrouilles permanentes de bombardiers et mené des vols de reconnaissance vers Guam où les forces américaines étaient en manœuvre (massant dans la région 3 groupes de porte-avions) et dans l’Arctique (où des interceptions ont eu lieu) Moscou a, vendredi 17 août, mené un vol de reconnaissance au-dessus de la Mer du Nord.

Si des chasseurs Typhoon de la RAF ont intercepté les deux bombardiers et que la Commission européenne est actuellement en train d’examiner avec les Etats-membres la situation, la proximité des manœuvres russe pose question. Des sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle auraient également été repérés « à proximité de la Grande-Bretagne », sans toutefois que Londres n’indique si une violation des eaux territoriales a été commise.

Dans ce contexte, la rédaction de Défense & Sécurité Internationale a interrogé plusieurs officiers sur la question d’un éventuel changement dans l’état d’alerte des forces nucléaires françaises, reflet d’une préoccupation politique en regard des évolutions en cours. Selon l’un d’eux, « notre posture n’a pas évolué en fonction de cette nouvelle donne ». Cependant, la France n’est pas inactive, dès lors qu’entretenir une dissuasion nucléaire impose de maintenir une crédibilité en permanence, avec son cortège d’entretiens des matériels, de vols d’entraînement et de patrouilles en mer.

Aussi, « nous continuons nos entraînements réguliers et nous sommes évidemment prêts à réagir à tout moment ». Essentiellement considérées comme des gesticulations politiques « ce cas précis n’as pas encore conduit à modifier cette posture d’alerte ».

Afghanistan : vers une généralisation des EFP ?

Selon des officiers en poste en Afghanistan, un total de 5 charges EFP auraient été découvertes à ce jour en Afghanistan (une a explosé à Kaboul en juin). De plus en plus fréquemment utilisées en Irak, les Explosive Formed Projectiles, lors de leur explosion, envoient un jet de métal en fusion. Concrètement, ce type d'arme s'avère plus problématique que les classiques IED en matière de protection des véhicules. Ce qui, d'ailleurs, ne serait pas pour rien dans la décision américaine de réduire de 1 500 le nombre de véhicules du programme MRAP devant rejoindre l'Irak avant la fin de l'année.

Selon l'ISAF, si certains composants de ces EFP pourraient provenir d'Iran, le lien entre les armes et Téhéran est loin d'être établi. Et les miltaires d'ajouter que les EFP afghanes sont particulières, différant de celles utilisées en Irak.

Nouveaux achats indonésiens

En plus de la commande de 6 Flanker que nous évoquions hier, l'Indonésie a reçu de la Russie un prêt d'un milliard de dollars destiné à financer l'achat de nouveaux armements. Sont concernés : 10 Mi-17 Hip de transport ; 5 Mi-35P de combat ; 20 véhicules d'infanterie ; des systèmes destiné à ses Flankers et... 2 sous-marins (type inconnu).

La volonté de montée en puissance de l'Indonésie n'est pas neuve. DSI n°29 (à paraître) parle notamment du contrat portant sur les corvettes Steregushy tandis que le dernier T&A revient sur l'activisme indonésien dans le domaine des missiles antinavires, qui pourrait déboucher sur le développement ou l'acquisition de missiles de croisière d'attaque terrestre.

mercredi 22 août 2007

Première interception réelle pour les Typhoon


Selon le Times d'aujourd'hui, deux Typhoon de la Royal Air Force ont décollé sur alerte vendredi passé et intercepté deux Tu-95 Bear H russes qui se dirigeaient "à grande vitesse" vers l'espace aérien britannique. Si l'incident marque la première utilisation opérationnelle du Typhoon, il souligne surtout la dégradation des relations russo-britanniques depuis l'affaire Litvinenko (les "sushis au polonium").
Complément (23/08) : il semble que la Russie développe également un certain activisme en matière de déploiement de ses sous-marins à proximité des côtes britanniques. Notons qu'une éventuelle pénétration des eaux territoriales n'a pas été précisée.

L'Indonésie achète 6 Flanker

Jakarta a signé un MoU concernant l'achat de 3 Su-27 et 3 Su-30 Flanker avec la Russie. La vente, estimée à 300 millions de dollars, renforce les positions de l'industrie aéronautique russe à la veille de l'ouverture du salon MAKS. Notons que l'Indonésie dispose déjà de 4 Flanker.

mardi 21 août 2007

Défense aérienne : la Russie parie sur... le SA-3

Alors qu'elle compte toujours mettre en oeuvre ses premières batteries opérationnelles de S-400 à la fin de l'année, la Russie met plus particulièrement en évidence une nouvelle version du SA-3 dans le cadre du prochain salon MAKS :

About a dozen countries outside the CIS want to buy Pechora. Among the former Soviet republics Tajikistan has bought it, Uzbekistan is negotiating the acquisition, and Armenia is considering a deal. What attracts them?

Vyacheslav Korotayev, deputy director general of the Defense Systems company that produces Pechora-2M, said it is a revamped version of the S-125 Pechora, which seven CIS countries still have, along with missiles for it. Although Pechora-2M is supplied together with new 5V27D and 5V27DE missiles, which have an improved radio detonator and warhead, it can also use the older 5V27 missiles, which is quite economic for any army.

The new Pechora is mobile and can be redeployed within 20-25 minutes, compared with three hours needed to move the old version. This is of crucial importance for an air defense system, because air battles do not last long, and the system also needs to evade return enemy fire. The sooner it moves away, the more chances it has to survive until the next battle.

Besides, Pechora-2M has cutting-edge microprocessors, with their service life advanced from 30-40 to 2,000 and even 10,000 hours. Moreover, the new jam-resistant system can successfully cope with enemy ECM (Electronic-Counter-Measures) systems and missiles.
Experts recall that the United States had used Shrike anti-radar missiles against targets in Vietnam. But things have changed since then, and even the sophisticated HARM anti-radar missile is unable to hit Pechora-2M aerial posts because they simply vanish off the screen.

Unlike its predecessor, which had a 26 km (16 miles) range, the new SAM system can hit enemy aircraft 35 km (22 miles) away.

The Pechora-2M features an optronic network comprising one TV channel and one thermal imaging channel, allowing it to attack and destroy aerial targets day and night in conditions of electronic warfare. Consequently, the Pechora-2M can hit F-16 fighters at a 30-km (19-mile) range and larger aircraft at a range of up to 35 km (22 miles).

Frémissement européen ?

La Commission européenne a indiqué que la reprise des alertes en vol russes "touche la politique de sécurité européenne, et nous devons étudier cette situation avec les pays membres". Le mouvement, s'il ne semble guère majeur, a portant son importance : c'est la première fois qu'un problème d'ordre militaire et touchant aux intérêts vitaux (pour reprendre la terminologie française) des Etats-membres est évoqué par la Commission. A suivre...

Le Kuznetsov de retour

Selon la télévision d'Etat russe, le "croiseur tactique porte-aéronefs" Kuznetsov est à nouveau opérationnel après une interruption de ses activités d'une durée de deux ans, les vols ayant repris. Aucune indication ne semble toutefois avoir été donnée sur sa prochaine croisière.

Réflexions américaines sur le combat aérien : la furtivité déterminante ?

Sous le feu des critiques, le F-35 JSF n'en trouve pas moins des défenseurs - outre, bien entendu, son responsable opérationnel chez Lockheed que nous recevions dans le T&A de juin-juillet. En particulier, et malgré la diminution des ambitions américaines en la matière, la furtivité de l'appareil semble pour lui déterminante :

How does the F-35 compare in the air-to-air mission against likely competitors like the French Rafale, the Swedish Gripen, and the multi-national Eurofighter? All of European planes boast some of the best electronics suites that have ever provided for a combat aircraft. All are capable of high speed (over 2,000 kilometers an hour). All three aircraft carry excellent beyond-visual-range missiles (like the Mica, AMRAAM, and Meteor). All are highly maneuverable. But will they be better than the F-35 in a fight?

The answer, surprisingly, is probably not. The F-35 has one big advantage over these three fighters from Europe. Its radar signature, its vulnerability to being picked up on radar, is very low – as is the case with the F-117 and F-22. Given that its speed is pretty comparable to the European jets, and its AESA radar is at least as good as the European systems, this is a decisive advantage. The best weapons in the world are useless if they cannot see their targets.

Reste, néanmoins, que l'avantage découlant de la furtivité est transitoire par essence : elle n'empêchera pas un F-117 d'être abattu par un SA-3 serbe, missile au demeurant considéré comme obsolète. Dans le même temps, l'évolution des radars elle-même est fondamentale : la possibilité d'une annulation active, celle de "griller" le radar d'un adversaire, les travaux sur de nouvelles bandes sont autant d'avancées qui, peu à peu, vont grignoter l'avantage tactique de la furtivité.

A cet égard, ce qui apparaît comme plus déterminant que la furtivité - soit une suite de techniques - c'est l'agilité conceptuelle des ingénieurs et des stratégistes et l'aptitude des entreprises et des Etats à faire les bons choix de R&D - soit une suite de technologies (soit de discours sur la technique) et de politiques. Chaque chose à sa place...

lundi 20 août 2007

L'Albanie débarassée de ses armes chimiques

Le programme Nunn-Lugar porte ses fruits :

Five years ago, Albanian defense officials discovered a cache of lethal chemical weapons left over from the Cold War era. Turning to the United States for technical and financial assistance, the Albanian government succeeded in completing the destruction of the 16-ton chemical weapons stockpile in July.

Plus de Bushmaster pour l'Australie

L'Australie vient de rendre public une nouvelle commande de véhicules Bushmaster. 250 engins ont été commandés pour un montant de 300 millions de dollars canadiens. L'engin est particulièrement apprécié en Irak, où son blindage est considéré comme meilleur que celui des ASLAV (LAV III).

Un nouveau site pour le RMES

Le site du Réseau Multidisciplinaire d'Etudes Stratégiques (RMES) est actuellement en train de faire peau neuve. Plus clair et bénéficiant d'un design plus agréable, il devrait également faciliter la navigation pour le lecteur. Bonne visite !

vendredi 17 août 2007

Réalisme stratégique

Contrairement à moi qui ne l'ai pas encore lu, Jean-Dominique Merchet a eu l'oeil attiré par une interview du général Georgelin, chef d'état-major des armées (FR) à nos confrères de Politique Internationale. En substance, le CEMA offre une réflexion de bon sens : les conflits contemporains sont longs, complexes et de plus en plus violents et, par ailleurs, "on ne règle plus les conflits (...) on les gèle".

Rien de neuf ? Si, justemment : pendant des années, les états-majors européens se sont engagés sur la voie des opérations de maintien de la paix, autrement moins violentes (du moins pour nos combattants). Or, il est à présent question de "guerre" à proprement parler, dans des environnements asymétriques hautement létaux, même pour nos forces dont la protection n'est plus seulement un facteur de structuration de nos stratégies et de nos équipements mais aussi (et surtout) de nos politiques.

Si les lecteurs attentifs y verront les traces successives des réflexions de Vincent Desportes (Cf. DSI n°20), de Rupert Smith ("L'utilité de la force"), des travaux, entre autres, de Michel Goya (que nous recevrons dans DSI, dans son édition de septembre), l'interview du CEMA pourrait aussi, à terme, être le signe d'un changement majeur de posture des forces européennes. Ce retour vers le réalisme signe, en effet, une évolution latente dans les états-majors. C'était bien entendu le cas chez les Britanniques et les Néerlandais, mais la tendance est également émergente en Allemagne ou en Italie.

