jeudi 26 juillet 2007

De l'utilité de la théorie

Tout scientifique devrait lire et relire fréquemment Le savant et le politique, de Max Weber. En relisant mon exemplaire, je retombe sur la préface de Raymond Aron, qu'il me semble utile ici de citer :

"L'abandon ou la subordination de la recherche théorique serait non seulement fatale au progrès de la technique (...) mais aussi la première étape d'une abdication de la communauté scientifique, aliénant son autonomie" (Coll. "10-18/Bibliothèques", p.23)

mercredi 25 juillet 2007

4 sur 4

Le GAO américain estime que les 41 bâtiments de la Navy en cours de construction induisent un dépassement budgétaire de 4 milliards de dollars et que d'autres surcoûts sont attendus.

Le Pérou a offert aux Etats-Unis l'utilisation d'une base aérienne dans le cadre des opérations de lutte contre-narcotiques après que l'Equateur ait refusé la prolongation de la location de la base de Manta.

Un Rafale a apponté et a été catapulté sur le CVN-65.

Le chef d'état-major du Pacific Command s'est opposé à la vente de F-22 au Japon.

Des Rafale pour Khadafi ?

Je viens de recevoir un petit coup de fil d'une rédaction TV me demandant dans quelle mesure la libération des infirmières bulgares et du médecin d'origine palestinienne pourraient être liée à une vente potentielle de Rafale, en plus des "compensations" (460 millions d'euros européens, d'accords sur le nucléaire civil, d'accords d'échange d'étudiants, etc.).

Le journaliste posait ainsi une question qu'avait d'abord soulevé le Journal du Dimanche et qui avait ensuite été reprise un peu partout avant que Dassault ne démente formellement tout pourparler. On n'avait plus alors entendu parler de l'affaire.

Pour autant, est-ce que quelque chose serait en préparation ? Et bien, si c'est le cas nous n'en savons rien. Tâchons néanmoins de recadrer :

1) la France aimerait exporter le Rafale. Charles Edelstenne nous le confirmait en exclusivité début juin dans T&A, des pourparlers sont bien en cours avec le Maroc. La Suisse est également intéressée. L'Inde a fait réapparaître l'appareil dans le cadre de son MRCA. La Corée du Sud a rouvert l'appel d'offre qui avait précédemment donné lieu à une victoire du F-15E, devenu depuis lors le F-15K. Mais, pour l'heure, en termes de contrats signés, toujours rien.

2) La force aérienne libyenne aimerait disposer de nouveaux appareils - elle a souffert fortemment de l'embargo onusien de 92 - et elle a de fortes chances d'être solvable. Après l'abandon de son programme d'ADM, le règlement de la question de Lockerbie et du DC-10 d'UTA et, maintenant de la libération des infirmières et du médecin, la Libye est franchement plus fréquentable qu'à l'époque où les Jaguar veillaient sur la bande d'Aouzou et où l'armée de l'Air attaquait l'aérodrome, occupé par les Libyens, d'Ouadi-Doum. De ce point de vue, reconnaissons à Khadafi une qualité : c'est un fin tacticien.

3) Même si les relations entre Washington et Tripoli se sont réchauffées ces dernières années, sans doute ne le sont-elles pas suffisament que pour effectuer des achats aux Etats-Unis. La France est, de ce point de vue, est bien placée pour recueillir une commande, son positionnement traditionnel en matière de ventes d'armes étant qu'elle est neutre.

Mais il y a un "mais". Une vente d'arme à la Libye est loin d'être politiquement neutre. Ce l'est même nettement moins que débloquer 460 millions d'euros européens. Donc même si les conditions théoriques d'une vente sont réunies, in fine, les acteurs resteront sans doute extrêmement discrets et aucune preuve ne permet pour l'heure d'étayer une possibilité de contrat.

Mr. T. a dégainé la Kalash conceptuelle

Plus sérieusement, Tanguy Struye vient de publier un texte qui me semble très pertinent au regard non seulement d'un certain recadrage stratégique bien nécessaire mais aussi d'un texte de Laurent Henninger que j'ai lu hier soir, sur les mésinterprétations des révolutions militaires et sur lequel je reviendrai, tant il me semble important.

