Je m'en rends compte maintenant mais Alex me posait une question : "que pensez-vous de la déclaration de De Crem selon laquelle "Si j’avais succombé aux réflexes corporatistes de l’armée, j’aurais investi dans les chars Léopard qui n’ont plus qu’une seule utilité : défiler le 21 juillet sur la Place royale. Mais avec lesquels on n’est rien à l’étranger en opération".
Et bien, ma réponse est très simple : le marché des chars de combat représente jusqu'en 2018 environ 6 500 engins neufs de par le monde à en croire les analyses US, principalement en Asie, ce qui est historiquement assez bas, c'est vrai.
Mais c'est une menace, à long terme - et tout militaire sait qu'on démentèle bien plus vite qu'on ne (ré)acquiert les savoirs-faire. Cette menace se double du fait que le char n'est plus seulement utilisé pour combattre d'autres chars : les Canadiens et quelques autres en Afghanistan le savent bien. Les derniers concepts d'emploi parus ici et là le montrent bien.
Donc, au risque d'une analyse pour le moins légère (ce qui n'exclut pas le bon sens), si nous sommes le seul pays européen de taille moyenne (la Slovénie ou l'Estonie sont des petits pays, pas une Belgique qui a autant d'habitants ou à peu près que la Grèce ou la Suède) à abandonner les chars, que l'on m'explique pourquoi les autres pays de taille moyenne les conservent, alors qu'ils sont tous affectés par des réductions budgétaires. Les réflexes corporatistes ?
Non, je ne crois pas. Une bonne analyse prospective, j'y crois plus.
Nb : petit addendum en forme de sourire : lorsqu'il a annulé les ubuesques AIV/90 mm, De Crem a justifié sa décision parce qu'il s'agissait de gravir le Mont Ventoux avec un tricycle. Et bien, je crains qu'il ne faille gravir ledit mont à plat-ventre !
Affichage des articles dont le libellé est chers 90mm. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chers 90mm. Afficher tous les articles
jeudi 11 février 2010
vendredi 13 juin 2008
Alors, vous vouliez des chars ? Disons 50 ?
Les 18 AIV DF 90mm ont finalement coûté, d'après Belga, 70 millions d'euros. Les engins seront revendus d'occasion. 70 millions... Soit 50 Leo 2 et un bon paquet d'années de maintenance et de pièces détachées... Il est bien évidemment peu probable que nous récupérions ce montant.
38 véhicules auraient donc coûté environ 148 millions d'euros. Lorsque je regarde ces chiffres (et au-delà de la problématique de l'adaptation des véhicules), je me dis que nous avons un sérieux problème dans notre façon d'appréhender les questions de défense.
En 2005, lorsque l'option avait été mise sur la table, peu nombreux avaient été ceux qui ont osé remettre en question la pertinence du choix effectué. Les militaires sont astreints au devoir de réserve (ils n'en pensaient pas moins et heureusement), une bonne partie des médias se sont tenus à carreau, quelques rares politiques ont bougé (et ils ont souffert - certains ont même risqué leur carrière pour celà) et 2-3 experts avaient risqué tout aussi gros. Ils avaient été presque insultés par l'ancien ministre en Commission de la défense ("je n'en ai rien à faire, des prétendus experts !").
Sans aucune possibilité de se défendre. Ils ont tous gagné, aujourd'hui. Il n'est nul secret que le temps ne dévoile, dit l'adage. Scientia vincere tenebras.
38 véhicules auraient donc coûté environ 148 millions d'euros. Lorsque je regarde ces chiffres (et au-delà de la problématique de l'adaptation des véhicules), je me dis que nous avons un sérieux problème dans notre façon d'appréhender les questions de défense.
En 2005, lorsque l'option avait été mise sur la table, peu nombreux avaient été ceux qui ont osé remettre en question la pertinence du choix effectué. Les militaires sont astreints au devoir de réserve (ils n'en pensaient pas moins et heureusement), une bonne partie des médias se sont tenus à carreau, quelques rares politiques ont bougé (et ils ont souffert - certains ont même risqué leur carrière pour celà) et 2-3 experts avaient risqué tout aussi gros. Ils avaient été presque insultés par l'ancien ministre en Commission de la défense ("je n'en ai rien à faire, des prétendus experts !").
Sans aucune possibilité de se défendre. Ils ont tous gagné, aujourd'hui. Il n'est nul secret que le temps ne dévoile, dit l'adage. Scientia vincere tenebras.
Libellés :
Armement,
Brüsel,
chers 90mm,
Money,
Stratégie
mardi 10 juin 2008
La cavalerie contre-attaque : Denis Ducarme en appelle à un retour au char
Dans la foulée des événements d'hier et de l'annulation des tranches optionnelles du contrat AIV DF90, le vice-président de la Commission de la défense en appelle dans un communiqué de presse au ministre pour que soient examinées les possibilités existantes (et elles sont nombreuses) d'acquisition de chars d'occasion.
En fait, un AIV DF90 coûterait entre 3,93 et 4,675 millions d'euros/pièce. L'annulation de 30 véhicules, même compte tenu des compensations aux industriels, laisse une marge de manoeuvre significative à la Défense.
Pour rappel, le maximum payé par un acquéreur de Leopard II d'occasion est d'un million d'euros.
En fait, un AIV DF90 coûterait entre 3,93 et 4,675 millions d'euros/pièce. L'annulation de 30 véhicules, même compte tenu des compensations aux industriels, laisse une marge de manoeuvre significative à la Défense.
Pour rappel, le maximum payé par un acquéreur de Leopard II d'occasion est d'un million d'euros.
Chers 90 mm : bye-bye tranches conditionnelles
Le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, a décidé de limiter à 18 exemplaires l'achat des AIV Piranha IIIC Direct Fire de 90 mm - un achat controversé datant de 2006 - et de renoncer aux 22 autres engins de ce type prévus.
De Crem avait annoncé le 22 janvier dernier son intention de revoir le contrat d'achat de 40 AIV (18 ferme et 22 en option) équipés d'un canon de ce calibre, le jugeant insuffisant pour assurer la sécurité du personnel et incompatible avec ceux en service dans les armées des pays alliés.
Il vient de communiquer sa décision définitive à la hiérachie militaire, lui demandant aussi d'étudier dans quels scénarios ces AIV dotés d'un canon de 90 mm peuvent être engagés. A priori, une solution semblable devrait être dégagée pour les PIIIC de transport de troupes.
On ne peut évidemment qu'applaudir cette décision, fruit d'une longue controverse, permettant de rectifier un des biais transformationnels que nos forces avaient eu à encaisser et qui, au surplus, se montrait bien plus coûteux que d'autres options plus efficientes. François Duran en appelait récemment à cesser de pleurer et à reconstruire. Il nous faudra faire la même chose en Belgique.
De Crem avait annoncé le 22 janvier dernier son intention de revoir le contrat d'achat de 40 AIV (18 ferme et 22 en option) équipés d'un canon de ce calibre, le jugeant insuffisant pour assurer la sécurité du personnel et incompatible avec ceux en service dans les armées des pays alliés.