Reste néanmoins à savoir à quel point ces constats - et les embryons de stratégie et de doctrine qui en découlent - seront appréhendés au niveau politique. L'enjeu, là, est tout autre : il est de savoir dans quelle mesure "l'ensauvagement" du monde, pour paraphraser T. Delpech, sera ou non un facteur de paralysie de nos politiques étrangères et, partant, de nos éthiques.

L'évolution du dogfight en Israël

Le web 2.0 présente bien des avantages. Dont celui de pouvoir regarder en ligne des émissions dont on ne soupçonne pas la spécialisation. Celle-ci, initialement diffusée sur l'History Channel, combine images de synthèses, images d'archives, interviews d'as israéliens et... Lon Nordeen himself. 45 minutes qui en valent la peine :

Le Saegeh en vol

L'Iran fait beaucoup de publicité pour le Saegeh, chasseur bien entendu présenté comme le meilleur du monde (plus sérieusement, il a été qualifié comme "supérieur au F-18"). Pratiquement, l'engin n'est qu'un F-5 reverse ingénerié, doté de 2 dérives, dont les entrées d'air ont été refaites... et qui semble limité au tir de roquettes.

L'externalisation, une solution ?

Souvent considérée comme une solution plus pratique et moins coûteuse que l'utilisation du personnel à disposition, les externalisations peuvent néanmoins coûter très cher :

General Dynamics Network Systems Inc., Needham, Mass., is being awarded a firm-fixed-price and cost reimbursement contract modification for $2,250,000,000.

Une somme assez importante. Tout ça pour :

The contractor provides computer equipment support consisting of preventive and remedial maintenance of hardware and inventory management. The basic period of this contract is four years.

Le LAW n'est pas mort

Les soldats belges (et les autres) se souviendront sans doute du LAW, ce lance-roquette assez pratique qui se "dépliait" avant le tir. Considéré comme dépassé par les nouvelles munitions guidées en tous genres, il avait été retiré du service. Etait-il passé à la postérité de l'histoire techno-militaire pour autant ?

Et bien, il semble que non. Le Pentagone vient ainsi de commander 1 287 M-72A7 (anti-blindés) et 1 833 M-72A9 (anti-structures) pour un montant de plus de 8 millions de dollars. Dans l'environnement contre-asymétrique et urbain contemporain, ce type de système rustique semble toujours très apprécié.

L'OCS en sommet

L'Organisation de Coopération de Shangai tient actuellement son sommet - "Peace Mission 2007" se terminant en outre ajourd'hui -, durant lequel Hu Jintao n'a pas manqué de rappeler que la moitié de la population mondiale vivait dans les Etats-membres de l'OCS. Les coopérations en matière de sécurité - et particulièrement d'anti-terrorisme - devraient y être renforcées.

On notera également la présence au sommet d'Hamid Karzaï et Novosti d'inqiquer que "Soucieux de renforcer la stabilité et la sécurité et de promouvoir la coopération économique en Asie centrale, les pays membres de l'organisation ont étudié la possibilité d'activer le potentiel de l'OCS pour accélérer le règlement en Afghanistan, en utilisant à cet effet aussi bien le groupe de contact OCS-Afghanistan que d'autres formats mutuellement acceptables, constate le document". Sortie de l'orbite américaine pour l'Afghanistan ou multilatéralisme de survie ?

F-35 : oups, désolé !

Lockheed Martin Aeronautics Co. says it discovered that it has overcharged the U.S. government by $265 million for work on the F-35 Joint Strike Fighter program and will promptly refund the money with interest.

La Russie s'apprête à vendre sa flotte d'An-124

La force aérienne russe s'apprête à vendre sa flotte de 21 gros porteurs An-124. Ces derniers ne volent plus depuis décembre 2005 mais sont maintenus en l'état. Pour l'heure, aucun acheteur ne semble s'être manifesté mais la décision russe pourrait affecter la reprise de la production de l'appareil, qui semble être envisagée afin de répondre aux besoins des compagnies cargo civiles.

jeudi 16 août 2007

Pakistan : le retour du JF-17 ?

L’Azerbaïdjan serait intéressé par l’achat de chasseurs JF-17. Une rencontre entre le ministre azéri de l’industrie et le ministre pakistanais de la défense doit se tenir prochainement et l’achat de l’appareil, de même que des chars et d’armes légères pourrait y être discuté. Toujours à propos du Pakistan et du JF-17, l’on notera que la Russie a finalement accepté la réexportation de ses réacteurs RD-93, indispensables aux appareils susmentionnés. Précédemment, cette réexportation avait été exclue, condamnant à terme non seulement la viabilité commerciale de l’appareil (et forçant la Chine à trouver une nouvelle propulsion) mais aussi l’avenir de la force aérienne pakistanaise.

Un canevas de Livre Blanc ?

En publiant relativement discrètement le document Préparer les engagements de demain 2035 sous l’autorité du directeur chargé des Affaires Stratégiques et du major-général des armées, ces dernières font évoluer assez radicalement le débat, toutefois en droite ligne des conceptions et des positions développées par le Président de la République durant sa campagne électorale. De ce point de vue, l’exercice se déroule dans la perspective directe de la rédaction du prochain Livre Blanc et certains de ses accents pourraient le laisser entendre comme tel.

D’emblée, le document établit également une hiérarchie des intérêts français. Ils sont vitaux et « indissociables de la dissuasion nucléaire » ; stratégiques (« l’accès aux ressources naturelles, le développement du potentiel économique, la maîtrise de la prolifération des armes de destruction massive, la maîtrise des flux migratoires, la maîtrise des réseaux informatiques, la maîtrise d’accès à l’espace et la cohésion sociale française et européenne ») ; et enfin de puissance (« plus particulièrement abordés sous l’angle des relations que la France entretient avec les acteurs majeurs de la sécurité internationale (Onu, UE, États-Unis, Otan) »). Moins lisibles immédiatement que les précédents, ils font l’objet de plusieurs scénarios lucides et réalistes.

Dans un second chapitre, consacré aux « menaces et risques », le lecteur pourra constater que la question des ressource naturelles et, plus loin, l’environnement sont plus particulièrement pris en considération. L’adaptation des armées rejoint ainsi les réflexions menées par les stratégistes depuis de nombreuses années déjà. Menaces asymétriques, sanitaires, technologiques, questions politiques et démographiques sont également abordées. Cette approche transverse précède une approche par régions et croisant les facteurs précités.

Face à une analyse synthétique, c’est toutefois la définition des neufs modes d’engagement, dans un troisième chapitre, qui retiendra l’attention du lecteur. Fondé sur un « socle permanent » comprenant la dissuasion, la prévention et la protection (trois des 5 thèmes des Universités d’été de la Défense), ces engagements sont :

- la participation à des conflits armés, qui comprend deux options majeures : le conflit moyen
impliquant au maximum des moyens à hauteur de ceux définis par l’Union Européenne dans son Headline Goal et le conflit majeur, qui nécessite des moyens supérieurs à la limite du Headline Goal qui, « en tout état de cause, requerrait vraisemblablement un cadre multinational plus large que celui de la seule Union européenne (sur la base du positionnement relatif actuel de l’UE et de l’OTAN). Cette situation serait la plus contraignante pour les forces armées, en particulier dans le domaine du commandement si la France doit assumer le rôle de nation-cadre ».

- la lutte contre la prolifération, au sens large (« de telles opérations auront pour ambition première de sauvegarder nos intérêts nationaux face à la menace du moment ») et suivant les logiques de prévention et de coercition (incluant, c’est une nouveauté à ce niveau, des « frappes préemptives »).

- la lutte contre le terrorisme, sur le territoire ou à l’extérieur, auquel cas les forces pourraient être engagées « préventivement ».

- la participation à la défense des intérêts économiques « de la France et de l’Union Européenne » et ce, « en défendant, ou en rétablissant, la liberté de circulation, voire l’accès aux ressources, dans les domaines terrestre, maritime et aérien. Il convient également d’assurer la liberté d’accès à l’espace ».

- la protection des ressortissants.

- le rétablissement/maintien de la paix « sous résolution des Nations unies dans un cadre d’interposition ou d’observation, ou, si la crise a déjà éclaté, dans un cadre d’imposition de la paix ».

- les missions de service public de circonstance, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou technologiques, d’actions de maintien de l’ordre, de prises d’otages « massives » ou de lutte contre les pandémies.

- l’assistance civilo-militaire hors-territoire national, destinées à favoriser la consolidation de l’Etat de droit.

- le secours d’urgence hors-territoire national, qui inclut également les opérations humanitaires en plus des missions de secours en cas de catastrophes naturelles et technologiques.

In fine, si la lecture du document montre une réelle prise en compte des réalités européennes dans le discours stratégique français, il montre également un durcissement des positions de Paris à l’égard des questions considérées comme en têtes des agendas stratégiques contemporains : les luttes contre les armes de destruction massive et le terrorisme. Si, à cet égard, certains ne manqueront pas d’invoquer une certaine « américanisation » de la posture française – en particulier dans son rapport aux frappes préemptives – force est néanmoins de constater que l’ensemble est développé dans le cadre, cohérent et défensif, du triptyque « dissuasion – prévention – protection ».

Le Technologie & Armement n°7 est paru


Au sommaire :

Editorial
News

Points de vue

Le renouveau des relations transatlantiques
Par Joseph R. Cerami, professeur à la George H. W. Bush School of Government and Public Service, Université A&M du Texas

Innovations stratégiques et innovations technologiques : la symbiose inaboutie ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Mer

Quel dimensionnement pour la Marine nationale ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Le second porte-avions bientôt sur cale ?
Entretien avec Alex Fabarez, Président de MOPA2 et Georges Joab, directeur du projet PA2

Le programme de missiles de croisière indonésien
Par J. Eli Margolis, Université de Georgetown, M.A., Programme d’Études en Sécurité à la Edmund A. Walsh Scholl of Foreign Service de Washington

Exocet Block3 : un missile antinavires polyvalent
Interview de Guy de Beaucorps, conseiller Marine de MBDA

La bonne solution danoise pour optimiser une flotte de taille réduite ? Des bâtiments multimissions modulables
Par Jean-Louis Promé, journaliste spécialiste des questions de Défense

Air

Bourget 2007 : quelles nouveautés ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI, et Véronique Sartini, journaliste

Hermes 900 : un nouveau MALE est-il né ?
Entretien avec Ofer Ben-Dov, directeur des programmes UAV, Elbit Systems

Et le E-2D ?
Entretien avec Chuck Micaleff, responsable du développement commercial, Northrop Grumman AEW Future Systems

UV Conference 2007 : Drones, quelles évolutions en perspective ?
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI, et Véronique Sartini, journaliste

Le futur du SIDM
Entretien avec le LCL Cyril Carcy, commandant l'escadron d'expérimentation du SIDM

Hélicoptères et drones : quelle synergie ?
Entretien avec le général Jean-Claude Allard, COMALAT

MALE et SIDM
Entretien avec le général Jean-Paul Paloméros, major-général de l'armée de l'Air

R&D : Aerovironement toujours en bonne forme
Entretien avec Martin B. Cowley, marketing manager, Aerovironment

Terre

Leçons opérationnelles du génie de combat israélien
Par le colonel David Eshel (IDF, Ret.)