D'ici là, Tanguy envisage la possibilité du chaos multipolaire. J'en profite pour lui faire un peu de publicité : Tanguy est un spécialiste de la politique étrangère américaine. Ce qui tombe plutôt bien parce que la thématique de son prochain ouvrage (sortie fin août chez Pieter Lang) traite du processus décisionnels sous l'administration Bush.

mardi 24 juillet 2007

Du côté des lectures (3)

J'ai reçu un e-mail d'un officier me demandant des références bibliographiques sur l'utilisation de la puissance aérienne en zone urbaine. J'en profite pour les diffuser :


Michel Ascensio, « Un exemple d’opération en réseau : l’appui-feu rapproché en combat urbain », Note de la FRS, 2 juin 2006.

Jackson L. Fox, Urban Close Air Support and Non-Lethality, Naval War College, Newport, 4 February 2002.

Joseph Henrotin, L’Airpower au 21ème siècle. Enjeux et perspectives de la stratégie aérienne, Coll. « Réseau Multidisciplinaire d’Etudes Stratégiques », Bruylant, Bruxelles, 2005 (Cf. le dernier chapitre).

Joseph Henrotin, « La puissance aérospatiale dans Iraqi Freedom : vers une maturité américaine ? », in RMES (Dir.), La troisième guerre du Golfe. Analyse géopolitique, stratégique et économique, Paris : L’Harmattan, Coll. Comprendre le Moyen Orient, 2007, 592p.

Joseph Henrotin, « Bienvenue en ville. Le passé, le présent et le futur des opérations aerurbaines », Les Cahiers du RMES, Vol. III, n°1, été 2006.

Joseph Henrotin, « L’engagement aerurbain : premières leçons », Défense & Sécurité Internationale, n°21, décembre 2006.

Joseph Henrotin, « Combat aerurbain : les défis du CQS », Technologie & Armement, n°5, avril-mai 2007.

Joseph Henrotin, « Airpower et contre-insurrection, quels avenirs ? », Technologie & Armement, n°6, juin-juillet 2007.

Joseph Henrotin, « Des aigles contre des musaraignes. Déterminants, concepts et emploi de la puissance aérienne en combat urbain », à paraître.

Norton A. Schwartz and Robert B. Stephan, « Don’t Go Downtown without Us. The Role of Aerospace Power in Joint Urban Operations », Aerospace Power Journal, Spring 2000.

Troy S. Thomas, « Slumlords. Aerospace Power in Urban Fights », Aerospace Power Journal, Spring 2002.

Alan J. Vick, John Stillion, David R. Frelinger, Joel Kvitky, Benjamin S. Lambeth, Jefferson P. Marquis and Matthew Waxman, Aerospace Operations in Urban Environments. Exploring New Concepts, Santo Monica : RAND Corporation, 2002, 314p.

Matthew C. Waxman, International Law and the Politics of Urban Air Operations, Santa Monica: Rend Corporation, 2000.

Désolé pour ma surcitation, mais peu d'autres sources ouvertes sont disponibles sur ce sujet en Europe !

Funky....

Selon le Washington Post du 10 juillet, voici ce qu'indiquait un édito de journal iranien :

"A few weeks ago, 14 squirrels equipped with espionage systems of foreign intelligence services were captured by [Iranian] intelligence forces along the country's borders. These trained squirrels, each of which weighed just over 700 grams, were released on the borders of the country for intelligence and espionage purposes. According to the announcement made by Iranian intelligence officials, alert police officials caught these squirrels before they could carry out any task".

Sacrés Américains !

AW&ST a sorti une info pour le moins surprenante : le prochain gunship US sera basé sur... un bombardier.

Inde : de nouvelles commandes en perspective

Après avoir officiellement lancé le programme d'acquisition de 126 Multi Role Combat Aircraft (Amit Gupta examinait les tenants et les aboutissants du dossier dans DSI n°20), l'Inde vient de réviser le chiffre à la hausse et évoque maintenant de 180 à 190 appareils, dont de 50 à 60 rejoindraient les rangs de la marine.