Il vient de communiquer sa décision définitive à la hiérachie militaire, lui demandant aussi d'étudier dans quels scénarios ces AIV dotés d'un canon de 90 mm peuvent être engagés. A priori, une solution semblable devrait être dégagée pour les PIIIC de transport de troupes.
On ne peut évidemment qu'applaudir cette décision, fruit d'une longue controverse, permettant de rectifier un des biais transformationnels que nos forces avaient eu à encaisser et qui, au surplus, se montrait bien plus coûteux que d'autres options plus efficientes. François Duran en appelait récemment à cesser de pleurer et à reconstruire. Il nous faudra faire la même chose en Belgique.
lundi 5 mai 2008
Chers AIV DF - l'épilogue ?
Vous êtes plusieurs à m'avoir demandé ce qu'il en advenait de la question des AIV Direct Fire - et plus largement des AIV tout court. Et bien, je n'en sais rien mais j'ai ma petite idée. Mais je pense qu'une partie des réponses se trouve dans la note de politique générale - "Défense", du mois d'avril.
Grosso modo, une évacuation des tranches conditionnelles est évoquée alors que sont évoqués, plus loin "les efforts nécessaires pour le maintien et l'amélioration des capacités tactiques et et pour assurer la sécurité aussi bien pendant l'entraînement qu'en opération" et qui "doivent être augmentés". Le BEST (Belgian Soldier Technology) est également mis en évidence.
Alors, me direz-vous, resterons-nous donc avec nos 18 malheureux AIV/90 mm sur les bras, sans rien d'autre ? Et bien, pas nécessairement. Tout semble indiquer que les options disponibles sont passées en revue.
Mais les budgets étant ce qu'ils sont - et le remplacement des deux A-310 étant prioritaire - les 343,728 millions d'euros de budget d'équipement 2008 risquent fort de passer, pour partie, au sauvetage de notre capacité de projection stratégique.
Pourtant, la Défense cogite. Les départs à la retraite volontaires sont favorisés, le service militaire volontaire va être mis en place et un certain nombre d'infrastructures vont être revendues.
Grosso modo, une évacuation des tranches conditionnelles est évoquée alors que sont évoqués, plus loin "les efforts nécessaires pour le maintien et l'amélioration des capacités tactiques et et pour assurer la sécurité aussi bien pendant l'entraînement qu'en opération" et qui "doivent être augmentés". Le BEST (Belgian Soldier Technology) est également mis en évidence.
Alors, me direz-vous, resterons-nous donc avec nos 18 malheureux AIV/90 mm sur les bras, sans rien d'autre ? Et bien, pas nécessairement. Tout semble indiquer que les options disponibles sont passées en revue.
Mais les budgets étant ce qu'ils sont - et le remplacement des deux A-310 étant prioritaire - les 343,728 millions d'euros de budget d'équipement 2008 risquent fort de passer, pour partie, au sauvetage de notre capacité de projection stratégique.
Pourtant, la Défense cogite. Les départs à la retraite volontaires sont favorisés, le service militaire volontaire va être mis en place et un certain nombre d'infrastructures vont être revendues.
Libellés :
Brüsel,
chers 90mm,
Europe,
Money,
Stratégie
mardi 26 février 2008
Non, la nature de la guerre n'a pas changé...
J'avais déjà eu sur ce blog l'occasion de répondre à Philippe Monfils sur l'utilité des chars d'un point de vue technique. La Libre Belgique m'a donné l'occasion de faire de même mais, cette fois, j'ai pris un angle d'attaque plus conceptuel dès lors que le sénateur abordait la question de la "nature des conflits". Le résultat est paru ce matin et est à lire ici.
samedi 23 février 2008
Une réponse à Philippe Monfils : non, le char n'est pas inutile
La dernière intervention du sénateur et ancien président de la commission de la défense, Philippe Monfils (1) sur ce qu’il considère comme l’inutilité des chars de bataille pose question à bien des égards. Tentons donc de déconstruire ses arguments et de les opposer à la complexité et à l’immense diversité des contributions issues de professionnels de la défense.
Le char est-il un has been de la défense ?
Le sénateur avance que le char n’a été utilisé qu’une fois par les Belges sur la toute la durée de leur carrière. Mais c’est oublier que le char est un élément de dissuasion tactique. Idéalement, il est là pour ne pas être utilisé et, de ce point de vue, si les Belges n’ont pas utilisés leurs Leopards au Kosovo, ils ont parfaitement rempli leur rôle, aussi paradoxal que cela puisse paraître. On arguera ensuite que les chars sont utilisés mais lorsque le politique décide de les employer : les Leopard 1 danois ont tiré contre des chars serbes en 95, en protection des forces des Nations Unies, qui n’ont ensuite plus été menacées dans le secteur où elles opéraient. Les Leclerc français sont considérés comme les pièces maîtresses de la sécurité de la FINUL II au Liban et, au Kosovo, ils ont souvent évité la dégénérescence de faces-à-faces entre Serbes du Kosovo et kosovars. Le char protège, par sa simple présence, troupes et populations civiles.
P. Monfils arguera également que les chars belges au Kosovo étaient statiques, afin de ne pas bouleverser les champs des agriculteurs locaux. Mais c’est oublier qu’en en cas de problème, les chars naturellement mobiles alors que, par ailleurs, lesdits champs seraient bien plus labourés par un véhicule 8x8 de 22 tonnes – simplement parce qu’ils exercent une pression au sol inférieure à un char de plus de 50 tonnes dont la masse est répartie sur la surface des chenilles. Aussi, s’il est vrai que le Sénateur a raison sur la question de la consommation des engins, que vaut-elle comparativement à la vie de nos soldats, alors que les menaces potentielles – même durant les opérations de maintien de la paix – sont de plus en plus perfectionnées et perceront des blindages que l’AIV ne pourra plus porter ? AIV qui, au demeurant et dans leur version de transport de troupes, ne pourront pas, face à l’évolution des menaces – la vieille lutte du glaive contre le bouclier – se surblinder. Aussi, lorsque Philippe Monfils indique que les conflits auraient changé de nature, il ne se trompe qu’à moitié.
Si, techniquement, la nature des conflits est invariable depuis Assurbanipal (il s’agit toujours d’imposer à son adversaire des vues qu’il combat), son caractère est effectivement changeant. Mais pas dans le bon sens. C’est ce que disent les meilleurs stratèges du monde, de Vincent Desportes à Rupert Smith en passant par Antulio Echevarria, Hervé Coutau-Bégarie ou encore Colin Gray. Tous – et de nombreux militaires belges que nous devrions apprendre à écouter – s’accordent à dire que nous allons connaître des conflits plus longs où les phases de stabilisation (auxquelles la Belgique entend participer) et de combat sont de plus en plus imbriquées. Nous allons aussi vers des conflits plus durs, comme le dit le chef d’état-major des armées françaises, où les adversaires – qu’ils soient ou non des Etats – disposeront de munitions perfectionnées ou à fort pouvoir antiblindés, que la Russie et la Chine n’hésitent en aucun cas à vendre.