Surveillance : voir intelligemment
Par Philippe Langloit, chargé de recherche au CAPRI

Aux origines des échecs du Stryker
Par Joseph Henrotin, chargé de recherche au CAPRI

Bientôt un VBCI britannique ?
Questions à Pierre Roux, directeur du domaine Infanterie, NEXTER
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Le magazine est disponible en kiosque et chez les libraires dans 42 pays et peut également être acheté ici.

lundi 13 août 2007

Nouvel attentat au Maroc

Un kamikaze s'est fait explosé à Meknes aujourd'hui, sans causer de morts chez les civils. Si les terroristes marocains sont considérés comme médiocres et les services locaux plutôt efficaces, combien de temps va-t-il falloir pour voir la contre-adaptation - un processus historiquement quasi-systématique en terrorisme - de l'adversaire ?

Université d'été de la Défense 07

En cette période de questionnements sur le futur Livre blanc et sur la programmation des futures acquisitions des forces, on comprendra que le fait de faire sérieusement le point sur la question en réunissant parlementaires et hommes politiques, experts, industriels et militaires s'avère utile. Cette Université d'été de la Défense est même un exercice annuel dont les thèmes de cette année seront la défense spatiale, la dissuasion, la protection, la projection et la prévention.

DSI étant partenaire de l'événement depuis 2006 - mon patron, Alexis Bautzmann, sera chargé d'animer un des ateliers - la rédaction est en train de mettre la dernière main au second hors-série de DSI, qui peut déjà être pré-commandé (il sera également disponible en kiosque) ici.

5 sur 5

285 millions de dollars : c'est le coût du nouveau cutter (frégate) destiné à l'US Coast Guard. Avec 4 300 tonnes de déplacement, les National Security Cutter dont l'exemplaire commandé sera le 3ème sont partie intégrante d'un programme Deepwater particulièrement critiqué pour sa gestion (Cf. T&A n°5).

Les 2 premiers Typhoons aptes aux missions air-sol (Block5) ont été livrés à la RAF. Cette capacité est toutefois qualifiée d'initiale et limitée à des bombes guidées laser.

Un deuxième escadron de F-22 a été formé en Alaska. Par ailleurs, le carburant synthétique testé l'an passé sur un B-52 a été certifié sur ce type d'appareil. D'ici 2011, l'USAF ambitionne d'utiliser un mélange de carburant synthétique et de JP-8 sur l'ensemble de ses appareils. D'ici là, le prochain appareil à être certifié sera le C-17.

Le Maroc a demandé au Etats-Unis la fourniture de 60 automoteurs d'artillerie de 155mm M-109A5 et 30 Humvees via le système des Foreign Military Sales, la demande devant toujours être approuvée par le Congrès. Notons que la Belgique a récemment revendu quelques-uns de ses M-109 au Maroc. On notera par ailleurs que les discussions sur le Sahara Occidental se sont conclues sur un échec.

Le président chinois Hu Jintao a récemment indiqué au cours des cérémonies célébrant le 80ème anniversaire de l'APL que le budget militaire chinois allait connaître une augmentation. Selon des analystes de la RAND corporation, ce budget est déjà le second au monde, derrière les Etats-Unis.

jeudi 9 août 2007

Du côté des lectures (4)

La Russie se trouve au coeur de l'actualité. Après la question de la prise de contrôle du Pôle Nord, celle du missile tiré sur la Géorgie, celle de la semi-réhabilitation du communisme par V. Poutine, celle du reciblage de l'Europe par les missiles russes se pose également celle de la sortie de la Russie du traité FCE. Alain De Neve vient, à cet égard, de produire une note - inaugurant par ailleurs les notes d'analyses du RMES - permettant de remettre les choses en perspective. A lire ici.

mercredi 8 août 2007

Barack Obama : les vrais champs de bataille sont "L'Afghanistan et le Pakistan"

Je viens de repiquer éhontément un post de David Axe qui a lu de façon plus approfondie que moi un discours de B. Obama, candidat démocrate potentiel à la présidence US et qui entend recadrer les engagements US vers des zones de batailles plus importantes que l'Irak... et qui inclut le Pakistan, qui n'a naturellement pas aimé :

"It is time to turn the page. When I am President, we will wage the war that has to be won, with a comprehensive strategy with five elements: getting out of Iraq and on to the right battlefield in Afghanistan and Pakistan; developing the capabilities and partnerships we need to take out the terrorists and the world’s most deadly weapons; engaging the world to dry up support for terror and extremism; restoring our values; and securing a more resilient homeland.
The first step must be getting off the wrong battlefield in Iraq, and taking the fight to the terrorists in Afghanistan and Pakistan.

I introduced a plan in January that would have already started bringing our troops out of Iraq, with a goal of removing all combat brigades by March 31, 2008. If the President continues to veto this plan, then ending this war will be my first priority when I take office".

Quant à la réaction pakistanaise, selon l'Associated Press:

“It’s a very irresponsible statement, that’s all I can say,” Pakistan’s Foreign Minister Khusheed Kasuri told AP Television News. “As the election campaign in America is heating up we would not like American candidates to fight their elections and contest elections at our expense.”
Sure, Barack’s statement is deliberate campaign move, but is he wrong that Pakistan is the major source of terror in the world? Not according to the Afghan ambassador to the U.S. … and the Council on Foreign Relations:

Despite its government’s cooperation with the United States, Pakistan is home to many Islamist extremists, some with links to al-Qaeda and other terrorist groups. Militants have conducted several terrorist attacks on Americans and other Westerners in Pakistan since September 11, including the abduction and murder of Daniel Pearl and the June 2002 car bombing of the U.S. consulate in Karachi, which killed twelve Pakistanis. Thanks to shared Islamist sympathies and ethnic ties, some Pakistanis have also helped Taliban and al-Qaeda fighters fleeing from Afghanistan take refuge throughout Pakistan.

mardi 7 août 2007

De passage en République Tchèque... (2)

Déjà le dernier jour des vacances et un petit passage par le quartier Zizkov pour visiter le musée de l'armée. Un autre musée d'histoire militaire existe au Palais Schwarzenberg, près du château de Prague, mais il était fermé pour restauration.

Les collections (1ere et 2eme GM) sont bien plus admirables que ne le laissaient penser mes guides et si le musée est difficile d'accès (et pas très joli : dans le plus pur style "renaissance néo-stalinienne"), le déplacement vaut le coup. Relativement peu de matériels mais un très grand nombre de documents dont un bon nombre, dans la partie "1ère guerre"... en français. La légion tchécoslovaque, embryon de l'armée tchèque post-1918 a en effet été formée dans les rangs français et l'on retrouve même des lettres, en français, entre les Présidents se congratulant mutuellement.

Reste toutefois que le français a beaucoup perdu de son influence. Si Prague voulait être le Paris de l'outre-Alsace - avec un réel succès - dans les années 30 (nombre de cafés, boutiques et deventures le rappelant toujours aujourd'hui), les accords de Munich ont laissé un souvenir pour le moins amer. Dans les salles du musée, la Grande-Bretagne et les as tchécoslovaques de la RAF ont sans doute remplacé dans le coeur des Praguois la France et Paris. Sans doute une autre clé pour la compréhension de la politique pro-atlantiste tchèque.

Notons aussi qu'à la fin de la section musée consacrée à la Seconde Guerre, vous tombez nez à nez avec deux mannequins représentant des soldats tchèques contemporains, l'un en tenue "OIF", l'autre en tenue "Centre-Europe". La période communiste a tout bonnement été gommée (si elle a un jour existé), seul un T-34 sur le perron du musée rappelle que les troupes de Moscou ont libéré la ville en 45 (les résistants locaux comme le PC, qui avaient déclenché une insurrection, ayant été "sermonés" pour ne pas avoir laissé l'armée Rouge libérer à elle seule la ville).

Vu sur une carte de restaurant...

...à la rubrique "breakfast" : "Et pour accompagner votre Pilsner, une côte de porc ?"

On ne rigole pas avec les calories ici ;o)

lundi 6 août 2007

De passage en République Tchèque...

Un pays étonnant, extrêmement dynamique, où les indépendants travaillent de 10h à 23h (ce qui n'a par ailleurs pas l'air de déplaire aux syndicats), d'une grande propreté (à faire rougir Bruxelles et où pourtant il y a à peine plus de poubelles) et où la principale composante du patriotisme est un attachement extrêmement fort au patrimoine.

Le pays présente de grande similitudes avec la Belgique : petit, sorte d'accident de l'histoire (formellement, la Tchécoslovaquie remonte aux 14 points de Wilson) mais où l'histoire ne commence pas avec sa création, ayant connu nombre d'invasions (on a partagé quelques voisins et moins voisins envahissants) et... où la bière est une boisson quasi-sacrée.

Au-delà, le chemin pris est radicalement différent : le business est roi. Et plus il prospère, plus prospèrent les arts et les sciences, surtout s'ils permettent d'attirer touristes et investissements. Etre artiste en Tchéquie, c'est avoir un vrai statut. J'étais déjà venu à Prague en 2001 et le changement est spectaculaire. Les chantiers de rénovation se sont multipliés, d'autres se sont achevés. Le niveau de vie s'est considérablement amélioré, les services à la population aussi.

Tout, bien entendu, n'est pas rose. On voit des SDF (moins cependant qu'à Bruxelles et on ne semble pas les chasser, ici) et être retraité ne doit pas être rose tous les jours. Récupérer de 40 ans d'occupation communiste - c'est ainsi que ça a été vécu, ici - est loin d'être évident. Des années d'ailleurs marquées par de petits actes de résistances mais ayant produit leurs effets : la propreté comme acte de résistance face à des soviétiques assez unanimement considérés comme sales (un réflexe identique a existé en Pologne) ; des rénovations d'églises ; des livres mis à l'abris... et, bien sûr, Jan Palach.

Je me souviens, à cet égard, de longues conversations à l'Université : à choisir, faut-il choisir le joug nazi ou communiste ? La plupart des gens optaient pour la seconde option, d'autres ne se prononcaient pas, estimant sans doute la situation comme bien trop hypopthétique. J'avais opté pour une 3ème : combattre, fuir ou, au pire, se suicider - dans tous les cas de figure, choisir la liberté (réponse traditionnelle, "oui, d'accord, mais si tu ne le peux pas ?"...). C'est ce qu'avait fait Palach. Le musée du communisme nous apprendra que le taux de suicide durant le Printemps de Prague de 68 avait dramatiquement augmenté. Palach avait toutefois laissé un mot : en substance, ne faites pas comme moi, résistez.

Le souvenir du "printemps" reste vivace - celui des nazis à laissé un tout aussi mauvais goût - ce qui explique sans doute que les Russes restent vraiment très mal vus. Ce qui explique aussi la grande bannière "oui aux radars et aux missiles" sur un bâtiment juste en face du ministère des AE. Et l'Europe dans tout cela ? Les Tchèques ont trop de conscience historique (si l'on peut s'exprimer ainsi). Et tant que l'Europe ne sera pas une puissance, elle ne sera, pour eux, qu'un projet en devenir donc, non opérationnel si ce n'est du point de vue économique et juridique.

Il y a une autre chose que partagent Belges et Tchèques : un surréalisme doublé d'une politique pragmatique. Les Tchèques savent que l'Europe est virtuellement puissante (les rayons d'études stratégiques des libraires tchèques sont très bien garnis, les lecteurs ne manquant pas). En attendant, leur puissance est économique et culturelle - le nombre de livres en tchèque est... ahurissant et le secteur d'un dynamisme extrême - autant de choses que la Belgique perd peu à peu...

mercredi 1 août 2007

Manipulations Inc. (3)

Lorsqu'un journaliste ou un analyste tente d'éclairer une situation, il a naturellement tendance à présenter son analyse comme une vérité. Or, il ne s'agit bien souvent que d'hypothèse. Bien malin serait celui qui a, alors qu'un événement vient de se produire, toutes les opinions, tous les documents nécessaires à une approche relativement objective de la réalité.