Un véritable retournement de situation (du moins, dans un processus d'acquisition indien renvoyant plus aux interminables films de Bollywood qu'à un processus souple et bien géré) : les appareils devront donc être navalisables. On comprendra donc l'impatience de Lockheed a proposer son F-35 à Delhi.

Sauf que l'IAF a indiqué ses préférences : le Rafale (navalisé), l'Eurofighter (non navalisable), le F-18E/F (navalisé), le Mig-35 (non encore navalisé) et le JAS-39 (non navalisable).

Ajoutons-y que l'Inde aimerait aussi augmenter ses commandes en Il-38 May de reconnaissance électronique. A force de se concentrer sur la Chine, on oublie qu'un Etat cette fois démocratique et amical (bousiller un satellite en orbite basse pour que les nôtres aillent s'empêtrer dedans n'est pas très amical) existe et qu'en plus, c'est en train de devenir une véritable puissance en bonne et due forme...

La Belgique, premier non-Etat (2)

Mr. Nick m'envoie un mail concernant le post sur la théorie du non-Etat, que je me permet de reproduire ici :

"Le principe est que passé un certain stade de dislocation de l'Etat, la rationalité animant ses (ou une partie de ses) composantes vise la mise en place de statuts qui leur sont propres, l'Etat lui-même devenant l'espace de dérèglement des rapports qu'entretiennent les communautés, dérèglement débouchant inévitablement sur un affrontement visant l'optimisation des différents statuts".

Et de m'expédier un article trouvé par Mr. Yann :

Scission BHV = Elargissement, dit le MR
Martin Buxant Mis en ligne le 20/07/2007 - - - - - - -