Nous ferons aussi face à des techno-guérillas, comme au Liban, dans l’actuelle Somalie actuelle ou au Sri Lanka. Elles seront « non-linéaires ». C’est à dire qu’elles connaîtront des phases d’accalmies entrecoupées de brusques poussées de violence, y compris lors des missions de maintien et de rétablissement de la paix dont parle Philippe Monfils. Il ne sera alors pas question, alors, d’évacuer des Belges qui devront « faire le gros dos » et « tenir le choc ». Il s’ensuit que la protection des forces et, donc, le blindage et la faculté d’évolution des véhicules sur de longues périodes, sera déterminante. De ce point de vue, l’assertion selon laquelle « tous nos voisins ont mis leurs chars en vente sur des marchés d’occasion » est curieuse.
En effet, aucun char Leclerc français n’est mis en vente et que s’il est exact que les Allemands et les Hollandais vendent une partie des leurs, c’est parce qu’ils sont trop nombreux. Les Britanniques, quant à eux, modernisent leurs chars, de même que les Américains. Le Canada, le Portugal et l’Australie qui voulaient l’abandonner y sont revenus. En fait, le char prolifère partout dans le monde, y compris dans une Afrique où nous entendons pouvoir continuer à intervenir. Celui qui n’en dispose pas est condamné à se soumettre à la loi du plus fort, contre les principes des Nations unies. Plus largement, la Belgique est le seul pays au monde à vouloir se débarrasser de sa composante « char » alors que sa stratégie est pourtant ambitieuse.
Reste, aussi, la question du transport des chars, également abordée par le Sénateur dans son interview et sachant que notre armée ambitionne de pouvoir être projetée plus facilement. Mais, personne ne transporte les chars par les air. Même les Etats-Unis qui disposent de C-5 Galaxy aux capacités équivalentes aux Antonov dont parle le Sénateur, utilisent leurs navires. La solution est plus simple, plus rapide et moins coûteuse. On ajoutera qu’avec seulement 7 A400M commandés par la Belgique, le transport maritime s’imposera de toute façon.
Quelques considérations politiques
Alors que G. Verhofstadt vient de rencontrer le président français pour notamment s’entretenir de la défense européenne, il est bon de rappeler qu’avec 10 millions d’habitants, la Belgique fait moins pour sa défense que plusieurs Etats plus petits. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à parler de l’exercice de free-riding de Bruxelles, qui bénéficierait d’une sécurité payée par d’autres, France, Allemagne et Pays-Bas en tête. Or, les budgets sont à la baisse partout, ce qui signifie que l’on demandera plus à une Belgique dont les dernières statistiques de l’OTAN montrent qu’elle la dernière de ses membres en matière de part du budget affecté à l’équipement. Or, à plus de 3 millions d’euros pièce, un AIV doté d’un canon de 90 mm sera plus cher qu’un Leopard II d’occasion, quasiment neuf, acheté à nos voisins pour moins d’un million. Le poids politique de cette décision pour le moins économique serait important et la protection de nos soldats serait meilleure. Bien d’autres dossiers en souffrance à la défense pourraient être financés.
Pourquoi, dès lors, ne pas envisager cette option ? Dans le chef de l’ancien ministre de la défense comme du Sénateur, le véhicule à roue, c’était la modernité. A bien y regarder, ça l’a effectivement été. Mais c’était vers 1996, lorsque la vision américaine, promue par le général Shalikashvilli, envisageait des myriades de véhicules à roues (les « brigades Stryker »). Elles auraient été dotés d’un « blindage informationnel », en fait des réseaux de surveillance ultrasophistiqués. Mais cette vision a démontré son échec dans les phases de stabilisation d’un conflit irakien dont les tactiques sont celles des conflits futurs et d’opérations de maintien de la paix… de moins en moins pacifiques. A cet égard, la vision défendue par P. Monfils n’est sans doute pas celle de la guerre froide. Mais cette vision, imaginée à une époque où des technologies impayables pour la Belgique devaient « changer la nature de la guerre », est devenue totalement has been face aux réalités, au point que les Américains eux-mêmes en reviennent. Sommes-nous obligés de faire les mêmes erreurs ?
Le char est-il un has been de la défense ?
Le sénateur avance que le char n’a été utilisé qu’une fois par les Belges sur la toute la durée de leur carrière. Mais c’est oublier que le char est un élément de dissuasion tactique. Idéalement, il est là pour ne pas être utilisé et, de ce point de vue, si les Belges n’ont pas utilisés leurs Leopards au Kosovo, ils ont parfaitement rempli leur rôle, aussi paradoxal que cela puisse paraître. On arguera ensuite que les chars sont utilisés mais lorsque le politique décide de les employer : les Leopard 1 danois ont tiré contre des chars serbes en 95, en protection des forces des Nations Unies, qui n’ont ensuite plus été menacées dans le secteur où elles opéraient. Les Leclerc français sont considérés comme les pièces maîtresses de la sécurité de la FINUL II au Liban et, au Kosovo, ils ont souvent évité la dégénérescence de faces-à-faces entre Serbes du Kosovo et kosovars. Le char protège, par sa simple présence, troupes et populations civiles.
P. Monfils arguera également que les chars belges au Kosovo étaient statiques, afin de ne pas bouleverser les champs des agriculteurs locaux. Mais c’est oublier qu’en en cas de problème, les chars naturellement mobiles alors que, par ailleurs, lesdits champs seraient bien plus labourés par un véhicule 8x8 de 22 tonnes – simplement parce qu’ils exercent une pression au sol inférieure à un char de plus de 50 tonnes dont la masse est répartie sur la surface des chenilles. Aussi, s’il est vrai que le Sénateur a raison sur la question de la consommation des engins, que vaut-elle comparativement à la vie de nos soldats, alors que les menaces potentielles – même durant les opérations de maintien de la paix – sont de plus en plus perfectionnées et perceront des blindages que l’AIV ne pourra plus porter ? AIV qui, au demeurant et dans leur version de transport de troupes, ne pourront pas, face à l’évolution des menaces – la vieille lutte du glaive contre le bouclier – se surblinder. Aussi, lorsque Philippe Monfils indique que les conflits auraient changé de nature, il ne se trompe qu’à moitié.
Si, techniquement, la nature des conflits est invariable depuis Assurbanipal (il s’agit toujours d’imposer à son adversaire des vues qu’il combat), son caractère est effectivement changeant. Mais pas dans le bon sens. C’est ce que disent les meilleurs stratèges du monde, de Vincent Desportes à Rupert Smith en passant par Antulio Echevarria, Hervé Coutau-Bégarie ou encore Colin Gray. Tous – et de nombreux militaires belges que nous devrions apprendre à écouter – s’accordent à dire que nous allons connaître des conflits plus longs où les phases de stabilisation (auxquelles la Belgique entend participer) et de combat sont de plus en plus imbriquées. Nous allons aussi vers des conflits plus durs, comme le dit le chef d’état-major des armées françaises, où les adversaires – qu’ils soient ou non des Etats – disposeront de munitions perfectionnées ou à fort pouvoir antiblindés, que la Russie et la Chine n’hésitent en aucun cas à vendre.