Le Réseau Voltaire vient de nous fournir une belle illustration de cet axiome. Après avoir "démonté" un article du Figaro sur l'allongement et le durcissement du service militaire en Iran (qui est une réalité), le réseau indique :

"Au demeurant, la présentation des faits eux-mêmes par Le Figaro est fallacieuse : les États-Unis n’ont pas décidé d’armer les monarchies du Golfe contre l’Iran et Israël n’a pas décidé de fermer les yeux face à l’ennemi commun. De son côté, de manière tout aussi biaisée, le département d’État parle dans un communiqué plus généralement de « contrer les influences négatives d’Al-Qaïda, du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran ».

En réalité, les États-Unis ont accordé gratuitement 30 milliards de dollars d’armement à Israël sur 10 ans pour prendre sa revanche contre le Liban et la Syrie. Simultanément, ils ont vendu pour 20 milliards de dollars d’armement à 5 États du Golfe à titre de garantie que l’armement livré à Tsahal ne serait pas utilisé contre eux. À quoi devrait s’ajouter le renouvellement d’accords d’assistance militaire avec l’Égypte pour 10 milliards de dollars environ de manière à équilibrer le tout".

Sous-entendu, vous n'avez pas la vérité, elle nous appartient. L'opération "manip" utilise là aussi un vieux truc : comparer des choses non comparables en faisant passer une pillule méthodologique amère avec une dose de sirop idéologique. Les évolutions que connait le service militaire iranien sont une réalité. Les analyses sur les finalités des contrats - y compris les miennes - sont autant d'hypothèses variablement démontrées/étayées.

Pour ce qui concerne le Réseau, l'analyse ne saurait tenir la route : les 30 milliards constituent une augmentation par rapport à ce qui était déjà donné par le passé, ils ne sont en rien un "extra" (sauf pour l'augmentation annuelle de 600 millions, bien entendu). Au demeurant, à supposer que cet argent soit utilisé pour des achats revenchards d'armements, ces derniers ne seront pas disponibles du jour au lendemain. Prétendre le contraire relève au mieux de la mauvaise foi, au pire d'une méconnaissance patente de l'histoire comme des mécanismes de vente d'armes.

On y ajoutera que le problème militaire israélien aujourd'hui n'est pas matériel mais relève du leadership, de la doctrine, de la tactique, de la préparation et du moral. Autant de choses qui ne relèvent que peu du domaine financier et que souligne parfaitement le rapport intermédiaire de la Commission Winograd. Les dernières manoeuvres israéliennes sur le Golan, très médiatisées, ne suffiront en aucun cas à remettre Tsahal d'aplomb à court terme. Ceci dit, c'est également vrai que certains en Israël aimeraient prendre une revanche. Mais confondre cette frange avec l'ensemble du pays, c'est faire une mauvaise rédaction d'élève du secondaire rêvant désepérément d'entrer dans une école de journalisme.

En fait, le rôle de l'Iran en regard du Hezbollah est totalement zappé. Tenir des propos négationnistes et menacer un pays d'anéantissement seraient-ils autant de mesures d'appaisement comparativement à des achats d'armement ? Aucun de ces faits ne devraient être niés dès lors que l'on prétend donner une information la plus objective possible.

Voltaire se présente comme non-alligné. Vraiment sûr ?

Démystifier les guérillas

Les guérillas sont des phénomènes complexes mais pas systématiquement victorieux. A la suite des réflexions de Gérard Chaliand ("Voyage dans 40 ans de guérillas"), c'est est le sens de ce billet de Laurent Henninger chez nos confrères de la Revue Militaire Suisse.

Mais sachant la relative incapacité de nos forces à les contrer ou plus généralement nos difficultés à transformer les victoires militaires en victoires politiques, faut-il attendre de les laisser s'essoufler, tout en effondrant les Etats auxquelles elles s'attaquent ?

Cher, le JSF...

Lockheed Martin Corp., Lockheed Martin Aeronautics Co., Fort Worth, Texas, is being awarded an estimated $2,440,000,000 advance acquisition contract for long lead components, parts, and materials associated with the Lot 2 Low Rate Initial Production (LRIP II) of six F-35 Joint Strike Fighter Conventional Take-Off and Landing (CTOL) for the U.S. Air Force and six Short Take-off and Vertical Landing Air Systems for the U.S. Marine Corp. In addition, the contract provides for associated ancillary mission equipment, sustainment support, special tooling/special test equipment and technical/financial data.

Le GAO estime le coût fly away d'un appareil de production à plus de 92 millions de dollars. Très, très cher comparativement aux options européennes...

La Russie veut s'agrandir

Expédition polaire pour deux sous-marins russes avec pour objectif d'augmenter la ZEE russe.

mardi 31 juillet 2007

20 milliards d'armements pour l'Arabie saoudite (2)

Juste quelques observations sur ladite vente qui remplit des fonctions complexes dans la politique internationale US :

- On se sait toujours pas quels sont les armements concernés. Le LCS pourrait l'être - malgré ses déboires - Ryad ayant été intéressée par le concept.

- Fondamentalement, il s'agit de rassurer Ryad face à l'Iran dans le contexte de la conclusion d'un accord sur le nucléaire civil avec 6 autres Etats dont l'Algérie, les Emirats et l'Egypte (je pense que ses détails sont explicités dans le DSI n°21 ou 22, de même que les conceptions saoudiennes en matière de dissuasion). Ryad renforcerait ainsi sa dissuasion classique mais la littérature fait aussi état de l'incapacité de l'Arabie à utiliser correctement son matériel. Un article faisait ainsi état de ce que l'armée de terre saoudienne était incapable de manoeuvrer au niveau brigade.

- Ensuite, il s'agit de faire pression sur Ryad en regard de son rôle dans les affaires irakienne et de Nahr el-Bared (Cf. les différentes éditions de DSI) en l'invitant à "calmer" son jeu. Ryad reste obsédée par la montée en puissance iranienne et a effectué ces mouvements afin de contrer la stratégie d’influence de Téhéran.

- Il s'agit aussi de s'appuyer plus que par le passé sur l'Arabie saoudite : Ryad et le Pakistan entretiennent des relations solides. Or, le Pakistan est le centre de gravité géographique des opérations talibanes en Afghanistan. La situation sur place est également extrêmement préoccupante. Il s'agit aussi de favoriser un règlement rapide de la situation irakienne en y associant un peu plus Ryad mais cette fois d'un point de vue politique.

- Sur un plan plus hypothétique, la manoeuvre d'armement de l'Arabie saoudite pourrait également correspondre à une volonté de contrer/dissuader l'Iran dans une optique où une attaque israélienne sur les centres nucléaires iraniens – qui reste non seulement une possibilité et est faisable (Cf. l’étude du MIT, DSI n°28) – générerait une riposte dure de la part de Téhéran. La possibilité que l’Iran mine une partie du Golfe ou bloque le détroit d’Ormuz est bien réelle.

- Les questions israéliennes et égyptiennes sont annexes. Israël a toujours demandé une augmentation de son aide militaire lorsque l’Arabie en bénéficiait et une augmentation des dons américains de 600 millions de dollars l’an, si elle est significative, est néanmoins anecdotique (elle bénéficiera en outre aux industries US). Pour ce qui concerne l’Egypte, ce rééquilibrage face à Israël est automatique en fonction des accords de Camp David.

- Enfin, la vente permet de conforter les positions des industries US face à leurs concurrentes européennes.

lundi 30 juillet 2007

20 milliards d'armements pour l'Arabie saoudite

Ledit contrat fait du bruit et est le révélateur de la complexité du Moyen Orient. Plus qu'une accélération d'une hypothétique course aux armements dans la zone - d'un point de vue conventionnel, l'Iran est franchement à la traîne, quelles que puissent être ses démonstrations - ce contrat montre surtout que Washington attend beaucoup de Ryad (envers l'Irak, le Liban, l'Iran et le Pakistan) et lui donne des gages à plusieurs égards... qui redeviendrait un pivot dans sa politique moyen-orientale. Mais le pivot n'est guère contrôllable : 40% des "étrangers" opérant en Irak sont saoudiens...

Il fait aussi oublier que la France a elle aussi reçu des commandes - des rumeurs entourent Eurocopter et les 76 Caesar vendus par Nexter - dans la mesure où l'Arabie saoudite a toujours eu une politique de diversification de ses approvisionnements. Il montre surtout l'état de tension dans lequel Ryad est face à Téhéran.

C'est l'hypothèse que j'ai défendue tantôt face au correspondant à Bruxelles de l'AFP et que je défenderai demain à 08.15 sur RMC. Plus de développements sur ladite radio demain !

samedi 28 juillet 2007

La guerre d'Irak, vue de l'intérieur

Nous autres académiques avons l'habitude d'examiner les choses sous un angle global. C'est évidemment la meilleure façon de parvenir à l'essence de nos objets et à leur théorisation mais il est vrai qu'une telle méthode peut nous couper des réalités.

A cet égard, le blog du directeur de la Bibliothèque nationale irakienne est très intéressant. Saad Eskander bataille en permanence pour sauver ses livres. Et comme les livres sont l'espace d'inscription des deux choses les plus précieuses qui soient - la vie et la liberté - ses réflexions et son quotidien méritent un petit détour.

Londres veut un C-17 en plus...

...et porter leur nombre total à 6. Au moment où la fermeture de la chaîne de montage des C-17 est évoquée, avouons que la déclaration tombe à point pour Boeing.

L'Espagne renforce ses capacités ISR spatiales

Le ministère espagnol de la défense a donné son aval au développement, financement, lancement et aux opérations conjointes avec le ministère de l'industrie de deux satellites à usage dual :

- Ingenio, with optical sensors, will be managed by the Center for Technological and Industrial Development (CDTI, a state-owned commercial enterprise managed by the Ministry of Industry) within the framework of Spain’s contribution to the European Space Agency of the Space (ESA). This will be primarily geared to civil missions, but its images will also be available for defense and security applications, as required;

- Paz, with radar sensors, will be managed by the Ministry of Defense. This satellite’s higher resolution will be better suited to military requirements, although it also will be dual-capable, and available for civilian use.

Le développement des capacités spatiales européennes tend à prendre de l'ampleur (pour un état de l'art de la question, Cf. l'article d'Alain De Neve dans T&A n°1). Reste cependant que le manque de coordination à l'échelle européenne est source d'un inutile gaspillage.

De "petits" Etats tels que les Pays-Bas ou le Danemark reçoivent des informations de façon éparses mais ne contribuent guère au financement de programmes coûteux (325 millions d'euros pour les satellites espagnols), tandis que les "grands" Etats mettant en oeuvre ces engins s'appauvrissent alors même qu'ils sont aussi plus naturellement engagés dans de grands programmes d'armement et dans de nombreuses opérations... qui exigent en retour plus de systèmes ISR. Or, les modalités actuelles ne permettent pas de dégager les marges nécessaires à la disposition de systèmes plus perfectionnés.

Le Cosmo/Skymed italien, par exemple, aura une résolution à peine meilleure que celle des images pouvant être achetées à des firmes commerciales. Que la Slovénie, le Portugal et l'Autriche aient contribué et l'investissement aurait pu être plus rentable en termes qualitatifs. Certes me dira-t-on, Cosmo/Skymed est à usage dual et répond à un cahier des charges spécifique (mais jusqu'où les cahiers des charges sont-ils déterminés non par les besoins mais bien par les disponibilités financières ?).