- - - - Les élus MR de la périphérie refusent toute scission de l'arrondissement de BHV. Le CDH est sur la même ligne. Si scission il y avait, elle doit être compensée par l'élargissement de Bruxelles aux six communes à facilités. Impensable, hurle le CD & V. Voilà de quoi faire monter la température à Val Duchesse. Dans le bras de fer communautaire engagé dans le cadre des négociations gouvernementales, les représentants MR de la périphérie bruxelloise ont placé, jeudi, une contre-attaque cinglante. Aux partis flamands qui exigent la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, les élus libéraux ont opposé un élargissement des limites territoriales de la Région bruxelloise. "Nous refusons la scission de BHV. La seule réponse possible à la scission est l'élargissement de la Région bruxelloise aux six communes à facilités, martèle Damien Thiéry, bourgmestre FDF de Linkebeek. Sinon, on ne touche à rien". La contre-attaque bleue a été menée avec l'assentiment du patron Didier Reynders qui a reçu, il y a plus d'une semaine déjà, copie des exigences assénées jeudi depuis la maison communale de Linkebeek. "On sait bien que Didier Reynders va devoir mettre de l'eau dans son vin quand il négociera la formation du gouvernement, relève un mandataire de la périphérie. Mais Olivier Maingain est là pour s'assurer qu'il n'en mette pas trop..." Quelque 150 000 francophones votent dans la périphérie bruxelloise, "et 50 000 d'entre eux, environ, votent pour le MR : ce serait dommage de s'en priver", relève un observateur libéral. Rappel, l'autre partenaire francophone de la future coalition orange bleue, le CDH, exige lui aussi un élargissement de Bruxelles aux communes à facilités (Linkebeek, Wezembeek, Rhode-Saint-Genèse, Wemmel, Crainhem et Drogenbos) en cas de scission de BHV. "Indiscutable !" Interrogé jeudi, le porte-parole du CD & V, Peter Poulussen, a balayé d'un trait un éventuel élargissement de la Région bruxelloise : "Nous n'en discuterons même jamais ! Les frontières de la Région bruxelloise sont intouchables". Voilà qui laisse peu de marge au formateur Yves Leterme... D'ailleurs, "c'est à Yves Leterme de trouver une astuce pour s'en sortir, réagit Christian Van Eycken, élu FDF au Parlement flamand. Il s'est mis le couteau sous la gorge tout seul en faisant de la scission de BHV la première de ses priorités". Là, sur la méthode, les libéraux préconisent l'organisation d' "une consultation populaire contraignante", qui permettrait aux habitants des six communes d'opter pour un rattachement à Bruxelles. "Un genre de référendum ?, note Peter Paulussen. Pour le CD & V, c'est non : nous n'y sommes absolument pas favorables", tranche le porte-parole du parti de M. Leterme. "Erosion francophone" Reste la piste mise en place dans les Fourons, celle via laquelle les électeurs francophones pourraient s'inscrire à Bruxelles pour y voter, après la scission de l'arrondissement électoral. "C'est un mécanisme que nous rejetons, indique Christian Van Eycken, car il signifierait une érosion du vote francophone dans les communes à facilités". Et puis, poursuit le mandataire de Tervueren, "c'est l'acceptation à terme d'une nouvelle frontière d'Etat à partir de l'arrondissement". Jeudi, via le "Morgen", plusieurs élus CD & V - dont Eric Van Rompuy - ont fait savoir au formateur Yves Leterme qu' "une scission de l'arrondissement de BHV sans compensation pour les francophones était un minimum absolu" dans le cadre de la formation du gouvernement fédéral. "Nous sommes inquiets des attaques flamandes contre les francophones de la périphérie, embraye Arnold d'Oreye de Lantremange, bourgmestre de Crainhem. On nous serine que nous devons nous en tenir à la loyauté au Fédéral. Mais qu'est ce que c'est ? se fâche-t-il. Est-ce demander une procédure urgente pour faire passer la scission de l'arrondissement à la Chambre (comme l'on fait tous les partis flamands la semaine dernière, NdlR) ? Si c'est cela, il n'y a plus de Belgique, c'est ingérable". "C'est maintenant ou jamais !, assène François van Hoobrouck, le bourgmestre de Wezembeek-Oppem. Et que l'on ne vienne pas nous donner comme contrepartie de la scission de BHV, la nomination des quatre bourgmestres qui reste encore suspendue (par le gouvernement flamand, NdlR). Nous n'accepterons jamais cela". Assis à sa gauche, Christian Van Eyken compare les séparatistes de la N-VA au Vlaams Belang. Et Arnold d'Oreye de conclure : "On nous demande de nous comporter comme des Flamands de Flandre et de parler français à la maison. Maintenant, en plus, on nous demande de fermer nos fenêtres quand on parle français".

J'y rajouterai un questionnement : dans une approche suivant les lignes du non-Etat, la confrontation ne devient-elle pas le seul îlot de politique en tant que refus du technocratisme ? Et encore cette confrontation est-elle techniquement réglée par l'omniprésence de règles précédemment édictées. La dislocation comme dernière expression de la politique... Regis ultima ratio ?

L'USN sur le point de se doter d'une nouvelle stratégie

Depuis la fin des années 1980, l’US Navy n’a plus – paradoxalement – publié de nouveau documents de stratégie navale. Suivant les demandes de l’amiral Mike Mullen (à présent CJCS, Cf. DSI 28), qui en avait appelé à une résurgence de la réflexion en la matière durant le Current Strategy Forum de 2006, cette situation pourrait rapidement changer. Un draft semble actuellement en cours de distribution à une série d’amiraux américains. Ce dernier est le produit d’une série de simulations effectuées par le Naval War College ces dernières années et prenant en compte 7 divers « futurs » quant au futur de la puissance maritime. Dans le même temps, les efforts avaient également porté sur l’organisation de séminaires à travers tous les Etats-Unis et à des rencontres avec des académiques.

Le document qui en ressort cherche à montrer comment l’USN pourrait gagner dans le futur des guerres navales – on notera ainsi son grand retour alors qu’elle avait cédé le pas ces dernières années à d’autres préoccupations (sécurisation des SLOCs, opérations littorales, etc.) – voire résoudre et prévenir des crises. Les tâches de sécurisation des SLOCs et de lutte contre les trafics et le terrorisme ne sont pas oubliées pour autant, le document mettant en évidence la nécessité d’une coopération multinationale afin de s’en occuper. Le concept de « 1000 ships navy » (i.e. partage des informations et opérations multinationales entre les marines participantes, « cimentant » ainsi alliés et « coalisés de volonté ») serait ainsi inclus dans le draft.