Nous ferons aussi face à des techno-guérillas, comme au Liban, dans l’actuelle Somalie actuelle ou au Sri Lanka. Elles seront « non-linéaires ». C’est à dire qu’elles connaîtront des phases d’accalmies entrecoupées de brusques poussées de violence, y compris lors des missions de maintien et de rétablissement de la paix dont parle Philippe Monfils. Il ne sera alors pas question, alors, d’évacuer des Belges qui devront « faire le gros dos » et « tenir le choc ». Il s’ensuit que la protection des forces et, donc, le blindage et la faculté d’évolution des véhicules sur de longues périodes, sera déterminante. De ce point de vue, l’assertion selon laquelle « tous nos voisins ont mis leurs chars en vente sur des marchés d’occasion » est curieuse.
En effet, aucun char Leclerc français n’est mis en vente et que s’il est exact que les Allemands et les Hollandais vendent une partie des leurs, c’est parce qu’ils sont trop nombreux. Les Britanniques, quant à eux, modernisent leurs chars, de même que les Américains. Le Canada, le Portugal et l’Australie qui voulaient l’abandonner y sont revenus. En fait, le char prolifère partout dans le monde, y compris dans une Afrique où nous entendons pouvoir continuer à intervenir. Celui qui n’en dispose pas est condamné à se soumettre à la loi du plus fort, contre les principes des Nations unies. Plus largement, la Belgique est le seul pays au monde à vouloir se débarrasser de sa composante « char » alors que sa stratégie est pourtant ambitieuse.
Reste, aussi, la question du transport des chars, également abordée par le Sénateur dans son interview et sachant que notre armée ambitionne de pouvoir être projetée plus facilement. Mais, personne ne transporte les chars par les air. Même les Etats-Unis qui disposent de C-5 Galaxy aux capacités équivalentes aux Antonov dont parle le Sénateur, utilisent leurs navires. La solution est plus simple, plus rapide et moins coûteuse. On ajoutera qu’avec seulement 7 A400M commandés par la Belgique, le transport maritime s’imposera de toute façon.
Quelques considérations politiques
Alors que G. Verhofstadt vient de rencontrer le président français pour notamment s’entretenir de la défense européenne, il est bon de rappeler qu’avec 10 millions d’habitants, la Belgique fait moins pour sa défense que plusieurs Etats plus petits. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à parler de l’exercice de free-riding de Bruxelles, qui bénéficierait d’une sécurité payée par d’autres, France, Allemagne et Pays-Bas en tête. Or, les budgets sont à la baisse partout, ce qui signifie que l’on demandera plus à une Belgique dont les dernières statistiques de l’OTAN montrent qu’elle la dernière de ses membres en matière de part du budget affecté à l’équipement. Or, à plus de 3 millions d’euros pièce, un AIV doté d’un canon de 90 mm sera plus cher qu’un Leopard II d’occasion, quasiment neuf, acheté à nos voisins pour moins d’un million. Le poids politique de cette décision pour le moins économique serait important et la protection de nos soldats serait meilleure. Bien d’autres dossiers en souffrance à la défense pourraient être financés.
Pourquoi, dès lors, ne pas envisager cette option ? Dans le chef de l’ancien ministre de la défense comme du Sénateur, le véhicule à roue, c’était la modernité. A bien y regarder, ça l’a effectivement été. Mais c’était vers 1996, lorsque la vision américaine, promue par le général Shalikashvilli, envisageait des myriades de véhicules à roues (les « brigades Stryker »). Elles auraient été dotés d’un « blindage informationnel », en fait des réseaux de surveillance ultrasophistiqués. Mais cette vision a démontré son échec dans les phases de stabilisation d’un conflit irakien dont les tactiques sont celles des conflits futurs et d’opérations de maintien de la paix… de moins en moins pacifiques. A cet égard, la vision défendue par P. Monfils n’est sans doute pas celle de la guerre froide. Mais cette vision, imaginée à une époque où des technologies impayables pour la Belgique devaient « changer la nature de la guerre », est devenue totalement has been face aux réalités, au point que les Américains eux-mêmes en reviennent. Sommes-nous obligés de faire les mêmes erreurs ?
Libellés :
Armement,
Brüsel,
chers 90mm,
Money,
Stratégie
vendredi 22 février 2008
90 mm : Ducarme contre-attaque
Vous aurez sans doute lu l'interview de P. Monfils, accordée en début de semaine à La Libre et vous aurez sans doute été, comme moi, assez sceptique sur la pertinence et la validité factuelle des arguments avancés. J'ai d'ailleurs préparé une "opinion" que j'enverrai pour proposition de publication au qutodien, tout à l'heure.
Denis Ducarme n'a cependant pas pris autant de temps que moi. Pour preuve, il a réagit hier soir sur son blog. Morceaux choisis : "Philippe Monfils indique que nos voisins ont mis « leurs chars en vente » et « favoriseraient l’usage de véhicule blindés sur roues ». Cette affirmation est évidemment fausse".
Et d'ajouter qu'"aucun char Leclerc français n’est mis en vente, si les Allemands et les Hollandais vendent une partie des leurs, c’est parce qu’ils sont surnuméraires face à leurs nouvelles structures (les Pays-Bas en gardent 84, les Allemands, plus de 1000). Les Britanniques modernisent leurs chars, les Américains aussi. Le Canada, le Portugal et l’Australie avaient envisagé d’abandonner les chars, ils y reviennent finalement (respectivement, des Léopards II et des M-1 américains).
Au final, "Personne en Europe – sauf la Belgique – n’envisage aujourd’hui d’abandonner sa composante « char » et la majeure partie des forces armées se réoriente vers les véhicules portés sur chenilles". A ma connaissance, plus précisément, personne au monde ne songe à se départir de l'instrument de dissuasion tactique - et donc de protection des forces - que constitue le char de bataille. Et si nous n'en sommes plus aux volumes de la guerre froide, la fonction assumée par le char a également mûté profondément, ce que démontrait brillament Marc Chassillan dans le n°7 de DSI, en septembre 2005.
On ne peut donc mieux dire. D'autant plus que la référence à la soit-disant évolution de la nature de la guerre par Philippe Monfils se traduirait par la nécessité de l'allègement des dispositifs de force. Ce qui, là aussi, a fait tiquer - comme toute personne ayant un peu lu sur le sujet ces dernières années - le vice-président de la commission de la défense : "En matière de nature d’évolution dans la nature des conflits à laquelle Philippe Monfils fait allusion, on doit citer Vincent Desportes du CDEF (Centre de Doctrine de l’emploi de la force) dont le dernier ouvrage « la guerre probable » fait autorité en matière de doctrine d’emploi de la force armée".
Dernier pied de nez du vice-président à l'ex-président : le programme du MR (dont ils sont tous les deux membres) demande l'achat de chars d'occasion. Décidément, oui, la sortie de P. Monfils laissera sceptique...