Fondamentalement, de ce point de vue, l'on peut se demander si les Etats européens ne renâclent pas, du point de vue de la mise en avant de la dualité de leurs matériels (notons que c'est également une façon de faire des économies), à reconnaître la vocation politico-militaire de leurs engins.

Baptiser « paix » un satellite SAR qui aidera au ciblage de missiles de croisières, de ce point de vue, montre soit un certain cynisme soit une assimilation des concepts de la dissuasion. Mais l’on peut aussi se demander si ce n’est pas là une façon de rassurer les opinions publiques, un réflexe qui participe également (avec la question britannique) du discours faisant de Galileo un instrument théoriquement civil.

vendredi 27 juillet 2007

Manipulations Inc. (2)

Je dois avouer mon étonnement après le visionnage de cette vidéo : soit il y a eu clairement manipulation des images comme des paroles (la mouvance "Le 11 septembre a été organisé par les Américains eux-mêmes" n'en étant pas à cela près), soit il va peut être y avoir comme un léger problème dans les relations franco-américaines.

Par ailleurs, madame la Ministre, si je puis me permettre et sans être élitiste, ce que vous appelez "les masses" n'a pas toujours eu raison. Entre Nuremberg et autres rassemblements nazis où lesdites masses tendaient le bras et la révolution culturelle chinoise, le "nombre mobilisé et marchant au même pas" a toujours été instrumentalisé pour légitimer des poussées totalitaires.

Ce type de manipulation, fondée sur l'induction - jamais totalement avouée - d'une légimité à travers les chiffres est certes un classique des écoles de marketing et de la psychologie sociale mais est surtout un des traits distinctif des nouvelles approches en PSYOPS, fondées sur les sites web et autres blogs. En générant de l'audience (artificiellement le cas échéant, la plupart des compteurs en ligne pouvant être aisément manipulables) on pousse le récepteur à penser qu'il ne peut avoir tort en visitant ledit site. Dans le même temps, le récepteur s'identifiera plus spécifiquement à un groupe social - un type de réflexe favorisé dans les périodes d'incertitude et qui marche particulièrement bien entre Israël et la Palestine, des deux côtés d'ailleurs.

Reste ensuite à faire passer le message, ce qui se fera d'autant mieux pour Thierry Meyssan et Cie. dès lors que l'incertitude contextuelle est propice aux théories du complot mais aussi, plus généralement, aux prises de position dépourvues de toute nuance.

Athéna et moi en mode dégradé

Depuis aujourd'hui 14 heures, je suis officiellement en vacances et ce jusqu'au 16 août. Un retour au pays demain matin et une jubilatoire suite de barbecues sans compter un petit saut à Prague m'attendent.

Ce qui signifie aussi que les mises à jour ce blog ne seront sans doute plus aussi régulières durant les prochains jours.

C'est cependant pour revenir en pleine forme... et vous livrer le prochain Technologie & Armement.Il comptera notamment un article sur les missiles de croisière indonésiens, un entretien avec les responsables du projet PA2, des articles et des interviews sur le concept Stanflex, les secrets d'un Exocet Block3 à présent apte à la frappe terrestre, ceux du SIDM, une analyse des retours d'expérience du Stryker, celle des tactiques et technologies utilisées par les unités du génie de Tsahal, un entretien sur le VBCI et quelques autres articles.

Un premier prototype de blended wing a volé

On parle des "blended wings" depuis maintenant quelques années. Permettant d'améliorer l'aérodynamique et la consommation de carburant, cette formule très particulière permettrait à terme d'emporter du cargo ou des passagers dans les ailes elles-mêmes. C'est dans ce cadre que vient de se produire le premier vol du X-48B. Boeing ne voit pas d'applications commerciales immédiates mais la branche défense semble intéressée par le concept.

Japon : un chasseur de 5ème génération ?

Désirant acheter des F-22, le Japon semble avoir été particulièrement aigrit de constater que la recommandation du commandant du PACOM américain n'allait pas en ce sens (on notera par ailleurs que tous les verrous juridiques limitant la possibilité de vente de l'appareil ont été levés par le législateur américain).

Dans ce cadre, Tokyo a menacé de développer son propre chasseur. Si l'effort financier qu'une telle démarche impliquerait serait considérable, le TRDI japonais a déjà dans ses cartons un démonstrateur aux formes assez futuristes, dont nous avions présenté la maquette dans le n°25 de DSI (avril) et dont 4 prototypes devraient - sauf improbable coupe budgétaire - être construits.

Somalie : vers la techno-guérilla ?

Cela fait maintenant plus d'un an que DSI suit l'affaire somalienne. En particulier, nous avions été les premiers à traiter du sujet sous l'angle stratégique, dans notre numéro d'avril. L'une des conclusions du dossier était que, sur le fond, l'effondrement rapide des Tribunaux islamiques ne réglait pas le problème de fond. Par ailleurs, plutôt que d'effondrement, mieux vaut-il parler de dispersion.

Et, de fait, les unités de l'UA avaient été accueillies à coups de tirs de mortiers, les opérations se poursuivant en suivant des rythmes déphasés et chaotiques. A cet égard, un nouveau rapport des Nations Unies montre que cet effondrement quasi-perpétuel de l’Etat somalien est assez largement nourri pas des ingérences étrangères. Il y avait, certes, eu le « blitzkrieg éthiopien » du début 2007 mais également des livraisons d’armes de divers acteurs dont l’Erythrée, qui s’est empressée de nier.

En réalité, selon le rapport, la Somalie n’aurait jamais eu autant d’armes sur son sol que maintenant. Des photos et une vidéo montrant des SA-18 ont ainsi été présentées. Un appareil ukrainien, touché, a ainsi dû faire un atterrissage d’urgence à Mogadiscio. Au moins 6 de ces missiles auraient été livrés aux Tribunaux islamiques. Au moins 13 rotations au départ d’Asmara d’un B-707 ghanéen ont également été rapportées.

Se prépare-t-on à voir émerger, dans les prochains mois, une structure de combat hybride, entre guérilla classique et techno-guérilla ?

jeudi 26 juillet 2007

L'empire contre-attaque ?

Faisant face à des difficultés budgétaires mais aussi à des critiques concernant l'aptitude à soutenir des opérations très consommatrices en hommes voire à des manquements tels que la non-fourniture des munitions des canons de ses Typhoons, la Grande-Bretagne va connaître une évolution assez radicale de son budget de défense.

Ainsi, le budget de défense va être augmenté de 7,7 milliards de livres durant les 3 prochaines années.

Dans ce cadre, le feu vert a été donné à la construction des deux CVF - une donnée importante pour la poursuite du PA2 français. Les officiels ont toutefois exclus qu'une partie de la coque des bâtiments britanniques puissent être construite en France. Par contre, des éléments des îlots pourraient être construits en France.

3,9 milliards de Livres vont être affectées à la construction des deux navires. En outre, les bases de Plymouth, Portsmouth et Faslane resteront opérationnelles (il avait été question d'en fermer une).

Le VBCI shortlisté pour le FRES : précisions

Nos lecteurs auront remarqué que nous indiquions dans le DSI 28 que le VBCI de Nexter était shortlisté dans le cadre du programme FRES britannique, avec l'Artec Boxer et le Mowag Piranha (nous avions alors indiqué le "III").

A ce moment - la brève a été écrite avant le 10 juin sur base d'informations reçues et avant que la nouvelle ne soit rendue publique - nous ne disposions pas encore de tous les éléments du dossier, préférant informer au plus vite nos lecteurs. Nous disposons maintenant de plus d'informations :

-1- Le transport en C-130J (Londres en avait acquis 25 exemplaires, justemment et notamment en prévision de l'acquisition du FRES "première version"), condition sine qua non de la précédente version du cahier des charges britannique, n'est à présent plus requis. C'est cette fois l'aérotransport en A400M qui conditionne partiellement le choix final britannique ;

-2- Le shortlisting des 3 engins se produit en regard du volet "utility vehicle" et non au regard d'autres volets impliquant par exemple une capacité de feu directe, même si l'utilisation de véhicules modifiés dans ce cadre n'est pas exclue pour l'heure par Londres. Pierre Roux aborde ainsi dans le prochain T&A la question de l'adaptabilité du VBCI.

-3- Il ne s'agissait pas du Piranha III mais bien du 4+ ou du 5.

Boxer et VBCI ne sont plus désavantagés par leur non-aérotransportabilité en C-130J. Reste néanmoins que la variable "perceptions/nationalismes" une constante plus importante en analyse militaire que la qualité des matériels à proprement parler n'est pas toujours déterminante. A cet égard, certains en Grande-Bretagne ont toujours un biais contre les matériels français. Ce qui ne nous empêche pas de souhaiter que le meilleur gagne ;o)

La Belgique, premier non-Etat (3)

J'ai reçu ce matin un commentaire que je crois utile de placer en exergue et auquel je me permettrai ensuite de répondre :

"C'est avec attention que j 'ai pu prendre connaissance des réactions et de la thèse développées sur votre blog ayant trait au "non-Etat" pour ce qui concerne la Belgique. Parlementaire francophone belge entamant ma seconde législature au parlement fédéral, il est certain que si je peux ressentir un fossé grandissant entre la classe politique flamande et francophone hormis pour quelques exceptions, la bourde de monsieur Leterme, premier ministre belge "en devenir", a pu souligner de profondes différences également dans les réactions des opinions publiques francophones et néerlandophones. Et ceci me semble plus fondamental. Côté francophone, on ne trouve pas d'excuses à monsieur Leterme pour avoir confondu "Brabançonne" et "Marseillaise", sinon à reconnaître que les paroles de ces deux hymnes sont en français. On dira dans l'opinion publique et médiatique flamande que c'est sans doute une faute mais que les francophones "exagèrent vraiment" en montant en épingle ce pseudo-événement au point d'en faire une affaire d'Etat. Le peuple semble divisé. Là, où bon nombre de francophones diront ou écriront que partout ailleurs dans le monde, un futur premier ministre commettant pareille bévue serait sommé "d'aller se rhabiller", les néerlandophones feront le gros dos et ironiseront plutôt… le peuple belge n'est pas uni sur la question, on ne parvient même pas à s'accorder sur l'idée que le café matinal de Leterme devrait être plus corsé. A défaut d'une grande culture, cela pourrait lui rendre ses réflexes…

Il n'en demeure pas moins que l'information a fait le tour du monde, ou à peu près. Dans toutes les langues, on a bien ri. Les belges, au delà de la France ont bien fait rire, il n'est pas loin le temps où les blagues belges ne seront plus uniquement racontées par des français. Mais le Belge s'en fiche de faire rire sur son nom. Et cela fait sans doute partie intégrante du problème ; pour être blessé par la moquerie, il faut être touché dans sa fierté.., le belge est-il suffisamment fier de l'être? Davantage les francophones sans doute, au vu de leurs réactions et qui dans un récent sondage n'expriment pas leur confiance à Monsieur Leterme, à l'inverse des flamands. La conclusion à porter à ce débat tient sans doute en quelques lignes. L'Etat devrait idéalement reposer sur un sentiment national fort et partagé, empreint de culture, d'histoire et de projets communs. A défaut, l'attachement aux symboles tel que celui sur lequel nous avons débattus ne tient plus. D'autres représentations collectives que l'Etat prennent alors naturellement le relais. S'est-on déjà interrogé sur le sens qui fait revendiquer, en masse, aux Belges leur identité et leur attachement à l'Union européenne. Compensent-t- ils affectivement? Et sans lien avec une autre représentation collective, le Belge sera-t-il plus empreint à revenir à une autre référence sans hymnes, sans tambours ni trompettes, peut-être plus individuelle, d'une autre grandeur. Denis DucarmeDéputé "


Je suis honoré de me voir ainsi lu.