Avant la distribution de ce draft, trois grandes options nourrissaient le débat naval américain et se retrouveront dans la version définitive du nouveau document :

- une augmentation de la présence dans le Pacifique et au Moyen Orient ;
- la sécurisation de la haute mer ;
- une focalisation sur la haute mer - et donc un relatif éloignement d’opérations littorales (d’ailleurs compromises dans leur acception initiale par l’échec du programme LCS-1) – en vue de se positionner face à un peer competitor tel que la Chine.

Reste cependant à savoir dans quelles proportions cette combinaison s’effectuera. Le document devrait être officiellement publié avant les prochaines élections présidentielles US.

L'USN sur le point de se doter d'une nouvelle stratégie

Depuis la fin des années 1980, l’US Navy n’a plus – paradoxalement – publié de nouveau documents de stratégie navale. Suivant les demandes de l’amiral Mike Mullen (à présent CJCS, Cf. DSI 28), qui en avait appelé à une résurgence de la réflexion en la matière durant le Current Strategy Forum de 2006, cette situation pourrait rapidement changer. Un draft semble actuellement en cours de distribution à une série d’amiraux américains. Ce dernier est le produit d’une série de simulations effectuées par le Naval War College ces dernières années et prenant en compte 7 divers « futurs » quant au futur de la puissance maritime. Dans le même temps, les efforts avaient également porté sur l’organisation de séminaires à travers tous les Etats-Unis et à des rencontres avec des académiques.

Le document qui en ressort cherche à montrer comment l’USN pourrait gagner dans le futur des guerres navales – on notera ainsi son grand retour alors qu’elle avait cédé le pas ces dernières années à d’autres préoccupations (sécurisation des SLOCs, opérations littorales, etc.) – voire résoudre et prévenir des crises. Les tâches de sécurisation des SLOCs et de lutte contre les trafics et le terrorisme ne sont pas oubliées pour autant, le document mettant en évidence la nécessité d’une coopération multinationale afin de s’en occuper. Le concept de « 1000 ships navy » (i.e. partage des informations et opérations multinationales entre les marines participantes, « cimentant » ainsi alliés et « coalisés de volonté ») serait ainsi inclus dans le draft.

Avant la distribution de ce draft, trois grandes options nourrissaient le débat naval américain et se retrouveront dans la version définitive du nouveau document :

- une augmentation de la présence dans le Pacifique et au Moyen Orient ;
- la sécurisation de la haute mer ;
- une focalisation sur la haute mer - et donc un relatif éloignement d’opérations littorales (d’ailleurs compromises dans leur acception initiale par l’échec du programme LCS-1) – en vue de se positionner face à un peer competitor tel que la Chine.

Reste cependant à savoir dans quelles proportions cette combinaison s’effectuera. Le document devrait être officiellement publié avant les prochaines élections présidentielles US.

Les Cahiers du RMES lachés sur le net

Le 7ème numéro des Cahiers du RMES est paru (Vol. IV, n°1, été 2007). Voici son sommaire :

Tanguy Struye de Swielande, "L'influence de la variable cognitive dans le processus décisionnel de l'Administration Bush".

Noémie Blaise, ""Running Darfour" : enjeux du conflit et réactions de la communauté internationale".

André Dumoulin, "L'assemblée parlementaire de l'UEO : chronique d'une mort annoncée".

Alain De Neve, "Quels cadres pour la recherche et technologie de défense européenne (1ère partie)".

Joseph Henrotin, "Mars et Vulcain. Représentations de la technologie et conceptions stratégiques biaisées. Les cas de l'émergence du concept d'asymétrie et du débat entourant le Stryker".

Tanguy Struye de Swielande, "Caucase et Asie centrale : la guerre pour le contrôle du Rimland".