Denis Ducarme n'a cependant pas pris autant de temps que moi. Pour preuve, il a réagit hier soir sur son blog. Morceaux choisis : "Philippe Monfils indique que nos voisins ont mis « leurs chars en vente » et « favoriseraient l’usage de véhicule blindés sur roues ». Cette affirmation est évidemment fausse".
Et d'ajouter qu'"aucun char Leclerc français n’est mis en vente, si les Allemands et les Hollandais vendent une partie des leurs, c’est parce qu’ils sont surnuméraires face à leurs nouvelles structures (les Pays-Bas en gardent 84, les Allemands, plus de 1000). Les Britanniques modernisent leurs chars, les Américains aussi. Le Canada, le Portugal et l’Australie avaient envisagé d’abandonner les chars, ils y reviennent finalement (respectivement, des Léopards II et des M-1 américains).
Au final, "Personne en Europe – sauf la Belgique – n’envisage aujourd’hui d’abandonner sa composante « char » et la majeure partie des forces armées se réoriente vers les véhicules portés sur chenilles". A ma connaissance, plus précisément, personne au monde ne songe à se départir de l'instrument de dissuasion tactique - et donc de protection des forces - que constitue le char de bataille. Et si nous n'en sommes plus aux volumes de la guerre froide, la fonction assumée par le char a également mûté profondément, ce que démontrait brillament Marc Chassillan dans le n°7 de DSI, en septembre 2005.
On ne peut donc mieux dire. D'autant plus que la référence à la soit-disant évolution de la nature de la guerre par Philippe Monfils se traduirait par la nécessité de l'allègement des dispositifs de force. Ce qui, là aussi, a fait tiquer - comme toute personne ayant un peu lu sur le sujet ces dernières années - le vice-président de la commission de la défense : "En matière de nature d’évolution dans la nature des conflits à laquelle Philippe Monfils fait allusion, on doit citer Vincent Desportes du CDEF (Centre de Doctrine de l’emploi de la force) dont le dernier ouvrage « la guerre probable » fait autorité en matière de doctrine d’emploi de la force armée".
Dernier pied de nez du vice-président à l'ex-président : le programme du MR (dont ils sont tous les deux membres) demande l'achat de chars d'occasion. Décidément, oui, la sortie de P. Monfils laissera sceptique...
Libellés :
Armement,
Brüsel,
chers 90mm,
Money,
Stratégie
mercredi 20 février 2008
Y'a sondage !
Profitant d'une nouvelle fonctionalité offerte par Blogger, j'ai lancé un petit sondage, juste à la droite de votre écran. Et on ne triche pas, hein !
Back online
Et me voilà de retour après une matinée de cours donnés aux - très motivés et extrêmement sympathiques - stagiaires de 3ème cycle de l'ERM (l'équivalent du CID) sur "RMA et pensée stratégique". Dieu que trois heures de cours passent vite !
Je médite également une interview de Philippe Monfils, parue ce matin dans La Libre à propos de la nécesité des AIV et... de l'inutilité du char. L'élément de dissuasion est complètement ignoré, comme les débats stratégiques voire le simple bon sens. Si, effectivement, un char ne rentre pas dans un C-130, je serais surpris qu'un AIV/90 mm le fasse également, vu les difficultés qu'a un stryker avec une tourelle de faible profil de le faire.
Nos lecteurs seront par ailleurs surpris d'apprendre que "tous nos voisins ont mis leurs chars en vente sur le marché de l'occasion". L'ABC française va connaître un certain nombre d'infarctus et je ne parle pas du KRK allemand ou de BAE Systems, qui modernise les Challenger 2 britanniques...
Ca mérite bien évidemment une réponse mais je vais prendre mon temps pour l'écrire. Après tout, le DSI ne se fait pas tout seul !
Je médite également une interview de Philippe Monfils, parue ce matin dans La Libre à propos de la nécesité des AIV et... de l'inutilité du char. L'élément de dissuasion est complètement ignoré, comme les débats stratégiques voire le simple bon sens. Si, effectivement, un char ne rentre pas dans un C-130, je serais surpris qu'un AIV/90 mm le fasse également, vu les difficultés qu'a un stryker avec une tourelle de faible profil de le faire.
Nos lecteurs seront par ailleurs surpris d'apprendre que "tous nos voisins ont mis leurs chars en vente sur le marché de l'occasion". L'ABC française va connaître un certain nombre d'infarctus et je ne parle pas du KRK allemand ou de BAE Systems, qui modernise les Challenger 2 britanniques...
Ca mérite bien évidemment une réponse mais je vais prendre mon temps pour l'écrire. Après tout, le DSI ne se fait pas tout seul !
Libellés :
Brüsel,
chers 90mm,
News en vrac,
Perso,
Stratégie
jeudi 14 février 2008
90 mm : les prix
La dernière séance de la Commission de la défense nationale belge, qui s'est déroulée hier, a permis d'en savoir un peu plus sur les contrats portant sur les AIV et les canons de 90mm.
Selon, le ministre, la première tranche de 132 véhicules a ainsi coûté 404,4 millions d'euros (hors tourelles). Les deux tranches conditionnelles sont d'un montant de 226 et 70 millions d'euros. En cas d'annulation des tranches conditionnelles, il en coûterait 40 millions à la Belgique. Au final, les 242 véhicules reviendraient donc à 700 millions d'euros (l'hypothèse haute évoquée précédement).
Le ministre a également indiqué que "De prijs van de configuratie AIV DF90, met 90mm kanon, bedraagt 69,9 miljoen euro. Donc, le prix de la configuration AIV DF 90 s'élève à 69,9 millions d'euros". Ce qui laisse pendantes plusieurs hypothèses :
- sachant qu'un AIV coûte 2,93 millions/pièce (soit 400,4/132) et que 18 sont commandés, le reliquat serait d'environ 1 million pour chaque tourelle ;
- il peut tout aussi bien s'agir du prix de 40 tourelles (qui reviendraient alors à 1,745 millions/pièce).
En tout état de cause, le prix d'une tourelle serait égal ou supérieur à un Léopard 2. Ce que semblent avoir compris, à la lecture du compte-rendu, la plupart des parlementaires présents. Les échanges ont été houleux, l'ancien ministre de la défense s'en prenant à Denis Ducarme (en le traitant de "représentant de commerce" (parce qu'il a cité le Leopard...) qui en appelle à mon audition en commission ainsi qu'à celle de Marc Pirlot, professeur de balistique à l'Ecole Royale Militaire. Réponse d'A. Flahaut : "S'agissant des experts cités par M. Ducarme, il faudrait sans doute en ajouter d'autres, qui diront exactement le contraire". Vraiment sûr ?
Selon, le ministre, la première tranche de 132 véhicules a ainsi coûté 404,4 millions d'euros (hors tourelles). Les deux tranches conditionnelles sont d'un montant de 226 et 70 millions d'euros. En cas d'annulation des tranches conditionnelles, il en coûterait 40 millions à la Belgique. Au final, les 242 véhicules reviendraient donc à 700 millions d'euros (l'hypothèse haute évoquée précédement).