Malheureusement, suis-je tenté de dire, la gaffe d'Yves Leterme n'a fait rire personne. Vu de France où je travaille, son comportement a plutôt suscité l'incrédulité, voire, à atterré commentateurs et citoyens. Nous sommes au-delà de la dernière blague belge. Mais, si je puis me permettre, je pense que toute cette affaire renvoie plus au symptôme d'un délitement en profondeur qu’à un épiphénomène – même si, évidemment, notre futur premier ministre devrait faire plus attention au dosage de son café.

Et de fait, je pense que sur ce que nous pourrions qualifier « d’effondrement des symboles identitaires » va sans doute générer d’autres modalités de socialisation. Celle de l’Etat n’est, après tout, qu’une parmi d’autres. Si elle peut être structurante des autres (que serait l’identité flamande s’il n’y avait eu la Belgique ? En retour, que serait l’identité wallonne s’il n’y avait eu l’identité flamande ? Paradoxalement, l’identité bruxelloise « zinneke », qui ne s’est pas construite par opposition, me semble tellement plus stable), elle pourrait n’être aussi que transitoire. L’Etat post-westphalien, en tant que forme d’organisation politique régulée et détenteur du monopole de la violence légitime, n’est, après tout, que post-westphalien. Or, des formes d’organisation politiques existaient bien avant 1648.

De ce point de vue, sans doute la Belgique devra-t-elle évoluer tôt ou tard vers une forme confédérative, où les compétences communes – affaires étrangères ou défense – ne seront guère là que pour créer des économies d’échelle ou permettre de garder un label « Belgique » qui reste très apprécié à l’étranger. Si l’on peut regretter cette évolution, on ne peut forcer des groupes sociaux à partager les mêmes valeurs, même si, sans doute, la sociologie flamande comme celle des identités est plus complexe qu’on tend à le faire croire. A cet égard, sans doute certains devront-ils comprendre qu’exister ne signifie pas s’opposer – un comportement très adolescent – et qu’il n’est nulle identité plus stable – et, dans un certain sens, plus forte - que celle qui accepte et qui s’ouvre à autrui, ne craignant pas de se mélanger.

La Belgique, premier non-Etat (3)

J'ai reçu ce matin un commentaire que je crois utile de placer en exergue et auquel je me permettrai ensuite de répondre :



"C'est avec attention que j 'ai pu prendre connaissance des réactions et de la thèse développées sur votre blog ayant trait au "non-Etat" pour ce qui concerne la Belgique.

Parlementaire francophone belge entamant ma seconde législature au parlement fédéral, il est certain que si je peux ressentir un fossé grandissant entre la classe politique flamande et francophone hormis pour quelques exceptions, la bourde de monsieur Leterme, premier ministre belge "en devenir", a pu souligner de profondes différences également dans les réactions des opinions publiques francophones et néerlandophones. Et ceci me semble plus fondamental. Côté francophone, on ne trouve pas d'excuses à monsieur Leterme pour avoir confondu "Brabançonne" et "Marseillaise", sinon à reconnaître que les paroles de ces deux hymnes sont en français. On dira dans l'opinion publique et médiatique flamande que c'est sans doute une faute mais que les francophones "exagèrent vraiment" en montant en épingle ce pseudo-événement au point d'en faire une affaire d'Etat. Le peuple semble divisé. Là, où bon nombre de francophone dira ou écrira que partout ailleurs dans le monde, un futur premier ministre commettant pareille bévue serait sommé "d'aller se rhabiller", les néerlandophones feront le gros dos et ironiseront plutôt.. le peuple belge n'est pas uni sur la question, on ne parvient même pas à s'accorder sur l'idée que le café matinal de Leterme devrait être plus corsé. A défaut d'une grande culture, cela pourrait lui rendre ses réflexes..


Il n'en demeure pas moins que l'information a fait le tour du monde, ou à peu près. Dans toutes les langues, on a bien ri. Les belges, au delà de la France ont bien fait rire, il n'est pas loin le temps où les blagues belges ne seront plus uniquement racontées par des français. Mais le belge s'en fiche de faire rire sur son nom. Et cela fait sans doute partie intégrante du problème ; pour être blesser par la moquerie, il faut être touché dans sa fierté.., le belge est-il suffisamment fier de l'être? Davantage les francophones sans doute, au vu de leurs réactions et qui dans un récent sondage n'expriment pas leur confiance à Monsieur Leterme, à l'inverse des flamands. La conclusion à porter à ce débat tient sans doute en quelques lignes. l'Etat devrait idéalement reposer sur un sentiment national fort et partagé, empreint de culture, d'histoire et de projets communs. A défaut, l'attachement aux symboles tel que celui sur lequel nous avons débattus ne tient plus. D'autres représentations collectives que l'Etat prennent alors naturellement le relais. S'est-on déjà interrogé sur le sens qui fait revendiquer, en masse, aux belges leur identité et leur attachement à l'Union européenne. Compensent-t- ils affectivement? Et sans lien avec une autre représentation collective, le belge sera-t-il plus empreint à revenir à une autre référence sans hymnes, sans tambours ni trompettes, peut-être plus individuelle, d'une autre grandeur.

Denis Ducarme
Député "





Monsieur le Député,



Malheureusement, suis-je tenté de dire, la gaffe d'Yves Leterme n'a fait rire personne. Vu de France où je travaille, son comportement a plutôt suscité l'incrédulité, voire, à atterré commentateurs et citoyens. Si je puis me permettre, je pense que toute cette affaire renvoie plus au symptome d'un délitement

De l'utilité de la théorie

Tout scientifique devrait lire et relire fréquemment Le savant et le politique, de Max Weber. En relisant mon exemplaire, je retombe sur la préface de Raymond Aron, qu'il me semble utile ici de citer :

"L'abandon ou la subordination de la recherche théorique serait non seulement fatale au progrès de la technique (...) mais aussi la première étape d'une abdication de la communauté scientifique, aliénant son autonomie" (Coll. "10-18/Bibliothèques", p.23)

mercredi 25 juillet 2007

4 sur 4

Le GAO américain estime que les 41 bâtiments de la Navy en cours de construction induisent un dépassement budgétaire de 4 milliards de dollars et que d'autres surcoûts sont attendus.

Le Pérou a offert aux Etats-Unis l'utilisation d'une base aérienne dans le cadre des opérations de lutte contre-narcotiques après que l'Equateur ait refusé la prolongation de la location de la base de Manta.

Un Rafale a apponté et a été catapulté sur le CVN-65.

Le chef d'état-major du Pacific Command s'est opposé à la vente de F-22 au Japon.

Des Rafale pour Khadafi ?

Je viens de recevoir un petit coup de fil d'une rédaction TV me demandant dans quelle mesure la libération des infirmières bulgares et du médecin d'origine palestinienne pourraient être liée à une vente potentielle de Rafale, en plus des "compensations" (460 millions d'euros européens, d'accords sur le nucléaire civil, d'accords d'échange d'étudiants, etc.).

Le journaliste posait ainsi une question qu'avait d'abord soulevé le Journal du Dimanche et qui avait ensuite été reprise un peu partout avant que Dassault ne démente formellement tout pourparler. On n'avait plus alors entendu parler de l'affaire.

Pour autant, est-ce que quelque chose serait en préparation ? Et bien, si c'est le cas nous n'en savons rien. Tâchons néanmoins de recadrer :

1) la France aimerait exporter le Rafale. Charles Edelstenne nous le confirmait en exclusivité début juin dans T&A, des pourparlers sont bien en cours avec le Maroc. La Suisse est également intéressée. L'Inde a fait réapparaître l'appareil dans le cadre de son MRCA. La Corée du Sud a rouvert l'appel d'offre qui avait précédemment donné lieu à une victoire du F-15E, devenu depuis lors le F-15K. Mais, pour l'heure, en termes de contrats signés, toujours rien.

2) La force aérienne libyenne aimerait disposer de nouveaux appareils - elle a souffert fortemment de l'embargo onusien de 92 - et elle a de fortes chances d'être solvable. Après l'abandon de son programme d'ADM, le règlement de la question de Lockerbie et du DC-10 d'UTA et, maintenant de la libération des infirmières et du médecin, la Libye est franchement plus fréquentable qu'à l'époque où les Jaguar veillaient sur la bande d'Aouzou et où l'armée de l'Air attaquait l'aérodrome, occupé par les Libyens, d'Ouadi-Doum. De ce point de vue, reconnaissons à Khadafi une qualité : c'est un fin tacticien.

3) Même si les relations entre Washington et Tripoli se sont réchauffées ces dernières années, sans doute ne le sont-elles pas suffisament que pour effectuer des achats aux Etats-Unis. La France est, de ce point de vue, est bien placée pour recueillir une commande, son positionnement traditionnel en matière de ventes d'armes étant qu'elle est neutre.

Mais il y a un "mais". Une vente d'arme à la Libye est loin d'être politiquement neutre. Ce l'est même nettement moins que débloquer 460 millions d'euros européens. Donc même si les conditions théoriques d'une vente sont réunies, in fine, les acteurs resteront sans doute extrêmement discrets et aucune preuve ne permet pour l'heure d'étayer une possibilité de contrat.

Mr. T. a dégainé la Kalash conceptuelle

Plus sérieusement, Tanguy Struye vient de publier un texte qui me semble très pertinent au regard non seulement d'un certain recadrage stratégique bien nécessaire mais aussi d'un texte de Laurent Henninger que j'ai lu hier soir, sur les mésinterprétations des révolutions militaires et sur lequel je reviendrai, tant il me semble important.

D'ici là, Tanguy envisage la possibilité du chaos multipolaire. J'en profite pour lui faire un peu de publicité : Tanguy est un spécialiste de la politique étrangère américaine. Ce qui tombe plutôt bien parce que la thématique de son prochain ouvrage (sortie fin août chez Pieter Lang) traite du processus décisionnels sous l'administration Bush.

mardi 24 juillet 2007

Du côté des lectures (3)

J'ai reçu un e-mail d'un officier me demandant des références bibliographiques sur l'utilisation de la puissance aérienne en zone urbaine. J'en profite pour les diffuser :


Michel Ascensio, « Un exemple d’opération en réseau : l’appui-feu rapproché en combat urbain », Note de la FRS, 2 juin 2006.

Jackson L. Fox, Urban Close Air Support and Non-Lethality, Naval War College, Newport, 4 February 2002.

Joseph Henrotin, L’Airpower au 21ème siècle. Enjeux et perspectives de la stratégie aérienne, Coll. « Réseau Multidisciplinaire d’Etudes Stratégiques », Bruylant, Bruxelles, 2005 (Cf. le dernier chapitre).

Joseph Henrotin, « La puissance aérospatiale dans Iraqi Freedom : vers une maturité américaine ? », in RMES (Dir.), La troisième guerre du Golfe. Analyse géopolitique, stratégique et économique, Paris : L’Harmattan, Coll. Comprendre le Moyen Orient, 2007, 592p.