Comme toujours, leur consultation est gratuite. J'en profite pour pousser au nom du RMES un petit cocorico : depuis que les Cahiers sont en ligne, leurs différentes éditions ont été consultées plus de 8 000 fois !

Quant à leur dernière parution en date (et aux autres), vous pouvez la/les trouver ici.

lundi 23 juillet 2007

L'Europe de l'espace militaire encore un peu plus en retard

Avec 19 tonnes (dont, grosso modo, 20% de carburant), la longueur d’un autobus et une résolution de 9 à 15 cm, les KH-12 sont les satellites de renseignement optique les plus avancés au monde… et ont un prix à la hauteur de leurs performances. Jean-Louis Promé nous en avait d’ailleurs démontré les capacités dans le DSI n°20 (novembre 2006). Or, ces engins, comme les Helios, évoluent sur des orbites basses. De temps à autres, ils peuvent être repositionnés afin de suivre l’une ou l’autre crise. Autant de manœuvres coûteuses en carburant et… qui finissent par réduire la durée de vie opérationnelle d’engins unanimement présentés comme cruciaux pour les agences de renseignement.

On comprendra donc tout l’intérêt que représente la possibilité de ravitailler en vol ces satellites, voire de les réparer ou encore de leur adjoindre de nouveaux équipements. Tout le monde en rêvait et la DARPA, assez discrètement, affirme l’avoir fait, faisant prendre, tout à coup, un coup de vieux à la stratégie spatiale européenne :

"the goal of the Orbital Express Space Operations Architecture program is to validate the technical feasibility of robotic, autonomous onorbit refueling and reconfiguration of satellites to support a broad range of future U.S. national security and commercial space programs. Refueling satellites will enable frequent maneuver to improve coverage, change arrival times to counter denial and deception and improve survivability, as well as extend satellite lifetime. Electronics upgrades on-orbit can provide regular performance improvements and dramatically reduce the time to deploy new technology on-orbit."

Le premier ravitaillement spatial automatisé d’un satellite s’est produit le 2 juillet.

Blub blub (2)

Après une visite d'Hugo Chavez à Moscou, le Venezuela a finalement commandé 5 SSK de classe Kilo, Type 877 EKM. Des négociations sont toujours en cours sur la vente de "systèmes de défense aérienne avancés". Le Venezuela sera le premier Etat sud-américain de la sous-région a mettre en oeuvre de tels bâtiments.

L'Australie, 1er client export du P-8

L'Australie a choisi le remplaçant de ses P-3 Orion de patrouille maritime en se déclarant favorable au P-8 MMA, basé sur une cellule de B-737 :

Australian Minister for Defence; issued July 20, 2007)
I am pleased to announce that the Government has given first pass approval for AIR 7000 Phase 2 – a A$4 billion project for Defence to acquire a manned Maritime Patrol and Response Aircraft (MPRA). The manned MPRA, in conjunction with the Multi-mission Unmanned Aerial System being acquired by Defence under AIR 7000 Phase 1, will replace the capability currently provided by the AP-3C Orion. The AP-3C Orion is planned to be retired in 2018 after over 30 years of service. First pass approval has been granted to allow Defence to commence formal negotiations with the United States Navy (USN) to participate in the cooperative development of the P-8A Multi-mission Maritime Aircraft (MMA). Following an exhaustive examination of available options, the USN chose the Boeing Company to develop the P-8A MMA based on its 737 commercial aircraft. The P-8A MMA offers a modern, highly reliable commercially-proven airframe with the latest maritime surveillance and attack capabilities. The P-8A will be equipped with modern Anti-Submarine Warfare, Anti-Surface Warfare and Intelligence, Surveillance and Reconnaissance sensors that have evolved from proven systems. The P-8A will be capable of broad-area, maritime, littoral and limited overland operations. Through its participation in the proposed cooperative development of the MMA, Defence will assist in providing opportunities for Australian industry as well as gain an ability to positively influence development of the MMA Program.

Notons que Canberra étudie également la possibilité d'acheter des RQ-4 Global Hawk, optimisé pour des aptrouilles maritimes de longue durée. On indiquera aussi que le P-8 est également en compétition en Inde mais que le Japon a préféré un appareil développé localement sur base du P-3, le P-X (Cf. DSI 28).

dimanche 22 juillet 2007

La Belgique, premier non-Etat ?