Le ministre a également indiqué que "De prijs van de configuratie AIV DF90, met 90mm kanon, bedraagt 69,9 miljoen euro. Donc, le prix de la configuration AIV DF 90 s'élève à 69,9 millions d'euros". Ce qui laisse pendantes plusieurs hypothèses :
- sachant qu'un AIV coûte 2,93 millions/pièce (soit 400,4/132) et que 18 sont commandés, le reliquat serait d'environ 1 million pour chaque tourelle ;
- il peut tout aussi bien s'agir du prix de 40 tourelles (qui reviendraient alors à 1,745 millions/pièce).
En tout état de cause, le prix d'une tourelle serait égal ou supérieur à un Léopard 2. Ce que semblent avoir compris, à la lecture du compte-rendu, la plupart des parlementaires présents. Les échanges ont été houleux, l'ancien ministre de la défense s'en prenant à Denis Ducarme (en le traitant de "représentant de commerce" (parce qu'il a cité le Leopard...) qui en appelle à mon audition en commission ainsi qu'à celle de Marc Pirlot, professeur de balistique à l'Ecole Royale Militaire. Réponse d'A. Flahaut : "S'agissant des experts cités par M. Ducarme, il faudrait sans doute en ajouter d'autres, qui diront exactement le contraire". Vraiment sûr ?
mercredi 13 février 2008
Les 90 mm au programme de la Commission "Achats militaires"
Le système législatif belge est ainsi fait que la Chambre dispose à la fois d'une commission de la défense nationale et d'une commission "achats militaires" dont les discussions se déroulent à huis clot.
Or, cette dernière semble bel et bien avoir été convoquée à l'initiative de l'un de ses membres, afin qu'elle se réunisse le 20 février, pour une réunion portant... sur les canons de 90 mm.
Si l'on ne sait pas encore ce qu'il s'y dira, les premiers échos des travaux de la task-force mise en place par Pieter De Crem sur le dossier pourraient y être entendu. Contrairement à ce qu'affirmait Le Soir, le ministre n'est pas revenu sur sa décision d'annuler la commande des tourelles LCTS-90 et une partie des Piranha IIIC : il avait juste indiqué que ce type de décision devait se prendre en Conseil des ministres.
Et, de fait, les travaux de la task force se poursuivent, visant à examiner les conditions d'une annulation d'une série de contrats. De facto, lorsque l'on considère les prix du marché d'occasion pour une série d'engins plus adaptés aux besoins des armées européennes dans les 20 à 30 ans (voir nos précédents posts), l'ont se dit - en ces temps de rigueur budgétaire - qu'il est relativement facile d'économiser beaucoup d'argent.
Reste, cependant, à examiner dans quelle mesure la Commission va effectivement travailler en ce sens. L'élément politique joue ici à plein. Or, son président et 3 membres (sur un total de 14) sont membres du CD&V, le même parti que le ministre de la Défense. Deux sont MR (dont le programme mentionnait la possible acquisition de Leopard II d'occasion) dont un provient de la région de Liège (où est sise CMI, qui fabrique les tourelles et procède à l'intégration sur Piranha IIIC). Deux sont PS (dont un liégeois). Le seul représentant CDH est brabaçon et, donc, a priori peu concerné par la problématique.
Dans le même temps, reste à examiner quelle sera la position des partis - au rôle particulièrement important en Belgique. Si le PS soutient le 90 mm et son couplage à l'AIV comme les éléments liégeois du MR (en dépit pourtant du programme "défense" du parti), il n'est pas impossible que sa position évolue... sous la pression conjuguée de la nécessité de maintenir la cohésion gouvernementale (par rapport à laquelle le PS est moins sensible) mais aussi d'un changement de position sur le fond.
En tout état de cause, nous ne manquerons pas de vous tenir informé.
Or, cette dernière semble bel et bien avoir été convoquée à l'initiative de l'un de ses membres, afin qu'elle se réunisse le 20 février, pour une réunion portant... sur les canons de 90 mm.
Si l'on ne sait pas encore ce qu'il s'y dira, les premiers échos des travaux de la task-force mise en place par Pieter De Crem sur le dossier pourraient y être entendu. Contrairement à ce qu'affirmait Le Soir, le ministre n'est pas revenu sur sa décision d'annuler la commande des tourelles LCTS-90 et une partie des Piranha IIIC : il avait juste indiqué que ce type de décision devait se prendre en Conseil des ministres.
Et, de fait, les travaux de la task force se poursuivent, visant à examiner les conditions d'une annulation d'une série de contrats. De facto, lorsque l'on considère les prix du marché d'occasion pour une série d'engins plus adaptés aux besoins des armées européennes dans les 20 à 30 ans (voir nos précédents posts), l'ont se dit - en ces temps de rigueur budgétaire - qu'il est relativement facile d'économiser beaucoup d'argent.
Reste, cependant, à examiner dans quelle mesure la Commission va effectivement travailler en ce sens. L'élément politique joue ici à plein. Or, son président et 3 membres (sur un total de 14) sont membres du CD&V, le même parti que le ministre de la Défense. Deux sont MR (dont le programme mentionnait la possible acquisition de Leopard II d'occasion) dont un provient de la région de Liège (où est sise CMI, qui fabrique les tourelles et procède à l'intégration sur Piranha IIIC). Deux sont PS (dont un liégeois). Le seul représentant CDH est brabaçon et, donc, a priori peu concerné par la problématique.
Dans le même temps, reste à examiner quelle sera la position des partis - au rôle particulièrement important en Belgique. Si le PS soutient le 90 mm et son couplage à l'AIV comme les éléments liégeois du MR (en dépit pourtant du programme "défense" du parti), il n'est pas impossible que sa position évolue... sous la pression conjuguée de la nécessité de maintenir la cohésion gouvernementale (par rapport à laquelle le PS est moins sensible) mais aussi d'un changement de position sur le fond.
En tout état de cause, nous ne manquerons pas de vous tenir informé.
lundi 11 février 2008
Nos amis les véhicules d'appui : précision

En regard du dossier des AIV/90 mm, plusieurs lecteurs m'avaient demandé quel était le prix d'un chasseur de char Centauro (8x8 + 105mm ; en photo). Il se trouve que l'Espagne vient d'en commander 8 exemplaires, de même que la modernisation de 21 autres de ses véhicules pour 23,2 millions d'euros.
Toujours dans la même série, cette fois sur le plan "modernisation", l'US Army va convertir 20 M-1A1 en M-1A2 SEP V2 pour 39 millions de dollars. 435 A1 devraient subir ce "reset".
Toujours dans la même série, cette fois sur le plan "modernisation", l'US Army va convertir 20 M-1A1 en M-1A2 SEP V2 pour 39 millions de dollars. 435 A1 devraient subir ce "reset".
vendredi 1 février 2008
Des Leopard 2A6 pour le Portugal
Le contrat entre le Portugal et les Pays-Bas a officiellement été signé, portant sur la livraison de 37 Leopard 2A6, un véhicule d'entraînement, des pièces détachées, la formation des équipages et des munitions. Les premiers chars arriveront auu Portugal début septembre de cette année.