Joseph Henrotin, « Bienvenue en ville. Le passé, le présent et le futur des opérations aerurbaines », Les Cahiers du RMES, Vol. III, n°1, été 2006.

Joseph Henrotin, « L’engagement aerurbain : premières leçons », Défense & Sécurité Internationale, n°21, décembre 2006.

Joseph Henrotin, « Combat aerurbain : les défis du CQS », Technologie & Armement, n°5, avril-mai 2007.

Joseph Henrotin, « Airpower et contre-insurrection, quels avenirs ? », Technologie & Armement, n°6, juin-juillet 2007.

Joseph Henrotin, « Des aigles contre des musaraignes. Déterminants, concepts et emploi de la puissance aérienne en combat urbain », à paraître.

Norton A. Schwartz and Robert B. Stephan, « Don’t Go Downtown without Us. The Role of Aerospace Power in Joint Urban Operations », Aerospace Power Journal, Spring 2000.

Troy S. Thomas, « Slumlords. Aerospace Power in Urban Fights », Aerospace Power Journal, Spring 2002.

Alan J. Vick, John Stillion, David R. Frelinger, Joel Kvitky, Benjamin S. Lambeth, Jefferson P. Marquis and Matthew Waxman, Aerospace Operations in Urban Environments. Exploring New Concepts, Santo Monica : RAND Corporation, 2002, 314p.

Matthew C. Waxman, International Law and the Politics of Urban Air Operations, Santa Monica: Rend Corporation, 2000.

Désolé pour ma surcitation, mais peu d'autres sources ouvertes sont disponibles sur ce sujet en Europe !

Funky....

Selon le Washington Post du 10 juillet, voici ce qu'indiquait un édito de journal iranien :

"A few weeks ago, 14 squirrels equipped with espionage systems of foreign intelligence services were captured by [Iranian] intelligence forces along the country's borders. These trained squirrels, each of which weighed just over 700 grams, were released on the borders of the country for intelligence and espionage purposes. According to the announcement made by Iranian intelligence officials, alert police officials caught these squirrels before they could carry out any task".

Sacrés Américains !

AW&ST a sorti une info pour le moins surprenante : le prochain gunship US sera basé sur... un bombardier.

Inde : de nouvelles commandes en perspective

Après avoir officiellement lancé le programme d'acquisition de 126 Multi Role Combat Aircraft (Amit Gupta examinait les tenants et les aboutissants du dossier dans DSI n°20), l'Inde vient de réviser le chiffre à la hausse et évoque maintenant de 180 à 190 appareils, dont de 50 à 60 rejoindraient les rangs de la marine.

Un véritable retournement de situation (du moins, dans un processus d'acquisition indien renvoyant plus aux interminables films de Bollywood qu'à un processus souple et bien géré) : les appareils devront donc être navalisables. On comprendra donc l'impatience de Lockheed a proposer son F-35 à Delhi.

Sauf que l'IAF a indiqué ses préférences : le Rafale (navalisé), l'Eurofighter (non navalisable), le F-18E/F (navalisé), le Mig-35 (non encore navalisé) et le JAS-39 (non navalisable).

Ajoutons-y que l'Inde aimerait aussi augmenter ses commandes en Il-38 May de reconnaissance électronique. A force de se concentrer sur la Chine, on oublie qu'un Etat cette fois démocratique et amical (bousiller un satellite en orbite basse pour que les nôtres aillent s'empêtrer dedans n'est pas très amical) existe et qu'en plus, c'est en train de devenir une véritable puissance en bonne et due forme...

La Belgique, premier non-Etat (2)

Mr. Nick m'envoie un mail concernant le post sur la théorie du non-Etat, que je me permet de reproduire ici :

"Le principe est que passé un certain stade de dislocation de l'Etat, la rationalité animant ses (ou une partie de ses) composantes vise la mise en place de statuts qui leur sont propres, l'Etat lui-même devenant l'espace de dérèglement des rapports qu'entretiennent les communautés, dérèglement débouchant inévitablement sur un affrontement visant l'optimisation des différents statuts".

Et de m'expédier un article trouvé par Mr. Yann :

Scission BHV = Elargissement, dit le MR
Martin Buxant Mis en ligne le 20/07/2007 - - - - - - -

- - - - Les élus MR de la périphérie refusent toute scission de l'arrondissement de BHV. Le CDH est sur la même ligne. Si scission il y avait, elle doit être compensée par l'élargissement de Bruxelles aux six communes à facilités. Impensable, hurle le CD & V. Voilà de quoi faire monter la température à Val Duchesse. Dans le bras de fer communautaire engagé dans le cadre des négociations gouvernementales, les représentants MR de la périphérie bruxelloise ont placé, jeudi, une contre-attaque cinglante. Aux partis flamands qui exigent la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, les élus libéraux ont opposé un élargissement des limites territoriales de la Région bruxelloise. "Nous refusons la scission de BHV. La seule réponse possible à la scission est l'élargissement de la Région bruxelloise aux six communes à facilités, martèle Damien Thiéry, bourgmestre FDF de Linkebeek. Sinon, on ne touche à rien". La contre-attaque bleue a été menée avec l'assentiment du patron Didier Reynders qui a reçu, il y a plus d'une semaine déjà, copie des exigences assénées jeudi depuis la maison communale de Linkebeek. "On sait bien que Didier Reynders va devoir mettre de l'eau dans son vin quand il négociera la formation du gouvernement, relève un mandataire de la périphérie. Mais Olivier Maingain est là pour s'assurer qu'il n'en mette pas trop..." Quelque 150 000 francophones votent dans la périphérie bruxelloise, "et 50 000 d'entre eux, environ, votent pour le MR : ce serait dommage de s'en priver", relève un observateur libéral. Rappel, l'autre partenaire francophone de la future coalition orange bleue, le CDH, exige lui aussi un élargissement de Bruxelles aux communes à facilités (Linkebeek, Wezembeek, Rhode-Saint-Genèse, Wemmel, Crainhem et Drogenbos) en cas de scission de BHV. "Indiscutable !" Interrogé jeudi, le porte-parole du CD & V, Peter Poulussen, a balayé d'un trait un éventuel élargissement de la Région bruxelloise : "Nous n'en discuterons même jamais ! Les frontières de la Région bruxelloise sont intouchables". Voilà qui laisse peu de marge au formateur Yves Leterme... D'ailleurs, "c'est à Yves Leterme de trouver une astuce pour s'en sortir, réagit Christian Van Eycken, élu FDF au Parlement flamand. Il s'est mis le couteau sous la gorge tout seul en faisant de la scission de BHV la première de ses priorités". Là, sur la méthode, les libéraux préconisent l'organisation d' "une consultation populaire contraignante", qui permettrait aux habitants des six communes d'opter pour un rattachement à Bruxelles. "Un genre de référendum ?, note Peter Paulussen. Pour le CD & V, c'est non : nous n'y sommes absolument pas favorables", tranche le porte-parole du parti de M. Leterme. "Erosion francophone" Reste la piste mise en place dans les Fourons, celle via laquelle les électeurs francophones pourraient s'inscrire à Bruxelles pour y voter, après la scission de l'arrondissement électoral. "C'est un mécanisme que nous rejetons, indique Christian Van Eycken, car il signifierait une érosion du vote francophone dans les communes à facilités". Et puis, poursuit le mandataire de Tervueren, "c'est l'acceptation à terme d'une nouvelle frontière d'Etat à partir de l'arrondissement". Jeudi, via le "Morgen", plusieurs élus CD & V - dont Eric Van Rompuy - ont fait savoir au formateur Yves Leterme qu' "une scission de l'arrondissement de BHV sans compensation pour les francophones était un minimum absolu" dans le cadre de la formation du gouvernement fédéral. "Nous sommes inquiets des attaques flamandes contre les francophones de la périphérie, embraye Arnold d'Oreye de Lantremange, bourgmestre de Crainhem. On nous serine que nous devons nous en tenir à la loyauté au Fédéral. Mais qu'est ce que c'est ? se fâche-t-il. Est-ce demander une procédure urgente pour faire passer la scission de l'arrondissement à la Chambre (comme l'on fait tous les partis flamands la semaine dernière, NdlR) ? Si c'est cela, il n'y a plus de Belgique, c'est ingérable". "C'est maintenant ou jamais !, assène François van Hoobrouck, le bourgmestre de Wezembeek-Oppem. Et que l'on ne vienne pas nous donner comme contrepartie de la scission de BHV, la nomination des quatre bourgmestres qui reste encore suspendue (par le gouvernement flamand, NdlR). Nous n'accepterons jamais cela". Assis à sa gauche, Christian Van Eyken compare les séparatistes de la N-VA au Vlaams Belang. Et Arnold d'Oreye de conclure : "On nous demande de nous comporter comme des Flamands de Flandre et de parler français à la maison. Maintenant, en plus, on nous demande de fermer nos fenêtres quand on parle français".

J'y rajouterai un questionnement : dans une approche suivant les lignes du non-Etat, la confrontation ne devient-elle pas le seul îlot de politique en tant que refus du technocratisme ? Et encore cette confrontation est-elle techniquement réglée par l'omniprésence de règles précédemment édictées. La dislocation comme dernière expression de la politique... Regis ultima ratio ?

L'USN sur le point de se doter d'une nouvelle stratégie

Depuis la fin des années 1980, l’US Navy n’a plus – paradoxalement – publié de nouveau documents de stratégie navale. Suivant les demandes de l’amiral Mike Mullen (à présent CJCS, Cf. DSI 28), qui en avait appelé à une résurgence de la réflexion en la matière durant le Current Strategy Forum de 2006, cette situation pourrait rapidement changer. Un draft semble actuellement en cours de distribution à une série d’amiraux américains. Ce dernier est le produit d’une série de simulations effectuées par le Naval War College ces dernières années et prenant en compte 7 divers « futurs » quant au futur de la puissance maritime. Dans le même temps, les efforts avaient également porté sur l’organisation de séminaires à travers tous les Etats-Unis et à des rencontres avec des académiques.

Le document qui en ressort cherche à montrer comment l’USN pourrait gagner dans le futur des guerres navales – on notera ainsi son grand retour alors qu’elle avait cédé le pas ces dernières années à d’autres préoccupations (sécurisation des SLOCs, opérations littorales, etc.) – voire résoudre et prévenir des crises. Les tâches de sécurisation des SLOCs et de lutte contre les trafics et le terrorisme ne sont pas oubliées pour autant, le document mettant en évidence la nécessité d’une coopération multinationale afin de s’en occuper. Le concept de « 1000 ships navy » (i.e. partage des informations et opérations multinationales entre les marines participantes, « cimentant » ainsi alliés et « coalisés de volonté ») serait ainsi inclus dans le draft.

Avant la distribution de ce draft, trois grandes options nourrissaient le débat naval américain et se retrouveront dans la version définitive du nouveau document :

- une augmentation de la présence dans le Pacifique et au Moyen Orient ;
- la sécurisation de la haute mer ;
- une focalisation sur la haute mer - et donc un relatif éloignement d’opérations littorales (d’ailleurs compromises dans leur acception initiale par l’échec du programme LCS-1) – en vue de se positionner face à un peer competitor tel que la Chine.

Reste cependant à savoir dans quelles proportions cette combinaison s’effectuera. Le document devrait être officiellement publié avant les prochaines élections présidentielles US.