Il y a quelques années, j'avais développé avec des amis politologues - Nick, Yann, Den et Lucas se reconnaîtront - la théorie du non-Etat. En gros, le principe est que passé un certain stade de technocratisation de l'Etat, la rationalité animant ce dernier vise la pérénisation des statuts des communautés le composant, l'Etat lui-même étant devenu une modalité de régulation de la vie entre ces communautés.

J'avais eu l'occasion d'en toucher quelques mots à des collègues, cette fois en Bosnie (vous savez, la zone géopolitiquement déterminée où l'empilement de niveaux de pouvoirs a fini par absorber en salaires de fonctionnaires 65% de son budget - tiens, le même chiffre que l'armée belge !).

Le problème avec un non-Etat est que la relation entre "Etat" et "nation", pourtant centrale pour la viabilité du contrat social, tout comme elle hante l'esprit des politologues depuis le traité de Westphalie est non précisée, les communautés évoluant sans guère communiquer. Toute forme de "sens de l'Etat" est donc à proscrire.

Et le futur Premier ministre belge vient peut-être d'appuyer par l'exemple une théorie que je n'avais pas vraiment eu l'occasion d'approfondir. On lui a demandé de chanter la Brabançonne et a entamé (mal, en plus), la Marseillaise (jetez un oeil à la vidéo). Notez que les ministres francophones n'avaient guère plus de culture. Notez aussi que bien peu ont été capables de dire que le 21 juillet rend compte de la prestation de serment de Léopold Ier. Brillant.

Certes, on me dira que la Brabançonne, personne ne connaît. Mais vous imaginez un ministre danois ou hollandais - connaissez-vous ces hymnes ? - se planter dans son hymne (notez que je ne parle même pas d'un ministre français, qui finirait illico-presto compter de chemises au fin fond d'un village de 20 habitants dans le Massif central) ? Imaginez-vous un seul ministre portugais, lituanien, grec, togolais ou ouzbek ne pas connaître l'événement historique qui a fait qu'on a placé sa fête nationale à telle date et pas à telle autre ?

Une nouvelle étape décisive, donc, dans la vie conceptuelle de la théorie du non-Etat (l'ironie est là pour aider à surpasser un certain nombre de déceptions) et une belle preuve d'une vision ultra-technocratique des choses. Pas nécessairement une étape décisive pour le vivre-ensemble...

Rapide, le compteur...

N'étant pas un crac en informatique, j'ai enfin réussi à installer un compteur statistique, tout en bas dela colonne de droite (oui, je tourne toujours en analogique), je me méfie de ces trucs bizarres appelés ordinateurs depuis que j'ai terminé ma thèse et que j'ai lu l'excellent bouquin de Rémi Sussan. Et 44 visites en 20 minutes, ça ne me semble pas trop mal. Note à cette majorité silencieuse : n'hésitez pas à laisser un commentaire !

Introducing Mr. Rou-Rou


Il y a quelques mois, un couple de pigeons est venu s'établir en face de chez moi, histoire de donner naissance à deux petits, très poétiquement baptisés par mes soins Mini-Rou et Maxi-Rou. Seul le second survivra. Une fois ledit Maxi-Rou parti du nid, Mr et Mme. Rou-Rou reprendront leur envol.
Sauf que j'ai un faible pour les oiseaux, fussent-ils de stupides (et bien, justemment, non !) pigeons. Ayant assimilé tous les articles du Wikipédia sur le sujet, je me suis laissé aller à leur laisser un peu de pain. Et voilà le résultat. Trois fois par jour en moyenne, Monsieur et Madame viennent me rendre visite... aujourd'hui accompagnés de Maxi-Rou, qui regarde d'ailleurs d'un oeil curieux l'intérieur de mon studio tout en se prenant la version pigeonesque du souper "Deluxe", comprenez une bonne dose de maïs.
Et le premier qui me dit que la chartreuse de pigeons, c'est très bon, je lui offre un cours de 2 heures au choix sur la relation intellectuelle entre Beaufre et Liddell-Hart, sur le processus décisionnel de l'Union Européenne ou sur l'histoire polonaise.
Au demeurant, c'est vrai que la chartreuse de pigeon, c'est sympa. C'était au programme de notre dernière année en école hôtellière et c'est le regretté chef Panza qui l'avait enseigné à la bande de rigolos que nous étions à l'époque. D'ailleurs, si quelques anciens de la promo 95 de Libramont (TQual) passent par ce coin de la Toile, ils sont les bienvenus ici !