Si le montant du contrat n'a pas été dévoilé, certains chiffres de contrats de ce type récemment effectués laissent songeur - je pense en particulier au cas belge des AIV+90 mm (à minimum 2,89 millions/pièce, plrix de la tourelle non inclus). Ainsi :
- La Finlande a acheté 100 Leopard 2 pour 100 millions d'Euros en 2002 ;
- L’Espagne a acheté 108 chars Leopard 2A4 pour 16 millions d’euros (148 500 Eur/pièce).
- Le Chili a acheté 140 Leopard 2 pour 125 millions de dollars (893 000 dollars/pièce).
- La Grèce a acheté en 2005 180 Leopard 1 (105 mm) et 150 Leopard 2 (120 mm) pour 270 millions d’Euros (818 000 Eur/pièce).
Aussi, même à un million pièce – un prix surévalué par rapport au marché – 40 Leopard d’occasion représenteraient 40 millions d’Euros. Comparativement, 40 AIV+90 mm représenteraient, suivant les estimations de 155,6 à 195,6 millions d’Euros.
Dont gain pour la défense belge : de 115 à 155 millions d'euros. Bon, vous me disiez donc qu'il fallait aussi faire renaître l'artillerie ? Alors...
Si le montant du contrat n'a pas été dévoilé, certains chiffres de contrats de ce type récemment effectués laissent songeur - je pense en particulier au cas belge des AIV+90 mm (à minimum 2,89 millions/pièce, plrix de la tourelle non inclus). Ainsi :
- La Finlande a acheté 100 Leopard 2 pour 100 millions d'Euros en 2002 ;
- L’Espagne a acheté 108 chars Leopard 2A4 pour 16 millions d’euros (148 500 Eur/pièce).
- Le Chili a acheté 140 Leopard 2 pour 125 millions de dollars (893 000 dollars/pièce).
- La Grèce a acheté en 2005 180 Leopard 1 (105 mm) et 150 Leopard 2 (120 mm) pour 270 millions d’Euros (818 000 Eur/pièce).
Aussi, même à un million pièce – un prix surévalué par rapport au marché – 40 Leopard d’occasion représenteraient 40 millions d’Euros. Comparativement, 40 AIV+90 mm représenteraient, suivant les estimations de 155,6 à 195,6 millions d’Euros.
Dont gain pour la défense belge : de 115 à 155 millions d'euros. Bon, vous me disiez donc qu'il fallait aussi faire renaître l'artillerie ? Alors...
Libellés :
Armement,
Brüsel,
chers 90mm,
Europe,
Money
vendredi 25 janvier 2008
Le 90mm est-il une affaire d'Etat ?
Votre serviteur a été contacté hier par la rédaction du Morgen, qui a lu La Libre d'avant-hier. Le résultat est un article paru aujourd'hui sous le poétique titre de "90 mm kanonnen en de wet van Darwin". Vous aurez compris que je fait là référence à la question de l'adaptation.
En attendant, le dossier a connu des développements dans la journée d'hier : De Crem a été questionné à la Chambre par l'ancien ministre de la défense sur le fait qu'une décision d'annulation de contrat doit se prendre en Conseil des ministres.
P. De Crem (en déplacement à Auschwitz mais qui a répondu par l'intermédiaire d'un autre ministre) l'a reconnu. Ce qui amène Le Soir à écrire qu'il ne semble plus remettre en cause le contrat. Reste, cependant, qu'un des prochains Conseils risque - justemment - de voir un peu d'animation : le ministre n'a pas dit qu'il avait tort sur le fond et, jusqu'ici, la décision a été prise par un autre gouvernement, qui avait passé outre l'avis défavorable de la Cour des comptes...
En attendant, le dossier a connu des développements dans la journée d'hier : De Crem a été questionné à la Chambre par l'ancien ministre de la défense sur le fait qu'une décision d'annulation de contrat doit se prendre en Conseil des ministres.
P. De Crem (en déplacement à Auschwitz mais qui a répondu par l'intermédiaire d'un autre ministre) l'a reconnu. Ce qui amène Le Soir à écrire qu'il ne semble plus remettre en cause le contrat. Reste, cependant, qu'un des prochains Conseils risque - justemment - de voir un peu d'animation : le ministre n'a pas dit qu'il avait tort sur le fond et, jusqu'ici, la décision a été prise par un autre gouvernement, qui avait passé outre l'avis défavorable de la Cour des comptes...
jeudi 24 janvier 2008
90mm : le buzz (3)
Les déclarations d'un certain nombre de responsables politiques hier soir à la RTBF (je ne parle évidemment pas de Denis Ducarme ou de Pieter De Crem) sont à prendre avec des pincettes et laissent songeur.
Lorsque P. Monfils évoque la survie de l'industrie wallonne de défense, tout connaisseur saura que les canons de 90mm n'en représentent qu'une part infime. Le 90, de fait, ne s'est vendu qu'au Koweit, au Qatar et à la garde nationale saoudienne : moins de 200 exemplaires au total. Comparativement, la FN équipait l'armée US en Minimi (version locale) et multipliait les contrats ; Techspace aero se porte bien, MECAR dit elle-même que le 90 n'est pas un standard et qu'il ne représente pas un contrat structurant.
Au final donc, je m'inquiéterais plus pour la sécurité de nos hommes et les capacités de nos forces que pour une industrie wallonne de la défense qui, sur le 90mm, a surtout commis une erreur de prospective industrielle, gommée avec la mise au point du CT-CV 105mm.
Et lorsque les commentateurs de la RTBF parlent du "scud" PS/MR du jour, il y a aussi de quoi être interloqué : le dossier est loin d'être neuf, il avait déjà suscité des débats. Dès 2005, avant la commande. Aussi, lorsque l'on parle de pénalités, de fait, on se dit que si ces débats avaient eu le même retentissement qu'aujourd'hui, on n'aurrait pas à les payer. CQFD...
Je suis aussi interloqué par les sous-entendus du Standaard, sur le fait que MECAR soit installée à proximité de Nivelles, fief de l'ancien ministre de la défense. La localisation géographique est bonne mais, fondamentalement, l'enjeu n'est pas tant MECAR que CMI, firme liégeoise. Un certain réflexe régionaliste dans la prise de décision gouvernementale à joué (ce qui explique pour partie les déclarations de L. Onkelinx (une "ancienne" liégeoise), de D. Reinders et P. Monfils (d'"actuels" liégeois).
Bref, tout cela pour dire qu'il est temps de recentrer le débat sur la vraie question : la sécurité des hommes. Ce qui valait bien une opinion dans La Libre Belgique de ce jour, à lire en ligne sur le site du quotidien.
Update : toujours sur la question d'une bataille PS/MR qui viendrait juste d'éclater, relire le programme du MR (en page 5) pour les élections de juin 2007 est éclairant. On y parle texto d'achat de Leopard 2 d'occasion chez nos voisins. Cette histoire n'a donc strictement rien d'une bataille de "politique politicienne". Ici, l'on parle de programme, de doctrine, pas d'intérêts particuliers...