L'USN sur le point de se doter d'une nouvelle stratégie

Depuis la fin des années 1980, l’US Navy n’a plus – paradoxalement – publié de nouveau documents de stratégie navale. Suivant les demandes de l’amiral Mike Mullen (à présent CJCS, Cf. DSI 28), qui en avait appelé à une résurgence de la réflexion en la matière durant le Current Strategy Forum de 2006, cette situation pourrait rapidement changer. Un draft semble actuellement en cours de distribution à une série d’amiraux américains. Ce dernier est le produit d’une série de simulations effectuées par le Naval War College ces dernières années et prenant en compte 7 divers « futurs » quant au futur de la puissance maritime. Dans le même temps, les efforts avaient également porté sur l’organisation de séminaires à travers tous les Etats-Unis et à des rencontres avec des académiques.

Le document qui en ressort cherche à montrer comment l’USN pourrait gagner dans le futur des guerres navales – on notera ainsi son grand retour alors qu’elle avait cédé le pas ces dernières années à d’autres préoccupations (sécurisation des SLOCs, opérations littorales, etc.) – voire résoudre et prévenir des crises. Les tâches de sécurisation des SLOCs et de lutte contre les trafics et le terrorisme ne sont pas oubliées pour autant, le document mettant en évidence la nécessité d’une coopération multinationale afin de s’en occuper. Le concept de « 1000 ships navy » (i.e. partage des informations et opérations multinationales entre les marines participantes, « cimentant » ainsi alliés et « coalisés de volonté ») serait ainsi inclus dans le draft.

Avant la distribution de ce draft, trois grandes options nourrissaient le débat naval américain et se retrouveront dans la version définitive du nouveau document :

- une augmentation de la présence dans le Pacifique et au Moyen Orient ;
- la sécurisation de la haute mer ;
- une focalisation sur la haute mer - et donc un relatif éloignement d’opérations littorales (d’ailleurs compromises dans leur acception initiale par l’échec du programme LCS-1) – en vue de se positionner face à un peer competitor tel que la Chine.

Reste cependant à savoir dans quelles proportions cette combinaison s’effectuera. Le document devrait être officiellement publié avant les prochaines élections présidentielles US.

Les Cahiers du RMES lachés sur le net

Le 7ème numéro des Cahiers du RMES est paru (Vol. IV, n°1, été 2007). Voici son sommaire :

Tanguy Struye de Swielande, "L'influence de la variable cognitive dans le processus décisionnel de l'Administration Bush".

Noémie Blaise, ""Running Darfour" : enjeux du conflit et réactions de la communauté internationale".

André Dumoulin, "L'assemblée parlementaire de l'UEO : chronique d'une mort annoncée".

Alain De Neve, "Quels cadres pour la recherche et technologie de défense européenne (1ère partie)".

Joseph Henrotin, "Mars et Vulcain. Représentations de la technologie et conceptions stratégiques biaisées. Les cas de l'émergence du concept d'asymétrie et du débat entourant le Stryker".

Tanguy Struye de Swielande, "Caucase et Asie centrale : la guerre pour le contrôle du Rimland".

Comme toujours, leur consultation est gratuite. J'en profite pour pousser au nom du RMES un petit cocorico : depuis que les Cahiers sont en ligne, leurs différentes éditions ont été consultées plus de 8 000 fois !

Quant à leur dernière parution en date (et aux autres), vous pouvez la/les trouver ici.

lundi 23 juillet 2007

L'Europe de l'espace militaire encore un peu plus en retard

Avec 19 tonnes (dont, grosso modo, 20% de carburant), la longueur d’un autobus et une résolution de 9 à 15 cm, les KH-12 sont les satellites de renseignement optique les plus avancés au monde… et ont un prix à la hauteur de leurs performances. Jean-Louis Promé nous en avait d’ailleurs démontré les capacités dans le DSI n°20 (novembre 2006). Or, ces engins, comme les Helios, évoluent sur des orbites basses. De temps à autres, ils peuvent être repositionnés afin de suivre l’une ou l’autre crise. Autant de manœuvres coûteuses en carburant et… qui finissent par réduire la durée de vie opérationnelle d’engins unanimement présentés comme cruciaux pour les agences de renseignement.

On comprendra donc tout l’intérêt que représente la possibilité de ravitailler en vol ces satellites, voire de les réparer ou encore de leur adjoindre de nouveaux équipements. Tout le monde en rêvait et la DARPA, assez discrètement, affirme l’avoir fait, faisant prendre, tout à coup, un coup de vieux à la stratégie spatiale européenne :

"the goal of the Orbital Express Space Operations Architecture program is to validate the technical feasibility of robotic, autonomous onorbit refueling and reconfiguration of satellites to support a broad range of future U.S. national security and commercial space programs. Refueling satellites will enable frequent maneuver to improve coverage, change arrival times to counter denial and deception and improve survivability, as well as extend satellite lifetime. Electronics upgrades on-orbit can provide regular performance improvements and dramatically reduce the time to deploy new technology on-orbit."

Le premier ravitaillement spatial automatisé d’un satellite s’est produit le 2 juillet.

Blub blub (2)

Après une visite d'Hugo Chavez à Moscou, le Venezuela a finalement commandé 5 SSK de classe Kilo, Type 877 EKM. Des négociations sont toujours en cours sur la vente de "systèmes de défense aérienne avancés". Le Venezuela sera le premier Etat sud-américain de la sous-région a mettre en oeuvre de tels bâtiments.

L'Australie, 1er client export du P-8

L'Australie a choisi le remplaçant de ses P-3 Orion de patrouille maritime en se déclarant favorable au P-8 MMA, basé sur une cellule de B-737 :

Australian Minister for Defence; issued July 20, 2007)
I am pleased to announce that the Government has given first pass approval for AIR 7000 Phase 2 – a A$4 billion project for Defence to acquire a manned Maritime Patrol and Response Aircraft (MPRA). The manned MPRA, in conjunction with the Multi-mission Unmanned Aerial System being acquired by Defence under AIR 7000 Phase 1, will replace the capability currently provided by the AP-3C Orion. The AP-3C Orion is planned to be retired in 2018 after over 30 years of service. First pass approval has been granted to allow Defence to commence formal negotiations with the United States Navy (USN) to participate in the cooperative development of the P-8A Multi-mission Maritime Aircraft (MMA). Following an exhaustive examination of available options, the USN chose the Boeing Company to develop the P-8A MMA based on its 737 commercial aircraft. The P-8A MMA offers a modern, highly reliable commercially-proven airframe with the latest maritime surveillance and attack capabilities. The P-8A will be equipped with modern Anti-Submarine Warfare, Anti-Surface Warfare and Intelligence, Surveillance and Reconnaissance sensors that have evolved from proven systems. The P-8A will be capable of broad-area, maritime, littoral and limited overland operations. Through its participation in the proposed cooperative development of the MMA, Defence will assist in providing opportunities for Australian industry as well as gain an ability to positively influence development of the MMA Program.

Notons que Canberra étudie également la possibilité d'acheter des RQ-4 Global Hawk, optimisé pour des aptrouilles maritimes de longue durée. On indiquera aussi que le P-8 est également en compétition en Inde mais que le Japon a préféré un appareil développé localement sur base du P-3, le P-X (Cf. DSI 28).

dimanche 22 juillet 2007

La Belgique, premier non-Etat ?

Il y a quelques années, j'avais développé avec des amis politologues - Nick, Yann, Den et Lucas se reconnaîtront - la théorie du non-Etat. En gros, le principe est que passé un certain stade de technocratisation de l'Etat, la rationalité animant ce dernier vise la pérénisation des statuts des communautés le composant, l'Etat lui-même étant devenu une modalité de régulation de la vie entre ces communautés.

J'avais eu l'occasion d'en toucher quelques mots à des collègues, cette fois en Bosnie (vous savez, la zone géopolitiquement déterminée où l'empilement de niveaux de pouvoirs a fini par absorber en salaires de fonctionnaires 65% de son budget - tiens, le même chiffre que l'armée belge !).

Le problème avec un non-Etat est que la relation entre "Etat" et "nation", pourtant centrale pour la viabilité du contrat social, tout comme elle hante l'esprit des politologues depuis le traité de Westphalie est non précisée, les communautés évoluant sans guère communiquer. Toute forme de "sens de l'Etat" est donc à proscrire.

Et le futur Premier ministre belge vient peut-être d'appuyer par l'exemple une théorie que je n'avais pas vraiment eu l'occasion d'approfondir. On lui a demandé de chanter la Brabançonne et a entamé (mal, en plus), la Marseillaise (jetez un oeil à la vidéo). Notez que les ministres francophones n'avaient guère plus de culture. Notez aussi que bien peu ont été capables de dire que le 21 juillet rend compte de la prestation de serment de Léopold Ier. Brillant.

Certes, on me dira que la Brabançonne, personne ne connaît. Mais vous imaginez un ministre danois ou hollandais - connaissez-vous ces hymnes ? - se planter dans son hymne (notez que je ne parle même pas d'un ministre français, qui finirait illico-presto compter de chemises au fin fond d'un village de 20 habitants dans le Massif central) ? Imaginez-vous un seul ministre portugais, lituanien, grec, togolais ou ouzbek ne pas connaître l'événement historique qui a fait qu'on a placé sa fête nationale à telle date et pas à telle autre ?

Une nouvelle étape décisive, donc, dans la vie conceptuelle de la théorie du non-Etat (l'ironie est là pour aider à surpasser un certain nombre de déceptions) et une belle preuve d'une vision ultra-technocratique des choses. Pas nécessairement une étape décisive pour le vivre-ensemble...

Rapide, le compteur...

N'étant pas un crac en informatique, j'ai enfin réussi à installer un compteur statistique, tout en bas dela colonne de droite (oui, je tourne toujours en analogique), je me méfie de ces trucs bizarres appelés ordinateurs depuis que j'ai terminé ma thèse et que j'ai lu l'excellent bouquin de Rémi Sussan. Et 44 visites en 20 minutes, ça ne me semble pas trop mal. Note à cette majorité silencieuse : n'hésitez pas à laisser un commentaire !

Introducing Mr. Rou-Rou


Il y a quelques mois, un couple de pigeons est venu s'établir en face de chez moi, histoire de donner naissance à deux petits, très poétiquement baptisés par mes soins Mini-Rou et Maxi-Rou. Seul le second survivra. Une fois ledit Maxi-Rou parti du nid, Mr et Mme. Rou-Rou reprendront leur envol.
Sauf que j'ai un faible pour les oiseaux, fussent-ils de stupides (et bien, justemment, non !) pigeons. Ayant assimilé tous les articles du Wikipédia sur le sujet, je me suis laissé aller à leur laisser un peu de pain. Et voilà le résultat. Trois fois par jour en moyenne, Monsieur et Madame viennent me rendre visite... aujourd'hui accompagnés de Maxi-Rou, qui regarde d'ailleurs d'un oeil curieux l'intérieur de mon studio tout en se prenant la version pigeonesque du souper "Deluxe", comprenez une bonne dose de maïs.
Et le premier qui me dit que la chartreuse de pigeons, c'est très bon, je lui offre un cours de 2 heures au choix sur la relation intellectuelle entre Beaufre et Liddell-Hart, sur le processus décisionnel de l'Union Européenne ou sur l'histoire polonaise.
Au demeurant, c'est vrai que la chartreuse de pigeon, c'est sympa. C'était au programme de notre dernière année en école hôtellière et c'est le regretté chef Panza qui l'avait enseigné à la bande de rigolos que nous étions à l'époque. D'ailleurs, si quelques anciens de la promo 95 de Libramont (TQual) passent par ce coin de la Toile, ils sont les bienvenus ici !