vendredi 20 juillet 2007

Comme un petit vent d'est




Deux photos du missile DF-25 (Dong Feng, vent d'est) sont apparues sur le net, montrant le missile et son TEL puis le lancement du missile lui-même. En théorie, le DF-25 avait été annulé dans les années 90. Les engins montrés seraient spécifiquement dédiés à des frappes conventionnelles. On notera que le dernier étage présente certaines similitudes avec celui du Pershing II et de l'Agni II indien. Dans ces deux cas, les ogives disposent d'un radar permettant d'assurer un guidage terminal offrant une ECP inférieure à 20 m.
Il est probable que la Chine cherche à se doter de telles technologies, une des grandes caractéristiques de son processus de modernisation militaires étant de chercher à se doter d'armes de précision utilisables dans des stratégies de décapitation des infrastructures de communication. Autre avantage d'un tel système de guidage, la capacité à manoeuvrer des ogives est de loin supérieure à celle offerte par des systèmes de guidage plus classiques.

jeudi 19 juillet 2007

"Peace" mission 2007

La partie "russe" de Peace mission 2007 va commencer fin juillet nous apprend ITAR-TASS :

MOSCOW, July 16 (Itar-Tass) - Over 90 aircraft of the Russian and Chinese Air Force will take part in the antiterrorist manoeuvres of the Shanghai Cooperation Organisation (SCO) member states Peace Mission 2007 that will be held in the Chelyabinsk region in the period from August 9 to 17, Commander-in-Chief of the Russian Air Force Colonel-General Alexander Zelin told journalists on Monday."A total of 92 aircraft will be engaged in the Peace Mission 2007 exercise," the commander specified. "From China - six military-transport aviation planes Ilyushin-76, eight fighter-bombers JH-7A, 16 JG-9W and 16 Mi-17 helicopters of the army aviation. Russia will engage in the manoeuvres six Ilyushin-76 planes, nine Su-25 fighter jets, 13 Mi-24 and 18 Mi-8 helicopters," according to Zelin."Aviation will be engaged in seven episodes during the exercise. It will conduct reconnaissance, landing of airmobile task force units and their engagement with simulated enemy," said the commander. "The Il-76 planes are expected to put on the ground over 20 machinery units and drop 200 paratroopers," he added."The arrival of first planes from China at Shagol and Uprun airdromes is planned for July 27-28. One of the Chinese Il-76 planes has a woman commander," the Russian AF commander-in-chief noted.

En attendant, la "partie chinoise" des "exercices" a déjà commencé, semble-t-il d'après un de nos correspondants, à proximité immédiate de la frontière afghane. Les Chinois auraient engagé des chars, des blindés, de l'artillerie et de l'aviation dans la zone dans ce qui apparaît plus comme des opérations antiterroristes en bonne et due forme que comme un exercice. De fait, si la rebéillion Ouïghoure n'est pas franchement djihadiste, Pékin a toujours évoqué un risque en la matière afin de légitimer un certain nombre d'actions menées et la perspective des JO doit sans doute faire faire à Pékin quelques pirouettes rhétoriques.

Il faut également signaler que les manoeuvres "Peace mission" n'ont jamais été très "pacifiques", malgré des discours mettant en évidence les aspects de maintien de la paix. L'an passé, les manoeuvres impliquaient un débarquement en bonne et due forme avec utilisation de l'aviation et de l'artillerie. Mené conjointement avec la Russie, ledit débarquement avait sucité des inquiétudes aux Etats-Unis et à Taiwan.