Lorsque P. Monfils évoque la survie de l'industrie wallonne de défense, tout connaisseur saura que les canons de 90mm n'en représentent qu'une part infime. Le 90, de fait, ne s'est vendu qu'au Koweit, au Qatar et à la garde nationale saoudienne : moins de 200 exemplaires au total. Comparativement, la FN équipait l'armée US en Minimi (version locale) et multipliait les contrats ; Techspace aero se porte bien, MECAR dit elle-même que le 90 n'est pas un standard et qu'il ne représente pas un contrat structurant.
Au final donc, je m'inquiéterais plus pour la sécurité de nos hommes et les capacités de nos forces que pour une industrie wallonne de la défense qui, sur le 90mm, a surtout commis une erreur de prospective industrielle, gommée avec la mise au point du CT-CV 105mm.
Et lorsque les commentateurs de la RTBF parlent du "scud" PS/MR du jour, il y a aussi de quoi être interloqué : le dossier est loin d'être neuf, il avait déjà suscité des débats. Dès 2005, avant la commande. Aussi, lorsque l'on parle de pénalités, de fait, on se dit que si ces débats avaient eu le même retentissement qu'aujourd'hui, on n'aurrait pas à les payer. CQFD...
Je suis aussi interloqué par les sous-entendus du Standaard, sur le fait que MECAR soit installée à proximité de Nivelles, fief de l'ancien ministre de la défense. La localisation géographique est bonne mais, fondamentalement, l'enjeu n'est pas tant MECAR que CMI, firme liégeoise. Un certain réflexe régionaliste dans la prise de décision gouvernementale à joué (ce qui explique pour partie les déclarations de L. Onkelinx (une "ancienne" liégeoise), de D. Reinders et P. Monfils (d'"actuels" liégeois).
Bref, tout cela pour dire qu'il est temps de recentrer le débat sur la vraie question : la sécurité des hommes. Ce qui valait bien une opinion dans La Libre Belgique de ce jour, à lire en ligne sur le site du quotidien.
Update : toujours sur la question d'une bataille PS/MR qui viendrait juste d'éclater, relire le programme du MR (en page 5) pour les élections de juin 2007 est éclairant. On y parle texto d'achat de Leopard 2 d'occasion chez nos voisins. Cette histoire n'a donc strictement rien d'une bataille de "politique politicienne". Ici, l'on parle de programme, de doctrine, pas d'intérêts particuliers...
mercredi 23 janvier 2008
90mm : le buzz (2)
Etant actuellement en France, la RTBF-TV ne pourra pas m'interviewer. Par contre, elle le fera avec Denis Ducarme. Dans le même temps, De Standaard (qui remet également en question le rôle de l'acuel chef d'état-major, August Van Daele), Vers l'Avenir ou Le Soir (La Libre Belgique l'avait fait hier) sont revenus sur l'annulation du contrat. On apprend également qu'une task-force a été mise en place pour étudier le dossier AIV.
mardi 22 janvier 2008
"Aucune utilité"
En visite à la 7ème Brigade de Marche, Pieter De Crem est revenu sur la question du calibre, descendu en règle ("c'est comme grimper le Mont Ventoux avec un triporteur" ou encore "aucune utilité" - La vidéo est visible ici).
Au final, nos cavaliers auront donc du 105 ou du 120 mm. Avouez que ça soulage !
Un premier hip hip hip pour le ministre, un second pour le contrôle parlementaire et un troisième pour DSI, qui avait révélé le schmilblick.
Note à André Flahaut : si le 105 ou le 120 sont les reflets d'une conception de droite, militariste, de la défense, oseriez-vous dire que le Portugal et l'Espagne (qui ont commandé des Leopard 2) en sont revenus aux régimes de Salazar et Franco ?
Re-note à mes lecteurs, pour finir sur une touche plus raisonnable : vous avez fait franchir la barre des 50 000 visiteurs à ce blog, merci pour votre fidélité !
Au final, nos cavaliers auront donc du 105 ou du 120 mm. Avouez que ça soulage !
Un premier hip hip hip pour le ministre, un second pour le contrôle parlementaire et un troisième pour DSI, qui avait révélé le schmilblick.
****
Note à André Flahaut : si le 105 ou le 120 sont les reflets d'une conception de droite, militariste, de la défense, oseriez-vous dire que le Portugal et l'Espagne (qui ont commandé des Leopard 2) en sont revenus aux régimes de Salazar et Franco ?
****
Re-note à mes lecteurs, pour finir sur une touche plus raisonnable : vous avez fait franchir la barre des 50 000 visiteurs à ce blog, merci pour votre fidélité !
Libellés :
Armement,
Brüsel,
chers 90mm,
Money,
Perso
samedi 19 janvier 2008
90mm : le buzz
Juste un petit mot pour vous dire que Denis Ducarme revient sur les AIV et les 90mm en citant votre serviteur, ce qui ne gâche rien ;o)
Libellés :
Armement,
Brüsel,
chers 90mm,
Money
jeudi 17 janvier 2008
Questions/réponses à P. De Crem : les minutes
Comme promis, les minutes des réponses de P. De Crem sont disponibles sur le site de la Chambre (voir les pp. 37-38 du PDF). Ceci dit, lorsqu'il indique que le 105 pose un problème de sécurité sur AIV, je suis quelque peu interloqué : quelque chose cloche. D'une part, sur le fait que le calibre maximal devait être de 90mm, selon le Plan directeur de 2003 (je ne savais pas que l'appel d'offre était ouvert au 105, comme le dit le ministre).
En effet, manifestement, d'après CMI, le 105mm a été essayé sur Piranha. C'est du moins ce que tendent à indiquer les photos sur la brochure visible ici (Cf. photos des pp. 14 et 15), l'industriel ayant publié en outre des communiqués de presse selon lesquels le 105 avait été testé sur des véhicules concurrents du Piranha IIIC, comme l'AMV ou le Pandur 2.
Dans ce cas, aurait-on choisi le 90mm en fonction du Piranha IIIC ? Pourquoi - alors que nombre de nos officiers spécialistes des blindés n'étaient pas favorables au 90 - avoir choisi le Piranha, manifestement plus cher ?
En effet, manifestement, d'après CMI, le 105mm a été essayé sur Piranha. C'est du moins ce que tendent à indiquer les photos sur la brochure visible ici (Cf. photos des pp. 14 et 15), l'industriel ayant publié en outre des communiqués de presse selon lesquels le 105 avait été testé sur des véhicules concurrents du Piranha IIIC, comme l'AMV ou le Pandur 2.
Dans ce cas, aurait-on choisi le 90mm en fonction du Piranha IIIC ? Pourquoi - alors que nombre de nos officiers spécialistes des blindés n'étaient pas favorables au 90 - avoir choisi le Piranha, manifestement plus cher ?
Inscription à :
Articles (Atom)